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BREFS ET AUTRES
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31 octobre 2022

JE N'EST PAS LUI ET LUI JE NE SAIS PAS QUI C'EST

JE N'EST PAS LUI ET LUI JE NE SAIS PAS QUI C'EST

1.

Planche 28 : une des vignettes que la mémoire retient (elle a d'ailleurs en son temps servi de couverture à un numéro du journal Spirou) : à l'abri du regard derrière un pilier, la vampire, une pleine lune dans la nuit mauve, un chat noir, des croix, l'entrée du caveau, Yoko Tsuno.

C'est par la science que Yoko Tsuno et Rudy pensent approcher de la vérité, mais le mystère ne se laisse pas si vite dissiper, et, en fin de compte, il y a bien « violation de sépulture » (cf « La Frontière de la vie », Roger Leloup, pl. 29).

2.

« Le rêve permet à Windsor McCay de donner aux gens et aux choses des dimensions étonnantes, parfois plus vraies que le réel. »

(Pascal Pillegand, « 100 ans de BD », Editions Atlas, 1996, p.16)

Ce qui est « plus vrai que le réel », c'est moins le rêve (qui n'en est que sa représentation subjective), mais la virtuosité du dessinateur qui donne de l'étoffe aux songes. Ce qu'il y a de plus réel dans l'art, c'est l'art de ; le reste n'est que représentation.

3.

« Je serai bientôt aveugle, je le sais, et j'accueillerai ces ténèbres avec reconnaissance, comme une punition infligée par Dieu pour ma lâcheté et mon déshonneur. », écrit à la lueur d'une lampe à huile celui qui a vu agir les meurtriers et qui s'est tu.

(Vance et Van Hamme, XIII, « La Nuit du 3 août », pl. 25)

4.

Du domaine des fantômes et des songes, la synchronie, appelant l'art et la virtuosité. De l'ordre de la raison, de l'enquêteur perspicace, la diachronie. Elle établit la généalogie que masque la synchronie. Mais de ce que je dis, le revenant s'en moque, et Conan Doyle croyait aux tables qui tournent.

On dit que Conan Doyle, le créateur du rationnel, méticuleux, perspicace Sherlock Holmes, fut un fervent spirite et que Lovecraft, dont la prose est littéralement hantée, n'y croyait absolument pas à ses anciens dieux et autres saugrenus à tentacules. Les auteurs ne ressemblent pas à ce qu'ils écrivent. Je n'est pas lui.

5.

Pages 33 et 35, Mortimer se trouve entre féroce chat et chiens féroces.

J'aime bien cette impression de gravure qui imprègne l'atmosphère des planches de l'album « Le Dernier pharaon », de François Schuiten pour le dessin et Laurent Durieux pour les couleurs.

6.

Sur l'édition du journal dont la une affiche la mort de « la belle Romi Romani, célèbre top-modèle italien, tuée par balles », une mouche s'est posée. (Oki, souvenirs d'une jeune fille au pair -1 », de Juszezak et Godard).

A la moitié de l'album, le lecteur distingue un enjeu érotique (Oki quasi séquestrée et abusée), un enjeu énigmatique (que se passe-t-il exactement dans cette maison ?) et peut supposer un enjeu financier, un scénario à la Claude Chabrol.

7.

Jonathan Harker est le missionnaire de la civilisation envoyé au cœur des ténèbres. Il passe d'abord par les superstitions des villageois : « Il me revint à l'esprit que nous étions la veille de la Saint-Georges... Les forces maléfiques, etc. », se dit-il dans la diligence qui l'emmène au col de Borgo.

Planche 26 du « Dracula » de Georges Bess, pleine page noire. Au centre, la figurine blanche de Jonathan Harker s'enfonçant dans la nuit.

Planche 28 : Le fiacre du comte Dracula et sa « course folle » ; case 2, impression de bois gravé.

8.

« Ainsi, à quatre pattes, il s'en fut aux quatre coins de la pièce, reniflant tout, faisant le tour de tout, de tout ce que nous voyions, ce qui était peu de chose, et de tout ce que nous ne voyions pas et qui était, paraît-il, immense. »

(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune » [Sainclair à propos de Rouletabille].

Lire n'est pas lire, c'est regarder passer du sens. Repérer ce que nous ne voyons pas, voilà ce qu'est lire.

9.

« Une manière essentielle dont la vérité s'institue dans l'étant qu'elle a ouvert elle-même, c'est la vérité se mettant elle-même en œuvre. »

(Heidegger traduit par Wolfgang Brockmeier, « L'origine de l’œuvre d'art » in « Chemins qui ne mènent nulle part »)

Ce qui est fait (poème, roman, planche, musique, synchronie) n'est pas seulement une réalisation, c'est la mise en œuvre dans l'étant d'une vérité qui dépasse l’œuvre en la constituant.

10.

« J'ai seul la clé de cette parade sauvage. »

(Rimbaud, « Parade »)

Rimbaud ment et Rimbaud ne ment pas. Scribe, il ment en virtuose, en « drôle très solide », en « Maître jongleur », mais ce « je » et cette « clé » ne lui appartiennent que par leur mise en scène. Le deus ex machina de la langue machine autre chose, tout autre chose.

Patrice Houzeau

Malo, le 30 octobre 2022.

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30 octobre 2022

DE L'ENIGME DE LA MAISON DE TROP ET DE RENDELSHAM AUSSI

DE L'ENIGME DE LA MAISON DE TROP ET DE RENDELSHAM AUSSI

1.

« La Frontière de la vie », de Roger Leloup. Planche 22. L'énigme de « la maison de trop », ce qui donne l'occasion de voir Yoko Tsuno se déplacer au cœur d'un Rothenburg miniature.

En quelques planches, plusieurs motifs traditionnels du récit vampirique sont évoqués : un caveau délabré, un cercueil étonnamment entretenu, un interdit , un revenant.

« L'Orgue du Diable » et « La Frontière de la vie » font se rencontrer la japonaise Yoko Tsuno et l'allemande Ingrid Hallberg. Je note ce détail de la natte repliée, roulée, façon macaron, qui me rappelle « Nuit rhénane » d'Apollinaire :

« Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile, aux nattes repliées »

2.

« La Nuit du 3 août », de Vance et Van Hamme, planche 21. Celui qui serait « Vous voulez dire que vous seriez... Jason ?... », dit David à celui qui serait Jason et qui ne ressemble pas tellement à Jason parce que le réel, il est tout changé par la chirurgie esthétique et l'amnésie de celui qui serait Jason.

