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citations
6 novembre 2023

ET NE PLUS FAIRE A LA FIN QU'UN POINT DANS LA NUIT

ET NE PLUS FAIRE A LA FIN QU'UN POINT DANS LA NUIT

1.
« Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés :
Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez,
Et si je ne m'abuse à lire dans son âme,
Il vous commandera de répondre à sa flamme. »
(Corneille, « Le Cid » I,1 [Elvire à Chimène])

De qui de quoi est-ce donc qu'il est question ?

- des « étranges lumières de Phoenix », même que ça s'est passé en 1997 aux Etats-Unis mais c'est pas sûr du tout que ça soit des OVNI et encore moins de pharalumineuse saucisses volantes ?
- Que le daron à Chimène est d'accord pour une éventuelle marida de sa fille avec un certain Rodrigue ?
- Des dons de voyance, de mentalisme, de télépathie, de psychologie qu'elle a, Elvire, la gouvernante de Chimène ?

2.
« Un moment donne au sort des visages divers,
Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers. »
(Corneille, « Le Cid » I,1 [Chimène à Elvire])

Chimène ici fait-elle preuve de :
- pessimisme ?
- de pessimisme quant à l'avenir de nos démocraties occidentales face à la montée en puissance d'un tas d'autoritarismes extra-européens ?
- D'une charmante lucidité ?
- D'une lucidité versifiée ?
- D'un grand amour pour la vérité en général et pour le poulet froid frites-mayo en particulier ?

3.
« Voulez-vous demeurer dedans la rêverie ? »
(Corneille, « Le Cid » I,2 [Léonor à l'Infante])

Qu'est-ce donc que ceci ?
- Une question sur l'intérêt que l'Infante (c'est une princesse) porte au rock progressif ?
- Une question sur la mélancolie ?
- Une question sur la fumette ?
- Une remarque sur la hauteur du Mont Blanc (4805 mètres) comparée à l'ego de Jean-Luc Mélenchon ?
- Ceci n'est pas une pipe. Et pas non plus une moustache.

4.
« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes »
(Corneille, « Le Cid » I,3 [le Comte à Don Diègue])

Ce vers est-il monosyllabe ou monosyllabique ?
- Il est monosyllabique car il est composé de douze syllabes (on disait jadis « pieds » mais on ne le dit plus. Pourquoi ? Je ne sais pas).
- Il n'est pas monosyllabe car un vers monosyllabe est composé d'une seule syllabe. Par exemple, ce poème de Jules de Rességuier (« Sur la mort d'une jeune fille ») est composé de 14 monosyllabes :

« Fort
Belle,
Elle
Dort.

Sort
Frêle,
Quelle
Mort !

Rose
Close,
La

Brise
L'a
Prise. »

- En tout cas, le vers suivant est :
« Ils peuvent se tromper comme les autres hommes », et ça, c'est bien vrai.

5.
« Ton impudence,
Téméraire vieillard, aura sa récompense.
(Il lui donne un soufflet.) »
(Corneille, « Le Cid » I,3 [le Comte à Don Diègue])

Pourquoi donc que le Comte donne un soufflet à Don Diègue ?
- Parce qu'il est méchant et jaloux, bouh, comme un pou ?
- Parce que cet acte est l’élément déclencheur de la tragédie de Corneille intitulée « Le Cid » et qui fut représentée pour la première fois le 7 janvier 1637 ?
- Pour rallumer un feu qui pourrait s'endormir et ne plus faire, à la fin, qu'un point dans la nuit ?

6.
« Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! »
(Corneille, « Le Cid » I,4 [ Don Diègue])

Pourquoi donc qu'il s’exclame ainsi, le « téméraire vieillard » ?
- parce qu'il est trop vieux pour courir le jupon ?
- Parce qu'il sent bien qu'il ne l'a plus si délié, son citron ?
- Parce qu'il déteste les chicons au gratin ?
- Parce qu'il a oublié le pain, et donc la moutarde lui monte au nez ?
- Parce qu'à l'âge qu'il a, il ne saurait plus se battre en duel et venger son honneur, lequel s'en bat les flancs ?

7.
Le Comte étant le père de Chimène, et Rodrigue étant le fils de Don Diègue, et Don Gomès ayant souffleté le « vieillard téméraire », que va-t-il se passer ?

- Don Diègue va-t-il proposer à Rodrigue d'aller casser une croûte dans une brasserie du coin, histoire de décompresser ?
- Y aurait pas là comme un air de vendetta, de corrida, de trucida ? En tout cas, pour la marida avec Chimène, bin c'est-y pas qu'c'est pas gagné ?
- Don Diègue va-t-il proposer à Rodrigue de venger l'honneur familial et d'aller un peu trépasser le père de Chimène, même qu'il lui dit, Don Diègue à Rodrigue : « Meurs ou tue. » ? Ah ça, la tragédie classique, ça rigole pas, surtout avec l'honneur, lequel s'en tamponne la coquille.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 novembre 2023.

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26 octobre 2023

DIABLE C'EST LOURD ! AH ÇA OUI...

DIABLE C'EST LOURD ! AH ÇA OUI...

1.
« Le mystérieux, l'énigme, le sens caché au cœur des phrases font partie de notre jeu. »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [la Rose à Corto])

Que signifie ce discours de la Rose ?
- Que la poésie est par essence énigmatique ?
- Que le « mystérieux, l'énigme, le sens caché » courent les répliques et les paroles les plus anodines aussi souvent que les passants traversent la rue ?
- Que l'énigme est la clé de ce monde de la même manière que si vous mettez du sucre dans votre café, alors il sera sucré ?
- Que, comme le dit Juliette Armanet, ce matin du 26 octobre 2023 sur France Inter, à propos du film « Les Choses de la vie », il y a « un film fantôme caché dans cette chanson » (la mélancolique « Chanson d'Hélène ») ?
- Qu'on ne fait pas d'énigmes sans se creuser la cervelle ?

