LA PAGE 165 DE L’AFFAIRE N’GUSTRO DE JEAN-PATRICK MANCHETTE
1.
En bas de la page 164, le narrateur dit qu’il boit de « petits verres de rhum » - je me suis souvenu en regardant la télé que j’avais quelque part un volume des aventures de Nicky Larson, du plutôt bon manga sur mauvais papier – qu’est-ce que nous pouvons avaler comme fictions – les humains se fascinent facilement pour les plus diverses diachronies.
2.
Si le narrateur de ce roman noir avec des Africains dedans de Jean-Patrick Manchette (« L’Affaire N’Gustro ») boit des petits verres de rhum, c’est pour se soutenir cause qu’il se sent tout flagada cause que la veille il s’est pris une « cuite » - nous avalons des fictions – nous produisons de la fiction – et nous la plaquons sur la réalité comme si le réel était ce que nous croyons qu’il est.
3.
Je pense aux grosses têtes du carnaval – grosses boules avec du rose et des grands yeux sans cervelle avec des gens autour – les romans c’est souvent du carnaval aussi avec des figures qu’on agite et des sentiments qu’on essaie de faire passer pour aussi vrais que sont vrais les monstres des profondeurs marines.
4.
Le narrateur de « L’affaire N’Gustro », de Manchette (1942-1995), est un salaud – y a-t-il une rédemption à la fin du roman ou les autres personnages du roman sont-ils, et même plus pour certains, aussi salauds que lui ? je ne sais pas car je ne vais pas lire le bouquin jusqu’au bout – il n’y a que les professeurs pour vous obliger à lire des bouquins jusqu’au bout.
5.
« L’affaire N’Gustro », de Jean-Patrick Manchette est un roman noir, il y est donc question de mort, de sexe et d’argent – c’est ce qui rend le genre du polar si fascinant c’est qu’il traite de ce qui anime les corps et les esprits – en cela, le polar est un genre réaliste – quand on passe à la page 165, le narrateur évoque par énumération « l’absinthe sur de la glace », les « Gipsy Queens », les Bugattis, l’Art, les œufs battus et le cognac.
6.
C’est comme du Shakespeare mais avec des flingues – Shakespeare, Agatha Christie (là, c’est pas du polar, c’est du roman à énigmes), le cite souvent – paraît que Manchette était d’extrême-gauche, moi, je sais pas, il y a un côté célinien dans l’œil de Manchette, une fascination pour la saloperie, pour les turpitudes et jambes en l’air, pour les conneries et les morts violentes des zones de partout – radical, qu’on dit qu’il était, Manchette, moi j’vous dis j’en sais rien et je m’en fous – il est mort en 1995, l’auteur de « La position du tireur couché » (très bon bouquin) –
7.
Tout ça, c’est peut-être rien d’autre que du story-telling qu’on nous a fait croire que l’Abbé Pierre était un quasi saint qu’on se rend compte maintenant que c’était rien qu’un répugnant, un curé ripou comme on en dans les films de Mocky, qu’on nous a fait croire que François Mitterrand était de gauche et que l’abolition de la peine de mort était un progrès de l’humanité qu’à mon avis, on continue de nous en faire croire des âneries – Bah il n’y a que les gens bien élevés qui peuvent croire à toutes ces conneries – perso, j’ai jamais pu les sentir, les donneurs de leçons de charité, les avocats de gauche et les pleurnicheurs sur les cous coupés des assassins d’enfants.
8.
A la télé, des témoignages d’Africains en Afrique qui disent qu’ils sont dans une situation terrible ; on parle de massacres, de viols, de camps de réfugiés, de corruptions ; on l’a déjà entendu je ne sais combien de fois ça – ritournelle tragique de l’Afrique martyre – ça risque pas de changer – le discours sur l’Afrique continent de l’avenir, je n’y crois pas une minute – malédiction de la ressource naturelle – vouée l’Afrique à être pillée spoliée volée violée torturée et sous influence perpétuelle – j’irai jamais en Afrique (remarquez je ne vais déjà quasiment jamais en Belgique qui est à côté de chez moi).
9.
Page 165, paragraphe suivant : le narrateur « regagne la grande maison » (c’est le nom qu’il donne à une villa je crois où il y a des militaires étrangers, des Africains, qui envisagent des choses à venir) – Il y a une « pelouse », des « parasols et du café », une Mercedes, une grosse tête. – ça baigne dans le soleil avant d’être inondé de sang.
10.
A la télé (LCI) ça cause des fake news dont les services de Poutine nous inondent (en l’occurrence, le mouchoir de Macron que les Russes et leurs zélés collabos français - coucou, Dupont-Aignan, coucou, Florian Philippot) tentent de faire passer pour un pochon de cocaïne).
11.
Puisqu’on parle politique, j’ai vu il y a deux jours François Bayrou se défendre devant la commission d’enquête parlementaire sur son rôle supposé dans la sordide affaire Bétharram – je l’ai trouvé vieux, faible et hésitant, le Bayrou – je crois que l’heure de la retraite va très bientôt sonner pour sa pomme – moi, je le crois, Bayrou quand il affirme qu’il n’a été au courant de rien (ou si peu) - ce qui prouve que ses capacités intellectuelles ne sont pas du tout ce qu’il croit qu’elles sont : en clair, Bayrou n’est pas un menteur, c’est un sot.
12.
Sur la digue, nous sommes le samedi 17 mai 2025, il y a du vent : une jeune fille passe sur des patins à roulettes ; elle porte un pull noir et une queue de cheval – les terrasses sont vides ; il y a du vent.
13.
La télé (LCI) dit que les services américains affirment que Poutine va bientôt lancer une nouvelle offensive en Ukraine, une offensive « sans limites » dit la journaliste– je ne sais pas si c’est vrai mais si les Russes tentent de percer, espérons que Donald Trump va réagir et rappeler à ce dingo de Poutine qu’on ne fait pas la paix en lançant des offensives massives et en massacrant des civils.
14.
Manchette écrit défois dans le style san-antoniesque genre, je cite : « entre le garage et le lieu où tout le monde bronze et ripaille, un Noir maigre et jeune, pas plus de vingt ans, franchit d’un bond la haie extérieure à base de prunus et fonce nach N’Gustro en gueulant comme un âne. » - Il y a de l’action parce qu’ensuite, l’assaillant sort un « couteau de cuisine » et que le narrateur intervient en « braillant je ne sais quoi ni pourquoi » -
15.
La France, elle n’est pas près de revoter massivement à gauche ; l’avenir est à droite, voire très à droite ; les conneries des délinquants de toutes sortes et les flux migratoires mal contrôlés favorisent le basculement – Dans l’éducation nationale, j’ai l’impression que l’extrême-gauche tente de se réorganiser, pousse ses pions, bricole des réseaux, mais je peux me tromper (disons que je pressens du trouble et de l’entrisme, du lambertisme).
16.
A la fin de la page 165, on comprend que l’attentat a échoué – assaillant maîtrisé – la narration prend un style baroque affirmé, je cite : « mais à gueuler comme il a fait, paraît-il des choses mal polies dans le dialecte de là-bas, tous les gustaves y ont sauté au nez. » A la page suivante, on lit aussi : « le prisonnier hurle, pleure, bave, et tente de donner des coups de pied dans les honneurs de l’Amiral. » (Jean-Patrick Manchette, « L’Affaire N’Gustro »).
Patrice Houzeau
Malo, le 17 mai 2025.