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BREFS ET AUTRES
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chronique
12 mai 2020

THE MAN ON THE MOON

THE MAN ON THE MOON

1. J'entends ce matin (12 mai 2020) sur France Info que Jean-Michel Blanquer est un homme de convictions. Je n'en doute pas. Il en est d'autant plus dangereux. Il croit tellement en sa réforme qu'il s'aveugle lui-même sur les difficultés d'application et la résistance qu'il rencontre à tous les échelons.

2. L'éducation nationale, réforme après réforme, a tellement été dénaturée qu'il lui faut maintenant un ministre pragmatique, un négociateur, et non pas un visionnaire, qui tente de préparer dans les classes une société de je ne sais quelle bienveillance.

3. Ce que les parents attendent de l'école, c'est qu'elle forme leurs enfants à un métier. L'apprentissage de la citoyenneté et les illusions de la bienveillance ne forment ni plombier, ni avocat. Et bien sûr, tout le monde d'adopter un discours auxquels bien peu croient : d'où le succès de Marine le Pen.

4. Des formations courtes qui permettraient au plus grand nombre d'accéder rapidement à un métier feraient plus contre les extrémismes que cette longue patience dans laquelle l'Etat plonge des élèves de plus en plus perplexes devant ce qu'on attend d'eux.

5. Je ne sais pas si Blanquer se rend compte des difficultés d'organisation que pose le maintien des cours en cette fin d'année covido-scolaire : on n'est plus dans le pédagogique, on nage en pleine programmation du lancement d'une fusée vers Saturne.

6. « The Man On The Moon », voilà à quoi je pense quand je songe aux bonds et rebonds d'une pédagogie hors-sol, planant dans les sphères de la bienveillance et la galaxie des formations post-bac cependant que sur terre, en France, on ne trouve plus d'ouvriers agricoles.

7. Ce n'est pas la bienveillance qu'il faut enseigner aux élèves, c'est la dureté des temps.

8. Malheureux l'étudiant dont les parents se saignent aux quatre veines pour le soutenir dans des formations post-bac qui forment à des métiers qui n'existent pas.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 12 mai 2020.

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10 mai 2020

CHRONIQUE DU 10 MAI 2020

CHRONIQUE DU 10 MAI 2020

1. Le covid-19 fragilise nos démocraties. Souvenez-vous aussi de l'économiste Bernard Maris qui, eu égard aux malheurs du monde, nous disait : « Souriez, vous êtes Français », avant d'être assassiné le 7 janvier 2015 par un terroriste islamiste.

2. Soit Jean-Michel Blanquer est très courageux, soit il est très docile, soit il est très sot car il est évident que la réouverture des écoles le 11 mai est loin d'être sans risques, cependant que le gouvernement cherche par ce moyen à remettre les parents au travail.

3. Sans doute certains politiques sont d'autant moins scrupuleux qu'ils se sentent légitimés par la masse de travail qu'ils sont capables d'abattre. Qui bosse comme un bœuf est parfois tenté de voler l’œuf, chaparder la poule et taxer le fermier.

4. Le 10 mai 2020, on ne sait pas si les élèves seront soumis à un oral de français. Blanquer réfléchit (peut-être). En toute logique, si l'oral de français est supprimé ou reporté, il serait logique de supprimer l'oral de contrôle du bac et accorder le diplôme à 8 de moyenne.

5. Le 10 mai 2020, la veille du « déconfinement », beaucoup pensaient que le virus profiterait d'une certaine liberté retrouvée pour accélérer sa propagation. Sans le dire, le gouvernement misait sans doute sur un mixte entre confinement volontaire et immunité collective.

6. J'ai pensé que si Edouard Philippe se présentait au nom des Républicains, il était possible que le premier ministre l'emporte face à Macron ou face à Marine Le Pen. Je ne voyais en 2020 aucun autre candidat susceptible d'accéder à un second tour.

7. Le 10 mai 2020, je ne voyais aucune possibilité pour la gauche de revenir au premier plan sans une union de ses différentes composantes. L'incompatibilité des programmes, les problèmes d'ego et de posture empêchaient sans doute cette union pour longtemps.