3.

« La Mort au bout du voyage », de Juszezak et Godard. Le choix du point de vue interne, celui de Oki, la jeune fille au pair, permet de maintenir l'enjeu énigmatique. Que lui arrive-t-il exactement ? Planche 12, la scène du cauchemar se caractérise par une faille, puisque nous comprenons que Oki est sexuellement abusée. La narration sous-entendrait-elle que la narratrice saurait inconsciemment qu'elle a été droguée et violée ?

4.

« Le Dernier pharaon », de Schuiten, Van Dormael, Gunzig. Mortimer tombe du ciel dans la nuit d'un Bruxelles déserté. Rencontre d'un cerf et d'une biche. Mortimer commente : « Evidemment, sans les humains, c'est plus tranquille... ». Je songe à ce qui se serait passé si le confinement de mars 2020 se serait poursuivi indéfiniment, si le dragon Covid s'était à jamais emparé de l'ensemble des espaces publics.

Art visuel, la bande dessinée fait souvent appel à l'imaginaire du rêve. Dans « Le Dernier pharaon », Mortimer fait des cauchemars. Les textes des cartouches rappelle la « naïveté » de la série originelle : « Descendant un escalier infini... », « Un bijou à l'allure millénaire », naïveté démentie par la sophistication graphique. Très belle vignette montrant une divinité féminine à tête de chat descendant un escalier. Elle apparaît immense face à un Mortimer impuissant.

5.

Toujours efficace, la tête de mort occupant la moitié de la planche 23 du « Dracula » de Georges Bess pour signifier que Jonathan Harker a pris la diligence pour une terre vouée à la mort.

6.

C'est entre deux bières que j'ai appris la mort de Jerry Lee Lewis. Mélancolie.

7.

Youtube. Vidéo de la chaîne « Mr Sam Point d'interrogation « On vérifie ? ». Démystification de « l'incident de Rendelsham » (1980), souvent présenté comme un des rares cas « authentiques » d'observation par des militaires d'un d'OVNI ayant atterri.

Mr Sam, toujours très clair et intelligemment sceptique, explique l'affaire par le faisceau du phare d’Orford Ness et présente le témoignage de Jim Penniston comme exagéré, sinon « fantaisiste ».

Pour ma part, je n'en sais rien. Je m'étonne simplement que des militaires, dont un colonel (Charles Halt), qui n'étaient pas sans ignorer la présence du phare d'Orford Ness, aient confondu les lumières d'un phare avec celles d'un Objet Volant.

Ai lu sur Wikipédia que le célèbre Jacques Vallée avait émis l'hypothèse d'une expérience d'ingénierie sociale (manipulation de l'opinion) du même type que la fameuse « vague belge » (1990). Va savoir, Edouard.

8.

Marrant que le dessinateur Mathieu Sapin ait fait de François Hollande un personnage de bédé humoristique. Cela rendrait presque sympathique son référent dans le réel.

Dans le numéro 4411 (26 octobre 2022) de Spirou, « François Hollande » apparaît dans une amusante histoire courte (scénario : Joann Sfar).

Patrice Houzeau

Malo, le 30 octobre 2022. 

29 octobre 2022

LE REEL C'EST DES HISTOIRES

LE REEL C'EST DES HISTOIRES

1.

« Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel ».

(Clément Rosset, « Le Réel et son double »)

La fiction, dont l'humain est si friand, serait-elle si essentielle en ce qu'elle permettrait de tolérer ce que Clément Rosset appelle « l'impérieuse prérogative du réel » ?

Autrement dit, l'humain ne pourrait-il accepter sa condition d'être réel (et donc mortel) qu'en consentant à l'illusion, qu'en se racontant des histoires, qu'en prenant le réel pour ce qu'il n'est pas ?

En ce sens, le discours politique constitue sans doute la plus redoutable des fictions, d'autant qu'il oscille sans cesse entre apparence d'argumentation et illusion d'une vérité révélée.

2.

« Du vin ?... Voyons, capitaine, voyons ! Vous ne parlez pas sérieusement !... Comment de l'eau pourrait-elle se changer en vin ?... Cela est impossible. »

(Hergé, « Les 7 Boules de cristal », pl. 7, [Tintin])

Ironie, délicieuse ironie. D'autant que nous savons que l'eau ne peut par elle-même « se changer en vin ». La métamorphose suppose l'intervention miraculeuse, ou alchimique.

3.

La scène de cauchemar aux planches 11 et 12 de « La Mort au bout du voyage », de Juszezak et Godard, se déroule dans du bleuâtre sur fond noir qui semble faire flotter l'action dans un temps ralenti.

4.

La nuit de Rothenburg dans laquelle Yoko Tsuno court est mauve.

Le visage sous l'énigme nous est inconnu, et son secret ne lui appartient pas.

« Cette nuit, c'était ma dernière visite... Je voudrais tout vous révéler, mais ce secret ne m'appartient pas... Quant à mon visage, il ne vous dirait rien... » dit la vampire à Yoko Tsuno (cf « La Frontière de la vie », de Roger Leloup, pl.18).

5.

« - Ceux-là, dit le Roi, sont les menteurs et les bavards ; j'ai toutes leurs langues dans mes poches : c'est ainsi que je les punis ! »

(« Le Roi de la Lune », Imagerie Pellerin, imagerie d’Épinal n°932)

L'invisible châtierait-il autant que la providence secoure ? C'est en tout cas ce que l'on conte aux enfants et aux naïfs.

6.

Serge Gainsbourg est une énigme : était-il détestable en tant qu'homme et génial en tant qu'artiste ? Etait-il un type bien en proie à « ses démons » ?. Je ne sais et ne peux le savoir.

7.

Ah tiens, j'écoute « Ça plane pour moi » de Plastic Bertrand. C'est tout chiqué, préfabriqué, qu'c'est même pas lui qui chante, mais qu'est-ce que ça fait du bien. Et la reprise en concert par Kim Wilde, Luxembourg, 2009, est pas si mal...

8.

Planche 15 de XIII (« La Nuit du 3 août », Vance et Van Hamme), à la case 6, elle est bien jolie, la major Jones, « quoique », comme dit le bonhomme au revolver, « quand il fait – 25°, c'est peut-être un peu imprudent. »

9.

