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BREFS ET AUTRES

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4 mai 2020

POURQUOI QUE JE VOUS CAUSE DE ÇA MOI II

POURQUOI QUE JE VOUS CAUSE DE ÇA MOI II

1. Donc Jean Lamorgue, le personnage central de l'album de BD « Le Bal du rat mort » de Bucquoy et Charles, enquête sur des assassinats de jeunes filles dans une ville où les rats y en a de plus en plus qu'un bonhomme venu comme d'un monde autre lui dit que son « avenir », il n'en a plus.

2. Je ne sais pas si Jean Lamorgue a un avenir (ça dépend de ses lecteurs) mais dans le réel, nous en 2020, l'avenir, l'a une drôle de dégaine virulente, l'est où maintenant le virus ? Va-t-il prendre doucement congé ou bien attend-il qu'on ressorte pour nous saisir à la gorge ?

3. Le covid-19 nous l'aura bien pourrie, not'vie, qu'on se demande combien d'entreprises vont mettre la clé sous la porte qu'ça veut dire en français qu'il y a bien des patrons et leurs employés, n'auront bientôt plus qu'leurs yeux, qu'ça va redistribuer les cartes on dit, le covid. Lesquelles ?

4. Les Français, dans la crise du covid, on dit qu'ils auraient été bien infantilisés par l'exécutif (fais pas ci, fais pas ça) ; c'est qu'après nous avoir répété sur tous les tons qu'il fallait pas sortir, pas les fréquenter les autres, question de vie et de mort, le 11 mai, on retourne sur nos lieux de travail. Du coup, on s'interroge.

5) Avec le retour annoncé des élèves dans les établissements à partir du 11 mai, fatal qu'il nous vienne à l'esprit, le mot « cobaye ».

6) Cette crise du covid-19, elle ressemble à la drôle de guerre (39-40) : on ne peut rien faire pour l'instant, bloqués dans notre ligne Maginot du confinement, qu'on attend le signal pour l'attaquer, l'exécutif qui s'est bien fichu de nous, mais qui peut dire ce qu'ils préparent, les « Marcheurs » ? Moi, j'm'attends à tout, et en premier lieu, aux pressions et aux chantages administratifs de toutes sortes, aussi à la propagande de la résilience genre « tous ensemble maintenant derrière notre président », « solidarité nationale », « je vous ai compris »,  « il faut nous réinventer », « c'est notre (nouveau) projet », « ou c'est moi, ou débrouillez-vous avec Marine (ou Mélenchon) » qu'à mon avis, le Macron, la légitime dissolution de sa majorité de fantoches, il en veut pas, qu'il se voit pas diriger le pays avec un premier ministre qu'aurait pas été contaminé par l'opportunisme du REM-17.

7) Avec le mauvais esprit qui me caractérise, il m'arrive de penser que le ministère de l'éducation nationale, c'est en fait (ah c'est pas bien, j'ai honte, bouh qu'je suis affreux) le ministère de l'inadéquation nationale.

8) Donc Jean Lamorgue, le personnage central de l'album de BD « Le Bal du rat mort » de Jan Bucquoy et Jean-François Charles, il est retourné bosser à Bruxelles où l'attend une femme égorgée, même que c'est sa mère.

9) Jean Lamorgue fait des cauchemars de filles mortes, et de qui couinent, les rats, mais l'été revient, la plage, le soleil, le repos, et puis la pluie qui fait fuir, les rats qui effraient, et puis une boule de cristal.

10) Le réel, Jean Lamorgue, il a bien du mal à le contrôler, que dans les vignettes, même quand il est avec l'intime, les rats le scrutent et dans la ville on dit que « l'assassin court toujours ».

11) Puis, il y eut le témoignage du marin qu'dans l'océan y aurait « un rat énorme, monstrueux, nageait vers la côte. » D'habitude, c'est le monstre des profondeurs, le calmar géant, la pieuvre hugolienne (ah la bouche d'ombre à ventouses dis), le serpent de mer aussi, mais le rattus giganteus, c'est rare.

(A suivre)

Patrice Houzeau
Les Confins, le 4 mai 2020.

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3 mai 2020

POURQUOI QUE JE VOUS CAUSE DE ÇA MOI I

POURQUOI QUE JE VOUS CAUSE DE ÇA MOI I

1. En ce qui concerne la mise en œuvre des planètes, l'humanité n'étant disponible qu'en option, il est possible que Dieu ne tenta le coup qu'une seule fois.

