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1 mai 2020

ALORS LA MORT PASSA SUR SON CHEVAL VIRUS

ALORS LA MORT PASSA SUR SON CHEVAL VIRUS

1. Je pense que l'oral de l'épreuve de français du bac 2020, s'il a lieu, ce sera soit en visioconférence, soit masqué, et peut-être même les deux. En tout cas, pour contrôler leur identité, faudra qu'ils se démasquent, les candidats, le temps d'un coup d'œil. Sinon, gare aux fantômes.

2. En 2020, j'ai pensé que la réforme Blanquer ayant déjà fait pas mal de dégâts dans les lycées, il ne fallait pas aggraver l'état du mammouth et faire comme en 1968, le donner, ce bac, encore qu'en 68, les candidats ne risquaient pas leur vie et le diplôme avait une certaine valeur.

3. J'ai pensé que le maintien de l'épreuve de l'oral de français du baccalauréat 2020 relevait plus de l'esbroufe administrative que d'une réelle nécessité pédagogique. Et pourquoi pas le faire passer en terminale, c't'oral (c'est-à-dire l'an prochain lors d'une session extraordinaire) ?

4. Alors ils ont tant dit alors ils ont tant dit
   Tant dit tant dit tant dit que j'en ai du mal aux
  
Oreilles puis au cœur puis au ventre et aux os
  
De ce qu'ils ont tant dit tant dit tant dit tant dit.

5. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : Le patient invisible aurait été aperçu – Fantômas planchera sur un texte hermétique - La chloroquine serait-elle soluble dans l'eau de boudin - Le barbu flegmatique est à la manœuvre – On regrettera le recalé définitif.

6. « la loi qu'il s'agit de m'imposer comme agent, devient, puisque je l'élève au rang de la loi universelle, valable aussi pour moi comme patient, et c'est sous cette condition, comme patient éventuel, que je ne puis consentir absolument à l'injustice et à l'insensibilité. » (Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »).

De fait, nous sommes appelés à être plus patients qu'agents, les élections étant soigneusement préparées pour que les résultats aillent dans le sens qui convient le mieux à la continuité des Etats.

7. C'est parce que nos démocraties ne sont que formelles qu'elles sont vivables. L'imperfection de l'exécutif nous permet de le critiquer et de nous arranger comme nous pouvons des lois et des règlements. Une démocratie parfaite (chose heureusement impossible) ferait de nous les éternels apprenants d'un lycée universel où chacun de nos gestes serait évalué par les garants administratifs de la loi.

8. Je crains cette société du « care » que les impératifs de la crise sanitaire actuelle nous promettent comme étant la seule légitime. Nous ne serions plus alors que les « patients » de la loi de la solidarité obligatoire et notre droit inaliénable (par définition) à l'indifférence serait nié : je crains le jour où l'indifférent, le singulier, le sceptique, le caustique passeront en jugement pour manque flagrant de fraternité.

9. Avec toutes les crises qu'on nous annonce là (économique, migratoire, climatique) en plus d'la crise covidienne là, ça ne m'étonnerait pas qu'on crée bientôt une chaire de collapsologie au Collège de France.

10. Il songeait au scandale du manque de masques ; il prit tranquillement son étui à cigarettes et se mit dans la tête une jeune fille dansant sur un rythme de rumba. Puis sirotant son whisky, il pensa aux lettres anonymes et à celles aussi au bas desquelles figurait une silhouette de pangolin ricanant.

11. Alors la Mort passa sur son cheval Virus.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 1er mai 2020.

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30 avril 2020

NOUS FERA-T-IL VIRER CHEVRE CE VIRUS DIS

NOUS FERA-T-IL VIRER CHEVRE CE VIRUS DIS ?

1. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : Ne vivez plus, vous survivrez – Respectez les gestes barrières : fuyez à toutes jambes. - On demande un professeur de civilisation précovidienne. - Le retard du train des réformes est pour l'instant indéterminé -

2. J'ai pensé que Zut était tellement vipérine que le jour où l'on découvrira ce qu'elle n'a pas publié, les gens viendront à son enterrement lapider son cercueil.

