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24 mars 2023

LE DÉ ROULA ET JE VIS QU'IL ETAIT ROUGE SANG

LE DÉ ROULA ET JE VIS QU'IL ETAIT ROUGE SANG

1.
« C'était une de ces calèches antédiluviennes, que n'utilisent plus en Russie que les commis voyageurs, les bouviers et les prêtres pauvres. »
(Tchekhov traduit par Vladimir Volkoff, « La Steppe »)

Si vous avez pris place dans une calèche, que vos compagnons sont des vêtements recouvrant des squelettes et que le cocher a les yeux rouges et parle un grec antique, à mon avis, c'est que vous êtes parti pour un voyage dont vous ne reviendrez pas.

2.
Si, à Dunkerque, par temps de brouillard, vous traversez la rue et que vous vous retrouvez au beau milieu d'un champ de lavande, c'est que vous êtes allé beaucoup plus loin que prévu.

3.
« Le compas, l'équerre, la quadrature du cercle : les concertos de Mozart sont des cercles enchantés. »
(Philippe Sollers, « Espérance » in « Légende »)

Si, écoutant du Mozart, vous trouvez un compas, une équerre et que, soudainement, vous vous dites : Quoi, quelle quadrature du cercle ?, c'est que vous vous êtes endormi pendant le cours de géométrie de monsieur Pasdeloup (Amédée).

4.
« Qu'est-ce qui est ? Ce n'est pas de tel ou tel étant que nous nous enquérons en posant cette question, mais de l'être de l'étant. »
(Heidegger traduit par Wolfgang Brokmeier, « Chemins qui ne mènent nulle part »)

« Qu'est-ce qui est ? ». Ce n'est pas le genre de question qui vous aide à gagner à la belote. Je note, par expérience, que si vous vous plongez un peu trop dans cette question, même pour vous inventer des bouts d'chansons idiotes dans votre tête, il se peut que vous ne preniez pas le bon bus.

5.
Il ne faut pas croire tout ce qu'on s'invente : il est très rare qu'il pleuve des saucisses, des pièces de deux euros, des fées que-veux-tu. Par contre, les chutes de tuiles sont monnaie courante.

6.
« Que sont mes amis devenus ? » se demande l'ogre très gras, trop gras, repu.

7.
« Arrivé le vendredi soir, le concert de l'orchestre du village occupait presque toutes ses pensées. »
(M.C. Beaton traduit par Esther Ménévis, « La Quiche fatale »)

Si, arrivé le vendredi soir, vous lui trouvez, au concert de l'orchestre du village qui occupe presque toutes vos pensées, avec son petit nez pointu, son petit accent pointu, ses petits seins pointus un air charmant, c'est que vous ne pensez pas qu'à la musique.

8.
Si vous constatez qu'à votre mort par crise cardiaque manque la tête, c'est que, soit pour un médecin légiste, vous êtes plutôt distrait, soit ce n'est pas seulement d'une crise cardiaque qu'il est mort, le monsieur.

9.
« Deux tireurs à l'arbalète sont là, assis, l'un sur une forme cylindrique, l'autre sur un cube qui ressemble à un dé. »
(Philippe Sollers, « Clefs » in « Légende »)

Deux tireurs à l'arbalète, c'est-à-dire que ce sont des arbalétriers, ces
Tireurs, parce que s'ils avaient quatre pattes yeux ronds et moustaches
A vrai dire ils auraient été des chats ; or, des chats qui tirent à
L'arbalète ah ah j'avions jamais vu ça. Ils
Sont là, assis, les deux tireurs. Ils ne disent rien parce qu'ils sont dans une gravure sans paroles,
Là, au centre de notre regard, et ils ne savent pas non plus qu'on les zieute, les
Assis à arbalète, et ça vaut mieux, parce que s'ils le savaient, ils pourraient nous prendre pour des espions et avec leurs arbalètes là, nous viser dis.
L'un, - je ne pense pas qu'il s'appelle Alfred, il ne sous saluera donc pas,
Sur une forme cylindrique qu'il est et il ne ronronne pas, - il ne miaule pas non plus. Non. Il vise
Une cible. Ça pourrait être un coin-coin, un quidam, un quartet noctambule, un politique, mais c'est pas ça, c'est juste une
Forme circulaire de cible, avec son air bête de cible, ses concentriques de cible, sa perruque et ses jambons d'pays, pis visée par un arbalétrier sur un
Cylindrique chaipaquoi où il n'est même pas précisé qu'en allemand, « scharfer Messer » se traduit par « couteau tranchant » tandis que « scharfer Geschmack » se traduit par « goût piquant ».
L'autre aussi est assis et il n'a ni houpette ni petit chien blanc. Nous savons donc qu'il n'est pas allé au Tibet quoiqu'au fond, on ne sait pas, on ne peut être
Sur de rien, dis-je en oubliant l'accent circonflexe ; on ne sait pas où vont les hommes, où vont les femmes, les caravanes, les sarbacanes, les jerrycans, les macadams et leurs dames, à Amsterdam je ne vais jamais. Donc, l'autre arbalétrier, sur
Un cube qu'il est. Lui non plus ne ronronne ni ne miaule. Il est là, assis sur son
Cube et lui aussi il vise parce que s'il était en train de beurrer des tartines, on se dirait que c'est une drôle d'idée de lancer des tartines sur une cible. Remarquez qu'en ce mois de mars 2023, en France, il y en a
Qui balancent des pavés et d'autres trucs sur des policiers qui balancent des lacrymos et donnent des coups de matraque parce qu'on leur a dit. Cela
Ressemble à du désordre, des troubles, du chaos même que le président de la république s'appelle Macron.
A demain me dis-je parce que je commençais à me lasser
Un peu d'entendre parler de violences urbaines et de gueules qu'on casse à cause de la réforme des retraites et de l'entêtement du président Macron à réformer contre les Français. Le
Dé roula, et je vis qu'il était rouge sang.

