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14 juillet 2020

CHRONIQUE DU 14 JUILLET 2020

CHRONIQUE DU 14 JUILLET 2020

 

 

  1. « Pas un chemin de la pensée, pas même celui de la Métaphysique, ne part de l'être humain et de là ne s'élève à l'Être, ou inversement ne part de l'Être pour revenir ensuite à l'homme. »
    (Heidegger traduit par Aloys Becker et Gérard Granel, « Qu'appelle-t-on penser ? »)

  2. On peut penser façon sceptique
    que jamais bien qu'on ne cesse
    de ratiociner & de techniciser
    l'être humain on n'en arrive à
    l'Être et jamais divagant dans
    l'Être on n'arrive à le penser
    l'humain ce rêveur st'assassin

  3. L'humain, cette boucherie pensante.

  4. On disait le 14 juillet 2020 que Hong-Kong était une démocratie qui, depuis la promulgation de la loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, était en passe de devenir une dictature.

  5. Même si Macron arrivait à redresser une économie maintenant chancelante, étant donné l'état d'incurie dans lequel le secteur hospitalier a été si longtemps laissé, tout ce que peut faire notre gouvernement n'est jamais que réparation de dommages qu'il a lui-même causés.

  6. Durant la crise du Covid, beaucoup dénoncèrent l'hyper-bureaucratie à l’œuvre dans les hôpitaux publics. On disait qu'il y avait autant d'administratifs que de médecins et qu'en France, pour 800 000 soignants, il y avait 145 000 administratifs. (source : France Info, Thomas Pontillon).

  7. L'erreur de considérer la Guyane comme une île peut peut-être s'expliquer par le fait que comme ils n'écrivent pas leurs discours eux-mêmes (eh non) et qu'ils ne font pas toujours attention à ce qu'ils lisent (eh oui), nos politiques en arrivent donc à débiter des sottises.

  8. A tous ceux qui pensent que chaque citoyen, quelque soit sa situation, devrait, si peu que ce fût, payer des impôts, je n'ai à répondre que ceci : fichez la paix aux pauvres.

  9. A tous ceux qui pensent que chaque citoyen devrait être mis dans l'obligation de voter, je n'ai à répondre que ceci : personne ne peut m'obliger à voter pour quelqu'un qui m'est radicalement étranger.

  10. Certains disent que lors de ses phases, la lune se dissout en partie, ne laissant qu'un mince croissant, et se dissolvant, elle s'immisce dans l'air et descend jusqu'à nous où, pénétrant par les narines, elle s'infiltre dans certains esprits.
    Lorsque la lune est pleine, qu'elle s'est reconstituée, les esprits, soudain privés de leur drogue nocturne, s'affolent. C'est l'heure redoutable des lunatiques.

  11. Certains, en ce 14 juillet 2020, disaient que le président Macron tentait de récupérer le jour de la fête nationale afin d'estomper la très mauvaise impression produite par les manques et les mensonges de l'Etat lors de la crise du Covid.

  12. La politique est l'art de faire croire que des gens radicalement étrangers les uns pour les autres pourraient vivre ensemble et constituer une nation. Cette fiction ne tient qu'en période de plein emploi ; en période de crise, elle n'est sauvée que par quelques-uns.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 juillet 2020.

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9 juillet 2020

CHRONIQUE DU 9 JUILLET 2020

CHRONIQUE DU 9 JUILLET 2020

 

 

  1. Le problème est le suivant : en cas de deuxième vague du Covid, l'Etat sera-t-il prêt à assumer un taux élevé de contagion et la proportion de morts qui en résultera ou reconfinera-t-il, acceptant ainsi l'aggravation d'une crise économique dont nous ne connaissons pas même l'ampleur actuelle ?

  2. En cas de deuxième vague du Covid, le gouvernement ne souhaitera sans doute qu'en partie reconfiner. Le problème sera celui des écoles, qu'il faudra sans doute fermer, ou n'y admettre les élèves que dans des conditions sanitaires drastiques.

  3. Il est que si une deuxième vague du Covid déferlait sur l'Europe, il faudra dès lors repenser la notion de risque et accepter, au nom de l'intérêt général, que des gens meurent. La société, déjà violente parce que basée sur la dureté des rapports humains, n'en sera que plus âpre.

