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1 août 2020

CHRONIQUE DU 31 JUILLET 2020

CHRONIQUE DU 31 JUILLET 2020

 

 

  1. Entendu cette phrase sur France Culture prononcée par un Britannique : « En fait, nous sommes tous d'accord en ce qui concerne les laissés pour compte. Mais nous ne savons pas comment régler ce problème. » Ce qui est vrai pour l'Angleterre est vrai aussi pour la France.

    Bien entendu, il ne manque pas d'extrémistes de tout bord pour vous donner des solutions toutes faites, qui passent toutes, à l'extrême- droite comme à l'extrême-gauche, par une sorte de révolution qui fera bien des victimes sans garantie de réussite.

  2. « Le pré est vénéneux mais joli en automne
       Les vaches y paissant
       Lentement s'empoisonnent »
       (Apollinaire, « Les colchiques »)

La vision des « vaches » par Apollinaire est scandaleuse : elle suppose que les vaches sont sans éducation et que c'est par ignorance qu'en broutant des colchiques, « lentement », elles « s'empoisonnent » alors que c'est par désespoir, évidemment, de vivre dans un monde si carnivore.

  1. J'aime bien la vision joyeuse que dans « La maison des morts » Apollinaire a de la mort, qu'un « écho » arrivant de l'autre rive permet des « questions si extravagantes / Et des réponses tellement pleines d'à-propos / Que c'était à mourir de rire » : Manquent pas d'esprit, les esprits.

  2. Ce qui est inscrit en creux dans la loi sur la PMA pour toutes c'est qu'il vaut mieux un enfant désiré, respecté, éduqué par un couple lesbien plutôt que l'enfant né d'une union traditionnelle, mais dont l'existence ne serait motivée par les allocations familiales.

    Mais bien entendu, les contre-exemples, d'un côté comme de l'autre, ne manqueront pas car la réalité est souvent plus complexe que le plus subtil des textes de loi. Que l'on songe à ceci pourtant, qu'il y a fort peu de choses qui relèvent du naturel, et surtout pas le droit.

  3. Ayant conscience que la surpopulation mène l'humanité à sa perte, il m'arrive de me demander ce qui pousse l'espèce humaine à se reproduire ainsi, jusqu'à saturation, pression migratoire de plus en plus forte, troubles sociaux, montée des périls...

  4. « Comme si je visais l'oiseau de la quintaine » défois comme il dit Apollinaire, je fonce, j'malzieute, j'me goure et plante et ratatam rétamé le p'tit chevalier dans sa tête.

  5. Faut quand même le faire pour aller « brûler » parmi les « templiers flamboyants » que faut être « feu » pour se faire feu. Apollinaire ne dit pas autre chose remarquez qu'il dit que la girande, qui est un faisceau de gerbes, ici de flammes, « tourne, ô belle ô belle nuit ».

  6. Ah les gens de droite (et je suis de droite) avec leurs valeurs, leurs traditions, leurs essentialismes idéalistes et sentimentaux parfois, leur France éternelle (quelle blague!)), le jour où ils s'avoueront qu'ils doivent leur (bons) heurs et malheurs à l'industrie de l'armement et aux investissements parfois curieux de nos grandes banques (parmi les meilleures du monde, eh oui), vont-ils voter à gauche ? (en tout cas, moi pas).

  7. Lorsque, le 31 juillet 2020, Eric Dupond-Moretti lance aux députés : « Personne ici n'a le monopole de la famille », il a raison en ce sens que ce n'est pas à l'Etat de définir ce que doit être une famille cependant qu'il est de son ressort de légiférer sur l'évolution de la société.

  8. Parce que l'écoute d'une ritournelle, de quelques notes, nous rappelle soudainement un passé indéfini, la musique relève de la nostalgie ; que l'on distingue ces quelques notes de cette nostalgie et un malaise s'en dégage, comme si nous soulevions une dalle pour ne rencontrer que le vide.