2.
« Et ne sois pas trop surpris. En cheminant sur le sentier de l'éternel retour, tu nous rencontreras sans cesse, nous autres démons. »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [un démon à Corto])

Que signifient ces mots ?
- Que Corto Maltese, aussi bien que nous autres humains, est damné, condamné à cheminer « sur le sentier de l'éternel retour » ?
- Que l'éternel retour est par essence diabolique ?
- Qu'il n'y a pas plus de fin de l'Histoire que de bonne volonté et de bienveillance dans la tête d'un cadre d'un parti extrémiste ? Et qu'en conséquence, les Français feraient bien de se méfier du piège que l'éternel retour s'apprête à leur tendre aux présidentielles 2027 ? Voulez-vous vraiment le retour du pétainisme ? Voulez-vous vraiment être dirigés par le spectre du trotskisme ? Voulez-vous vraiment que Marianne lèche les bottes de Poutine ?
- Que les démons parlent français aussi bien qu'en Angleterre les démons parlent anglais ; ce qui prouve que les démons s'acclimatent partout, au point qu'ils circulent anonymes et poignards en tête ?
- Que la démocratie aura été une belle parenthèse dans l'histoire humaine et que la paix durable est une utopie ?

3.
« Diable, c'est lourd ! »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [le Diable])

Quelle est la cause de cette exclamation du Diable ?
- Le poids de l'Humanité ?
- La lourdeur des raisonnements de bon nombre de députés ?
- La réforme Blanquer revue et corrigée par Gabriel Attal ?
- La dalle que le Diable soulève et qui va laisser surgir des profondeurs les figures de « Caïn, Judas, Balal En Shînaar [je sais pas qui c'est, je reprends juste le nom donné dans l'album], Merlin l'Enchanteur, Eve, Jeanne d'Arc, le pape Clément V, Gilles de Rais, Dick Turpin [c'est un bandit de grand chemin britannique du 18ème siècle], et... Raspoutine ! [Ah, je savais bien qu'il finirait par se manifester]. »
- L'horloge de l'Apocalypse ?

4.
« C'est pourquoi les libertés publiques ne sont pas de simples règles religieuses ou morales, mais des règles juridiques. »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [lKlingsor])

Cette phrase, qu'implique-t-elle ?
- Que le droit positif est bien supérieur au droit naturel, lequel aurait vite fait, si on n'y prend garde, de prendre les masques de la religion ou de la morale pour réduire les humains en esclavage ?
- Qu'il n'y a pas, comme Klingsor le dit aussi, « de véritable liberté sans légalité » ?
- Que la Déclaration des droits de l'Homme ne se réfère jamais qu'à un droit « théorique et imaginaire » (il le dit aussi, ça, Klingsor, et nous voyons que Hugo Pratt s'intéressait aussi à la philosophie du droit, dite aussi philosophie politique) ?
- Qu'on ne peut reprocher à personne de n'avoir pas été foudroyé par quelque puissance surnaturelle ?
- Que le Diable va en être pour ses frais et Corto Maltese acquitté d'avoir refusé de se soumettre à la fatalité infernale de l'éternel retour ?

5.
Devinez un peu quoi qu'il arrive à la fin de l'album ?
- Corto Maltese glisse sur une peau de banane (le Diable a plus d'une peau de banane dans son sac) et se retrouve à l'hôpital ?
- Corto enregistre une galette électrique avec les Grateful Dead (y figure notamment le célèbre morceau « La Ballade de la Mer salée ») ?
- Corto décide de rester au pays des légendes helvétiques et, malgré les avertissements du chevalier Klingsor, tombe amoureux de la redoutable fée Kundry ?
- Corto se réveille dans son lit et Erica lui apporte son café du matin ?
- Corto part dans le soleil couchant, vers d'autres aventures, à cheval et chantonnant : « I'm a poor lonesome cow-boy » ?

Patrice Houzeau
Malo, le 26 octobre 2023.

26 octobre 2023

LE REEL EST CE QUI S'AFFRONTE

LE REEL EST CE QUI S'AFFRONTE

1.
« Ah tais-toi donc ! Nous avons une réalité à affronter. Viens ! »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [Klingsor à Corto])

Que veut ici dire Klingsor ?
- qu'il est en quelques planches passé de l'enfant dans la maison de Hermann Hesse au chevalier maudit. Mais est-ce le même Klingsor ? Je sais pas trop. Je ne suis pas assez attentif vu que je lis et j'écris tout en écoutant l'épatante Imelda May chanter du rock n' roll, du vrai, celui qui peut se jouer sur scène sans bidouillages électroniques de partout, du qui swingue, du genre rockabilly, si vous voyez ce que je.
- Que le réel est quelque chose qui s'affronte, sinon on s'écroule, s'effondre, puisque nous sommes tous, nous autres, des fighting spirits ?
- Qu'à chaque jour suffit sa peine, mais que quand faut y aller, faut y aller ?
- Qu'on n'est pas au bout de nos peines, surtout avec la sale guerre de Poutine en Ukraine et le conflit Israël-Hamas, et les glaciers qui fondent même que j'ai entendu sur France Inter que certains scientifiques disaient que même si on atteignait les objectifs prévus par les différentes conférences sur le climat, on allait quand même droit vers des soucis majeurs et autres catastrophes ?
- Que le chevalier Klingsor va provoquer la modernité en duel ? Du reste, le réel est ce qui s'affronte puisque ce réel s'impose à nous malgré les accords que nous avons passés avec nos fantômes.

