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BREFS ET AUTRES
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8 juin 2021

TROUBLE DANS LES ANTIQUES

TROUBLE DANS LES ANTIQUES

1.
« Dans quel trouble nouveau cette fuite me plonge ! »
(Racine, « Iphigénie » [Achille]

Ça doit être une sacrée fuite que cette fuite parce que Racine il emploie le mot « plonge », et puis il y a aussi le mot « trouble », qu’en plus Achille il n’y voyait plus rien.

2.
« Dans quel palais superbe et plein de ma grandeur
Puis-je jamais paraître avec plus de splendeur ? »
(Racine, « Iph. », [Clytemnestre])

Quand je lis ces vers, y a comme du Tadam ! qui m’sonne dans la caboche, façon trompettes et cors antiques, du genre à la Cléopâtre dans « Astérix et Cléopâtre »,  très hautaine.

3.
« De larmes tous les jours ses yeux sont arrosés »
(Racine, « Iph. », [Iphigénie])

Dans les tragédies d’il y a longtemps (du temps des rois des reines et des bouffons), les dieux zavaient des arrosoirs à larmes dont ils usaient pour faire pleurer les comédiennes. C’est un fait bien connu quoiqu’assez ignoré tout de même.

4.
Quand un muet m’interpelle, je ne réponds pas et passe mon chemin. Il est vrai que ces derniers temps, ma vue baisse et je ne tiens pas à laisser mes yeux dans la poche d’un aveugle.

5.
« Les dieux ordonneraient un meurtre abominable ? »
(Racine, « Iph. » [Clytemnestre])

Les dieux, ça ose tout ; c’est même à ça qu’on les…

6.
« J’ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante. »
(Racine, « Iph. » [Iphigénie])

La nouvelle de la mort, on ne la connaît pas bien. Elle est bien pâle et toute muette, pis le regard fixe, pis toute en blanc, avec un couteau dans la main. Elle inquiète un peu.

7.
« Un prêtre, environné d’une foule cruelle,
Portera sur ma fille une main criminelle,
Déchirera son sein et d’un œil curieux
Dans son cœur palpitant consultera les dieux ! »
(Racine, « Iph. » [Clytemnestre])

Gothique. Antique. Archaïque. Cinématographique dans le genre horrifique.

8.
« … dans le trouble où flottent mes esprits »
(Racine, « Iph. », [Agamemnon])

Chaque fois que je tombe sur ce bout de vers, je vois de mes yeux dans la tête flotter des espèces de fumeux. Vaguement qu’ils grimacent. Je crois bien qu’ils ricanent sous leur cape de brume. S’fichent de ma fiole, ces enfumés.

9.
« C’est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre…
J’entends gronder la foudre, et sens trembler la terre.
Un dieu vengeur, un dieu fait retentir ces coups. »
(Racine, « Iph. » [Clytemnestre])

Percussions. Batterie mystère, qui fait penser au vide des villa antiques sous un soleil qui n’a plus d’heures.

10.
« La flamme du bûcher d’elle-même s’allume »
(Racine, « Iph. » [Ulysse])

Magie. Sorcellerie. Chauffage.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 juin 2021.

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31 mars 2021

PIS A LOUCHE

PIS A LA LOUCHE

1.
Ai revu au loin ce crabe aux pinces rouges là dans la nuit d'nous autres qu'on s'en sort pas mais qu'on nous annonce au bout la lumière. Le même que l'an dernier, au début des mois perdus. Après, il y a le son des glaçons et puis Jésus, Que ma Joie demeure.

2.
Comme c'est triste, la France, quand on n'a pas pensé à la protéger, puis qu'on nous explique, doctement, techniquement, technocratiquement, même que nous, on écoute, bouche bée, comment ceusses qui nous ont fichu dans l'pétrin vont merveilleusement nous en sortir. Ça doit être ça, la « pensée complexe » pis son « Nouveau Monde » à Macron.

3.
Le « Nouveau Monde », quelle symphonie ! Pis y a l'politique, ah cacophonie ! A la machine, celle à réparer les sottises ! L'politique qui s'y colle ! C'est lui qu'a sotté ! D'envergure ! D'une réforme l'autre ! On s'y reconnaît plus ! Bah on va pondre des grilles d'évaluation ! Ça occupe.

4.
Je me demande s'il y a un rapport entre William Sheller et le 22ème Beatle(s). Pourquoi les chanteuses que j'ai tant aimées vieillissent-elles ? (Je le confesse, cette question n'est que mélancolie à 3 euros 50 la bière). N'ai-je tant vécu que pour cette covidie ?

5.
Est-ce Jean-Claude Bourret qui a inventé les OVNIS ou les Visiteurs qui ont créé Jean-Claude Bourret ? Portons-nous tous des masques par volonté suprême de la secte des Décollateurs d'Oreilles ? Twitter est-il un instrument d'hypnose collective ?

6.
Les technocrates, pour s'endormir, comptent-ils les ordinateurs, les tableaux Excell, ou ont-ils recours à des professionnelles ? Défois, les souvenirs glissent, que c'est nous qui glissons dessus, peau de banane, et nous retrouvons tout nostalgiques.

7.
Toutes les adolescentes sont-elles de grandes didines aux yeux pleins d'vide ou est-ce moi qui suis, comme à mon habitude, d'une mauvaise pâtée de foie à la louche ? Après y a le gaz, le prix du gaz, les allumettes, le prix des allumettes, et tout ça qu'on vit pis qu'on meurt.

8.
Défois, le soleil coule doucement, comme un camembert qui prend infiniment de temps pour couler, et se répandre sur les villes où les choses coulent aussi, pis à la fin, on se noie. Défois, Zut écoute ses cheveux : ils ne sifflent pas. Défois j'suis là mais faites comme.

9.
Chaque matin, dans le bus, je m'attends à voir surgir la vache à Pink Floyd là dans les herbes ; j'observe, et elle est là : elle est même plusieurs. Mais défois, c'est pas elle, c'est du vide, du vide de plus en plus vide.

10.
France 2021 : Y a Macron tout en haut, philosophe et décidé ; y a Castex, soucieux, faussement bonhomme, très technique ; y a Blanquer, que beaucoup voient comme un carriériste, cynique et quelque peu « visionnaire-allumé »

11.
Soyons positifs ! Le navire France fait glouglou, mais au moins, l'Etat nous lance des bouées, des barques et des haches pour trancher les mains de ceusses qui, perdus dans les flots, voudraient s'y accrocher, les gueux.

12.
Je distancialise
Tu distancialises
Il distancialise
Nous distancialisons
Vous distancialisez
Et les élèves disparaissent.

13.
Je suis mauvaise langue. Il est que la France est un des rares pays qui aura réellement aidé ses entreprises à surmonter la crise Covid. On le doit à Macron et à Edouard Philippe. Peut-être pas à Castex (je sais pas) et sans doute pas du tout à Blanquer. Suis-je injuste ?

Patrice Houzeau
Malo, le 31 mars 2021.

19 septembre 2022

BONHOMME ALBATROS

BONHOMME ALBATROS

(Librement adapté de « L'albatros », de Baudelaire)

Il s'amusait souvent comme hommes d'équipage et ainsi se multipliait. Comme il était distrait, il perdit plusieurs de ses semblables.

A prendre des albatros et autres oiseaux des mers, quand ce n'était pas la lune pour son doigt et son doigt pour son nez, il perdit tant et tant de temps qu'il fut craché.

Il ne fut pas « indolent compagnon de voyage » mais plutôt explosif comme poudre en baril.

Et s'il était glissant comme un navire, il n'en préférait pas moins rester sur le plancher des vaches qui regardent passer les trains d'écume.

 

Déposé sur les planches, il histrionnait, postillonnait, apostrophait les invisibles.

Ni roi, ni azur, son domaine était maladroit et si honteux qu'il se laissait dévorer par les ombres, lesquelles faisaient la grimace.

Il aimait le son « an » comme dans « leurs grandes ailes blanches », comme dans « vent », comme dans « que le vent tourmente », comme dans « éléphant » et « loup blanc », comme dans « assonance » et « maman... maman... maman », telle la plainte qui jamais ne s'éteint.

S'il portait des avirons, c'était par amour des sports nautiques, mais, éloigné des fleuves et rivières, drolatique de le voir déambuler dans les environs avec ses deux bâtons aux côtés, désœuvré, décoiffé, débarqué.

 

Il ne fit aucun voyage avec des ailes, ne vota ni gauche, ni veule.

S'il fut beau, ce fut avec comique, et s'il fut laid, ce fut avec panache.

On le voyait parfois, le brûle-gueule au bec et si on lui faisait remarquer qu'il laissait sortir sa chemise de son pantalon, il répondait que sa chemise était bien libre de sortir comme elle le voulait, pourvu qu'elle soit rentrée pour le dîner.

Parfois, il se mimait en boitant, et devant fuir quolibets, caillasses et cailloux, il en tirait des morales misanthropes.

 

Ni Poète, ni prince, il regardait défiler au-dessus de sa tête les nuées, se disant : Que d'oies ! Que d'oies !

Il n'eut jamais l'idée de « hanter la tempête », laquelle avait déjà fort à faire avec son crâne et ne pratiqua pas l'art patient du tir à l'arc.

S'étant exilé lui-même, il s'attendait parfois aux huées.

Les gens parfois haussaient les épaules, s'amusaient du sourire, fronçaient le sourcil tandis qu'il s'essayait à marcher avec les ailes d'un géant qu'il s'était imaginé.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 19 septembre 2022.

1 février 2022

MA JAMBE N'EN SERA PAS MOINS JAMBE ET SUR SES 2 PIEDS

MA JAMBE N'EN SERA PAS MOINS JAMBE ET SUR SES 2 PIEDS

1.
Lorsqu'à mon interrogation, la voix répondit « C'est le Dragon », je compris que ce n'était pas la peine d'ouvrir. Faut pas me prendre pour moi-même, les dragons, ça n’existe pas.

