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24 décembre 2023

JOYEUX NOËL MERRY CHRISTMAS ET TOUT ÇA

JOYEUX NOËL MERRY CHRISTMAS ET TOUT ÇA

1.
Le fil Rock History demande: « Name a song with « GUITAR » in the title ». Ça tombe bien, j’en ai un : « My Guitar I So Stupid », by me, myself and me.

2.
17 décembre 2023. Bin quo… Mi chui bin contint que la Miss France 2023 là, elle soit de ch’Nord/Pas-de-Calais et aux rageux même qu’ils sont  jaloux, camembert, hein.
Ceux qui pourrissent l’image de la nouvelle Miss France sous prétexte qu’elle n’est ni callipyge ni à cheveux longs, sans déconner, vous avez que ça à faire de votre vie ?    

3.
Décembre 2023. Je regarde sur Arte TV un concert de PJ Harvey. Cela s’appelle la grâce, je crois.

4.
Perso, j’en ai ras le bol des cassos d’extrême-gauche et d’extrême-droite pro-Poutine, xénophobes, antisémites (ou « antisionistes » comme ils disent) qui vomissent nos démocraties libérales tout en profitant des allocs et autres bienfaits de nos Etats-providences.

5.
Enseignant en LP, je dois quand même dire que mon traitement actuel est juste un peu en dessous de celui d’un cadre du privé, qui travaille trois fois plus que moi. Ceci dit, les adolescents des LP, - certains sont quand même très instables -, faut se les farcir.
Ce que je viens d’écrire ne vaut pas pour les enseignants du lycée général qui passent beaucoup plus de temps que nous en préps et corrections. J’admire et plains mes collègues des lycées classiques : j’ai l’impression qu’ils passent leur vie à bosser pour l’institution.  

6.
Sans décision de justice, nous, spectateurs, ne pouvons savoir si Depardieu est coupable des agressions sexuelles dont on l’accuse. Peut-être l’acteur est-il seulement très mauvais dans le rôle de provocateur qu’il s’est donné ? Peut-être est-il malade, blessé, malheureux. Ou alors Depardieu, c’est juste un gros con qui se fout de notre gueule et jouit des prérogatives que le milieu du cinéma lui a lâchement abandonnées.

7.
24 décembre 2023. Avec un euro à plus de cent roubles, c’est que le contrôle des changes n’empêche pas l’effort de guerre de Poutine de reposer sur du sable. Poutine ruine les Russes et leur raconte des bobards.

8.
« Pour lui, même un ballon de basket-ball était triangulaire. »
(Bernard Lenteric, « La Nuit des enfants rois »)

Pour ce qui est de Noël, bin voilà, on y est, Noël 2023. Il pleut des bombes en Ukraine pleut des bombes à Gaza. Où sont les hommes de bonne volonté ? J'ai bien une réponse, mais elle est pas polie, alors j'vas pas la dire.
Lui, il s'en fout, il est fier comme un créateur.
Même que ça s'reproduit, dis, ça s'reproduit à grande queue.

Un ballon blanc, ça doit être la lune dans une chanson de Robert Charlebois même que « le soleil se couche l’œil en sang ». Un
Ballon blanc, un blanc-bec, une bouche bée, bière blonde, bilboquet bafouillant, baobab, bambou, et toutes les autres bêtises que vous voulez que voulez-vous que je vous dise ?
De ce monde à misères et massacres, mieux vaut n'en plus rien attendre et jouer au
Basket-ball, au flipper, aux échecs, au jeu de go, collectionner les bandes dessinées, écouter les Rolling Stones, regarder des séries à la téloche, lire des romans policiers, comme si tout
Était normal et se répéter que ce qui est
Triangulaire n'est point carré.

9.
« Nous nous fîmes un rempart d'une haie touffue, nous gagnâmes les clos en courant, et nous nous trouvâmes bientôt loin du comte, dans une allée d'amandiers. »
(Balzac, « Le Lys dans la vallée »)

Nous avec nos genoux, nos têtes de hibou, nos yeux de fou,
Nous n’existons pas du tout. Nous ne
Fîmes rien pour exister. Nous restons dans le flou de l'être.
Un songe, v'là c'que nous. Une phrase dans un roman dont tout le monde se fout. Et derrière le
Rempart de l'imaginaire, nous nous moquons bien de vous. 

D'une chanson l'autre, ça cause de
Haie ou de cheval, de
Touffue ou de fièvre.

Nous avec nos genoux, nos têtes de hibou, nos yeux de fou,
Gagnâmes le droit d'être parmi vous car
Les gens savez, i spéculent, sottisent et s'attisent la fantasmatique, sinon il deviennent encore plus dingos, l'esprit
Clos, complètement marteau narvalo parano schizo dingo quoi.

En courant tout ça qu'ça s'agite, cogite, fricote et s'embrouille, en
Courant, allez hue, les bidets, à la grande course, faut produire et consommer
Et avec le sourire, s'il vous plaît, comme s'il n'y avait pas mort d'hommes.

Nous, oui, nous autres, modernes, (ah tiens, puisqu'on cause moderne, vous ai-je déjà dit que l'album « Black and Blue » des Rolling Stones était largement sous-estimé ? Zavez qu'à écouter « Melody » qu'est dessus et vous me direz si c'est pas jazzant dans le genre revigorant, rafistolant, gouleyant) Donc, nous, puisque c'est de nos pommes qu'on cause,
Nous trouvâmes bien des choses, ah oui ! Nous
Trouvâmes l'Amérique et inventâmes l'Amérique. Nous trouvâmes le feu et inventâmes la bombe. Nous trouvâmes le singe et inventâmes l'homo sapiens. Nous trouvâmes l'homo sapiens et inventâmes dieu.
Bientôt nous disparaîtrons tellement qu'on en a eu des trouvâmes.

Loin qu'on est déjà, loin, loin, loin
Du paradis, l'existe pas dis, pas plus que le
Comte de la Corne D'abondance et la fée qui fait d'une citrouille un carrosse.

Dans le temps j'avions des danses
Une chanson d'amour un lendemain qui chante S'en est
Allée Quoi ? La belle espérance Reste une photo
D'amandiers que je sais même pas à quoi ça ressemble un amandier.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 décembre 2023.