2.
« Vous me cassez les pieds avec vos théories. Je me trouve ici à cause d'un rêve. »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [« l'ogre »-gorille à Corto et Klingsor])

Que veut dire ici le gorille (et c'est tout de même épatant ça, un gorille qui parle aussi bien que vous et moi touillons notre café) ?
- que la vie est un songe ?
- Qu'il ne veut pas se laisser prendre au filet des théories qui essentialisent souvent, quand elles ne disjonctent pas complètement comme bien des théories à la mode dans cet apogée du bavardage que sont les sciences humaines ?
Remarque : Le mot « apogée » ici peut aussi avoir le sens de « point de l'orbite d'un corps céleste le plus éloigné de la Terre ».
- Qu'il arrive que les rêves se réalisent, c'est-à-dire que, contaminés par le réel, ils deviennent à leur tour des sources de soucis à n'en plus finir ?
- Qu'on lui casse les pieds avec nos théories et que si ça continue, il va tout squéter et en faire une sculpture césarienne, du chevalier Klingsor en son armure là, un genre de ratatinage ferreux quoique esthétique (en tout cas, selon les critères des collectionneurs d'art moderne qui ne savent pas quoi faire de leurs sous) ?
- Qu'il faut pas toucher au grisbi et fiche la paix aux mômes avec votre SNU à la noix, bande de malades.

3.
« La rose alchimique est la clef de tout notre monde médiéval construit sur la légende initiatique... »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [Le chevalier Klingsor à Corto])

C'est quoi ça donc ?
- Une manière de dire que la fleur appelée rose est pleine à craquer de connotations, de symbolisme et tout ça auquel on ne pense pas toujours (c'est qu'on n'a pas qu'ça qu'à faire) de même qu'au moyen-âge, la plupart des gens, je suppose, n'y pensaient jamais, au symbolisme de la rose (rapport à ce qu'ils zavaient pas qu'ça qu'à faire non plus, les gens) ?
- La rose alchimique serait-il le nom qu'au moyen-âge on donnait au LSD ? Ce qui expliquerait bien des incongruités, sans compter les aventures hallucinées des chevaliers de la Table Ronde et moult fascinations ?
- Fumisterie, billevesée, sottise, ésotérique n'importe nawak, galimatias brumeux, foutaise à barbiche, lalannerie bêlante ?
- Le début d'un livre écrit pour épater le zozo et lui faire acheter bien cher un bouquin censé lui révéler les secrets de l'Histoire du Monde cependant qu'il n'y trouvera que perlimpinpineries et anachronismes drolatiques ?
- Le début d'un sketch des Monthy Python ?

4.
Corto Maltese doit rentrer dans un château qui parle pour en ramener la rose alchimique et la remettre au « chevalier sorcier, messire Klingsor ». « Et comment feras-tu pour traverser sur le fil de l'épée ? » lui demande la voix du château.
Comment Corto Maltese va-t-il résoudre ce problème ?
- Il ne va pas le résoudre car il va se réveiller ; Corto, c'est juste un gros mytho, ou alors un grand rêveur, et il n'y a pas plus de château qui parle, de rose alchimique, de fil de l'épée à traverser que d'osse en la banane ?
- Il ne va pas le résoudre seul car c'est le moment que va choisir Raspoutine pour apparaître, même qu'il a placé une machine infernale dans le château et dans une autre histoire et que tout va donc exploser ?
- Il va le résoudre par un oh c'est bien simple mais je ne vous dirai pas comment ; zavez qu'à lire l'album. Et comme vous avez soif de culture, vous en profiterez pour écouter un album de Imelda May, du rock n' roll comme on n'en fait plus, sauf que si, puisque Imelda May en fait.
- Il va appeler Mandrake le Magicien, lequel en un shazam de bon aloi va métamorphoser l'épée et son fil en un pont très solide ?
- Il va, grâce à des arguties dont seul Hugo Pratt avait le secret, convaincre le fil de l'épée de le laisser passer ?

5.
Dans « Les Helvétiques », il y a un moment où Corto Maltese danse. Mais avec qui danse-t-il ?
- avec les Grateful Dead en concert dans quelque farce médiévale ?
- Avec quatre squelettes, lesquels interprètent sur leurs instruments, le branle (c'est une danse médiévale) intitulé « La Délurée du couvent » ?
- Avec personne. D'ailleurs, il croit qu'il danse, mais en fait il rêve.
- Avec sa cousine, même qu'après ils iront manger de la tarte aux abricots, parce que c'est dimanche et que c'est l'été ?
- Avec la Mort, laquelle l'a rattrapé et lui accorde une dernière danse avant que je referme l'album et que j'aille me coucher ?

Patrice Houzeau
Malo, le 26 octobre 2023.

25 octobre 2023

OU DIABLE CET ESCALIER MENE-T-IL ?

OU DIABLE CET ESCALIER MENE-T-IL ?

1.
« … Tous ne s'appellent pas Klingsor, et tous ne sont pas fils de l'imagination exaspérée d'écrivains comme Hesse et Wolfram von Eschenbach, ni de musiciens comme Wagner... »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [Klingsor])

Que puis-je baladiner de cette phrase ?
- qu'à la place de « exaspérée », j'aurais peut-être mis « exacerbée » mais je ne connais ni l'italien ni la version originale de cette planche.
- Que je me souviens de mes premières lectures des aventures de Corto Maltese dans Pif Gadget (when I was môme) : je n'y avais rien compris (je me souviens d'une planche où des gens se tiraient dessus dans un dédale de maisons blanches avec de grandes ombres noires partout et des crac pour onomatopéiser les coups de fusil). Je n'y avais rien compris mais ça m'avait fasciné.
- Que relire « Les Helvétiques » en écoutant le premier album des Stray Cats (ah ce bon vieux rock n' roll !), ça me flanque un coup d'nostalgie dans la neuronale.
- Qu'avec le temps, je tends à préférer le bon vieux rock n' roll (guitare, basse, batterie et du swing) à bien des prétentions psychédélico-progressives qui vous ont parfois un goût de vieille montre molle (quelques heureuses exceptions cependant chez les Beatles et Pink Floyd).
- Que j'avais bien aimé « Le Loup des steppes », de Hermann Hesse qui était assez à la mode chez les lycéens des sections littéraires du début des années 80.
- Que je n'ai pas lu Wolfram von Eschenbach ; qu'il faudrait que je le fasse, s'il reste assez de sable en mon sablier.
- Que je n'aime pas beaucoup la musique de Wagner – trop lourd trop long - (je préfère les opérettes d'Offenbach, ce qui swingue et ironise).