8. En mai 2020, une partie de la gauche songeait peut-être à un pays où l'Etat serait surpuissant dans son dirigisme (aidé en cela par quelque « parlement-citoyen ») tout en laissant faire le marché : une sorte de gauchisme à la chinoise qui conduirait inéluctablement à la dictature.

9. Le 10 mai, on disait à la radio que quatre personnes avaient été testées positif et cela probablement suite à une réunion de travail dans un collège de la Vienne. Ça s'annonçait mal pour ses décisions à Blanquer qui apparaissait de plus en plus comme le maillon faible du gouvernement.

10. Face au covid, La plupart des restrictions de la liberté individuelle prises par le gouvernement Edouard Philippe et si critiquées par la gauche auraient été prises de toute façon par lesdits contempteurs si ceux-ci avaient été au pouvoir. La politique, c'est du guignol tragi-comique.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 10 mai 2020.

7 mai 2020

CHRONIQUE DU 7 MAI 2020

CHRONIQUE DU 7 MAI 2020

1. Faut pas lénifier : le confinement a sauvé des vies et provoqué des drames ; le déconfinement relancera l'économie et provoquera des drames. La société attaquée par le covid est la même que sans le covid, mais en pire.

2. Prétendre qu'il n'y a pas eu de tri des malades est un mensonge. Covid ou pas, en cas d'urgence et de saturation, s'ils ne peuvent faire autrement, les soignants procèdent à un tri. C'est la vraie vie. Dire le contraire, c'est lénifier, c'est prendre les Français pour des agneaux.

3. « Demain je vais sortir, je quitterai ma chambre,
      
Je marcherai usé sur un boulevard mort »
(Michel Houellebecq)
Ce n'est pas tout récent, ce qu'il a écrit là, Houellebecq, mais c'est d'aujourd'hui quand même.

4. Lu dans une copie télétravaillée : « Par contre, j'ai pu voir la malhonnêteté de certaines personnes qui vont appeler la police lorsqu'elles vont voir par exemple une famille se promener une petite heure. » Eh oui, il y a toujours de « bons Français tendance collabo ».

5. Les gens savent pas s'mêler de leurs oignons, faut qu'ils regardent sque font les autres et si possible les dénoncer parce que c'est mieux d'êt' du côté d'la police même qu'à mon avis avec la surveillance électronique généralisée solidaro-citoyenne, zont pas fini d'en recevoir des lettres anonymes, les zélés.

6. Ça me fait penser à ce jadis d'une confidence de proviseur : « Vous savez, Monsieur Houzeau, la première chose que j'ai trouvée lors de ma prise de fonction, ce sont des lettres de dénonciation, et ça ne venait pas forcément des parents. » Nos collègues sont merveilleux.

7. Il y aura forcément une volonté de faire de la crise sanitaire que nous traversons une narration, une dramatisation dans laquelle les politiques tenteront de se donner le beau rôle (leur carrière en dépend). On n'a pas fini d'en entendre des semi-vérités.

8. Pourrait y avoir comme un problème avec le traçage des porteurs du virus. Le gouvernement pourrait souhaiter payer les généralistes pour chaque info collectée. La tentation serait grande alors de ne pas demander l'avis du patient. L'autoritarisme médical, ça existe aussi. Apparemment, ça va pas se faire. Mais faut faire gaffe quand même. Sale période.

9. Chacun voyant midi à sa porte, une crise, quelle qu'elle soit, laisse le champ libre à une lutte plus ou moins féroce entre intérêts particuliers. Gardez vos sous, les gens, vous en aurez besoin.

10. Toujours amusant de voir des vedettes fortunées donner des leçons de morale aux autres. Dans le temps, on appelait ça la « gauche-caviar » ; elle existe toujours, et elle est toujours aussi ridicule.

11. Et nous irons danser au bal du rat mort
     
Voir qui c'est-i qu'est mort et qui vit encor.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 7 mai 2020.

6 mai 2020

CHRONIQUE DU 6 MAI 2020

                        CHRONIQUE DU 6 MAI 2020

1. Le déconfinement progressif fait qu'on se demande de quoi sera fait le post-covid et du coup, c'est le retour des bonnes âmes, du « droit naturel », de la « décroissance », de « l'empathie naturelle », du « care », voire de l'appel à une fatalement sanglante révolution des peuples.