3. Alors Dieu créa le monde. Puis il l'oublia. Quelques éternités passèrent et puis Dieu se souvint de nous. « Ah ouais quand même... » dit-il en se massant le menton.

4. C'est curieux comme l'on peut se tromper : Macron, je l'aurais bien vu vendeur chez Devred, moi. En plus, il parle anglais, ça peut être utile, à Dunkerque, ou à Calais.

5. Avec sa toux de fumeur, son nez d'allergique, ses dents qui se font fait la malle depuis des lustres, son haleine de buveur de bistouilles et sa tumeur à la mâchoire, en ce moment, quand il sortait, il avait l'impression d'être quasiment quasimodo.

Note : Il ne faisait guère de doute que sur la liste des gens à tester du covid, il serait vite désigné volontaire par l'anonymat de la population et l'ensemble des personnels de l'administration bienveillante.

6. Défois Cioran et Céline à sa bouteille qu'on conte et soliloque qu'l''avenir c'est l'humain tout déchet, mongol partout ; la Chine à Brest ; les autres aussi d'ailleurs, partout ! Nos pommes, dans les choux ; foire à grotesques, tellement que ceux qui naguère lisaient le bon français des moralistes verront leur cerveau fuir sur leurs petites pattes neuronales là pis dans la rue comment que j'rentre moi.

7. En l'an 3120, le culte du Grand Pangolin s'était répandu partout et le port du Saint Masque quasi universel. On priait chaque jour l'Immaculée Distanciation et l'usage du prénom étant considéré comme une entorse à la règle du rapprochement de nécessité absolue, tout le monde s'appelait Monsieur, ou Madame.

8. Le politique est celui que l'on critique pour se consoler de savoir qu'à sa place, on ne ferait pas mieux.

9. On avait jadis prédit à Zut qu'elle mourrait du bâton qu'elle avait elle-même taillé pour se faire battre. « Oui, mais comme ce sera de la main tendue que j'aurai tranchée, je ne crains pas grand chose » répondait-elle parfois.

10. Nous fera-t-il virer chèvre, ce virus, dis ? Not' pays s'nommera-t-il bientôt Covidie ? Sommes-nous condamnés à n'vivre que masqués ? Quand serons-nous enfin vraiment déconfinés ?

11. En 3120, il était admis que les vagues successives de la Grande Pandémie avaient été l'élément déclencheur de l'Universelle Résilience. Le libéralisme et la démocratie sociale étaient considérés comme des archaïsmes, voire des hérésies condamnables.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 30 avril 2020.

29 avril 2020

ICI LES CONFINS LES CONFINES PARLENT AUX AUTRES

ICI LES CONFINS LES CONFINES PARLENT AUX AUTRES

1. Pis comment qu'on s'en sort qu'on va finir par donner sa langue au pangolin comme on disait en 2020 avant qu'on se rende compte que mais c'était trop tard.

2. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : Les premiers de cordée sont tombés sur le pangolin – Mascarade en Macronie n'est pas notre projet - Personne ne ment puisqu'on vous le dit – La machine vomit des fantômes – Je répète : La machine vomit des fantômes - Félicie aussi.

3. Bon faut qu'je leur donne du boulot à distance aux apprenants en situation de confinement passque les politiques ça fait des années qu'ils dépensent nos impôts en réformes à se faire jeter les contribuables par la fenêtre et donc : En une vingtaine de lignes, vous expliquerez en quoi l'expérience du confinement a enrichi, ou pas, votre perception de l'autre et a, ou non, changé votre regard sur le monde.

4. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : - Est-ce vraiment la vérité qu'on nous ment – Ma tante dit que c'est la peste mais mon oncle penche plutôt pour le choléra – Tous ceux qui ne portent pas de masques seront démasqués – Je ne prendrai pas de nouilles avec mon pangolin.