2.

« - Vous rendez-vous compte que votre incrédulité me chasse dans le monde de l'imaginaire et que je ne pourrai plus en sortir ? »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [Klingsor])

Que puis-je caraveller de cette phrase ?
- que les personnages de fiction sont des fantômes, des exclus de ce monde des vivants que nous partageons comme si nous étions de ce monde ?
- Que notre incrédulité nourrit ces mondes parallèles qui, de moins en moins étanches, vont finir par envahir le réel et nous plonger dans une folie collective où nous nous exaltons déjà ?
- Que les étranges histoires de H.P. Lovecraft et de Hugo Pratt sont des prémonitions de cette invasion du réel par les fictions des mondes parallèles ?
- Que les albums de bande dessinée sont des synchronies dans lesquels les personnages sont condamnés, de case en case, à répéter sous nos yeux les mêmes gestes, à prononcer les mêmes paroles. Ils se révèlent à chaque lecture.
- Que c'est le propre des revenants de hanter un même lieu et de répéter les mêmes gestes, pris qu'ils sont dans une boucle, une boucle, boucle temporelle ?
- Que nous nous croyons les acteurs d'une diachronie que, prétentieusement, nous appelons Histoire et qu'en fait nous ne sommes que les spectres de la synchronie de l'éternel retour.

3.
« Des châteaux du Saint-Graal, on en trouve quelques-uns en France, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et dans le Pays de Galles. »
(Hugo Pratt traduit par Céline Frigau, « Les Helvétiques » [Steiner])
Que puis-je kaamelotter de cette phrase ?
- que ça fait beaucoup de « châteaux du Saint-Graal » tout de même : - le Graal aurait-il le don d'ubiquité ?
- Que je m'étonne (mais c'est parce que je suis très ignorant) que Steiner de mentionne pas l'Irlande. Allant quêter sur Wikipédia (la technologie nous évite bien des départs), j'y trouve mention du « Saumon de la sagesse », lequel, d'abord saumon aussi ordinaire que vous et moi, ayant mangé « les neuf glands tombés de l'arbre du savoir dans le fleuve Boyne – ou parfois le Shannon », devint énorme car il était plein du savoir du monde.
- Que la matière de Bretagne, la légende arthurienne, le mythe du Saint-Graal ont nourri l'imaginaire occidental aussi bien que le « Cogito » de Descartes a fondé l'usage moderne de la raison et que Molière et Shakespeare nous ont donné le goût du théâtre.

4.
Corto Maltese , dans « Les Helvétiques », échappe à l'universelle Faucheuse, dont le manteau d'ombre couvre la majeure partie de la case 1 de la planche. Corto s'enfuit, effrayé cependant que la Mort, en ses mouvements de faucheuse, courbe herbes et plantes. Au bout de sa course, une tour. « Où diable cet escalier mène-t-il ? » qu'il dit, le personnage de Hugo Pratt ?
- à la cuisine où Corto pourra se faire cuire un œuf ?
- À la bibliothèque de Babel dont il est issu, comme tous les personnages de fiction, hein quand on y songe, qu'au fond, Corto Maltese, dans la bibliothèque qui n'en finit pas, il est chez lui, n'est-ce pas ?
- A trois lettres de l'alphabet hébreu ?
- Au fumoir, où Corto pourra s'en griller une en buvant un whisky. Il l'a bien mérité, allez !
- Dans son lit, cause que Corto Maltese, c'est un grand rêveur, et un gros mytho itou ; qu'en fait, il n'a jamais quitté sa chambre d'étudiant quelque part dans une ville universitaire d'Italie, même que tout le reste n'est que littérature et fables pour littéraires ?

5.
Ah tiens, une allitération dans la bouche de la fée Kundry (cf « Les Helvétiques », de Hugo Pratt). Citons cette présentation de Kundry la rousse par Kundry aux yeux verts : « Je suis pucelle et magicienne, et avec mes servantes nous façonnons des rêves fabuleux, fantastiques, fatals et funestes pour faire prisonniers ces chevaliers du Saint-Graal chastes et assommants. » J'aime bien. C'est amusant.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 octobre 2023.

 

22 octobre 2023

LES TROIS SINGES ONT RAISON

LES TROIS SINGES ONT RAISON

1.
« Il avait suffi de placer une arme entre ses mains pour que la jeune femme se transformât en un adversaire agressif. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)

Cette phrase nous apprend que :
- il ne faut jamais faire confiance aux jeunes femmes surtout si on leur met une arme entre les mains ?
- Qu'elle a des yeux revolvers ?
- Qu'Adela de Otero est une remarquable escrimeuse ?
- Qu'un bigoudi armé est moins dangereux qu'une femme fatale dans un roman de Arturo-Pérez Reverte ?
- Les heures allument les yeux. Avec une courtoisie glacée, elle sort son poignard. Elle ne s’excuse pas, mais reste polie et s’exécute.

2.
« - Je ne suis pas d'accord. En réalité, il n’existe aucun sujet dont on puisse parler longuement.
- Si, l'escrime. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime » [de Ayala et Astarloa])

Cet échange signifie-t-il que :
- la plupart des sujets de conversation sont ennuyeux surtout si on ne s'y intéresse pas ?
- Qu'on a vite fait le tour de la plupart des questions qui ne sont intéressantes que d'un point de vue technique ?
- L'escrime est un art tout autant qu'un sport de combat ?
- L'escrime est ici la métaphore de la politique, laquelle finit parfois en pugilat ?
- Si on n'y connaît rien en escrime, il y a tout de même des tas d'autres sujets dont on peut longuement parler, surtout si on radote, si on remet une tournée, si on digresse, si on s'embrouille et qu'on finit en garde à vue pour s'être battu dans un bistrot avec quelqu'un qui ne partageait pas votre point de vue sur l'intérêt des chicons au gratin ou l'influence du lambertisme au sein de l'éducation nationale.