10.
Aveu de faiblesse. Il paraît que le président Macron a déclaré que la réforme des retraites, il aurait voulu ne pas la faire, mais qu'il y est obligé. Donc, si le Conseil constitutionnel la retoque, il aura fait adopter par le 49.3 une loi dont il ne voulait pas, qui lui est imposée et qu'il ne pourra pas promulguer.

11.
Se pourrait-il que cette réforme des retraites ait été l'une des conditions de l'UE en 2020 lorsque furent négociées les conditions qui permirent de faire circuler beaucoup de quoi qu'il en coûte ?

12.
23.03.2023. La macroniste Maud Bregeon a évoqué l’exemple de la crise de la dette publique grecque pour justifier la nécessité de la réforme des retraites. Bigre, la situation serait-elle aussi mauvaise ? Euh, monsieur Macron, vous êtes tout de même président depuis 2017.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 mars 2023

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14 mars 2023

TROIS PETITES FANTAISIES AU SCARABEE

TROIS PETITES FANTAISIES AU SCARABEE

1.
« What ho ! what ho ! This fellow is dancing mad ! He hath been bitten by the Tarantula. (All in the Wrong.) »
(Edgar Poe, « The Gold Bug »)

« Oh ! Oh ! qu'est-ce que cela ? Ce garçon a une folie dans les jambes ! Il a été mordu par la tarentule. (Tout de travers.) »
(Poe traduit par Baudelaire, « Le scarabée d'or »)

Baudelaire a traduit « This fellow is dancing mad » par « ce garçon a une folie dans les jambes ». En général, c'est en tête que l'on a une folie. Mais la folie est partout chez elle, je suppose. Après tout, n'est-elle pas la condition de la raison ? Et là, je me dis que j'écris un sophisme, mais ça ne fait rien parce qu'au fond, personne ne peut prendre ceci au sérieux. C'est d'ailleurs ce que me dit quotidiennement mon dromadaire, lequel a une bosse tandis que la cerise a un noyau et la fraise non.

Quant à savoir si le « bug » est un « scarabée », j'avoue que comme je l'ai entendu dire par une punaise qui discutait avec un scarabée : « All bugs are insects, but not all insects are bugs. » La tarentule, quant à elle, est bien une araignée, laquelle a donné son nom à la tarentelle, danse rituelle qui n'a rien d'amusant.

2.
« Well ! » I said, after contemplating it for some minutes, « this is a strange scarabaeus, I must confess : new to me: never saw anything like it before – unless it was a skull, or a death's head – which it more nearly resembles than anything else that has come under my observation. »
(Edgar Poe, « The Gold Bug »)

« - Oui ! - dis-je, après l'avoir contemplé quelques minutes, - c'est là un étrange scarabée, je le confesse ; il est nouveau pour moi ; je n'ai jamais rien vu d'approchant, à moins que ce ne soit un crâne ou une tête de mort, à quoi il ressemble plus qu'aucune autre chose qu'il m'ait jamais été donné d’examiner. »
(Poe traduit par Baudelaire, « Le scarabée d'or » [le narrateur])

Je lis sur Internet cet exemple : « If you don't confess, your conscience will torture you. » La conscience, comprenez la conscience morale défois qu'elle nous torture, chagrine. On la paye de mots, quand on a des mots, et ça c'est si l'avaleur de mots ne nous les a pas chopés. Sinon, on mange trop de biscottes. Les craquements des biscottes beurrées avec de la confiture couvrent un temps les leçons de la conscience.

3.
« I presume you will call the bug scarabeus caput hominis, or something of that kind – there are many titles in the Natural Histories. »
(Edgar Poe, « The Gold Bug »)

« Je présume que vous nommerez votre insecte scarabeus caput hominis, ou quelque chose d'approchant : - il y a dans les livres d'histoire naturelle beaucoup d'appellations de ce genre. »
(Poe traduit par Baudelaire, [le narrateur])

Le narrateur présume que Legrand, (c'est un personnage du « Scarabée d'or », d'Edgar Poe) va nommer ce scarabée non pas « Alea jacta est » ni « Cogito, ergo sum », ni « Sum quod eris », mais « Scarabeus caput hominis » (ne ressemble-t-il pas à un « crâne » ou à une « tête de mort »? - et s'il avait ressemblé à une saucisse ? Comment cétyke?) et si Poe avait écrit « I presume you will call the bug No Future », cela aurait donné lieu à bien des commentaires.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 mars 2023.

13 mars 2023

COMME ME LE FAIT REMARQUER MON RHINOCEROS

COMME ME LE FAIT REMARQUER MON RHINOCEROS

1.
« Il n'était pas voûté, mais cassé, son échine
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit ».
(Baudelaire, « Les sept vieillards »)

On ne pouvait donc s'en servir comme cheval de labour ni comme figure locale. Comme épouvantail à la rigueur. Ou alors pour un mélodrame cinématographique propre à récolter des palmes à Cannes.

2.
« Seulement, cet autrement doit être de telle sorte qu'il rencontre le Même que médite le texte expliqué. »
(Heidegger traduit par Wolfgang Brokmeier, « Chemins qui ne mènent nulle part »)

Pas facile de faire se rencontrer le « Même » et « l'autrement ». Le même renvoie, par définition, à ce que dit l'auteur, et l'autrement se perd dans les méditations que le commentaire induit. Croirait-on les voir coïncider (Eurêka!) qu'il se pourrait que l'auteur surgisse du tombeau de ses exégèses pour nous contester, nous jeter des os de poulet, nous flanquer une tarte à la crème en pleine face, bref, nous engueuler.