Mortimer évoquant « une catastrophe de dimension mondiale ». Si quelque apocalypse ne menaçait pas l'humanité, on ne serait pas dans une aventure de Blake et Mortimer.

Ambiance verte. La « catastrophe » évoquée, « serait l'équivalent d'une impulsion électromagnétique de très grande ampleur comme lors des éruptions solaires. » Case striée. Rayonnement. (cf « Le Dernier Pharaon », Schuiten, Van Dormael, Gunzig)

10.

Dans la série « Magma, Mythes et Légendes », qu'on trouve sur You Tube, « Epok 1 », le morceau « Stöha », la guitare y crie qu'on dirait une bête marine, un monstre des profondeurs remonté à la surface et poussant quelque antédiluvienne plainte.

11.

Le « Dracula », de Georges Bess , planches 12-13. Un paysage noir et blanc de pierres et de croix - « la falaise s'est en partie éboulée, entraînant avec elle les tombes » apprend-t-on à la planche 5 - s'étend sur les deux pages de l'album. Le regard y erre.

12.

« Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. »

(Clément Rosset, « Le Réel et son double »)

Le réel ne disparaît pas et se débrouille pour toujours « être perçu », sinon, il s'effondrerait. Le réel est une ruse puisque le réel est une fiction.

Patrice Houzeau

Malo, le 29 octobre 2022.

29 octobre 2022

BLABLA PERSO

BLABLA PERSO

1.

Régulièrement, certains inspecteurs et -spectrices tentent de faire faire par les enseignants le travail que leur technocratique hiérarchie leur demande, à eux, pas à nous, en l'occurrence, quelque rapport, je pense, sur la « mixité dans l'éducation musicale » et autre blablabla. (à propos d'un mail reçu par une enseignante).

Ils me font penser à ces universitaires qui signent seul des articles et des recherches menés à bien par leurs étudiants. Même carriérisme, même goût de la gloriole et du pouvoir, même mépris.

2.

Vu passer un tweet afffirmant que le rouble et le dollar avaient en commun de n'avoir pas de valeur intrinsèque. En effet que j'ajoute : le dollar est en-dessous des capacités d'innovation américaines cependant que le rouble est au-dessus des capacités de l'armée russe.

3.

Ce matin, grève de Radio France. Pas ma dose donc quotidienne de propos culturels. A la place, de la musique. Ah tiens, « Wild Horses », des Stones. Toujours aussi somptueuse, la ballade. Puis, le « Compagnons des mauvais jours », de Prévert chanté par Feu Chatterton, excellent.

Je pense, en écoutant les Stones et Feu Chatterton, puis la voix de Patti Smith, - c'est elle, j'parie un manuscrit perdu contre le sourire de la vendeuse - que les artistes sont la noblesse de ce monde, et que Poutine n'est jamais qu'un vulgaire assassin.

4.

Je me souviens de ce (petit) professeur de français qui affirmait que Jacques Prévert, c'était de la poésie facile, qui ne tenait pas la route face à celle d'un Saint-John Perse. Oui, mais voilà, c'est Prévert qui parle au cœur des gens ; Perse, il est vrai, aide à m'endormir.

Dans le même genre, une universitaire me rabroua lorsque j'ai dit tout haut que « Les Gommes » de Robbe-Grillet, qu'elle portait aux nues, n'était qu'un succédané du style de Simenon, qu'elle méprisait. Oui, mais voilà, on lit encore Simenon, et plus Robbe-Grillet.

5.

Ah tiens, un fantôme vient de m'ôter la cigarette de la bouche. Que je sois hanté, d'accord. De là à m'empêcher de fumer...

6.

Je viens de me rendre compte que si j'ai choisi le métier d'enseignant en lettres, c'est sans doute pour maintenir un lien quotidien avec la fiction que je dévore depuis que je sus lire : romans, poésie, spéculations, bédés, films et séries, politique.

7.

Comme pas mal de gens qui ont passé une partie de leur vie en compagnie des livres, j'en ai accumulés, et bien trop. Il me faudrait désherber. Oui, mais voilà, telle couverture d'un livre médiocre me plaît, un autre ne vaut que pour un paragraphe, une poignée de syllabes, etc...

8.

27 octobre 2022. Lucien Suel twitte : « Alfred Jarry a rédigé la biographie du roi de Pologne n_est_ce_pas ? ». Je note que la réciproque n'est pas vraie n_est_ce_pas ?, et je lui souhaite une bonne journée car j'apprécie beaucoup Lucien Suel.

9.

Ce matin, tôt sollicité, SMS : Zut a égaré une boucle d'oreille entre son appartement et l'arrêt de bus. Prière entamer recherches immédiates. Me suis dit alors que c'était une mauvaise idée d'offrir des boucles d'oreille à quelqu'un qu'on aime. #C_est_la_vie.

10.

Cette histoire selon laquelle Agnès Buzyn aurait dès le début de la pandémie de Covid tenté d'alerter Edouard Philippe et Macron et n'aurait pas été écoutée, il faudra un jour en savoir le fin mot.

Pensant que de droite ou de gauche (bien qu'étant de droite, c'est là mon côté anarchiste), la plupart des politiques se fichent de nos dents, les déclarations d'Agnès Buzyn me donneraient-elles raison ?

11.

Moi qui suis de droite, et que l'on dit manquant d'empathie, j'ai hébergé trois mois une sans-domicile-fixe (par ailleurs fort cultivée et anglophone). Soucis et dérangements. Etrangetés plus ou moins inquiétantes. Expérience un peu amère qui me conforte que les gens étant généralement complexes, il convient de rester sur son quant-à-soi. Je reste de droite. Que les bonnes âmes de gauche qui n'en feraient pas autant aillent vérifier ailleurs que je n'y suis pas.

12.

Dunkerque. Mes deux seuls potes, je les ai plus : Jean-Luc est mort (que l'Eternel te garde près de lui, toi qui voulais mourir en terre promise), Alban a foutu le camp à Lille. Me reste ma pomme et Zut, qui est amoureuse de quelqu'un qui n'est pas moi.

13.

28 octobre 2022. Selon les médias, Elon Musk a finalement racheté Twitter le 27 octobre 2022. Celui qui passe pour être « l'homme le plus riche du monde » serait maintenant le propriétaire d'un des plus puissants réseaux sociaux de la planète.

14.

Entendu sur France Culture quelqu'un évoquer son expérience de la montagne. « Non, mais tu cherches quoi, l'accident ? » » lui a-t-on dit défois. Il rétorque que non, il cherche la vie. J'ai comme l'impression que pour certains, chercher la vie, c'est se confronter au risque...