2. J'entends de plus en plus souvent à la radio de beaux esprits évoquer une empathie universelle quasi: petits zéfants zanimos nos ancêtres les velus herbes vaches insectes cétacés qu'on baignerait dans l'empathie naturelle qu'on l'sait pas nous autres, civilisés polluants. Bref, le retour du bon sauvage.

3. La Deuxième Guerre Mondiale prouve à elle seule la sottise de l'idéologie de l'empathie naturelle.

4. Ce n'est pas je ne sais quelle « empathie naturelle » qui explique la solidarité de fait. C'est la nécessité pour les espèces de survivre.

5. On les voit venir, les tenants d'un ordre naturel du monde et  il serait très dangereux d'être fiché non-écolo compatible sous un régime basé sur la solidarité obligatoire en vertu des droits naturels de tous les êtres conscients.

6. Je ne crois pas à l'arrivée au pouvoir du « care » et de l'empathie naturelle. Fort heureusement, les Français qui ont des sous y tiennent, et les autres luttent pour en avoir. Le camp de rééducation écolo-citoyenne n'est pas pour demain.

7. Moi je ne sui pa dacord avec Monsieur Houzo là passque l'empathite cé naturel passque mon oncle Alphonse il en a eu de l'empathite, même qu'il y avé une letre avec, et qe cé une histoire de foi ossi l'empathite.

8. Le post-covid vu par les rouges-verts : J'entends sur France Inter un auditeur prédire une « révolution mondiale » des peuples, un intervenant (un « expert ») affirme qu'on ne redémarrera pas l'économie comme avant, et d'ajouter : « c'est clair et net ». Bon, on en reparlera dans trois mois hein ?

9. Les dirigeants de la planète ont quasiment tous été défaillants dans les débuts de la pandémie : manque de prévoyance, de stocks et de réactivité, discours mensongers, storytelling, propagande, paroles alarmistes, zèle policier, puis promesses qu'ils ne pourront pas tenir (Macron est particulièrement habile à ce jeu de dupe).

10. En ce qui concerne le « nouveau monde » à Macron, je constate que la députée Martine Wonner a été exclue de La REM pour n'avoir pas voté le plan de déconfinement du 28 avril.
Le nouveau monde à Macron ressemble tellement à l'ancien que les mêmes causes produisant les mêmes effets, ça va être difficile pour La REM de rester au pouvoir, à moins que Mélenchon et Marine jouent un rôle de pare-feu en siphonnant les voix des LR et de la gauche classique.
Je ne crois cependant pas à cette deuxième hypothèse. LR et PS ne rejoueront pas la farce des primaires. Si à gauche, pour être franc, je ne vois personne capable de battre Macron, à droite, les talents ne manquent pas.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 6 mai 2020.

5 mai 2020

CHRONIQUE CONFINEE DU 4 MAI 2020

CHRONIQUE CONFINEE DU 4 MAI 2020

1. Défois dans la radio y a des gens j'ai envie de les chamaillé parce qu'ils, sauf mon respé, me les et bien menu encor mes il en faut pour tous et meme pour les autres alor je me calme et j'ecris des betises sur Twitter où faut pas exageré si on veut pas se fere virer du superflu.

2. J'apprends que cette année une nouvelle version de Pinocchio (qui devait sortir dans les salles au mois de mars) serait bientôt disponible en DVD. Il est vrai que le nez qui s'allonge va comme un gant au monde actuel, je dirai même comme un masque.

3. Le 4 mai 2020, il commençait à se dire que certains projets du gouvernement étaient vraiment limites en ce qui concernait les libertés individuelles. J'ai pensé qu'en fait nos dirigeants ne savaient plus trop comment faire pour sortir de problèmes qu'ils avaient eux-mêmes posés.

4. Le 4 mai 2020, la CGT Santé et Action sociale dénonça le manque de transparence des autorités. J'ai pensé qu'en effet certains décideurs avaient l'air à peu près aussi sincères qu'une commission de cadres du parti communiste chinois.

5. Fin avril, le Pentagone a déclassifié des videos tournées par l'armée américaine d'ovnis qu'c'est toujours marrant à voir ces trucs là quand ils font vrai. J'ai pensé aussitôt à Jean-Michel Blanquer.
Parce qu'à mon avis, la déclassification de trois videos d'UFOS filmées par la navy, c'est pas un hasard. Zont dû être informés, j'vous dis, ils le savent qu'il est parmi nous, Blanquer, au sein même du gouvernement français. Je m'inquiète.

