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31 juillet 2023

NOTE SUR L'HOMME DE HARLEM DE GUIDO CREPAX

NOTE SUR L'HOMME DE HARLEM DE GUIDO CREPAX

Guido Crépax. « L'Homme de Harlem » (Dargaud, 1979). C'est du polar, assez noir, bien qu'en couleurs, d'un humanisme lucide aussi. L'intrigue est assez mince, mais on s'en fiche. Ça commence symboliquement par un match de boxe : le 19 juin 1946, le combat entre le blanc Billy Conn et le noir Joe Louis, et ça se poursuit dans une atmosphère de clubs de jazz et de règlements de comptes entre gangsters. Au milieu de tout ça, le contrebassiste Little Johnny Lincoln (pas un hasard, ce nom) va tenter de protéger Polly, dont la vie est menacée depuis qu'elle a été témoin d'un meurtre. Il est noir et jazzman ; elle est blanche et prostituée. Tout va donc devenir très vite compliqué.

Ce qui fait l'intérêt de l'album, ce n'est pas tant l'histoire que le travail du dessinateur Guido Crépax : par exemple, le haut de la planche 3 (page 7) : C''est dans un trapèze rectangle que Joe Louis met Billy Conn KO au 8ème round, mettant ainsi en évidence la vitesse, la puissance de la « bombe noire » Joe Louis, l'ascendant pris sur Billy Conn qui, dans la case suivante, est horizontal de tout son long cependant que l'arbitre égrène le décompte.

Découpage des planches rapide, rappelle les films policiers ; beaucoup de plans resserrés : ainsi, le corps de Polly aux pages 26 et 27 ; en contrepoint, un strip vertical de cinq cases en noir et blanc, un saxophoniste jouant ironiquement « Lover Man ».

Contrepoint est le mot. En parallèle des scènes d'action liées à l'intrigue, des planches entières montrent la formation de jazz dans laquelle travaille Litlle Johnny Lincoln. Traits parfois très vifs et cadrages expriment l'intensité du jeu, donnent le rythme, l'accompagnement musical du drame, les titres des morceaux sont d'ailleurs donnés comme autant de références pour l'amateur de jazz hot. L'album commence par un match de boxe et se finit par un concert de jazz. Entre les deux, des gens sont morts. La vie est violente.

Note : j'écris plus haut que l'intrigue de « L'Homme de Harlem » est assez mince. Personnellement, j'aime autant. J'apprécie peu d'être obligé de me creuser la cervelle pour essayer de piger une histoire dont je me fiche assez royalement. Je lis moins les bédés pour les histoires que pour la virtuosité du trait, l'intelligence et l'humour des répliques, l'atmosphère qui se dégage des planches. Je reconnais du talent à beaucoup de mangakas, mais souvent que j'y pige que couic (vous me direz, c'est parce que je ne suis pas très futé non plus, c'est possible, et peu m'importe).

Patrice Houzeau
Malo, le 31 juillet 2023.

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29 juillet 2023

IPHIGENIE EST-ELLE UNE TRUITE UNE VACHE UN ANDROGYNE ?

IPHIGENIE EST-ELLE UNE TRUITE UNE VACHE UN ANDROGYNE ?

1.
Lacome et Marcelé. « Iphigénie » in « Un Après-midi au cirque » (Dargaud, coll. Pilote, 1982). C'est une histoire courte, 21 planches.

C'est de la sorcellerie, et ce n'en est pas puisque c'est de la bande dessinée. Des vaches, du gris, des ombres, des trognes, et « là... il y avait une drôle de dame !... » Y a le « bon dieu » des jurons et le « diable » des mauvaises choses, des qu'on n’explique pas ; il y a le crucifix dans la chambre à coucher, et « Par sainte Eulalie, faites que je ne sois pas prise ».

Il y a des mots qu'on n'entend pas dans nos villes hyper-connectées, en voie de macronisation : on parle de vaches « amouillantes », de « guérisseux », de « panseux », de « désempommeux », de « désensorceleuse », toutes activités qui existent toujours, en dépit de la zététique. Et jusque dans les centres de nos villes que ça magnétise, que ça hypnotise...

Ça n'empêche pas les drôles de dames.

Que faire quand tout commence à aller mal : les vaches ne donnent plus de lait, la maladie frappe les bêtes comme les gens. « C'est de l'eau, de la terre et de la lune... c'est de la nuit ! », dit la vieille femme.
Alors quoi, le couteau planté dans le cœur de bœuf ?
Ça n'empêche pas les drôles de dames et la sécheresse.
Il faut donc avoir recours à « l'homme de la vallée », celui dont on ne dit pas le nom.
Trognes, trognes et chat, le chat qui renverse le bol. Les dames dansent.
Viendra l'épreuve ultime. Iphigénie est-elle une truite ou une vache ? » du vivant va passer et tout rentrera dans l'ordre. « C'est rien... c'est des vérités qu'on sait... ».

D'ailleurs, on ne voit plus les drôles de dames.

2.
Avec la deuxième histoire de l'album, « Un après-midi au cirque », le dessinateur Marcelé passe à la couleur qu'on dirait bien du pinceau. Les trois premières planches en sont superbes, parade fantasque d'un cirque en ville : nains à tambourins, attelage à bœuf monté par une écuyère rousse, longues femmes dédaigneuses montrant parfois un sein, basse-cour, cochon rose, tête de bélier, bêtes d'une élégance de fable folle, parées de guirlandes et de plumes, escargot.

Ce n'est pas tout à fait un cirque, c'est un bordel, un bordel ambulant, avec son nain mystique qui cite les Écritures et s'appelle Gabriel. Trognes et monstruosités. On pense aux tableaux et affiches de Toulouse-Lautrec, version féroce, lorgnant sur le grotesque de James Ensor. Il y en a pour tous les goûts, il y en a pour tous les vices.

Au milieu de tout ça, il y a Marie, l'hermaphrodite (« L'ange pur, la toujours vierge, la Marie-Janus ! », clame la mère maquerelle), Marie qui rêve d'avoir un enfant... Impossible, et pourtant... mais chut... Le miracle aura peut-être lieu, mais comme tout est truqué, évidemment. D'autant que le nain Gabriel avait prévenu : « Marie, tu seras mère, mais que de douleurs... Oh ! Non, la douleur, c'est plus tard... Tu recevras et tu perdras... »

Restent les hommes, les hommes et leur mépris, les hommes, les singes et les porcs.

Patrice Houzeau
Malo, le 29 juillet 2023.