Perso, je préfère la douce chaleur du foyer quand on rentre du taf, Achille Talon, les pensées de Pascal, un bon fauteuil accompagné d'un bon whisky...

15.

J'ai passé la plus grande partie de ma jeunesse dans le bassin minier du Pas-de-Calais. « Y a pas, garçon, faut saquer d'dins » ai-je souvent entendu. Je regrette que ce rappel de l'importance du travail soit de moins en moins une évidence...

16.

Je mange de la viande rouge, je fume, je bois de l'alcool, je suis de droite, je suis pour la peine de mort, je soutiens l'Ukraine et vomis Poutine, je lis Céline et Bernanos, j'écoute du Gainsbourg, je n'ai pas d'enfants : Seigneur, est-il vrai que je suis damné ?

Si j'ajoute que je mange du porc et que je collectionne les « San-Antonio », alors là, j'ai bien conscience que mon compte est bon.

17.

Avoir soumis le marché du travail et la jeunesse de France à la dictature des diplômes est une des plus grandes bêtises (sinon ignominies) de la gauche française (la droite n'a guère fait mieux).

18.

Je me fous que Toto enculât Titi, because moi j'préfère Titine, encore que, vieillissant, Titine m'apparaît plus souvent comme une usine à gaz (like me), et que, pourvu que Toto Titi Titine ne me fassent pas suer, qu'ils s'enculassent, Seigneur, que voulez-vous que ça me fasse ?

19.

Poutine, cet autre Pétain.

20.

Môme, je me disais que tant que mes parents seraient là, je vivrai dans un monde où je serai protégé. Puis on apprend à ne compter que sur soi, à se rendre utile, et à, plus ou moins, repérer les salopards.

Patrice Houzeau

Malo, le 29 octobre 2022.

27 octobre 2022

DIEU EST MORT ET LES HUMAINS S'ENTRE-TUENT

DIEU EST MORT ET LES HUMAINS S'ENTRE-TUENT

1.

« Est-ce que le choc de la pioche sur les rochers avait repris là-bas ? »

(Yves Dermèze, « Souvenance pleurait »)

Rythme. Le « est-ce que » précipite le son « choc » auquel fait rapidement écho la séquence labiale + « diphtongue io » + constrictive « ch ». Mais je ne sais pas si « le choc de la pioche sur les rochers avait repris là-bas ».

2.

« Il me semble de plus en plus que le philosophe, étant nécessairement l'homme de demain ou d'après-demain, s'est de tout temps trouvé en contradiction avec le présent ; il a toujours eu pour ennemi l'idéal du jour. »

(Nietzsche traduit par Geneviève Bianquis, « Par-delà le bien et le mal »)

Plutôt que «  de tout temps », je préfère « tout le temps » car que savons-nous de la totalité des temps ? Si ça se trouve, certains nous ont échappé.

Que le philosophe soit « nécessairement l'homme de demain ou d'après-demain », je ne sais pas ; faudrait en parler à Poutine, au parti communiste chinois et aux mollahs iraniens. Il est aussi que la philosophie occidentale est une des meilleures armes de ce que nous appelons « humanité » en ce qu'elle est menacée par la barbarie.

Quant à « l'idéal du jour », ce fatal « ennemi » du philosophe, c'est que cette fatalité est nécessaire puisque le philosophe ne philosophe jamais de façon aussi aiguë que lorsqu'il s'oppose (pour peu qu'il ne soit pas trop sot). Que certains professeurs de philosophie se rangent du côté de Mélenchon, peu importe (c'est une sottise, et ils le savent), mais ce qui importe, c'est la manière dont ils analysent et commentent cette nécessité pour eux de se rallier à l’extrême-gauche. Ils n'en auront pas pour autant raison, mais leur critique, si elle est réellement philosophique, sera intéressante, et sans doute plus essentielle que l'opinion du premier libéral venu qui, s'il a objectivement raison dans son choix politique, n'est parfois libéral que pour des raisons qui laissent songeur quant à la puissance de la subjectivité et des déterminismes.

3.

J'écoute le groupe Magma et ses chants en kobaïen.

Cette langue n’existe pas ; pourtant elle est chantée.

Cette langue n’existe pas et n'a pas, comme il en est pour la musique instrumentale, d'autre référent qu'elle-même.

Cette langue n’existe pas et a, comme il en est de la musique instrumentale, une expressivité qui la rend parfois amusante, ou agressive, ou étrangement virtuose.

Cette langue n’existe pas car elle semble n'avoir qu'une apparence de syntaxe. C'est l'euphonie et le rythme des séquences syllabiques qui l'emportent sur le « sens ».

Cette langue n’existe pas ; pourtant, elle suggère à notre imaginaire d'occidental ignorant (en l'occurrence, moi) des sonorités slaves, nordiques, saxonnes aussi slaves, nordiques et saxonnes que la slavitude, la nordicité et la germanité affichées par certaines énigmes des nouvelles de Borges.

Je note que dans cette langue qui n’existe pas, se détachent parfois des mots de sens plein (« kameraden », « mekanik destruktiw kommandoh ») mais ce sens qui pourrait faire penser à quelque message menaçant, voire crypto-innommable, est désamorcé, - et même nié -, par l'absence de syntaxe, par la musique pure. Les mots ici n'ont pas d'autre agressivité que celle que leur confèrent les possibilités de la musique. Les mots se font art lyrique, et même art tout court.

J'ajoute que dans certains albums récents de Magma, certains chants ont été composés en français. Et c'est bien dommage, car les textes en sont ridicules, emphatiques et parfois beaucoup trop longs.

Maintenant, à mon avis, l'album « Mekanik Destruktiw Kommandoh » (1973) est un chef d’œuvre du rock progressif.

4.

Sur l'édition de poche de « Par-delà le bien et le mal », de Nietzsche, je contemple le visage de l'actrice Dominique Sanda dans le rôle de Lou Andreas Salomé.

Il y a toujours quelque chose qui échappe dans le visage. Quelque chose du bout de la langue. Pour peu, on croit saisir une généalogie, le visage vieillissant d'une mère, la rudesse d'un visage de paysan d'avant la révolution industrielle, une lignée obscure de travaux et de jours, de fiertés et de nécessités... comme c'est fugace... puis l'on se souvient qu'un visage, c'est d'abord de la chair recouvrant une mâchoire et son crâne.