  4. Sans nul doute, en cas de retour du Covid, c'est assez vite que les anciens discours sur la répartition genrée des tâches resurgiront et l'on entendra éructer avec plus ou moins d'ironie et de finesse les contempteurs de la parité et les zélateurs de la femme au foyer.

  5. En cas de deuxième vague du Covid, il est à penser que nos libertés publiques seront encore plus menacées. Le gouvernement prendra peur sans doute de la colère sourde de ceux qui, obligés de travailler et de prendre des risques, verront pourtant leur emploi menacé par la crise économique.

  6. Il est à penser que si la crise du Covid se pérennise et que nous soyons obligés de vivre dans une société en proie aux périls viraux, nous en viendrons vite à la fermeture des frontières, ne gardant de l'Europe qu'une monnaie commune et la circulation des biens.

  7. On peut penser qu'un Covid se pérennisant précipitera l'électorat dans des votes extrêmes à gauche comme à droite, à moins qu'un gouvernement de centre-droit décide de fermer les frontières, d'augmenter le nombre de policiers et de processus de surveillance, de durcir les lois, de construire des prisons, de muscler ses forces armées. Est-ce cela que Macron aurait déjà en tête ?

  8. Face à une éventuelle pérennisation du péril viral, est-ce que le président Macron aurait déjà en tête une société de la raison d'Etat, de l'état d'urgence, de la crise perpétuelle. Ainsi pourrait s'expliquer le choix d'un premier ministre qui s'affirme sans ambiguïtés gaulliste.

  9. Est-ce qu'une Europe des solidarités, une Europe de la mutualisation des dettes, tiendrait longtemps devant une pérennisation de la crise sanitaire et donc de la crise économique ?

  10. En cas de pérennisation de la crise sanitaro-économique, se pourrait-il que les périls extérieurs se fassent plus grands (radicalités religieuses, terrorisme, croissance de la pression migratoire, bruits de bottes et montée des périls) ?

  11. Le libéralisme survivrait-il à une pérennisation de la crise du Covid ? Sans doute le libéralisme économique, faisant comme d'habitude feu de tout bois et s'appuyant au besoin sur l'aide de l'Etat, perdurera, cependant que plus difficile sera l'exercice des libertés individuelles.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 9 juillet 2020.

8 juillet 2020

AH J'AURAIS DÛ PREVOIR

AH J'AURAIS DÛ PREVOIR

 

 

  1. Souvent qu'il nous happe, l'invisible. Mais comme nous avons autre chose à faire, nous passons notre chemin. Et l'invisible de nous ajouter à l'infinie collection de tous ces mois qu'il nous a pris.

  2. Pendant tant d'années d'années d'années « ah ! J'aurais dû » qu'on s'dit, pour finir que, pendant le reste de ces ans, cézigue ne fait que rabâcher « ah ! J'aurais dû savoir ».

  3. Alors, les pommes de terre s'arrachèrent du champ pour se jeter à la tête des touristes. Ce fut sous le règne de Patato 1er que les armées de frites furent les plus efficaces et les plus furieuses dans la grande friterie universelle qui fut lors.

  4. La lune pêchait à la ligne des poissons car quitte à pêcher, mieux vaut pêcher poissons que pompes funèbres. La spectrale fluctuait dans la lucarne. Mon esprit faisait des bulles ; je m'englougloutissais doucement dans la dormance.

  5. Si l'invisible est plein d'yeux, porte-t-il des lunettes ? Si un poltergeist prend possession de votre maison, pensez aux boules Quies.

  6. Boules Quies et méthode Coué sont fort utiles si on a l'heur d'être parasitairement politique, afin de se faire accroire que tout va bien. Sinon, bien sûr, il y a l'influence. Certains pensent que la France de ce début juillet 2020 n'a pas besoin de coton dans les oreilles.

  7. Parfois les choses elles bougent. J'ai du mal à les arrêter. Depuis que mon sorcier s'est enfui dans un vieux blues, j'ai du mal à les freiner, les fantômes.

  8. Macron aura eu au moins ce mérite, c'est de prouver que le bon vieux retournement de veste, moqué par Jacques Dutronc dans « L'opportuniste », ne s'est jamais aussi bien porté : Castex, Darmanin, Blanquer, Dupont-Moretti et consorts (certes, ils finiront bien par sortir).

