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BREFS ET AUTRES
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20 avril 2020

PLUS D'MON TEMPS POIL AUX DENTS

PLUS D'MON TEMPS POIL AUX DENTS

1. « Ce mystère, cette énigme... » que j'entends sur France Inter à propos de la créativité de Gainsbourg et de Dylan bin oui mais bon c'est surtout énigmatique qu'on n'est ni dans leur vie ni dans leur peau qu'à mon avis ça s'explique quand même le talent aux confins du génie.

2. « on est très aux aguets les uns des autres » : entendu itou sur France Inter qu'on ne peut mieux dire que le covid nous apprend à se méfier genre fini la bise entre mecs (remarquez que j'ai jamais été trop fan).

3. Véloce contagiosité oblige, l'hypocrite et quotidienne bise entre collègues va donc disparaître. Va-t-on finir par se saluer par une flexion du tronc comme on le voit dans les films de Ozu ?
Note : je me demande, en ces temps de videographie et de réseaux sociaux galopants, qui s'intéresse encore aux films de Yasujiro Ozu ?

4. Je ne suis plus de mon temps, et sans doute depuis longtemps. Le télé-travail m'a obligé à me réabonner à internet. Je ne voulais même plus d'ordinateur. Le covid m'a éloigné de mes Hugo Pratt en noir et blanc.

5. Dans son intervention du lundi de Pâques 2020, Macron, l'était plus du tout martial. C'est vrai qu'il nous avait flanqué le doute avec son opération « Résilience » là qu'on se demandait si on allait pas voir bientôt des militaires à chaque carrefour. Non, il a été nettement plus bienveillant. En a-t-il été plus sincère plus autant ? A-t-il été franc, Macron ? (Oui, je sais, c'est pas bien et j'ai honte).

6. Le français est une langue magique (si si), et c'est bien pour ça que je me félicite de la pratiquer au lieu de pratiquer l'anglais du commerce et des jeux videos, l'anglais de Macron quoi.

7. Je suis tellement de mauvaise foi que si je lisais mes brefs sous la plume d'un autre, je m'écrierais certainement Non mais quel culot !

8. Le temps passe trop vite ! Comment ça s'fait ? Je viens de passer mon bac et dans moins de dix ans pim pam poum la retraite.

9. Les prochaines présidentielles, qui qui va être élu ? Macron ? - Pas sûr. Oui, mais bon, est-ce qu'ils veulent réellement du pouvoir, Mélenchon et Marine ? J'ai des doutes. Quant aux autres euh... sont bien gentils.

10. Les partis extrémistes, c'est pratique : ça permet d'encarter, cadrer (voire recadrer parfois) et pis de pister aussi tous les agités du bocal que sinon y aurait quand même des risques dans le genre clandestin activiste.

11. C'est un secret de polichinelle (non, je ne parle pas de vous, Blanquer), c'est un secret de polichinelle donc que le très avisé Jean-Marie Le Pen ne voulait pas le pouvoir et qu'à chaque fois que son parti montait dans les sondages, il faisait l'andouille, dépassait les bornes, histoire de faire baisser la pression électorale. Défois j'me demande si Marine et Mélenchon font pas la même chose hein dis.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 20 avril 2020.

 

 

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20 avril 2020

COVIDIENNES

COVIDIENNES

1. Militairement, le Covid-19 correspond à l'idée que si on ne peut éliminer l'adversaire, on peut cependant l'affaiblir en l'obligeant à s'occuper de ses blessés.

2. Le libéralisme, qui en a vu d'autres (crise de 29, Seconde Guerre Mondiale, guerre froide...), ne disparaîtra pas après cette pandémie, il s'adaptera aux contingences sanitaires.

3. On oublie souvent que le libéralisme est avant tout un pragmatisme. Il s'accommode très bien des nationalisations temporaires et des hausses comme des baisses d'impôts. Et c'est justement cette souplesse qui lui a permis de surmonter bien des crises et des oppositions farouches.

4. Je m'étonne toujours de ces souverainistes qui veulent que la France quitte l'OTAN, comme si l'indépendance nationale ne souffrait pas d'alliances solides.

5. Cette crise du Covid-19 n'est pas une crise du libéralisme, elle est due à un manque de jugeote de la part de nos dirigeants. C'est d'ailleurs une habitude en France (cf la ligne Maginot) aussi ancrée que le recours aux êtres providentiels.