28 juillet 2023

SIGURD PUIS WESTERN CIRCUS

SIGURD PUIS WESTERN CIRCUS

1.
Hermann. « Les Tours de Bois-Maury », tome VI, « Sigurd » (1990, Glénat). Bande dessinée dont l'action se déroule au moyen-âge et ici, dans une Normandie où persistent des restes des croyances scandinaves. Le personnage principal de la série, Aymar de Bois-Maury et son écuyer Olivier font halte dans un château. Dès les premières planches, atmosphère fantastique... barge risquant de se fracasser sur les rochers et qui disparaît (« La mer est vide », constate Olivier), cheval blanc, joyau au front, et qui ne laisse nulle trace de son passage sur le sable, chauve-souris hantant la tempête...
De très belles planches dans cet album : la planche 12, muette et dans des tons gris qui rappellent les gravures des illustrations du dix -neuvième siècle. Muette ? pas tout à fait, il y a le Rhooooo de la corne de Yan et le Tooooooo de la barge fantôme qui lui répond... Les planches 30 et 31, muettes aussi et, entre brumes et passages de nuées de chauve-souris, l'étonnement de Bois-Maury devant l'apparition des ruines d'une tour fortifiée.... Les planches 40 et 41, scène d'action ; Bois-Maury et Sigurd sont en proie à des maléfices divers (créature griffue, flammes tombées d'un récipient renversé par le cheval blanc, le « cheval d'Hervör ») ; les couleurs éclatent et semblent se tordre vives : rouge, vert, gris, ombres et mauve clair.

Citation :
« - Eloignez votre main. Je sens la froidure d'hiver me passer de travers le bras...
- Que savez-vous de la froidure ?... d'un hiver long de plus de cent années... »
(Hermann, « Sigurd », planche 34, [Bois-Maury et Sigurd])

2.
Morris et Goscinny, les aventures de Luky Luke, « Western Circus » (Dargaud, 1970). « …le même âge qu'aurait l'amiral de nos jours », je suppose l'âge qu'il avait à Trafalgar, il est borgne et « comme lui, il n'est pas mangeable », dit le capitaine Erasmus Mulligan en présentant son lion à Luky Luke et devinez donc comment qu'il s'appelle. Un éléphant. Un directeur de cirque alcoolique, joueur invétéré, avec une tête à la W.C Fields, celui qui disait, nous écuyère-à-café Wikipédia, : « Je n'ai pas de préjugés. Je déteste pareillement tout le monde. ». Un monstre « avec une grande queue devant et une petite derrière » disent les Indiens (et indien vaut mieux que pas d'petits pains au chocolat). Vanessa, la trapéziste et Mrs Mulligan aussi, Daphné, l'écuyère et lanceuse de couteaux, fille du capitaine Mulligan, Zippy le clown et Zip Kilroy, mari de Daphné. Un éléphant. Un chapiteau tout rapiécé. Une attaque d'Indiens tout orange puis tout verts. Un lion apathique. « Pop corn, cacahuètes ». Un éléphant. Un âne bleu étoilé avec un clown dessus. Des Indiens. Un éléphant. L'arrivée de la cavalerie (« Tariiiii Taraaaa Tariiii... »). Un saloon à Fort-Coyote. Un homme très riche et entreprenant ; on l'appelle « dent-de-diamant ». Un éléphant. Il n'y a pas le groupe de rock que j'aime assez, « Wet Leg », formé par les musiciennes Rhian Teasdale et Hester Chambers et qui chantent « On the chaise longue, on the chaise longue, on the chaise longue, all day long, on the chaise longue ». Une bagarre au saloon. Un éléphant. Une écuyère qui joue du trombone. Un éléphant rancunier. Un tueur à gages tout en noir. Un lion végétarien. Un éléphant dans un couloir. Une dépression. Jolly Jumper en équilibriste. Un spectacle de cirque. Une attaque d'Indiens. Des cases rouges quand le chapiteau brûle. Un retard de cavalerie. Un coup de fatigue. Un éléphant consterné (dans le fond de la case). Un rodéo. Lulu Carabine et ses girls (cabaret). Monsieur Jules Framboise « de Paris, France, en Europe ». Hot dogs et cola. Rodéo qui vire au cirque. Un éléphant. Un triomphe. Un imprésario. Une tournée « dans toute l'Europe ». Une affiche. Un bon album. Une citation :

« - Non, il est trop nerveux, je risque de ne pas le rater... »
(Morris et Goscinny, « Western Circus », pl.22A, [Daphné, la lanceuse de couteaux]).

Une note de philosophie politique. Dans l'abum « Western Circus », de Morris et Goscinny, lors d'une représentation du cirque, Old Timer, sur son fauteuil roulant, se moque à voix haute du juge Sockett, présent lui aussi. Soudain, par enthousiasme, Old Timer tire un coup de tromblon en l'air, ce qui pousse le juge Sockett à le convoquer pour le lendemain au tribunal « pour port d'arme prohibée ». Comme on sait, suite à une attaque d'Indiens, le chapiteau prend feu, et « tous les spectateurs quittent » précipitamment « le chapiteau en flammes ». Le juge Sockett aide alors Old Timer en poussant son fauteuil roulant : « Merci, Juge... », dit piteusement Old Timer. Réponse du juge Sockett : « Ne me remercie pas ! Je t'aurais laissé griller avec plaisir, mais je tiens à te voir demain devant mon tribunal ! » (cf pl.35B). L’exercice du droit rend nécessaire la protection du justiciable.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 juillet 2023.

26 février 2023

S'IL SE MET A ABOYER C'EST QUE CE N'EST PAS UN OEUF

S'IL SE MET A ABOYER C'EST QUE CE N'EST PAS UN OEUF

1.
Alors Alix, Enak et Héraklion arrivent à Apollonia, - c'est une colonie romaine, je le lis dans « Le Dieu sauvage », de Jacques Martin. Et là, un légionnaire leur dit : « Le général Horatius ?... Mais il n'y a pas de général Horatius ici... » (c'est dans la bédé).

Je confirme il n'y a pas plus de général Horatius ici qu'il y a d'éléphant dans le placard et de martien dans la soupière; il y a « My Brightest Diamond » que j'écoute dans « Pressure » et sur You Tube. J'aime bien cette pop song avec fanfare.

2.
« Alors, dans sa solitude hiératique, le dieu paraît soudain s'illuminer d'une étrange lueur. »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », « Les aventures d'Alix », 1970, pl. 24).

C'est ça le problème avec les statues, vous les laissez seules, et elles en profitent pour faire des trucs, « s'illuminer d'une étrange lueur », faire des crêpes, répéter un numéro de claquettes et autres mômeries fantômes ; les statues antiques, surtout celles des dieux, c'est rien qu'des belphégors dans la nuit verte (Pourquoi verte ? - Pour l'ambiance).