  9. Ce qui effraie lors d'un événement dramatique, en particulier lors d'un attentat, c'est autant le choc produit par cet inattendu tragique que la conséquence que nous en tirons immédiatement : Si une telle chose est possible, que va-t-il nous arriver ?

  10. Un fait divers n'est pas un événement, mais un indicateur, un symptôme. C'est la répétition de faits divers similaires qui produit l’événement : par exemple, les sentiments d'insécurité et de perte d'identité peuvent amener un parti populiste au pouvoir.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er août 2020.

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27 juillet 2020

NOTES SUR LA SCIENCE DES OMBRES

NOTES SUR LA SCIENCE DES OMBRES

 

 

  1. Le fait que nous percevons le réel non pas tel qu'il pourrait exister mais comme il nous apparaît implique que nous ne vivons pas dans le réel en soi mais dans un être spécifique du réel.

  2. Ce n'est pas que le réel n'existe pas, mais qu'il est apparence. En ce sens, l'humain est voué à la caverne. Et toute sa science est une science des ombres.

  3. Si je suppose que l'univers dans lequel j'ai conscience d'exister est un parmi un nombre indéterminé d'univers parallèles (le nombre de ces univers est-il nécessairement fini?) et que ma conscience ne perçoit pas le réel tel qu'il est, je peux supposer qu'il en est de même pour les habitants des autres univers.

  4. Puis-je appeler Réel l'ensemble des perceptions du réel telles qu'elles se manifestent dans chaque univers parallèle ? Comment appeler un tel ensemble qui suppose un nombre indéterminé de sous-ensembles distincts et a priori clos ?

  5. Peut-on supposer qu'il puisse exister des univers parallèles vides de toute conscience, des « no man's land » ? Lorsque nous évoquons les univers parallèles, nous les pensons immédiatement peuplés de consciences. L'humain semble éprouver le besoin de peupler le désert.

  6. Evoquer des univers parallèles en termes d'univers peuplés a-t-il un sens en mathématiques ? Et en physique ?

  7. Nous tenons pour acquis que les lois de la physique sont absolues et nous en tirons (à mon avis, par naïveté) une vision linéaire des civilisations, lesquelles, par définition, se développeraient nécessairement dans le sens d'une technologie toujours plus avancée.

  8. Certains pensent même que le développement des civilisations est nécessairement accompagné par un respect toujours plus grand des valeurs du Vrai, du Bien et du Beau. Au mythe du « bon sauvage » s'est substitué le mythe de « l'extra-terrestre bienveillant ».

  9. Le nombre de manifestations d'OVNIS, nous dit-on, serait en forte augmentation depuis 1947 et suivrait même une courbe ascendante basée sur des vagues (on nous annonce même la prochaine vague pour 2035 !). Ce qui est intéressant dans ce phénomène est moins le fait en soi que la façon dont il se développe dans ce que, depuis Guy Debord, nous appelons « la société du spectacle ».

  10. Les pays libéraux surtout font du phénomène OVNI un objet de publications de tout ordre. Cela va de la brochure animée par quelques écrivaillons plus ou moins exaltés au documentaire soigneusement préparé, avec témoignages dits « sérieux » et avis d'experts reconnus.

  11. Lorsqu'ils frappent en nos murs, les poltergeists, étrangetés qui elles aussi ont fait couler beaucoup d'encre, ne serait-ce pas par hasard parce que nos voisins des univers parallèles trouveraient que nous sommes décidément bien trop bruyants ?

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juillet 2020.

27 juillet 2020

DE L'OBLIGATION DE PAYER POUR POUVOIR S'EXPRIMER

DE L'OBLIGATION DE PAYER POUR POUVOIR S'EXPRIMER

 

 

 

  1. Dieu est la condition de l'humain autant que l'humain est la condition de Dieu. Peu importe que Dieu existe, ou que l'humain croit exister.

