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BREFS ET AUTRES
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24 décembre 2023

JOYEUX NOËL MERRY CHRISTMAS ET TOUT ÇA

JOYEUX NOËL MERRY CHRISTMAS ET TOUT ÇA

1.
Le fil Rock History demande: « Name a song with « GUITAR » in the title ». Ça tombe bien, j’en ai un : « My Guitar I So Stupid », by me, myself and me.

2.
17 décembre 2023. Bin quo… Mi chui bin contint que la Miss France 2023 là, elle soit de ch’Nord/Pas-de-Calais et aux rageux même qu’ils sont  jaloux, camembert, hein.
Ceux qui pourrissent l’image de la nouvelle Miss France sous prétexte qu’elle n’est ni callipyge ni à cheveux longs, sans déconner, vous avez que ça à faire de votre vie ?    

3.
Décembre 2023. Je regarde sur Arte TV un concert de PJ Harvey. Cela s’appelle la grâce, je crois.

4.
Perso, j’en ai ras le bol des cassos d’extrême-gauche et d’extrême-droite pro-Poutine, xénophobes, antisémites (ou « antisionistes » comme ils disent) qui vomissent nos démocraties libérales tout en profitant des allocs et autres bienfaits de nos Etats-providences.

5.
Enseignant en LP, je dois quand même dire que mon traitement actuel est juste un peu en dessous de celui d’un cadre du privé, qui travaille trois fois plus que moi. Ceci dit, les adolescents des LP, - certains sont quand même très instables -, faut se les farcir.
Ce que je viens d’écrire ne vaut pas pour les enseignants du lycée général qui passent beaucoup plus de temps que nous en préps et corrections. J’admire et plains mes collègues des lycées classiques : j’ai l’impression qu’ils passent leur vie à bosser pour l’institution.  

6.
Sans décision de justice, nous, spectateurs, ne pouvons savoir si Depardieu est coupable des agressions sexuelles dont on l’accuse. Peut-être l’acteur est-il seulement très mauvais dans le rôle de provocateur qu’il s’est donné ? Peut-être est-il malade, blessé, malheureux. Ou alors Depardieu, c’est juste un gros con qui se fout de notre gueule et jouit des prérogatives que le milieu du cinéma lui a lâchement abandonnées.

7.
24 décembre 2023. Avec un euro à plus de cent roubles, c’est que le contrôle des changes n’empêche pas l’effort de guerre de Poutine de reposer sur du sable. Poutine ruine les Russes et leur raconte des bobards.

8.
« Pour lui, même un ballon de basket-ball était triangulaire. »
(Bernard Lenteric, « La Nuit des enfants rois »)

Pour ce qui est de Noël, bin voilà, on y est, Noël 2023. Il pleut des bombes en Ukraine pleut des bombes à Gaza. Où sont les hommes de bonne volonté ? J'ai bien une réponse, mais elle est pas polie, alors j'vas pas la dire.
Lui, il s'en fout, il est fier comme un créateur.
Même que ça s'reproduit, dis, ça s'reproduit à grande queue.

Un ballon blanc, ça doit être la lune dans une chanson de Robert Charlebois même que « le soleil se couche l’œil en sang ». Un
Ballon blanc, un blanc-bec, une bouche bée, bière blonde, bilboquet bafouillant, baobab, bambou, et toutes les autres bêtises que vous voulez que voulez-vous que je vous dise ?
De ce monde à misères et massacres, mieux vaut n'en plus rien attendre et jouer au
Basket-ball, au flipper, aux échecs, au jeu de go, collectionner les bandes dessinées, écouter les Rolling Stones, regarder des séries à la téloche, lire des romans policiers, comme si tout
Était normal et se répéter que ce qui est
Triangulaire n'est point carré.

9.
« Nous nous fîmes un rempart d'une haie touffue, nous gagnâmes les clos en courant, et nous nous trouvâmes bientôt loin du comte, dans une allée d'amandiers. »
(Balzac, « Le Lys dans la vallée »)

Nous avec nos genoux, nos têtes de hibou, nos yeux de fou,
Nous n’existons pas du tout. Nous ne
Fîmes rien pour exister. Nous restons dans le flou de l'être.
Un songe, v'là c'que nous. Une phrase dans un roman dont tout le monde se fout. Et derrière le
Rempart de l'imaginaire, nous nous moquons bien de vous. 

D'une chanson l'autre, ça cause de
Haie ou de cheval, de
Touffue ou de fièvre.

Nous avec nos genoux, nos têtes de hibou, nos yeux de fou,
Gagnâmes le droit d'être parmi vous car
Les gens savez, i spéculent, sottisent et s'attisent la fantasmatique, sinon il deviennent encore plus dingos, l'esprit
Clos, complètement marteau narvalo parano schizo dingo quoi.

En courant tout ça qu'ça s'agite, cogite, fricote et s'embrouille, en
Courant, allez hue, les bidets, à la grande course, faut produire et consommer
Et avec le sourire, s'il vous plaît, comme s'il n'y avait pas mort d'hommes.