  9. « Il y en a qui contestent
    Qui revendiquent et qui protestent
    Moi je ne fais qu'un seul geste
    Je retourne ma veste
    Je retourne ma veste
    Toujours du bon côté »
    (Dutronc et Lanzmann, « L'Opportuniste »)

  10. Les politiques font tout ce qu'ils peuvent pour faire oublier le scandale du manque de moyens, de masques, de lits, de personnel lors du début de la crise du Covid, mais il y eut tant de morts et tant de souffrances que t'as beau sourire, ministre, les gens n'oublient pas.

  11. Et lorsque le gouvernement se sera très effondré, que Manu Jupiter n'aura plus d'autres recours que la dissolution du parlement, alors, il est possible que dans son bureau de l'Elysée, lui arrive un bristol, une carte de visite avec ces mots : « Signé Castex ».

Patrice Houzeau
Malo, le 8 juillet 2020

7 juillet 2020

DERISION POIL AUX OIGNONS AUX MOIGNONS AUX MIGNONS AU MENTON

DERISION POIL AUX OIGNONS AUX MOIGNONS AUX MIGNONS AU MENTON

 

 

  1. Une nouvelle de Lovecraft évoque «une connaissance terrifiante du cosmos ». Quel est ce chien ? D'où vient cet os ?. Lovecraft évoque aussi « la place que l'humain occupe dans le tourbillon du temps. » L'univers c'est-i du mouvant façon sables mouvants pis qu'on s'enfonce dedans ?

  2. Je ne sais plus qui a dit qu'à la fin, la dérision l'emportait toujours. Je pense que c'est Gaston d'Orléans dans les dernières scène de « Louis Enfant roi » de Roger Planchon. C'est ce que j'ai pensé aux résultats du bac2020 ; c'est que j'ai pensé à la présentation du gouvernement à Castex. C'est ce que de plus en plus je pense, mais je vieillis, il est vrai.

  3. Je crois de plus en plus aux vertus de la dérision, et donc de la contre-culture. Pourquoi ? Parce que la dérision rachète, ou, à tout le moins, compense cette part d'ombre que nous avons tous. Mais sa plus grande vertu est de prévenir les mômes de ne pas se laisser avoir.

  4. Au fond, de la plupart des grands débats sociétaux qui agitent Twitter, la Toile et bon nombre d'éditorialistes, je m'en fous. Pourquoi ? Parce que, retenez bien ceci : les donneurs de leçons d'aujourd'hui, les sacro-saints contestataires actuels sont les accusés et les coupables de demain.

  5. La dérision n'a pas bonne presse. On lui reproche de se moquer de tout et de tous avec une grande mauvaise foi. Mais c'est justement parce que nous doutons de la bonne foi de toutes les opinions, y compris les plus politiquement correctes, qu'avec bonne foi nous usons de la plus mauvaise des mauvaises fois.

  6. La vraie dérision, celle qui remet tout en cause, personne ne la supporte : elle est trop violente ; elle souligne trop les ombres et donne la nausée. Nous n'en voulons pas. Même les esthètes les plus ouverts d'esprit n'en veulent pas. La vraie dérision pue vraiment la mort.

  7. Castex et Macron ont nommé Dupont-Moretti à la justice. J'aime bien Dupont-Moretti : il a une grande gueule et du talent. Je n'aime pas Dupont-Moretti : il a une grande gueule et, n'étant pas assassin moi-même, je me fous du talent de Dupont-Moretti. En fait, qui était-ce, ce type ?

  8. De deux choses l'une : Ou Dupont-Moretti, en bon professionnel de la profession, fait semblant de s'indigner et fera son boulot de garde des sceaux en bon chargé de fonction des familles (politiques) ; ou alors il s'indigne réellement et donc Macron est maso. Ou serait-ce que Dupont-Moretti garde des sceaux du gouvernement Castex s'apprête à jouer le rôle de bouc émissaire, comme dans les romans de Daniel Pennac ?

  9. Ne croyez pas qu'il est facile de tourner le monde en dérision. Il y faut beaucoup de raison et le clown pleure lui aussi. Du reste, il vit avec un couteau.

  10. Ce qui est logique n'est pas forcément juste. Parcoursup nous en donne la preuve chaque jour.

  11. Je ne sais pas pourquoi je n'aime pas d'emblée Jean Castex. C'est vrai que le nom me fait rire. C'est vrai que je le pressens très prétentieux (je préférais l'humilité, sans doute feinte, d'Edouard Philippe). Mais si ça se trouve, il a inventé le fil à couper le beurre, c't'homme-là.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 juillet 2020

5 juillet 2020

J'AI MAL AU DOS

J'AI MAL AU DOS

 

 

  1. J'ai mal au dos. Y en a i zaiment pas trop les oiseaux. Ils leur trouvent des yeux froids comme la mort. J'ai mal au dos. Je souffle. Houzeau boit du ouzo. Sinon, Zut pleurerait je crois. Heureusement personne pour me voir.