  2. Obliger les contributeurs de Twitter, les producteurs de tweets, à payer un abonnement reviendrait à faire payer ceux qui produisent le contenu sans lequel Twitter ne serait qu'une coquille vide.

  3. Obliger les contributeurs de Twitter à s'abonner, c'est oublier que, si les contributeurs ne sont pas payés, c'est en raison des investissements nécessaires à la facilité d'emploi fournie par le système de publication de l'entreprise. C'est en l'occurrence un échange de services. Nous remplissons gratuitement vos pages en échange d'un accès gratuit.

  4. Obliger les contributeurs de Twitter à s'abonner, c'est oublier que le marché ayant horreur du vide, à un outil qui serait désormais payant, succéderaient très vite d'autres systèmes gratuits dont la concurrence nuira à la pérennité de l'entreprise. On peut citer en Europe le cas de Canal +, télé payante qui, jadis puissante, a maintenant bien du mal à survivre et à faire face à la concurrence des chaînes gratuites.

  5. Obliger les contributeurs de Twitter à s'abonner, c'est faire jouer un capitalisme étroit et de court terme, et pas forcément gagnant (il pourrait s'en suivre une succession de défections), contre un libéralisme ouvert, intelligent et de moyen terme, qui lui est gagnant, la popularité de Twitter étant assurée de s'accroître, étant donnée la qualité de bon nombre des publications que ses services permettent.

  6. Une petite remarque en passant aux belles âmes qui rêvent de toujours plus taxer et imposer les GAFAM. Croyez-vous réellement qu'une imposition très forte de Google et consorts serait favorable aux utilisateurs ? Evidemment que non, puisque ce que les Etats percevraient, les GAFAM en répercuteraient forcément le coût sur les utilisateurs. Pas nécessaire d'être ultra-libéral pour comprendre cela.

  7. Obliger les contributeurs de Twitter à s'abonner est un mauvais calcul et, en bonne logique, c'est par la publicité et les investissements privés (via des partenariats) que Twitter pourra, non seulement améliorer son positionnement et ses résultats, mais même devenir leader.

  8. Obliger les contributeurs de Twitter à s'abonner ne peut être envisagé qu'en compensant le coût de cet abonnement par une rétribution des auteurs. Dès lors, l'utilisation de Twitter deviendrait une activité marchande et, à terme, serait soumise à des réglementations nationales qui pourraient s'avérer contraignantes pour chacune des parties.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juillet 2020.

2 juillet 2020

C'EST TOUJOURS QU'ON S'EN VA ET JAMAIS QU'ON REVIENDRA

C'EST TOUJOURS QU'ON S'EN VA ET JAMAIS QU'ON REVIENDRA

 

 

  1. J'aime bien comme ça erre dans les poèmes d'Apollinaire : « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule ». Cela fait longtemps que je n'ai pas mangé de moules. C'est le matin ; j'ai envie d'écrire ; me suis fait un café ; pour me délier l'esprit qu'encore on a vague du songe.

  2. « Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent » : cela fait plus d'un siècle maintenant que mugit cette image. Apollinaire est mort de la grippe espagnole. Un siècle après, les virus courent encore. Je mets dans mon café non pas de la gnôle, mais un chouïa de rhum.

  3. Je me dis tiens le mot autobus est ancien. Ancien, autobus ; aussi omnibus. « L'angoisse de l'amour te serre le gosier ». Dans « Louis enfant roi » de Roger Planchon, l'enfant Philippe demande à l'enfant Louis si les pieds qui puent de la petite servante aux grand pieds le fascinent.

  4. Zut me dit Tu vis « comme si tu ne devais jamais plus être aimé ». Zut cite Apollinaire mais l'angoisse de l'amour ne me serre plus le gosier. J'en suis content car c'est assez périlleux de se lier l'esprit à je ne sais quelle autant agiter Zut dans ma caboche et laisser son cœur dans sa poche.