3.
« … au point que les corps disparaissent peu à peu sous le sable. »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », pl. 29).

Ça me fait penser au sable des planètes de science-fiction. Vous savez, le sable qui s'étend à l'infini où, soudain, se pointent, poilus et mugissants, des bestiaux biscornus surmontés de voyageurs spatio-trucs et leurs pistolets-sabres-parapluies-allume-cigares-lasers là. Que tout finisse sable, poudre, poussière, avec du vent passant dessus, ou pas de vent du tout, ou du sable avec des pluies de grenouilles (Pourquoi des grenouilles ? - Parce que des éléphants, c'est trop lourd à transporter), ça j'en sais rien. Faut demander à des spécialistes de la question que je ne me pose pas.

4.
« Mais qui sont ces visages qui, à peine apparus, semblent fuir vers l'infini ? »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », pl. 31).

Là, dans la case, on voit de mauves têtes genre têtes de statues décapitées à yeux blancs tournebouler dans une verticalité de vitesse rouge. Psychédélique. Je me demande si on aurait le même effet avec des girafes qui font pouët-pouët, ou des coin-coins qui font pouët-pouët, ou des députés qui font pouët-pouët, ou des poètes qui font pouët-pouët (bin quoi, les poètes ont le droit de faire pouët-pouët comme les girafes, les coin-coins, les députés et tout ce qui relève de la pouët-pouëtance).

5.
Au bas de la planche 38 de l'album « Le Dieu sauvage », un œil noir me te nous vous ils (et leurs sœurs) observe. J'ai beau me dire qu'il ne peut pas me voir, n'empêche que si vous voulez manger des frites dans un œuf battu, il faut battre l’œuf tant qu'il peut se battre. Si l’œuf se met à aboyer, c'est que ce n'est pas un œuf. Il vous reste les frites, que l’œil noir de la dernière case de la planche 38 considère avec stupéfaction.

6.
« Eh bien, nous voilà pris entre une armée de vivants et une armée de morts, et... »
(Jacques Martin, « Le Dieu sauvage », pl. 52 [Alix]).

Certes, c'est assez curieux, mais comme il y a peu de chances que l'armée de morts résiste à l'armée de vivants (on n'est pas à Zombiland, voyez), tout devrait rentrer dans l'ordre, d'autant qu'on est à la fin de cet album où il est question de la force mystérieuse et destructrice qui émane d'une statue représentant le dieu Apollon.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 février 2023. 

28 décembre 2022

SCENE DE COMBAT DE RUE AVEC FANTÔMES

SCENE DE COMBAT DE RUE AVEC FANTÔMES

Notes sur les chapitres 7 et 8 du manga « Red garden », de Kirihito Ayamura, d'après la série animée du studio Gonzo (volume 2, éditions 12bis, 2008) .

«  - Alors, il y a d'autres combattantes que nous... »
(Kirihito Ayamura, « Red garden » 2, chapitre 8 [Kate])

1.
Kirihito Ayamura. « Red garden 2 ». « Introduction ». New-York avec un nom de président. La perte des souvenirs de la nuit précédente. Pourquoi « la nuit précédente » ? Je ne sais pas ; je n'ai pas lu le tome 1. Une morte. Et elles aussi, les quatre filles de l'école, « mortes » qu'on leur dit qu'elles sont (quelle annonce !).

2.
Il y a un tueur, une mystérieuse, un « journal intime commun », une fêtarde, une rebelle, une « timide et réservée », une parfaite "élève parfaite", il n'y a pas d'électronicienne en Allemagne, pas de perroquet moqueur, pas de petite fille effrontée qui tanne tout le monde pour prendre le métro alors qu'il est en grève, pas de marin en noir et blanc qui cherche des trésors et qui trouve des âmes. On ne met pas tous ses fantômes dans la même fiction.

Tous ces fantômes là, ça me rappelle la chanson de Tegan and Sara : « Walking with a Ghost » (2004), basée sur une suite de répétitions qui contredisent l'affirmation : « You're out of my mind, out of my mind » puisque justement, alors qu'elle « marchai[t] avec un fantôme » (« I was walking with a ghost ») et qu'elle l'a évincé (« I said : « Please, please, don't insist ») elle ne cesse pourtant de répéter qu'il est « hors de son esprit », comme si cet « hors de son esprit » l'avait coincé dans la boucle d'une synchronie. De quoi parle cette chanson ? De l'amour qui persiste, des séquelles d'un viol, de quelqu'un qui a eu trop d'influence, d'une image de soi dont on ne veut plus, d'une présence invisible ?

3.
Elle ne croira jamais qu'elle a été assassinée. Une autre doit y aller. Elle reviendra « avant la fermeture ». Une autre crie qu'elle n'ira pas. On dirait un chien vampire qui s'avance dans la perspective. Le ciel sombre, on dirait un filet. Est-ce le vent ? Est-ce cette multitude de papillons blancs ?

4.
Une croit qu'elle est « fichue ». Une autre part. Quelqu'un observe la scène (il a des jumelles). La petite morte, elle a un nom de rose, file le long d'une paroi. L'être bondit (ce qui est ontologiquement intéressant). Une fille aux yeux voilés.

5.
Dans la rue, un groupe de filles combattantes. Un zombie volant ? Le zombie se lance sur la fuyante. « Red garden » est un manga du genre « thriller surnaturel » (je lis ça sur Wikipédia) ; il comporte des scènes relativement violentes. Efficace dynamique des traits, une spécificité de bon nombre de mangas. Et soudain, cendres : une multitude de petits points dessine les contours de ce qui disparaît.

6.
Autre lieu. Absence du classique : « Pendant ce temps-là... » des bandes dessinées européennes. Un docteur, un jeune homme inquiet. Doit-elle se « transformer en monstre » ?

7.
« Les morts deviennent cendres » : « Ashes to ashes, dust to dust ». C'est le lot commun à nous autres, « d'être poussière et de retourner à la poussière » (Genèse 3:19). « S'endurcir », certes... « d'autres combattantes ». En voilà une, cheveux clairs, visage d'angle, costume noir, et de quoi frapper. Accroupie, perspicace, elle reconnaît Kate.

8.
Un fantôme passe dans le ciel. M'évoque une nurse volante. D'ailleurs, elle atterrit. Décidément, j'aime bien les histoires à fantômes moi. Ça doit avoir un rapport avec mon projet existentiel, comme dit l'autre en mangeant une gaufre. La cheffe n'est pas contente. Gifle. Pourrait-elle tuer des mortes ?

9.
Anna porte un masque effrayant. Anna sourit. Anna est contente d'avoir des fleurs. Anna a les yeux fiévreux. Le dessinateur a du talent.