5. Est-il vrai que Godzilla va prochainement être remplacé par Pangola ? Faudra que j'demande à Blanquer, lui qui sait tout, j'suis sûr, i saura me renseigner.

6. Ai entendu à la radio que Jean-Michel Blanquer (fonctionnaire modèle) n'excluait pas l'idée d'une réouverture des lycées non pas en juin mais en septembre. Ah tiens il prend les devants. C'est-y pas qu'il commencerait à se rendre compte qu'on lui dit pas tout ?

7. Le matin à la radio y a une espèce de sociologue qui explique à nous autres pauvres crétins qu'nous sommes, le bien fondé des gouvernemances là. Aujourd'hui le prédicologue nous a conté que Macron s'rait tantôt jacobin pis aussi girondin qu'à mon avis l'est plutôt dans l'pétrin.

8. Je ne suis pas tellement choqué que le gouvernement gouvernât à vue ; n'ayant pas vu venir le virus, sont bien obligés de se démerder comme ils peuvent. Les autres génies d'la chose publique d'opposition ne feraient pas mieux. Mais quand même, quelle bande de.

9. Les politiques, ces niais qui comptent sur la bienveillance, la patience, la bonne volonté et la crédulité des Français et qui s'étonnent ensuite de se prendre des gamelles aux élections.

10. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : La réforme est dans la choucroute – Le café-croissant au bar du coin n'est pas pour demain – Le petit Manu énerve le grand Edouard – Ne donnez pas vos sous, vous en aurez besoin – Quand on marche à reculons, on finit par se faire enquiquiner.

11. Alors mon lit m'appela : « Tu viens t'coucher ou quoi ? ». J'écrasai quelques gouvernements dans mon cendrier, finis mon verre d'amère ironie et allai rejoindre mon repose-couenne à caboche.

Patrice Houzeau,
Les Confins, le 29 avril 2020.

 

 

28 avril 2020

JE M'APERÇOIS DU PAS TERRIBLE D'L'AUJOURD'HUI

JE M'APERÇOIS DU PAS TERRIBLE D'L'AUJOURD'HUI

1. Si l'on fait tourner les tables de multiplication, est-ce que les esprits répondants en seront plus nombreux pour autant ?

2. En démocratie, l'esprit des lois est une hantise nécessaire.

3. Je m'aperçois aujourd'hui et je me demande s'il va ressembler à hier.

4. « Les yeux à l'autre bout de la rue, elle continua »
     
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie)
      
Et du coup, elle se cogna.

5. En avril 2020, on disait que les Français avaient l'impression qu'on leur avait menti. Henri Weber mourut du coronavirus. On disait qu'en ce qui concernait la réouverture des établissements scolaires à partir du 11 mai, « la responsabilité n'était pas anecdotique ».

6. Du souci dans l'affectif, besoins d'argent, qu'on croit plus aux miracles qu'le monde c'est d'l'hostile latent qu'attend juste son moment pour nous attraper à la qu'on l'remâche ça qu'on r'tombe qu'on r'chute dans sa chute puisqu'on chute qu'on s'dit.

7. « Aussi, veut-on savoir si un homme parle d'après ce qu'il sait ou d'après ce qu'il désire ? Il ne faut pas s'en remettre au témoignage de sa conscience à lui : c'est à son intérêt que d'ordinaire il faut regarder. »
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)

L'intérêt fait sincérité.

8. Je suis parfois épaté de l'émerveillement exprimé par ces observateurs plus ou moins professionnels des étoiles et qui tiennent tant à nous faire part de la beauté de la chose. Il m'arrive de douter de leur sincérité. Pour ma part, une ou deux minutes de cette contemplation sidérale me suffisent. Je crois qu'en fait, je m'en fous.

9. C'est une partie de jeu de go, le but étant de donner au covid le moins de territoires possibles cependant que l'on sait qu'il s'infiltre, empoisonne notre temps et nos espaces.

