LES CERISES SAVENT
LES CERISES SAVENT
1.
« Depuis longtemps, je me vantais de posséder tous les paysages possibles »
(Rimbaud)
Défois et depuis longtemps même, on se vante « de posséder tous les paysages possibles », et même les impossibles, mais ça c'est quand on se raconte des histoires.
2.
« C'est bien, monsieur. Vous ne direz pas que je ne vous ai pas averti. »
(Ionesco, « La Leçon » [La bonne])
Quand on nous avertit, on ne s'en rend pas toujours compte. On avale quand même son éléphant, et après on s'étonne d'être trompé.
3.
« Limpide aujourd'hui, ce théâtre suscita d'abord des malentendus. »
(Une phrase prise dans un commentaire d'Emmanuel Jacquart à propos de « La Leçon » de Ionesco)
Je me demande parfois si le théâtre, ou tout autre spectacle, voire même une théière (mais ça, c'est par association sonore) n'est intéressant que lorsqu'il suscite des malentendus. Ainsi j'ai toujours trouvé hautement comiques les pièces de Racine.
J'ai toujours trouvé hautement comiques les pièces de Racine. Mais je n'y ai jamais ri en public. Il y aurait eu malentendu et toute la tragédie m'aurait lapidé en français classique, grec et latin. Seule Zut rit en moi.
Comme je n'avais pas mis de s à comique, je me suis posé des questions. J'en ai conclu que ce n'est pas aujourd'hui que je retrouverai ma deuxième chaussette ni les raisons pour lesquelles je devrais voter Macron, et même voter tout court.
4.
« Les dernières répliques du Professeur révèlent une systématisation de l'absurde aboutissant ici à la négation de tout enseignement traditionnel »
(Note d'Emmanuel Jacquard sur « La Leçon » de Ionesco)
Quand on parle de pédagogisme, certains se font très savants. Meirieu est très savant. Mon âne aussi, surtout quand je l'agite au bout de mes doigts et que les enfants des écoles rient à le voir ruer : un âne rue-t-il ? Je ne sais pas. En tout cas, il ne vote pas Macron.
Quand je dis « voter Macron », il faut comprendre voter pour un homme assez malin pour que l'on se demandât tout au long de son mandat s'il fut sincère ou pas. Quant à son efficacité, bah, pauvre canif, je ne puis en juger qu'à l'aune de mes sous.
5.
« Une langue presque un peu pourrie ». Cette phrase prononcée par Géraldine Mosna-Savoye à propos d'un passage de Saint Augustin, me fait penser au Pass Vaccinal et au bouquet de couleuvres que nous sert le bon Castex.
6.
Une suite d'erreurs que notre mort elle-même ne peut corriger. De fait, la mort n'est pas faite pour corriger. Elle est faite pour faire causer ceux qui préfèrent parler de la mort plutôt que de faire des tartes. Rien n'empêche de faire les deux ; ça peut passer pour baroque.
7.
« Vous savez que je ne vous aime pas ». Cette phrase, le ministre ne l'a pas entendue. D'ailleurs je ne l'ai pas prononcée. Mais je crois qu'il a compris.
8.
Vivre, c'est être poli, voire même serviable, avec des gens qu'en réfléchissant un peu, on trouverait bien des raisons de vouloir étrangler.
9.
« Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies »
(Rimbaud, « Les poètes de sept ans »)
« Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies », je suppose que l'on traverse parfois des fantômes qui sentent la cave.
10.
« Ouvrant sur ta pâleur tes milliards de portes »
(Rimbaud, « L'orgie parisienne »)
Quand je songe à mon fantôme, je le vois fort pâle, alors que si ça se trouve, mon fantôme a les joues aussi rouges que les biftecks qui passent dans les prés tandis que couteaux et fourchettes.
11.
Parfois on dit le mot « cerise » comme ça sans y penser, dans une phrase où l'on parle de noyaux, de confiture ou de merle moqueur et l'on ne se rend pas compte du mal que, malgré soi, l'on fait à qui une cerise étouffa le bonheur. Vaut mieux se taire : les cerises savent...
12.
Je viens d'entendre quelqu'un sur France Culture dire trois fois de suite « de fait ils se » (de fait ils se, de fait ils se). J'ai beau me douter qu'il s'agit d'une erreur de montage, je suis allé vérifier le temps qu'il fait ; on ne sait jamais.
13.
Les gens s'étonnent que plus il y a de Français, moins il y a de lits dans les hôpitaux. C'est très logique, au contraire, sinon, y a pas de raison que ça s'arrête. Macron l'a très bien dit : Les vivants, ça coûte un pognon de dingue. #TagadaTagadaVoilàLesVariants.
14.
« prendre conscience de la dimension géographique de son existence » : paraît qu'on lit ça dans les instructions officielles du Ministère des Apprenants Nationaux. Epatant. Si on m'avait ingéré ça durant mes enfances bêtes, à coup sûr j'me seros pris la cafetière pour une capitale.
15.
Le truc qui m'embête, c'est que si Macron n'est pas réélu, se pourrait que cestui ou ceste qui lui succédera nous refasse payer une taxe d'habitation. Macron lui même, si ça se trouve, pourrait le faire, à cause du quoi qu'il en coûte, de la dette magique, des hackers russes, tout ça...
Patrice Houzeau
Malo, le 21 décembre 2021.