6. Reçu dans une copie télétravaillée « DCD » pour « décédé ». J'ai pensé qu'il fallait faire attention à la faute de frappe, sinon, ça pourrait donner : « Nous regrettons le nombre élevé de DVD en cette année 2020 qui aura été marquée par une crise sanitaire sans précédent. »

7. Ai vu les 3 premiers épisodes de la série suisse « Helvetica » (Romain Graf, 2019) : thriller politique bien pensé, bien rythmé, bien vu. Du sérieux, du tellement sérieux qu'à mon avis, la France actuelle ne se permettrait plus une telle intelligence des ressorts cachés du pouvoir. Roland Vouilloz y est excellent.

8. Si l'on est quelque peu honnête avec soi-même, on se dit que le confinement et les restrictions provisoires de nos libertés individuelles ne sont rien à côté de l'enfer qu'ont vécu des millions de gens durant la Seconde Guerre Mondiale. Il suffit de regarder un documentaire. Ceci dit, être libre exige aussi de savoir montrer les dents (des fois qu'on chercherait à nous chamailler).

9. Le 4 mai au soir, j'entendis sur France Info qu'il était possible que le 11 mai, en Île-de-France, certaines gares restent fermées par manque de personnel. J'ai pensé que plus on se rapprochait du 11 mai, plus le déconfinement prenait des airs lointains de promesse non tenue.

10. Le tout, c'est de faire croire aux gens que la société post-covid sera plus équitable, moins polluante, plus « humaine » et citoyenne. Dans l'ombre, les lobbys rétabliront l'équilibre.

11. On ne sait pas ce qu'on dit quand on dit qu'on aime.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 5 mai 2020.

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2 mai 2020

AUTOUR DU IER MAI 2020

AUTOUR DU 1ER MAI 2020

1. En 2020, on avait l'impression que certaines maisons de retraite n'étaient plus que mouroirs et charniers. On parla aussi d'enfants atteints par le syndrome de Kawasaki. Le premier ministre n'était guère rassurant. On s'apprêtait à ne pas vraiment déconfiner, à juste voir se desserrer le cordon.

2. En 2020, il n'y eut pas de défilé du 1er mai. Certains se firent cuire des œufs ; d'autres dirent qu'ils allaient frapper sur des casseroles.

3. En 2020, non sans un soupçon d'ironie, les journalistes parlaient de « premiers de tranchée » pour évoquer toutes ces personnes dont l'utilité sociale apparut d'autant plus évidente qu'elles étaient parfois méprisées avant que la pandémie rappelle à certains politiques ce que c'était que de vivre et de mourir dans la France du plus grand nombre.
L'expression de « premiers de corvée » fut aussi employée. L'expression s'appliqua aussi à Edouard Philippe (« premier de corvées ») dont il m'apparaissait de plus en plus clairement que sans lui, la présidence Macron ne pourrait plus tenir très longtemps.

4. Entendu sur France Info à propos de l'abandon programmé des réformes en cours : « C'est la République en Marche arrière ».

5. Le 1er mai 2020, Marine Le Pen alla déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue de Jeanne d'Arc. Jean-Marie Le Pen renouvela son appel : « Sainte Jeanne, au secours » mais cela n'avait pas le même sens qu'en 2017.

6. Le 1er mai 2020, il y eut dit-on une petite tentative de manifestation parisienne vite dispersée par la police. Des amendes furent données; il y eut des promesses de revanche.

7. En mai 2020, on disait qu'à Mayotte, certaines personnes n'avaient rien à manger et que l'épidémie y prenait de l'ampleur, laissant peu de lits disponibles dans les hôpitaux. France, 6ème puissance mondiale.

8. Le 1er mai 2020, le président Macron affirma regretter les 1ers mai « joyeux et chamailleurs » de jadis. J'ai pensé qu'il était tellement dans la distanciation sociale et le paternalisme qu'il ne se rendait pas compte qu'il prêtait à rire. « Chamailleurs », les Black Blocs de 2018 ? « chamailleurs », les débordements d'Alexandre Benala ? « chamailleurs », les Gilets Jaunes ? J'ai pensé que notre président nous prenait pour des jambons ou alors, c'est qu'intellectuellement, il était plus limité qu'il le croit.