3.
« Mon berceau s'adossait à la bibliothèque », dit le narrateur baudelairien. Parents inconscients ! Si les livres lui étaient dégringolés dessus, le petit Charles aurait été assommé et peut-être même étouffé par toute une philosophie.

4.
« Parce que Nietzsche éprouve l'être de l'étant comme volonté de puissance, sa pensée doit aller à la rencontre des valeurs. »
(Heidegger traduit par Wolfgang Brokmeier, « Chemins qui ne mènent nulle part »)

Généralement, dès que l'on cause « volonté », et a fortiori « volonté de puissance », la question des valeurs se pose. Le vouloir impliquant une action, et la volonté un acte, si minime soit l'action, elle suppose une adhésion à une valeur.

En ce sens, tout est politique, comme dit l'autre, ce qui signifie en réalité que rien n'est politique, la politique n'étant qu'une usurpation des valeurs. Aussi une confiscation, une mystification, au mieux un utilitarisme.

Le droit de vote est perçu d'abord comme une exigence morale, un devoir du citoyen mais il est aussi un utilitarisme. Quelqu'un me dit un jour qu'il votait souvent pour l'alternance : « L'opposition, pour arriver au pouvoir, fait quelques promesses. Si elle gagne, elle en tient quand même quelques-unes, c'est toujours ça de gagné. »

5.
« Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ? »
(Baudelaire, « L'héautontimorouménos »)

Un « faux accord dans la divine symphonie » ? Outre que je dois être sourd, parce que la musique divine, je ne l'entends guère, il est vrai qu'il y a un manque flagrant d'accordeurs d'âmes. Le Service Après Naissance laisse à désirer.

Quant à la « vorace Ironie » qui « secoue » et qui « mord », voilà une araignée bien redoutable. Mon cher Baudelaire, à force de hanter des lieux à même pas en parler, vous avez fini par attraper des étants honteux, l'Ironie n'étant sans doute pas le pire.

6.
« Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin ! »
(Baudelaire, « le voyage »)

Ah non, pas forcément, moi, voyez, le rhinocéros qui boit mon whisky et fume mes cigares, il a beau venir de loin, je ne le trouve pas spécialement beau, ah non.

7.
« Exaspéré comme un ivrogne qui voit double,
Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté,
Malade et morfondu, l'esprit fiévreux et trouble,
Blessé par le mystère et l'absurdité ! »
(Baudelaire, « Les sept vieillards »)

Ça, c'est ce qui arrive quand on se mêle de politique. L'abus d'administration produit le même effet.

8.
« C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre »
(Baudelaire, « La mort des pauvres »)

La Mort, en voilà un drôle d'étant. Un étant qui s'absente, se fait néant pour laisser toute la place à l'être, lequel est masqué par l'oubli, et nous prenons l'oubli pour l'être des morts, alors que les morts, et surtout parce que leur anonymat est effrayant, se rappellent sans cesse à nous par le fait qu'ils furent ce que nous sommes.

Note : c'est surtout pour l'orgueil de nos consciences réflexives que l'anonymat des morts est effrayant. Les animaux n'ont pas ce genre de spleen.

9.
« Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ».
(Baudelaire, « Pluviôse, irrité... »)

Moi, voyez, ça je ne connais pas. Mon rhinocéros n'est ni maigre ni galeux, et, vidant consciencieusement mon frigo, squattant mon lit ainsi que ma salle de bain, il ne peut mal de se retrouver aussi pitoyable que le chat du poème à Baudelaire. Par contre, je suis agité, moi défois, et je ne dors pas assez. D'ailleurs, mon rhinocéros me le fait souvent remarquer.
Quant à mon balai-brosse, il ne fait aucun commentaire, et ne m'encombre en rien.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 mars 2023.

6 mars 2023

CORNICHON SE TRADUISANT PAR GHERKIN

CORNICHON SE TRADUISANT PAR GHERKIN

1.
« par exemple, - l'âme, à ce qu'ils croyaient, - je cite les termes d'un subtil et intelligent Parisien, - ne demeure qu'une seule fois dans un corps sensible. Ainsi, un cheval, un chien, un homme même, ne sont que la ressemblance illusoire de ces êtres. »
(Edgar Poe adapté par Baudelaire, « Metzengerstein »)

Les choses se ressemblent-elles ? La banane est-elle la banane telle que je la vois ou un étant qui se transforme x fois par seconde ? Le réel est-il une série grouillante et infinie de métamorphoses dont l’œil ne percevrait qu'une infime partie ? C'est-y pas qu'nous grouillons ?

2.
« The rich although faded tapestry hangings which swung gloomily upon the walls, represented the shadowy and majestic forms of a thousand illustrious ancestors. »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« La tenture de tapisserie, riche, quoique fanée, qui pendait mélancoliquement aux murs, représentait les figures fantastiques et majestueuses de mille ancêtres illustres. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis que « shadowy and majestic » est traduit par « fantastiques et majestueuses » puisqu'il s'agit de « figures ».

S'il avait été question de dés à coudre, Baudelaire aurait écrit « fantastiques et majestueux ».

Ceci dit, il est rare que l'on ait pour ancêtres des dés à coudre. Remarquez que la tapisserie aurait pu représenter les « figures fantastiques et majestueuses de mille ancêtres illustres » avec dés à coudre. Ce qui aurait été curieux, aussi curieux que la rencontre du spectre d'un cornet acoustique avec la peintre Leonora Carrington.