2.
Cherche personne très discrète pour jouer la doublure de « l'homme invisible ».

3.
Je vous assure, Monsieur le Juge, que la vie que vous dites que j'ai vécue n'est pas la mienne. D'ailleurs, elle ne me reconnaît pas.

4.
Bon, va falloir remonter Dugenou de sa stratégie là. Sinon, on va encore être obligé d'y envoyer un rapporteur avec tout un équipement de survie... Ces hauts fonctionnaires, j'vous jure...

5.
Parfois, longeant une rivière, je m'arrête. Et je regarde. Et il ne se passe rien. Et je me rends compte que j'vais être en retard, alors j'me grouille.

6.
Je ne peux pas empêcher que de temps à autre elle revienne, alors bon, la moustiquaire, c'est bien gentil d'y avoir pensé, mais je sais pas si ça va l'impressionner, la Dame Blanche avec sa tête coupée là.

7.
Pour atteindre son but, il ne recula pas. Aussi droit dans ses bottes qu'un politicien corrompu, il avança et tomba dans l'trou.

8.
Forcément, quand je serai sous les pissenlits, j'aurai beaucoup moins l'occasion d'écrire des sottises. Qu'est-ce que je vais m'ennuyer.

9.
Je n'ai pas de tête de mort chez moi. Si j'en avais une, je lui dirai bien des choses, parce que les morts, faut pas croire, i savent pas tout non plus hein.

10.
J'ai remarqué que, lorsque je contemple la mer en me récitant du Baudelaire (« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! »), celle-ci, parfois, hausse les épaules, là, plusieurs fois même, qu'elle les a blanches et bien indifférentes, la mer.

11.
- Comment va ? - Boarf, pas trop fort... - Bin oui, il me semblait bien aussi... Vous étiez à mon enterrement, non ?

12.
J'ai passé une très mauvaise nuit. Elle aussi, je crois. Mais avec elle, on ne sait jamais ; c'est rare que la nuit daigne me répondre.

13.
J'ai eu jadis une chèvre. Ça doit être l'année où j'ai voté à gauche.

14.
Bon, Dugenou, vous me copierez cent fois : Je ne dois pas prouter devant le portrait de l'Empereur.

15.
Non, non, je vous assure, ce n'est pas parce que je ne dis rien que j'en pense quelque chose. Vous pouvez la continuer, vot' réforme, ma jambe n'en sera pas moins jambe.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 février 2022.

13 août 2022

ESCHYLE QUEL BEAU NOM POUR UNE TORTUE

ESCHYLE QUEL BEAU NOM POUR UNE TORTUE

 

1.

Entendu sur France Inter cette épatance réjouissante : « Quand j'écoute cette chanson, j'ai envie de survoler l'Amazonie en hélicoptère. »

2.

L’existence du rouble n'est pas sans rappeler la question initiale de la métaphysique : Pourquoi l'étant plutôt que rien ?

3.

Quand on écoute des chansons, il vaut mieux avoir mis ses oreilles. Que l'on connaisse la langue dans laquelle le chef d’œuvre a été écrit importe peu, vu qu'en général, c'est n'importe quoi.

4.

Personnellement, j'ai autant l'oreille musicale qu'un moule à gaufres, lequel ne sait toujours pas faire la différence entre les Beatles et les Rolling Stones. Quand j'y pense, ça m'agace, et je me fais des crêpes.

5.

Fait divers. Ayant une connaissance imparfaite de la langue française, il battit son frère alors qu'il était chaud.

6.

Quand un général perd une division, c'est peut-être qu'il s'est trompé dans ses calculs.

7.

Ce que nous apprend la méditation et Christophe André quand il est invité par France Inter, c'est qu'il faut être dans un état de lenteur réactive. Comme ça, quand il passe, le joli papillon, hop, vous ouvrez la gueule, vous déroulez vot' langue et vous l'bouffez.

8.

Eschyle, quel beau nom pour une tortue. Faudra qu'j'en cause au fantôme de Raymond Queneau la prochaine fois qu'il ne manquera pas de ne pas venir.

9.

Comme tous les bipèdes qui vont acheter des cigarettes ne sont pas en train de quitter leur conjoint ou de trahir leur pays, c'est parfois dans l'unique but de faire provision de tabac que Sherlock Holmes se rend au Tobacco Shop pas loin d'chez lui.

10.

Je vous assure qu'elle n'est pas morte, Adèle, et que n'étant ni cantatrice, ni chauve, elle sourit quand même.

11.

C'est suite à une série d'erreurs successives dans le décompte de ses lapins que cet auteur trouva le thème principal d'une saga racontant la lutte désespérée des Terriens en proie à une invasion de petits êtres véloces à grandes oreilles.

12.

Les gens qui reprochent à Macron de faire du jet-ski, je me demande si leur grand-mère fait du vélo ou bien si elle survole parfois l'Amazonie en hélicoptère tout en écoutant des chansons idiotes sur France Inter.

13.

A force de faire des phrases, je vais finir par être à la retraite, moi. Pour l'instant, le réel m'encombre, mais je me rassure en me disant qu'il n'y a pas de raison pour que cela ne dure pas, le réel étant encombrant et très sans-gène par définition, sinon par nature.

14.

Comme je ne parvenais pas à fermer l’œil de la nuit, elle me fixa longuement, de son globe unique, et ne se dissipa que lentement, très lentement, aux approches du jour.

15.

Le réel m'encombrant de son humanité sans-gêne, me demander quelque chose revient à me poser une série de questions existentielles dont je ne me sors qu'en m'agitant sottement.

Patrice Houzeau

Malo, le 13 août 2022.

 

 

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19 janvier 2023

PLUS VRAI QUE REEL

PLUS VRAI QUE REEL

« On pourrait parler d'illusion vraie. La scène est un lieu où tout est vrai, irréfutable – plus vrai que dans le monde. D'une vérité qui a quelque chose à voir avec la perfection. Pourtant, cette vérité n'est qu'une illusion. »
(Bernard Dort, « Théâtres », Seuil, coll. Points, 1986, p.192)

1.
De « l'illusion vraie ». C'est que nous sommes vraiment dans l'illusion, ce « être subjectif ». Ce que nous nommons réel n'est que l'apparence du réel, ou plutôt ce que le réel est pour nous, une illusion parmi une infinité d'illusions. Le théâtre est la mise en spectacle de l'illusion, et cette mise en spectacle en est la dénonciation, mais aussi la révélation. La fascination qu’exerce sur nous le réel nous permet de continuer à exister.

2.
Une scène plus vraie « que dans le monde. » La scène est aussi au monde. Il y a convention théâtrale. Nous jouons aussi nos comédies en dehors des théâtres. Cette scène « plus vraie que dans le monde », dont parle Bernard Dort, est certes irréfutable (je suis bien au théâtre et les comédiens interprètent une pièce tout aussi réelle qu’eux, et la vérité y est objectivée, mais parce que la pièce, le jeu, la mise en scène renvoient à de multiples références dans le réel - Harpagon renvoie à des avares que je connais, Dom Juan renvoie à la question de la liberté individuelle), le théâtre renvoie toujours à mon illusion, celle que je me fais du monde et qui me permet d’exprimer un point de vue.

3.
Une œuvre d'art tente d'effacer le référent au profit de la fascination qu'elle exerce potentiellement. La musique se passe du référent, bien qu'en fait le discours critique lui en confère un : la comparaison des différentes interprétations. Mais le critique est justement celui qui ne se laisse pas fasciner, qui ne se laisse pas avoir.

La peinture abstraite efface son référent. Et il y a bien longtemps que l'on n'apprécie plus un tableau pour son sujet, mais pour la manière dont le peintre l'a représenté. C'est dans cette manière que se trouvent l'énigme et la fascination. Maîtres flamands et surréalistes en regorgent.

Que la parole entre dans la représentation, et le référent revient au premier plan. Nous ne jugeons pas d'un film dans la manière dont il évacue le référent, mais dans la manière dont il l'évoque. Et nous nous trompons lourdement quand nous jugeons d'une fiction en fonction de ce qu'elle serait censée nous dire du réel. C'est, à mon sens, entre l'évacuation du référent et son évocation (puisque le film « parle ») que se situe le talent , voire le génie. Je me fiche du nabab américain qui a inspiré Orson Welles dans « Citizen Kane », mais la manière dont Welles évacue ce nabab réel et devient l'image même d'un homme en proie à l'inaccessible, devenant plus vrai que réel, me fascine assez pour que je reste devant l'écran.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 janvier 2023.

4 juin 2023

LES PRINTEMPS SONT DEJA MORTS

LES PRINTEMPS SONT DEJA MORTS

1.
Je me demande si la Voix qui se met à perturber, interloquer, et étrangement conseiller le Mr West de la nouvelle « Des voix » de Robert Sheckley traduit par Maud Perrin (in « Le Robot qui me ressemblait », J'ai Lu Science-fiction n°2193) ne serait pas une anticipation de l'Intelligence Artificielle (vous pouvez m'appeler I.A, dit-elle) dont on nous dit qu'elle va nous perturber, nous interloquer et peut-être aussi très étrangement nous conseiller.

Citation :
« Dès que l'on a assimilé cette donnée, les applications à l'industrie de ce genre de laminage sont évidentes.
- Pas pour moi, en tout cas ! s'écria Mr West. Qu'est-ce que ça veut dire tout ça ? Qui êtes-vous ?
La Voix ne répondit pas. Elle avait coupé le contact. »

2.
Dans « Raboliot », de Maurice Genevoix, le chapitre où Raboliot « rencontra Sarcelotte sur la route » (troisième partie, chapitre 5), j'aime bien la notation : « Raboliot reconnut Sarcelotte à son parler ». Un « nasillement cordial et gai », mais aussi « la puissance merveilleuse » dont étaient chargés « tous les mots que disait Sarcelotte ». Ces mots, (« les lapins », les « lieuves »), ce sont ceux du braconnier Raboliot  et aussi ceux de l'écrivain Genevoix. Ils déclenchent l'imaginaire du chasseur mais surtout, puisque nous lisons une œuvre littéraire, le style de l'écrivain.