3.
« The devil speaks truth much oftener than he's demmed. / He has an ignorant audience... »
(Byron cité par Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime » [Adela de Otero])

Cette citation de Lord Byron faite par Adela de Otero signifie-t-elle que :
- l'enfer est pavé de bonnes intentions, dont j'apprends par le Wiktionnaire qu'il s'agit d'un proverbe du 18ème siècle tiré d'une phrase attribuée à saint Bernard de Clairvaux : « l'enfer est plein de bonnes volontés...» ?
- Que ce n'est pas parce que l'on porte des cornes que l'on ne dit ni plus ni moins la vérité que la plupart des autres légendaires ?
- C'est justement parce que le diable dit parfois la vérité qu'il est radicalement dangereux ?
- Que le mieux, c'est de n'écouter ni diable ni dieu, d'envoyer paître leurs zélateurs, et de s'en remettre à la bonne vieille raison humaine qui ne fait pas de miracles mais qui a réussi pas mal de prodiges ?
- Que lorsque Mick Jagger chante dans « Sympathy for the Devil » :

"I've been around for a long, long year
Stole many a man's soul and faith
I was 'round when Jesus Christ
Had his moment of doubt and pain",

il énonce cette vérité que si le diable existe, ça fait une éternité qu'il hante les humains et que donc rien d'étonnant à ce qu'il ait vu le Christ douter et Ponce Pilate se laver les mains ?

4.
« Bien qu'il fût encore incapable de considérer l'ensemble de l'affaire dans ses plus fines implications, les premiers indices commençaient à révéler le rôle que lui-même y avait joué. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)

Ce constat signifie-t-il :
- qu'il vaut mieux pas, si peu que ce soit, se mêler de ce qui ne nous regarde pas, au risque de déclencher des catastrophes ou d'être accusé de déclencher des catastrophes ?
- Qu'on se croit maître de soi mais qu'on est surtout manipulé par ces puissances étrangères que l'on appelle « les autres » ?
- Qu'à petite cause, grands effets ?
- Que le diable se cache dans les détails comme le terroriste dans la foule ?
- Que si j'aurais su, j'aurais pas venu et que les trois singes ont raison ?

5.
« Suis-je suspect ? demanda-t-il.
Campillo cligna ses yeux de poisson.
- Lequel d'entre nous ne l'est pas, par les temps qui courent ? commenta-t-il d'un ton frivole. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)

Cette remarque implique-t-elle que :
- tout innocent est un coupable qui s'ignore ?
- Que toute démocratie est fragile et qu'il se pourrait bien que nos démocraties libérales soient de plus en plus souvent confrontées à des menaces existentielles ?
- Que toute démocratie est fragile et qu'il se pourrait bien que nos démocraties libérales soient maintenant obligées de lutter pour leur survie dans un monde qui décaroche complètement ?
- Que l'ennemi de la démocratie et des libertés n'est pas seulement extérieur mais qu'il a aussi été nourri, éduqué, protégé par notre bienveillance, qu'il vit parmi nous et qu'il s'apprête à nous frapper en plein cœur ?
- Que c'est le genre de situation qui nous attend si aux présidentielles 2027, les Français se laissent aller à élire un président ou une présidente extrémiste de droite ou de gauche ?

Patrice Houzeau
Malo, le 22 octobre 2023.

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21 octobre 2023

PARADE

PARADE

1.
« Parer, engager, rompre, améliorer sa position de jambe... Une deux, Salvadorin, une deux, c'est cela, compas, cette feinte, bien, évitez le fleuret, parez,... »
(Arturo-Pérez Reverte traduit par Florianne Vidal, « Le Maître d'escrime »)

Les termes employés dans cette phrase relèvent-ils :
- du lexique de la gymnastique ?
- Du lexique de la politique et de la malhonnêteté intellectuelle ?
- Du lexique de l'escrime ?
- De la langue mystérieuse des illuminati et autres reptiliens qui, selon têtes creuses, désaxés, complotistes trollesques et autres petits enfoirés payés pour, gouverneraient ce monde ?
- Du bigoudisme le plus échevelé ?

2.
« On utilise les fausses attaques composées pour tromper l'adversaire. Elles commencent par une attaque simple. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)

Cette citation qui semble sortie d'un traité d'escrime peut-elle s'appliquer :
- partout et tout le temps, à la façon d'un présent de vérité absolue ?
- De l'art de la politique et de la circonvolution ?
- À l'art d'attaquer le cornichon en feignant de le prendre pour un jambon ?
- À l'effervescence de l'éléphant dans une chanson de Syd Barrett ?
- A l'enfumage dans les affaires enfumées où on ne sait plus qui a fait quoi, pourquoi, comment et voilà comment Sarkozy tente de se tirer des casseroles ?

3.
« En effet, bien qu'il connût son nom, tout ce qui entourait cette femme paraissait voilé de mystère. »
(Arturo-Pérez Reverte traduit par Florianne Vidal, « Le Maître d'escrime »)

Cette femme mystérieuse est-elle :
- fatalement la femme fatale d'un roman, qui, comme bon nombre de romans, évoque la fatalité des humains à se fourrer dans des situations qui peuvent leur être fatales ?
- La fille de Belphégor ?
- La fille de d'Artagnan (j'ai bien aimé le film) ?
- Une remarquable escrimeuse ?
- Madame Irma, voyante de son état, son chat et son viandox ?

4.
« Cette unique ambition, découvrir le mouvement insoupçonné, infaillible, tourmentait son âme depuis sa prime jeunesse, aux temps lointains de l'Ecole militaire, quand il s'apprêtait à rentrer dans l'armée. »
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime »)

De quelle ambition est-il vraiment question ici ?
- l'ambition de ne jamais mentir ni de jamais manquer à l'honneur ?
- L'ambition de trouver le truc infaillible qui fera que plus jamais vous ne raterez une mayonnaise ?
- L'ambition de rejoindre les rangs d'une société secrète qui un jour gouvernera le monde et ainsi d'accomplir son destin de dépendeur d'andouilles ?
- Vous connaissez le secret d'une bonne purée ?
- L'ambition de toujours frapper comme l'éclair ?