10. Ce n'est pas au virus qu'il faut en vouloir, ce n'est pas au virus qu'il ne faut pas pardonner, c'est aux politiques qui ont abandonné la recherche et le secteur de la santé au profit de réformes ineptes et du cirage des bottes des « premiers de cordée » si utiles en période électorale.

11. Ah ça y est, avec le covid pis la crise, France Inter nous fait le coup d'la « méditation de pleine conscience ». C'est ça, méditez, méditez, mes doux agneaux, ça vous évitera de contester, pis aussi de manifester.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 28 avril 2020.

 

27 avril 2020

UN PEU DE TOUT BEAUCOUP DE RIEN

UN PEU DE TOUT BEAUCOUP DE RIEN

1. La jeune femme qui m'a appelé Je m'en réjouis mais c'était plein d'pressentiments J'avais l'impression si je dormais ou si j'étais comme d'habitude dans ces confins là les autres les appels le réel.

2. Sur ce qui s'était passé pendant la semaine Comment lui aurais-je expliqué Le temps qui court Les choses n'iraient pas très bien si J'ai pensé je ne vais pas très Sur ce qui s'était passé Comment lui aurais-je expliqué.

3. Si vous toussez si vous avez de la fièvre si vous postillonnez si vous ne portez pas de masque si vous fumez si vous buvez si vous n'avez pas votre attestation si vous parlez trop fort si vous sentez que ou si vous ne sentez plus rien du tout c'est peut-être que le réel à tête d'Ubuvirus vous traque rattrape pour vous flanquer à la trappe.

4. Sur l'épaule de ma sœur mais je n'ai pas de sœur pensai-je en me Cette remarque ne devait pas l'adoucir Elle me tourna le dos Mais il ne m'arrivait plus de penser à Voyant les autres Puis nous dînâmes, ensuite nous dansâmes c'était dans une vieille traduction.

5. L'inéluctabilité de toute action suffisamment motivée oblige le social à inventer toujours plus de motifs pour nourrir la production en série d'actions toujours plus normalisées, utiles, contrôlées.

6. La massification de l'enseignement supérieur n'est qu'un toujours plus que l'on fait passer pour un toujours mieux. De ce toujours plus, certains font leurs choux gras, et cela aux dépens de beaucoup d'autres que l'on flatte par des promesses de diplômes aux titres ronflants.

7. « Nous songions tous les deux, et tu me regardais. »
     
(Victor Hugo)
     
J'ai fait un geste, je voulais te dissiper,
     
Ombre, fumée, reflet de moi-même le spectre,
     
J'ai fait un geste, pis c'est moi qu'a disparu.

8. C'est la répétition qui fait l'apprentissage, et ce n'est pas en faisant un peu de tout et beaucoup de rien qu'on va leur apprendre un métier.

9. Défois, à force de varier, on finit par avarier. Le trop d'machins à étudier, ça la rend indigeste, l'apprenance là, qu'à force on finit par bienveiller des sottises pis qu'le formatif il en est tout bizarre le camembert, impropre à la consommation.

10. « Sommes-nous prêts à être surveillés via nos smartphones ? » J'entends cette question posée sur France Inter. Le journaliste donne lui-même la réponse : c'est oui, évidemment oui, puisque ça fait un bout d'temps maint'nant que l'électronique a des yeux pour mieux te voir, mon enfant.

11. Alors j'ai enlevé mes ch'veux
      
Alors j'ai enlevé mon nez
      
Et puis mes oreilles et mes yeux
      
Pis mes dents ma langue ma bouche
      
Du coup ah qu'c'est ballot
      
J'ai pas pu crier Coucou c'est moi que v'là.

12. Forcément qu'il y a des « si », et beaucoup même hein des « si », et bien sûr, c'est sans condition.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 27 avril 2020.