Il s'agit alors de faire chanter la langue, de rendre compte, je cite, de « tous les cris des crépuscules, la crécelle rouillée des faisans, les rappels croisés des perdrix, les piaulements courts des tourteplates » (les engoulevents).

« Et tout autour des mots que disait Sarcelotte, d'autres bêtes se pressaient encore » (…) « des écureuils grognaient dans les pins ; des vanneaux noirs et blancs tournaient en rond dans le soleil, liés à leur nid comme des cerfs-volants captifs ;... » (…) « un héron voguait dans la nue, soulevé sur ses ailes lourdes, les pattes pendantes comme des branches cassées ;... ».

3.
L'une des chansons qui m'aura le plus impressionné dans ma sotte existence, est « Je suis un soir d'été », de Jacques Brel. Parce qu'elle est littéraire (comme on n'en fait plus, surtout depuis que des ministres aussi troubles que successifs, fascinés par l'imposture Philippe Meirieu, se sont mis en tête de réformer sans cesse l'éducation nationale) et sans doute aussi parce qu'elle est vipérine. Les notes aigres de la guitare qui ponctuent le texte en font une marche lente et inexorable. Au bout du chemin, après cette « ville aux quatre vents » qui « clignote le remords / Inutile et passant de n'être pas un port », on sait bien ce qu'il y a. En attendant, dans la même chaleur lourde, il y a les « femelles maussades de fonctionnarisés », « les hommes poussent des rots de chevaliers teutons », « De lourdes amoureuses aux odeurs de cuisine / Promènent leur poitrine sur les flancs de la Meuse » ; une vie lente, où les printemps sont déjà morts.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2023.

27 mars 2023

RAMASSANT SA TÊTE ET AUTRES NAPOLEONS

RAMASSANT SA TÊTE ET AUTRES NAPOLEONS

1.
Ramassant sa tête, il vit
Le titre du
Journal : « Ah tiens, j’ai été guillotiné », qu’il fit, fataliste et condamné à mort.

2.
Elle alla – elle était beaucoup plus mobile depuis qu’elle avait quitté son statut de poteau indicateur, elle
Alla téléphoner, pour la rime, on dira « à sa sœur ».
Téléphoner ? J’exagère quand même, comment qu’elle aurait fait avec ses pattes griffues, la ronronnette là.

3.
Le temps passe et il ne revient pas. On a beau faire un
Rapport, un constat, un roman, tout un poème quoi,
Que le temps passe et ne revient pas. On
Peut bien tromper le temps,
Avoir le temps, comme si on pouvait le rouler, le temps, et tout
Ce temps qui passe, on a beau le commettre mille fois, le
Crime de le tuer, c’est lui qui finit par le sempiternel échec et mat.

4.
Oh ! En ne se voyant pas dans le miroir, Oh ! qu’elle
S’écria Oh ! puis Zut arriva et la porte du frigo s’ouvrit. Délaissant le miroir, elle accourut. N’est-
-t-elle pas mignonne, la ronronnette ?

5.
Ma chemise est bleue Ma
Chemise ne fait pas de métaphysique Elle
Est toute simple ma chemise et ne fait pas d'histoires
Trempée elle l'est parfois ma chemise mais de moins en moins vu qu'elle hausse de plus en plus souvent mes épaules.

6.
Verdi fut un
Compositeur et non pas un peintre
Italien. Italien, il l'était, mais pas peintre ; je ne sais donc pas si le vert apparaît souvent dans sa musique. Il est
Né – il est d'usage chez les humains de naître avant de mourir -
En 1813. C'est en
1813 que Napoléon aurait dit : « Ma domination ne me survivra pas, du jour où j'aurai cessé d'être fort et par conséquent d'être craint. »
A Roncole qu'il est né, Giuseppe Verdi.
Roncole est un village de la province de Parme
Et donc je pense au jambon. Il est
Mort, Giuseppe Verdi, en vertu du raisonnement selon lequel si Socrate n'est pas un chat, et que les chats sont mortels, alors Socrate est mort quand même.
A Milan, qu'il a laissé définitivement vergers et jardins, divas et divans, opéras et lampes à pétrole.
Milan est une ville célèbre pour son opéra que l'on appelle La Scala.
En tout état de cause, Verdi n'a composé aucune chanson des Beatles et en
1901, ce siècle avait un an. Il en aurait bien d'autres et très sanglants.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 mars 2023.

26 mars 2023

EN REPARANT LE LION

EN REPARANT LE LION

« Il sourit. « - Je réparais le lion de la petite Renisenb. Maintenant elle a d’autres jouets… »
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « La Mort n’est pas une fin » [Hori à Renisenb])

Il - il s’agit de Hori parce que s’il s’agissait d’un abat-jour, il n’aurait pas pu sourire ; or, il
Sourit (et c’est avec un soin tout particulier que, le matin même, il s’était mis une bouche toute neuve)
Je, dit-il, car nous savons maintenant qu’il n’est pas un abat-jour, je
Réparais  - monsieur est donc bricoleur –
Le lion – et ça c’est bien, de réparer un
Lion, c’est tout de même plus intelligent que de cultiver des plantes empoisonnées sur son balcon -
(De l’empoisonnement par les plantes, je ne parlerai pas – c’est un secret bien gardé par mon abat-jour et moi.) Quant à
La gare de Perpignan, des trains y passent, je suppose, parce que s’il ne s’agissait que du temps, nous ne serions pas rendus, bien que, pour tout vous avouer, je passe rarement par Perpignan. La
Petite Renisenb, elle n’est plus si petite, et elle est bien obligée de faire attention à sa taille passque défois elle se laisse aller et du coup, dans la ville, ça fait des destructions godzillesques, qu’on en fait des films à Hollywood, mais il faut bien dire que ce n’est pas très bon pour sa réputation, à la petite
Renisenb, car la petite Renisenb
Maintenant, elle est la grande, la gigantesque, l’impressionnante Renisenb et depuis qu’elle n’est plus petite,
Elle a d’autres préoccupations, elle
A d’autres folies en têtes,
D’autres vergers, jardins et jeunes gens, dont elle fait ses
Jouets fascinés, dociles, obéissants.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 mars 2023.

7 novembre 2021

M'ETANT CHIMERIQUE

M'ETANT CHIMERIQUE

1.
« A quatre heures du matin, l'été, / Le Sommeil d'amour dure encore » écrit Rimbaud, sauf si un moustique vient vous réveiller, ah le gueux.

A quatre heures, Zut fut réveillée par Michel Vaillant, son moustique actuel, à
Quatre pattes, plus tard Zut chercha sa deuxième chaussette défois qu'elle se serait faufilée sous le lit. Quatre
Heures ! Ce n'est pas une heure quand même pour les réveiller les gens
Du temps qui passe du temps qui passe du temps qui passe et le
Matin finit toujours par revenir et quand ce sera 
L'été, il y aura encore plus de moustiques se dit Zut en abandonnant sa quête toujours renouvelée de la deuxième chaussette.

Le temps passe et les matins se suivent après le
Sommeil toi de ce qui te regarde
D'amour c'est un fleuve ça l'Amour un fleuve d'Asie, et même le plus long fleuve de Sibérie (4354 km me dit Wikipédia)
Dure à cuire Zut ? Pensez-vous c'est un ange du paradis
Encore que cela m'inquiète un peu qu'elle se soit récemment mise à collectionner les haches.

2.
« Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte »
(Rimbaud)

Ô j'aime bien les Ô majuscules avec leur petit chapeau sur la tête
Cité citez mais n'oubliez pas les guillemets
Douloureuse, ô après les
ô minuscules ça fait comme des bouches avec les narines au-dessus
Cité à la menthe tiens je vais me faire un thé à la menthe
Quasi c'est loin moi je suis en Europe et je ne rêve pas de Chine
Morte i ferre son cheval et s'en va bien loin.

3.
« M'étant retrouvé deux sous de raison – ça passe vite ! »
(Rimbaud, « Une Saison en enfer »)

M'étant chimérique figuré bien des choses me suis
Retrouvé tout déçu des
Deux sous qu'il me restait (c'est pas beaucoup) deux
Sous pire encore j'étais aussi seul qu'os délaissé
De et deux font ce qu'ils peuvent je viens d'en retrouver deux autres ! la
Raison seule ne m'ayant point encore abandonnée
Ça va d'aller quand même me fis-je contemplant mes pâtes
Passe le temps et le café
Vite un café faut quand même que j'sois un peu réveillé.

4.
« Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares »
(Rimbaud)

Le vent je toi aurais-tu des raisons de te venger ?
Vent d'heures à ruminer on ne sait quelle hyperbole
De Dieu (tu hausses les épaules)
Dieu Dieu Dieu en voilà bien du tintouin pour si sotte raison
Jetait à la menthe olé ! Fis-je d'humeur à jeter les
Des à la face du monde puis-je mis des
Glaçons dans mon whisky et
Aux bons vieux dieux du rock n'roll je sacrifiai quelques instants Aux
Mares à l'américaine ironie les canards jactèrent quelque écho moqueur.

5.
« U, cycles, vibrements divins des mers virides »
(Rimbaud, « Voyelles »)

U Rayon tu songes aux vignettes colorées que tu dévorais jadis aux
Cycles fabuleux des aventures de Barbarella de Tif et Tondu d’Alix aux
Vibrements des onomatopées fusant sur les planches
Divins doux albums tu ne lisais pas encore Rimbaud ni Baudelaire #DeRien
Des ouvrages savants tu te fichais bien alors les
Mers veillent et les monts songent des adultes tu t'en moquais
Virides étaient les petits êtres d'ailleurs dont tu savais déjà qu'ils n’existaient pas.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 novembre 2021. 