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24 novembre 2023

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

1.
« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
(Corneille, « Le Cid », v.1529 [Rodrigue])

« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
Vous ne pourrez conduire en vous mettant à boire.

2.
« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
(Corneille, « Le Cid », v.1499 [Rodrigue])

« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
Qu'il dit, le Cid... Mais ce n'est pas son stomack, non,
Qu'il va à je ne sais qui présenter ouvert,
Mais sa poitrine, avec son cœur et ses poumons.

3.
« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
(Corneille, « Le Cid », v.1802 [Chimène])

« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
Ah ça, quand trop on parle, il faut s'attendre au pire.

4.
« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville »
(Corneille, « Le Cid », v.1010 [Don Diègue])

« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : »
Eh oui, que voulez-vous, ce n'est jamais qu'en ville
Que je trouve les trucs, les machins et les choses
Dont je me sers pour en faire encor, hein, des choses.

5.
« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
(Corneille, « Le Cid », v.289-90 [Don Diègue])

« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
Et veille bien à me rapporter des oranges ;
J'en ferai des jus car c'est bon, le jus d'orange.

6.
« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
(Corneille, « Le Cid », v.642 [Don Fernand])

« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
Décapité, dis-tu ? Décapité... Quel coup !
Et qu'ils sont douze qui eurent la tête cou-
pée ? Un capitaine et douze moines... Ça fait
Combien de morts alors, combien de morts ça fait ?

7.
« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse »
(Corneille, « Le Cid », v.1001 [Don Diègue])

« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : »
Et c'est bien trop souvent que nous serrons les fesses.

8.
« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
(Corneille, « Le Cid », v.1019 [Don Diègue])

« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
Y a trop d'macchabs, et trop d'placards ! Alors, c'est bon,
Au vert que j'vais aller cueillir des champignons.

9.
« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
(Corneille, « Le Cid », v.1555 [Chimène])

« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
Bois un coup, ça ira mieux. Bois donc, je t'en prie ;
J'ai faim, je veux manger et faut qu'tu sois parti ;
De frites j'ai envie, et de poulet rôti,
Et pas, mon couillon, de tes yeux de merlan frit.

10.
« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, »
(Corneille, « Le Cid », v.1743 [Don Fernand])

« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort. »
Non, le mort n'est pas mort, et oui, il bande encore.

11.
« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
(Corneille, « Le Cid », v.1191 [Chimène])

« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
Et puis vous le savez que j'ai déjà donné.

12.
« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens »
(Corneille, « Le Cid », v.1031 [Don Diègue])

« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens : »
Et tu n'es pas un chat car je ne suis pas chien.

13.
Nicolas Sarkozy se voit en leader politique « dynamique et responsable. »
Je le vois plutôt en énervé inconséquent.
Nicolas Sarkozy s'aime beaucoup, je crois.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

22 novembre 2023

MAIS LES CONTES SONT CRUELS

MAIS LES CONTES SONT CRUELS
(Notes sur une relecture, des années après, de « Un Taxi mauve », de Michel Déon).

« Un Taxi mauve », de Michel Déon n'est pas un grand roman, au sens où « Voyage au bout de la nuit », « La Route des Flandres », « Le Château » ou encore les romans de Proust et de Faulkner sont des œuvres qui changèrent à jamais le paysage romanesque, mais j'y suis affectivement attaché, comme à un souvenir d'adolescence, aussi clair et précis dans ma mémoire que la couverture d'un magazine posé devant moi et que je viens d'acheter.
Prétextant un devoir urgent et difficile à rendre pour le lendemain, je passai une soirée dont je me souviens encore, près du radiateur et du poste de radio, à dévorer ce « taxi mauve » cependant qu'à l'étage invités - qui étaient-ils ? Aucune idée -, et les gens aimables qui furent mes parent engloutissaient je ne sais quoi en parlant d'on ne sait qui.
Depuis, j'ai pour ce roman les yeux de la nostalgie.

L'action se passe en Irlande. Une Irlande de roman. Michel Déon vécut en Irlande. Mais l'Irlande du bouquin a un réel parfum de fiction, de « solitude des longues courses », de « pluie battante » et de « rafales de vent glacé » dans des paysages déserts où l'on entend parfois des coups de fusil (c'est qu'on y tire la bécasse), une Irlande de maquignons et de chiens de chasse, pleine de bars et d'églises, d'Irlandais tantôt bigots, tantôt alcooliques (voire les deux), parfois bagarreurs, parfois excentriques ou étonnamment secrets. Michel Déon a vécu en Irlande, mais cette Irlande hantée par un taxi mauve me semble aussi peu réelle que la chevalerie de la légende arthurienne. Irlande fantasmée, Irlande de syllabes, Irlande pour lecteurs, de toute façon, je n'irai jamais vérifier. Et puis nous sommes en 2023. « Un Taxi mauve » a été publié en 1973 et fait allusion à des événements de l'époque : premiers pas sur la Lune, attentats commis par l'IRA, manifestations contre la guerre du Vietnam... Cette Irlande contée par Déon, si elle a existé, n’existe sans doute plus que dans l'imagination des scénaristes.

Le narrateur écrit, quoiqu'il confesse : « je n'ose pas dire un livre tant mon inexpérience en ce domaine est totale ». Ce qu'il raconte est censé avoir été vécu. C'est de la légende. Du reste, le réel s'en fiche. « - Eh quoi, mon cher, vous avez écrit un livre ! Comme une postière hystérique ! » lui balance son ami Seamus. Un auteur que j'ai connu employait le verbe « pondre ».
Je me demande souvent ce que pèsent réellement les livres ? Pas grand chose pour la plupart. Peut-être quelques-uns, en ce sens qu'ils pourraient être assez profonds et lucides pour imprégner l'esprit d'un grand manieur de réel. Et encore n'y suffisent-ils à eux-seuls. Il y faut aussi une éducation, un milieu, une volonté. Ceci dit, que serait la France sans Molière, Hugo et Balzac ? Que serait l'Angleterre sans Shakespeare, Dickens et Conan Doyle ? Assez différentes, je pense.

