QUE FERAIS-JE SANS EUX QUE D'ÊTRE MORT
QUE FERAIS-JE SANS EUX QUE D'ÊTRE MORT
1.
« De plus, il se rencontre en moi une certaine faculté passive de sentir, c'est-à-dire de recevoir et de connaître les idées des choses sensibles ; [...] »
(Descartes, « Méditations métaphysiques »)
Généralement, il se ne rencontre que fort peu de choses en moi. C'est que l'on a l'air d'être que l'on n'est déjà plus. J'ai tout de même un puzzle qui me sert de mémoire et dont certaines pièces me servent au quotidien. Un fantôme de piano l'accompagne. Par bribes.
Pour ce qui est de sentir, c'est surtout le poulet froid de la fatigue que je sens. En janvier, dans le nord de la France, bien des rues sentent le poulet froid, ou le cadavre évacué. Si l'on tend l'oreille, on n'entend plus leurs cris.
Vivre c'est s'attacher aux « idées des choses sensibles ». Il m'arrive souvent de penser que je n'ai aucun envie de quitter ces murs, ces fenêtres, ces arbres, ces visages, ni ce soleil maigrichon pâlichon. Que ferais-je sans eux que d'être mort.
Je n'irai pas au concert d'os. C'est trop macabre en fin de compte, cette musique d’extinction de voix.
2.
« Et je ne me dois pas imaginer que je ne conçois pas l'infini par une véritable idée, mais seulement par la négation de ce qui est fini, [...] »
(Descartes, « Méditations métaphysiques »)
C'est pas tellement que l'on ne doive pas s'imaginer que l'on s'imagine tout de même. Nous peuplons les villes de monstres à tentacules et nous en faisons des films. C'est qu'il y a bien des morts inexpliquées. Et des masques aux monstres.
Quand je vais à la supérette, je ne me pose pas souvent la question de l'infini. C'est pourtant vertigineux, toutes ces productions en série et ces vendeurs et vendeuses en série pour nous les vendre.
Je note que je ne trouve pas de véritables idées chez les sardines en boîte. Ni même dans la négation des sardines en boîte (soit qu'il n'y en ait plus, soit que je suis chez le poissonnier). La vache qui rit ne m'en dit pas davantage.
Le 30 janvier 2025, mort de Marianne Faithfull. Ça n'évoque pas tellement l'infini non plus. Même par négation de la finitude. L'infini est tout aussi mortel qu'une chanteuse, qu'une assiette de charcuterie, qu'une réforme de l'éducation nationale.
Je conçois la République comme émancipatrice. Est-elle pour autant éducatrice ? C'est ce qui sépare sans doute une république libérale d'une république socialiste. Remarquez que la république conservatrice se veut tout aussi éducatrice et morale que la sociale. Et toutes deux également hypocrites.
Patrice Houzeau
Malo, le 31 janvier 2025.