23 juillet 2023

ACCROCHE-TOI AU PINCEAU EINSTEIN

ACCROCHE-TOI AU PINCEAU EINSTEIN

« C’est eux qu’ils perdent derrière eux. Ils s’arrêteront quand il n’y en aura plus, d’eux. Il ne restera plus que leur trace, en zigzag. C’est émouvant. »
(Roland Dubillard, « Les Voisins » in « Le Gobe-douille et autres diablogues » [Deux])

C’est du riz que je cuis.
Eux, les grains de riz, ne pensent pas à la cuisson. On a dû les décerveler. C’est plus humain.
Qu’ils ne pensent pas à la cuisson, les grains de riz, et qu’ils soient sans cerveau, les grains de riz (Les grains de riz sont sans cerveau/ C’est rigolo car c’est idiot/ dit le bedeau et aussi les veaux) cela n’empêche pas qu’ils
Perdent la guerre. Est-ce que cette fois-ci ce sera la dernière guerre en Europe ? Ou la dernière guerre des humains contre eux, avant que nous disparaissions, tous. Et
Derrière eux, que laisseront-ils les humains ? Hein, derrière
Eux ? Remarquez que ça n’a aucune importance, puisqu’il n’y aura plus que des objets, des montagnes d’objets que grignoteront les sables.

Ils cuisent, les grains de riz. Et moi, je bous. Nan, je déconne, c’est juste pour la plaisanterie. Je suis calme comme un tropique. Ils
S’arrêteront quand on les arrêtera. Qui ça ? Eux. Vont finir par devenir proverbiaux, ces Russes. Ils s’arrêteront
Quand ils auront compris qu’ils ne peuvent pas vaincre. 

Il va pleuvoir. Il
N’y a pas de viande pour manger avec le riz. C’est l’inflation et la fin du mois. J’écoute Jane Birkin chanter « La Chanson de Prévert ». Il n’y
En a pas, de viande, pour aller avec le riz. Le riz ira donc tout seul, avec un peu de beurre et du sel. Et comme il va pleuvoir, lui faudra un parapluie (Les grains de riz sont sans cerveau/ C’est rigolo car c’est idiot/ dit le bedeau et aussi les veaux// Les grains de riz sont sans cerveau/ Aussi sans veau et c’est idiot / disent le bedeau et les moineaux).

Aura ? Aura pas, le temps, l’humain ? Y a
Plus rien à dire qui n’ait été dit déjà,
D’eux, les bipèdes agités d’partout, et de leurs complications à l’infini.
Il ne restera plus bientôt qu’à pendre le hareng-saur,
Ne restera plus qu’à tirer l’échelle (accroche-toi au pinceau, Einstein)
Restera plus qu’à hausser les épaules
Plus qu’à sortir de la pièce
Que c’est mélancolieux tout ça hein dis, à ton idée, Linda, Elodie, Daisy des ratés et Diane des départs ?

Leur talent, aux musiciens, ça m’épate toujours, la
Trace qu’ils laissent, les musiciens de jazz, que ça vous swingue encore le je ne sais quoi bien après qu’ils sont allés jouer de la trompette avec les when the saints go marchi’ in, les musiciens.
En quelques notes qu’ils vous évoquent le
Zigzag de l’éclair, le frisson du crapaud amoureux d’une crapette, le blues du parapluie oublié sur une table de dissection, et l’émoi de la machine à coudre. Ah (ce lino est tout pourri ; il faudra le changer).
C’est émouvant, oui
Emouvant, dit mon oncle, ayant retrouvé son parapluie, tandis qu’en bruissant comme une friture mécontente, un ban de grains de riz dégringole sur les toits.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juillet 2023.

20 mars 2023

EN RANGEANT SA BANANE / COMME MOI QU’IL TE DIT LE MIROIR

EN RANGEANT SA BANANE / COMME MOI QU’IL TE DIT LE MIROIR

1.
Ce que nous avions dit
Pourquoi Charlotte parle-t-elle de la mort ?
Nous ne le pensions pas vraiment. Aimez-vous les radis ?
D’ailleurs, nous ne savons pas à quoi pense Charlotte. Je mange rarement du roquefort. 
La question est réglée
Charlotte est partie aux fraises
Tout est arrangé
Nous savons maintenant à quoi pensait Charlotte. C’était pas au roquefort.

Aucun député de la majorité ne peut dire que la réforme des retraites est réglée et que tout est arrangé. Dans les contes de fée, la question finit par être réglée et tout est arrangé sauf dans le cas où la fée est restée chez elle à regarder Chapeau melon et bottes de cuir en mangeant des chips.

Si la fée s’appelle Charlotte et que Charlotte est syndicaliste
Alors le gouvernement partira-t-il en vacances à Autchozafout ?
Ce que je n’arrive pas comprendre, c’est le mobile,
Dit le détective en retirant la pipe de son oreille et en rangeant sa banane dans son étui à bananes.

Cela n’a évidemment rien à voir avec le fait qu’il ne faut pas confondre calamar géant et calamar colossal, bien qu’aucun des deux ne soit un familier, pas même une vague connaissance de Charlotte.

2.
« Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : « Oh ! l’homme singulier ! »
(Baudelaire, « Le rêve d’un curieux »)

Connais-tu ces moments de doute, dis, les connais
-tu, ces moments où ton miroir soudain t’interroge, oh dis, les connais-tu,
Comme moi, qu’il te dit le miroir, eh oui il dit
Moi et il te tutoie comme s’il te connaissait, oh dis, la connais-tu,
La bizarrerie que c’est quand ton miroir soudain t’interroge, qu’il te dit le miroir et toi à ce moment, tu fais ouille passque tu t’as cogné dans le réel pis que la
Douleur elle est pas si
Savoureuse que le susurre le vers à Baudelaire si tant est qu’un vers ça puisse susurrer quoi que ce soit.

Et de toi que penses-tu
De toi me dit le miroir en me regardant hein de
Toi quoi que tu penses dis que tu ne vaux pas un radis dis ou que tu vaux plus qu’on le dit dis dis
Fais-tu dire de toi que tu es un sot un rat un râteau un raté un gratiné d’la tare ? Oh fais
-tu dire de toi que tu es têtu fichu foutu fétu bouillu eh fais-tu
Dire de toi que tu es par trop désinvolte, lunaire, rêveur, dé-con-nec-té, dé-ré-a-li-sé, dé-struc-tu-ré ?
Oh ! te sens-tu défois du vertige dans la cafetière ? dis, dis donc, dis donc toi,
L’homme d’aujourd’hui, ô provisoire, ô éphémère, ô consommateur, toi qui te crois
Singulier si singulier et qui regardes des comédies satiriques des années 70 qui grincent, avec de la pop culture pis qui s’moque en couleurs, même que défois on leur voit les seins à la pop culture.

Patrice Houzeau                                                                                    
Malo, le 20 mars 2023.

18 septembre 2022

CEPENDANT QUE LA LUNE SE TAIT

CEPENDANT QUE LA LUNE SE TAIT

 

1.

« Cependant l’excellent docteur

Bolonais cueille avec lenteur

Des simples parmi l'herbe brune. »

(Verlaine, « Fantoches »)

 

Cependant que la Lune se tait

& qu'ça s'massacre en Ukraine

Cependant que la Lune se tait

L’excellent docteur quoi fait

-il & je ne sais pas pourquoi

Il serait de Bologne & non de

Par ici ou de par ailleurs ce

Cueilleur de simples qui sont

Plantes vivaces bonnes herbes

Dont on faisait jadis remèdes

Est-ce parce que l'université

De Bologne fut fondée en 1088

Et très ancienne donc Je sais

Pas mais qu'ce soit lentement

Qu'il procède ce docteur sais

Tu cela m'amuse me plaît fait

Miniature cette silhouette là

Penchée dessus l'herbe brune.

 

2.

« Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes

Et le bal tournoyait quand je la vis passer

Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes

De son oreille où mon Désir comme un baiser

S'élançait et voulait lui parler sans oser. »

(Verlaine, « Initium »)

a) C'est vrai qu'un cheval, ça demande de l'entretien, et pis c'est encombrant comme une dette auprès d'une banque russe, aussi j'ai changé mon cheval contre un violon. Quand j'ai quelque chose à lui dire, ça le fait rire tout autant qu'une compagnie de flûtes.

b) Après, on peut toujours « mêler son rire au chant des flûtes » qu'les flûtes ont l'air de zuter de belle manière, pimpant festival sifflant, persiflant, moqueur comme le merle.

c) Tournoyer avec le bal comme si l'enfer fut.

d) Vaut mieux « la voir passer avec ses cheveux blonds » parce que si elle est sans, c'est qu'elle est chauve, et si en plus elle est cantatrice, ça risque de tourner hareng saur s'balançant au bout d'sa ficelle et théâtre de l'absurde.

e) Y en a qui s'fascinent pour les « volutes » des « oreilles ». Moi, voyez, ce serait plutôt pour le coq au vin, la carbonade flamande, les frites dorées, la tarte au riz, la musique des Sparks. Quant au collier d'oreilles coupées. Je suis contre. C'est salissant et ça attire les bêtes et les fétichistes.

f) Défois, on pourrait avoir le « Désir comme un baiser », en forme de grosse bouche baveuse, pis qui, grosse bête rouge ailée, s'élance dans les airs. Alors, faut prendre la tapette à désirs et la scrabouiller sans pitié ni regrets.

g) Défois, on pourrait avoir le « Désir » qui veut « lui parler sans oser ». Surtout qu'il la boucle, le tout bavant là. Après ça peut faire des enfants et des emmerdements à n'en plus finir.

3.