10.
Peut-on oublier la douleur des autres en oubliant la sienne ? Peut-on donner un rendez-vous à un revenant pour lui demander pardon de n'avoir pas « montré de larmes » ? Parfois, la perception est si intense que le réel soudain nous paraît perméable à l'invisible. Rose ouuiiine. Une fille « sait quelque chose ».

Patrice Houzeau
Malo, le 28 décembre 2022.

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10 décembre 2022

STUPEFACTION DE LA FASCINANTE

STUPEFACTION DE LA FASCINANTE

Notes sur « L'Astragale de Cassiopée », une aventure de la série « Isabelle », dessins de Will, scénario de Franquin, Delporte et Macherot. Publiée en épisodes dans l'hebdomadaire « Spirou » en 1976, puis en album en 1979 par les éditions Dupuis.

1.

L'une s'appelle Calendula et l'autre aussi. Isabelle et sa tante Ursule cueillent des framboises. Je n'ai pas passé une très bonne journée ; c'est de ma faute. 9 décembre 2022 : on évoque quelque neige la semaine prochaine.

2.

Les diamants brûlant « d'un feu intérieur » reviennent parfois à leur propriétaire, celui-ci eût-il les pieds fourchus. Dans les bandes dessinées, les tartes que l'on met à refroidir sur les rebords des fenêtres ont tendance à disparaître.

3.

Quand on parle de Calendula, il arrive souvent qu'on évoque l'autre. L'autre étant « d'humeur bouillonnante », dit le cartouche, brise les tankers, noue les tentacules, fait des subaquatiques armés des modèles réduits.

4.

Là « où l'on ne peut arriver qu'après un interminable voyage, quel que soit le point d'où l'on est parti... ». Un air de surréalisme sous-marin.
5.

Calendula réveille le serpent poilu tout noir. Le maléfique nous espionne. On dirait une pièce de vêtement genre « boa ». Il nous espionne tout de même.

6.

Oncle Hermès rend visite à un « grand chef » aussi incognito que son nom est à jeu de mot. Pour l'ambiance, un bandonéon.

Alors qu'ils buvaient un verre de rhum, le rhumatisant se dérhumatisa, mais ce n'est pas le rhum, non ce n'est pas le rhum (chauffe, Marcel !) qui dérhumatisa le rhumatisant mais c'est la magie, askip, la magie d'Hermès qui dérhumatise les rhumatisants.

Comment le chef « Eétanapu » changea de nom. Comme un air de boutique étrange dans une nouvelle de Jean Ray.

7.

Petite boule verte de rage pile pile pile en assenant Nan Nan Nan. Une odeur de danger.

8.

On débusque un chuintufle : je ne vous dis pas ce que c'est, vous n'avez qu'à lire l'album. Défois le réel colle aux poils du maléfice ; l'invisible ne peut se passer de nous.

9.

Retour du chuintufle poisseux et dansant au bercail sous-marin et très étrange. Conjectures sur « l'Astragale » (laquelle est un os, ou une plante) de Cassiopée (laquelle est une reine mythologique qui tourne, tourne, tourne dans l'espace et tête en bas).

10.

M'a tout l'air d'une perle géante, le « Globe de nacre », oui et même très géante. De l'utilité des globes terrestres dans les arts magiques.

Calendula utilise Google Maps. Qui sème ses perles se prépare de drôles de tours (du coup).

11.

Quand les grilles des parcs se ferment, parfois s'éveillent les statues. Pourquoi je pense aux films de Cocteau, moi ? Est-ce après le crépuscule que l'on cherche Hermès ?

12.

Il y a des formules, lorsqu'elles sont prononcées en caractères gras dans les phylactères de certains albums, ça remue les sculptures, mais attention, ce n'est que dans certains albums. Je ne me souviens d'ailleurs pas d'avoir jamais vu Placid (ou Muzo) déclamer en pseudo-latin une formule d'agitation des pierres.

13.

Je ne savions point qu'il existât une filiation entre Hermès et la petite Isabelle. Il est vrai que cela fait longtemps que je n'ai pas ouvert cet étrange imagier. Tout le monde descend...

14.

Quand planent les squelettes. Crapaud, rose échassier, « arbre mort », incantation (sinon, on ne voit pas bien pourquoi Calendula aurait ramené en ce lieu désolé l'horreur de son être profond, puisque des crêpes, elle peut aussi bien en faire chez elle).

Glouglou, un grand AAAAAAAAAAA dans la case. (heureusement que c'est de la bande dessinée, sinon, les voisins pourraient râler). La maléfice toute nue. Pourquoi je pense à La Manikoutai (« Etait-ce femme ou bien rivière ? » a écrit Gille Vigneault) ?

15.

L'origine du brouillard se tient-elle dans des forges souterraines ? Le diamant aime les jeux de mots et d'ailleurs, il se « taille » (si, si, c'est dans l'album, vous pouvez vérifier !).

16.

Où l'on apprend ce qu'est au juste « L'Astragale de Cassiopée », mais je ne vous le dirai pas, na. Quant au diamant, il a bien de l'esprit, qui fait rire Isabelle et amuse le lecteur.

17.

Femme fatale émerge du bassin. « Prends garde à toi, Hermès ! » dit-elle comme dans un opéra. Elle est si belle qu'on dirait qu'elle n’existe pas.

Qui va la chasse aux cœurs émus perd sa place. Et d'un bond, la belle se fit statue. John compte les étoiles ; Emma allume la lumière. « Madre de dios ! » firent les bandidos stupidos en déguerpissant véloces avec tous leurs osses courts comme longs.

Hermès subit un coup de foudre pour Calendula alors qu'il est amoureux de Calendula. Voilà Hermès fasciné pour celle dont dont le nom rappelle l'espagnol « calentura » et qui désigne une fièvre tropicale.

Hermès frappadingo in love cite les paroles d'une chanson d'Edith Piaf. Calendula triomphe et rit de se voir si belle en cet Hermès.

Fuite, fugue, fugace fissa sous les flots. Comment annoncer à Calendula que son fiancé est parti avec Calendula ?

18.

Calendula a les cheveux verts comme dans un poème d'Apollinaire, et c'est une fée aussi, comme dans un poème d'Apollinaire, mais elle n'est pas sept et ses cheveux ne tombent pas jusqu'à ses pieds. Elle fait sortir des êtres en grec d'une bouteille.

Le nuage flottant est un moyen de transport bio-dégradable. Il faut plonger, Isabelle. Il suffit de prendre les rênes d'un poisson.

De l'amusante frousse qu'elle ressent, la frimousse rousse Isabelle. Publication des bans (de poissons).

