EMILE, DANA, L’AUTRE
1.
Au chapitre 11 de « Courir », rappelant les difficultés rencontrées par Emil Zatopek pour participer à certaines compétitions, Jean Echenoz nous rappelle que les autorités du Bloc Est se méfiaient du Bloc Ouest au point de craindre que leurs sportifs (mais aussi leurs artistes) participant à des compétitions ou des concerts au-delà du « rideau de fer » fassent défection et demandent l’asile politique. Bon des fois, ils étaient un peu poussés vers la sortie, les artistes (mais pas les sportifs) et c’est ainsi que Nina Hagen devint Nina Hagen.
2.
Si Emile avait fait défection et avait profité d’une compétition à l’Ouest pour demander l’asile politique, aurait-il été :
- Un déserteur et c’était vu par le Bloc Est comme pas beau vraiment, affreux ?
- Un dissident et c’était vu par le Bloc Est comme très vilain ?
- Un transfuge et c’était vu par le Bloc Est comme pas à faire ?
- Un réfugié politique et c’était vu par le Bloc Est comme pas du tout recommandé ?
- Un fourvoyé parce qu’il fallait drôlement se fourvoyer pour quitter le « paradis socialiste » où la Sécurité d’Etat veillait à ce que vous ne vous fourvoyiez pas tandis qu’à l’Ouest, vous pouviez vivre sans que personne ne se soucie de vous, et libre donc d’aller vous fourvoyer là où vous voulez vous fourvoyer ?
3.
« Il [Emil Zatopek] devient le premier homme dans l’histoire universelle à courir plus de vingt kilomètres en une heure. »
(Jean Echenoz, « Courir », ch. 11)
Dans l’expression « l’histoire universelle », le mot « universelle » a-t-il pour nature et fonction :
- Adjectif qualificatif attribut du nom « histoire » (et qui a tri-bu tri- boira) ?
- Adjectif d’universalité épithète du nom « histoire » ?
- Adjectif qualificatif épithète du nom « histoire » ?
4.
Il y a, au chapitre 11 du « Courir », de Jean Echenoz, un paragraphe qui évoquant l’élimination des opposants au régime du président Gottwald, soutenu par l’URSS (cf les Procès de Prague, (1952)) a recours au champ lexical du théâtre (« grand spectacle » ; « dramaturgie » ; « décors et costumes » ; « public » ; « rôles » ; « livret de mise en scène » ; « progression dramatique » ; « applaudissements nourris, nombreux rappels »).
Tous acteurs, y compris les accusés, d’une comédie macabre qui finit par la pendaison des condamnés. L’Histoire, un théâtre où l’on assassine pour de bon. Et ce qui concerne les dictatures concerne aussi les démocraties. Mise en scène et dialogues diffèrent mais le résultat est le même : les salauds gagnent et les innocents sont sacrifiés. Un exemple en 2026 ? l’affaire Epstein. La politique est une saloperie.
5.
« Ce qui représente une forte quantité d’entretiens préalables, de questionnaires, de formulaires à remplir en plusieurs exemplaires, de signatures et de tampons.
(Jean Echenoz, « Courir », ch.11)
Par quel nom désigne-t-on l’ensemble des démarches administratives, qui, lorsqu’elles sont très nombreuses, visent à décourager ou à freiner les demandes ?
- La méritocratie et tout ce qui s’ensuit et le mot prête à rire surtout quand il s’agit de faire la promotion de cette usine à technocrates crétins que sont les différentes officines Sciences Po ?
- La bureaucratie et tout ce qui s’ennuie et le mot prête à rire surtout lorsqu’on voit la manière dont, via Parcours Sup, on envoie les bacheliers se faire frire un œuf dans des formations qu’ils n’ont même pas demandées ?
- La technocratie et tout ce qui s’enfuit et le mot prête à rire surtout lorsque l’on voit les efforts déployés par le ministère de l’Education Nationale pour justifier nos miraculeux taux de réussite au baccalauréat, - ah si je vous assure, ça tient du miracle, laïque peut-être, mais miracle tout de même.
6.
27 février 2026. J’entends ce matin que la France pourrait manquer d’assistantes maternelles et d’agriculteurs (l’élevage se porte mal). Je note que, grâce à la massification de l’enseignement supérieur, la France ne manque en tout cas pas de sociologues pour nous expliquer pourquoi nous manquons de médecins, de magistrats, d’enseignants, d’assistantes maternelles et d’agriculteurs, et que votre fille est muette, cela va de soi, puisqu’elle ne parle pas.