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27 avril 2020

SOCIAL L'ANIMAL AH FATALITAS

SOCIAL L'ANIMAL AH FATALITAS

1. « Or pour l'homme, cela seul est réel, qui est objet d'expérience, ou qui pourrait, à ce qu'on suppose, le devenir à l'occasion. » (Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)
L'humain expérimente l'humain. A l'infini dis c'te travail pis le pire, aussi le meilleur. Sinon, animal ordinaire l'humain, bête apprenante. Et bien sûr, cette acharnée expérimentation transcende et de loin la bienveillance très niaise du pédagogisme à la mode.
Note : A cet égard, le « à l'occasion » de la traduction est délicieux.

2. « La nature reprend ses droits » ; « la vie reprend ses droits » : fichaises : il n'y a pas de droit naturel. Accorder des droits à on ne sait quelle « vie naturelle », c'est reconnaître le droit à la tout aussi naturelle mort de nous annihiler comme elle l'entend. La mort n'a aucun droit sur nous. Nature, vie et mort ne sont que des faits régis non par les lois, mais par les principes de la physique.

3. Parce que l'humain est un animal social, il est fatalement dangereux et nécessairement solidaire.

4. « Maintenant, pour aller au fond, cette idée de « fin en soi » soulève la même objection que celle du « devoir absolu » : une même pensée cachée, bien plus inconsciente, se trouve sous l'une et l'autre : c'est la pensée théologique. »
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)
Le dieu caché dans l'en-soi. On ne s'étonnera pas après de la dimension chrétienne de gauche du pédagogisme : bienveillance, universalisme des valeurs, enseignement d'on ne sait quelle « morale citoyenne », mise en place d'une propagande multiculturaliste, déni du droit à l'indifférence.

5. Il n'y a pas très loin entre reconnaître l'autre comme une fin en soi et « tendre l'autre joue » : c'est ainsi qu'on finit crucifié. L'autre n'est jamais une fin en soi, il n'est qu'un horizon des possibles relatifs, une suite de faits dont je suis, quoi qu'il m'en coûte, seul juge.

6. Nous vivons en ponces pilates et raisonnons comme des disciples du crucifié : en période de crise, nous nous émerveillons de chaque acte de solidarité comme d'une preuve de la capacité de l'humain à se dépasser et nous refusons de prendre en compte l'inconséquence universelle et le surnombre.

7. Je me demande si la devise cachée de l'éducation nationale ne serait pas des fois « Heureux les affligés, car ils seront consolés » par des pédagogues bienveillants et des diplômes sans valeur.

8. Serons-nous bientôt obligés de quitter le monde de nos libertés individuelles pour rentrer dans un monde régi par les experts, les politiques et les communiquants ? Il ne nous resterait plus alors qu'à devenir les citoyens consentants d'une technocratie d'autant plus dangereuse qu'elle se prétend bienveillante.

9. Qui peut penser sérieusement qu'un gouvernement de gauche renonçât longtemps aux ventes d'armes, au tourisme de masse, à l'industrie du luxe, aux petits arrangements avec les nécessaires paradis fiscaux ?

10. S'imaginer que l'accès de tous à une culture conforme aux principes de l'humanisme le plus en vue rendrait nos concitoyens meilleurs qu'ils le sont, est aussi naïf que de s'imaginer que le monde est divisé en deux camps : celui des gens éduqués et donc forcément bienveillants et celui des soi-disant « incultes » et qui fatalitas ! ne pourraient donc que se comporter comme des brutes.

11. Qu'il est naïf celui qui s'imagine que le migrant parce qu'il est ingénieur ou avocat n'aurait pas jadis collaboré avec une entreprise terroriste.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 27 avril 2020.

 

 

 

 

 

 

26 avril 2020

DE MAUVAIS GOÛT ET ALORS

DE MAUVAIS GOÛT ET ALORS

1. Démarquant Henri Rochefort (ou est-ce Jean Richepin?) et son doigt de dieu auquel on ne peut que croire quand on voit la façon dont il se l'est mis dans l’œil, je dirai que la main invisible du marché, on ne peut qu'y souscrire quand on voit comment certains se la sont prise dans la figure.