  5. Et laisser son cœur dans sa poche avec son mouchoir par-dessus. C'est exactement le genre d'expression que je n'entends plus. Maintenant, les mouchoirs sont jetables, les amours aussi et les familles se recomposent. Petit, je disais « carnasse » pour « cartable ».

  6. « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
      
    Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
      
    L'angoisse de l'amour te serre le gosier
      
    Comme si tu ne devais jamais plus être aimé »
     
    (Apollinaire, « Zone »)

  7. On attend le remaniement. On dit que le premier ministre serait une femme. Elise m'a parlé d'un documentaire suisse intitulé « Les Dames ». J'entends le joli violon jazz à nostalgie du générique radiophonique du « Mystère de la Chambre jaune » et la jolie voix.

  8. J'aime bien comme ça erre dans les poèmes d'Apollinaire - « Je la surnommai Rosemonde » - et comme la langue évoque des mondes, « voulant pouvoir me rappeler », je me dis que cette Rosemonde recèle tous les désirs, tous les secrets de ce monde.

  9. Le narrateur voulant pouvoir se rappeler « sa bouche fleurie en Hollande » la surnomme Rosemonde. Ainsi nous surnommons et nos troubles portent noms de dieux et de déesses. Je me refais un café ; rien ne presse. Il est tôt et le monde n'a pas besoin de moi.

  10. Comme mots bien dits disent vrai autant qu'horreurs et mensonges, « puis lentement je m'en allai », que cela soit vite, trop vite, si vite, ou lentement, trop lentement, si lentement, c'est toujours qu'on s'en va et jamais qu'on reviendra.

  11. « Je la surnommai Rosemonde
      
    Voulant pouvoir me rappeler
      
    Sa bouche fleurie en Hollande
      
    Puis lentement je m'en allai
      
    Pour quêter la Rose du Monde »
    (Apollinaire, « Rosemonde »)

    Patrice Houzeau
    Malo, le 2 juillet 2020.

     

22 juin 2020

CONVENTION DE LA SYNCHRONIE

CONVENTION DE LA SYNCHRONIE

 

 

  1. « Philosophie Magazine » a la bonne idée de consacrer le « cahier central » de sa livraison de Juillet 2020 à quelques extraits de « Notes de chevet » de Dame Sei Shônagon, femme de lettres du XIème siècle.

  2. « Choses qui égayent le cœur » : « Beaucoup d'images de femmes, habilement dessinées, avec de jolies légendes. »
    (...)
    « De l'eau qu'on boit quand on se réveille la nuit. »
    (Dame Sei Shônagon, « Notes de chevet », traduit par André Beaujard)

  3. Cette phrase aussi, surprenante petite énigme :

    « Pour les Indiens, quand un jaguar se voit dans le miroir, il voit un homme. » (Eduardo Viveiros de Castro, in « Philosophie Magazine », juillet 2020, p.69)

  4. Quand il me semble que j'écris et que je raisonne correctement, je suis heureux. Le reste du monde étant gorgé de phrases épouvantables et de raisonnements de casseroles, je ne suis heureux que par intermittence.

  5. Le masque parle bien, mais dessous, certainement qu'il grimace, ce visage.

  6. Il y a dans l'expression « faire tomber le masque » l'idée de la vérité révélée par le visage, et il arrive que ce ne soit pas le masque qui tombe mais la tête de l'homme qui le porta.

  7. « mais, alors que l'ignorance les fait vivre dans une grande guerre,
      
    ils donnent à de tels maux le nom de paix ! »
    (La Bible de Jérusalem, « Sagesse », 14, 22)

  8. Quelque chose de l'état de guerre dans l'état d'urgence sanitaire dont nous ne sommes d'ailleurs pas tout à fait sortis. Cet état d'alerte révèle maintenant que les maux induits par « l'horreur économique » seront d'autant plus violents que la crise fut aiguë.