6. - Il faut savoir dire non !
    
- Oui, répondis-je en regrettant aussitôt ma réponse.

7. Défois y a des choses qui « vous font vivre comme si vous ne viviez plus » (Cioran dixit) , qui vous font vivre une vie qu'apparemment vous n'auriez pas voulue.

8. Cette crise du Covid-19 illustre bien la loi de l'offre et de la demande : les masques sont rares, donc leur prix augmente. Elle illustre aussi l'inconséquence de certains de nos économistes à ministère.

9. La peur de la mort est la condition de l'activité débordante qui caractérise nos sociétés, et nous nous débrouillons toujours pour qu'à un moment ou à un autre, elle se rappelle à la vigilance du plus grand nombre.

10. « En ce moment, je ne crois en rien du tout et je n'ai nul espoir » écrivait dans ses débuts Cioran. Bah, il avait au moins cette espérance d'être lu, sinon il n'aurait pas pris la peine d'écrire.

11. « Le souverain veut rendre le peuple heureux selon l'idée qu'il s'en fait et il devient despote » (Kant, « Théorie et Pratique », trad : Guillermit, Vrin, p.45) : c'est là le danger d'une technocratie tempérée par la bienveillance.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 20 avril 2020.

18 avril 2020

PLUS MAÇON QUE MAGICIEN

PLUS MAÇON QUE MAGICIEN

1. « Je résistai à la tentation de lui dire que sa communication avait été reçue par Donald le Canard » (Agatha Christie traduite par Michel Le Houbie, « La Plume empoisonnée » [le narrateur])

2. Comme la communication ne venait de personne, il resta anonyme. Il faut savoir rester discret surtout lorsque le temps passe et qu'on croit que c'est pour nous.

3. Défois qu'il serait tout feuille de papier plié à l'infini le temps tellement plié pis tellement à l'infini que tout ce passé là tient dans même pas le même pas d'un même pas.

4. Je t'appellerai être et tu seras. - Cause toujours ! me répondit l'étant qui passe avec son panier à échos et sa tête de tous les jours.

5. « peu importe la relativité » (Cioran) : oui, certes, mais ça dépend aussi qu'il y a dit-on un temps pour tout et qu'chacun s'en ressent pas pareil; pis aussi des infinis s'tirant le cheveu à Cosinus pis l'touci et l'touça, le ministre et ses sots zélés, la jolie réforme et ses couacs, la croissance et ses pangolins.

6. La crise du Covid nous apprend qu'un quelconque péquin s'amenant avec un pangolin est capable de mettre hors de combat l'équipage d'un porte-avion. Ça doit donner à penser dans les écoles de guerre.

7. « Le vertige, cependant, aspire à la forme » : ce p'tit bout de Cioran, c'est la réforme Blanquer tentant de ressembler à quelque chose cependant qu'à l'autre bout de la planète l'obscur pangolin était l'objet d'un étrange trafic.

8. Et puis, les réformes se succédant à un rythme de plus en plus soutenu, ils furent pris d'un vertige tellement débattant qu'les murs et les grands stratèges administratifs en tremblotèrent jusqu'au fondement et même jusqu'à leur raison.

9. Le bruit de la pluie ne mouille pas ; c'est pour ça qu'on peut le trouver poétique. Evoquer la pluie ne vous fait pas attraper un rhume mais peut vous faire la chanson.

10. L'humain est beaucoup plus maçon que magicien. Mais sans doute est-il des maçons dotés d'une « sensibilité magique » (l'expression est de Cioran) et dont les murs sont faits pour être passés. C'est pas malin, j'ai pas d'exemple.

11. Charade :

Mon premier est un mythologique à flûte.
Mon deuxième est un jeu de stratégie.
Mon troisième est cultivé pour ses fibres et ses graines.

Mon tout fut ramené par un quelconque péquin et nous a mis dans l'pétrin.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 18 avril 2020.