Nous, oui, nous autres, modernes, (ah tiens, puisqu'on cause moderne, vous ai-je déjà dit que l'album « Black and Blue » des Rolling Stones était largement sous-estimé ? Zavez qu'à écouter « Melody » qu'est dessus et vous me direz si c'est pas jazzant dans le genre revigorant, rafistolant, gouleyant) Donc, nous, puisque c'est de nos pommes qu'on cause,
Nous trouvâmes bien des choses, ah oui ! Nous
Trouvâmes l'Amérique et inventâmes l'Amérique. Nous trouvâmes le feu et inventâmes la bombe. Nous trouvâmes le singe et inventâmes l'homo sapiens. Nous trouvâmes l'homo sapiens et inventâmes dieu.
Bientôt nous disparaîtrons tellement qu'on en a eu des trouvâmes.

Loin qu'on est déjà, loin, loin, loin
Du paradis, l'existe pas dis, pas plus que le
Comte de la Corne D'abondance et la fée qui fait d'une citrouille un carrosse.

Dans le temps j'avions des danses
Une chanson d'amour un lendemain qui chante S'en est
Allée Quoi ? La belle espérance Reste une photo
D'amandiers que je sais même pas à quoi ça ressemble un amandier.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 décembre 2023.

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17 décembre 2023

DES MONTRES D’AGATHE DE LINDA ET DE SACHA

DES MONTRES D’AGATHE DE LINDA ET DE SACHA

1.
Peut-être la lumière était-elle fatiguée ce jour-là. En tout cas, elle donnait à toute chose une apparence de montre molle telle que l’on aurait pu se croire entouré des montres molles flottant dans un désert urbain.

Des montres, voilà ce que je vous montre, des
Montres, ah oui, de vrais monstres que ces montres que je vous montre ;
Molles, ces montres, et vous collant à la peau, montres molles
Flottant avec vous, faces médusées, à leurs poignets, flottant
Dans la froideur où vente le vent,
Un vent de ces vents qui vous vouent à l’évanouissement des présences.
Désert, vous voilà désert, aux lèvres vides de langue, dans le décor
Urbain tordu trituré torturé qui sied aux évocations des apocalypses.

2.
« J’étais en bas quand j’ai entendu qu’on vidait une baignoire », dit un personnage d’un roman d’Agatha Christie. Je note que cette remarque aurait pu être faite par un tout autre personnage dans un tout autre roman, sauf sans doute dans « La Guerre du feu » de Rosny-Ainé.

3.
Elle – qu’elle s’appelle Michèle, Muriel, mais pas Marelle ah non, elle
Se regarda de son regard le plus regardant car défois elle est moins regardante, se
Regarda, se scruta, se détailla, s’épia (je ne sais pas si le sépia lui allait)
Dans une robe des plus crues et
La glace, car oui, Agathe se regarde, Agathe la belle gâtée, belle à vous faire tourner la bille, à vous susciter du citron, Agathe se regarde dans la
Glace, une qui passe parfois par là, entre pavane et défunte, passage et palace (elle ne se sentait d’ailleurs pas si fatiguée) et même pas épatée (de maison).

Elle se regarda dans la glace, et ne pouvant se voir, en conclut que, puisqu’elle ne croyait pas qu’elle ait pu devenir invisible, elle n’existait plus.

4.
C’est en transcendant son complexe d’Œdipe que le Christ se laissa crucifier et plongea l’humanité dans l’horreur des religions.

5.
« venu tout naturellement aux lèvres de Linda »
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie)

Venu le vin – c’est la vie, le vent vente –
Tout pur, le vin – c’est la vie, le vent vente –
Naturellement, le vin ça saoule – c’est la vie, le vent vente –
Aux lèvres le vin, aux lèvres vertes, car en vrai, elle les avait vertes, les
Lèvres, et pourquoi donc qu’elle les avait vertes, les lèvres,
Linda ? Bah c’est juste pour le son « v » et pour dire Linda, Linda aux lèvres vertes, aux yeux verts, aux veines vertes, aux feuilles vertes, Linda verte comme une fée sur laquelle vente le vent.

6.
« pas de ces gens qui sont susceptibles de « voir rouge » comme on dit… »  
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie)

Pas de ça, Sacha, pas
De ces sachets, Sacha, car sachez mais sachez donc, Sacha, que de
Ces sachets-là, Sacha, les
Gens, qu’ils ne sachent pas quoi en faire est une évidence,
Qui devrait vous sauter aux yeux et sachez mais sachez donc, Sacha, qu’ils
Sont, les gens, à force, Sacha, d’être harassés de vos sachets,
Susceptibles de vous y fourrer vous-même, Sacha,
De vous ensacher, aussi sec qu’un saur qu’on appelle hareng, et vous
Voir tout sec et l’œil rond, ensaché dans un grand sachet, mon cher Sacha, voilà qui serait comme on dit que
Rouge est le sang et cru le temps, trois dames passant.
Comme on a du hareng, je fais sauter des pommes de terre.
On va manger, et Sacha n’est pas là, car il est
Dit que Sacha préfère chasser on ne sait quoi qu’il méticule dans de petits sachets, que d’être à l’heure à midi.

7.
Peut-être que Depardieu est innocent des faits dont on l'accable. Je crois je vais plus trop en causer du Depardieu là. Du reste, il ne m'intéresse que moyennement. Dans le genre blonde à gros lolos, je l'ai toujours trouvée médiocre.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 décembre 2023.

24 novembre 2023

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE
(En feuilletant une « grammaire anglaise » de poche, collectif, Nathan, 1992)

1.
« He has known the Martins for several years. »
C'est-à-dire qu'il croyait connaître les Martin depuis plusieurs années, jusqu'à ce que...

2.
« You are not to tell him. »
Non, tu ne dois pas le lui dire. Surtout, depuis qu'il s'est procuré une hache.