« Cependant elle allait, et la mazurque lente

La portait dans son rythme indolent comme un vers. »

(Verlaine, « Initium »)

Cependant que la Lune se tait et qu'ça s'massacre en Ukraine,

Elle, bah ça doit être une jeune fille, ou alors une guitare, mais ça m'étonnerait, elle

Allait (j'aime bien le lait froid sucré ; chaud, j'ai du mal à le digérer),

Et la Lune, quoi qu'a fait, la Lune ? A se tait, la Lune, l'a pas d'lèvres,

La Lune a se tait bien qu'on l'entend bien, la

Mazurque lente. Je sais pas trop comment se déplace une Mazurque lente. Avec majesté et solennité sans doute, comme une princesse ou un truc dans l'genre Est-ce que j'ai l'air de me curer le nez avec les doigts ?

Lente donc, la mazurque, façon cortège des âmes fières, fortes, dignes,

La mazurque que vous allez me dire mais c'est pas du tout ça une mazurka, la musique qui la

Portait, l'autre à cheveux là, que je vous répondrai que je m'en bats les tempes avec l'os de la banane, de la mazurque, marzuka, marquise si vos beaux yeux

Dans le temps, j'avos un kien,

Son nom c'étot Milou / Dans le temps, j'avos un kien / En

Rythme balançait la queue dm'on kien / Mais j'appelle nin Tintin hein.

Indolent, pour un tas de chose que je suis trop lent,

Comme si le monde et ses gens allaient trop vite pour moi,

Un jour, je serai tout parti à n'en revenir que revenant, et mes

Vers stupides, même plus moi qu'ils amuseront.

4.

Le saviez-vous ? Cela fait longtemps que l'on a coupé la langue de la Lune. Elle en savait trop sur les choses de la nuit.

5.

Le saviez-vous ? La Lune n'est pas aussi bête qu'on le dit. D'ailleurs, la Lune n'est pas un satellite, mais le cerveau d'une gigantesque fauve noire à yeux blanches qui guette, perchée sur la branche de l'arbre noir du cosmos.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 18 septembre 2022.

8 avril 2023

ALORS LE MAJOR ARRÊTA SON RECIT

ALORS LE MAJOR ARRÊTA SON RECIT

«… comme le major, tenaillé par la faim, se décidait à suspendre un récit où grouillaient tigres du Bengale et serpents venimeux. »
(Stanislas-André Steeman, « L’Assassin habite au 21 »)

Comme on sait, il y a souvent dans
Le genre roman policier à énigme tarabiscotée un
Major à la retraite, lequel parfois parle trop, même que ce n’est que
Tenaillé par la faim, parce que s’il était tenaillé
Par l’envie de revoir sa Normandie, il parlerait de
La Normandie, le pays qui lui a donné le jour, tandis que la
Faim demande que l’on passe à table, et que lorsque l’on
Se remplit la bouche, on cause moins, surtout si on se régale. Alors il se
Décidait, le major narratif,
A moins soûler ses interlocuteurs et à
Suspendre son récit (pendant ce temps-là, un employé de maison balayait les ossements du soir et
Un chien aboyait au loin). Alors s’arrêta le
Récit du major affamé (il avait d’ailleurs commencé à ronger et son frein et sa pipe et à mâchouiller l’araignée du plafond), récit
Où grouillaient tombeaux hindous et des tombeaux qui
Grouillaient c’était quand même inquiétant grouillaient aussi des
Tigres des tigres
Du Bengale vu que des tigres en Normandie c’est moins courant qu’au
Bengale et les serpents grouillaient aussi
Et venimeux bien sûr les
Serpents bien que même s’ils ne sont pas
Venimeux on ne peut les confondre avec des camemberts que si on a reçu sur la tête quelque coup de gong.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 avril 2023.

13 août 2022

ET TOUTES CES SORTES DE GAUFRES

ET TOUTES CES SORTES DE GAUFRES

 

1.

C'est parce que je ne pense pas sérieusement ce que je dis que je l'écris.

2.

Les livres ne nous lisent pas non plus. C'est effrayant tout de même, tous ces livres qui s'accumulent partout avec un sans-gêne ontologique, une indifférence absolue à l'humanité. Et en plus, y en a des, ils jaunissent.

3.

Je me demande si la pétanque ne serait pas un sport hautement métaphorique. Toutes ces boules qui s'entrechoquent ne figurent-elles pas quelque guerre des mondes à venir. Et, sous leurs casquettes, leurs yeux, quand ils ont abusé de leur jaune breuvage, ne sont-ils pas étranges ?

4.

« - Et donc, chère Madame, vous avez interprété le rôle de la moumoute dans « La Cantatrice chauve ? »

- Oui. Un rôle au poil. »

5.

Quand on rêve de son boulot, c'est qu'on y est pas. Après, ça peut faire des histoires, les élèves vous ont attendu... le secrétariat vous a appelé... le petit chat est mort... on a dépendu mon pendu... et toutes ces sortes de gaufres...

6.

Est-ce le réel qui a une mauvaise influence sur les esprits malades, ou les esprits malades qui exercent une mauvaise influence sur le réel ?

7.

Ce n'est pas en coupant les cheveux en quatre que l'on résout les problèmes des cantatrices chauves.

8.

A force d'écouter de la mauvaise musique, les gens finissent par manger n'importe quoi.

9.

Ayant pour projet de définir le concept de « platitude spongieuse », je me suis dit que les œuvres complètes de Christophe André et de Matthieu Ricard devraient m'en donner de nombreux exemples.

10.

Vous verrez que si Poutine perd sa sale guerre en Ukraine, il y aura bien quelques complotistes pour suggérer que Vlad petit-père-des-assassinats s'est fait, lui aussi, le complice du grand complot atlantico-sataniste et autres moisissures conjecturales.

11.

Ce n'est pas au bar de l'hôtel que nous nous sommes rencontrés la première fois puisque je ne fréquente pas le bar de l'hôtel, puisque nous ne nous sommes pas rencontrés, puisque personne ne m'a, jusqu'ici, apporté la preuve de ton existence.

12.

Somme toute, le concept de « saucisse » est assez peu opérant en métaphysique.

13.

Ce n'est pas en montant sur ses grands chevaux que l'on explore les fonds marins.

14.

Le ténor se fait rare. Les télescopes les plus puissants, les engins d’exploration spatiale les plus sophistiqués ont beau chercher : nul ténor sur la Lune, ni sur Mars, et sans doute nulle part ailleurs. L'opéra cosmique n'est plus ce qu'il n'a jamais été.

15.

La Vérité, celle avec un grand V comme dans « Où qu'il est mon vélo ? » est d'autant plus ailleurs qu'on ne la cherche pas. Et c'est bien embêtant parce que, du coup, vous devez aller à pied, tous les bus étant conduits par des suppôts du grand complot motorisé.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 13 août 2022.

 

 

 

 

 

 

 

 

11 novembre 2021

LA LA MER LES A ARRETES

LA LA MER LES A ARRETES

1.
Le droit positif se heurte à la popularité du droit soi-disant naturel. La démocratie se noie dans l’affectif et le ressentiment. L’esprit des lois ne devrait jamais se confondre avec les raisons du cœur.

Le droit positif (et Tondu)
Se heurte bise (c’est un ange)
A la popularité (on parle beaucoup de celle de Macron, - est-elle réelle ? j’en sais rien)
Du droit soi-disant naturel ; c’est toujours ce que je prends comme thon en boîte parce que quand je le mange c’est avec de la mayonnaise, en salade défois avec des tomates.

La démocratie assis le chien, je précise assis parce que la
Démocratie (le chien), ça pourrait choquer, mais je suis peut-être trop précautionneux #DeMarin
Se noie (on va les chercher au bout du terrain en s’en rappelant une de Charles Trenet)
Dans l’affectif (et Tondu, il est revenu, il était allé à Super-U acheter de la glu)
Et le ressentiment (comme il respire).

L’esprit (son manteau et sortit masqué)
Des lois (que, selon Montesquieu, il ne faudrait changer « que d’une main tremblante », et c’est ce qu’a tenté de faire Macron, atteint d’une sorte d’hybris froide, d’hybris technocratique, laquelle ne peut que provoquer cette autre hybris qu’est l’ire d’une partie de la Nation)
Ne devrait (de vrai, c’est vrai, en vérité, je vous le dis)
Se confondre (au soleil le beurre)
Avec les raisons du cœur (Qu’as-tu, mon pauvre cœur, qui t’attristes, soupires…)

2.
Le Général de Gaulle fut un grand réformateur, un fondateur. Il semble que Macron vise à une telle ampleur dans l’exercice de ses réformes, dans sa volonté de transformer notre société. Certes, mais les Français ont bien changé depuis les années 60…

3.
« La réponse des petits poissons était :
« Nous ne pouvons pas vous le dire
Monsieur
PARCE QUE »
Là la mer les a arrêtés. »
(Antonin Artaud, « Petit poème des poissons de la mer »)

La réalité est pleine de questions/réponses La
Réponse celle qui expliquerait tout, nous ne l’avons pas sinon
Des que nous l’aurions, on ne s’en poserait plus des questions sauf si, bien entendu, La Réponse est dans la définition de l’être humain comme étant une animale machine à produire des énigmes sur les
Petits êtres invisibles qui courent les airs et nous empoisonnent ou sur les
Poissons étonnants qui sont dans les grandes profondeurs comme le Poisson Dragon, le
Poisson Vipère, le
Poisson Lanterne, la
Baudroie des Abysses et l’tout-ci tout-ça à tentacules qui
Etait raconté des légendes oh en avons
Nous vus de ces films aux flots démontés aux vaisseaux enlacés des monstruosités marines
Ne pouvons pas (c’est de là que nous tirons les tables que nous rasons)
Vous le dire l’eau nous bâillonne l’eau nous dirige
Monsieur qui êtes là haut sur la rive
PARCE QUE (et c’est là une raison bien suffisante)
Là la c’est là la chanson des petits poissons qu’on entend pas même si elle fait la la l’eau l’eau est à nous loulou là la
Mer les a arrêtés (ce qui, inter nos de poulet, pour des poissons, est tout à fait normal).