Une sirène (et sa petite) dans les filets. Juste une péripétie calendulaire et tout rentre dans l'ordre : gros bateau est devenu petit ; Calendula et Isabelle reprennent leur chemin sous-marin.

19.

A coup de sabot, le réveil d'Hermès. Si fière de se voir si belle en ce miroir, Calendula oublie que la coquetterie est parfois mauvaise conseillère.

Bataille pour l'Astragale. L'ahurissement d'Hermès se fait à coups de chuintufle.

20.

Zont des pipes et de blancs suaires, v'là la caraque, v'là la caraque qui passe, zont des pipes et de blancs suaires, v'la la caraque et son « hollandais volant ».

Drapé orange d'une robe sur le bleu des fonds marins. Sirènes et requins. Crêtes et tridents. Dans les profondeurs aussi rodent les hell's angels.

Faut pas croire, c'est pas parce qu'on fait dans le maléfice qu'on n'a pas de religion. La raie des dieux passe sur les créatures comme une ombre immense qui rappelle la puissance des ténèbres.

Et nous aurons un immense squelette pour basilique. Noces spectrales. Calamar au clavier. Emma et John n'ont pas été invités. John va à la chasse au vilain ; Emma détache une main. Alors la grosse boîte en métal androïde alla chez le cybernéticien s'en faire remettre une dans sa tronche en conserve par un autre grotesque en fer blanc.

L'esprit aussi vif que l'éclat du diamant rompt ces noces poissonneuses. Du reste, l'esprit va de plus en plus loin dans le jeu de mots incongru, intrus du coup, qu'il tente quand même mais c'est pas beau.

Au centre de la planche, en longue robe noire (curieux pour un mariage) et astragale de Cassiopée, Calendula triomphe sur Calendula (elle a un beau chapeau) tandis qu'Hermès dit des bêtises.

Vole, diamant, vole. Décalendulé de l'adulée Calendula, Hermès ses esprits retrouva. L'autre Calendula, Isabelle, Hermès s'enfuient. Calendula exige leurs entrailles.

21.

L’œil du requin, un point noir dans un oblongue jaune, a la force d'un symbole. La fascinante est stupéfaite. Il s'en passe des choses dans une heure de temps. Revoilà celui des tartes. Franquin et Delporte discutent dans un coin de case. Le groupe en bronze (attelage de monstres marins mené par Calendula en furie) continue d'attirer mon œil, puisque j'ai encore l’œil, la tête pour le porter et, dessous ma tête, quelque carcasse.

Patrice Houzeau

Malo, le 8 décembre 2022.

6 décembre 2022

IL Y A DES LETTRES QU'ON NE PRONONCE PAS ICI

IL Y A DES LETTRES QU'ON NE PRONONCE PAS ICI.

 

Notes sur « Le Piano sauvage », une aventure de Philémon par Fred (scénario et dessin), publiée dans Pilote des numéros 456 à 469, puis en album en 1973, réédité en 1985 augmenté de deux histoires courtes : « Deux ombres au tableau » et « La bonne soupe ».

1.
Qui commence par un rappel. Philémon tombe dans un puits puis sur la lettre A. Attention avec vos lampes, elles peuvent être naufrageuses.

2.
De l'utilité des bouchons pour les bateaux en bouteille lorsqu'une tempête les envoie valser sous les eaux. Philémon tombe dans un plafond liquide.

3.
Philémon n'écoute pas le réel paternel puisque Philémon rêve (c'est que Philémon aime tant à plonger dans ses songes qu'il finit océanique). Arrivée de l'oncle Félicien et de sa pipe, laquelle fait des « pfoufs ».

4.
Félicien gloupe un godet mais, surpris, le pschrrrttt... aussi vite. Il y a des lettres que l'on ne prononce pas, « pas ici... ».

5.
Excédé des fantaisies, le paternel cartésien prend la porte, des imprécations plein le phylactère (du coup, comment voulez-vous qu'il se rende compte du bizarre qu'elles sont les choses défois ?). Félicien rallume sa pipe et sa « logique ».

6.
Se promenant dans les cases et entre les jambes de Philémon, dont je constate qu'il a les pieds nus, et de Félicien, qui porte des bottes, le chat blanc fait soudain part au lecteur de son vertige. Il y a plusieurs chemins pour là-bas.

7.
C'est par « le petit bout de la lorgnette » que Philémon éprouvera les effets de l'analogie (ce qui est en haut est-il semblable à ce qui est en bas ? Un globe éducatif peut-il servir de moyen de transport ?).

8.
Peinard, le Félicien continue à fumer sa pipe (« pfouf, pfouf ») tandis que Philémon s'artrouve dans les ailleurs océaniques.

9.
Pour celui qui « traverse l'atlantique à pied en solitaire » (et ses pas sur les flots verts et bleus faisaient « floutch »), le verbe « noyer » n'a pas de sens.

10.

Quand on campe dans l'Atlantique, il ne faut pas s'attendre à manger chaud.

Philémon n'a pas confiance et manque de se noyer. Une ancre le sauve et le voilà dans les airs et à bord d'une nacelle à tête de cocasse bestiole.

11.
Pour la deuxième fois en trois planches, Philémon se fait pousser dehors (vous verrez qu'il va finir par s'attirer des bricoles).

12.

Cette histoire étant pleine de rebondissements, lorsque dans un pays, vous vous mettez à rebondir sur les pelouses (par ailleurs d'un bleu d'herbe rare), il faut s'attendre à quelque interdiction du dit « rebondir ». Et le policier zailé joua de la trompette (ou de kekchoz dans le genre à souffler dedans pour faire du son).

13.

Il est temps que Justice se fasse : même l'incongru a ses règles. Sinon, c'est n'importe quoi et on a toujours raison de se rebeller contre le n'importe quoi. On notera que le « Palais de Justice » est perché.

14.

Philémon est au ban des accusés. Tous les êtres présents portent de larges ailes de papillon, sauf Philémon, bien entendu.

15.

C'est que Philémon n'étant pas natif du lieu (le « N »), ses ascendants n'ont pas connu l'évolution naturelle (induite par la nécessité de s'élever) dont le dessinateur Fred fait l’exposé à la page 28 de l'album dont je vous cause et qui a pour titre « Le Piano sauvage ».

16.

Le théâtre de la Justice a parfois recours à un souffleur. De la gravité des actes de Philémon (je vous l'avais bien dit qu'il finirait par s'attirer des bricoles...)

17.

J'ai dû déjà l'écrire que la large tête de la dame blonde en robe bleue et jaune et aux longs gants roses qui commente la condamnation de Philémon (« Terrible sentence » dit-elle) me fait penser aux illustrations de l'Alice de Lewis Carroll, aussi aux chansons du groupe Genesis du temps de Peter Gabriel.