  2. « Un pain que l'on achetait un as, on ne pouvait pas l'achever à deux. Aujourd'hui, j'ai vu des yeux de bœuf qui étaient plus gros ! Hélas, hélas, cela va tous les jours plus mal. »
    (Pétrone traduit par Pierre Grimal, « Le Satiricon » [Ganymède])

  3. « Un pain que l'on achetait un as », zétaient à l'origine à l'effigie d'un bœuf ou d'un mouton (« aes signatum ») que je lis sur Oui, Qui ? Wikipédia. Le prix du pain est la mesure de la colère des peuples. Ce sont les ventres vides qui font les révolutions.

  4. C'est drôle, je n'arrive pas à prendre au sérieux l'idée que Macron s'apprêterait à un tournant écologiste majeur. Je n'y crois pas. On va donc dans le mur. Et si c'est vrai, on va aussi dans le mur. Comme on le voit, je suis toujours aussi youpi-youp-la-boum.

  5. La vache, j'ai vraiment mal au dos. Je me lève ; je me dirige vers ma bouteille (on dirait du Bukowski). Plus on est, plus y a inflation de tout. Du coup, crise. On peut pas produire pas cher tout le temps. Les continents blousés par la Triade finissent par remuer.

  6. « Croissez, et multipliez-vous » qu'il a dit l'aut' chevelu que mon collègue i dit qu'il était blanc comme lui et moi, que moi j'dis chais pas. Du reste, un humain est un humain, dommage qu'on soit tant.

  7. Du coup qu'j'écris, j'ai moins mal au dos et j'y pense moins, à l'âge qui s'avance et commence à me grignoter peu à peu, un geste après l'autre, un bout après l'autre, un souvenir après l'autre que j'vas finir escargot, et bavant tiens.

  8. Le truc, c'est que les tenants des Lumières voyaient tout ça bien rationnel ; les progrès des sciences, des techniques, et de la Raison allaient nous faire la paix perpétuelle, l'égalité entre tous, la Fin de l'Histoire, le Bonheur comme sur les affiches du parti socialiste. C'est le postulat de départ qu'était bancal et l'humain n'est pas rationnel.

  9. J'ai tellement mal (au dos, pas à ma France c't' blague) que ça m'remonte dans les muscles. Zallez voir que j'vas tomber dans mes bouquins et mes sottises là, qu'dans six mois, un Proviseur va lever le nez de ses tableaux Excel et se demander : « Je me demande ce que devient cet ahuri » pis qu'après les pompiers me retrouveront qu'ah ça, j'aurai passé la date de péremption pour sûr.

  10. J'entends à la radio : « Jean Castex promet un nouveau pacte social. » Oui bon mais je sais pas si un « nouveau pacte social » (élément de langage des années 90), ça fera d'la misère en moins dans nos rues et plus de reconnaissance des personnels soignants.

  11. « Jean Castex » : Non, mais c'est pas possible ! On dirait le nom d'un acteur des « Cinq Dernières Minutes » (saison 1960). Remarquez que c'est un peu ça, quelques dernières agitations avant, bon sang mais c'est bien sûr, la dissolution du Parlement.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juillet 2020.

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5 juillet 2020

CE N'EST PAS PARCE QUE, QUE

CE N'EST PAS PARCE QUE, QUE

 

 

  1. J'aimerais pouvoir écrire des « illuminations » comme Rimbaud le fit. Mais j'y suis trop manche, piteux, déconfit. « J'aime la nuit avec passion. » On trouve ça dans Maupassant. C'est pas pour ça qu'j'vas virtuoser. C'est juste tout noir ; des fois, j'écoute le vent.

  2. C'est vrai comme dit le narrateur de « La Nuit » de Maupassant que le jour est « brutal et bruyant ». Quand on était confiné, y avait moins d'bruit et moins de gens. Remarquez qu'ça dépend où. Le confinement, quel calme, comme si j'avais invité le désert chez moi.