3.
Juxtaposés, les deux exemples de grammaire « an ugly long dress » et « a large french house » vous font un croquis amusant, qui pourrait figurer quelque impression fugace dans la tête d'un personnage.

4.
« Look at that tall girl ! »
Je me demande la tête qu'elle a.

5.
« There were two people in the room. »
C'était Toto. Toto pas mort et Toto mort. En effet, Toto, ayant viré fada, se prenait pour le chat de Schrödinger.

6.
« He saw Sonia enter the house »
Notons qu'il ne sait pas du tout qui est Sonia et je me demande bien quel sens a pour lui le mot « maison ».
Quant aux raisons pour lesquelles Sonia a éprouvé le besoin d'enterrer la maison, je pense qu'elles sont principalement d'ordre linguistiques.

7.
« He's been following me since the station . »
Il me suit depuis la gare. Je l'ai bien reconnu, allez, même s'il a changé plusieurs fois de tête, de vêtements, et qu'il s'est laissé pousser la barbe en changeant de robe.

8.
« Tom has been painting the door, that's why there's paint all over the place. »
Je me demande pourquoi les auteurs d'une « grammaire anglaise de poche » ont demandé à ce grand maladroit de Tom de repeindre la porte.

9.
« He couldn't tell me the time. He had lost his watch. »
Il ne pouvait pas me donner l'heure. Il avait perdu sa montre, à laquelle il manquait le bras. Quant à sa jambe de bois, qu'en avait-il fait ? Pour ce qui est de sa tête, n'en parlons pas.

10.
« John said/thought/knew/was sure/felt that Mary was displeased. »
Il était donc clair pour John que Mary était mécontente. Du reste, elle s'était procuré une hache.

11.
« It is a portrait he is very proud of. »
Mais je pense qu'il sera déçu par les réactions des visiteurs lorsqu'ils poseront les yeux sur ce portrait de l'homme invisible sur fond de champ de neige.

12.
« Nobody ever understood why she decided to go to the United States. »
Surtout pour enseigner le néerlandais à Coudekerque-Branche.

13.
« The other three days were rainy. »
Les trois autres jours ont été pluvieux. Au quatrième, nous coassâmes.

14.
« Brahm's First Concerto, which we heard in London, was composed in 1858. »
Si vous vous imaginez que, pour justifier un exemple de grammaire, je vais aller à Londres écouter le Premier Concerto de Brahms, faut quand même pas pousser la garagluche dans les pissenlits (c'est une image). D'ailleurs, c'est comme moi, la semaine dernière, j'ai fait un coq au vin. Mais ce n'était pas la première fois.

15.
« There must have been a lot of fog... »
Ce fut la première pensée qui lui vint à l'esprit à la vue de tous ces nuages blancs sur lesquels de petits êtres ailés gambadaient en sifflotant des cantiques.

16.
« This crossroads is dangerous. »
Ce carrefour est dangereux. Surtout depuis que certaines nuits la Dame Blanche vient s'y promener comme un politique dans l'honnêteté.

17.
Si lundi matin, un ou une collègue m'accueille en me demandant : « Have you ever eaten fried grasshoppers ? », je commencerai sérieusement à m'interroger sur les vertus divinatoires des grammaires anglaises de poche à l'usage de moi-même.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

24 novembre 2023

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

1.
« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
(Corneille, « Le Cid », v.1529 [Rodrigue])

« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
Vous ne pourrez conduire en vous mettant à boire.

2.
« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
(Corneille, « Le Cid », v.1499 [Rodrigue])

« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
Qu'il dit, le Cid... Mais ce n'est pas son stomack, non,
Qu'il va à je ne sais qui présenter ouvert,
Mais sa poitrine, avec son cœur et ses poumons.

3.
« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
(Corneille, « Le Cid », v.1802 [Chimène])

« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
Ah ça, quand trop on parle, il faut s'attendre au pire.

4.
« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville »
(Corneille, « Le Cid », v.1010 [Don Diègue])

« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : »
Eh oui, que voulez-vous, ce n'est jamais qu'en ville
Que je trouve les trucs, les machins et les choses
Dont je me sers pour en faire encor, hein, des choses.

5.
« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
(Corneille, « Le Cid », v.289-90 [Don Diègue])

« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
Et veille bien à me rapporter des oranges ;
J'en ferai des jus car c'est bon, le jus d'orange.

6.
« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
(Corneille, « Le Cid », v.642 [Don Fernand])

« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
Décapité, dis-tu ? Décapité... Quel coup !
Et qu'ils sont douze qui eurent la tête cou-
pée ? Un capitaine et douze moines... Ça fait
Combien de morts alors, combien de morts ça fait ?

7.
« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse »
(Corneille, « Le Cid », v.1001 [Don Diègue])

« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : »
Et c'est bien trop souvent que nous serrons les fesses.

8.
« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
(Corneille, « Le Cid », v.1019 [Don Diègue])

« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
Y a trop d'macchabs, et trop d'placards ! Alors, c'est bon,
Au vert que j'vais aller cueillir des champignons.

9.
« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
(Corneille, « Le Cid », v.1555 [Chimène])

« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
Bois un coup, ça ira mieux. Bois donc, je t'en prie ;
J'ai faim, je veux manger et faut qu'tu sois parti ;
De frites j'ai envie, et de poulet rôti,
Et pas, mon couillon, de tes yeux de merlan frit.