Comme dans bien des cas, ce n'est pas le narrateur qui est au centre du livre. Pour ma part, il m'agacerait parfois : les rêves dont il fait la relation à plusieurs reprises, franchement, je m'en fiche. D'ailleurs, ma lecture les a abrégés en sautant – hop là – les paragraphes. Et pourtant, le narrateur le sait qui commence un chapitre par « Il n'est pas de plus grands fâcheux que ceux qui entreprennent de raconter leurs rêves ». Je confirme.
Ce que l'on peut dire, sans trahir les secrets de l'intrigue, c'est que le narrateur, à la fin du bouquin, il est désillusionné. Mais il se fait une raison (faut toujours se faire une raison). C'est que les gens, si, à l'aune de nos sottes espérances, sont souvent décevants, ils sont aussi complexes, les gens. Ainsi, « il n'y a peut-être de clarté que dans les personnages imaginaires », conclut philosophiquement le narrateur avant d'aller « dans le Kerry qui est si beau, et puis ailleurs ensuite, je ne sais où, pour recommencer une vie. »

Le personnage central du livre est un duo, un drôle de duo formé par un certain Taubelman et sa supposée fille, Anne.
Taubelman est un ogre et un conteur. il y a chez lui, dit le narrateur « un goût des mots pour les mots, une sorte de musique pour l'argot et la préciosité, qui est impossible à rendre en français par écrit. » L'auteur avoue son impuissance : la littérature serait impuissante à rendre compte de la richesse verbale dont sont capables certains conteurs. Du reste, le réel est en lui-même un formidable puits à histoires. Et cela fait belle lurette que nous savons que la littérature ne sait ni ne peut rendre réellement compte du réel. Il ne peut que l'évoquer, et l'évoquant, il le constitue. C'est quelque chose.
Si Taubelman est bavard, Anne est muette.
Anne est jeune (« entre vingt et vingt-cinq ans, probablement », répond le narrateur à l'infirmière, car l'intrigue veut que Anne se retrouve parfois hospitalisée).
Anne est gracieuse et cavalière. « Comme nous étions en lisière d'un bois, elle ne nous vit pas, et nous pûmes la contempler à loisir, admirer son buste droit, la douceur et la fermeté de sa main, la grâce de son port de tête. » Le narrateur rappelle à plusieurs reprises que la chevelure de la jeune femme est particulièrement belle, « féerique », écrit-il.
Mais les contes sont cruels. Et bientôt questions et doutes affluent : Taubelman est-il bien Taubelman ? Anne est-elle bien sa fille ? D'où vient son mutisme ? Que cherchent-ils à ou à ne pas ? Pourquoi se sont-ils installés dans ce qui semble un bout du monde ?
Un bout du monde... C'est de ça qu'ça cause, voyez, des bouts du monde, la littérature, les bouquins, les gens, l'Irlande qu’existe pas, l'Irlande qu’existe, tout ça. Le reste, c'est de l'au-delà.

Michel Déon fut un écrivain classé à droite, apparenté aux « Hussards », nous iriche Wikipédia ; plus ou moins proche aussi, le Déon, dit-on, de Jean Raspail. Plus guère de gens pour savoir ce que sont-ce, les Hussards. Personnellement, m'en fiche. Il est vrai que certaines réflexions du roman me rappellent des idées que j'eus jadis. Et puis le goût de la liberté individuelle, l'ironie, la fascination pour ceux qui vont dans le monde, « ne rendant de comptes à personne, forme suprême de la liberté »... Ouais, c'est bien ce que je disais, de la littérature, du conte quoi.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 novembre 2023.

21 novembre 2023

FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE

FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE

1.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, Maigret va « se camper », c'est qu'il se pose là, devant les choses et les êtres.
Maigret retient « par la manche ». Éviter que le réel s'échappe. Ce que Maigret retient, c'est le sens. Eviter sa dissolution, sa perte dans la lessiveuse.
Maigret « remarque ». C'est un œil. Un œil dans un corps massif.

2.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a une « fille de salle ». Elle s'appelle Emma. Elle « s'avance », pour prendre les commandes. Elle est dans sa fonction et inscrit le texte dans une réalité objective, visible par tous.
Emma a « vingt-quatre ans ». Au chapitre II du roman, l'auteur en dresse un portrait rapide. On trouve ainsi cette notation typique du vaguement glauque et du banalement humain qui imprègne la fameuse atmosphère Simenon, je cite :
« Elle était anémique. Sa poitrine plate n'était pas faite pour éveiller la sensualité. Néanmoins, elle attirait, par ce qu'il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif. »

3.
Je me demande si le génie de Simenon ne réside pas dans ce tour de force de présenter, de manière parfois assez behavioriste, une réalité objectivement glauque et, phrase après phrase, notation après notation, dans un style quasi journalistique, d'en faire jaillir une subjectivité transcendante.

4.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a un chien, « qui semble n'avoir pas de maître et que l'on rencontre à chaque nouveau malheur. » C'est ce que Maigret lit dans un journal local.
Le chien jaune « fait peur ». Au chapitre IV, des adolescents le blessent en lui lançant des pierres. Les romans de Simenon mettent en scène le mal dans sa quotidienneté. Les gens ne sont pas des monstres, mais peuvent être violents et irrationnels, jusqu'au meurtre. C'est cela qui est monstrueux. Et c'est ce que montre Simenon.

5.
« une tempête » ;« le vent » ; « Dans les rues, quelques parapluies, des cirés fuyant au ras des maisons ». Intempéries. L'action du roman se situe à Concarneau. Un temps pluvieux est donc de mise. Un temps de chien, et même de « chien jaune ».
Simenon est un auteur qui a l’œil, l’œil cinématographique. Au chapitre III, cette suite de traits : « Un vent violent balaie la rue. Éclairage glauque. Volets qui claquent. Tourbillons de poussière. Larges gouttes d'eau. »
Notons que le vent balaie imparfait et passé simple, temps privilégiés du narratif simenonien. Le vent est un présent, une actualisation du temps (cf l'incipit  : « C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. »)
Le soleil pourtant n'est pas absent. Il accompagne parfois l'humeur de Maigret et la « magie du soleil », le « clair drapeau français », le « mur ruisselant de lumière » d'une gendarmerie évoquent soudain « une allégresse de 14 juillet. » Il est que le dénouement est proche.