7.
Que pensez-vous de la vie d’Emile telle qu’elle est racontée par sa compagne Dana à « l’envoyé spécial » qui a enfin obtenu toutes les autorisations nécessaires lui permettant d’interviewer Emile (le double fictionnel d’Emil Zatopek dans le roman « Courir », de Jean Echenoz ») même qu’Emile n’est pas là, mais Dana, secondée par une joviale et soudaine colocataire « attentive, attentionnée, prévenante et qui ne la quitte jamais », va se faire un plaisir de tout lui raconter, à l’envoyé spécial, de la vie quotidienne d’Emile. ?
- C’est une vie exemplaire telle qu’on en voit à la télé ou dans les livres genre la vie de Jack Lang présentée et commentée par Jack Lang ?
- C’est une vie fabriquée telle qu’on en voit à la télé ou dans les livres sur Jack Lang écrits par Jack Lang ?
- C’est une vie impossible mais, comme chacun sait, pour un homme comme Jack Lang, l’impossible n’est que fiction et entre la réalité et la fiction, qu’y a-t-il, sinon Jack Lang lui-même ?
8.
Comment caractériser l’état d’esprit de « l’envoyé spécial » du chapitre 11 du roman « Courir », de Jean Echenoz ?
- Lunaire, car l’envoyé spécial est sur la Lune (et cela bien avant les Américains) ?
- Les termes « ravi, enchanté, enthousiaste » montrent que l’envoyé spécial est très content d’avoir toutes ces informations sur le très populaire Emile (dans son jardin aussi il a des salades) ?
- Ce journaliste semble très naïf car cette vie quotidienne d’Emile est peut-être trop belle pour être absolument vraie ?
- En vrai, il s’en fiche (d’ailleurs, ça ne l’a pas empêché de mourir) ?
9.
Les Jeux olympiques d’Helsinki eurent lieu :
- En 1968, et furent organisés par le très jeune et brillant Donald Trump ?
- En 1952, et furent organisés par la grand-mère de Donald Trump ?
- N’ont jamais eu lieu mais Donald Trump y songe sérieusement (à condition qu’il puisse avoir une médaille d’or, peu importe la discipline, il n’est pas difficile) ?
10.
Le dernier paragraphe du chapitre 11 du « Courir », de Jean Echenoz, nous apprend qu’il faut toujours se méfier de tout, que l’habit ne fait pas l’enseignante en école ménagère, qu’au début des années 50, les agents de la Sécurité d’Etat tchécoslovaque roulaient en Talraplan T600 bleu nuit et que ceux qui pensent que l’Etat tout puissant est une solution préparent les dictatures à venir.
11.
Quel sens donnez-vous au mot « autre » employé par l’auteur (Jean Echenoz) dans les phrases « Dana se tourne vers l’autre » et « l’autre ôte ses masques d’enseignante et de colocataire » ?
- L’autre désigne ici celle qui reste étrangère à la vie d’Emile et de Dana (d’ailleurs, l’autre est tellement autre que plus autre qu’elle, cela s’appelle une rencontre du troisième type) ?
- L’autre désigne ici celle qui est « autre » que ce qu’elle paraît être (et même dans un miroir elle ne se reconnaît que lorsqu’elle porte un masque) ?
- L’autre est une espionne, un agent de renseignement au service de la Sécurité d’Etat et donc est autrement que tout le monde ; elle est inéluctablement différente (mais elle finira bien par disparaître, allez) ?
12.
C’est entendu, l’Etat Macron, les soc-déms, tout ça c’est de la démocratie formelle et nos libertés sont souvent illusoires, mais Mélenchon et Bardella, ce serait encore plus formel que donc :
Salariés, si vous voulez travailler toujours plus pour gagner moins et toujours moins de droits, alors votez Bardella.
Salariés, si vous voulez travailler toujours plus pour gagner un argent qui aura de moins en moins de valeur et toujours moins de libertés, votez Mélenchon.
La différence entre « moins de droits » et moins de libertés », c’est qu’avec l’extrême-droite, vos droits seront contestés, voire supprimés au profit d’un haut patronat ultra-libéral économiquement et néo-conservateur socialement cependant qu’avec l’extrême-gauche, vos libertés seront officiellement garanties mais en fait étonnamment restreintes en raison des nécessités d’une raison d’Etat omnipotent, omniscient, omniprésent.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 février 2026.