2. C'est alors qu'il se mit à pleuvoir à tomber
    
Tomber chuter dracher tremper flaquer flotter
     Que tout sembla tourner à la pâte à papier
    
Béchamel porridge et trop cuits macaronis.

3. Quand nous parlons, quand nous toussons,
   
Ce sont les petits postillons
   
Qui font que nous contaminons
   
Marion et Margoton Léon
   
Raymond et son accordéon
   
Jeanneton et tous ses moutons
   
Grand concombre et p'tits cornichons
   
Ah qu'c'est ballot et vraiment trop...

   Mettons, mettons les masqueuh
   
Les masques à Macron
   
Valsons, valsons la valseuh
   
Du coronaviron.

 4. C'est alors qu'il se mit à manger à bâfrer
     
Bâfrer bouffer gober brouter grailler manger
     
Qu'il se mit à gonfler à s'montgolfiériser
     
Et pis alors et pis alors il éclata.

5. « Des cons, peut-être, je sais pas, mais en tout cas, finement, finement surtout, sinon vous allez voir que ça va encore êt' de not' faute. » (propos officieux d'un membre du gouvernement provisoire)

6. Quand il vit leurs mâchoires s'allonger et que leurs hennissements se firent de plus en plus longs dans des phrases de plus en plus courtes, Johnny Tartempion se dit qu'en ce moment il valait mieux éviter les boucheries chevalines.

7. Vous voilà tout paumé dans c'te grande vallée,
    
Et même que la mer qui n's'arrête jamais,
    
A s'rit de vous, la mer, se gondole, et la sort,
    
Sa baveuse et d'un coup vous v'là noyé tout mort.

8. Et alors il se mit à nier à mentir
    
Mentir tromper masquer leurrer gruger piper
    
Et comme il était au gouvernement, il chut
    
Sul'cul quand des élections ce fut le moment.

9. Défois la nuit on croit qu'on dort pis on s'réveille et on croit qu'on vit qu'elle me dit Zut en changeant sa tête de ch'val du matin pour sa tête de bien réelle défois qu'on y croirait plus.

10. Si vous toussez, si vous avez de la fièvre,
      
C'est peut-être que vous êtes mourant,
      
N'oubliez pas de faire votre testament
      
Et de fermer le gaz en sortant.

       Mettons, mettons les masqueuh
      
Les masques à Macron
      
Valsons, valsons la valseuh
      
Du coronaviron.

11. Moi c'que j'aime dans l'confinement c'est qu'des gens j'en vois plus tell'ment qu'elle me dit Zut en ôtant le masque à fantôme qu'elle a toujours quand elle revient d'chez les vivants.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 26 avril 2020

24 avril 2020

FAUT DIRE SQUI EST

FAUT DIRE SQUI EST

Les vers qu'avec ma mauvaise foi habituelle je cite ici ont parfois été pondus par des noms connus de la poésie du XXème siècle (sont passés sur France Culture, ont été invités à pontifier un peu partout et dans les universités). Aussi, afin d'éviter que les esprits de ces illustres viennent me tirer les pieds, et parce que je ne confonds pas un mauvais auteur avec un humain qui, a priori, n'est peut-être pas plus mauvais qu'un autre, je ne donnerai pas leurs noms. Qu'ils dorment en paix dans les réserves des bibliothèques.

1. Ai vu « La 7ème Compagnie au clair de lune » de Robert Lamoureux ah c'est bien rigolant dis ! Ai vu « Le Sens de la fête » de chaipaqui ; dialogues stupides, situations idiotes. Dommage, l'idée de départ est bonne : y a pas tellement de films sur les entreprises d'animation de mariages and co. Mais le film est trop amateur et trop démago-bienveillant.