6.
21 novembre 2023. Plus la sale guerre de Poutine en Ukraine s'enlise, plus je pense que l'Occident a été lâche. Si, dès le début, l'espace aérien ukrainien avait été décrété « no-fly zone », je pense que Poutine aurait rapidement reculé. Qu'auraient décidé Churchill et Kennedy (je pense à la crise de Cuba) ? Avons-nous eu peur d'une apocalypse nucléaire ? Avons-nous pensé que Poutine était assez fou pour ? Avons-nous craint que la Chine nous tombe sur la tête ?
N.B : Je me rends compte que j'ai un peu abusé du verbe « penser ». Ce qui me laisse songeur.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 novembre 2023.

14 novembre 2023

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

1.
« Qu'est ce que le présent ?
C'est une chose relative au passé et à l'avenir. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Vis, dis-tu, dans le présent »)

On ne fait pas revenir le passé avec des petits oignons. C'est un truc à vous ramollir montres et horloges.

2.
« Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean -
parce qu'il n'est de Saint Jean que là où on le fête. »
(Fernando Pessoa, « Nuit de la Saint-Jean.. »)

Si vous êtes invité(e) à quelque fête, n'oubliez pas de prendre votre tête. On pourrait ne pas vous reconnaître et ne pas vous laisser rentrer.

3.
Ce n'est pas parce que 26² = 676 que cela doit vous empêcher d'aimer la tarte aux fraises.

4.
Ne mettez pas de crocodile dans vos pâtes au jambon, c'est dangereux.

5.
« Mais il me faut faire ma valise,
il faut absolument que je fasse ma valise,
ma valise.
Je ne puis emporter les chemises dans l'hypothèse et la valise dans la raison. »
(Pessoa, « Grands sont les déserts.. »)

Si, ouvrant votre valise, vous y trouvez quelque squelette, interrogez-vous sur la dernière fois où vous l'avez utilisée. C'était peut-être il y a longtemps, si longtemps.

6.
Non, on ne peut pas faire intervenir ni avions de chasse, ni hélicoptères de combat dans la bataille de Marignan (1515). Ce serait anachronique. Et même irrespectueux. Le fantôme de François 1er ne nous le pardonnerait pas.

7.
Avez-vous remarqué que l'appellation « Tintin et Milou » comporte 13 lettres ? Etonnez-vous après que le capitaine Haddock porte la barbe et que le professeur Tournesol soit à l'ouest.

8.
On ne fait d'omelette sans casser les oreilles de quelqu'un, surtout si l'on chante faux et fort.

9.
« tout miroirs ces boutiques-ci dans ces boutiques-là
la vitesse des autos à l'envers dans les glaces obliques des vitrines, »
(Pessoa, «Passage des heures »)

N'oubliez pas de laisser les heures passer. Sinon, ça fait des engorgements. Ça n'empêche pas d'aimer la tarte aux fraises, mais quand même.

10.
« En 1763, Arthur Dobbs, alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation plante carnivore. »
(Wikipédia, article « Plante carnivore »).

Ce n'est pas en agitant des bataillons de plantes carnivores que l'on fait son devoir de mathématiques. Une indigestion d'équations leur serait de toute façon fatale. Surtout si en même temps vous écoutez de la musique urticante.

11.
« Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d'autres instruments
et chantaient d'amour littérairement.
(Ensuite – moi je n'ai jamais lu Virgile ;
et pourquoi donc l'aurais-je lu?)
(Pessoa, «Le Gardeur de troupeaux »)

Invoquer, les nuits de pleine lune, le Gaffiot n'aide pas à réussir les doigts dans le nez thèmes et versions. Mais vous pouvez toujours manger une part de tarte aux fraises. Ça réconforte.

12.
Ce n'est pas le café du matin qui attire l'araignée du soir.

13.
Ne retournez pas les dés dans les plaies. Ça ne porte pas plus chance qu'une photo dédicacée de Laurent Wauquiez, et, en outre, ça pourrait s'infecter autant que s'infectent les prises de position de certains cadres de la Beuglerie Insoumise.

14.
Ne jetez pas vos politiques usagés dans des toiles d'araignée. Aucune Aranéide ne pourrait le supporter. Quant à vos couleuvres, elles finiront bien par passer, mais si, mais si...

15.
« Dans la rue pleine d'un soleil vague il y a des maisons arrêtées et des gens qui marchent. »
(Pessoa, « Demogorgon »)

Ce n'est pas parce que le soleil est « vague » que les maisons sont « arrêtées » et que les gens « marchent ». D'ailleurs, qui vous dit que ce ne sont pas les gens qui sont « arrêtés » dans leurs élans par des considérations diverses cependant que, sans même que l'on puisse s'en rendre compte, les maisons dansent une drôle de gigue ?

16.
Quand la nuit tombe, elle dit rarement ouille. Ce qui vous laisse tranquillement poursuivre la lecture de ce roman policier dont vous ne découvrirez jamais le coupable.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 novembre 2023.

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13 novembre 2023

LES TELEPATHES TROP BAVARDS DONNENT-ILS MAL A LA TÊTE ?

LES TELEPATHES TROP BAVARDS DONNENT-ILS MAL A LA TÊTE ?

1.
« et le rêve de ce qu'on pourrait voir si la fenêtre s'ouvrait,
et qui jamais n'est ce qu'on voit quand la fenêtre s'ouvre. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Poèmes désassemblés »)

Le réel ne se ressemble pas. Il faut tenir compte de ce qui semble, de ce qui est réellement et de ce qui pourrait être. Casse-tête. Usant. Nous noyons tout dans les mots. Et rationnellement, nous faisons les mauvais choix.

2.
« comme si la maison n'était pas finie »... Je me demande si les maisons pas finies sont hantées par des moitiés de spectres, des effiloches fantomatiques...

3.
« Ses parents n'arrêtent pas de parler »... ce qui prouve qu'ils ne sont pas muets... à moins que cette phrase soit tirée d'une histoire de télépathes... Les télépathes trop bavards donnent-ils mal à la tête ?

4.
« - Parole, tu connais ces gens, Daria ? »... J'aime le dessin animé Daria... Ces gens, moi, je ne les connais pas. Je connais un œuf ou deux, un chat, et Zut. Jadis, j'ai connu un poisson rouge, mais le chat l'a mangé.

5.
« Mais cela ne l'empêche pas d'être charmante... ». Ceci dit, le fait qu'elle se promène avec un couteau de boucher dans son sac ne me rassure pas plus que ça.