9. En avril et mai 2020, on disait que le président Macron voulait un gouvernement d'union nationale. Ce qui signifiait que le gouvernement d'Edouard Philippe n'allait plus tenir très longtemps. Je ne crus pas à ce gouvernement d'union cependant qu'une dissolution de l'Assemblée me sembla inévitable.

10. Le 1er mai, les syndicats rappelèrent que les gens nécessaires et en première ligne dans la crise actuelle ne gagnaient parfois pas plus que le SMIC. J'ai pensé aux salaires des ingénieurs financiers et à ceux des DRH embauchés pour « dégraisser » les effectifs.

11. J'ai pensé que pendant des années, on avait dépensé tant d'argent pour des réformes de l'éducation nationale qui n'avaient abouti qu'à une défiance généralisée envers l'institution scolaire qu'il aurait mieux valu investir plus et mieux dans le secteur de la santé.

12. Nul n'annonçait ce 1er mai 2020 un report de l'épreuve orale du bac de français à septembre, voire plus tard dans l'année. J'ai pensé que c'était par pur orgueil ministériel, pure esbroufe administrative, d'autant que le baccalauréat ne ressemblait déjà plus à grand chose, miné qu'il était par un contrôle continu, qui, par définition, ouvre la porte à bien des abus.

13. J'ai pensé que la crise sanitaire du Covid-19 nous faisait passer d'une société d'abondance à une société de nécessités.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 1er mai 2020

 

 

 

28 avril 2020

DES FOIS QU'IL Y EN AURAIT UNE DEUXIEME

DES FOIS QU'IL Y EN AURAIT UNE DEUXIEME

1. Macron, il a l'mauvais œil, c't'homme là. Ça doit dater de Hollande. Il a dû voir la félonie, le bon François, qu'il a dû demander à Stéphane Le Foll (alors ministre de l'agriculture) de lui dénicher quelque jeteur de sort de la France profonde et donc Abracadabenalla, le Jaune est sur toi! Dicunt Blanquerum Maledictum et Coronavira youp la boum !

2. Faut se souvenir qu'en 2017, Fillon collectionnait les casseroles, Le Pen et Mélenchon faisaient peur, Benoît Hamon faisait rire, les cocos étaient sur les roses, les écolos dans les choux ; restait plus que Macron qu'avait l'air plus... qu'avait l'air moins... qu'en fin de compte l'est tout aussi nul que les autres n'importe qui.

3. Quand je pense aux élections présidentielles de 2017, il m'arrive de penser « Quel cirque ! ». D'ailleurs, ce sont les clowns qui ont gagné. Ceci dit, les autres augustes n'ont pas démérité du grotesque de la situation.

4. Un « exemplar vitiis imitabile » (« un modèle imitable, au moins en ses défauts » précise Schopenhauer, citant Horace). Que faisons-nous réellement passer ? Serait-il qu'enseigner soit autant en rapport avec les défauts qui nous constituent, et que nous illustrons avec une belle constance, qu'avec la maîtrise d'un savoir faire ?

5. La première pandémie du covid-19 (je dis « première » défois qu'il y en aurait une deuxième) nous aura définitivement fait basculer dans le monde des machines, du télétravail, de la visioconférence, de la connexion obligatoire. Le XXIème siècle commence avec les virus.

6. Qu'on se l'avoue ou non, la pandémie du covid-19 transforme pour un temps nos sociétés libérales en démocraties de pure forme et l'on sent bien chez certains politiques la tentation de soumettre dorénavant toutes nos libertés individuelles au jugement des expertises.
Note : j'allais écrire, « sinon des gourous », mais je me suis dit que là je poussais le bouchon un peu loin.

7. La morale tend à faire de tous chacun d'entre nous. Cette réflexion m'accable. Elle porte son poids de croix, de responsabilité, de devoir envers les humains, d'anonymat, de dissolution de soi dans la grande fratrie universelle à laquelle je ne crois pas plus qu'au Père Noël.