5.

« Cet autre être de l'étant est devenu entre-temps – et c'est ce qui caractérise le début de la Métaphysique moderne – la subjectivité. »

(Heidegger traduit par Wolfgang Brokmeier, « Chemins qui ne mènent nulle part »)

Seul celui qui affirme la conscience de son individualité, et donc sa singularité, peut remettre en doute la légitimité de Dieu jusqu'à le déclarer mort. Les peuples en proie aux dictatures sont tenus de croire soit au dieu garanti par la théocratie, soit à l'homme providentiel qui les dirige. La subjectivité et l’exercice aigu de la conscience sont liés à la libéralisation des sociétés. « Dieu est mort », et les humains s’entre-tuent.

Note : Faut-il avoir cru en Dieu pour le déclarer mort ? Je ne sais pas. Il s'agit peut-être du dieu de nos éducations, du dieu au cœur de la civilisation occidentale, auquel beaucoup croient sans croire.

Patrice Houzeau

Malo, le 26 octobre 2022.

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27 octobre 2022

LES VAMPIRES DEFOIS ON LES VOIT PAS ARRIVER

LES VAMPIRES DEFOIS ON LES VOIT PAS ARRIVER

 

1.
Les vampires, défois, on les voit pas arriver. Remarquez que si on savait que ce sont des vampires, on les neutraliserait avec de l'ail, un crucifix, une union de la gauche, mais défois i vont plus vite qu'on n'a même pas pensé qu'ils vont vite tchak, vous v'la mordu.

2.

Au moment où je reprends l'album « Le Dernier Pharaon », des aventures de Blake et Mortimer, chais pas s'qui s passe mais y a des rayons i sortent tout droit du Palais de Justice monumental de Bruxelles. Mortimer il a une veste verte et il s'enfuit.

Et rien que pour citer les auteurs de l'album « Le Dernier Pharaon » (Editions Blake & Mortimer, 2019, Bruxelles), faut tout un tweet. Scénario : Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig, François Schuiten. Le dessin est de François Schuiten ; les couleurs de Laurent Durieux.

A la page suivante, j'apprends que la ville est condamnée au désert, qu'on voit les gens évacuer, partir, avec des valises, des charrettes, des brouettes, que ces rayons, ça me fait penser à une catastrophe nucléaire avec exode mais dans l'album on parle pas de radioactivité.

3 .
« Ah ! Il faut surtout trouver d'où vient cette onde de l'espace. », qu'elle dit Aspirine à la planche 133 de « Aspirine », de Joann Sfar que moi la phrase m'ondule dans la caboche qu'ça fait Ah ! Il faut Ah!Fauchefauchefauche surtoutrou, surtoutrou trou trouver d'où où où vient, oùhoùhvient cette pourquoi 7 pas 9 pas 3 pas 12 onde de l'espasssse, spasssse, spasssse, spaaaase...

Du reste, Ydgor (c'est un personnage de l'album) sourit car il se dit : « Zut ! L'onde de l'espace, je n'étais pas au courant et je ne sais pas ce que c'est. » Sfar dans la vignette, il l'a mis de profil, le visage d'Aspirine, elle est rousse et on voit sa petite incisive de vampire dépasser quand elle parle. C'est mignon.

4.

A la planche 13 de « La Frontière de la vie », de Roger Leloup, c'est un archéologue, un enquêteur du lointain, qui révèle à Yoko Tsuno, qui vient d'être « jouée » par « la vampire », qu'une des clés du mystère se trouve peut-être sous la « Schrannenplatz ».

5.

Tiens, je viens de constater que dans ma liste de lectures de bédés, j'avais mis deux histoires de « vampire » ; la « Frontière de la vie », de Roger Leloup et « Aspirine », de Joann Sfar. Go, ainsi danse (et je dirai même plus, gans, ainsi do, rémi).

6.

Quand pire est le vent, Vampire ! - Et pourquoi donc qu'il serait pire le vent quand des vampires s'immiscent dedans ?; que c'est pas de son fait si les vampires l'utilisent et le vampent. « Quand pire est le vent... » pfff, zêtes un empirique, vous.

7.

J'ouvre le magnifique « Dracula » (ah tiens...), de Georges Bess (Glénat, 2019). Planche 7 : à gauche, les ruines noires de « l'abbaye » semblant se refléter dans le vide, semblant se répandre, tache d'encre. A droite, « la Dame toute blanche », flottant dans la page. Robe de mariée, rose à la main, yeux saignants. Maîtrise.

8.

Dans « Le Dernier Pharaon », dessiné par Schuiten, Mortimer est en proie à un cauchemar récurrent : Le dieu égyptien à tête de chacal le visite. S'il tente de fuir, le voilà dans le « couloir de la Grande Pyramide. » Y en a, ce sont des vampires qui les visitent ; Mortimer, lui, c'est Anubis qui vient lui rappeler des étrangetés du passé.

Page 23, j'aime bien la silhouette du chien à Mortimer, estompée par la brume « le lendemain matin, sur les quais de la Tamise... ».

9. « Il passait pratiquement toutes ses soirées, tous ses loisirs, à écrire. Rageusement, comme si sa vie en dépendait. Elle en dépendait, en fait, comme pour tous ceux qui croient au pouvoir de la plume et des idées. » (XIII, « La Nuit du 3 août », Vance et Van Hamme, pl.11, [le journal de Zeke Hattaway])

Écrire, une nécessité ? Subjectif. Je le comprends pour Soljenitsyne, ou pour les professionnels qui en vivent (journalistes et romanciers en série) ; pour les autres, les Poèteuh et les Philosophes trombonistes, bah, quelle blague !

Il y a aussi les professeurs (ils rédigent leurs cours et défois ils sauraient rien faire d'autre), les scénaristes et les traducteurs.

10.

Dans l'album « La frontière de la vie », de Roger Leloup, Yoko Tsuno passe pas mal de vignettes à courir. Le dessin lui rend grâce. Dans les pages de l'hebdomadaire Spirou des années 70, Yoko Tsuno était sans doute la plus jolie héroïne, avec la Natacha de Walthéry, bien sûr.

11.

L'album « La Mort au bout du voyage », de Juszezak et Godard. La perte d'un fiancé pousse la jeune Oki à quitter le Japon. Elle est maintenant jeune fille au pair en France. Page 9, la nuit la troubla (« On marchait au-dessus de ma tête à l'étage prétendument condamné... »)

Patrice Houzeau

Malo, le 26 octobre 2022.