10.
« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, »
(Corneille, « Le Cid », v.1743 [Don Fernand])

« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort. »
Non, le mort n'est pas mort, et oui, il bande encore.

11.
« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
(Corneille, « Le Cid », v.1191 [Chimène])

« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
Et puis vous le savez que j'ai déjà donné.

12.
« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens »
(Corneille, « Le Cid », v.1031 [Don Diègue])

« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens : »
Et tu n'es pas un chat car je ne suis pas chien.

13.
Nicolas Sarkozy se voit en leader politique « dynamique et responsable. »
Je le vois plutôt en énervé inconséquent.
Nicolas Sarkozy s'aime beaucoup, je crois.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

21 novembre 2023

FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE

FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE

1.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, Maigret va « se camper », c'est qu'il se pose là, devant les choses et les êtres.
Maigret retient « par la manche ». Éviter que le réel s'échappe. Ce que Maigret retient, c'est le sens. Eviter sa dissolution, sa perte dans la lessiveuse.
Maigret « remarque ». C'est un œil. Un œil dans un corps massif.

2.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a une « fille de salle ». Elle s'appelle Emma. Elle « s'avance », pour prendre les commandes. Elle est dans sa fonction et inscrit le texte dans une réalité objective, visible par tous.
Emma a « vingt-quatre ans ». Au chapitre II du roman, l'auteur en dresse un portrait rapide. On trouve ainsi cette notation typique du vaguement glauque et du banalement humain qui imprègne la fameuse atmosphère Simenon, je cite :
« Elle était anémique. Sa poitrine plate n'était pas faite pour éveiller la sensualité. Néanmoins, elle attirait, par ce qu'il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif. »

3.
Je me demande si le génie de Simenon ne réside pas dans ce tour de force de présenter, de manière parfois assez behavioriste, une réalité objectivement glauque et, phrase après phrase, notation après notation, dans un style quasi journalistique, d'en faire jaillir une subjectivité transcendante.

4.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a un chien, « qui semble n'avoir pas de maître et que l'on rencontre à chaque nouveau malheur. » C'est ce que Maigret lit dans un journal local.
Le chien jaune « fait peur ». Au chapitre IV, des adolescents le blessent en lui lançant des pierres. Les romans de Simenon mettent en scène le mal dans sa quotidienneté. Les gens ne sont pas des monstres, mais peuvent être violents et irrationnels, jusqu'au meurtre. C'est cela qui est monstrueux. Et c'est ce que montre Simenon.

5.
« une tempête » ;« le vent » ; « Dans les rues, quelques parapluies, des cirés fuyant au ras des maisons ». Intempéries. L'action du roman se situe à Concarneau. Un temps pluvieux est donc de mise. Un temps de chien, et même de « chien jaune ».
Simenon est un auteur qui a l’œil, l’œil cinématographique. Au chapitre III, cette suite de traits : « Un vent violent balaie la rue. Éclairage glauque. Volets qui claquent. Tourbillons de poussière. Larges gouttes d'eau. »
Notons que le vent balaie imparfait et passé simple, temps privilégiés du narratif simenonien. Le vent est un présent, une actualisation du temps (cf l'incipit  : « C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. »)
Le soleil pourtant n'est pas absent. Il accompagne parfois l'humeur de Maigret et la « magie du soleil », le « clair drapeau français », le « mur ruisselant de lumière » d'une gendarmerie évoquent soudain « une allégresse de 14 juillet. » Il est que le dénouement est proche.

6.
21 novembre 2023. Plus la sale guerre de Poutine en Ukraine s'enlise, plus je pense que l'Occident a été lâche. Si, dès le début, l'espace aérien ukrainien avait été décrété « no-fly zone », je pense que Poutine aurait rapidement reculé. Qu'auraient décidé Churchill et Kennedy (je pense à la crise de Cuba) ? Avons-nous eu peur d'une apocalypse nucléaire ? Avons-nous pensé que Poutine était assez fou pour ? Avons-nous craint que la Chine nous tombe sur la tête ?
N.B : Je me rends compte que j'ai un peu abusé du verbe « penser ». Ce qui me laisse songeur.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 novembre 2023.

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20 novembre 2023

LA VERITE EST AILLEURS ET MOI AUSSI

LA VERITE EST AILLEURS ET MOI AUSSI

1.
Les bons comtes font les bons amis quand ils ne se disputent pas avec les marquis.

2.
Le Mont-Blanc (dont la hauteur est en 2023 de 4805, 59 mètres, soit 2,22 mètres de moins qu'en 2021) est en fait une pyramide déguisée en pic de montagne. Ce qui prouve que les Égyptiens de l'Antiquité étaient de fameux alpinistes. #LaVéritéEstDansLaMontagne

3.
Les personnes qui ne croient pas aux OVNI et qui sont enlevées par des extra-terrestres sont-elles en fait victimes d'auto-abduction ?

4.
Étrange. Personne n'a jusqu'ici fait le lien évident entre le monstre du Loch Ness, la pandémie du Covid, les lignes de Nazca, les OVNI et les apparitions de Luc Ferry dans nos étranges lucarnes (des milliers de témoins !).

5.
Lorsque Tertullien n'a pas écrit : « Credo quia absurdum est », il n'a certainement pas cru si bien dire.

6.
Nous savons de source aussi sûre que les sources de Régis de Castelnau que le monstre du Loch Ness est un sous-marin allemand de la première guerre mondiale (un U-Boot !). Son équipage est plus ou moins régulièrement renouvelé par une secte de nostalgiques de la cinquième colonne.