8. « Dix Petits Nègres » prouve qu'il a fallu à Agatha Christie une lucidité hors du commun pour deviner chez ses contemporains les crimes qu'ils ont sans doute commis ou qu'ils auraient sans doute pu commettre.

9. Je souris en pensant à ceux qui considéraient que la France de 2017 n'était qu'une « démocrature ». Que doivent-ils penser maintenant que nous quittons peu à peu notre société libérale tempérée pour un dirigisme légitimé par l'intérêt public et tendant à soumettre chacun de nos gestes à l'approbation des autorités et au bon vouloir des fonctionnaires zélés ?

10. Je le vois bien : la peur s'est emparée des esprits et chacun de se culpabiliser à l'idée que ne pas observer les règles sanitaires équivaut à se faire complice de l'invisible qui tue.

11. Nous serons bientôt masqués, testés, tracés peut-être, soumis aux impératifs sanitaires. Le premier ministre, ce 28 avril 2020, n'a guère semblé optimiste. « Nous allons devoir apprendre à vivre avec ce virus » : autrement dit, il faut dès maintenant accepter la restriction de nos libertés.

12. Tiens, un sujet possible pour un bac d'on ne sait quand : « Dans quelle mesure un impératif sanitaire peut-il être assimilé à un impératif catégorique ? »

Patrice Houzeau
Les Confins, le 28 avril 2020.

26 avril 2020

ZEBULON POLLUX ET LA DEUXIEME VAGUE

ZEBULON POLLUX ET LA DEUXIEME VAGUE

1. J'apprends par France Inter que Michel Onfray a récemment contracté la dengue même qu'on l'a diagnostiqué coronaviré oh la la déjà qu'il faisait de la philosophie y en a quand même i sont marqués hein.

2. Pour justifier la fermeture des établissements scolaires, on a tellement raconté que c'était par les enfants qu'il passait, le vilain virus bouh qu'il est méchant que maintenant bon courage pour convaincre les parents de les renvoyer dans les bahuts, les élèves.

3. J'apprends par France Inter que les experts ne sont pas d'accord sur la probabilité d'une deuxième vague du virus. Je commence à avoir l'impression qu'il y a autant d'avis sur le covid-19 qu'il y a d'experts. Bon, faut demander son avis à Blanquer afin de faire le contraire de ce qu'il préconise. A mon avis, ça devrait l'faire.

4.  Un collègue m'a confié qu'à son avis l'éducation nationale telle que nous la connaissons ne survivrait pas à la pandémie. L'éducation nationale, je ne sais pas. Par contre, la crédibilité de Blanquer, déjà pas bien portante (because très sotte réforme), sûr qu'avec le covid, la v'là enterrée.

5. En avril 2020, on se demandait si la nicotine ne protégeait pas une partie des fumeurs de l'étrange infection venue d'ailleurs appelée covid-19. Me suis demandé en m'serinant du Gainsbourg si dieu était un fumeur de havanes et me suis rappelé que c'était une idée qui courait dans l'opinion avant même qu'on soit confiné.

6. Me suis rappelé qu'avant le confinement, alors que j'allais prendre ma pause cigarette, (j'allais DEHORS, tu te rends compte!) des collègues m'ont dit qu'ils avaient entendu dire que les fumeurs étaient parfois moins gravement atteints par le coronavirus que les autres, au grand dam d'une autre bien pensante qui s'est écriée qu'elle ne voyait vraiment pas pourquoi. J'ai eu beau lui faire remarquer que la nature était pleine de mystères qui nous dépassaient, l'a pas eu l'air convaincue.

7. Lors l'expert Zébulon (il a du ressort) s'écria Tournicotine-tourniquota et le président Pollux prit son meilleur accent anglais (l'est réputé pour, l'animal) et déclara « Alors là je ne comprlends plus du touw, du touw, du touw ! ».

8. Non, Monsieur Houzeau, je ne pense pas que, en ce qui concerne le lancement de notre dernière marque de cigarette, un logo en forme de pangolin fumeur soit vraiment une bonne idée. Une chauve-souris non plus d'ailleurs.

9. Au début du confinement (17 mars), il était de bon ton de critiquer la Suède (à ma connaissance, le seul pays d'Europe à n'avoir pas rendu le confinement obligatoire) et puis, le 26 avril, on cherche des explications au fait que, pour l'instant en Suède, il y a nettement moins de morts que prévu.