6.
Le fait de ne pas conduire n'empêche pas que l'on puisse mourir dans un accident d'auto. Est-ce pareil pour les OVNI ? Ne pas y croire empêche-t-il réellement d'être abducté par des zôtres dont on cause dans les vidéos sur You Tube ?

7.
« la folie reconnue dans une sonate », cette poignée proustienne de haricots verts (en fait, ça s'appelle des syllabes, mais on peut en faire aussi des salades) me rappelle que des sonates, jamais je n'en écoute (sauf dans les univers parallèles où j'y suis contraint). Déjà qu'après le riff génial qui lance le « Satisfaction » des Rolling Stones, - je dis ça pour les habitants des intersidéraux -, je me dis que je devrais écouter plus de sonates.

8.
« Et maintenant, les Jours de Fête ! », c'est dans un épisode de Daria, ça (l'épisode 3 de la saison 3). Les Jours de Fête reviennent tous les ans. On dépense plein de sous mais on est quand même content. Enfin presque. Et pas tout le monde. Y en a ils restent malheureux. Parce que le malheur des gens est compris dans ce qu'on nous donne et qu'on appelle « réel », lequel, par ailleurs, coûte de plus en plus cher.

9.
C'est Pierre Desproges, je crois, qui a dit que « l'on peut rire absolument de tout, mais pas avec tout le monde ». Et donc pas n'importe qui. D'où l'air sérieux que j'ai toujours quand je me parle à moi-même.

10.
« Lorsque l'herbe poussera au-dessus de ma tombe... » : y a pas à dire, ouvrir un volume de Pessoa, ça vous requinque le bonhomme.

11.
Je ne sais pas pourquoi je pense soudain à un arbre gigantesque qui a poussé dans une maison. J'ai dû voir cette image dans mon enfance. Si Zébulon m'apparaît en lançant au cœur de la nuit « Tournicoti-tournicoton », demain, j'irai consulter ; le cours sur la crise de Cuba attendra.

12.
« Car l'unique signification occulte des choses,
c'est qu'elles n'aient aucune signification occulte. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Le mystère des choses... »)

C'est bien ce que je pense et lorsque j'en discute avec mon pain perdu, je constate qu'il ne soulève aucune objection. Quant aux fantômes, qu'ils fassent la gueule ne me fera pas sortir de ma tombe pour autant.

13.
« Alors ce salon qui avait réuni Swann et Odette... », devinez que je tire ça de Proust. Parce que des Swann et des Odette, j'en connais pas. Quant au salon qui « réunit », quelle idée ! Si l'on confie sa destinée amoureuse à des canapés, des fauteuils et une table tournante (je ne conçois pas de salon de fiction sans séance de spiritisme, ça distrait des autres pages que je ne lis pas non plus), faut pas s'étonner si la soupe est trop salée.

14.
« En tout cas, ce que je sais, c'est que l'une de vous deux riait de l'une de vous deux », c'est la mère à Daria et Quinn Morgendorffer qui dit ça à Daria (S09E06). Moi aussi, ça m'arrive de rire, et parfois des deux, sauf quand elles ne sont là et que je ris tout seul, ce qui arrive tout le temps, car je n'en connais pas deux comme Zut.

15.
« Moi tête baissée au centre de ma conscience de moi »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Passage des heures »)

J'aime bien ce vers qui commence par « moi » et qui finit par « moi ». Est-ce un vers égotiste ? Consciencieux ? Philosophique, ou tartinable ?

16.
Le Beuglant Insoumis, s'il ne travaille pas pour l’extrême-droite, en tout cas, c'est bien imité.

17.
A peu près certain que les décérébrés qui ont participé au pogrom du 7 octobre 2023 (et tué, violé, torturé), s'ils ne sont pas encore tous morts, ils sont probablement identifiés (par les images laissées). Walking Dead. L'enfer attend ces pseudo-martyrs.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 novembre 2023.

12 novembre 2023

L'UNIVERS PARALLELE DES CHOSES PERDUES

L'UNIVERS PARALLELE DES CHOSES PERDUES

1.
« En réalité, l'Arthur des textes gallois est un véritable « Amherawdr », Imperator, dont le pouvoir s'étend à travers les trois régions majeures de la Britannia post-romaine : le nord, le sud-ouest, et l'ouest gallois. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur » (Editions Jean-Paul Gisserot, 2007)

En réalité, Arthur, je ne l'ai pas connu. Il est né avant même que je puisse savoir que j'allais naître moi-même. Il est même mort avant, Arthur.
Aurais-je aimé le connaître, le roi Arthur ? Non. Pour quoi faire ? Il aurait fallu que je parlasse je ne sais quelle langue ancienne que tous ceux qui la parlaient sont morts. Comme quoi, les langues anciennes, c'est dangereux.
Non, je n'ai pas connu le roi Arthur. Vous me direz que c'est un autre roi que je contemple le matin dans ma glace, le roi des je ne vous le fais pas dire. Je ne regrette donc rien, d'autant qu'il y a une île flottante au dessert.

2.
« D'ailleurs, chez Chrétien, le cortège manque singulièrement de références chrétiennes ; c'est une Demoiselle qui porte le Graal et on rechercherait en vain la présence d'un prêtre dans ce château enchanté. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Que ce soit une Demoiselle qui porte une coupe pleine de sang, c'est assez singulier, comme dit le poisson en face du chat palmé, son couteau, sa fourchette et son citron.
Après, les prêtres, chacun le sait, il y en a de moins en moins, donc ils ont d'autres paroisses à paroisser, les curetons, que de fréquenter les légendes composées en ancien français.

3.
« Gauvain monte jusqu'à une salle splendide qu'inonde une intense clarté et trouve sur un lit un échiquier vide. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Lorsque l'on trouve sur un lit un échiquier vide, évidemment, ce n'est pas pratique pour disputer une partie. Pareil, si vous n'avez pas d’œufs, votre omelette aura un drôle de goût, surtout si elle composée d'huile et de sardines sorties d'une boîte que vous avez préalablement ouverte.