7.
Avez-vous remarqué qu'il y a tout de même pas mal d’ex-militaires (gendarmes, pilotes de chasse, membres de services plus ou moins secrets,...) qui racontent publiquement bien des trucs et ficelles sur les OVNI ?

8.
Lorsqu'en 1763, le gouverneur de la Californie du Nord, Arthur Dobbs, révèle au public l’existence de la plante qu'il appelle lui-même : « attrape-mouches sensible », rien ne m'empêchera de penser que cette « plante » était un extra-terrestre invasif.

9.
Entendu dans une vidéo que le Vatican détiendrait un morceau de PAN qui se serait crashé dans l'Italie d'après-guerre. Du coup, je me demande s'ils sont bien tous humains, les serviteurs du Seigneur, là, ou si... hein ?

10.
Certains sous-entendent que ce n'est qu'apparemment que la monnaie officielle de la Russie s'appelle « rouble ». Son véritable nom serait plutôt « pot-de-vin ».

11.
La Lune est creuse. D'ailleurs, elle a enfanté la Terre.

12.
Tout le monde sait que les paroles des chansons de Claude François étaient codées. D'où, peut-être, la disparition prématurée de l'interprète de « Alexandrie Alexandra ». On en parlé, hein déjà, des secrets de l’Égypte antique. #LaVéritéEstUneChansonFolle

13.
Dans les cours de mathématiques, 26² = 676 mais dans le monde réel, 26² = 676 était le véritable nom de l'homme qui se faisait appeler Arthur Hifairaire (oui, c'est rare) et qui vendit des années durant des aspirateurs. D'où venait-il réellement ?

14.
Arthur Conan Doyle a soigneusement travesti la réalité. Mais quand on lit attentivement son œuvre (surtout si on n'a que ça à faire), il devient évident que le véritable détective est le chien des Baskerville, tantôt déguisé en docteur Watson, tantôt en Mrs Hudson. #LaVéritéFumeLaPipe

15.
Si la Justice américaine n'empêche pas Donald Trump de se présenter aux élections de 2024 et si le blond bavard beuglant est élu, alors plus aucun doute ne sera permis : les extra-terrestres auront gagné.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 novembre 2023.

14 novembre 2023

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

1.
« Qu'est ce que le présent ?
C'est une chose relative au passé et à l'avenir. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Vis, dis-tu, dans le présent »)

On ne fait pas revenir le passé avec des petits oignons. C'est un truc à vous ramollir montres et horloges.

2.
« Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean -
parce qu'il n'est de Saint Jean que là où on le fête. »
(Fernando Pessoa, « Nuit de la Saint-Jean.. »)

Si vous êtes invité(e) à quelque fête, n'oubliez pas de prendre votre tête. On pourrait ne pas vous reconnaître et ne pas vous laisser rentrer.

3.
Ce n'est pas parce que 26² = 676 que cela doit vous empêcher d'aimer la tarte aux fraises.

4.
Ne mettez pas de crocodile dans vos pâtes au jambon, c'est dangereux.

5.
« Mais il me faut faire ma valise,
il faut absolument que je fasse ma valise,
ma valise.
Je ne puis emporter les chemises dans l'hypothèse et la valise dans la raison. »
(Pessoa, « Grands sont les déserts.. »)

Si, ouvrant votre valise, vous y trouvez quelque squelette, interrogez-vous sur la dernière fois où vous l'avez utilisée. C'était peut-être il y a longtemps, si longtemps.

6.
Non, on ne peut pas faire intervenir ni avions de chasse, ni hélicoptères de combat dans la bataille de Marignan (1515). Ce serait anachronique. Et même irrespectueux. Le fantôme de François 1er ne nous le pardonnerait pas.

7.
Avez-vous remarqué que l'appellation « Tintin et Milou » comporte 13 lettres ? Etonnez-vous après que le capitaine Haddock porte la barbe et que le professeur Tournesol soit à l'ouest.

8.
On ne fait d'omelette sans casser les oreilles de quelqu'un, surtout si l'on chante faux et fort.

9.
« tout miroirs ces boutiques-ci dans ces boutiques-là
la vitesse des autos à l'envers dans les glaces obliques des vitrines, »
(Pessoa, «Passage des heures »)

N'oubliez pas de laisser les heures passer. Sinon, ça fait des engorgements. Ça n'empêche pas d'aimer la tarte aux fraises, mais quand même.

10.
« En 1763, Arthur Dobbs, alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation plante carnivore. »
(Wikipédia, article « Plante carnivore »).

Ce n'est pas en agitant des bataillons de plantes carnivores que l'on fait son devoir de mathématiques. Une indigestion d'équations leur serait de toute façon fatale. Surtout si en même temps vous écoutez de la musique urticante.

11.
« Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d'autres instruments
et chantaient d'amour littérairement.
(Ensuite – moi je n'ai jamais lu Virgile ;
et pourquoi donc l'aurais-je lu?)
(Pessoa, «Le Gardeur de troupeaux »)

Invoquer, les nuits de pleine lune, le Gaffiot n'aide pas à réussir les doigts dans le nez thèmes et versions. Mais vous pouvez toujours manger une part de tarte aux fraises. Ça réconforte.