3.
« The longer he gazed the more absorbing became the spell – the more impossible dit it appear that he could ever withdraw his glance from the fascination of that tapestry. » 
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« Plus il contemplait, plus absorbant devenait le charme, - plus il lui paraissait impossible d'arracher son regard à la fascination de cette tapisserie. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Baudelaire traduit « withdraw his glance from the fascination of that tapestry » par « arracher son regard à la fascination de cette tapisserie », ce qui se justifie puisqu'il n'est, dans cette phrase, pas question de dé à coudre (thimble) ni de chameau (camel).

Si l'on « arrache son regard à la fascination d'une tapisserie » ou de tout autre chose (d'un jardin, d'un jambon-beurre, d'un jamais, toujours, je-ne-sais-quoi, jambe, jarretière, jolie jeune fille...), la fascination en est-elle aveuglée et se met-elle à errer, hagarde et échevelée, de par le monde en quête d'un autre regard à fasciner ?

4.
« I-n-d-e-e-d- ! » ejaculated the Baron, as if slowly and deliberatly impressed with the truth of some exciting idea. »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« - En... vé... ri... té... ! - exclama le baron, comme impressionné lentement et graduellement par quelque évidence mystérieuse. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis sur internet que le Cambridge Dictionary donne au verbe anglais « ejaculate » le sens aussi de « to shout or say something suddenly » ce qui ne vous interdit pas de prendre le café avec du sucre, ni de le boire en contemplant la course des nuages en forme de chevaux. Je dis ça parce qu'il est question, dans le « Metzengerstein » d'Edgar Poe, d'un « cheval », d'un cheval fantastique. S'il s'était agi d'un bocal, vous auriez contemplé des nuages en forme de bocaux ; d'un cardinal, des cardinaux ; d'un vitrail, des vitraux ; d'une bataille, des bateaux mais je dis pour faire rire dans les vals et les vaux.

5.
« In the glare of noon – at the dead hour of night – in sickness or in health – in calm or in tempest – the young Metzengerstein seemed rivetted to the saddle of that colossal horse,... »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« Dans l'éblouissement du midi, - aux heures profondes de la nuit, - malade ou bien portant, - dans le calme ou dans la tempête, le jeune Metzengerstein semblait cloué à la selle du cheval colossal... ».
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis que l'adjectif anglais « colossal » se traduit par le français « colossal ». Etant une colossale poutre dans la langue des Beatles et des Doors (et ça m'amuse que Scarabées et Portes parlassent la même langue), ça me rassure un peu de le savoir, même si c'est peu, si peu.

J'ai appris récemment que l’expression « mettre quelqu'un sur un piédestal » se traduit en anglais par « put someone on a pedestal » et que, voyez, « cornichon » se traduit par « gherkin », même qu'il est souvent « pickled », « preserved in vinegar ». Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 mars 2023.   

4 mars 2023

PENDANT QUE SE BALANCE LE GRAND HARENG-SAUR DE L'HISTOIRE

PENDANT QUE SE BALANCE LE GRAND HARENG-SAUR DE L'HISTOIRE

1.
La nuit ne rit pas. D'ailleurs, je ne vois pas la nuit avoir des envies de rigolade.
Je ris parfois. C'est qu'il y a des films comiques.
Je ne regarde jamais de films comiques en mangeant des crêpes. On ne sait jamais, des fois qu'elles se mettraient à se tordre et à s'esclaffer.

2.
Passe un rhinocéros. J'boirais bien une bière.
Ces deux propositions constituent un ensemble de douze syllabes. Je pourrais en faire un vers dans un poème qui parlerait de rhinocéros et de bière. Je n'en ai pas envie ; je contemple mon chien qui ronge son os.

3.
3 mars 2023. Une vidéo tournant sur twitter montrant Lavrov expliquant que la Russie essayait d'arrêter en Ukraine une guerre qui aurait été déclenchée contre elle et provoquant ainsi les rires du public de New Delhi, prouve indéniablement que Sergueï Lavrov est le plus grand clown de la scène diplomatique internationale. Avec sa tête à faire pleuvoir et le pince-sans-rire de sa distinction de cireur de bottes poutiniennes, cet homme sait faire rire, quand il ne fait pas pleurer.

4.
« - Raison de plus pour qu'on croie que tu fais le tapin, s'esclama Gabriel épouvanté. Surtout avec tes bloudjinnzes. Y a des amateurs.
- Y a des amateurs de tout, dit Fédor Balanovitch en homme qui connaît la vie. »
(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro »)

D'une manière générale, la vie est pleine d'amateurs. Certes, ils exercent, - pas tous – une profession, mais ils n'en restent pas moins dans la plupart des domaines des amateurs. Il y a des peintres, des musiciens, des politiques amateurs. Ils ont parfois un certain talent. Mais ce talent disparaît avec eux, et parfois, c'est dommage, mais c'est sans doute qu'ils avaient autre chose à faire. Restent quelques temps le tableau de l'oncle Arthur (une vue avec vaches d'un bout du coin de là-bas) et quelques vieilles coupures de presse. Par contre, je reprendrais bien de la tarte au riz.

5.
Le crétin professionnel ne se distingue du crétin amateur que par son pouvoir de nuisance. Et encore, certains crétins amateurs ont dépassé le stade du professionnel pour très vite accéder au stade de virtuose, de Grand Maître en crétinerie.

6.
Je ne sais pas si c'est vrai mais, selon un article du Point, du jeudi 2 février 2023 (p.24) : « Si un virus de grippe aviaire déclenche une épidémie dans un élevage de visons en Espagne, la propagation à l'homme est à craindre. » Qu'en pensez-t'ils-nous-vous-tu ?