25 octobre 2022

JE NOTE J'ANNOTE JE SCRIBE

JE NOTE J'ANNOTE JE SCRIBE

1.

Deux hommes de dos, cape et chapeau, sombres dans un couloir étroit au carrelage rouge brique éclairé par une lanterne murale. On devine une cage d'escalier. La vignette est aussi muette qu'une fascination.

(cf « Les Sept Vies de l'épervier », « La Marque du Condor » de Cothias et Juillard, pl.37).

  1. Ouvrant le « Casemate » de février 2020, je tombe sur cette réflexion tirée de l'Epilogue de « Walking Dead, de Adlard et Kirkman :  « Dans un monde où les morts font la loi, nous avons pour devoir de commencer à vivre », qu'il dit le personnage.
    C'est le genre de phrase que j'aime à me ramentevoir, en particulier quand je vois que j'en croise. Qui ça ? Des apparences, des semblances de signifiance. Des gourances à deux pattes quoi.

  2. J'aime bien le « Félix » de Maurice Tillieux. Les lunettes qu'il porte lui serpentent le regard qu'il en a l'air à la fois perspicace et querelleur, circonspect et sourcilleux.

  1. Le point de vue de l'épervier : les personnages (Henri IV, son fils portant un singe, Malherbe) sont vus de haut, en plongée. Malherbe dit : « mais je crains de n'avoir pas saisi l'allusion à ces sept volatiles de l'espèce de celui qui nous espionne céans... »

    (cf « Les Sept Vies de l'épervier, de Cothias et Juillard, « le Temps des chiens »)

  2. Dans l'album « Virus », de Tome et Janry, lorsqu'à la planche 12B,le comte de Champignac ouvre son laboratoire à Spirou et Fantasio, je note que les couleurs qui dominent sont le jaune beige, le bleu, le vert.

  3. Dans l'album « La Frontière de la vie », de Roger Leloup, la planche 3B est occupée par une large case montrant les rues de Rothenburg ob der Tauber, « petite ville d'Allemagne » dit l'album, qui « a défié le temps et les guerres du passé » et dont le modèle photographique se trouve facilement sur Internet.

    En bas à gauche de la vignette les figurines Yoko Tsuno et Rudy.

    « - Non! Les vampires, ça n’existe pas !, s’exclame Yoko.

    - Il y a une semaine, j'en étais aussi persuadé... Depuis, j'ai changé d'avis !... », répond Rudy.

    Le calme et l'ordre des rues de Rothenburg s'opposent à cette idée qu'un vampire hanterait la ville. Mais il est vrai que la ville est aussi un témoignage du passé (« La cité est restée à peu près dans l'état où elle était à la Renaissance », dit Wikipédia) et donc peut-être bien des croyances et superstitions de l'ancien temps. Et puis, s'il n'y a pas de « vampire », à quoi bon les 44 planches de l'album ?

  4. « Il leur semble que des siècle s'écoulent.

    Puis, lentement, ils reviennent à eux. »

    (Van Dormael, Gunzig, Schuiten, « Le Dernier Pharaon »)

    Quelle est cette conscience d'avant la reprise de conscience qui permet à Blake et Mortimer de pressentir que des « siècles s'écoulent ».

    Les temps de la fiction donnent à songer des univers parallèles où des temps qui ressemblent à ceux qui furent, qui sont, qui seront nôtres s'écoulent selon une temporalité différente. Le temps n’existant pas en-soi, tous les possibles lui sont prêtés.

  5. Dans « Aspirine 1», de Joann Sfar, à la planche 109, Aspirine se fait hiéroglyphique, signe tête en bas et trois états du chat (celui qui vient, celui qui contemple, celui que l'on prend) tandis que Yidgor évoque le bizarre comportement du libraire Mister O.

  6. Planche 5 de « La Nuit du 3 août » (XIII L'intégrale/3, noir et blanc), de Vance et Van Hamme, l'escalier donnant sur la rue enneigée avec son numéro 17 et sa « Pharmacy », ses vitrines sombres, sa voiture allant vers la gauche et la jeune femme aux cheveux noirs montant cet escalier ferait, je pense, une bonne pochette de disque de rock.

  7. Planche 9 de « La Frontière de la vie », de Roger Leloup : premier contact de Yoko Tsuno avec le « vampire », ou plutôt « la vampire » puisque : « Une femme !!... » s'écrie Yoko. Chorégraphie. Les corps se projettent, s'élancent.

  8. « Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard »

    (Léo Ferré, « Avec le temps »)

    Mon état d'esprit actuel. Vacances de Toussaint. Peinarde ma pomme, avec ses fictions. France Culture diffuse une émission sur Fela Kuti (excellente musique). Je note, j'annote, je scribe. Personne pour me casser les pieds. Libre.

    Patrice Houzeau

    Malo, le 25 octobre 2022.

25 octobre 2022

L'HUMANITE PROGRESSE MAIS AVEC UN ENTONNOIR SUR LA TÊTE

L'HUMANITE PROGRESSE MAIS AVEC UN ENTONNOIR SUR LA TÊTE

1.

« Il y avait seulement ceux qui disaient que c'était vrai et ceux qui disaient que ça n'était pas vrai. »

(Jean Giono, « Un Roi sans divertissement »)

Vérité et non vérité. Chacun y cherche son chat, lequel s'en moque effrontément, félinement, fantastiquement.

Il y a quelques années, la langue, le français, employa l'adjectif « fantastique », de manière hyperbolique, pour signifier l'étonnement dans des structures de type « c'est fantastique, comme tu as du mal à... ». Mon père disait parfois : « C'est quand même formidable, comme... »

2.
«  - Mien, tien. - « Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants ; c'est là ma place au soleil. » Voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre. »

(Pascal, « La Justice et la raison des effets »)

Le « commencement et l'image ». L’événement implique sa représentation. Seul Dieu y échappe. Toute représentation du Créateur étant vaine et mensongère par définition.

3.

« - Je ne veux pas m'en aller, dit le chat, je n'ai pas encore bu mon café. »

(Boulgakov, « Le Maître et Marguerite »)

- Je ne veux pas m'en aller, dit Zut, je n'ai pas encore retrouvé mon ombre.

4.