4.
« Mais à Bour de Déols, en 470, nous apprend Grégoire de Tours dans son « Histoire des Francs », Riothamus est vaincu par Euric. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Il s'en est passé des choses. C'est ce que je me dis souvent quand j'ai loupé plusieurs épisodes d'une série que je ne regarde pas parce que je n'ai pas la patience. Récemment, j'ai quand même à la suite zieuté les trois épisodes du bien ficelé «  Le Mystère Enfield ». Y a du fantôme, du poltergeist, du revenant, mais pas de parapluie.
Sinon, j'aime bien dans la version de Bourvil la chanson de Pierre Perrin, « Un clair de lune à Maubeuge », savez hein :
« Tout ça n'vaut pas
Un clair de lune à Maubeuge
Tout ça n'vaut pas
Le doux soleil de Tourcoing (coin-coin...) »

5.
« Pour la première fois dans l'évolution de la Matière de Bretagne, Geoffroy décrit non plus un champions de la résistance nationale contre les Saxons, mais un véritable conquérant, bientôt gagné par l'arrogance et l'hybris qui guettent inévitablement les grands conquérants. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Y a toujours des choses qui nous guettent. Tout est plein d’yeux que l'on voit pas. Disparaissent-ils quand on les surprend ? C'est le coup du cornet de frites fantômes qui s'évanouissent mystérieusement comme happées par un estomac invisible.

6.
« Car chez Wolfram (mais non chez Chrétien, chez qui c'est chose convenue) Parzifal retourne à Montsalvage pour poser la bonne question, délivrer Anfortas (dont le nom vient d'« enferté », le blessé), devenir le roi du Graal à son tour. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

J'ignorais qu'il y eût un « roi du Graal ». C'est tout de même autre chose que le « Roi de la saucisse », même si dans la vie de tous les jours on a plus souvent besoin de saucisses que du Graal. D'ailleurs, le Roi de la saucisse peut tout ignorer de la quête du Graal et prospérer yop la boum alors que le Roi du Graal, sans saucisses, il ne peut pas manger de choucroute. Eh oui.

7.
« Une fois de plus, Lancelot disparaît, comme il en a l'habitude, et la Reine craint qu'il soit mort. Alors Gauvain, qui semble prédisposé à cette tâche, part à sa recherche. »
(Marc Rolland, « Le Roi Arthur »)

Dans la série Kaamelott, d’Alexandre Astier, Lancelot disparaît aussi et tous finissent par se demander s'il n'est pas mort. Par contre, la deuxième chaussette qui disparaît ne meurt pas forcément. Elle vit sa vie de chaussette dépareillée dans l'univers parallèle des choses perdues. C'est une quête aussi.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 novembre 2023.

12 novembre 2023

MÊME S'IL Y EN A QUI DISENT

MÊME S'IL Y EN A QUI DISENT

1.
« Ô mes pauvres petites aubépines, disais-je en pleurant, ce n'est pas vous qui voudriez me faire du chagrin, me forcer à partir. Vous, vous ne m'avez jamais fait de peine ! Aussi je vous aimerai toujours. »
(Marcel Proust, « Du côté de chez Swann » [le narrateur])

Les mômes, ça parle défois à n'importe quoi. Faut bien leur dire qu'il ne faut pas parler à des ceusses qu'ils connaissent pas. Le petit Marcel, voyez, lui parlait aux aubépines, mais y en a pas partout, des qui symbolisent l'innocence et la pureté virginale là.

2.
« Il aimait qu'Odette fût ainsi, de même que, s'il avait été épris d'une Bretonne, il aurait été heureux de la voir en coiffe et de lui entendre dire qu'elle croyait aux revenants. »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Je ne sais pas si toutes celles qui portent une coiffe croient aux revenants. Voyez mon oncle, lui, c'est surtout quand il retrouve son parapluie qu'il y croit, aux revenants. Il dit : « Ah un revenant ! », et c'est son parapluie.

Après les revenants, ça existe encore, ça les revenants ? Dans le temps, oui, sans doute, il y en avait dans les maisons hantées, des revenants, mais maintenant, je ne sais pas s'il y en a encore beaucoup qui reviennent.

3.
« Le plus souvent maintenant quand je pensais à elle, je la voyais devant le porche d'une cathédrale, m’expliquant la signification des statues »
(Proust, « Du côté de chez Swann » [le narrateur])

Défois, il y a des gens i vous expliquent des choses. Le réel commente le réel. Bon, ça fait longtemps que l'on n'a plus à m’expliquer comment on mange les moules. Et comme je ne mange jamais de homard, je suis tranquille quant à la signification des statues.

4.
« la beauté du diable, du sang bleu, une vie de bâton de chaise, le quart d'heure de Rabelais, être le prince des élégances, donner carte blanche, être réduit à quia, »
(Proust, « Du côté de chez Swann »)

Connaissez-vous le sens de toutes ces locutions ? Moi, j'ai connu plusieurs chats. Plusieurs chiens. Je n'ai pas eu plusieurs vies. Mes chats et mes chiens non plus d'ailleurs.

L’expression « le quart d'heure de Rabelais », ça signifie un mauvais moment à passer, un mauvais quart d'heure quoi. Ce serait rapport au jour où Rabelais ne pouvant régler une note d'auberge, « écrivit « Poison pour le Roi et la Reine » sur des sachets de poudre ». Arrêté, il fut conduit de Lyon à Paris – c'est là qu'est l'astuce, « aux frais de l’État ». François 1er le fit ensuite libérer. Je lis cette anecdote dans une note de bas de page de l'édition du Livre de Poche de « Du Côté de chez Swann », annoté par Elyane Dezon-Jones.

5.
Je me demande quel est l'oiseau dont les Pink Floyd ont enregistré, bidouillé, mis en boucle la jactance à la fin de l'album « The Piper At The Gates Of Dawn ». Quel drôle de cyclique dindon dis donc.

6.
« Ce simple croquis bouleversait Swann parce qu'il lui faisait tout d'un coup apercevoir qu'Odette avait une vie qui n'était pas tout entière à lui ».
(Proust, « Du Côté de chez Swann »)

Les gens ont une autre vie que celle qu'on leur connaît, ou qu'on imagine. Parfois même plusieurs. Je ne crois cependant pas que les gens viennent d'autres planètes. Même s'il y en a qui disent.

7.
« J'en sais quelque chose, j'avais une amie qui a aimé une espèce de poète. Dans ses vers il ne parlait que de l'amour, du ciel, des étoiles. Ah ! ce qu'elle a été refaite ! Il lui a croqué plus de trois cent mille francs. »
(Proust, « Du Côté de chez Swann », [Odette])

Je l'ai toujours dit, il faut se méfier des vivants. Les vivants, ils ne restent tranquilles que morts. Et encore, paraît qu'il y en a qui reviennent. Quant aux poètes, avec leurs poches trouées et leur ventre vide, zont défois de ces appétits terribles.