  3. Ce n'est pas parce que Dieu n'existe pas, que tout est permis. Dieu est ; cela seul suffit. Et les ténèbres de la fin des temps sont plus certaines que la pérennité des âmes dans la chair des siècles.

  4. Si la réincarnation existe, je me demande bien quel antique cinglé, quel agité du bocal est venu s'installer chez moi.

  5. La répétition de l'adjectif « chaque » , ça sonne comme les coups de faux que la Camarde flanque dans votre champ en attendant de vous y retrouver.
    « et chaque pas, chaque mouvement, chaque geste, chaque parole, chaque pensée me fatigue comme si je soulevais un écrasant fardeau. »
    (Guy de Maupassant, « la Nuit »)

  6. Aujourd'hui encore ça fait grise mine dehors. Notre nouveau premier ministre est un serviteur de l'Etat. C'est pour cela que le président Macron l'a choisi. La crise sanitaro-économico-sociale risquant de s'aggraver, il lui faut un solide exécutant. Il va pleuvoir.

  7. La crise s'aggravant et s'il fallait prendre des mesures de type « raison d'Etat », il faut donc au président Macron quelqu'un qui acceptera d'être impopulaire. Quel sera le prix de la viande, du beurre et des légumes cet hiver ?

  8. Je n'apprécie guère ces algorithmes chronophages, ces affelnet, ces parcoursup qui décident on ne sait comment de l'avenir des gens. J'aime bien ces « œufs de lune tombés du ciel » qui servent au narrateur de « La Nuit » à évoquer les « globes électriques ».

  9. « Et les globes électriques, pareils à des lunes éclatantes et pâles, à des œufs de lune tombés du ciel, à des perles monstrueuses, vivantes, faisaient pâlir sous leur clarté nacrée, mystérieuse et royale, les filets de gaz, de vilain gaz sale, et les guirlandes de verres de couleur. »
    (Guy de Maupassant, « La Nuit »)

  10. L'allongement démesuré des années d'étude, la massification de l'enseignement supérieur, la lourdeur de la Réforme Blanquer, la crise sanitaire, la crise économique, la crise sociale, l'affaiblissement de l'autorité présidentielle,... : bon ben, faut mettre des sous d'côté, j'crois.

  11. Plus personne. Un clairon sonne. J'entends au loin des pas, des voix dans une rue proche. Le temps m'a passé. Je bois un café. Les choses sont mortes ; leurs yeux sont vides, leurs langues bavardent et n'ont plus de nom. Zim Zam Zoum fait le violon.

  12. Alors il y eut un grand fracas dans le ciel et sur toute chose et sur tout être, s'abattit un long déluge. Lors, on entendit une voix formidable dans les ténèbres : Nom de Moi, qui c'est qu'a utilisé le dernier rouleau et qu'a pas remis de P.Q. ?

    Patrice Houzeau
    Malo, le 5 juillet 2020.

3 juillet 2020

JUILLET 2020 LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE ?

JUILLET 2020 LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE ?

 

 

  1. Hier, j'ai acheté un bocal de cornichons. Ils sont gros. C'est un bocal de gros cornichons. Aujourd'hui, je fus grognon, et pas très vif. Je fus mollement grognon. Ah tiens, on a changé de paillasson à Matignon.

  2. - Le virus Covid-19 aurait muté et serait plus infectieux.
    - En Chine, un virus porcin transmissible à l'être humain pourrait provoquer une nouvelle pandémie.
    - Au Bostwana, des éléphants seraient morts par dizaines sans qu'on en sache la cause.

    Euh... c'est moi ou y a comme quelque chose qui cloche ?

  3. A peine Jean Castex a-t-il commencé à parler, que l'on comprend que c'est un spécialiste de la langue de bois.

  4. Se pourrait-il qu'avec la nomination de Jean Castex, le président Macron soit enfin plus populaire que son premier ministre ?

  5. Certains Français disent qu'en nommant un haut fonctionnaire au poste de Premier Ministre, le président Macron aurait dans l'idée d'affaiblir la fonction de chef de gouvernement pour pouvoir (enfin) jouer les Jupiter tout seul, comme un grand.

  6. « En nommant Jean Castex dont la seule légitimité est technocratique, Emmanuel Macron dissout Matignon. » Je ne suis pas souvent d'accord avec Eric Ciotti, mais là, je me demande s'il n'a pas raison.

  7. Si l'information selon laquelle le Covid-19 aurait muté et serait devenu plus infectieux est exacte, il se pourrait que les frontières rouvertes depuis peu ne le soient pas très longtemps.