  9. Le présent est ce qui vient d'arriver. Un infinitésimal décalage. La durée est la persistance de l'événement. La synchronie, une convention.

  10. Il y eut le faire : la Création ; l'être : l'humain ; l'avoir conscience.

  11. « Le canard sauvage me charme quand je pense qu'il balaie, à ce que l'on dit, la gelée blanche sur ses plumes. »
    (Sei Shônagon traduit par André Beaujard, « Notes de chevet »)

  12. Parce qu'il raisonne en utilisant son imagination, l'humain est un être essentiellement imaginaire. L'extraordinaire est ce que c'est en manipulant les clés que forge son imagination qu'il ouvre toujours plus de portes dans un palais de plus en plus complexe.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2020

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25 avril 2020

AH DIS COMMENT QU'ON S'IMAGINAIT

AH DIS COMMENT QU'ON S'IMAGINAIT

1. Pas besoin de continuer, il avait pigé qu'la récidive était certaine, du coup hein que tant va la cruche à l'eau... C'est cinglé et pourtant pas beaucoup d'doute, qu'on y est dans l'serial, le perdurant, la crise en continu, l'inéluctable à nédboeu.

2. Fin 2019, on évoquait une « gauche de la gauche marginale » pis hyperactive (gilets jaunes black block and co) Mario Draghi on le surnommait « Super Mario » en raison du « whatever it takes » qu'il a dit que j'lis on publiait des photos de Marie Laforêt, je me disais qu'elle était jolie elle venait de nous quitter.

3. En 2020, on se demandait combien il y aurait de morts, puis combien de faillites, puis si on pourrait partir en vacances (pas moi je ne vais jamais nulle part).

4. Fin 2019, on parlait de Nasrin Sotoudeh incarcérée en Iran depuis 2018 et des manifestants devant l'ambassade d'Iran réclamaient la libération de l'avocate C'est aussi l'année de parution de « La Panthère des neiges » de Sylvain Tesson je ne l'ai pas lu bah tant pis.

5. En 2020, on s'en est bien rendu compte là, que les dirigeants d'la 6ème puissance mondiale étaient incapables de prévoir une épidémie pourtant annoncée et que le nécessaire manquait aux soignants alors qu'on avait gaspillé argent et énergie à des réformes imbéciles.

7. En 2020 j'ai pensé qu'ils avaient vraiment des têtes de, nos politiques et inutile voire dangereuse qu'elle était l'ENA Je ne suis pourtant pas gauchiste mais je n'aime guère les prétentieux du reste je n'aime pas grand monde.

8. En 2019 on parlait de « l'amie mystérieuse de Benalla » et d'un coffre « mystérieusement envolé » J'ai pensé à la soi-disant rupture avec l'ancien monde que Macron nous avait vendue. En 2020 Benjamin Griveaux a fait dans l'acte manqué et s'est pour longtemps ridiculisé.

9. En 2018, nous étions nombreux à nous demander quelle était la nature exacte des relations Benalla-Macron qu'on a soupçonné des mœurs qu'on avait beau se dire non quand même, i persistait le doute.

10. Fin 2019, on rappelait qu'en 1989 ils étaient nombreux les réfugiés est-allemands à demander l'asile politique à l'Ouest En 2017 j'ai eu peur du retour d'une gauche totalitaire je n'ai pourtant pas voté : trop loin trop cher.

11. En 2019 on prospectivait qu'si ça se trouve en 2049 on ne travaillerait quasi plus du tout because robots et intelligence artificielle puis en 2020 le covid-19 nous a rappelé l'importance des livreurs, des caissières et qu'on ne peut pas aimer un robot.

12. A l'heure où j'écris (25 avril 2020) on parle du retour de Strauss-Kahn je me dis on se fout de not' gueule pis que Macron a vraiment trop une tête de premier de la classe alors je me hausse les épaules et j'me dis laisse ce sont vraiment des.