 

 

16 avril 2020

LA NUIT DES FOIS JE PENSE AU PANGOLIN

LA NUIT DES FOIS JE PENSE AU PANGOLIN

1. La nuit des fois ça fuit du toit pis la pluie me cause de l'émoi.

2. La nuit des fois j'me croise et j'me dis : "Tiens ! mon spectre..."

3. S'il y a un sens à tout ça, eh bé je me demande lequel. A moins que ce soit le sens qui unit le funambule à l'abîme.

4. Tout semblait sous contrôle, qu'on causait plein emploi à venir et réformes étonnantes; au gala des hommes illustres de la France, not' président se voyait déjà en haut d'l'affiche et puis bong! un péquin quelconque s'amène avec un pangolin.

5. Tout allait sur des roulettes, que le gouvernement marchait en réformant, que les députés marcheurs marchaient en dormant, que les manifestants marchaient en gueulant, que la police elle aussi marchait mais en sens inverse et pinguépong! un péquin quelconque s'amène avec un pangolin.

6. Sur France Culture, à propos du covid-19, j'entends un expert déclarer sans rire mais avec autorité qu'il "aurait fallu réfléchir au préalable". Euh, cher maître, n'est ce point justement là votre travail ?

7. La nuit des fois j'me fais des brefs assez marrants je trouve
    Mais au matin perdus qu'ils sont oubliés sortis, au trou.

8. Jadis, les gens avaient des économies; maintenant, ils ont des dettes.

9. En démocratie, on entend tout et son contraire; dans une dictature, on entend tout et son contraire est en prison.

10. Allez ! une petite charade composée dans le style René Char (ah c'est difficile !)

               Il lia la main droite du geste à la faucille des syllabes; à l'aube, il fit acte de foi sans nul péché. Aux horizons contraires, il porta la clé des deux portes. Jadis, il chassa le loup sans jamais ressentir la haine de ceux qui eurent l'âme rongée par les ruches acides. Enfin, la guitare accordant la flamme et le foulard, il mit main haute sur le retour du verger. [biffé sur le manuscrit : Frrrouttt j'aurais pas dû manger tant de cassoulet moi]

Je ne vous donne pas la solution : elle est évidente. Mais bon, si vous n'avez pas trouvé, en voici une version simplifiée :

Mon premier aime faire des BA.
Mon second aime la marine et le sauna.
Mon troisième est comme l'agneau.

Et mon tout accompagne des fruits de saison.

11. La nuit des fois je pense au pangolin
      Solitaire et poursuivant son chemin
      Sans voir que vient le quelconque péquin
      Qui va l'piéger et nous fout' dans l'pétrin.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 16 avril 2020.

 

16 avril 2020

DES FOIS QUAND MÊME JE CHARRIE

                          DES FOIS QUAND MÊME JE CHARRIE

1. Annuler la dette des Etats africains euh oui bon d'accord, mais rassurez moi... on pourra toujours leur vendre des armes ?

2. Défois qu'on serait visité par de grands rêves, de grands rêves d'horizons nouveaux que bing! un péquin quelconque s'amène avec un pangolin...

3. "se fondre dans le voisinage" (René Char) : il n'est jamais aisé de se fondre dans le voisinage; on y passe facilement pour un fantôme, un horla, voire un pique-assiette.

4. "la cloche qui avait perdu la foi" (René Char) : bin quoi, la cloche qui a perdu la foi n'en sonne pas plus faux pour autant.

5. Des fois qu'on passe dans la rue qu'avec le covid ça rappelle le "Long Flight" de Robert Charlebois : 

"It really seemed to me, it really seemed to me like eternity
When I walk alone through London city
Nobody, nobody was laughing anymore
Nobody, nobody was talking anymore
Nobody was singing on Picadilly
Nobody, nobody was working in factory"

6. "Aprés l'écho écartelé" (René Char) : c'est vrai qu'l'écho l'est oh il est oh très loin de plus en plus loin là-bas ah là-bas comme un singe retourné dans son hiver.

7. "tu n'étais qu'un feu inventé par le feu" (René Char) : ah bin ça oui ça, quand on bricole dans l'inflammable, des fois y a des accidents.

8. "Parole d'albatros, je l'ensauvagerai" (René Char) : j'aime bien quand les animaux i causent comme vouzémoi, ça fait tout de suite poétique, mais moi voyez ça s'rait plutôt le genre canard à couacs et moqueurs coin-coins.

9. "le désert fier" (René Char) : ah ça à force d'être trop fier, défois on finit dans l'désert... Variantes : La fierté hautement nous déserte ou Ayant confié ma fierté au désert ou Hier régnant désert ou Mais où est donc passée la deuxième chaussette.