8.
« Sauf en lui demandant la petite phrase de Vinteuil au lieu de la « Valse des Roses », Swann ne cherchait pas à lui faire jouer des choses qu'il aimât et, pas plus en musique qu'en littérature, à corriger son mauvais goût. »
(Proust, « Du Côté de chez Swann »)

Dans le genre chanson comique, amusante, drolatique, il y a « La Dame de Ris-Orangis », de Bernard Lelou et Ricet Barrier, qui « arrivait gare d'Austerlitz / Chaque matin à huit heures moins dix » et « vérifiait les signatures / au Ministère des Fournitures ». Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 novembre 2023.

8 novembre 2023

LA SCENE EST A SEVILLE PUISQU'ELLE N'EST PAS A CONCARNEAU

LA SCENE EST A SEVILLE PUISQU'ELLE N'EST PAS A CONCARNEAU

1.
« Je l'ai de votre part longtemps entretenu ;
J'ai fait mon pouvoir, Sire, et n'ai rien obtenu. »
(Corneille, « Le Cid », II,6 [Don Arias à Don Fernand])

Que signifie ici l’expression « J'ai fait mon pouvoir » ?

- Qu'en « se réclamant d'Isis, Cléopâtre II gagne en popularité et en poids politique » - entendu cela dans un documentaire sur Arte de la série « Reines de l'Egypte antique » consacré à Cléopâtre II -, que je n'savions point qu'il y avait eu plusieurs Cléopâtre et que comme le dit une intervenante : « Isis était habituellement vue comme une divinité maternelle et protectrice » et qu'elle était « la plus grande divinité de l'Egypte antique ».
- Parce que la première ligne du roman « Le Chien jaune », de Simenon, est : « Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. », et non pas : « Je préfère les spaghettis sauce bolognaise aux pâtes à la carbonara. », et encore moins : « J'ai fait mon pouvoir, Sire, et n'ai rien obtenu.
- Que Don Arias a fait son possible pour calmer les ardeurs querelleuses du Comte, le but étant d'empêcher le duel entre Don Gomès et Don Rodrigue, et ainsi affirmer l'autorité royale sur les traditions héritées de la féodalité dont se réclamaient si souvent les nobles.

2.
« Chimène à vos genoux apporte sa douleur ;
Elle vient tout en pleurs vous demander justice. »
(Corneille, « Le Cid », II, 7 [Don Alonse à Don Fernand])

Pourquoi qu'elle est « tout en pleurs », Chimène ?

- Parce que comme l'écrivit l'historien Flavius Josèphe : « Dans le combat, le cheval de Ptolémée, [Ptolémée VI, l’époux de Cléopâtre II] effrayé par le barrissement d'un éléphant, se cabra et désarçonna le roi. » Ses ennemis en profitèrent et, grièvement blessé, Ptolémée mourut quelques jours plus tard, même que c'était en – 145.
- Parce qu'un personnage du roman « le Chien jaune », de Simenon, raconte à Maigret qu'il « y a peut-être cinq ans de cela », un tireur de cartes, lui a annoncé : « - Vous aurez une vilaine mort... une mort violente... Méfiez-vous des chiens jaunes... ».
- Parce que, quelques vers plus haut, Don Alonse annonce au roi :
« Sire, le comte est mort :
Don Diègue, par son fils, a vengé son offense. »
(Corneille, « Le Cid », II,7)

3.
« Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu son sang
Couler à gros bouillons de son généreux flanc ; »
(Corneille, « Le Cid, », II, 8 [Chimène à Don Fernand])

Là, je fais une pause parce que je pense à ce que j'entends sur France Inter, que les rats, selon des expériences récentes, seraient plus intelligents que l'on tagadait la fraise. D'ailleurs, certains font de la politique. Du coup, ça ne m'étonne pas. Bon, continuons :

« Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles,
Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles,
Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux
De se voir répandu pour d'autres que pour vous, »
(Corneille, « Le Cid, », II, 8 [Chimène à Don Fernand])

Je constate que Chimène n'est pas contente.
D'ailleurs, elle ne fait pas de jeux de mots.
Elle ne fume pas non plus la pipe. C'est le sang « qui tout sorti fume encor de courroux ». Ceci est une hyperbole.
Je pense qu'elle est très froide d'une très froide colère ou alors, terrassée par l'émotion, elle a « la voix qui me manque à ce récit funeste », dit-elle, même que « Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste. », dit-elle aussi, parce que tout de même, il y a une anaphore.

4.
« Quoi ? viens-tu jusqu'ici braver l'ombre du Comte ?
Ne l'as-tu pas tué ? »
(Corneille, « Le Cid, », III, 1 [Elvire à Rodrigue])

Elvire, la « gouvernante de Chimène », comme nous le lampe à huile la didascalie initiale, n'est pas plus contente que Chimène.
D'ailleurs, elle ne chante pas de chansons paillardes.
Je ne pense pas non plus qu'elle fume la pipe.
Elle passe un savon à Don Rodrigue, - qu'elle tutoie, dis -, lequel a un peu trépassé le Comte, « Puisque qu'aujourd'hui mon père est l'offensé / Si l'offenseur est père de Chimène. », qu'il a dit.
Don Rodrigue est bien piteux.
Lui non plus ne chante pas de chansons paillardes.
Il ne fume pas la pipe.
Il n'a même pas de nez rouge et de pistolet à eau.
« Je cherche le trépas après l'avoir donné. », qu'il dit, le Cid malheureux comme une guitare qui n'a plus ni âme ni doigts.