13. En 2020, j'ai dû reprendre un ordinateur j'voulais plus écrire c'est si vain sans talent J'm'entêtais du Baudelaire et des listes de mots saxons j'achetais régulièrement d'la mozzarella pensais à l'absurdité de la réforme Blanquer, buvais du schweppes, du café, du rhum.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 25 avril 2020.







23 avril 2020

FANTAISIE SUR QUELQUE COMPLAINTE DE LAFORGUE AUTANT LUNAIRE QUE PROVINCIALE

FANTAISIE SUR UNE COMPLAINTE DE LAFORGUE AUTANT LUNAIRE QUE PROVINCIALE

1. Jules il commence par faire rimer la pleine lune avec la fortune parce que la lune on dirait défois une grosse pièce défois itou qu'on demande le miracle de sous qu'on n'a pas à marraine la lune là qu'on lui demande l'or des lunes à la lune là.

2. Après il y a des sonneries au loin parce qu'il y a caserne c'est-y qu'la France d'alors il y a des lunes était pleine d'officiers d'ceci-cela dragons et cuirasses et d'administration républicaine d'où d'l'adjoint qui passe.

3. Je ne sais pas pourquoi on entend du clavecin dans cette pièce là et pourquoi pas d'l'accordéon ou du cornet à piston ou du carillon par contre les chiens ne faisant pas les chats c'est donc un matou qui la traverse aussi la pièce en vers de sept pieds.

4. En tout cas ça s'passe pas à Paris et pourquoi qu'ça s'passerait à Paris y a pas qu'Paris y a aussi les éléphants les otaries les têtes de veau le persil pis qu'tout ça s'ferme les yeux et pis dodo le marchand d'sable y passe avec sa tête de conte d'Hoffmann.

5. On entend un « dernier accord » parce que si c'était pas le dernier accord encore qu'on pourrait pas dormir avec tout c'tintouin d'la cousine qui nous casse les oreilles avec son Chopin là.

6. Toujours est-il qu'ça a romantisé longtemps là la jeune fille au piano là qu'les gars i préfèrent le Grand Café ou chais pas qu'je sais même pas l'heure assez tard quand même cause la lune pis tout rentre chez soi qu'ils piaffent plus les pianos dans les conservatoires.

7. La lune elle est très calme ah c'est pas elle qui va commencer à filer façon comète étoile fusée pétard aéronef étrange non elle est là aussi exacte que l'ainsi soit-il bien que défois les nuages hein.

8. Jules je sais pas pourquoi i dit comme ça qu'la lune c'est rien qu'une « dilettante » c'est-y qu'on la voit d'partout pis qu'elle intervient jamais dans tout c'qui s'passe ici-bas que pourtant les nuits de la pleine lune hein.

9. C'est vrai qu'la lune a des yeux partout, voit tout en mondiovision la lune et remarquez qu'elle est discrète elle répète rien pas balançoire la lune non juste un observatoire la lune avec personne dedans.

10. Jules l'est tout spleen et mélancolie qu'il pense que c'est sous la lune qu'elle est partie celle pour qui i s'en r'sentait qu'évidemment qu'c'est pas sous le sourire du clown qu'elles vont viennent valsent de vienne faut-il que je m'en souvienne.

11. Faut-il que je m'en souvienne ah ça y est Jules va la r'lancer sa romance du mal-aimé ah le boulet le cassoulet qu'j'ai beau lui dire qu'la joie vient toujours après la s'maine tiens r'prends donc une mad'leine.

12. On mange nos madeleines ça fait penser à la cousine Madeleine et à Irène aussi mais c'est pas ma cousine je vous dirais pas qui c'est Irène ça n'regarde que Jules et moi qu'Irène ah la jolie rosse elle est partie pour l'Ecosse avec son voyage de noces.