Patrice Houzeau
Malo, le 11 novembre 2021.

17 juin 2023

ALORS LA CHAPEAU POINTU ET TANT PIS POUR VOUS

ALORS LA CHAPEAU POINTU ET TANT PIS POUR VOUS

« Cette ère-là est sans fin, puisque nos sociétés sont, cette fois, virtuellement en phase de mobilité continuelle. »
(Jean Baudrillard, « La société de consommation »)

Cette ère-là : Baudrillard c'est l'ère des « Grands Magasins », de la consommation de masse qu'il vienne les valses de Vienne en évoquant cette
Ere-là. Notons qu'il n'évoque ni le mystère de la Zone 51, ni l'horloge de ma grand'tante, et ça c'est quand même
Là, car quelque part la zone 51 me gratefule le ded, et l'horloge de ma grand grand-tante, alors, hein, sans cadran ni aiguilles ni ossements, tout le monde s'en moque de l'horloge de ma grand-tante, (mais en attendant, vous ne perdez pas le violon de la jolie violoniste que je vis violonner pour autant) donc elle
Est sans fin cette ère-là
Sans fin (ce qui ne veut pas dire qu'elle est infinie parce que l'humain n'a rien d'infini, un jour l'humain finira de rire et de mourir, de pourrir et de souffrir, de tuer et de crever, de faire des frites et de gratter des moules, et il n'y aura plus d'humains ; il n'y aura que de l'indescriptible) mais bon en attendant elle est sans
Fin, l'ère des consommations (one scotch ? one bourbon ? one beer ?)
Puisque... puisqueuh bon, là je n'ai aucun argument ; c'est que je m'en fish and chips aussi, pis j'ai la flemme... Il n'empêche que
Nos sociétés - notez que l'on peut difficilement ici remplacer le mot
Sociétés par des chapeaux pointus et c'est dommage car ce
Sont de fiers couvre-chefs que les chapeaux pointus -
Cette insulte qu'on leur fait en les ôtant du réel... il y aura une
Fois où les chapeaux pointus point ne l'oublieront et ce n'est pas
Virtuellement qu'ils s'armeront de leur violon, de leur archet, de leur jolie violoniste et qu'ils viendront,
En véloces et virtuoses instruments de la violonisation de vos âmes consommatrices Ah ce sera une
Phase atroce une phase
De gigue qui s'arrête pas qui s'arrête jamais et c'est de
Mobilité perpétuelle, d'agitation chronique, d'innovation, invention, valse
Continuelle des choses que vous et ce sera tant pis pour vous.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 juin 2023.

6 avril 2023

DE LA PEINTURE ET DU BOUDIN BLANC

DE LA PEINTURE ET DU BOUDIN BLANC

1
« Un tableau ! Il veut me mettre dans un tableau ! »
(Eugène Labiche, « Le Voyage de monsieur Perrichon » [Perrichon])

Un tableau défois c'est beau et défois très laid un
Tableau C'est que ça dépend du talent de l'artiste
Il lui faut du virtuose et du style, au pinceau, et qui
Veut faire œuvre je vous dis pas comment il doit charbonner ; moi, s'il
Me venait la baroque idée de me
Mettre à peindre, c'est même pas la peine, déjà que je chante faux ; et puis j'y mettrais quoi
Dans mes tableaux ? Le réel ? Je peux pas le voir en peinture ; l'abstrait, je ne saurais pas par quel bout le prendre. A la limite, je veux bien accrocher
Un hareng saur à une ficelle pendue à un clou incrusté à la toile, et il serait, ce
Tableau un hommage à Charles Cros et une preuve de plus de mon goût de l'éphémère et de la plaisanterie.

2.
« Arriver avant... c'est de la fanfaronnade... après, c'est de l'hésitation ; d'ailleurs, j'attends Majorin... je lui ai écrit un mot pressant.
(Eugène Labiche, « Le Voyage de monsieur Perrichon » [Perrichon avant son duel]).

Arriver, c'est là l'essentiel, car si l'on n'arrive pas, personne ne peut dire que vous êtes arrivé. Parfois même, on vous attend. « Arriver
Avant, c'est de la fanfaronnade », dit le monsieur Perrichon de Labiche. J'aime bien le mot « fanfaronnade », Il rappelle le mot « fanfaron » que c'est défois nous autres tout crachés. Ça m'évoque aussi la marmelade, mais
C'est comme les chameaux avec des gens dessus, les chapeaux avec des gens dessous et les châteaux à revenants, ça n'a rien à voir.
De la hantise, je ne parlerai donc pas, ni des chapeaux (les hommes n'en portent plus et regardant « Mon Oncle » de Jacques Tati, je m'épatai qu'alors tant de messieurs en portaient, des chapeaux, quand aux chameaux, ah les chameaux... ah, les chameaux...
La fanfaronnade, disions-nous. C'est vrai qu'à quoi sert de se présenter à un duel avant l'heure, la mort de toute façon est déjà là où elle doit être à vous attendre. Alors, foin de la
Fanfaronnade et passons à
Après. «... après, c'est de l'hésitation... », qu'il sentence le monsieur Perrichon de Labiche. Moi, personnellement, je n'arriverais pas du tout, ni avant, ni après, et, pour ce qui est du duel, j'ai longtemps préféré affronter une bouteille qu'un adversaire à moustaches et sabre au clair. Je dis « moustaches » à cause du guidon de vélo. D'ailleurs,
C'est très déconseillé par la Faculté
De se battre en duel. Contrairement au vélo. Alors, ne cédons pas à
L'hésitation : au duel préférons le Tour de France.
D'ailleurs, moi ce que j'aime c'est le boudin blanc. Je l'ai déjà dit, mais tant que je serai supposé être vivant, je glorifierai toujours le boudin blanc.
J'attends toujours avec une certaine impatience les fêtes de fin d'année où je pourrai m'en régaler. J'aime aussi le museau vinaigrette et les pieds nickelés. Par contre, je n'attends pas
Majorin parce que je ne sais pas qui c'est. A vrai dire,
Je m'en fiche de Majorin, surtout quand je pense au boudin blanc. Je
Lui voue un culte, au boudin blanc, et le trouve bien plus intéressant que celui qui l'été se promène sur la digue en maillot de bain aléatoire. Des poèmes sur le boudin blanc, en
Ai-je déjà lu ? Je ne m'en souviens pas. Et c'est bien dommage. Ah s'il avait
Ecrit un sonnet au boudin blanc, que Mallarmé (1842-1898) m'eût semblé plus digeste.
Un mot encore pour rappeler qu'il y a un temps pour tout, et on ne peut manger de boudin blanc avant qu'il soit récolté sur les miraculeux boudiniers d'hiver où il pousse, peinard et se racontant des histoires de Toto. Quant au
« Mot pressant » évoqué par monsieur Perrichon, je ne vois pas à quoi il fait allusion. Je ne reçois jamais de mot
« Pressant », jamais. Je ne suis pas assez en affaires avec mes contemporains pour cela.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2023.

13 août 2022

QUAND MIAULE L'ACCESSOIRISTE

QUAND MIAULE L'ACCESSOIRISTE

 

1.

Commençant une phrase par « Quand miaule l'accessoiriste », je me doutais bien que je n'allais pas aller très loin dans l'analyse des mouvements de l'âme à deux pieds, mais tout de même, passer du mot « accessoiriste » à « j'ai envie de manger des frites », quel honteux prosaïsme !

2.

Nos âmes sont comme un ban de petits poissons que les mouettes, aussi voraces que ces saucisses extra-terrestres qui ne manqueront pas d'envahir la Terre (c'est prédit dans tous les codes-barres des boîtes de cassoulet), que les mouettes donc, attendent en tournoyant et en s'échangeant des recettes de cuisine.

3.

Alors la Mort, avec sa faux et sa tête de, elle arriva, s'accouda au zinc et but une « Mort subite » passqu'elle avait soif, et donc après, l'âme de l'aut' là, elle se fit la malle pis ça fit du tintouin passqu'il avait reçu un coup d'surin que pourtant il n'y a que des manchots sans mains dans mon bar, Monsieur le Commissaire, j'comprends pas.

4.

« La choucroute peine à se faire obéir ; les saucisses n'en font qu'à leur tête. » Je répète : « La choucroute peine à se faire obéir ; les saucisses n'en font qu'à leur tête. » Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais quand même, je suis content.

5.

Je l'avais reconnu facilement car il m'avait précisé qu'il était invisible.

6.

Le « pèlerinage intérieur », moi, je veux bien, mais vous risquez de ne pas aller très loin, tandis que si vous prenez le bus, il y a plein d'endroits épatants à visiter.

7.

Lorsque l'on médite, comme le rappelle souvent Christophe André lorsqu'il est invité à épater le béat bobo sur France Inter, il ne faut pas fermer les yeux de son âme. Sinon, on s'endort. Non, veillez à laisser ouverts les yeux de votre âme. Vous n'y verrez pas plus, mais ça occupe.

8.

Franchement, vous y croyez vous, à cette histoire de ponte d’œuf qui serait un rituel religieux prouvant indubitablement la spiritualité des poules ?

9.

L'humain qui la veille a dîné dans un restaurant, et qui le lendemain parcourt toutes les rues du quartier pour le retrouver, et ne le retrouve pas, devait en tenir une sacrée. Si c'est un restaurant qui cherche à le retrouver, c'est que l'on n'est plus tout à fait dans le réel.

10.

Je ne peux jamais être sûr que les autres voient le réel de la même façon que ma pomme. En ce sens, le réel n'est jamais que plausible. D'où notre surprise lorsque soudain l'autre se met à décarocher grave et à appeler au meurtre de ses semblables.

11.