10. En avril 2020, on se posait bien des questions sur l'organisation du retour en classe prévu pour le 11 mai (problème des transports scolaires, des cantines, des masques...). Me suis rappelé que lors de son allocution du lundi de Pâques, Macron nous avait parlé comme s'il était comme nous.

11. A l'annonce d'une éventuelle deuxième vague d'épidémie covidienne, j'ai pensé que le truc avec les jeux d'andouille c'est qu'en général quand ça commence y a pas d'raison qu'ça s'arrête.

12. En tout cas, au grand prix international Pinocchio 2020, va y avoir pléthore de nominés. Je propose l'attribution d'un Pangolin d'honneur aux virtuoses du tour de passe-passe intitulé « Y avait des masques et y en a plus ».

13. A force de «simples réévaluations doctrinales » (c'est ça qu'il a dit, l'autre), vous verrez qu'à l'avenir, on va finir par diviser la France en zones de confinement/déconfinement » et qu'ça va remplacer les zones de vacances scolaires moi j'vous dis.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 26 avril 2020. 

25 avril 2020

LE VIRUS L'ANODIN ET AUTRES QUE J'ME DISAIS BIEN AUSSI

LE VIRUS L'ANODIN ET AUTRES QUE J'ME DISAIS BIEN AUSSI

1. En avril 2020, le premier ministre dit que la vie après le déconfinement du 11 mai ne serait pas exactement la même que celle d'avant qu'on soit presque tous à tourner en rond en écoutant tout scontradictoire là dans les informations j'avais du mal à m'concentrer sur la télé.

2. J'avais du mal à trouver si drôle que ça la plupart des comédies J'ai bien ri pourtant en revoyant « La Septième Compagnie au clair de lune » Le virus était dans l'air et le temps empoisonné.

3. A la radio j'entends que l'on a préféré l'endettement à la faillite, me suis demandé de combien de faillites serait payé cet endettement, me suis haussé les épaules pouvait-on faire autrement ? Sur la couverture de l'Obs on voyait Macron masqué.

4. A la radio j'entends personne ne sait si les avions recommenceront à voler j'ai pensé à Comme un avion sans ailes de Charlélie Couture On disait que l'immunologiste Anthony Fauci n'hésitait pas à contredire Donald Trump j'ai pensé que Donald était un prénom propice aux couacs.

5. Le 19 avril 2020, à Tel-Aviv, manifestation de plus de 2000 personnes dit-on avec distanciation sociale et masques je me suis dit qu'en France il y aurait bientôt des manifestations un peu partout que ça remplacerait les festivals annulés peut-être j'me goure.

6. Depuis que je me suis remis à écrire, je ne me souviens plus de mes rêves. C'est comme si l'écriture me tenait lieu d'imaginaire. A moins que tantôt, dans le désert de ma tête, un lancier surgisse et me foudroie.

7. En avril 2020, on disait que bon nombre de distributeurs de billets gérés par La Poste ne fonctionnaient pas On disait aussi que le métier de politique était très difficile je me suis dit que plongeur soudeur c'était aussi un métier très difficile.

8. En 2020, j'ai pensé que j'avais très souvent vécu avec des chats, des chiens et maintenant que me v'là tout seul du coup je regarde le cirque politique petits êtres savants faisant leur tour de piste jadis j'aimais bien Le Plus Grand Cabaret du Monde de Patrick Sébastien.

9. Je me suis dit que si l'on ne s'intéresse pas à l'Histoire, tôt ou tard, l'Histoire s''intéresse à nous. En général, on remplace le mot Histoire par le mot politique. Je me demande qui a dit ça mais je ne cherche pas je vais faire des courses en avril 2020 ce n'est plus une occupation si anodine.

10. Je me souviens avoir dit à un collègue que j'aurais aimé être laconique et mystérieux façon guerrier d'un Nord ancien alors que je suis bavard comme une pie latine. Je regrette que mon métier me donne tant de choses et autres à dire mais sans lui, je ne parlerais plus qu'à mon ombre.

11. En avril 2020, on dit que l'armée française a acheté de la chloroquine en Chine qu'on se dit c'est bizarre qu'on dit pourtant qu'la chloroquine contre le covid c'est pas probant qu'on pédale dans l'étrange qu'on mirage dans la choucroute qu'on s'hallucine du ministère qu'ça doit être si, en cas de, on verra bien.