2. Lu dans un recueil : « naître à la terre » : voilà bien le genre de syntagme qu'on peut trouver dans la mauvaise poésie bien prétentieuse que je préfère ce début d'une chanson du premier album du groupe Téléphone : « Quand je suis né / J'ai crié ».

3. Lu dans un recueil :« Le lait sévère des squelettes » : Seigneur dieu, prenez-vous catacombes et ossuaires pour étables et métairies ? Remarquez qu'ça pourrait servir d'insulte dans les cités : « C'est ça, va traire tes morts ! »

4. Lu dans un recueil :« Un arbre jaune est un soleil » : bin non, un arbre jaune est un arbre jaune.

5. Lu dans un recueil : « une fumée pleure la saison perdue » : Remarquez que si les fumées pouvaient pleurer, ça aiderait bien les pompiers. 

6. Lu dans un recueil :  « Ce vent grave qui nous ressemble » : bin si on ressemble au vent, c'est que comme le vent nous passons, d'accord, mais inutile de l'aggraver, le vent, qu'ça devient grave vraiment quand ça vire tempête cyclone emporte tout pis emporte-pièce de vers bons ou mauvais.

7. Lu dans un recueil : « Ce vent grave qui nous ressemble et parle notre langue » : c'est qu'le vent est polyglotte, c'est bien connu, l'a étudié à tous les vents, le vent, à tous les courants, écoles, universités, démocratisations d'la culture cependant qu'il répond jamais que par cingles et crachats.

8. Lu dans un recueil : « à la lecture de la pluie » : Comme l'on sait, la pluie est une grande lectrice, mais du coup on est obligé de les faire sécher, tous ces livres qu'elle lit, la pluie, qu'on a même dû faire sécher « Le Désert des Tartares » dis.

9. « avec des songes rouis » : j'ai vérifié le sens du verbe « rouir » dans un dictionnaire et j'ai encore moins compris ce vers.

10. « une femme qui sombre / aux arêtes du désir » : oui, mais bon, maintenant, dans les supérettes, on en trouve sans arêtes, et y en a même sans huile. Pour ce qui est de « sombrer aux arêtes », géométriquement, c'est pas évident, pour les femmes comme pour les hommes d'ailleurs, faut dire squi y est.

11. Tiens, par contre, je vais citer cela que j'aime bien :
«  - Il est six heures, les hommes rient, la servante
   
porte des grappes de bière au poing,
   
le soleil touche le chevalier du vitrail - »
C'est de Jean Joubert, ça dit ce que ça dit, et c'est déjà beaucoup.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 24 avril 2020.

24 avril 2020

MÊME PIS QU'APRES

MÊME PIS QU'APRES

1. « Un fantôme de ville et des spectres de murs »
(Victor Hugo)
       
J'aime bien les vers où se promènent des spectres ;
       
Aux alexandrins i s'raccrochent nos fantômes.

2. « Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre »
(Victor Hugo)
       
Peut-être une araignée, un chiot, un rat d'égout
       
Ou quelque poupée aux yeux bleus, au teint clair.

3. « Puis vous m'avez perdu de vue ; un vent qui souffle »
(Victor Hugo)
      
J'aime bien quand il souffle et qu'il dit dans la ville
      
Qu'il n'y aura jamais rien d'autre que le vent
      
On n'est pas obligé de le croire et pourtant

4. « Il voit la rose, et nie ; il voit l'aurore, et doute »
(Victor Hugo)
      
Parfois on en voudrait d'autres, des yeux, de ceux
      
Qui voient plus loin, plus clair que nos bien vieux carreaux.

5. « Les sept astres géants du noir septentrion »
(Victor Hugo)
      
J'aime assez parfois des frites et du jambon,
      
Avec de la moutarde et puis des cornichons.

6. « Roi forçat, l'homme, esprit, pense, et, matière, mange. »
(Victor Hugo)
       
On peut toujours penser que nous sommes des rois
       
Considérons aussi que nous sommes bouffons
       
Bah ces deux vers sont bien trop longs hein qu'c'est vrai quoi
       
Qu'on croit qu'on est des rois qu'nous sommes que bouffons.