13. L'autre hiver, il a couru, Jules, plus sourd qu'un cerceau d'enfant qu'un cerf-volant qu'une paire de gants qu'il lui écrivait des vers tartes à la crème Jules qu'c'est même pas vrai i dit qu'je est un autre je vous demande un peu qu'i s'sent bien ridicule maint'nant Jules.

14. Après Jules i r'luque la lune qui vagabonde dans les nuées là avec tous ces astres là dans l'immense qu'on voit pas l'fond pis qu'il est loin mon dieu qu'il est loin le plafond.

15. Pis pendant qu'i délire touci-touça la lune vieillit qu'on dirait une vieille pomme de terre fripée que j'lui dis à Jules qu'il y a plus qu'à attendre la nouvelle là dis hein la nouvelle la mignonne que voilà.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 23 avril 2020.

14 avril 2020

LE MONDE D'APRES LA PANDEMIE NE SERA PLUS LE MÊME IL SERA PIRE

LE MONDE D'APRES LA PANDEMIE NE SERA PLUS LE MÊME : IL SERA PIRE

1. Edouard Philippe, premier ministre à sang froid, est un homme qui ne s'exclame pas. Il n'en est d'ailleurs pas plus interrogatif et toutes ses phrases se terminent par un point.

2. Son père était un brave homme ; sa mère gentille comme tout. Ils furent longtemps et souvent couillonnés. Il les venge sans cesse : il est né en colère et vipérin.

3. Alors, la fée se pencha sur son berceau... Après quelques instants de réflexion (il y eut un assez long interlude d'anges en ribambelle), la fatidique marraine (j'emprunte cette expression à Baudelaire) déclara : « Bon, malgré tout, il vivra hein, cet enfant. »

4. S'étant toujours assez bien moqué du monde, il devint enseignant.

5. Les enfants étant cruels et les enseignants sommés d'être de plus en plus bienveillants, m'est avis, mon cousin, qu'on est pas sorti d'l'auberge.

6. L'optimiste béat, le bienheureux humaniste, bref le pigeon de bonne volonté voit le monde comme une auberge dans laquelle il entre en refusant de voir les couteaux qu'on y aiguise et les yeux fiévreux de l'aubergiste.

7. Défois y en a des tout biscotteux ; i s'effritent dans leur café ; ça fait des oeilles dedans à la surface qu'en penchant le bol, on dirait qu'ils ont le mal de mer.

8. C'est un homme qui ne souffre pas d'exception, sauf lui-même.

9. Les gens qui ne l'aiment pas ne savent pas à quel point ils ont raison et à quel point il leur en veut.

10. Le monde d'après la pandémie covid 19 ne sera plus le même : il sera pire.

11. La crise du covid 19 c'est la foire à la bonne volonté : non seulement l'imprévoyance de l'Etat les rend malades (à en crever même) mais vous verrez qu'en plus la philanthropie, l'humanisme et la Sainte Résilience leur piqueront leurs sous.

12. Telle de nos aînées qui allant chaque jour montrer quelques mots affectueux sur une ardoise à la fenêtre de son mari confiné dans un EHPAD, lui faire un petit coucou à distance quoi, s'est vu signifier, pour ne pas avoir respecté le cordon sanitaire en période d'épidémie ministérielle, une amende en bonne et due forme par un de nos plus zélés agents de la force publique (à ce niveau, ce n'est plus du zèle, c'est de la virtuosité) ; telle voisine serviable rapportant un poste télé à une personne âgée solitaire et dont la boîte à images mouvantes et à têtes à Macron venait de mourir d'obsolescence programmée, s'est pris, m'a-t-on dit, 300 euros payables à l'Etat (lequel sait si bien utiliser nos sous) pour achat d'un produit non essentiel en période d'épidémie de prunes salées. J'en viens à me demander si, profitant de ces temps malheureux pour se répandre encore plus vite que d'habitude, la bêtise ne va pas finir par tuer plus de gens que le covid.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 14 avril 2020.

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