2. Imaginez l'paniquant si le covid-19 avait envahi le monde entier au moment de la vague d'ovnis du début des années 90, imaginez un peu l'paniquant hein façon « Guerre des Mondes » par Orson Welles.

3. Dans « Le Bal du rat mort » de Bucquoy et Charles, il est question de filles et de rats parce que les filles c'est joli, et les rats répugnants je suppose il y a aussi des masques parce qu'il y a bal et qu'il paraît que « la nuit du bal du rat mort, tout est possible, mademoiselle.. ».

4. J'ai ouvert l'album de bande dessinée « Le Bal du rat mort » de Bucquoy au scénario et Charles au dessin parce que je n'ai rien à dire et que donc pourquoi ne pas parler de ce que j'aime bien parfois quand je ne passe pas mon temps à m'chatouiller les tas d'âmes d'mes souvenances.

5. Dans « Le Bal du rat mort » de Bucquoy et Charles, y a un cachalot qui s'échoue même que les rats sont sortis de son ventre paraîtrait et pis après on trouve des filles assassinées mais pas sur la plage oùsqu'elles ont commencé à pulluler, les bêtes à peste.

6. Le truc des rats qui sortent du cachalot, ça m'a rappelé vaguement une scène de film avec des anguilles qui s'mettent à grouiller dans un ch'val crevé ? une tête de ch'val crevé ? Chais plus m'en fiche Le chat d'ma caboche me fixe ; j'sens qu'il va me dire quelque chose.

7. Y a un personnage dans « Le Bal du rat mort » i s'appelle Jean Lamorgue que c'est fait exprès rapport aux cadavres et pis qu'on croit qu'on a la morgue de piger ce qui, ce quoi mais qu'on se met le doigt dans l'oeil qu'après ça vous flanque le covid i disent ça à la télé.

8. Après Jean Lamorgue arrive où il doit enquêter que donc y a pas mal de rats des filles mortes des filles vivantes d'l'énigmatique « comme s'ils lisaient dans ses pensées » qu'après ça allez vous étonner si le Lamorgue i se sent un peu pas bien. Voilà s'que c'est que de jouer dans des bédés.

9. Puis Lamorgue rencontre des gens si bizarres qu'ils lui disent que « les crevettes ne craignent pas le froid et les rats non plus » et qu'il ne faut pas se retourner si on ne veut pas être « changé en statue de sel » que moi depuis que j'en ai tâté d'l'invisible bin j'me demande.

10. Remarquez que moi le coup des crevettes qui se les caillent pas plus que les rats et le Don't Look Back ostendais on ne me l'a jamais fait que moi ce fut plutôt des coups dans les murs, des pas qu'on entend pis qu'il y a personne, des odeurs revenantes, du comme des signes.

11. Se sent pas bien Lamorgue qu'il croit voir des gens qu'il connaît là où personne ne le, y a même un môme qui lui ressemble à Lamorgue que moi déjà j'aurais flippé comme dauphin dans un filet et je serai parti enseigner l'art subtil du scoubidou loin de tout ce glauque là.

12. Y a donc des rats pis des inquiétances que Lamorgue en a marre alors il va avec une tarifée une orientale qu'à mon avis c'est pas par Zazar que de toute façon ça se passe à Ostende comme partout où y a du bizarre qui s'met à taquiner le réel (tiens, ça fait longtemps que j'ai pas lu « Malpertuis » de Jean Ray).

13. Dans la série des réponses étranges, après celle des crevettes et des rats, il y a celle des « chats repartis en Mésopotamie » que la Mésopotamie c'est en gros l'Irak actuel, ce pays où ça sbat-i cor, ça sbat-i plus je sais pas parce qu'on ne cause plus que de coronavirus, de covid-19, de pandémie et de Jean-Michel Blanquer.

(A suivre)

Patrice Houzeau
Les Confins, le 3 mai 2020.

 

 

3 mai 2020

GOD BLESS THIS MESSIEURS-DAMES

GOD BLESS THIS MESSIEURS-DAMES

1. Au train où ça va avec c'te catastrophe du virus, je me demande si on ne va pas voir resurgir les péages à l'entrée des grandes villes et les tours de guet aussi.

2. Car boa sans bras ne fait pas feu de tout bois.
   
- Et dites-moi, Monsieur Houzeau, ça vous vient comment ce genre de chose ?
   