5.
« Les petits maîtres le déconseillent parce qu'ils disent que cela détruit la grâce, mais dans les duels où l'on joue sa vie on ne doit omettre aucun moyen qui serve la défense.
(Arturo-Pérez Reverte, « Le Maître d'escrime » [Montespan])

Cette leçon se continue-t-elle par :
- Qui c'est qui a laissé tomber sa moumoute dans la soupe à l'oignon ?
- « Si j'aurais su, j'aurais pas venu » ?
- « Est-ce ainsi que les hommes vivent » ?
- Qui va à la chasse perd sa ?
- « En tout cas, ne contreviens pas aux règles de l'honneur. »

Patrice Houzeau
Malo, le 21 octobre 2023.

19 octobre 2023

LA DELICATESSE DU SPIRITE

LA DELICATESSE DU SPIRITE

1.
« Pernichon l'entendit mal, mais obéit cependant. Il traversa en aveugle une pièce beaucoup plus sombre, une galerie, franchit le dernier seuil, et aperçut enfin l'hôte mystérieux,... »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Qui peut bien être cet « hôte mystérieux » ?
- le diable polyglotte ?
- Le Sphinx ? Belphégor ? Mandrake ? Le ténébreux rédacteur de la réforme Blanquer ?
- Le plombier ?
- Le dentiste ?
- Quelque coin-coin carnivore et assez géant pour vous déchirer, vous désosser, vous décortiquer et vous engloutir ?
- Le gardien de la Loi devant lequel vous allez attendre longtemps, longtemps, longtemps jusqu'à ce que la nuit tombe et que le gardien de la Loi vous signifie de revenir le lendemain ?

2.
« La place n'est pas vide, il n'y a pas de place du tout ; il n'y a rien. »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Ce constat est-il :
- implacablement lucide ?
- Bigoudesque ?
- Nihiliste ?
- Sceptique ?
- Bigoudesque et lacunaire ?
- Désespérant et géométrique ?
- Algorithmique et même pas aux pommes ?

3.
« Il posa délicatement sur le guéridon son petit poing fermé, sans doute dans l'illusion de marquer ainsi son indomptable résolution de vivre et mourir à l'avant-garde de son siècle. »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Le personnage ici présent est-il :
- implacable et lucide comme un qui rumine une vengeance devant l'injustice du sort, les aléas de la réforme Blanquer, l'inflation qu'on nous a dit que mais qu'en fin de compte hein on s'fait voler ?
- La délicatesse du spirite ?
Bigoudesque, nihiliste, sceptique et lacunaire mais ça ne fait rien, comme il a une petite faim, il va quand même se faire cuire un œuf ?

4.
« - j'en donnerais plutôt cent autres pour tirer de vous une parole qui ne soit pas abjection pure.
- Abjection, objection, projection, dit l'idiot. »
(Bernanos, « L'Imposture » [L'abbé Cénabre et quelque bougre])

Ce que dit l'idiot est-il ;
- idiot parce que c'est un idiot qui le dit que si c'était pas un idiot alors ça n'aurait pas de sens ?
- Une comptine, une constatation, une altercation, une objurgation, une conspiration, une constipation ?
- Les dernières paroles de l'idiot avant que l'abbé, avec son grand pouvoir surnaturel, lui foudroie la vie intérieure qu'est toute occupée, que ça, c'est parce que l'abbé (non, ce n'est pas l'abbé Bernanos) i croit que l'idiot, c'est un possédé du démoniaque, un pas beau des ténèbres qui traverse les romans avec son air de maquignon sur la route de Boulogne ?

5.
« Il y en avait une – bon Dieu de bon Dieu quel oiseau ! - un fondant rose, patron ! toute jeunette, et frisée, une gosse, quoi ! Elle venait m'essuyer avec son petit mouchoir de soie et puis, vlan ! vlan !... C'est elle qui tapait le plus fort, et juste. »
(Bernanos, « L'Imposture » [l'idiot])

Cette phrase évoque-t-elle :
- une séance de sado-masochisme ?
- Une scène d'agitation échevelée dans un dessin animé de Tex Avery ?
- Un fracassant morceau de hard rock ?
- Un désaccord politique dans un parti extrémiste ?
- Une partie de fondant ?

6.
« Qui n'a rien ne doit rien, je vous prie de remarquer la parfaite correction de mon calcul. »
(Bernanos, « L'Imposture » [Cénabre])

Cette réplique est-elle :
- comptable ?
- Lucide et exaspérante comme un entêtement ?
- Grimaçante qu'à ça, y a rien à répondre, rien à dire, y a plus qu'à rentrer chez soi et se faire cuire un œuf ?
- Politique au sens où elle exprime une rupture du contrat social ?
- Athéiste au sens où qui ne croit pas en dieu ne doit rien à dieu mais tout à lui-même ?

7.
« Le trottoir a l'air de s'enfoncer sous ses semelles, la rue commence à virer lentement de droite à gauche, puis se balance imperceptiblement sur place, comme un navire retenu par ses ancres... »
(Bernanos, « L'Imposture »)

Cette image évoque-t-elle :
- le début de l'album « L'Etoile mystérieuse », de Hergé, lorsque sous l'effet d'une chaleur inhabituelle, le réel devient mou, tout mou, caramel mou ?
- La dérive d'un il est ivre, ce type ?
- L'état de perspicacité d'un étudiant de Sciences-Po ?
- Les aléas de la sotte réforme Blanquer ?
- Le début d'un malaise dans la civilisation ?
- La chute de l'empire romain ? La dérive des continents ? La trahison des élites ? Le retrait des épées ? La débâcle capillaire ?
- Une scène au ralenti du déclin, mal-être, déstabilisation et renversement du politique prenant soudain conscience qu'il pourrait être mis en examen pour corruption ?