10. "Nos vergers sont transhumants." (René Char) : Ce qui, disons le clairement, n'est pas pour faciliter la récolte des pommes, des poires et des scoubidous dont on fait les compotes.

11. "Détroussé par le temps" (René Char) : ah oui, ça je l'ai remarqué aussi ça, que le temps nous fauchait des trucs Ah j'en ai perdu des beaux jours et des disques des Stones, sans parler des deuxièmes chaussettes mystérieusement et à jamais disparues.
J'en conclus que bien des esprits flottant autour de nous sont unijambistes, ou alors eux aussi avec leurs chaussettes hein zont des problèmes.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 16 avril 2020.

 

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15 avril 2020

PETITS EXORCISMES QUOTIDIENS

PETITS EXORCISMES QUOTIDIENS

1. Regarder les gens passer, se sentir aussi impuissant qu'eux.

2. Défois solidaire, l'humain, pas tout l'temps, ça dépend aussi... d'son porte-monnaie, des comment qu'il a tant vécu, pis y a l'air du temps plus ou moins rance, plus ou moins solaire.

3. Défois je n'sais plus écrire je manque de distance la colère me souffle des crachats j'ai tort j'ai le hussard sur le toit qui titube.

4. Les applaudissements aux soignants, les cloches de Notre-Dame, les larmes aux yeux des gens.

5. Y a ce topos du « tout ce qui ne me détruit pas me rend plus fort » qu'on dit qu'c'est de Nietzsche ouiche qu'ça dépend tout est dans le « détruit » le navré, le blessé, le paumé mais m'est avis qu'une andouille indemne reste andouille tout de même.

Note : ah tiens une sentence proverbe maxime : Andouille indemne reste andouille tout de même. Je m'applaudis dis car je suis sot oh.

Note : Remarquez qu'il y a sans doute des andouilles plus fortes dans leur andouillerie que d'autres. Faut voir le degré.

6. Défois l'humain i s'examine la conscience mais en respectant la distanciation sociale sinon i s'engouffre.

7. Cette crise du covid, c'est l'vertige des chiffres : nombre des morts, nombre de milliards, nombre de chutes, de rechutes, primes et déprimes.

8. Squ'il y a c'est qu'il faut les bouillir tous ces virus là les fiche dans la marmite sur laquelle flotte toujours je veux le drapeau noir.

9. J'ai remarqué que ce n'est pas en faisant de la psychologie de comptoir qu'on devient comptable.

10. Défois l'humain il s'enfrousse de son ombre, comme s'il s'était déjà rencontré.

11. Défois le mot résilience i m'fait penser au mot exorcisme et au film si connu avec la gamine qui tourne au plafond là mais on fait sortir quoi là.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 15 avril 2020.

14 avril 2020

LE MONDE D'APRES LA PANDEMIE NE SERA PLUS LE MÊME IL SERA PIRE

LE MONDE D'APRES LA PANDEMIE NE SERA PLUS LE MÊME : IL SERA PIRE

1. Edouard Philippe, premier ministre à sang froid, est un homme qui ne s'exclame pas. Il n'en est d'ailleurs pas plus interrogatif et toutes ses phrases se terminent par un point.

2. Son père était un brave homme ; sa mère gentille comme tout. Ils furent longtemps et souvent couillonnés. Il les venge sans cesse : il est né en colère et vipérin.

3. Alors, la fée se pencha sur son berceau... Après quelques instants de réflexion (il y eut un assez long interlude d'anges en ribambelle), la fatidique marraine (j'emprunte cette expression à Baudelaire) déclara : « Bon, malgré tout, il vivra hein, cet enfant. »

4. S'étant toujours assez bien moqué du monde, il devint enseignant.

5. Les enfants étant cruels et les enseignants sommés d'être de plus en plus bienveillants, m'est avis, mon cousin, qu'on est pas sorti d'l'auberge.

6. L'optimiste béat, le bienheureux humaniste, bref le pigeon de bonne volonté voit le monde comme une auberge dans laquelle il entre en refusant de voir les couteaux qu'on y aiguise et les yeux fiévreux de l'aubergiste.

7. Défois y en a des tout biscotteux ; i s'effritent dans leur café ; ça fait des oeilles dedans à la surface qu'en penchant le bol, on dirait qu'ils ont le mal de mer.