- Assez facilement, je dois dire.
   
- Mais vous savez tout de même que c'est très crétin.
   
- Absolument, et j'assume.

3. Quand je compose mes brefs, je fais souvent plus attention à la forme qu'au fond. Résultat : je fais des fausses notes et je n'ai rien à dire. J'assume.

4. Défois dans les poèmes, les « rêves » i sont tout  dévastateurs » mès René Char i dit que cé pas « par compas et par mesure » que je me demande coman il font pour fere de la geometrie qu'alors cé pas etonan que défois on a du mal à la tete cé passqu'on reve trop dan la lune ossi.

5. René Char i dit que « l'étoile rauquait » que je compran pas qu'les étoiles rauquassent que cé les tigres qui rauquent et pas les etoiles ou qualors cé toute une jongle là haut une jongle plonge et ténèbres que cé pour sa qu'on i voit rien on a pas les zieu pour, que le poëte peut-être si.

6. Ce que j'aime bien quand je compose mes brefs à l'orthographe très défaillante, - et même que je le fais exprès - c'est que je n'ai pas à les corriger.

7. Je me demande si « God bless this mess » (aperçu dans un épisode des Simpson) est une expression courante ou une création récente. Je penche pour la première option mais en tout cas, en ce moment, c'est d'actualité.

8. Les enfants sont épatants qu'on les entend à la radio dire qu'il faudra protéger la nature, utiliser les énergies recyclables, être citoyen responsable, puis i passent le bac, font des études et travaillent dans l'industrie chimique, l'armement, la bouffe à graisse et glucose, et même qu'on les forme pour ça dis.

9. Message informatif à caractère professionnel : Mesdames et Messieurs les Députés de La République en Marche, à l'issue de la probable dissolution de l'Assemblée Nationale et donc de votre probable non-réélection, n'oubliez pas de passer à l'intendance où vous pourrez reprendre votre libre-arbitre ainsi que votre indépendance d'esprit.

10. Je ne sais pas trop ce que je veux dire quand j'écris ça « God bless this messieurs-dames » que je vois bien que ça peut se comprendre de plusieurs façons que moi du moment que ça m'amuse le reste hein.

11. Dans le temps, la vieille blague, c'était de dire « Bonjour les hommes ! » pour saluer et d'ajouter (mais on ne le faisait pas partout, bien sûr) « Et tant pis si je me trompe ! ». C'était pas malin. On n'oserait plus.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 3 mai 2020.

3 mai 2020

DANS LES CONFINS QUELQUES COIN-COINS

DANS LES CONFINS QUELQUES COIN-COINS

1. Hou ! Hou ! ulula le fantôme.
    
Hi ! Hi ! s'écria la miss.
    
Oui oui fit l'inspecteur, perplexe.

2. Alors dans le chemin Natacha chut et ses cheveux châtains churent avec elle Chiotte ! chuinta Natacha car Natacha chuinte surtout quand elle chute dans les chemins et que ses cheveux châtains chutent avec elle. Puis elle se releva, ramassa son capillaire et s'en fut en me traitant d'enflure.

3. Alors en choisissant une saucisse sèche, l'archiduchesse s'enquit de l'état de sécheresse de ses chaussettes. - Sont archisèches, répondit l'archiduc déçu, piteux, dépité d'avoir été dupé à quelque jeu de dés pipés et ayant donc dû se départir d'un tas de ducats.

4. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : Pangolin alpagué promet la pandémie – Où as-tu mis le sel ? - Viralkrasha n'est pas une divinité hindoue et FDP ne signifie pas fils de pangolin – Pangolin chamailleur, promesse de virus –

5. Dans le lointain, quelques coin-coins ;
   
Plus proche, anguilles sous roche...
   
Chut ! C'est un terrible mystère...
   
Le pangolin est sur la Terre.

Note : c'est le genre de truc que j'écris en me serinant « La Complainte de Fantômas ».

6. Saurez-vous reconnaître une phrase courante dans cette traduction en charabia de haute volée qu'un poète hermétique (tellement hermétique que son nom même ne pourrait être divulgué) a bien voulu nous transmettre ?

Où s'est égaré par ta présence ce qui jadis, compensant la maladresse par l'orgueil, volait par-dessus l'épaule du tant pis ? (Monsieur Houzeau, si vous ajoutez « de vache », c'est deux heures de retenue / Meueuh j'ai rien dit moi ! / Bon, allez, deux heures.) ?