Le mot « virus » signifie en latin « poison, toxine ». C'est donc un poison invisible. Il semble qu'il y ait débat sur la nature des virus : organismes vivants ou pas ? C'est que le réel grouille. Nous grouillons. Sous nos pieds, les rats grouillent. Les tueurs grouillent en Ukraine, en Afrique, dans l'enfer des faits divers. Le grouillement aura la peau de l'humain, aussi sûrement que Poutine a les valets les mieux payés du monde : ils ont pour nom : Lavrov, Choïgou, Guerassimov, Peskov, Medvedev, ecterov.

7.
« Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile
Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor ! »
(Baudelaire, « Le cygne », v.49-50).

« Dans » est une préposition qui signale que quelque chose peut servir de contenant. « Mais qu'est-ce que tu as dans la tête ? », « Mais tu n'as rien dans le crâne, ma parole ! »  sont des phrases qui, employant la préposition « dans », nous renvoient à ce creux qui nous définit et où nous fourrons tout ce dont on dit parfois : « Je me demande où il va chercher tout ça. »

8.
Le complotisme fonctionne sur l'idée que s'il n'y a rien à voir là où on s'attendrait à voir quelque chose, c'est que ce quelque chose est caché, occulté, dissimulé. On s'attendait à voir une soucoupe volante (puisque quelqu'un de « bien informé » l'aurait déclaré), et ce n'est qu'un prototype de ballon espion, c'est donc que l'on nous cache que les aliens sont sans doute déjà parmi nous. J'ai toujours pensé que les bananes étaient hantées par des esprits pervers. Je n'en ai jamais trouvés, mais je remarque que l'on ne nous dit pas tout sur les bananes, ni sur les politiques perchés.

9.
« Le Point » du 2 février 2023, p.44 :
« Ce mont pelé qui domine la ville kurde syrienne de Kobané est abandonné au vent glacial et aux chiens errants. »
(Guillaume Perrier)

Le verbe « errer » vient du bas-latin « iterare » qui signifiait « voyager ». Il y a des chats, des chiens, des gens, des peuples, des esprits errants. Jadis, il y eut même des chevaliers errants. Les chapeaux errants sont plus rares, ou alors c'est qu'il y a quelqu'un dessous. Si vous croisez un manteau errant sans personne dedans, vous venez de croiser l'homme invisible.

10.
Si Cicéron, cependant que César césarisait et que se balance le grand hareng-saur de l'Histoire, n'avait point tant cicéronné, Cicéron n'aurait jamais été Cicéron, mais comme, cependant que César césarisait et que se balance le grand hareng-saur de l'Histoire, Cicéron cicéronnait, Cicéron est devenu Cicéron, mais pas Poincaré.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 mars 2023.

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4 mars 2023

ET TOUTES CES SORTES DE MÂCHOIRES

ET TOUTES CES SORTES DE MÂCHOIRES

1.
« Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps. »
(Baudelaire, « La servante au grand cœur... »)

Certes est un adverbe. Il est donc invariable. Si Baudelaire l'écrit sans « s », c'est pour gagner une syllabe. Baudelaire se fiche-t-il du monde ? Sans doute, mais ce n'est pas à ça qu'on reconnaît le baudelaire. Du reste, il n'a jamais existé qu'un cas de baudelairisme avéré, et ce fut entre 1821 et 1867. Il fut beaucoup copié, jamais ressuscité.

2.
« Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige. »
(Baudelaire, « Harmonie du soir »)

Wikipédia dit du Soleil qu'il est « l'étoile du Système solaire » et qu'il est une « étoile de type naine jaune ». Le Soleil n'a pas toujours existé (il aurait près de 5 milliards d'années, papy Fiat Lux). Avant d'être une naine jaune, il ne fut ni géant vert, ni léopard tacheté.

Je ne pense pas non plus que le Soleil fut d'abord une pierre qui roule pis qui chantait du blues avant de s'enflammer comme une guitare qui tombe amoureuse d'une mandoline. D'ailleurs je ne me pose pas la question de l'origine du Soleil. Pas aujourd'hui, et surtout pas en mangeant des saucisses.

Le Soleil peut-il se noyer ? Tout dépend du sens que l'on donne au pronominal « se noyer ». Si, écrivant que « le soleil s'est noyé » vous voulez dire que le Soleil interprète l'air de la Reine de la nuit (« Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen », « L'infernale vengeance brûle dans mon cœur »), c'est que vous ne connaissez pas le sens exact du verbe « se noyer ». Remarquez qu'alors Baudelaire aurait pu écrire : « Le soleil s'est noyé dans son chant qui se fige ».

3.
L'oubli est un processus qui fait qu'on se souvient pas, qu'on ne se rappelle pas. Ne pouvant se joindre, le frappé d'oubli en conclut qu'il est absent. Il saisit qu'il est tombé dans un trou de mémoire, lequel pourrait s'élargir, devenir gouffre, l'engloutir comme une bouche s'ouvrant dans le temps. Baudelaire dans ce vers : « Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde » imagine donc qu'on pourrait faire de l'oubli son lit. Pour ce qui est du requin, je me le visualise bien dans un lit, mais ça fait tout de même très bande dessinée. C'est tout de même l'onde qui lui convient le mieux au requin, ou la finance, la politique et toutes ces sortes de mâchoires. Et s'il se met à ronronner et à réclamer des caresses, c'est que ce n'est pas un requin.

4.
« Nous avons salué des idoles à trompe ; »
(Baudelaire, « Le voyage »)

Les idoles sont des représentations. Qu'elles soient religieuses ou séculières, elles se basent sur l'apparence et donc sur l'illusion. Chacun étant l'illusion de l'autre, ces illusions nous constituent en tant qu'êtres imaginaires. La fiction est une idolâtrie en ce sens qu'il y a autant de différence entre la représentation du réel et la manière dont il nous tombe dessus qu'entre la représentation d'un dieu et la façon dont il n’existe pas.