« - Eh bien !, accordez-moi que c'est une triste chose, lorsque l'amour au lieu de faire la félicité de la vie, en devient la calamité... C'est sans doute ainsi que Dieu nous aime ! »

(André Gide, « Les Faux-monnayeurs » [La Pérouse])

Qui sait de quoi est fait l'amour que Dieu est censé nous prodiguer ? Du reste, pourquoi Dieu serait-il aimant envers ses créatures ? Ne lui suffit-il pas de se consterner au spectacle de notre incommensurable bêtise ?

5.

Parmi les livres que je garderai pour m'accompagner le reste de mes jours, et de mes nuits, je compte « Les Faux-monnayeurs » de Gide et « Un Roi sans divertissement » de Giono. Ces deux textes me fascinent par leur construction et leur lucidité.

Il m'arrive de consulter des recueils de citations. J'aime assez ces collections de fusées, d'éclairs, de flèches de la raison et du style contre la bêtise et la vulgarité. Que ces citations soient commentées ne me gêne pas, au contraire. Pédanterie ? Perhaps.

6.

« Pour obtenir cet effet, suivez-moi, j'invente un personnage de romancier, que je pose en figure centrale ; et le sujet du livre, si vous voulez, c'est précisément la lutte entre ce qui lui offre la réalité et ce que, lui, prétend en faire. »

(André Gide, « Les Faux-monnayeurs » [Édouard])

Le vrai sujet de la littérature : l'énigme de la représentation. Du réel et son double, lequel ne peut être qu'un trompe-l’œil cependant qu'il structure notre regard.

7.
« Quand nous disons donc que les sens nous représentent les objets tels qu'ils nous apparaissent, mais l'entendement tels qu'ils sont, cette dernière manière de s’exprimer est à prendre dans une signification non pas transcendantale, mais simplement empirique »

(Kant traduit par Alain Renaut, « Critique de la raison pure »)

Y a gourance sur l'en-soi, le radicalement inconnu, sans doute inaccessible, quoique les équations pourraient bien en faire tomber quelques masques. Maintenant, ce qu'il y a derrière ce « en », du diable si j'en sais quelque chose !

8.

L'une des œuvres que j'aurai le plus entendue est « Atom Heart Mother » de Pink Floyd. J'en écoute, pour l'heure et sur You Tube, une version enregistrée par les « Pink Tones » en 2014 dans l'amphithéâtre romain de Segobriga (avec un accent sur le o, c'est en Espagne).

9.

« - Et qu'est-ce que tu vas foutre d'un labyrinthe ?

  • Eh bien, qu'est-ce qu'on fait d'un labyrinthe d'habitude ?, me dit-il.

  • Je ne sais pas, lui dis-je, j'ai pas l'habitude de ces trucs-là. Moi je n'en fais rien en tout cas.

  • Eh bien, moi je m'en sers pour me promener, dit-il. »

(Giono, « Un Roi sans divertissement » [Le narrateur et Langlois])

Il y a les amateurs de labyrinthes, qui affirment, avec un brin de forfanterie, que ce sont là leurs promenoirs, et il y a ceux qui ne savent pas quoi en faire. Et bien sûr, ce sont les amateurs de labyrinthes qui approfondissent le réel.

10.

« Tant de formes de la folie y abondent et chaque journée en fait naître tant de nouvelles, que mille Démocrite ne suffiraient pas à s'en moquer, et il y aurait toujours à faire appel à un Démocrite de plus. »

(Erasme traduit par Pierre de Nolhac, « Eloge de la folie »)

La bêtise des uns inspire le talent des autres. La folie inspire la raison, et l'humanité progresse, avec un entonnoir sur la tête.

Patrice Houzeau

Malo, le 25 octobre 2022.

25 octobre 2022

AVEC LA NECESSAIRE INJUSTICE DE NOTRE FRAGILITE

AVEC LA NECESSAIRE INJUSTICE DE NOTRE FRAGILITE

  1. « Jeanne se sert de la prophétie comme d'une arme politique. Elle sait par révélation que les Anglais seront vaincus à Orléans et forcés de quitter le royaume. Dans un avenir écrit, la perte des Anglais est assurée. »

    (Colette Beaune, « Jeanne d'Arc, le mythe revisité » in « Historia », n°689, mai 2004)

    Le politique use et abuse de la prospective, qu'il présente souvent comme une quasi prophétie. Et nos experts de régulièrement nous assurer d'un avenir qui, régulièrement, échappe à leurs prédictions.

  2. « Les athées doivent dire des choses parfaitement claires ; or, il n'est point parfaitement clair que l'âme soit matérielle. »

    (Pascal, « Pensées »)

    Outre qu'un athée puisse hermétiquer aussi bien qu'un scribe d'alchimie, l'âme n'est sans doute qu'une convention, qu'une généricité des valeurs qui permettent de juger d'un autre aussi autre que moi-même.

  3. « Quand tout se remue également, rien ne se remue en apparence, comme en un vaisseau. Quand tous vont vers le débordement, nul ne semble y aller. Celui qui s'arrête fait remarquer l'emportement des autres, comme un point fixe ».

    (Pascal « Pensées »)

    L’événement révèle ce débordement qu'annonce un augure plus ou moins inspiré. Parfois, ça panique.

  4. « Mais mon cher Père, la leçon de la guerre n'a pas porté ! Le monde ne se convertit pas ! etc... etc... » Petit Placide réfléchissait : Et les Bons Pères, est-ce qu'ils se convertissent ! Et Moi ? Ce Moi qui est le seul pays de mission sur lequel j'ai pouvoir, et dont j'aurai à rendre compte. »

    (Geneviève Gallois, « La Vie du petit Saint Placide », Desclée de Brouwer, 1954)

    J'apprends par « Les Cahiers de la BD » d'avril-juin 2019 et un article de Yves Frémion, l’existence d'une religieuse, Geneviève Gallois, qui, dessinatrice, publia en 1954 l'un des premiers romans graphiques français : « La Vie du petit Saint Placide. »

  5. « … dans les dés éternels du temps »...

    (Kordey et Django », « Les Cinq saisons Automne »)

    Jolie formule que ces « dés éternels du temps » qui donnent à songer tous ces possibles hasards, ce jeu dont l'humain est sans doute le seul parieur.

  6. « Si j'avais vu un miracle, disent-ils, je me convertirais. » Comment assurent-ils qu'ils feraient ce qu'ils ignorent ? »

    (Pascal, « Pensées »)

    Médias et conversations se font régulièrement l'écho de ce qui paraît relever du paranormal. Dernièrement, quelqu'un m'a affirmé avoir été le témoin qu'un leveur de feu avait opéré avec succès à distance (par téléphone). Etrange.

