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BREFS ET AUTRES

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3 juillet 2020

JUILLET 2020 LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE ?

JUILLET 2020 LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE ?

 

 

  1. Hier, j'ai acheté un bocal de cornichons. Ils sont gros. C'est un bocal de gros cornichons. Aujourd'hui, je fus grognon, et pas très vif. Je fus mollement grognon. Ah tiens, on a changé de paillasson à Matignon.

  2. - Le virus Covid-19 aurait muté et serait plus infectieux.
    - En Chine, un virus porcin transmissible à l'être humain pourrait provoquer une nouvelle pandémie.
    - Au Bostwana, des éléphants seraient morts par dizaines sans qu'on en sache la cause.

    Euh... c'est moi ou y a comme quelque chose qui cloche ?

  3. A peine Jean Castex a-t-il commencé à parler, que l'on comprend que c'est un spécialiste de la langue de bois.

  4. Se pourrait-il qu'avec la nomination de Jean Castex, le président Macron soit enfin plus populaire que son premier ministre ?

  5. Certains Français disent qu'en nommant un haut fonctionnaire au poste de Premier Ministre, le président Macron aurait dans l'idée d'affaiblir la fonction de chef de gouvernement pour pouvoir (enfin) jouer les Jupiter tout seul, comme un grand.

  6. « En nommant Jean Castex dont la seule légitimité est technocratique, Emmanuel Macron dissout Matignon. » Je ne suis pas souvent d'accord avec Eric Ciotti, mais là, je me demande s'il n'a pas raison.

  7. Si l'information selon laquelle le Covid-19 aurait muté et serait devenu plus infectieux est exacte, il se pourrait que les frontières rouvertes depuis peu ne le soient pas très longtemps.

  8. Il se dit sur France Info que Jean Castex notre nouveau chef du gouvernement serait apprécié autant à gauche qu'à droite. Euh... je me méfie de ces hauts fonctionnaires qui s'entendent avec la carpe aussi bien qu'avec le lapin. En général, ils s'entendent surtout à rouler les gens dans la farine.

  9. Jean Castex aurait été de novembre 2010 à février 2011 conseiller aux affaires sociales de Nicolas Sarkozy. Quelques semaines, c'est bien court. Pourquoi cette brièveté ? Remarquez que je suis mauvaise langue, c'était sans doute en attendant quelque autre fonction.

  10. C'est souvent en période de crise que Paris se souvient de la Province, que le pouvoir central se souvient des régions, histoire de leur refiler quelques patates chaudes en attendant des jours meilleurs.

  11. « Je ne suis pas ici pour chercher la lumière, je suis ici pour chercher des résultats », qu'il a dit Jean Castex. Ah, il va donc y aller à tâtons.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juillet 2020.

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3 juillet 2020

LA POINTE DU JEU

LA POINTE DU JEU

 

  1. « Avec Philippe Nicaud dans le rôle de Rouletabille. Réalisation : Jean-Jacques Vierne ». De la nostalgie tout ça, de la nostalgie plein la bille. Le soleil à travers les volets de ma chambre en 1983. On ne remonte pas ce qui nous démonte. Une main s'abat sur la mouche.

  2. Peut-on dire qu'une langue est un instrument au sens où l'on dit que le piano est un instrument de musique ? En ce sens, les règles d'une langue seraient comme un solfège, et la littérature serait le champ des possibles ouvert par la grammaire.

  3. De même que le solfège précède la musique, que les règles du jeu précèdent la partie, la grammaire précède la littérature. Les règles ne codent qu'elles-mêmes. Les règles ne codent ni pièce de musique, ni partie d'échecs, ni poème. Elles sont la clé de cette parade sauvage.

  4. Ne codant qu'elles-mêmes, les règles de chaque jeu ont leur propre code. Solfège, grammaire, mathématiques, logique, langue des signes, etc..., autant de systèmes de notation des règles de ces jeux qui permettent de composer, de raisonner, de communiquer, de signifier.

  5. De même que le solfège n'est pas la musique, mais le système de notation d'un type particulier de musique, une langue n'est pas le langage mais l'ensemble des usages d'une langue. Dès lors, comment définir la musique, comment définir le langage autrement que comme les êtres d'une suite de sons et de syllabes ?