Que l'être du réel se manifeste à nous, - on appelle cela tragédie, ou drame (le réel s'imposant à la conscience par l'évidence de sa violence), et la fiction soudain devient insupportable, et l'autre un péril imminent. Le but du social est d'éteindre cet incendie et de substituer à la fiction devenue toxique une fiction nouvelle, que l'on appelle « modernité ».

5.
« 
Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.) »
(Baudelaire, « L'horloge »)

Ce qui existe n'est pas le temps, mais la représentation du temps. Cette fiction utile nous rappelle que nous sommes voués à la disparition. Elle est aussi universelle que la pluralité des langues et je ne sais pas s'il pourrait exister une société humaine sans représentation du temps, laquelle se fait par le langage. Le temps est une production linguistique, une grammaire. L'absolu des temps est un monothéisme, et les dieux des grammaticaux. Je me demande pourquoi j'ai soudainement envie de confiture d'abricots.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 mars 2023.

3 mars 2023

LES CHOUCROUTES VOLANTES NE JOUENT PAS DE KRAUTROCK

LES CHOUCROUTES VOLANTES NE JOUENT PAS DE KRAUTROCK

1.
« - Voilà encore une de vos idées bizarres, - dit le préfet, qui avait la manie d'appeler bizarres toutes les choses situées au-delà de sa compréhension, et qui vivait ainsi au milieu d'une immense légion de bizarreries. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée »)

Littré fait venir le mot bizarre de l'espagnol « bizarro » et le français lui donna alors le sens de « vaillant, brave » et Larousse de l'italien « bizarro », qui signifiait « extravagant ». Parfois, cultivant le bizarre, je pensais aux choucroutes volantes.

Les choucroutes volantes ne jouent pas de krautrock et ne répètent donc pas le mot « bizarre » pendant des minutes longues comme des chapelets de saucisses, genre :

Comme c'est bizarre très bizarre ce blizzard
Qui souffle dans les gares Des gens bizarres
S'y croisent Rendez-vous au prochain bizarre
Trans-Europe Bizarre... Trans-Europe Bizarre

Il m'arrive moi aussi d'écouter du krautrock. Par contre, les saucisses, je les mange.

2.
« Il y a dans chaque pièce une certaine quantité de volumes et de surfaces dont on peut se rendre compte. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Le préfet de police])

Les mots « volumes » et « surfaces » m'évoquent la géométrie et la craie. La géométrie dit que « le carré du plus long côté, l'hypoténuse, d'un triangle rectangle, est égal à la somme des carrés des deux autres côtés.» On appelle cela le théorème de Pythagore.

Je n'ai connu aucune craie qui s'appelât « Pythagore » cependant qu'après leur passage, on devait essuyer le tableau.

Du reste, élève peu soucieux des leçons, j'avais beau fixer du regard, comme si je voulais l'hypnotiser, la craie, la craie là, la craie posée sur la plate barre métallique, là, sous le tableau muet, pas moyen de m'en souvenir du théorème à l'autre Grec.

3.
« C'est simplement – dis-je – une identification de l'intellect de notre raisonneur avec celui de son adversaire. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Le narrateur])

L'intellect est la faculté de comprendre le fonctionnement de cet engrenage de causes et d'effets que l'on appelle « réel ». Les pierres n'ont pas d'intellect, mais ce n'est pas à ça qu'on les reconnaît.

Lorsque l'on comprend comment fonctionne cette machine affective que l'on appelle « autrui », on peut, dit-on, prévoir ses actions et réactions. S'il achète des frites, c'est qu'il a envie de manger des frites. Il est rare que quelqu'un achète une barquette de frites pour lui faire une déclaration d'amour.

Les pierres sont dénuées d'intellect et ne mangent pas de frites, mais ce n'est pas à ça qu'on les reconnaît.

4.
« Ce qui est vrai d'un rapport de forme ou de quantité est souvent une grossière erreur relativement à la morale, par exemple. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Dupin])

Peut-on quantifier la morale ? Peut-on mettre l'éthique en équations ? L'universalisme moralisateur a de ces airs parfois de vouloir établir une science de la morale. Cela ne m'empêche pas de les manger, les saucisses.

5.
Dormir, que l'on trouve par exemple dans ce vers de Baudelaire : « Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde », est très calme comme verbe. Du 3ème groupe, et avec un participe passé invariable, le verbe « dormir » n'est pas une terre de contrastes. D'usage aussi courant que le mensonge en politique, il a comme synonyme familier le verbe « pioncer ». Un verbe qui évoque le repos donc, bien que, parfois, il soit modulé par le complément « d'un sommeil agité ».

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mars 2023.

28 février 2023

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI CE THEÂTRE ?

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI CE THEÂTRE ?

1.
« J'ai les yeux de l'épervier pour le jour, du hibou pour la nuit... et du bouc pour les rêves... »
(Patrick Cothias, André Juillard, « La Marque du Condor », « Les Sept Vies de l'épervier », tome VII, pl. 3 [Baragouine])

Je lis que dans la Chine ancienne l'épervier symbolisait l'automne. En anglais, « épervier » se dit « sparrowhawk ». L'épervier ne pratique pas le saxophone. Il est cependant très rapide et aurait fait merveille dans le be-bop. Il arrive que l'épervier manie l'épée ; mais c'est qu'il est alors un pseudonyme.