La solution se trouve dans les ironies personnelles de cette page.

7. Y a des zozos pour dire que les humains du Premier Age, c'étaient des créatures végétales. Alors, si ça s'trouve, quand on s'fait une macédoine de légumes, les végans aussi i mangent les descendants d'nos ancêtres.

8. Les critiques s'accordèrent sur ce jugement que le premier roman d'Emmanuel Macron, « Chamailleries à Chamonix » (Editions du Pangolin) témoignait d'un sens assez aigu de la distanciation sociale.

9. Qu'il fut aigu, le cri d'la fée, qu'il fut aigu
    
Quand sul' berceau de ch'tiot moi-même a s'a penchu
    
Pis qu'elle s'en fut en criant Ouyouyouyouille
    
Que vouliez-vous qu'il fît ? Que vouliez-vous qu'il fût ?
    
Il fit l'andou-ou-ouilleuh !
    
Il fut andou-ou-ouilleuh !

10. Je me demande si le label « Nation apprenante » sera mentionné sur l'attestation de réussite au baccalauréat 2020.

11. Alors le covid vida la planète et les fantômes disparurent.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 3 mai 2020.

2 mai 2020

PASSAGE DE LA MEDUSE

PASSAGE DE LA MEDUSE

1. « Sombre. Mais l'espace plus vaste.
Moins de gens. Le sentier dans l'obscurité
mène-t-il vers une solitude plus vraie ? »
(Jean-Paul de Dadelsen, « Dépassé. Provisoirement »)

2. Elle se demandait si l'enquête du mélancolique inspecteur progressait. Elle aussi avait entendu parler de ces formes ressemblant à des visages humains cruellement décharnés. Mais après tout, ce n'est pas lui qui avait ouvert le gaz.

3. Je ne m'écoute pas s'ouvrir mon espace intérieur. Je n'ai pas d'espace intérieur. Parmi toutes ces viscères, ces organes, toute cette biologie transitoire, comment voulez-vous que j'installe un espace intérieur ? Et puis qu'est ce que j'y mettrais ?

4.« Dieu créa l'homme à son image,
      
à l'image de Dieu il le créa,
      
homme et femme il les créa. »
     
(Genèse 1.27)

C'est là le sens de l'infini car l'humain étant plutôt gratiné dans le genre n'importe quoi, s'il est à l'image de Dieu, c'est que l'est pas fini l'Eternel, mais il y travaille infiniment.

Jean-Paul de Dadelsen en était arrivé à la conclusion que c'est l'homme qui n'existe pas. Au sens où l'humain serait toujours à conquérir, où l'humain est l'être en quête de l'humain, on peut dire, en effet, que nous n'existons pas encore.

5. « Et dans l'arbre qui dort sans rêves »
(Jean-Paul de Dadelsen, « Un chant de Salomon »)

C'est vrai qu'il ne me semble pas dans la nature des arbres de rêver. Par contre, je ne vois pas pourquoi « la brise » y chuchoterait « le nom de la patrie spirituelle ». Non, elle fait comme tout le monde, la brise, elle reste chez elle à se faire cuire des œufs.

6. « L'ange apparut comme je languissais à la nuit sur le toit »
       
(Jean-Paul de Dadelsen)
C'est sûr qu'à force des confins là, va y avoir crise de lune dans les cafetières, qu'ça va languir pis gémir sur les toits qu'la nuée, va y neiger de l'ange ou d'la flying saucer...

7. « Dieu nous traverse / Comme la mer une méduse »
      
(Jean-Paul de Dadelsen, « Bach en automne »)
J'vois ça assez torpille d'la révélation, l'épiphanie fusante, mais c'est plutôt comme une pulsation qu'il nous renseigne Dadelsen, « d'un même mouvement qui tour à tour se gonfle / Et se creuse ».
Baladeuse lenteur, la méduse, noble et sentimentale comme la valse qu'c'est pas la vraie alors, qu'c'est que le fantôme de la méduse qui me plane dans la songeuse.

8. « Les religieuses à grosses joues
       
rouges, à gros mollets, à gros
       
derrière le dimanche descendent chez
       
l'oncle vigneron manger la tarte aux prunes. »
       
(Jean-Paul de Dadelsen, « Femmes de la plaine »)

Voilà du poétique, qu'il me plaît : du concret, un brin grotesque, burlesque même, farcesque. Le bref, le croquis et foin des trombones Amour, Eternité, Infini, Résilience et tout l'hermétique toutim.