12. En avril 2020, on parle de morts subites et solitaires au Japon. Dans l'Obs, François Forestier évoque avec talent le « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker (1954). Sur France Inter ulule la hulotte grand yeux noirs, grands yeux jaunes le hibou tout est plein d'yeux autant que de trous.

13. Ils ont continué à y vivre, à garder le pays, sans rien y changer puis ils disparurent et d'autres sont venus, barons d'un lointain souverain qui ne se préoccupe plus depuis longtemps du sang dans les murs, ni des âmes mortes dans les pièces.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 25 avril 2020.



25 avril 2020

AH DIS COMMENT QU'ON S'IMAGINAIT

AH DIS COMMENT QU'ON S'IMAGINAIT

1. Pas besoin de continuer, il avait pigé qu'la récidive était certaine, du coup hein que tant va la cruche à l'eau... C'est cinglé et pourtant pas beaucoup d'doute, qu'on y est dans l'serial, le perdurant, la crise en continu, l'inéluctable à nédboeu.

2. Fin 2019, on évoquait une « gauche de la gauche marginale » pis hyperactive (gilets jaunes black block and co) Mario Draghi on le surnommait « Super Mario » en raison du « whatever it takes » qu'il a dit que j'lis on publiait des photos de Marie Laforêt, je me disais qu'elle était jolie elle venait de nous quitter.

3. En 2020, on se demandait combien il y aurait de morts, puis combien de faillites, puis si on pourrait partir en vacances (pas moi je ne vais jamais nulle part).

4. Fin 2019, on parlait de Nasrin Sotoudeh incarcérée en Iran depuis 2018 et des manifestants devant l'ambassade d'Iran réclamaient la libération de l'avocate C'est aussi l'année de parution de « La Panthère des neiges » de Sylvain Tesson je ne l'ai pas lu bah tant pis.

5. En 2020, on s'en est bien rendu compte là, que les dirigeants d'la 6ème puissance mondiale étaient incapables de prévoir une épidémie pourtant annoncée et que le nécessaire manquait aux soignants alors qu'on avait gaspillé argent et énergie à des réformes imbéciles.

7. En 2020 j'ai pensé qu'ils avaient vraiment des têtes de, nos politiques et inutile voire dangereuse qu'elle était l'ENA Je ne suis pourtant pas gauchiste mais je n'aime guère les prétentieux du reste je n'aime pas grand monde.

8. En 2019 on parlait de « l'amie mystérieuse de Benalla » et d'un coffre « mystérieusement envolé » J'ai pensé à la soi-disant rupture avec l'ancien monde que Macron nous avait vendue. En 2020 Benjamin Griveaux a fait dans l'acte manqué et s'est pour longtemps ridiculisé.

9. En 2018, nous étions nombreux à nous demander quelle était la nature exacte des relations Benalla-Macron qu'on a soupçonné des mœurs qu'on avait beau se dire non quand même, i persistait le doute.

10. Fin 2019, on rappelait qu'en 1989 ils étaient nombreux les réfugiés est-allemands à demander l'asile politique à l'Ouest En 2017 j'ai eu peur du retour d'une gauche totalitaire je n'ai pourtant pas voté : trop loin trop cher.

11. En 2019 on prospectivait qu'si ça se trouve en 2049 on ne travaillerait quasi plus du tout because robots et intelligence artificielle puis en 2020 le covid-19 nous a rappelé l'importance des livreurs, des caissières et qu'on ne peut pas aimer un robot.

12. A l'heure où j'écris (25 avril 2020) on parle du retour de Strauss-Kahn je me dis on se fout de not' gueule pis que Macron a vraiment trop une tête de premier de la classe alors je me hausse les épaules et j'me dis laisse ce sont vraiment des.

13. En 2020, j'ai dû reprendre un ordinateur j'voulais plus écrire c'est si vain sans talent J'm'entêtais du Baudelaire et des listes de mots saxons j'achetais régulièrement d'la mozzarella pensais à l'absurdité de la réforme Blanquer, buvais du schweppes, du café, du rhum.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 25 avril 2020.







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