2.
« J'ai dû argumenter avec quelques cerbères qui ont fini par admettre mes raisons... »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 7 [Masque-rouge])

Dans la mythologie grecque, Cerbère était le chien polycéphale qui gardait l'entrée des Enfers. Lui non plus n'a aucune pratique connue du saxophone. Son nom est utilisé pour désigner des gardes peu avenants. Le cerbère est donc fort utile si vous voulez que l'on vous fiche la paix. Il faut cependant le nourrir. Ce qui peut vous coûter un bras, d'autant que le cerbère ne se fournit pas au détail, mais en équipe, contrairement au Cerbère mythologique qui avait toutes ses têtes sur un même corps, et donc ne s'absentait jamais pour aller mener une vie de famille.

Dans la bande dessinée, les « raisons » de Masque-rouge peuvent être aussi vives et tranchantes qu'un épervier fondant sur sa proie, qu'une ritournelle frappant une oreille, qu'une réplique du théâtre de Molière.

3.
« - Êtes-vous le vrai Masque ?
- Êtes-vous le vrai roi ? »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 23 [Le roi et le masque])

Ce dialogue ne peut se concevoir que si on se demande si le roi est bien le roi ou l'apparence du roi, ou si Masque-rouge est bien Masque-rouge ou l'apparence de Masque-rouge, et si le roi est bien le roi et Masque-rouge est bien Masque-rouge, évidemment, c'est qu'il ne s'agit pas de Zoë et Tonio au Carnaval de Dunkerque.

4.
« Mon père disait que la sorcellerie est un mot bien commode pour juger toute chose qu'on ne peut expliquer... »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 27 [Louis XIII])

J'ignore si Louis XIII a jamais tenu ces propos. Il est cependant vrai que certaines personnalités influent sur les autres au point de troubler les existences. Ce n'est pas de la sorcellerie, c'est de la persuasion par la fascination. Il y a aussi la connaissance des plantes, des herbes, des propriétés de la nature et de leurs influences sur les vivants. Par contre, savoir préparer des frites, ou aller se faire cuire un œuf, ne relève aucunement de la sorcellerie.

5.
« - Pourquoi avez-vous choisi ce théâtre ? », demande L'Epervier au Condor. C'est que si nous nous plaisons sottement à comparer nos existences à des pièces, il est que rôle et masque n'ont que le temps de nos jours. La mort vient ; le masque tombe; le saxophone continue son solo et il n'y a plus de saxophoniste que ses os.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 février 2023.

27 février 2023

GRATTAGE CHARBONNAGE LABYRINTHE

GRATTAGE CHARBONNAGE LABYRINTHE

1.
« Maintenant ce n'est plus qu'un lopin de terre, un tout petit lopin sur une tête d'aiguille.
Quand je l'aperçois, je me gratte avec. »
(Henri Michaux, « Déchéance »)

2.
Le verbe « gratter » a des ancêtres partout : le latin médiéval « cratare », le vieux francique « kratton », le vieil allemand « kratten », l'allemand « kratzen », l'anglais régional « scrat », le suédois « kratta ». le verbe « gratter » me rappelle que dans la vie on est bien obligé, plus ou moins souvent, « d'aller se gratter », avec ou sans lopin de terre, rapport à ce que le réel a une fâcheuse tendance à ne pas nous donner ce que nous voulons. Pour avoir ce que l'on veut, il faut charbonner. Le législateur et l'administration ont pour objet de fixer les limites du grattage et les cadres du charbonnage. J'en conclus que notre existence se situe donc entre ces deux pôles du grattage et du charbonnage. Remarquez que cela n'empêche pas d'aimer la cornemuse.

3.
« Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde »
(Baudelaire « Le mort joyeux »)

« Et » est une conjonction de coordination et figure donc dans la célèbre liste mnémotechnique « mais, où, et, donc, or, ni ,car ». On ne se le demande d'ailleurs pas. Si la conjonction « et » s'avère fort utile pour relier des mots et groupes de mots, en tant qu'épluche-légumes, elle est parfaitement inopérante.

4.
Je lis sur internet ce titre « Inflation : le spectre d'une France à deux vitesses ». Je ne doute pas en effet que l’État finisse par trouver une façon de taxer les fantômes qui, de plus en plus nombreux, hantent les rues.

5.
« Quelle femme aux pieds nus, une chandelle à la main, nous fait ainsi la suivre à travers les corridors du labyrinthe ? »
(Frédérick Tristan, « L'Obsédante », le Cherche-midi, 1992, p.55)

Comme on sait, le mot « labyrinthe » désigne dans la mythologie grecque une série de galeries construites par l'architecte Dédale pour y enfermer le Minotaure » (je cite Wikipédia). C'est dire si le labyrinthe peut être nuisible à la santé. On évitera donc de s'encombrer d'un labyrinthe, ainsi que de s'engager dans des conduites labyrinthiques. La réduction des labyrinthes est d'ailleurs un problème qui préoccupe le législateur. Cela ne l'empêche pas de se perdre dans le dédale des lois, des réglementations, des réformes et des nécessités électorales. Les spécialistes du labyrinthe s'appellent « technocrates ». Certains de ces technocrates sont des architectes frustrés, voire des minotaures refoulés. Certains se prennent pour Thésée, ou pour Ariane, ou pour Icare. Ils n'ont pas tous pour emblème la « tête d’œuf » et cherchent souvent à faire porter les cornes à quelqu'un.

6.
La Chine et la Russie sont des pays lointains qui auraient tendance à se rapprocher.

7.
Il y a une dizaine d'années, on disait que l'Asie, de par ses dynamiques démographiques et économiques, dominerait bientôt le monde. On voyait cela comme un domination essentiellement économique et on s'en faisait une raison. Maintenant que cette domination pourrait se faire aussi par les armes, évidemment, c'est une autre histoire.