9. « Le docteur a prescrit un tonique pour le cœur
       
pour faire durer l'agonisante jusqu'à l'arrivée d'une fille distraite
       
d'un fils longtemps aimé de loin. »
       
(Jean-Paul de Dadelsen, « Mort de la femme du percepteur »)

On dirait le résumé d'une page de Simenon, une de ces rapides notes explicatives par lesquelles le grand Georges savait si bien nous mettre dans l'ambiance des quotidiennetés où il promenait son commissaire à pipe.

10. « ce qui l'intéresse, c'est ce bout de chanson transfiguré et l'espace autour » (Jean-Paul de Dadelsen, « La fin du jour »)

C'est dans un passage sur le vieux Ludwig qu'on peut comprendre que c'est Beethoven « à fredonner pour lui seul » de la mélodie que plus tard il va vous la transcender, la chanson, en vous en fiche épatance et frisson, qu'ça va vous remplir d'un coup l'espace du tout seul.

11. Bon, allez, à mes copies : Sainte Syntaxe, Sainte Orthographe, Saint Style, pardonnez leur leurs offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui commencent quand même à nous les casser.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 2 mai 2020.

 

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2 mai 2020

UN VELO DANS LE VIDE

UN VELO DANS LE VIDE

1. L'éducation nationale, défois, on dirait un vélo dans le vide, qui part d'un point A pour aller vers un point A en passant par un point A, avec détermination et bienveillance. Quant au ministre, bin, i pédale.

2. Le ministre Blanquer se rend-il bien compte que si un seul candidat à l'oral de français chope le covid et se retrouve hospitalisé, et si la Justice démontre que la contamination s'est produite durant l'examen, il mettra l'institution scolaire et sa petite personne dans une situation très problématique ?

3. Arrêtez de vouloir « réinventer l'école », qui ne marchait pas si mal avant qu'experts des prétendues « sciences de l'éducation », sociologues, bonnes âmes et technocrates pondent réforme sur réforme et billevesée sur billevesée.

4. Les politiques, ça ose tout ; c'est même à ça qu'on... vous connaissez la chanson. Parfois je me dis que si j'avais commis le quart des sottises qu'ils ont pu faire, je me porterais volontaire pour une exploration chez les pingouins ou irais me confiner 120 ans chez les Trappistes, histoire de me faire oublier.

5. Le confineman cé une bone chose pasque come sa les gens i vont pas se chamailler dans les rues passque se chamailler cé pas bien car a force tou le monde voit rouge dan sa tête du coup apres les policiés et ossi les manisfestatans sont fatiguai donc se chamailler cé pas bien. Cé le présidant qui la di.

6. Monsieur Houzeau,

je me permets de vous rappeler que style, syntaxe et orthographe sont des notions qui doivent être abordées à l'aune de la bienveillance.
Il est à noter aussi qu'il est assez vain d'illustrer les arguments par des exemples car si vous n'avez pas compris tout de suite, c'est pas étonnant que vous ne soyez qu'enseignant (au lieu d'être Inspecteur d'Académie ou député de La République en Marche).
Pourquoi donc exigez-vous une introduction et une conclusion puisque tout est déjà expliqué dans le devoir ?
Nous savons tous que le concept de droit naturel peut faire débat, mais quand l'élève écrit : « Avec le confinement, la nature reprend ses droits », tout le monde comprend, même vous.
En conséquence, l'élève obtiendra son baccalauréat, que cela vous plaise ou non, et fera de brillantes études dans une de nos brillantes formations supérieures où de brillants chargés de cours, éclairés par les brillants esprits de nos excellentes sciences de l'éducation, sauront faire le travail que vous n'avez pas su faire, Monsieur Houzeau : faire de tout apprenant un citoyen connecté solidaire et donc progressiste.
Quant à l'argument de l'inadéquation de nos de plus en plus nombreux diplômés aux exigences du marché du travail, je vous ferai remarquer qu'en raison du covid-19, le marché du travail est pour l'heure suspendu aux décisions de l'Etat, dont nous sommes, je vous le rappelle, les humbles, discrets, loyaux et dévoués serviteurs.
Mais humble, discret, loyal et dévoué, c'est justement tout ce que vous n'êtes pas.
Vous n'êtes même pas socialiste, pas même chrétien de gauche, vous n'êtes, Monsieur Houzeau, qu'un édenté pangolin désinvolte.