Tiens, en voilà une sur France Culture qui s'intéresse aux livres qui « parlent aux gens en fonction de ce qu'ils vivent ». Moi aussi je suis fan de Lovecraft.

12.

J'aime beaucoup la poésie, surtout froide, avec des frites, de la mayonnaise, et une bière. Ce que je préfère dans la poésie, c'est la cuisse. Sinon, il y a aussi le blanc, mais c'est un peu plus sec.

13.

Comme il s'était mis à la suivre, il s'aperçut soudain qu'elle était invisible. Mince, se dit-il, si ça se trouve, ce n'est plus moi qui la file, mais elle qui... Il fut rassuré bien vite quand il vit qu'il ne se voyait plus dans aucun reflet.

14.

C'est au moment où Agnès dit : « Le petit chat est mort », que l'accessoiriste se mit à miauler. Il fut réprimandé, et il eut beau gratter à la fenêtre, il passa la nuit dehors, avec tous les autres accessoiristes.

15.

Toc Toc Toc. « - Qui c'est ? ». « - C'est pas moi », dit l'autre, qui d'ailleurs n'était pas là.

Patrice Houzeau

Malo, le 13 août 2022.

7 août 2022

LA LUNE LUISAIT CLAIR

LA LUNE LUISAIT CLAIR

 

La lune luisait clair, ce qui ne favorisait pas

la lune luisait clair, ce qui était défavorable

la lune luisait clair, on pouvait donc les voir

les surprendre il y aurait alors sang et larmes

certes, dit Tristan, mais je ne sais pas si car

voyez-vous je suis très pris en ce moment et je

suis désolé et ce n'est que partie remise on se

la lune luisait clair, il fallait s'attendre au

la lune luisait clair, il fallait voir comme la

la lune luisait clair, on pouvait donc les voir

les surprendre il y aurait alors sang et larmes

ses barons qu'ils vinssent à la fête à Tintagel

certes, dit Tristan, vous voyant n'ai nul souci

la lune luisait clair, elle ne s'endormit pas &

la lune luisait clair, elle pensait toujours au

la lune luisait clair, ne pouvant s'empêcher de

penser qu'on pouvait les voir et n'étant pas la

fille qu'on appelle Iseut et lui n'étant pas le

garçon qu'on appelle Tristan et le roi Marc n'a

ses barons qu'ils vinssent à la fête à Tintagel

invités Zut j'ai oublié de prendre des chips se

dit Zut en se rappelant qu'elle avait oublié de

préparer le repas aussi qu'elle avait oublié de

téléphoner à ses amis & qu'elle avait oublié le

jour de sa fête & aussi qu'elle avait oublié le

nom de celui-là et l'adresse de comment donc il

s'appelle et elle elle s'appelle comment & puis

pourquoi fait-il si sombre soudain si sombre et

ronce, verte et feuillue, qui montait retombait

sur sa tombe Ce cimetière est mal entretenu qui

ronce verte et feuillue laisse aller partout et

si j'étais la reine je d'acheter des chips elle

avait oublié aussi de préparer le repas & aussi

d'inviter quelqu'un il n'y aurait donc personne

à sa fête dont elle avait oublié la date laisse

tomber se dit-elle montant sur son cheval qu'on

l'a jamais revue jamais revue ici jamais revue.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 7 août 2022.

2 août 2022

LE MIROIR INQUIETAIT

LE MIROIR INQUIETAIT

 

1.

« le miroir inquiétait le fond d'un

couloir d'une

villa de la

rue »

C'est au début de la fiction signée

Borges et qui

l'a en fait

je me

demande qui l'a réellement écrite

la fiction dont le titre est Tlön

Uqbar Orbis Tertius (on dirait le

titre d'une pièce de hard rock un

titre à la Blue Öyster Cult ou un

de ces longs morceaux de musique noiseuse extrême

lourde électrique orage tapi dans le tapis rythmé

de percussions sourdes et sonnant comme un rituel

Tlön Uqbar Orbis Tertius Tlön Uqbar Orbis Tertius

répétés alors cycliquement par les chœurs et quoi

on s'en fout Certes on s'en fout on s'en bat les.

 

2.

« Pour un de ces gnostiques, l'univers

visible était une illusion ou (plus précisément)

un sophisme. »

Borges ou l'être appelé Borges cite un

passage de The Anglo-American Cyclopœdia où l'on

trouverait une

entrée Uqbar &

l'idée que ce que nous voyons du réel

n'est jamais qu'illusion Bien sûr que

nous voyons le réel avec nos yeux qui

ne voient jamais que

ce qu'ils peuvent voir

ne voient jamais que

peu de choses tant est

complexe le réel que

l'on pressent plein de

dimensions occultes et

même que défois y a comme des failles brèches lézardes

par lesquelles passent des créatures qu'on sait pas et

même que Lovecraft en a causé abondamment donc du coup

on comprend bien l'avertissement que Borges cite & que

je cite itou le monde devant être averti « Mirrors and

fatherhood are abominable ». Si vous n'en voyez pas le

pourquoi zavez qu'à cogiter Si vous vous en fichez moi

je vous la jette pas la première trompette de Jéricho.

 

3.

Dans Borges : « Le jardin aux sentiers

qui bifurquent une énorme devinette ou

parabole dont le thème est le temps. »

Ce n'est jamais que dans un labyrinthe

que l'on trouve son chemin Le réel est

si plein de soucis problèmes énigmes à

résoudre qu'on y est bien forcé d'user

de notre intelligence afin d'y tailler

une route qui parfois fait moult tours

et détours pour un but pas toujours si

sûr ni si clair qu'on nous le présente

quand on est tiot bouche bée à l'école

& qu'on l'écoute hein la bonne parole.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 2 août 2022.

26 août 2021

PASSANT DEVANT LES BOUCHERIES

PASSANT DEVANT LES BOUCHERIES

  1. Il y a entre elles et moi beaucoup de distance et bien des jours se sont émiettés... Maintenant elles passent en moi comme des ombres, des regrets... Et c'est avec d'autres quasi squelettes qu'elles causent maintenant du temps qui et se lancent des te rappelles-tu.

  2. Je m'imaginais des cavaliers traversant le vent du nord et le feu amer qui couvait dans leurs âmes ils traversèrent champs et cités et roulèrent dans le panier, retrouvèrent d'autres pommes.

  3. « Et silence, vertige entre image et silence »
    (Georges-Emmanuel Clancier)

    Et silence – donc, je pense passke le silence ça fait penser mais le vertige (quoi donc qu'on pige moi que couic)...entre image (petit, j'aimais beaucoup les images) et silence – quoi qu'on en pense, c'est joli des jeunes filles qui dansent.

  4. « L'air pose sur mes yeux le même tissu de secrets. »
    (Georges-Emmanuel Clancier)

    Défois quand il sait pas quoi faire, « l'air pose sur [les] yeux le même tissu de secrets » que je savai pas quon pouvé faire du tissu avec des secrets quand il sont lour les secrets alor les tissus son lourds ossi meme que quand cé très lour on peut s'en fere l'armure des secrets.

  5. « Le capitaine anglais dont le vaisseau coule tire une dernière pipe d'opium »
    (Apollinaire)

    Moi je ne serai james capitaine que j'aurai james de vaisseau qui coule eh ça c'est tant mieus car tirer sur une pipe d'opium ne me dit rien je prefere les frites et j'aime pas trop les gens alors cé tant mieus moi je dis Apres quand il a plu j'regarde le ciel dans la flache.

  6. Sur Internet, je lis que « Quelqu'un » aurait dit à Gaël Tchakaloff (chaipas qui c'est) que Macron était pas si cultivé qu'on dit et « Plus Patrick Bruel et Eddy Mitchell que le Panthéon » que moi je trouve pas que Macron ressemble ni à Bruel ni à Mitchell ni au Panthéon.
    J'ajoute que si c'est vraiment Hollande lui-même qui a dit, je ne me souviens que Mister Naïf ait jamais passé pour quelqu'un de cultivé lui-même.

  7. Quand je passe devant les boucheries, les pièces de viande me tirent la langue. On dirait qu'elles ont des yeux pour le dire.

  8. En fouillant dans mes placards, j'ai trouvé un petit sachet de Macron. Je me suis dit, Ah i date de 2017 ; i doit être périmé.

  9. On connaît maintenant le vrai nom de Big Brother. Paraît que Google voudrait que nos vies soient « augmentées » (sic) grâce à un tas de saloperies électroniques pour lesquelles des tas de gens vont tôt ou tard crever en Afghanistan.

  10. Pour notre dernier coin-coin des vacances, nous reçûmes un politique fier comme s'il avait pondu un empire. Il avait un côté vieille poule, bien trop coriace pour la marmite. Une voiture l'attendait. Quelqu'un dévora son chauffeur.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 août 2021.

23 avril 2023

AU TAMBOUR LES APÔTRES

AU TAMBOUR LES APÔTRES

1.
Lisant Rimbaud... « les nappes de sang »... champ lexical de la guerre, plein la strophe... poésie armée, cracheuse... c'est qu'elle s'agite l'Histoire à belle tête de héros mort... Ah la salope... qu'on en met du soin... 1870-71... Les Prussiens bouffent la France... La Commune... des morts, des morts, des morts et des marchands de canons.

2.
Rimbaud... Ah le voyou, ah le saint homme... ni bandit, ni martyr... un jeune homme qui n'a pas su... a refait sa vie, « semelles de vent »... a envoyé balader son hobby précieux... La littérature, ça ne nourrit pas souvent...

3.
« Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or ! », qu'il écrit Rimbaud... « il écrit Rimbaud »... La langue, une farceuse. Qui c'est-y qui écrit Rimbaud ?... J'entends des musiques fantomatiques à la radio... On dirait du clavecin... Eric Demarsan compositeur...