5.
« Vous savez qu'elle marche avec tant de langueur,
Qu'assez souvent le crime échappe à sa longueur ; »
(Corneille, « Le Cid, », III, 2 [Don Sanche à Chimène])

Vous savez de quoi qu'il cause, le don Sanche, même qu'il est amoureux de Chimène, laquelle aime Rodrigue, lequel vient de lui trucider son père à Chimène ?
Il parle de l'institution de la Justice.
Comme quoi, les choses n'ont guère changé depuis le 17ème siècle, et qu'au 21ème siècle aussi, la Justice prenant son temps, les criminels courent les rues.
Et discourant sur la Justice, don Sanche n'évoque ni l'art de la choucroute, ni les OVNI, ni le destin de Cléopâtre II, laquelle rentra en guerre contre son mari, Ptolémée VIII, lequel fit assassiner son propre fils, à lui et Cléopâtre II, même que Cléopâtre II fut la mère de Cléopâtre III, ce dont Sanche se fiche, ainsi que des guerres en cours au 21ème siècle, et qui sont cause de nombreux massacres de civils.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 novembre 2023.

7 novembre 2023

LA VALEUR N'ATTEND POINT QU'ON LUI SONNE LES CLOCHES

LA VALEUR N'ATTEND POINT QU'ON LUI SONNE LES CLOCHES

1.
« Percé jusqu'au fond du ….
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, »
(Corneille, « Le Cid », I,6 [Rodrigue])

Quel est le mot manquant ?

- le mot « gong » ? Ce serait donc qu'il l'aurait très frissonnant, Rodrigue, le muscle à palpitations ?
- Le mot « cirque » ? Chaque bipède n'est-t-il pas le clown triste d'un cirque qu'il se joue pour lui seul, fis-je en mangeant un violon.
- Le mot « schleuck », lequel désigne très exactement le son du ravioli tombant sur un amas de feuilles mortes (mais, évidemment, il faut qu'il pleuve des raviolis) ?
- Le mot « verre » ? Ciel, Don Rodrigue, accablé de soucis et de dilemme cornélien, se serait-il mis à la picole ?
- Le mot « cœur » parce qu'à ma connaissance, Rodrigue ne mettait pas de bigoudis ?

2.
Constatant que le duel entre lui et Rodrigue est désormais inévitable, le Comte, à la scène 1 de l'acte II du Cid, de Corneille, dit :
« Mais puisque c'en est fait, le coup est sans … . »

Quel est le mot manquant ?

- le mot « écho » ? Du reste, Corneille n'a-t-il pas écrit :
« Mais puisque c'en est fait, le coup est sans écho
Des savanes où mon âme erre et traîne un âne. » ?
Non, il ne l'a pas écrit. Il n'y a sans doute même pas songé. La plus belle femme du monde, si elle n'a que des œufs dans son frigidaire, elle ne peut que vous faire une omelette, mais reste la plus belle femme du monde.

- le mot « surcoût », ce qui signifie que, puisque « le coup est sans surcoût », le Rodrigue va recevoir l’exacte monnaie de sa pièce, et dans les tragédies, les affaires d'honneur se finissent bien plus mal que les histoires d'amour dans la chanson des Rita Mitsouko.

- Le mot « potage », car, puisque « le coup est sans potage », on va vite trancher dans le vif du sujet en croisant le fer et comme le dit Rouletabille dans « Le Mystère de la chambre jaune », de Gaston Leroux : « Maintenant, il va falloir manger du saignant ».

- Le mot « remède » et puisque « le coup est sans remède », préparez vos mouchoirs, c'est là qu'ça va s'nouer, car, comme le dit Rodrigue à la fin de l'acte I :
- « Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,
Si l'offenseur est père de Chimène. »

3.
« Je suis jeune, il est vrai : mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend point …................................. . »
(Corneille, « Le Cid », II,2 [Don Rodrigue au Comte])

Quelle est la fin de ce vers ?

- « à l'arrêt d'autobus » ? En effet, « la valeur n'attend point à l'arrêt d'autobus », parce qu'au 17ème siècle, on n'avait pas encore inventé l'autobus, pas même la mobylette, voyez, et puis pourquoi qu'il prendrait l'autobus, Don Rodrigue, hein, pourquoi ?
- « qu'on lui sonne les cloches » ? En effet, « la valeur n'attend point qu'on lui sonne les cloches » car, détestant le vacarme et les remontrances, elle dégaine son revolver avant même que le fâcheux le fâchât et en fait du pâté de foie, du fâcheux là.
- « le nombre des années » ? En effet, « La valeur n'attend point le nombre des années », et toute petite déjà, elle étranglait des serpents dans son berceau et assommait des nurses à coups de gourde.

4.
« Un orage si prompt qui trouble une bonace
D'un naufrage certain nous porte la [ou les] …......... »
(Corneille, « Le Cid », II, 3 [Chimène à l'Infante])

Quel est le mot manquant ?

- le mot « carcasses » ? Chimène a une vision ; elle voit débouler des flots tout un naufrage de carcasses de noyés, de foudroyés des canons, de sans tête, sans bras, spectres et squelettes des galions engloutis.
- Le mot « menace » ? Quand un orage éclate soudainement alors que la mer est toute bonace (c'est-à-dire calme), c'est qu'il y a anguille dans les cieux ; du coup, ça fait du naufrage, ce qui signifie qu'elle les pressent mal, la Chimène, ses noces avec Rodrigue.
- Le mot « vinasse » ? Ah ça oui, la vinasse, ça cause du naufrage, qu'on titube et qu'on a bien du mal des fois à rentrer au port.
- Le mot « pouffiasse » ? Chimène pressentirait-elle quelque rivale ? Rodrigue serait-il volage ? Pourquoi êtes-vous si pâle ? Et quelle est cette tête de bouc qui traîne dans le potage ?
- Le mot « carnasse » ? C'est que, dans le bassin minier des années 70, il la traînait, sa carnasse à classeurs et cahiers, au retour de l'école et longeant les marronniers, le pauvre Toto, la tête pleine de zéros.

5.
A la scène 5 de l'acte II, l'Infante espère que Rodrigue sortira vainqueur du duel et que, ne pouvant dès lors épouser Chimène puisque « l'offenseur est le père de Chimène », c'est elle, l'Infante, qui du Cid aura le cœur. Ah, folle ardeur ! Elle le dit :
« Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare : »
(Corneille, « Le Cid », II, 5 [L'Infante à Léonor])

Quel est le vers suivant ?

- « Nanani nananère, et mon esprit s'égare
Dans des gares où nul train jamais ne s'arrête ?
- « Tralali tralalo, et mon esprit s'égare :
Vais-je m'laisser pousser la barbe et la moustache ? »
- « Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare :
Tu vois par là quels maux cet amour me prépare. »

Patrice Houzeau
Malo, le 7 novembre 2023.

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