Signé : Jean Profitte, (auteur de « L'Apprenance pour les Nuls », préface de Jean-Michel Blanquer).

Patrice Houzeau
Les Confins, le 2 mai 2020.

 

 

2 mai 2020

AUTOUR DU IER MAI 2020

AUTOUR DU 1ER MAI 2020

1. En 2020, on avait l'impression que certaines maisons de retraite n'étaient plus que mouroirs et charniers. On parla aussi d'enfants atteints par le syndrome de Kawasaki. Le premier ministre n'était guère rassurant. On s'apprêtait à ne pas vraiment déconfiner, à juste voir se desserrer le cordon.

2. En 2020, il n'y eut pas de défilé du 1er mai. Certains se firent cuire des œufs ; d'autres dirent qu'ils allaient frapper sur des casseroles.

3. En 2020, non sans un soupçon d'ironie, les journalistes parlaient de « premiers de tranchée » pour évoquer toutes ces personnes dont l'utilité sociale apparut d'autant plus évidente qu'elles étaient parfois méprisées avant que la pandémie rappelle à certains politiques ce que c'était que de vivre et de mourir dans la France du plus grand nombre.
L'expression de « premiers de corvée » fut aussi employée. L'expression s'appliqua aussi à Edouard Philippe (« premier de corvées ») dont il m'apparaissait de plus en plus clairement que sans lui, la présidence Macron ne pourrait plus tenir très longtemps.

4. Entendu sur France Info à propos de l'abandon programmé des réformes en cours : « C'est la République en Marche arrière ».

5. Le 1er mai 2020, Marine Le Pen alla déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue de Jeanne d'Arc. Jean-Marie Le Pen renouvela son appel : « Sainte Jeanne, au secours » mais cela n'avait pas le même sens qu'en 2017.

6. Le 1er mai 2020, il y eut dit-on une petite tentative de manifestation parisienne vite dispersée par la police. Des amendes furent données; il y eut des promesses de revanche.

7. En mai 2020, on disait qu'à Mayotte, certaines personnes n'avaient rien à manger et que l'épidémie y prenait de l'ampleur, laissant peu de lits disponibles dans les hôpitaux. France, 6ème puissance mondiale.

8. Le 1er mai 2020, le président Macron affirma regretter les 1ers mai « joyeux et chamailleurs » de jadis. J'ai pensé qu'il était tellement dans la distanciation sociale et le paternalisme qu'il ne se rendait pas compte qu'il prêtait à rire. « Chamailleurs », les Black Blocs de 2018 ? « chamailleurs », les débordements d'Alexandre Benala ? « chamailleurs », les Gilets Jaunes ? J'ai pensé que notre président nous prenait pour des jambons ou alors, c'est qu'intellectuellement, il était plus limité qu'il le croit.

9. En avril et mai 2020, on disait que le président Macron voulait un gouvernement d'union nationale. Ce qui signifiait que le gouvernement d'Edouard Philippe n'allait plus tenir très longtemps. Je ne crus pas à ce gouvernement d'union cependant qu'une dissolution de l'Assemblée me sembla inévitable.

10. Le 1er mai, les syndicats rappelèrent que les gens nécessaires et en première ligne dans la crise actuelle ne gagnaient parfois pas plus que le SMIC. J'ai pensé aux salaires des ingénieurs financiers et à ceux des DRH embauchés pour « dégraisser » les effectifs.

11. J'ai pensé que pendant des années, on avait dépensé tant d'argent pour des réformes de l'éducation nationale qui n'avaient abouti qu'à une défiance généralisée envers l'institution scolaire qu'il aurait mieux valu investir plus et mieux dans le secteur de la santé.

12. Nul n'annonçait ce 1er mai 2020 un report de l'épreuve orale du bac de français à septembre, voire plus tard dans l'année. J'ai pensé que c'était par pur orgueil ministériel, pure esbroufe administrative, d'autant que le baccalauréat ne ressemblait déjà plus à grand chose, miné qu'il était par un contrôle continu, qui, par définition, ouvre la porte à bien des abus.