Patrice Houzeau
Malo, le 19 octobre 2023.

18 octobre 2023

A RIRE JAUNE ET CRACHER PAR TERRE

A RIRE JAUNE ET CRACHER PAR TERRE

1.
« Oui, la vie est un combat : mais ce combat n'est pas de l'homme contre l'homme, il est de l'homme contre la nature, et chacun de nous doit y payer de sa personne. »
(Proudhon, « Qu'est-ce que la propriété ? », chap. III, (1840))

Que penser de cette affirmation ?
- que Proudhon ignorait qu'au début du 21ème siècle, les humains se rendraient compte que l'activité humaine était en passe de flanquer le climat par terre et qu'il s'ensuivrait des catastrophes ?
- Que si l'activité humaine est en passe de dérégler le climat et que des catastrophes arrivent, c'est que peut-être l'humain n'est pas encore allé assez loin dans ses progrès technologiques, technocratiques, supranationaux et autres ingénieries à faire frémir ?
- Qu'elle fait rire jaune et cracher par terre tant la suite des événements prouve que l'humain est ennemi de l'humain au point de se multiplier tant et plus qu'un état de guerre permanent semble désormais inévitable 
- Contredit-elle ou illustre-t-elle ces paroles de « Dog Eat Dog » du groupe AC/DC :
« Well, it's a dog eat dog
Eat cat too
The French eat frog
And I eat you ».
- Contredit-elle ou illustre-t-elle ces paroles du « Dog Eat Dog » de Ted Nugent :
« Sabotage on a downtown street
Police cars overturned
You can't do nothing to beat the heat
And if you don't, you'll get burned »
- Qu'il est trop tard, qu'une grande partie de l'humanité va crever, soit grillée, soit noyée, soit asphyxiée par une pandémie ou égorgée par la multiplication des conflits induits par la surpopulation et la rareté naturelle ?
- Qu'ça va pas, qu'ça va pas du tout, du tout, du tout et qu'ça va faire qu'empirer (poil au nez).

2.
« Le droit d'user et d'abuser n'appartient pas plus au peuple qu'à l'homme ; et viendra le temps où la guerre entreprise pour réprimer l'abus du sol chez une nation, sera une guerre sacrée. »
(Proudhon, « Qu'est-ce que la propriété ? », chap. III, (1840))

Que penser de cette affirmation ?
- qu'elle est singulièrement prophétique, tragique et inquiétante ?
- Qu'elle est déconnectée de la réalité des nécessités politiques, lesquelles sont induites par la rareté naturelle ?
- Que plus le problème de la rareté naturelle se fait aigu, plus le politique est actif et dominant, et plus les risques de conflits se multiplient ?
- Qu'elle illustre ces paroles de « A Day In The Life », des Beatles :
« I saw the photograph
He blew his mind out in a car
He didn't notice that the lights had changed
A crowd of people stood and stared »
- Qu'étant donné que ça pète de partout, la France va certainement continuer à sauver sa balance commerciale grâce à ses ventes d'armes ?

3.
« Il faut au travailleur un salaire qui le fasse vivre pendant qu'il travaille, car il ne produit qu'en consommant. »
(Proudhon, « Qu'est-ce que la propriété ? », chap. III, (1840))

Cette phrase implique-t-elle que :
- Une consommation en baisse induit une baisse de production, une hausse du chômage et une multiplication des risques de troubles sociaux et sociétaux ?
- Que si la production compte sur les seuls marchés extérieurs pour assurer sa pérennité, elle se fiche le doigt dans l’œil jusqu'à la masse car des salaires intérieurs trop bas, multipliant les risques de troubles sociaux et sociétaux pourraient amener au pouvoir dictature, populisme et contre-production ?
- Le bien fondé des paroles de la chanson « Déjeuner en paix », de Stephan Eicher et Philippe Djan :
« Je regarde sur la chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent
« Crois-tu qu'il va neiger ? » me demande-t-elle soudain
« Me feras-tu un bébé pour Noël ? »
- Que le droit positif est une lutte constante contre le prétendu droit du plus fort (ou du plus rusé), lequel s’exerce partout au prétexte que, comme chacun sait, la vie est violente ?
- Que si l'on veut éviter un parti extrémiste aux présidentielles de 2027, il faudra que le gouvernement rassure les gens sur leur avenir et leur sécurité, et quelque chose me dit que ce n'est pas gagné.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2023.

 

18 octobre 2023

CETTE OBSCURE CLARTÉ ET AUTRES ECLATS SINGULIERS

CETTE OBSCURE CLARTÉ ET AUTRES ECLATS SINGULIERS

1.
« L'amour, ce doux auteur de mes cruels supplices,
Aux esprits des amants apprend trop d'artifices. »
(Corneille, « Le Cid », v.1609-10 [L'infante])

Ces deux vers de Corneille vous donnent-ils envie de :
- vous recoucher ?
- « commander des pizzas aux entrailles assaisonnées de sang humain » je cite ici une réplique de Daria Morgendorffer de la série Daria (Episode « Dye ! Die ! My Darling ! ») que l'on doit à Suzie Lewis Lynn et Glenn Eichler ?
- De manger un hot dog, d'aller boire une bière, de vous faire des œufs sur le plat ?
- De relire un ou deux albums de Lucky Luke ? De revoir un film des Marx Brothers ?
- De passer l'aspirateur ?

2.
« De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges ? »
(Corneille, « Le Cid », v.1113 [Chimène])

- du Pape ?
- Des propagandistes pro-Poutine qui mentent comme s'ils n'étaient pas français ?
- De Jean-Claude Bourret, de Jean-Pierre Petit et autres conteurs de fables ufologiques à détourner l'attention ?
- De Sainte Apprenance ?
- Des voix des petits lutins et autres trolls complotistes qui grouillent sur internet ?