8. C'est un homme qui ne souffre pas d'exception, sauf lui-même.

9. Les gens qui ne l'aiment pas ne savent pas à quel point ils ont raison et à quel point il leur en veut.

10. Le monde d'après la pandémie covid 19 ne sera plus le même : il sera pire.

11. La crise du covid 19 c'est la foire à la bonne volonté : non seulement l'imprévoyance de l'Etat les rend malades (à en crever même) mais vous verrez qu'en plus la philanthropie, l'humanisme et la Sainte Résilience leur piqueront leurs sous.

12. Telle de nos aînées qui allant chaque jour montrer quelques mots affectueux sur une ardoise à la fenêtre de son mari confiné dans un EHPAD, lui faire un petit coucou à distance quoi, s'est vu signifier, pour ne pas avoir respecté le cordon sanitaire en période d'épidémie ministérielle, une amende en bonne et due forme par un de nos plus zélés agents de la force publique (à ce niveau, ce n'est plus du zèle, c'est de la virtuosité) ; telle voisine serviable rapportant un poste télé à une personne âgée solitaire et dont la boîte à images mouvantes et à têtes à Macron venait de mourir d'obsolescence programmée, s'est pris, m'a-t-on dit, 300 euros payables à l'Etat (lequel sait si bien utiliser nos sous) pour achat d'un produit non essentiel en période d'épidémie de prunes salées. J'en viens à me demander si, profitant de ces temps malheureux pour se répandre encore plus vite que d'habitude, la bêtise ne va pas finir par tuer plus de gens que le covid.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 14 avril 2020.

13 avril 2020

LEGER COMME LA PROMESSE

LEGER COMME LA PROMESSE

1. Non, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de prendre l'accent belge quand on mange des frites, ni l'accent italien quand on slurpe des spaghettis, ni l'accent écossais quand on siffle un whisky, pas plus d'ailleurs qu'on doit prendre une tête à claques de président de la république française n'ayant pas prévu qu'un virus puisse venir décimer le monde.

2. Non, je ne suis pas incorrigible mais bien encore risible, me fis-je avec l'énergie de tout mon je n'écrirais pas désespoir car je préfère les abricots.

3. Dans l'enthousiasme, il la lança en l'air, sa tête, laquelle retomba sur le pavé avec un grand bruit creux, de ce creux vaste et profond dont on fait les inspecteurs d'académie.

4. Quand je serai dictateur (ce qui ne saurait tarder étant donné l'état de décrépitude de la plupart de nos démocraties contaminées), j'interdirai qu'on publiât des romans de plus de trois pages. Vous verrez que si on les oblige vraiment, tous ces pompeux bavards sauront faire court, vif et concis (surtout s'ils ont du talent, ce qui n'est pas assuré pour tous).

5. Alors Macron mit son masque de macron et alla macronner le monde. « Bin mince alors ! » fit Fantômas plein de jalousie et du ressentiment qu'éprouve le philosophe à l'égard de la pin-up citant Kierkegaard dans le texte.

Note ; je sais bien qu'on ne dit plus « pin-up » mais « bimbo » mais que voulez-vous, je suis resté bloqué dans les années 80 (du 20ème siècle, je le précise pour mes lecteurs d'un futur que je sais éclairé car je suis socialiste et lointain car je suis aussi visionnaire qu'un réformateur de l'éducation nationale ; c'est vous dire que je suis un homme de qualité).

6. « Badaboum ! » fit la grosse caisse. « C'est le cas de le dire » firent en choeur le président, sa tête à claques et bien des marcheurs marchi-marchant par là.

7. Plein de remords, il en eut l'âme toute crucifiée, mais allez trouver les clous pour, vous... aussi son âme glissa-t-elle de sa croix métaphysique aussi légère et vaine qu'une promesse électorale.

8. Plus le confinement avance, plus je me fais l'effet d'un légume en conserve.

 - Un cornichon dans un bocal vous définirait mieux, Monsieur Houzeau.

9. Petit Poucet allait avec en poche les petits astres jaseurs qu'il avait coutume de semer pour retrouver le chemin de son retour. 

10.Fanfare frénétique : les tubas s'entubèrent  ; les fifres s'affriolèrent ; les cuivres rutilèrent au couchant du jour (Ah le rutilement des cuivres au couchant). 