13. J'ai pensé que la crise sanitaire du Covid-19 nous faisait passer d'une société d'abondance à une société de nécessités.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 1er mai 2020

 

 

 

1 mai 2020

DONC ZUT SE PREPARA EN METTANT SON ARMURE

DONC ZUT SE PREPARA EN METTANT SON ARMURE

1. Non, Monsieur Houzeau, je ne crois pas que The Great Pangolin Cult, ou The Big Covidian and his Pangolins ou même The Pangolins tout court soient en ce moment des noms appropriés pour un groupe de pop/rock.

2. Quand je vis Zut se préparer à aller faire des courses en enfilant son haubert et se coiffant de son heaume, je compris que la situation était grave.

3. Entendu sur France Inter un humoriste dire qu'en termes d'utilité sociale, l'ironiste de profession passait tout de suite après la farine. Certes, mais se passer de dérision, c'est laisser le champ libre aux prédicateurs et aux maréchaux de l'esprit de sérieux ainsi qu'aux bonnes âmes du politiquement correct.

4. Le confineman cé une bone chose car comme sa mon beau-pere il ne va plu au bistro dépanser les sous du chomaje a ma mere mais cé une mauvaise chose ossi le confineman car depuis mon beau-pere i regarde ma grante sœur d'un air tou bizar.

5. Non, monsieur Houzeau, ce n'est pas parce que l'on a pu un temps parler de prix négatif du baril de pétrole que les automobiles vont être montées à l'envers.

6. Depuis que j'piétine pis tourne en rond dans mon confinement, je sais que bientôt je dirai toujours la vérité.

7. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : Pangolin fâché ne fait pas virus de tout crachat – Le mur, tremblant de ce qu'il avait entendu, s'enfuit à toutes jambes – Cette année, les puces du marché iront se gratter – conjuguerons-nous le verbe covider au futur -.

8. Moi je croi quon peu mourir de la covide passque si tu te fera attrapai par un vijil du magasin s'il a la maladie i peut te doner la maladie meme sans le fere expres défois et depuis quon est confinai on peu plus fere ses courses come avan.

9. Les gens font parfois des choses dont on ne les aurait jamais crus capables. L'invisible qui tue rend visible les talents de certains. Mais moi, rien à faire, je n'arrive toujours pas à passer les murailles.

10. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Si tu ne m'ouvres pas la porte, je ne pourrai pas rentrer mais si tu ouvres ta porte, tu pourras me la claquer au nez.

11. Pourquoi diable voulais-je tant vous voir ? me demanda-t-elle. Je lui répondis que j'avais bien tenté de lire dans ses pensées mais que l'attifée fantasque aux yeux fous pis à couteau brandi qui m'avait alors jailli dans les yeux m'avait assez décontenancé.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 1er mai 2020.

1 mai 2020

EN CHATOUILLANT LE PANGOLIN

EN CHATOUILLANT LE PANGOLIN

1. Si tu chatouilles le pangolin, ne t'étonnes pas de cracher tes poumons. (Maxime d'origine incontrôlée)

2. Il ne s'agit pas de prendre de la tarte aux pommes quand on préfère la tarte aux abricots. Ce sont des choses qui ne se sont jamais faites dans cette maison et depuis qu'elle est revenue sur terre, nous sommes particulièrement vigilants à la bonne tenue du service à dessert.

3.Il faut toujours faire de son mieux quand bien même on serait plein de quand bien même qu'on aurait du quand bien même qui nous coulerait comme larmes, comme bave comme quand on a très faim.

4. Elle aperçut de l'autre côté de la rue quelqu'un de sa connaissance. Mince se dit-elle et moi qui m'suis rendue invisible parce que personne ne me voyait plus. Elle se concentra mais ne réussit à apparaître qu'en partie. Tiens, la chatte du Cheshire se dit la sœur d'Alice.

5. Elle appela : « A table ! » et tous moururent. Ah ces champignons.

6. C'est dans les derniers instants de son existence qu'il se rappela cette phrase que sa mère lui disait parfois : « Il faudrait quand même que tu apprennes à vivre. »

7. Souvent l'on manque de confiance en soi. Faut dire que l'on se ment beaucoup à soi-même. Lui-même finit donc par se méfier de vos sautes d'humeur, de votre impulsivité. Parfois, il en vient à sortir de vous et l'on dit alors que vous êtes hors de vous.

8. Vous étiez devant moi et c'était bien là ce que vous disiez. Ainsi Zut s'adressait-elle à son image revenue dans le miroir. Celle-ci ne nia pas et pria Zut d'excuser ce petit moment d'absence. C'est bon pour cette fois, répondit Zut, mais n'y retournez pas.