  8. Il se dit sur France Info que Jean Castex notre nouveau chef du gouvernement serait apprécié autant à gauche qu'à droite. Euh... je me méfie de ces hauts fonctionnaires qui s'entendent avec la carpe aussi bien qu'avec le lapin. En général, ils s'entendent surtout à rouler les gens dans la farine.

  9. Jean Castex aurait été de novembre 2010 à février 2011 conseiller aux affaires sociales de Nicolas Sarkozy. Quelques semaines, c'est bien court. Pourquoi cette brièveté ? Remarquez que je suis mauvaise langue, c'était sans doute en attendant quelque autre fonction.

  10. C'est souvent en période de crise que Paris se souvient de la Province, que le pouvoir central se souvient des régions, histoire de leur refiler quelques patates chaudes en attendant des jours meilleurs.

  11. « Je ne suis pas ici pour chercher la lumière, je suis ici pour chercher des résultats », qu'il a dit Jean Castex. Ah, il va donc y aller à tâtons.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juillet 2020.

1 juillet 2020

LA POLITIQUE EST UNE PASSION THEATRALE

LA POLITIQUE EST UNE PASSION THEATRALE

 

 

  1. Je crois que l'un des symptômes de notre relativisme actuel, qui masque assez imparfaitement un scepticisme généralisé, est dans notre manière de plus en plus fautive de maîtriser la concordance des temps.

  2. « les sociétés ne laissèrent pas de distinguer leurs territoires par des bornes qu'elles plantèrent, et de faire des lois pour régler les propriétés de chaque membre de la société »
    (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)

  3. En réglant « les propriétés de chaque membre de la société », l'Etat reconnaît des titres aux individus, les met en concurrence ou en nécessité d'alliances, et donc de commerce, et les tire de l'anonymat de la communauté.

  4. Sur France Culture (le 1/07/2020) : En 1940, la veuve du général Mangin aurait attendu à l'Hôtel du Parc que Pétain passât devant elle et frappant alors le sol de sa canne se serait exclamée : « N'y a-t-il aucun homme en France pour arrêter ce traître ? »

  5. Au même titre que l'enseignement, l'ordre est un art qui demande proximité, renseignements, compréhension des faits sociétaux, anticipation, finesse d'analyse. La technique seule ne suffit pas, qui finit par faire accroire à certains que beaucoup leur serait pardonné.

  6. Nous ne spécialisons plus assez en France, et surtout plus assez tôt. Résultat : les savoirs, y compris certains savoir-faire, s'émiettent, se dispersent, se dévaluent, et d'étranges consultants prennent la place des experts.

  7. Ai lu quelque part sur Internet : « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif. » Jolie phrase de communicant mais qui, à y réfléchir, ne veut pas dire grand chose, et est même assez grotesque. L'école apprend aussi à vivre avec les autres.

  8. « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif. » Ouiche. On aurait pu tout aussi bien écrire : L'enseignement en présentiel met l'enseignant au cœur du dispositif ; le retour de l'estrade, (ou son retrait) met l'enseignant au cœur du ; le port de la cravate (ou du tailleur) met machin/machine au cœur du truc, et scoubidou et scoubida.

  9. « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif » : Non, l'enseignement à distance oblige l'enseignant à se plier à un dispositif, à la sollicitation permanente, à la communication purement fonctionnelle, à la sédentarité, à la solitude.

  10. Il disait assumer un pouvoir jupitérien ; il se croyait maître des horloges. Qu'avons-nous maintenant ? Un président à majorité fictive qui se verdit pour sauver les meubles et donne l'impression de ne plus pouvoir rien faire sans que l'Allemagne et la BCE ne donnent leur accord.

  11. La politique est une passion théâtrale. Une fascination du polichinelle. Et comme dans les drames antiques, le politique pris par l'hybris est voué à la perte.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

1 juillet 2020

DIABOLUS EX MACHINA

DIABOLUS EX MACHINA

 

 

  1. « A quoi donc est-ce que je crois, lorsque je crois à une âme dans l'homme ? » (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques » 422)

  2. Il fallait bien doter l'être humain d'une âme afin de l'autoriser à se reproduire, à se multiplier, à pulluler en toute conscience.

  3. Plus les humains sont nombreux, plus ils ont besoin d'être administrés, afin, bien entendu, que l'idée d'humanité restât plausible.