7. « Les constellations, sombres lettres de feu »
(Victor Hugo)
    
« Sombres lettres de feu », c'est quoi donc ce bouquin ?
       
L'autobio divine ou les échos du boucan
       
Qu'à l'aube des temps fit l'Grand Inconséquent ?

8. « Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre »
(Victor Hugo)
       
Pis là qu'il hurle en lui en la forêt d'sa tête
       
Qu'est pleine d'oiseaux fous pis d'chevaliers cinglés
       
En lui et en silence à cause des voisins.

9. « Oh ! Qu'est-ce que le sort a fait de tout ce rêve? »
(Victor Hugo)
      
Oui, tiens, quoi donc qu'il fait, le Sort, de tous nos rêves ?
      
Sans doute qu'il les range en Chine ou qu'en salade
      
A l'huile d'pangolin il les mange, le Sort,
      
Car chacun sait qu'le Sort, le grand Sort, dîne à l'huile.

10. « Le peu que nous faisons et le rien que nous sommes »
(Victor Hugo)
        
Pis qu'après des virus nous tombent sur la pomme.

 Patrice Houzeau,
 
Les Confins, le 24 avril 2020.

 

 

21 avril 2020

IL FAUDRA S'HABITUER A VIVRE

IL FAUDRA S'HABITUER A VIVRE

1. Souvent, pour m'amuser, je compte mes soucis,
   
Cafards, chauve-souris, têtes de veau, persil.

2. Ils aimaient parier sur l'équidé, où, sauf quand ils manquaient d'appétit, ils gagnaient à dent sûre, ayant mangé tous les autres.

3. Entendu dans ce film épatant : « Les Valeurs de la famille Adams » (Barry Sonnenfeld, USA, 1993) et que je cite de mémoire :
« - Je crois que nos deux amis sont un peu timides.
  
- Nous ne sommes pas timides ; nous sommes contagieux. »

4. Si j'ai bien compris tout squ'on dit à la radio, en l'absence de vaccin, lequel n'est pas pour demain, il faudra s'habituer à vivre avec la mort qui plane du covid. Tout à coup, l'espérance de vie moyenne, elle prend un d'ces coups d'vieux...

5. Donc nous allons passer d'un monde confiné à un monde masqué : on n'arrête pas le progrès.

6. « Tremblez, ô fourmillants, tremblez, frères humains,
      
L'ombre du Pangolin plane sur la planète ! »
(Fantômas, dans sa salle de bains, tout en triturant sa savonnette).

7. Jadis, il lut ceci dans un ouvrage de Pierre Desproges : « Le pangolin ressemble à un artichaut à l'envers avec des pattes, prolongé d'une queue à la vue de laquelle on se prend à penser qu'en effet, le ridicule ne tue plus. » Depuis, l'obscur pangolin rumine sa vengeance.

8. Sans doute est-il aussi vain de croire en l'honnêteté intellectuelle de la plupart de nos politiques que de penser qu'un dictateur est fatalement un être inculte.

9. Honnêtes les politiques ?... Pas tous qu'on dit... Et intellectuellement, le sont-ils ?.... Facile qu'on opinionne que moins encore... Oui, mais y a l'efficace... c'est la jauge... pas toujours... L'électeur des fois s'écoute le sentiment... et le dictateur, croyez-vous vraiment qu'il est fatalement inculte ?

10. Zut prit le journal qu'au bout de quelques lignes, une flamme en jaillit qu'en le piétinant – Zut est une grande piétineuse -, elle se dit que l'actualité était brûlante aujourd'hui.

11. Alors le Canard se fit invisible ; il parcourut les rues, il parcourut les villes, et de son long coin-coin toxique, fit un quasi désert de ce monde affairé.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 21 avril 2020

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