9. Y a tous ces infinis qui sans cesse se suivent se poursuivent se croisent et s'entrelacent, et il y a nos travaux et nos jours, c'est juste drame express, écrasement d'la fourmi, cailloux.

10. Il se pépiait chez les oiseaux qu'on voyait de moins en moins de bipèdes dans les rues. Serait-ce de notre faute ? s'interrogeaient quelques moineaux. Un merle les rassura en leur parlant du commerce frauduleux du pangolin. Quant aux albatros, ils se fichaient bien de tous les équipages.

11. A force de tourner autour de l'art contemporain, vous finirez par tomber dedans et c'est en vain que l'on vous cherchera dans tout ce conceptuel du vide du trou du manque du puits sans fond ni forme.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 1er mai 2020.

1 mai 2020

ALORS LA MORT PASSA SUR SON CHEVAL VIRUS

ALORS LA MORT PASSA SUR SON CHEVAL VIRUS

1. Je pense que l'oral de l'épreuve de français du bac 2020, s'il a lieu, ce sera soit en visioconférence, soit masqué, et peut-être même les deux. En tout cas, pour contrôler leur identité, faudra qu'ils se démasquent, les candidats, le temps d'un coup d'œil. Sinon, gare aux fantômes.

2. En 2020, j'ai pensé que la réforme Blanquer ayant déjà fait pas mal de dégâts dans les lycées, il ne fallait pas aggraver l'état du mammouth et faire comme en 1968, le donner, ce bac, encore qu'en 68, les candidats ne risquaient pas leur vie et le diplôme avait une certaine valeur.

3. J'ai pensé que le maintien de l'épreuve de l'oral de français du baccalauréat 2020 relevait plus de l'esbroufe administrative que d'une réelle nécessité pédagogique. Et pourquoi pas le faire passer en terminale, c't'oral (c'est-à-dire l'an prochain lors d'une session extraordinaire) ?

4. Alors ils ont tant dit alors ils ont tant dit
   Tant dit tant dit tant dit que j'en ai du mal aux
  
Oreilles puis au cœur puis au ventre et aux os
  
De ce qu'ils ont tant dit tant dit tant dit tant dit.

5. Veuillez écouter quelques ironies personnelles : Le patient invisible aurait été aperçu – Fantômas planchera sur un texte hermétique - La chloroquine serait-elle soluble dans l'eau de boudin - Le barbu flegmatique est à la manœuvre – On regrettera le recalé définitif.

6. « la loi qu'il s'agit de m'imposer comme agent, devient, puisque je l'élève au rang de la loi universelle, valable aussi pour moi comme patient, et c'est sous cette condition, comme patient éventuel, que je ne puis consentir absolument à l'injustice et à l'insensibilité. » (Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »).

De fait, nous sommes appelés à être plus patients qu'agents, les élections étant soigneusement préparées pour que les résultats aillent dans le sens qui convient le mieux à la continuité des Etats.

7. C'est parce que nos démocraties ne sont que formelles qu'elles sont vivables. L'imperfection de l'exécutif nous permet de le critiquer et de nous arranger comme nous pouvons des lois et des règlements. Une démocratie parfaite (chose heureusement impossible) ferait de nous les éternels apprenants d'un lycée universel où chacun de nos gestes serait évalué par les garants administratifs de la loi.

8. Je crains cette société du « care » que les impératifs de la crise sanitaire actuelle nous promettent comme étant la seule légitime. Nous ne serions plus alors que les « patients » de la loi de la solidarité obligatoire et notre droit inaliénable (par définition) à l'indifférence serait nié : je crains le jour où l'indifférent, le singulier, le sceptique, le caustique passeront en jugement pour manque flagrant de fraternité.

9. Avec toutes les crises qu'on nous annonce là (économique, migratoire, climatique) en plus d'la crise covidienne là, ça ne m'étonnerait pas qu'on crée bientôt une chaire de collapsologie au Collège de France.

10. Il songeait au scandale du manque de masques ; il prit tranquillement son étui à cigarettes et se mit dans la tête une jeune fille dansant sur un rythme de rumba. Puis sirotant son whisky, il pensa aux lettres anonymes et à celles aussi au bas desquelles figurait une silhouette de pangolin ricanant.

11. Alors la Mort passa sur son cheval Virus.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 1er mai 2020.

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