18.

Il fallait y penser pour utiliser les zébrures du zèbre comme barreaux courbes d'une cage. En attendant le concert, restez dans vos zèbres.

19.

La garde volante se charge de Philémon : il faut bien que la sentence s’exécute, sinon à quoi bon condamner des innocents.

20.

L’exécution étant publique, des places sont à vendre. Et hop du toboggan à l'habit queue de pie, voilà un condamné bien élégant.

En attendant le lâcher de piano. Je reconnais Toulouse-Lautrec dans le public.

21.

Le piano est lâché. Philémon esquive avec agilité mais « Bong ! » tout de même. Blong ! Certes mais BlinglCklink aussi ! Les choses ne tenant parfois qu'à un accord, Philémon est donc libre et prend l'ascenseur (il n'a pas le choix).

22.

Labyrinthe au palace. Philémon réveille une vieille connaissance.

Philémon prend l'initiative mais gare au tapis enroulant.

23.

Défois derrière les portes... Quand passe le tapis... Autant en emporte le violon voletant là-bas, avec son cortège de feuilles mortes qu'on dirait les mains coupées d'un poème d'Apollinaire... En attendant les croissants... La concierge ne sait plus dans quel escalier elle a disparu... La sortie est dans l'armoire...

24.

Le monsieur qui ressemble à un dessin représentant Robinson Crusoé dans je ne sais plus quel volume du passé, se plaint de la qualité du réel, lequel pleure abondamment.

25.

Interlude.

L'âne-qui-rit Anatole se moque de Philémon, lequel lui annonce une autre histoire.

26.

« - M'ouais !... Pas moyen de discuter avec un âne... Il a toujours raison... »

(Fred, « Le Piano sauvage » [Philémon]).

Ah ça, ça mérite la citation, l'anthologie, le statut de mot d'auteur, quasi politique, d'ailleurs, cette observation, vaguement anarchiste.

27.

C'est lorsque votre ombre fait une fugue que vous ne tardez pas à rencontrer un « tailleur d'ombres ». Comme quoi l'absurde est aussi bien fait que le reste, par ailleurs aussi absurde, mais on s'y habitue et on appelle cela le réel.

28.

L'ombre demande ajustements et reprises. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas impunément que l'on promène son ombre dans le monde et il y a donc un prix à payer.

29.

Anatole juge sévèrement les bipèdes qui l'entourent et c'est vers une autre histoire, toujours une autre histoire, que lui et Philémon s'acheminent.

30.

Tremblement de terre et apparition de faisceau lumineux. Quel robot géant va-t-il surgir du sol ? L'homme qui toujours grandit.

31.

Philémon propose le recours au « petit bout de la lorgnette » (c'est vrai qu'il a fait ses preuves). L'âne Anatole prend soudain conscience de la relativité des ânes dans cet univers en perpétuelle expansion.

32.

Intervention du Réel paternel. De « vieux copains de régiment ». Ce qu'admet le Réel et ce qu'il n'admet pas est-il si logique ?

33.

L'album se termine par un rapide aperçu de ce qui pourrait se passer dans les albums suivants : Phare-Hibou, cocasses bestioles, pélicans de transport, château suspendu, ciseaux géants et toutes ces sortes de choses.

Patrice Houzeau

Malo, le 6 décembre 2022.

26 novembre 2022

DIEU SERAIT-IL MOINS DIEU SANS LES SIGNES DE DIEU ?

DIEU SERAIT-IL MOINS DIEU SANS LES SIGNES DE DIEU ?

1.

Ce tonton-là, dont d'aucuns disent qu'il est tata, ce tonton, tata il l'est pas, pas du tout tata ce tonton-là cependant qu'il a un toutou qu'il appelle Tintouin, parce que lui s'appelle Milou.

2.

26 novembre 2022, j'entends parler sur France Culture d'un scandale possible concernant l'apprentissage, des fonds d'investissement et de très généreuses aides publiques cependant que France Compétences connaîtrait une fois encore un très lourd déficit.

Apparemment, y en a, ça s'gave, ça s'gave grave.

3.

« C'était à tout hasard, si quelqu'un s'amusait vraiment à nous intriguer par des signes, il saurait que nous les avions perçus... et que nous attendions la suite. »

(Gombrowicz, « Cosmos » [le narrateur])

C'est parce que le hasard existe que certains croient aux signes.

Si hasard et coïncidence n’existaient pas, tout ferait signe.

Le monde serait potentiellement totalement intelligible.

Mais, merci Seigneur, le hasard se fiche de nos pommes.

4.

Je ne sais pas si quelqu'un « s'amuse vraiment à nous intriguer par des signes ».

Qui pourrait s'amuser à ce jeu-là ?

Dieu serait-il moins Dieu sans les signes de Dieu ?

Que Dieu soit obligé « d'intriguer par des signes » les humains que nous sommes suppose que :

soit Dieu a besoin de nous pour être autre chose qu'un être,

soit Dieu, par amour ou par goût du pouvoir, tient absolument à ce que nous suivions sa parole.

Et le Diable serait certainement moins le Diable sans les signes du Diable.

Et lui, le Diable, a besoin de nous pour être autre chose qu'un être, de même que, par orgueil et appétit de puissance, il tient absolument à ce que nous croyions en ses pouvoirs sur ce monde.

Le Diable est tout autant dans les signes que Dieu.

A ne pas y reconnaître son pasteur.

5.

Si quelqu'un apprend que nous nous plaisons à percevoir des signes, il peut être tenté de « s'amuser à nous intriguer ».

Ainsi, certains artistes, qui ne sont pas des dieux bien que certains soient de pauvres diables, se plaisent à ce jeu de piste plus ou moins hermétique.

Nous les prenons d'ailleurs fort au sérieux et tombons dans le panneau que n'indique aucun gouffre.

6.

Nous les prenons, ces signes, tellement au sérieux que nous en attendons « la suite » et toujours plus.

Et de collectionner toujours plus de livres, de fictions, d’étrangetés poétiques, considérant sans doute que l'empire des signes y est disséminé et que quelque vérité essentielle peut se cacher aussi bien dans un volume de Spinoza que dans un album de Tintin.

7.

Dans « L'Orgue du Diable », ce n'est pas un sandwich pâté-cornichons que la Yoko Tsuno de Roger Leloup aperçoit, mais des « ossements humains » ; sinon elle aurait commandé une bière.

8.