12.
Ce n'est pas le café du matin qui attire l'araignée du soir.

13.
Ne retournez pas les dés dans les plaies. Ça ne porte pas plus chance qu'une photo dédicacée de Laurent Wauquiez, et, en outre, ça pourrait s'infecter autant que s'infectent les prises de position de certains cadres de la Beuglerie Insoumise.

14.
Ne jetez pas vos politiques usagés dans des toiles d'araignée. Aucune Aranéide ne pourrait le supporter. Quant à vos couleuvres, elles finiront bien par passer, mais si, mais si...

15.
« Dans la rue pleine d'un soleil vague il y a des maisons arrêtées et des gens qui marchent. »
(Pessoa, « Demogorgon »)

Ce n'est pas parce que le soleil est « vague » que les maisons sont « arrêtées » et que les gens « marchent ». D'ailleurs, qui vous dit que ce ne sont pas les gens qui sont « arrêtés » dans leurs élans par des considérations diverses cependant que, sans même que l'on puisse s'en rendre compte, les maisons dansent une drôle de gigue ?

16.
Quand la nuit tombe, elle dit rarement ouille. Ce qui vous laisse tranquillement poursuivre la lecture de ce roman policier dont vous ne découvrirez jamais le coupable.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 novembre 2023.

13 novembre 2023

LES TELEPATHES TROP BAVARDS DONNENT-ILS MAL A LA TÊTE ?

LES TELEPATHES TROP BAVARDS DONNENT-ILS MAL A LA TÊTE ?

1.
« et le rêve de ce qu'on pourrait voir si la fenêtre s'ouvrait,
et qui jamais n'est ce qu'on voit quand la fenêtre s'ouvre. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Poèmes désassemblés »)

Le réel ne se ressemble pas. Il faut tenir compte de ce qui semble, de ce qui est réellement et de ce qui pourrait être. Casse-tête. Usant. Nous noyons tout dans les mots. Et rationnellement, nous faisons les mauvais choix.

2.
« comme si la maison n'était pas finie »... Je me demande si les maisons pas finies sont hantées par des moitiés de spectres, des effiloches fantomatiques...

3.
« Ses parents n'arrêtent pas de parler »... ce qui prouve qu'ils ne sont pas muets... à moins que cette phrase soit tirée d'une histoire de télépathes... Les télépathes trop bavards donnent-ils mal à la tête ?

4.
« - Parole, tu connais ces gens, Daria ? »... J'aime le dessin animé Daria... Ces gens, moi, je ne les connais pas. Je connais un œuf ou deux, un chat, et Zut. Jadis, j'ai connu un poisson rouge, mais le chat l'a mangé.

5.
« Mais cela ne l'empêche pas d'être charmante... ». Ceci dit, le fait qu'elle se promène avec un couteau de boucher dans son sac ne me rassure pas plus que ça.

6.
Le fait de ne pas conduire n'empêche pas que l'on puisse mourir dans un accident d'auto. Est-ce pareil pour les OVNI ? Ne pas y croire empêche-t-il réellement d'être abducté par des zôtres dont on cause dans les vidéos sur You Tube ?

7.
« la folie reconnue dans une sonate », cette poignée proustienne de haricots verts (en fait, ça s'appelle des syllabes, mais on peut en faire aussi des salades) me rappelle que des sonates, jamais je n'en écoute (sauf dans les univers parallèles où j'y suis contraint). Déjà qu'après le riff génial qui lance le « Satisfaction » des Rolling Stones, - je dis ça pour les habitants des intersidéraux -, je me dis que je devrais écouter plus de sonates.

8.
« Et maintenant, les Jours de Fête ! », c'est dans un épisode de Daria, ça (l'épisode 3 de la saison 3). Les Jours de Fête reviennent tous les ans. On dépense plein de sous mais on est quand même content. Enfin presque. Et pas tout le monde. Y en a ils restent malheureux. Parce que le malheur des gens est compris dans ce qu'on nous donne et qu'on appelle « réel », lequel, par ailleurs, coûte de plus en plus cher.

9.
C'est Pierre Desproges, je crois, qui a dit que « l'on peut rire absolument de tout, mais pas avec tout le monde ». Et donc pas n'importe qui. D'où l'air sérieux que j'ai toujours quand je me parle à moi-même.

10.
« Lorsque l'herbe poussera au-dessus de ma tombe... » : y a pas à dire, ouvrir un volume de Pessoa, ça vous requinque le bonhomme.

11.
Je ne sais pas pourquoi je pense soudain à un arbre gigantesque qui a poussé dans une maison. J'ai dû voir cette image dans mon enfance. Si Zébulon m'apparaît en lançant au cœur de la nuit « Tournicoti-tournicoton », demain, j'irai consulter ; le cours sur la crise de Cuba attendra.

12.
« Car l'unique signification occulte des choses,
c'est qu'elles n'aient aucune signification occulte. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Le mystère des choses... »)

C'est bien ce que je pense et lorsque j'en discute avec mon pain perdu, je constate qu'il ne soulève aucune objection. Quant aux fantômes, qu'ils fassent la gueule ne me fera pas sortir de ma tombe pour autant.

13.
« Alors ce salon qui avait réuni Swann et Odette... », devinez que je tire ça de Proust. Parce que des Swann et des Odette, j'en connais pas. Quant au salon qui « réunit », quelle idée ! Si l'on confie sa destinée amoureuse à des canapés, des fauteuils et une table tournante (je ne conçois pas de salon de fiction sans séance de spiritisme, ça distrait des autres pages que je ne lis pas non plus), faut pas s'étonner si la soupe est trop salée.