Note : Réminiscence tiens d'un poème de Verlaine :

« Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
  
Et les voici vibrer aux cuivres du couchant. »

11. Défois on est traversé par un genre de fantôme froid, un genre de glace-cœur, qu'on a du mal à les attraper, les petites flammes aux mirettes qu'on croise.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 13 avril 2020.

 

12 avril 2020

ET LE LAIT EN FEU

                                 ET LE LAIT EN FEU

1. Ayant constaté qu'il avait les lèvres sèches, il les mit à tremper dans un verre d'eau fraîche où instantanément elles se gonflèrent et rougirent pudiquement.

2. Lorsqu'il se mit à aboyer, il comprit qu'il avait laissé derrière sa queue une partie significative de son humanité. « C'est dommage » se cabocha-t-il « avec ce flair que j'ai maintenant, quel détective j'aurais fait ! »

3. L'art s'étant contaminé, la mort eut tout le champ libre pour ses macabres expériences.

4. Avec son air vide et préoccupé, il avait une tête à avoir fréquenté longuement son dedans.

5. Ah ça quand on se met à semer des graines d'irréelles, faut pas s'étonner ensuite de récolter des cauchemars.

6. Comme il se hollowa out, il s'affala de tout son dedans pis il alla ouiner qu'on l'comprenait pas.

7. Quand on s'ennuie comme un rat mort, ce n'est pas toujours une bonne idée d'aller au marché aux puces, on risque de s'y faire gratouiller de tous côtés par de minuscules acharnées.

Note : j'avais d'abord écrit miniscules, ce qui est mignon et donne à songer : ah tous ces miniscules qui se bousculent en mini-jupes...

8. En fin de compte, le clown abat toujours son politique aussi sûrement que le fait le chasseur qui, dans l'aube etc... (j'ai pas envie d'écrire la suite, ça me soûle).

9. Plus le confinement se prolonge, plus à ma colère initiale succède un haussement d'épaules immense et de plus en plus tout à fait indifférent aux turpitudes de l'âme politique.

10. Loué soit l'anthropophage qui bouffa un politique (ou quelque philosophe) puis joua un air enjoué virtuose de tibia des morts à un folkloriste de passage.

11. S'étant longuement contemplé le firmament intérieur, il sortit de sa méditation l'air encore plus hébété que d'habitude et le lait en feu.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 12 avril 2020.

12 avril 2020

EH OUI MON CHER FANTASIO NOUS NON PLUS AU DEBUT ON Y A PAS CRU

EH OUI MON CHER FANTASIO NOUS NON PLUS AU DEBUT ON Y A PAS CRU

1.Entendu sur France Inter cette très bonne formule : « Je me souviens du temps où Macron méprisait les caissières et les gens qui ne sont rien ».

Notes :

a) Faut être juste, il ne parlait peut-être pas des caissières, mais tout de même, y a cette expression de « premiers de cordée » qui a laissé des traces. Comme quoi, certains capitaines d'industrie et aussi quelques hyper-diplômés technocratiques en ce moment d'anxiété latente sont moins utiles que caissières, infirmières et infirmiers, aide-soignantes, livreurs et tout ce petit monde des gens ordinaires qui permet à not' pauv' société de continuer à tourner.

b) « Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien », qu'il a déclaré en juillet 2017, not' bon maître dans un laïus pas très clair et assez prétentieux (ah tiens comment ça se fait). Bon c'est le genre de phrase assez vague pour ne viser personne en particulier (sauf les SDF et les migrants) et dont on sent bien pourtant qu'il y a quelque mépris dedans que, quitte à mépriser le monde, Monsieur, on ne se fait pas élire, on reste chez soi à écrire des conneries en écoutant du Frank Zappa et en se faisant cuire bien des œufs.

2. J'ai pensé qu'après l'covid, fin mai-début juin, les molotovs allaient voler bas entre République et Nation (apprenante, j'peux pas m'en empêcher, c'est trop drôle) et puis non, vous verrez que notre excellent gouvernement mettra bien plus d'habileté à empêcher des troubles prévisibles qu'il en a mis pour prévoir la pandémie actuelle.