3.
« Percé jusques au fond du cœur
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, »
(Corneille, « Le Cid », I, 6 [Don Rodrigue])

Qu'arrive-t-il à Don Rodrigue ?
- il a perdu son Eurydice ?
- Il a perdu un max au casino ?
- Il s'a fait marronner par la fatalité ?
- Il a glissé sur une peau de banane et s'est cassé quelque chose ?
- Va falloir que pour de vieilles questions d'honneur, il tue un peu quelqu'un que ça l'arrange pas du tout because ce quelqu'un est le daron à sa chérie ?
- Il ne digère plus la morue ?
- Il se prend pour Napoléon au soir de la bataille de Waterloo ?

4.
« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles »
(Corneille, « Le Cid », v. 1273 [Don Rodrigue])

Ce vers est-il remarquable par :
- l’oxymore « obscure clarté » ?
- l’oxymore « obscure clarté » et les sourcils de Groucho Marx ?
- l’oxymore « obscure clarté » et le « Qu'est-ce qu'elles ont à m'dire, les étoiles ? » de la chanson « Chacun fait c'qui lui plaît » du groupe Chagrin d'amour ?
- Sa persistance à rester dans nos mémoires malgré le flot de stupidités que les médias déversent dans nos esgourdes ?
- Son éclat singulier ?

5.
« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse ; »
(Corneille, « Le Cid », v. 1001-2 [Don Diègue])

Ces vers expriment-ils :
- une réalité commune à bien des gens qui, sans problème particulier (pour l'instant), n'arrivent jamais à être tout à fait heureux ?
- La nécessité mélancolique ?
- Une digestion difficile ?
- L'envie de rester chez soi à lire des bandes dessinées en écoutant du Duke Ellington plutôt que d'aller fréquenter ses chronophages contemporains ?
- L'impossibilité d'être heureux dans un monde voué au malheur ?
- La sottise de ne pas se contenter de ce qu'on a dans un monde voué à la rareté naturelle ?
- L'envie d'un steak-frites lorsqu'on a plus que des pâtes dans le placard et plus beaucoup d'sous ?
- La complexité d'un problème de maths et le zéro qui pourrait en découler ?
- Le haussement d'épaules de la jolie fille ?

Patrice Houzeau
Malo, le 18 octobre 2023.

16 octobre 2023

LE PARTI DES ESPRITS

LE PARTI DES ESPRITS

1.
« La cause prochaine de la folie devra donc être une altération visible de cet organe qui est le plus proche de l'âme, c'est-à-dire du système nerveux, et autant que possible du cerveau lui-même. »
(Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

Cette question pose-t-elle le problème de :
- l'âme ?
- L'âme, du couteau et du citron ?
- L'âme, du couteau, du citron et des pépins ?
- Le lieu de l'âme que je sais pas où qu'il est donc, que l'âme que je sais pas ce que c'est, ni si ça existe, ça l'âme ?
Par contre, le cerveau, je sais bien qu'il existe et qu'il sert à me poser des questions sur l'âme.

2.
« Prendre le parti des esprits, c'est lutter contre la vaine agitation à laquelle ils sont soumis malgré eux ; c'est leur permettre aussi d'échapper à tous les bouillonnements chimiques qui les échauffent et les troublent ; »
(Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

Qu'est-ce donc que « prendre le parti des esprits » ?
- Le spiritisme ?
- L'art de calmer le jeu afin d'éviter qu'la friteuse s'enflamme ?
- L'art d'éviter de prendre un bouillon et de ne pas rester dans la rue quand il pleut des crapauds, des bigoudis exacerbés, des rayons d'la mort et autres tueries ?
- L'art de savoir cacher ses masques, tous ses masques ?
- Adhérer à un club de joueurs d'échecs ?
- L'art de savoir discuter avec ses fantômes et d'habiter une maison hantée sans paniquer ?
- L'art du café ?

3.
« Dans la mesure où il est de l'essence de l'image de se faire prendre pour la réalité, il appartient réciproquement à la réalité de pouvoir mimer l'image, de se donner comme ayant la même substance, et la même signification qu'elle. »
(Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

Cette phrase évoque-t-elle :
- Le réel et son double ? (titre d'un livre de Clément Rosset)
- La société du spectacle ? (titre d'un livre de Guy Debord)
- Le stade du miroir ? (concept de Jacques Lacan)
- Rock And Roll Mops ? (titre d'une chanson de Boris Vian interprétée par Henri Salvador)
- le roman « illusions perdues », de Balzac ?

4.
« c'est la montée de la folie, sa sourde invasion qui indique que le monde est proche de sa dernière catastrophe ; c'est la démence des hommes qui l'appelle et la rend nécessaire. »
(Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

Serait-il que :
- nous soyons au bord de la troisième guerre mondiale ?
- c'est avec raison que nous pensons que nous sommes fous, cinglés, fadas, dingos, insensés ?
- Qu'il peut s'avérer gothiquement inquiétant, avec un peu d'imagination, le lien entre ces deux exemples de grammaire : je cite :
« Il liked the way you cooked the meat. »
« That was the day she discovered the truth. »
- qu'en lisant cette phrase, je vous assure que la tête échevelée d'un zigoto à entonnoir se met à faire du yo-yo dans ma caboche.
- Que nous sommes en fait les personnages d'une nouvelle qui n'en finit pas de H.P. Lovecraft ?

5.
« ou encore l'oreille d'âne que notre roi Midas exhiba devant le dieu Pan. »
(Érasme cité par Michel Foucault, « Histoire de la folie à l'âge classique »)

S'agit-il ici ?
- d'une allusion à Jean-Michel Blanquer ?
- D'une référence aux oreilles dont Apollon affubla Midas afin de le punir de son manque de goût en matière de musique ?
- De la première tentative de greffe d'une paire d'oreilles d'âne sur une tête humaine ?
- D'une image rigolote pour amuser ceux qui, comme moi, aiment les images rigolotes, les rillettes, les chaussons aux pommes et la série animée Daria ?
- La preuve de l’existence du dieu Pan par l'apparition d'oreilles d'âne sur la tête à Midas ?

Patrice Houzeau
Malo, le 16 octobre 2023.

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