14.
« En tout cas, ce que je sais, c'est que l'une de vous deux riait de l'une de vous deux », c'est la mère à Daria et Quinn Morgendorffer qui dit ça à Daria (S09E06). Moi aussi, ça m'arrive de rire, et parfois des deux, sauf quand elles ne sont là et que je ris tout seul, ce qui arrive tout le temps, car je n'en connais pas deux comme Zut.

15.
« Moi tête baissée au centre de ma conscience de moi »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Passage des heures »)

J'aime bien ce vers qui commence par « moi » et qui finit par « moi ». Est-ce un vers égotiste ? Consciencieux ? Philosophique, ou tartinable ?

16.
Le Beuglant Insoumis, s'il ne travaille pas pour l’extrême-droite, en tout cas, c'est bien imité.

17.
A peu près certain que les décérébrés qui ont participé au pogrom du 7 octobre 2023 (et tué, violé, torturé), s'ils ne sont pas encore tous morts, ils sont probablement identifiés (par les images laissées). Walking Dead. L'enfer attend ces pseudo-martyrs.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 novembre 2023.

12 novembre 2023

L'UNIVERS PARALLELE DES CHOSES PERDUES

L'UNIVERS PARALLELE DES CHOSES PERDUES

1.
« En réalité, l'Arthur des textes gallois est un véritable « Amherawdr », Imperator, dont le pouvoir s'étend à travers les trois régions majeures de la Britannia post-romaine : le nord, le sud-ouest, et l'ouest gallois. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur » (Editions Jean-Paul Gisserot, 2007)

En réalité, Arthur, je ne l'ai pas connu. Il est né avant même que je puisse savoir que j'allais naître moi-même. Il est même mort avant, Arthur.
Aurais-je aimé le connaître, le roi Arthur ? Non. Pour quoi faire ? Il aurait fallu que je parlasse je ne sais quelle langue ancienne que tous ceux qui la parlaient sont morts. Comme quoi, les langues anciennes, c'est dangereux.
Non, je n'ai pas connu le roi Arthur. Vous me direz que c'est un autre roi que je contemple le matin dans ma glace, le roi des je ne vous le fais pas dire. Je ne regrette donc rien, d'autant qu'il y a une île flottante au dessert.

2.
« D'ailleurs, chez Chrétien, le cortège manque singulièrement de références chrétiennes ; c'est une Demoiselle qui porte le Graal et on rechercherait en vain la présence d'un prêtre dans ce château enchanté. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Que ce soit une Demoiselle qui porte une coupe pleine de sang, c'est assez singulier, comme dit le poisson en face du chat palmé, son couteau, sa fourchette et son citron.
Après, les prêtres, chacun le sait, il y en a de moins en moins, donc ils ont d'autres paroisses à paroisser, les curetons, que de fréquenter les légendes composées en ancien français.

3.
« Gauvain monte jusqu'à une salle splendide qu'inonde une intense clarté et trouve sur un lit un échiquier vide. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Lorsque l'on trouve sur un lit un échiquier vide, évidemment, ce n'est pas pratique pour disputer une partie. Pareil, si vous n'avez pas d’œufs, votre omelette aura un drôle de goût, surtout si elle composée d'huile et de sardines sorties d'une boîte que vous avez préalablement ouverte.

4.
« Mais à Bour de Déols, en 470, nous apprend Grégoire de Tours dans son « Histoire des Francs », Riothamus est vaincu par Euric. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Il s'en est passé des choses. C'est ce que je me dis souvent quand j'ai loupé plusieurs épisodes d'une série que je ne regarde pas parce que je n'ai pas la patience. Récemment, j'ai quand même à la suite zieuté les trois épisodes du bien ficelé «  Le Mystère Enfield ». Y a du fantôme, du poltergeist, du revenant, mais pas de parapluie.
Sinon, j'aime bien dans la version de Bourvil la chanson de Pierre Perrin, « Un clair de lune à Maubeuge », savez hein :
« Tout ça n'vaut pas
Un clair de lune à Maubeuge
Tout ça n'vaut pas
Le doux soleil de Tourcoing (coin-coin...) »

5.
« Pour la première fois dans l'évolution de la Matière de Bretagne, Geoffroy décrit non plus un champions de la résistance nationale contre les Saxons, mais un véritable conquérant, bientôt gagné par l'arrogance et l'hybris qui guettent inévitablement les grands conquérants. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Y a toujours des choses qui nous guettent. Tout est plein d’yeux que l'on voit pas. Disparaissent-ils quand on les surprend ? C'est le coup du cornet de frites fantômes qui s'évanouissent mystérieusement comme happées par un estomac invisible.

6.
« Car chez Wolfram (mais non chez Chrétien, chez qui c'est chose convenue) Parzifal retourne à Montsalvage pour poser la bonne question, délivrer Anfortas (dont le nom vient d'« enferté », le blessé), devenir le roi du Graal à son tour. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

J'ignorais qu'il y eût un « roi du Graal ». C'est tout de même autre chose que le « Roi de la saucisse », même si dans la vie de tous les jours on a plus souvent besoin de saucisses que du Graal. D'ailleurs, le Roi de la saucisse peut tout ignorer de la quête du Graal et prospérer yop la boum alors que le Roi du Graal, sans saucisses, il ne peut pas manger de choucroute. Eh oui.