Ce n'est pas à un spectacle de cirque que la Yoko de Leloup assiste, mais à la vision « d'ossements humains, « ce qui lui fait dire, non sans à-propos, « Il s'est passé ici des choses horribles !... »

Dans quel « ici » ne s'est-il pas passé de « choses horribles ? »

Y compris lors de spectacles de cirque.

9.

La Yoko de Leloup aperçoit des « ossements humains » : un crâne, des os, tout ça.

La Yoko de Leloup emprunte « une vieille épée ».

Je me demande combien elle en a décapités, au juste.

10.

Les impératifs, comme l'a écrit Kant dans ses « Fondements de la métaphysique des mœurs », indiquant le rapport d'une loi objective « de la raison » à une subjectivité non nécessairement déterminée par cette loi qui devient dès lors et objectivement une contrainte, et alors que dans « l'Orgue du Diable », elles sont enfermées toutes deux dans une cage de fer suspendue, la Yoko Tsuno au poil noir de Leloup réveille l'Ingrid au poil blond car, si vous avez lu l'album, vous savez ce qui pourrait leur arriver.

11.

Si l'Ecossais Robert Davidson n'avait pas en 1837 mis au point la première locomotive électrique, le train aurait manqué le vilain Karl, et donc la Yoko Tsuno de Roger Leloup serait morte étranglée, et donc Ingrid, à la dernière planche de l'album « L'Orgue du Diable », n'aurait pas pu dire que « La végétation effacera les dernières traces du maléfice ».

12.

Novembre 2022. On évoque la possible constitution d'un axe anti-Occident Russie-Chine-Iran.

Il est étonnant de voir à quel point ces pays ne voient pas que, quand bien même ils arriveraient à établir militairement une sphère d'influence plus ou moins contrôlée, en aucun cas ils ne pourraient gagner la guerre économique qui a d'ailleurs déjà commencé.

Communistes chinois, mafieux poutiniens, théocrates iraniens ne voient que leur intérêt à court terme et s'en remettent au droit du plus fort, lequel les précipitera en enfer plus vite qu'ils pourraient le penser.

Patrice Houzeau

Malo, le 26 novembre 2022. 

19 novembre 2022

QUELS ETRRES ETRRRANGES SONT CE LA ?

QUELS ÊTRRES ETRRRANGES SONT CE LA ?

« Un passage secret !... C'est inouï !... Et c'est l’œil qui a déclenché le mécanisme !... Entrons ! »

(Hergé, « Vol 714 pour Sydney », planche 43 [Tintin])

1.

Alors Rastapopoulos, le Rastapopoulos de Tintin et Hergé dans « Vol 714 pour Sydney », oui-da, quel rascal, chacal, crapoteux, crapouilleux et pouillard et pouillot, - ô crapaud, ô Rastapopoulos -, quelle crapule stilal, tenta d'écraser une araignée, mais l'araignée fut si vive et véloce et vivace, qu'esquivant le talon, vivante elle resta, malgré l'acharnement à bottes du rageur Rastopopoulos, qui donc l'eut dans l'os.

2.

Alors Rastapopoulos, le Rastapopoulos de Tintin et Milou et Hergé dans « Vol 714 pour Sydney », oui-da, la crapule bien connue, et vilain, et véreux, et vraiment épouvantablement ridicule, Rastapopoulos tenta d’extorquer à Carreidas le numéro de son compte en Suisse... en Suisse... où j'aimerais tant passer le reste de mes vanités horaires en compagnie d'une jolie Suissesse, ou sa sœur, pleine aux as, et douce, suave, délicieuse, gentille et généreuse, pas trop silencieuse, mais point jacassante. Ceci dit, je rêve, je rêve, je songe, mais je ne sais pas, je ne pense pas que, pour moi, de telles Suissesses, ou leurs sœurs, existassent, ni de telles compagnes d'ailleurs, que moi-même, que j’existe me semble aussi sot qu'improbable.

3.

La sœur d'une Suissesse est-elle suissesse elle aussi ? - Oui, assurément, sauf si la sœur de cette Suissesse a marida un frança et qu'a s'a fa naturalisa (poil aux bras, au bas, abracadabra).

4.

C'est à la planche 28 de « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, que les forces de l'invisible se manifestent pour la première fois. C'est d'abord le pendule du professeur Tournesol qui se met à osciller si fortement, si fortement, si fortement, à tel point que le professeur Tournesol fait remarquer que ce sont là « les plus fortes oscillations que [son] pendule ait jamais enregistrées ». Ensuite, dans un phylactère aussi ad hoc que son nom, le capitaine Haddock donc, se fait la réflexion d'une « curieuse impression... celle d'une présence invisible autour de nous... ». Ah ça c'est aussi mystérieux que le mystère des chaussettes de l'archiduchesse mises à sécher, avec ses chemises aussi, et qui furent mystérieusement remplacées par six saucissons et un hareng aussi saur qu'ironique.

5.

Alors, comme j'avais fort faim, je me mangeai et me trouvant indigeste, je me rendis compte que j'écrivais n'importe quoi.

6.

Mais revenons à « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, et voyons ce varan progressant dans l'herbe et la case 10 de la planche 35, « - Qu'est-ce qu'il fabrique ici, cette espèce de diplodocus sorti tout droit de la préhistoire ? » et disons que ce varan, ce « sorti de la préhistoire », comme dit Haddock, c'est le passé représenté, la permanence reptilienne (Sartre ressuscité ?) cependant que s'agitent pendule, mitraillettes et bipèdes, dont certains très reptiliens eux aussi (« Vipère ! » lance Haddock à l'adresse de Allan).

7.

Alors Tintin, l'épatant Tintin de Tintin et Milou et Hergé du « Vol 714 pour Sydney », planche 38, l'invisible se manifeste à nouveau puisque Tintin, soudain, « On dirait qu'une voix me parle à l'intérieur de moi-même », que le sympathique, épatant et globe-trotter Tintin, le voilà tout télépathé.

8.

Planche 41, il est question d'un « signe » gravé sur un rocher, « celui des dieux qui sont venus du ciel sur leurs chars de feu ! » dit à Allan un Sondonésien refusant d'entrer dans le « troulala » (cf planche 40 de « Vol 714 pour Sydney », de Hergé) même que « ces dieux qui sont venus du ciel dans leurs chars de feu », cela rappelle la théorie des anciens astronautes, ces extra-terrestres qui seraient venus des ailleurs stellaires, pour faire sur notre planète de l'architecture (pyramides, alignement de mégalithes, statues à gros yeux, et salsifis et choléra) because le cursus suivi par les étudiants en architecture de chez eux (les lointains cosmiques), prévoyaient alors un stage de plusieurs semaines sur la planète Terre, vu qu'on y trouve des tas de matériaux épatants, qu'on peut faire avec des constructions tout ce qu'il y a plus propre à fasciner le bipède humain pour les siècles des siècles. Apparemment, il dut y avoir une réforme dans leur cursus architectural, à ces zèbres des azurs dans leurs drôles de machines, parce que s'ils nous visitent encore, hein les bâtisseurs des étoiles, ils construisent plus rien.