8.
« Le poids du raisin modifie la position des feuilles. »
(René Char, « Migration »)

Je lis sur Wikipédia que « la forte teneur en sucre » du raisin « peut, avec le temps, entraîner une cristallisation ». Si vous plongez le raisin dans un liquide (de l'eau bouillante par exemple), le sucre se dissout . Si vous le plongez dans la foule, le raisin disparaît écrasé. Si vous le plongez dans la lecture, il tache les pages. Mais vous pouvez le manger, cependant que certains bouquins sont indigestes et que la foule, comme dit la chanson de Jacques Brel, vous « grignote comme un quelconque fruit ».

9.
Je n'ai jamais entendu parler de cette histoire de grappe de raisin invisible qui se serait enfuie d'un laboratoire.

D'une manière générale, le raisin n'est pas plus invisible que la pipe de Maigret ou la vilenie de Poutine. Le raisin sert à faire du vin ; la pipe se fume ; Poutine massacre.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 février 2023.

27 février 2023

JE NE JAMAIS RENCONTRÉ DE YAOURT PARLANT ANGLAIS

JE NE JAMAIS RENCONTRÉ DE YAOURT PARLANT ANGLAIS

1.
Je n'ai jamais rencontré de yaourt parlant anglais. Donc, un pot de yaourt dans le rôle d'Hamlet, je n'y crois pas.

2.
Les soucoupes volantes ne sont pas des pianos. Sinon, ce seraient des pianos volants. Remarquez, ce serait joli pour interpréter la Sonate n°14 en do dièse mineur, opus 27 n°2 de Ludwig van Beethoven, dite « Sonate au Clair de lune », mais il faudrait alors prévoir des sièges volants pour un public ailé.

3.
Je déteste avoir froid. Ce monde est glacial.

4. 
« La dent de ton Erard, râtelier osanore,
Et scie et broie à cru, sous son tic-tac nerveux,
La gamme de tes dents, autre clavier sonore... »
(Tristan Corbière, « A une demoiselle »)

« osanore » est un adjectif qui désigne une fausse dent dont je lis qu'elle fut fabriquée jadis en ivoire d'hippopotame. Aussi une âme ne peut-elle être osanore ; un jambon non plus ; quant au yaourt, déjà qu'il ne parle pas anglais, alors hein.

5.
« J'entends comme un bruit de crécelle...,
C'est la male heure qui m'appelle. »
(Tristan Corbière, « Heures »)

Le mot « malheur » est composé à l'aide de « heur », qui vient du latin « augurium » (le message envoyé par les dieux et que décrypte l'augure). Une note de bas de page indique que l’expression « A la male heure » signifie « à l'heure de la mort ». Quant à la crécelle, elle produit un son aigre que l'on peut facilement considérer comme désagréable. Il serait étonnant que ce fût l'harmonieuse harpe ou une mélodieuse flûte qui signalât l'arrivée de la Camarde.

6.
« Toi qui planes avec l'Albatros des tempêtes, »
(Tristan Corbière, « Litanie du sommeil »)

Une note de bas de page indique que « l'albatros passe pour annoncer la tempête ». On ne peut donc pas compter sur l'albatros pour vous donner les résultats du tiercé ou des élections. D'ailleurs, à mon avis, l'albatros se rit des chevaux comme il se rit des archers, et je ne parle même pas des poètes, ni des députés.

7.
« … J'avais une amante là-bas
Et son ombre pâle me hante
Parmi des senteurs de lilas... »
(Tristan Corbière, « Ça »)

Je lis sur Wikipedia que le lilas (« Syringa vulgaris ») a été choisi comme la fleur représentant le caractère « robuste et ferme » des hommes et des femmes de l'Etat américain du New Hampshire. Certes, le lilas est un symbole plus joli que la crécelle, le cornichon, la tête de veau ou le yaourt. Quant au coq, il a une crête rouge et ses connaissances en anglais sont très limitées.

8. 
Vladimir Poutine est un homme d'Etat russe né le 7 octobre 1952 à Léningrad et qui n'est pas encore mort. Ce que pas mal de gens regrettent. Il aura fait tuer beaucoup de ses contemporains et se sera considérablement enrichi.

9. 
« Deux fers qui faisaient des parades bouffes ; »
(Tristan Corbière, « Duel aux camélias »)

Je ne sais pas si le son « f » ici exprime le ferraillement des épées, le frottement des lames en leurs « parades », mais je trouve sur internet ce virelangue :

« Des zazous farfelus qui cherchèrent leurs chaussures chassèrent sans souci des serpents qui sifflaient ».

Et je dis, halte-là : chasser des serpents sifflants avec les pieds nus me semble en effet, sans souci ou pas, relever du bouffon, du farfelu, du zazou, du fantasque, du zigoto, de la cafetière fêlée, voire de la folie furieuse, à flanquer ses fifres par la fenêtre.

10.
« Par Belzébuth ! contre la borne
Je viens de me rompre la corne !
…..........................................................
Comme les trucs sont démolis ! »
(Tristan Corbière, « Grand Opéra, IIème Acte »)

Le mot « corne » vient du latin populaire « corna » et du latin classique « cornua ». Le mot « corne » me rappelle l’expression « il fait un vent à décorner les bœufs ». Il ne me rappelle le hareng saur et le foie de morue que si je songe au hareng saur et au foie de morue. Il me rappelle aussi « le son du cor au fond des bois » (c'est de qui ça déjà ?), Roland à Roncevaux, et que le mot « horn » désigne en allemand comme en anglais aussi bien un instrument de musique qu'une corne d'animal. Quant aux « trucs », ils sont, comme l'écrit Corbière, « démolis », le lyrique étant rentré dans le décor.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 février 2023.

 

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