  4. En réponse au volontarisme combatif d'Achille, cette réplique d'Iphigénie, devise pour l'humanité, blason, tombeau :
    « Je le sais bien, Seigneur : aussi tout mon espoir
      
    N'est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir. »
      
    (Racine, « Iphigénie », v.1531-32)

  5. Tout le mois de juin 2020, l'idée que d'ici une poignée de semaines, le Covid reviendrait nous décimer, fit son chemin en France. De 1945 à la fin du XXème siècle, nous avons vécu avec l'épée de Damoclès de la guerre atomique ; le XXIème innovait dans la pandémie virale à répétition.

  6. La surpopulation aiguise peu à peu nos consciences de telle sorte que nos âmes finiront par avoir une forme de couteau.

  7. L'humanité est un spectacle toujours varié et renouvelé, avec son diabolus ex machina infernale derrière le rideau.

  8. Je suppose que je ne suis pas le seul à penser avoir été toute sa vie dans l'à-peu-près et l'amateurisme, sauf dans l'écriture, laquelle fait parfois assez mal au dos.

  9. M'aurait-on menti ? La vie ne serait-elle donc pas si merveilleuse, ni l'avenir si radieux ?

  10. Je ne peux pas m'empêcher de faire des phrases. C'est ainsi que je me justifie à mes propres yeux tout en participant avec joie à la nécessaire entreprise du scepticisme.

  11. Les politiques français auront bon tenté de se dédouaner en arguant des mérites de leur administration, il est tout de même que, faute de moyens suffisants, bien des gens sont morts qui n'auraient pas dû ainsi mourir et bien des entreprises périssent d'incurie ministérielle.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

25 juin 2020

OU FLOTTENT MES ESPRITS

OU FLOTTENT MES ESPRITS

 

 

  1. Les humains mettent les horloges à l'heure de l'acte libre, mais le temps n'existant que par convention, les horloges bégaient.

  2. Nous attendions des agents l'usage de la raison dans leur conduite. Hélas, ils n'avaient guère autre chose qu'un fouet sur la langue.

  3. Sont-ils tous nés gouvernés ? Sont-ils tous si libres de faire langue commune et de renverser un soleil pour le remplacer par un soleil ? Faut-il que toujours la lumière vienne d'ailleurs ?

  4. Pourquoi veut-on m'empêcher d'exercer mon droit à l'indifférence ? Quel est cet esclavage moderne qui voudrait que mon destin fût fatalement lié à celui d'autres qui ne me sont rien ?

  5. Pourquoi devrais-je comprendre comment fonctionne la chimère atroce qui agite ces autres, que quelques points de croissance en moins transformeront, à coup sûr, en voleurs, sinon en assassins ?

  6. La surpopulation aiguise les couteaux aussi sûrement que le fait la pauvreté.

  7. « le gouvernement s'effrite quand le pouvoir législatif – la volonté expresse de la majorité, « l'âme qui donne à la république sa forme, sa vie et son unité » - se désagrège lui-même. »
    (Simone Goyard-Fabre, « Les Traités politiques de Locke »)

  8. « Une couleur factice salit le corps, elle ne le change pas. »
    (Petrone traduit par Pierre Grimal, « Le Satiricon » [Giton])

    Ainsi ai-je souvent pensé cela des tatouages, parfois magnifiques il est vrai, mais aussi menteurs et révélateurs que l'habituel verbiage dans lequel nous pataugeons.

  9. L'une des raisons pour lesquelles je suis contre les fameuses épreuves orales, auxquelles semble tant tenir le sieur Blanquer, c'est que je revendique pour chacun et donc aussi pour les élèves, le droit au silence, au quant-à-soi, à la discrétion, à la réserve. Timidité n'est pas vice.

  10. En passant du service public de l'instruction au service obligatoire de l'éducation, nous sommes passés de la transmission des savoirs à l'influence sur les idées, voire à la propagande et la manipulation. Fort heureusement, les élèves ne croient pas plus à la morale de leurs enseignants que les catholiques croient aux contes bleus de leurs curés.

  11. « Heureux si dans le trouble où flottent mes esprits,
       Je n'avais toutefois à craindre que ses cris ! »
    (Racine, « Iphigénie », v.1319-20 [Agamemnon])

  12. Sans doute qu'ils flottent, nos esprits. L'administration nous croit rationnels. Cette naïveté finira par lui faire perdre la tête.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2020

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