Je songe aussi que si l'antre du mystère, c'est un « troulala », comme dit Rastapopoulos, et si le mot « troulala » renvoie bien à ce que je pense, c'est peut-être aussi que cette histoire de visiteur cosmique des temps anciens, c'est juste qu'une connerie.

9.

Alors, dans un claquement de sa mâchoire de pierre, la statue avala, goba, engloutit Carreidas, Krollspell, Haddock, Tintin, Milou. Que va-t-il se passer ? Oh c'est palpitant comme un poulpe télépathique si tant est qu'il existât des poulpes télépathiques, ou des capillaires érudites, ou encore des barricades énigmatiques.

10.

Dans « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, lorsque Mik Ezdanitoff de la revue « Comète » (rappelant Jacques Bergier de la revue « Planète ») commente planche 47 un étrange dessin rupestre, son roulement des « r » et les particularités de sa syntaxe participent à la bizarrerie : « Voyez dessins surr murr : c'est évidement machines utilisées parr êtrres venus d'autrres planètes... ». Sur des pierres illustrées qu'on aurait les preuves de leurs visites, aux extra-terrestres... N'est-ce point curieux ?

11.

L'astronef extra-terrestre de « Vol 714 pour Sydney », de Hergé, ne ressemblant pas à un astronef extra-terrestre, mais à un canotier blanc et lumineux, je m'interroge : à quoi ça ressemble ça, réellement, un aéronef extra-terrestre ? A une machine à coudre ? Un parapluie ? Une table de dissection ? Un Saint descendant du ciel ? Une bête faramine ? Le wok égaré de Tante Agatha ?

12.

Ai revu l'autre soir « La Mort aux trousses », de Hitchcock, ai pensé qu'il y avait une parenté de style entre ce film et la fameuse « ligne claire » d'Hergé, une parenté d'atmosphère entre l'aventure de Roger Thornhill et les aventures de Tintin.

Patrice Houzeau

Malo, le 19 novembre 2022.

11 novembre 2022

ON CONTINUE DANS L'INCONGRU

ON CONTINUE DANS L'INCONGRU

1.

Le mot « cheval » me fait penser

Au mot « western » que des films

De cow-boys et d'indiens ça fait

Longtemps que je n'en ai pas vus

Le mot « cheval » me fait penser

A Jolly Jumper le cheval à Lucky

Luke même que Jolly ça veut dire

Joyeux enjoué c'est de l'anglais

Et Jumper ça vient de to jump un

Verbe anglais lui aussi qui veut

Dire sauter bondir & en allemand

Wurst veut dire saucisse & quand

On dit Das ist mir Wurst ça veut

Dire que ça m'est égal et que je

N'en ai rien à faire Je sais que

Ça n'a aucun rapport avec le mot

Cheval et Jolly Jumper quoiqu'en

Français quand on dit oui oui je

Vais en parler à mon cheval cela

Veut dire qu'on n'en à rien à oh

rien rien de rien rien de rien à

Galoper de s'que l'autre raconte

Et que Jolly Jumper dans l'album

Jesse James de Morris & Goscinny

Jolly Jumper à la planche 2 fait

Son intéressant le Jolly Jumper.

2.

100 ans de BD un ouvrage collectif publié

En 1996 par les Editions Atlas dirigé par

Pascal Pillegand l'ouvrage pas Atlas il y

A pas mal d'images par exemple page 61 la

Reproduction d'une planche de Sirius même

Qu'elle vient de la série L'Epervier Bleu

On voit le héros dire à un autre qui dans

Sa combinaison d'astronaute dit qu'ça lui

Aurait plu de pouvoir se mirer le héros i

Dit « Tu es à croquer, comme toujours » &

En fait au premier plan c'est le visage à

Christine (elle est blonde) qu'on voit et

Comme elle est mignonne on pige que c'est

Elle qui est à croquer pas l'autre poilu.

3.

L'un des grands défis des humains c'est

de lutter contre le froid celui qui est

en dehors et celui qui règne en dedans.

4.

On continue dans l'étrange avec Mortimer

Celui de l'album Le Dernier Pharaon page

61 le voilà face à une pyramide inversée

Genre que dessous le Palais de Justice à

Bruxelles l'Egypte antique et la tête en

Bas s'il vous plaît serait tombée là que

Tout baigne dans une lumière verte et le

Mortimer a les pieds dans l'eau & paraît

Qu'il y aurait une « mer souterraine » i

Dit Henri à la page 62 Une méganeura des

Temps anciens puisque ça date quand même

Du Carbonifère soit plus de 300 millions

D'années s'te libellule géante là étonne

Mortimer que si cela avait été un député

Volant voire un politique sincère il eût

Eté moins époustouflé le Mortimer pis la

Méganeura a s'fa bouffa par un surgi des

Flots à long cou un basilosaurus j'crois

Bien ça se passe page 63 Les auteurs des

Epatances superbes dont je viens de vous

Causer sont Schuiten Van Dormael Gunzig.

5.

J'entends sur France Inter un blues

Chanté par Janis Joplin On y entend

Itou une machine à écrire & si j'ai

Bien pigé c'est la compagne à Jorma

Kaukonen Margareta qui en tape d'la

Machine à écrire qu'ça sonne bien &

Nous sommes le 9 novembre 2022 tout

Ça Janis Joplin Kaukonen évidemment

C'est du temps passé à y penser des

Fois ça mélancolise fiche le blues.

6.

Le chapitre 5 du Dracula de Georges Bess

Met en scène les « Concubines du comte »

Que les planches présentent flottantes &

Volantes & ondulantes & vénéneuses & des

Roses ponctuent leur apparition comme si

Le parfum des roses servait à dissimuler

Les planches 60 et 61 montrent un Harker

Alité en proie à une étrange torpeur Les

Femmes qui entourent Jonathan dessiné au

Centre de la double page peut-être qu'il

Croit les rêver tandis qu'il les compare

A des « bêtes sauvages » et le dessin de

Georges Bess en montre le vampirisme qui

Les anime ongles griffes dents longues &

Pointues et leur dimension érotique liée

A la nudité de certaines ainsi qu'à leur

Nature de bête de proie tout ça plein de

Lignes de stries & d'ombres tourmentées.

Patrice Houzeau

Malo, le 9 novembre 2022.

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