Notes :

a) Je me dis même qu'il est possible que Macron soit réélu président (à condition qu'on soye pas tous plus ou moins défuntés du covid avant) parce que bon Macron, c'est pas grand chose, mais en face y a quasiment rien. A moins bien sûr que les Français décident que, quitte à être confinés, autant voter pour des gens qui ont déjà dans leur programme bien des raisons de limiter nos libertés.

b) En ce dimanche de Pâques, il se dit à la radio que notre Président Emmanuel Macron s'apprête à annoncer demain lundi un rallongement du confinement et vu qu'on a l'impression que la pandémie est loin d'être finie, on en vient à se demander dans quel état on en sortira de c't'affaire.

3. Avec cette crise sanitaire revient le spectre de l'installation d'une dictature plébiscitée, c'est-à-dire exigée par le plus grand nombre. Je fais crédit au gouvernement d'Edouard Philippe : pour l'instant, les règles de la Constitution sont ou en tout cas semblent respectées. Mais je crains que les prochaines élections profitent surtout aux extrémistes de gauche comme de droite, sans compter les zélateurs de l'écologisme, du pédagogisme, les collapsologues de tout poil et tous ceux qui pensent que, tout compte fait, la surveillance généralisée vaut mieux qu'une liberté mal employée.

Note : à chaque fois que je glisse un « c'est-à-dire » dans une phrase, je pense à de Gaulle. Ce que c'est quand même que d'avoir passé son bac.

4. « Oui, je rangerai des squelettes dans un hémicycle et je constituerai un Parlement. » (Michel de Ghelderode, « La Balade du Grand Macabre »)

5. Pis bien sûr que le Covid-19 nous rappelle que la grande patronne, c'est la Mort, elle qui se fout de tous nos efforts de vivants.

6. Comme je suis né pas très riche et que je vois que je mourrai pareil, y a que les gens qui ont un peu de sous, j'ai quand même du mal hein avec ces gens-là mais c'est évidemment l'affreuse jalousie qui me cause dans la bouche que j'fais rien qu'à pas beau cracher.

7. Tout compte fait, je trouve que le verbe « vipériner » est un des plus beaux de ma langue française.

Note : Je dis ma langue française parce que j'ai la prétention de ne pas écrire la langue de tout le monde, ah ouiche et zut alors.

8. - « Ça, je savais déjà !! Mais d'où sort le zombie là » [Spirou in Virus de Tome et Janry]

      • Bin tiens, de la « République En Marche »

9. « Sur la banquise, pas mal de monde avait besoin d'un miracle ce jour-là... » [le narrateur in Virus deTome et Janry]. En ce moment, y a pas que sur la banquise que pas mal de monde voudrait bien qu'un miracle advienne (que pourra qu'on se dit quand on les écoute nos chers politiques).

10. Ah bin dame qu'ils nous coûtent cher, les politiques ! Nous prennent nos sous (pour notre bien qu'ils disent) et quand faut réparer leurs bêtises, ils endettent le pays qu'en fin de compte qui c'est-y qui va payer hein ?

11. « Une maladie inconnue ? C'est d'un burlesque ! Vous avez intérêt à trouver quelque chose de plus convaincant ! » [Fantasio dans le prémonitoire et épatant Virus de Tome et Janry].

- Eh oui, mon cher Fantasio, nous non plus au début, on y a pas cru.

12. - « Pas d'affolement ! Tout le monde dehors ! » [Un shérif in « Jerry contre KKK » de Jijé et Lob]

- Ah non, man, pas d'affolement et tout le monde dedans !

13. « Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux » [Baudelaire]
      Qui s'en va boire un coup en tintinnabulant.

14. « Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts »
      
Ah Baudelaire il a toujours le mot pour rire.

15. Dans l'affaire du cintre empoisonné, le seul témoin étant le manteau, le détective se perdit rapidement dans des conjectures dont il ne revint jamais.

16. « Je ne peux pas m'empêcher de penser que... » mais si, mais si, faites donc un peu de politique et vous verrez vite que vous pouvez tout à fait librement vous empêcher de penser.

17. Le serpent ne portant pas de robe, il était donc impossible à dérober. Et pour le voler, il eût fallu des ailes (je me demande si j'écris correctement), là encore le détective ne remonta que difficilement de l'abîme de réflexion où il était tombé en criant « Marmelade ! Os, ossements, bouillie, bouillie, bouillie ! ». Ce qui se révéla exact.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 12 avril 2020.

 

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