    Ceux qui y croient se convertissent à l'invisible ; ceux qui n'y croient pas persistent à douter. J'ai moi-même été le témoin de quelques bizarreries spectrales, tout en restant sceptique, et me dis que le réel est infiniment complexe et nos savants infiniment ignorants.

  7. « De là vient que, dans le concept de l'entendement pur, la matière précède la forme, et c'est la raison pour laquelle Leibniz admit d'abord des choses (des monades) et, à l'intérieur de celles-ci, une faculté de représentation »

    (Kant traduit par Alain Renaut, « Critique de la raison pure »)

    Cette faculté de représentation est d'autant plus riche que le langage qui la permet est riche. C'est la complexité des langues qui fonde la complexité du réel.

  8. J'entends dire qu'un énième chauffard conduisant sans permis, ni assurance, a grièvement blessé quelqu'un. La déresponsabilisation qui consiste à sanctionner insuffisamment ce genre de délit, ne servant pas d’exemple, fait courir des risques à la population.

  9. « On ne passe point dans le monde pour se connaître en vers, si l'on n'a mis l'enseigne de poète, de mathématicien, etc. Mais les gens universels ne veulent point d'enseigne, et ne mettent guère de différence entre le métier de poète et celui de brodeur. »

    (Pascal, « Pensées »)

    Les « gens universels » de Pascal ont raison. Ce n'est que par convention que l'on attribue aux artistes une importance telle que l'on feint de trouver intéressant ce qui est ennuyeux et que l'on loue des sottises pourvu qu'elles rapportassent piastres et pépètes.

  10. « Entre nous, et l'enfer ou le ciel, il n'y a que la vie entre deux, qui est la chose du monde la plus fragile. »

    (Pascal, « Pensées »)

    Et comme il n'y a pas plus d'enfer que de ciel, ni que de démocratie en Chine communiste, nous restons seul avec la nécessaire injustice de notre fragilité.

    Patrice Houzeau

    Malo, le 23 octobre 2022.

25 octobre 2022

BYE BYE BORIS BONJOUR RISHI !

BYE BYE BORIS BONJOUR RISHI !

1.

Paraît qu'à la télé russe, la propagandiste Olga Skabeeva a posé la question qui fait passer Poutine pour un zéro et le FSB pour une bande de charlots : Pourquoi la Russie s'est-elle trompée en croyant que Zelensky s'enfuirait et que l'OTAN ne l'aiderait pas ?

  1. 23 octobre 2022. La stratégie de Sourovikine se confirme : frapper les infrastructures ukrainiennes afin de paralyser le pays. Cela entraînera le froid et la faim. Peu à peu, Poutine glisse vers la guerre totale et franchit ligne rouge après ligne rouge.

  2. Christine Kelly, l'animatrice de Cnews, jadis faire-valoir du trouble Zemmour, a publié le 21 octobre 2022 un tweet ainsi libellé : « Nous avons tous été très émus cette semaine avec Lola nous vous souhaitons un week-end de repos ». Le moins que que l'on puisse dire c'est ce que ce tweet n'est guère professionnel.

  3. Le 23 octobre 2022 : Selon les autorités ukrainiennes, ce ne serait plus qu'une question de jours avant que Kherson soit reprise. Si cela s'avère exact, quelle humiliation pour Choïgou, Guerassimov et Poutine. Quant aux trolls pro-russes qui nous affirmaient émoticons rigolards à l'appui qu'une contre-offensive ukrainienne était impossible, ils passeront alors pour ce qu'ils sont déjà.

  4. Choïgou accuse les Ukrainiens de vouloir utiliser une bombe « sale » en Ukraine. Si Choïgou disait vrai, Zelensky commettrait une lourde erreur. L'emploi d'une telle bombe découragerait les soutiens et de l'opinion publique internationale et des démocraties occidentales.

    Si les Russes utilisaient une telle bombe, ou du nucléaire tactique, ou provoquaient un incident grave (rupture de barrage, fuite radioactive,...), l'erreur serait aussi lourde et Poutine de passer définitivement pour un irresponsable.

  5. Ce 24 octobre 2022. Olivier Véran défend sur France Culture son action lors de la crise Covid, aussi Macron et même Buzyn. Je ne suis pas anti-vaccin mais Véran n'est plus audible (trop de mensonges, et un secteur de la médecine en trop mauvais état). Je zappe.

  6. Suite aux allégations de Choïgou sur le soi-disant projet de bombe « sale » fomenté par l'Ukraine, les ministres des affaires étrangères français, britannique et américain ont publié le 24 octobre 2022 un communiqué dénonçant les allégations de Choïgou et rappelant le soutien de leur pays respectif à l'Ukraine.

    « Moscou ne croit pas aux larmes », dit-on ; ça tombe bien, parce que ni la France, ni le Royaume-Uni, ni les Etats-Unis ne croient aux chouineries de Choïgou.

  7. Apparemment, Georgia Meloni est décidée à rester du côté des démocraties, de l'Ukraine, de l'UE et de l'OTAN contre Poutine. Tant mieux. Le Royaume-Uni en proie à des aléas politico-économiques continuera-t-il dans la même voie? Je l'espère...

  8. 25 octobre 2022. J'entends dire qu'au Royaume-Uni, les sondages sont favorables aux travaillistes. Le nouveau premier ministre, Rishi Sunak, a donc fort à faire s'il veut sauver l'économie britannique du naufrage et redorer le blason des conservateurs.

    J'ai lu, ici et là, que Rishi Sunak serait moins enclin à soutenir l'Ukraine que le fut le très engagé Boris Johnson. J'espère que Rishi Sunak saura et sauver l'économie anglaise, et lutter aux côtés de l'UE et de l'OTAN contre l'impérialisme poutinien.

  9. Les difficultés actuelles du Royaume-Uni annoncent-elles ces difficultés à venir de l'UE que les pro-Poutine se font une joie mauvaise d'annoncer comme inéluctables ?

    L'économie du monde va souffrir des menées de Poutine, mais le monde souffrirait plus encore si on laissait Poutine, la Chine, l'Iran, agir comme si nous étions indifférents. La neutralité, en l'espèce, serait une complicité.

    Patrice Houzeau, Malo, le 25 octobre 2022.

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