7.
« Une fois de plus, Lancelot disparaît, comme il en a l'habitude, et la Reine craint qu'il soit mort. Alors Gauvain, qui semble prédisposé à cette tâche, part à sa recherche. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Dans la série Kaamelott, d’Alexandre Astier, Lancelot disparaît aussi et tous finissent par se demander s'il n'est pas mort. Par contre, la deuxième chaussette qui disparaît ne meurt pas forcément. Elle vit sa vie de chaussette dépareillée dans l'univers parallèle des choses perdues. C'est une quête aussi.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 novembre 2023.

12 novembre 2023

MÊME S'IL Y EN A QUI DISENT

MÊME S'IL Y EN A QUI DISENT

1.
« Ô mes pauvres petites aubépines, disais-je en pleurant, ce n'est pas vous qui voudriez me faire du chagrin, me forcer à partir. Vous, vous ne m'avez jamais fait de peine ! Aussi je vous aimerai toujours. »
(Marcel Proust, « Du côté de chez Swann » [le narrateur])

Les mômes, ça parle défois à n'importe quoi. Faut bien leur dire qu'il ne faut pas parler à des ceusses qu'ils connaissent pas. Le petit Marcel, voyez, lui parlait aux aubépines, mais y en a pas partout, des qui symbolisent l'innocence et la pureté virginale là.

2.
« Il aimait qu'Odette fût ainsi, de même que, s'il avait été épris d'une Bretonne, il aurait été heureux de la voir en coiffe et de lui entendre dire qu'elle croyait aux revenants. »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Je ne sais pas si toutes celles qui portent une coiffe croient aux revenants. Voyez mon oncle, lui, c'est surtout quand il retrouve son parapluie qu'il y croit, aux revenants. Il dit : « Ah un revenant ! », et c'est son parapluie.

Après les revenants, ça existe encore, ça les revenants ? Dans le temps, oui, sans doute, il y en avait dans les maisons hantées, des revenants, mais maintenant, je ne sais pas s'il y en a encore beaucoup qui reviennent.

3.
« Le plus souvent maintenant quand je pensais à elle, je la voyais devant le porche d'une cathédrale, m’expliquant la signification des statues »
(Proust, « Du côté de chez Swann » [le narrateur])

Défois, il y a des gens i vous expliquent des choses. Le réel commente le réel. Bon, ça fait longtemps que l'on n'a plus à m’expliquer comment on mange les moules. Et comme je ne mange jamais de homard, je suis tranquille quant à la signification des statues.

4.
« la beauté du diable, du sang bleu, une vie de bâton de chaise, le quart d'heure de Rabelais, être le prince des élégances, donner carte blanche, être réduit à quia, »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Connaissez-vous le sens de toutes ces locutions ? Moi, j'ai connu plusieurs chats. Plusieurs chiens. Je n'ai pas eu plusieurs vies. Mes chats et mes chiens non plus d'ailleurs.

L’expression « le quart d'heure de Rabelais », ça signifie un mauvais moment à passer, un mauvais quart d'heure quoi. Ce serait rapport au jour où Rabelais ne pouvant régler une note d'auberge, « écrivit « Poison pour le Roi et la Reine » sur des sachets de poudre ». Arrêté, il fut conduit de Lyon à Paris – c'est là qu'est l'astuce, « aux frais de l’État ». François 1er le fit ensuite libérer. Je lis cette anecdote dans une note de bas de page de l'édition du Livre de Poche de « Du Côté de chez Swann », annoté par Elyane Dezon-Jones.

5.
Je me demande quel est l'oiseau dont les Pink Floyd ont enregistré, bidouillé, mis en boucle la jactance à la fin de l'album « The Piper At The Gates Of Dawn ». Quel drôle de cyclique dindon dis donc.

6.
« Ce simple croquis bouleversait Swann parce qu'il lui faisait tout d'un coup apercevoir qu'Odette avait une vie qui n'était pas tout entière à lui ».
(Proust, « Du Côté de chez Swann »)

Les gens ont une autre vie que celle qu'on leur connaît, ou qu'on imagine. Parfois même plusieurs. Je ne crois cependant pas que les gens viennent d'autres planètes. Même s'il y en a qui disent.

7.
« J'en sais quelque chose, j'avais une amie qui a aimé une espèce de poète. Dans ses vers il ne parlait que de l'amour, du ciel, des étoiles. Ah ! ce qu'elle a été refaite ! Il lui a croqué plus de trois cent mille francs. »
(Proust, « Du Côté de chez Swann », [Odette])

Je l'ai toujours dit, il faut se méfier des vivants. Les vivants, ils ne restent tranquilles que morts. Et encore, paraît qu'il y en a qui reviennent. Quant aux poètes, avec leurs poches trouées et leur ventre vide, zont défois de ces appétits terribles.

8.
« Sauf en lui demandant la petite phrase de Vinteuil au lieu de la « Valse des Roses », Swann ne cherchait pas à lui faire jouer des choses qu'il aimât et, pas plus en musique qu'en littérature, à corriger son mauvais goût. »
(Proust, « Du Côté de chez Swann »)

Dans le genre chanson comique, amusante, drolatique, il y a « La Dame de Ris-Orangis », de Bernard Lelou et Ricet Barrier, qui « arrivait gare d'Austerlitz / Chaque matin à huit heures moins dix » et « vérifiait les signatures / au Ministère des Fournitures ». Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 novembre 2023.

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