La musique remuerait-elle les fantômes ?... Les souvenirs au moins... Demarsan a composé la musique de « L'Armée des Ombres »... L'Armée des Ombres, la Résistance... La guerre encore... sans les guerres gagnées, où qu'on en... Aux fantaisies musicales de Demarsan pour l'épatant « Ibis Rouge » de Mocky ? A France Musique France Culture France Inter France Dimanche France Macron demain France Marine  ? A toutes les France et Marie-France mortes et enterrées, à toutes les France d'Europe et des casseroles ? Pas sûr, Arthur.

« la flamme d'or ! »... écrit Rimbaud le Fou, Rimbaud le Sage... la flamme d'or... aurea flamma... l'Oriflamme... catholique, l'affaire... Marie-France, c'est plus un prénom qui se donne... Marie-Europe ? Jamais entendu... Marie-salope, y en a... à défaut de talent, ça couche... même avec le talent...

4.
Des « tourbillons de feu furieux »... Rimbaud évoque... de quoi accélérer la disparition des continents... à l'huche, « Europe, Asie, Amérique »... à l'huche, abondance, démocratie, paix...

C'est qu'on l'évoque en ce début de siècle la fin de nos haricots... Si c'est pas le climat (« la terre fond », qu'il a visionné Rimbaud), ce sera Poutine, les eurasiates agités, ou les guerres de religion, sanglances civiles, internationales assassines...

L'Afrique se surpeuple... L'Europe accueille sa main d’œuvre... Macron veut remettre les Français au travail... C'est qu'il va en falloir un pognon de dingue pour régler la note du « quoi qu'il en coûte », et préparer les grands conflits, inévitables, partout...

5.
L'a tout pigé, le Macron, le spongieux... prépare la France à regagner du pognon, pas pour les gens, non, pour l'alternance à tambour et ordre nouveau... lui, il s'en va... constitutionnellement... va s'tirer aux Etats-Unis sans doute... après lui, l’extrême-droite... Il le sait déjà... la pure, la dure, la collabo, l'antisémite, rongée par les délires eurasiates et les inversions de toutes sortes, soumise déjà aux invasions barbares à venir... Céline avait vu juste.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 avril 2023.

26 février 2024

ON N'ARRÊTE PAS UNE DIVISION DE PANZERS AVEC UNE BIBLIOTHEQUE

ON N'ARRÊTE PAS UNE DIVISION DE PANZERS AVEC UNE BIBLIOTHEQUE

1.
De la légion d'honneur au Depardieu, je m'en tape. Qu'il crève avec ; elle ne vaut rien. Par contre, s'il est coupable, qu'il soit condamné, et s'il faut qu'il aille en prison, qu'il y aille. Ras le bol de la complaisance.
Idem pour les honneurs plus ou moins mérités décernés à Gérard Miller, Benoît Jacquot et Jacques Doillon, je m'en fous ; qu'ils emportent leurs colifichets dans la honte. Ce qui importe, c'est, s'ils sont coupables, qu'ils soient jugés et condamnés et s'ils méritent la prison, qu'ils y aillent.
26 février 2024. J'apprends par France Inter qu'une nouvelle plainte pour agression sexuelle a été déposée contre Depardieu. Visiblement, il a le vin libidineux, le Gégé.

2.
Si, en fin de compte, Trump est empêché de se présenter aux présidentielles américaines de novembre 2024, ce sera certainement une très mauvaise nouvelle pour Poutine et un nouvel échec de sa « guerre hybride » (à propos, que devient l'étrange Guerassimov?)
Il est possible que certains soutiens de Poutine revoient alors leurs positions. Un soutien des Etats-Unis à l'Ukraine en 2025 et au-delà, en plus du soutien de l'UE et de l'aide de l'OTAN, signifie que Poutine perdra sa sale guerre.

3.
25 février 2024. On assiste sur Twitter-X à une campagne de messages en soutien à François Asselineau et dénonçant le RN et particulièrement Jordan Bardella, et même, et là c'est encore plus étonnant, Zemmour et Marion Maréchal comme étant trop enclins à se rapprocher des positions anti-Poutine de l'UE. Dilemme pour Marine Le Pen car comment se passer désormais d'un Bardella si populaire dans l'électorat et si critique envers Poutine alors qu'une partie de l’extrême-droite ne rêve que d'une collaboration toujours plus étroite avec le dictateur russe ? Il est vrai aussi que jusqu'ici Asselineau n'a jamais vraiment brillé par ses résultats électoraux.

4.
J'ignore si la contre-offensive ukrainienne a été un échec complet ou un semi-échec, par contre, ce dont je me doute, c'est qu'il est très difficile de contre-attaquer sans un solide appui aérien. Il est plus que temps de fournir à l'Ukraine les avions dont elle a tant besoin.

5.
Pourquoi faut-il armer et soutenir l'Ukraine contre Poutine ? Outre que, comme l'a dit un jour un professeur de littérature de l'université de Lille III, « on n'arrête pas une division de panzers avec une bibliothèque », il est clair que si on laisse l'armée russe s'emparer de l'Ukraine, cela signifiera que Poutine aura à sa disposition deux pions au centre de l'échiquier européen (Lukachenko en Biélorussie et on ne sait laquelle de ses âmes damnées à Kiev). Politiquement, diplomatiquement, économiquement, Poutine serait gagnant, et il lui serait dès lors assez facile de déstabiliser nos démocraties libérales en « parrainant » des partis populistes d'extrême-gauche comme d’extrême-droite et en infiltrant nos institutions d'agents d'influence, d'espions et de barbouzes de toutes sortes. Sa popularité n'en serait que plus forte dans la coalition pourtant très hétéroclite des BRICS et il pourrait développer un narratif à songes, mensonges et révisionnismes du genre « la Russie défend les peuples contre l'impérialisme occidental et toutes ces sortes ».

6.
J'ai tout de même le sourire. Je pressens que je vivrai assez vieux pour assister à la chute et à la honte de Poutine. Nul doute que je déboucherai alors le champagne (je suis sûr que je ne serai pas le seul).

7.
Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine. Pourquoi ? C'est très simple :
Les opinions publiques occidentales savent que l'UE, l'OTAN, les Etats-Unis, la Triade ont les moyens économiques et militaires de faire reculer Poutine.
En conséquence, les opinions publiques occidentales n'admettront jamais que l'UE, l'OTAN, les Etats-Unis et la Triade se couchent devant un vulgaire mafieux qui se croit investi d'on ne sait quel messianisme eurasiatique.
Et donc, pour éviter que les opinions publiques occidentales finissent par considérer l'UE, l'OTAN, les Etats-Unis et la Triade comme une bande de pieds-nickelés dont on peut se passer, il est vital pour l'UE, l'OTAN, les Etats-Unis et la Triade de vaincre Poutine en Ukraine. La paix civile en Occident est à ce prix.

8.
Non, les Etats-Unis de Joe Biden ne veulent ni démanteler la Russie ni affaiblir l'UE. L'Europe lui est très utile en tant que marché mais surtout elle est une alliée fiable et le serait plus encore en cas de conflit avec la Chine. Pour ce qui est de la Russie, il est clair que les Etats-Unis, depuis la fin de l'URSS, l'ont considérée certes avec méfiance mais ont tenté d'en faire un pont entre l'Asie et l'Europe et donc en l'empêchant de pousser ses pions à l'ouest. Poutine, Douguine et Choïgou en ont décidé autrement. Tant pis pour eux.

9.
Lorsque le petit Jordy Bardella joue du violon en rappelant que dans « une guerre il n'y a jamais de vainqueur » (« Ach, la guerre, gross malheur ») il ne prouve qu'une chose, c'est qu'il est très poutre en géopolitique.

10.
Non, hérésie, ce n'est pas Sobek Dieu Crocodile qui nous sauvera, pas plus que l'Ananas Déesse ou même le Grand Dindon de la Farce, c'est le bien plus nourrissant Flying Spaghetti Monster. Tout le monde le sait, maintenant.

Patrice Houzeau
Malo, le 26 février 2024

25 février 2024

DEFOIS J'ENTENDS CRIER HÉ DANS MA CABOCHE

DEFOIS J'ENTENDS CRIER HÉ DANS MA CABOCHE

« Hé ! Repoussez, Madame, une injuste terreur.
Regardez d'un autre œil une excusable erreur. »
(Racine, « Phèdre », v.1295-96 [Oenone])

Hé ! Défois j'entends crier Hé dans ma caboche
Hé que j'entends crier dans ma caboche
Repoussez les murs vous voyez bien que tout se rétrécit
Repoussez-les les murs que tout devient si riquiqui
Madame je vous le demande est-ce ainsi que ma mort viendra
Madame même que je serai fait comme un rat

Une fois dit ça personne ne me répond
Une fois dit ça y a plus perçon au téléphon
Injuste comme toujours j'en accuse l'absence ah la la
Injuste que je dis autour de moi y a que d'l'absence La
Terreur ne me prend pas elle est occupée en d'autres régions
Terreur face de sang massacres et multiplication de canons

Regardez comme ça cabriole carambole cavalcade et acrobate
Regardez comme ça s'envole c'est l'école de l'air ah que c'est bath !
D'un œil je contemplais l'écuyère D'un
Mot comme écuyère j'y rajoute à café évidemment D'un
Autre œil je vérifiais mes comptes et du troisième
Car paraît qu'on en a un d'autre autre œil qu'on appelle troisième
Œil je ne dirai rien (je ne vois pas très bien de cet œil là)

Une fois que j'eus vérifié débits dettes et réalités de la vie une
Envie me prit d'inviter quelqu'une à cheveux blonds et à vider chopine Une
Excusable qui me répondit qu'elle ne viendrait pas
L’excusable là avec son joli nez et sa bouche mignonne elle viendra pas
Erreur Hé ! Erreur me cria ma caboche tu sais bien qu'elle n’existe pas
Alors je suis r'parti et quand j'suis r'venu j'étais plus vraiment dans mes pas.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 février 2024.

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