  6. Il est, comme l'écrit Wittgenstein, dans ses « Investigations philosophiques » (par. 569) que « les calculs dans un système de mesure » pourraient exiger « plus de temps et d'efforts que nous n'en pouvons fournir. » Tous les codes ne se valent pas.

  7. Ce à quoi renvoient les codes sociaux, c'est aux manières d'être humain. Le paradoxe étant que l'abolition de la peine de mort permet à d'épouvantables meurtriers de continuer à vivre cependant que nous vendons des armes qui tuent des innocents chaque jour.

  8. Il y aurait, comme le remarque Wittgenstein (cf « Investigations philosophiques, 564) « dans le jeu des règles essentielles et non essentielles ». Ainsi des codes sociaux qui vont des manières de se moucher aux décrets et lois, de l'échange d'opinions aux conflits sociaux.

  9. « Le jeu, aimerais-je dire, n'a pas seulement ses règles, mais aussi sa pointe. » (Wittgenstein, « Investigations philosophiques », 564). Que puis-je comprendre par ce mot de « pointe » ? Serait-ce l'esprit, l'être du jeu ? Ce qu'il révèle de l'humain : la maîtrise, la virtuosité, le grand style.

  10. L'administration prépare la partie, en éclaire les règles, les redéfinit au besoin, mais c'est toujours la maîtrise qui exécute le coup. Ecrivant ceci, j'ai en tête ces parties d'échecs dont chaque coup, dès le début de la partie, est prévisible jusqu'à l'inédit, le trait de génie, le coup de maître.

  11. Il y a sans doute un point où l'hypertrophie des règlements finit par étouffer la maîtrise. C'est là où la « pointe » s'émousse et où l'institution devient ce mammouth obèse, cette machine à circulaires, de plus en lourde, bavarde, prétentieuse, coûteuse, inefficace.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juillet 2020.

3 juillet 2020

AH ÇA FLOTTE ON DIRAIT DE LA FICTION

AH ÇA FLOTTE ON DIRAIT DE LA FICTION

 

 

  1. J'aime bien écrire car, me dis-je pompeusement, écrire me console d'un réel que je maîtrise aussi mal qu'un dindon maîtrise le grec. « Puisque tu tiens un langage qui n'est pas celui de tout le monde, et, ce qui est fort rare, que tu aimes la raison » dit l'Agamemnon du Satiricon.

  2. « Car, s'ils ne disent pas ce qui plaît aux petits jeunes gens « ils resteront, comme dit Cicéron, seuls dans leurs salles de cours ».
    (Pétrone traduit par Pierre Grimal, « Le Satiricon » [Agamemnon])

    Comme quoi l'adaptation du discours pédagogique aux attentes des élèves ne date pas d'hier.

  3. Les fictions flottantes à la Satiricon me plaisent bien. En ce moment, on ne peut vraiment pas dire que tout va bien. La politique est-elle une fiction flottante ? C'est qu'on ne nous dit pas tout et il faut bien qu'on nous mente. Les cuisines puent ; il faut cependant que l'on mange.

  4. J'aime bien dans le film « Louis enfant roi » de Roger Planchon, le personnage du Grand Condé, grand seigneur libertin, qui fascine l'enfant Louis, déplore qu'il y ait tant de morts, rejoint non sans panache la Fronde et s'honore de l'amitié de La Rochefoucauld.

  5. « et, chaque fois que la lampe placée dans le tombeau faiblissait, c'était elle qui la ranimait. » Sommes-nous ainsi animés ? Avons-nous une âme, qui, à l'image de la servante du Satiricon, veille à éclairer le tombeau où nous pleurons nos morts.

  6. Sans remonter à Vercingétorix, tout de même, Jeanne d'Arc, La Fronde, les Lumières, 1789, Bonaparte, La Commune, de Gaulle, la Résistance, Mai 68, les Gilets Jaunes, il est que les Français sont d'autant plus réfractaires, querelleurs et politiques que Paris se croit le nombril du monde.

  7. Parce qu'il est l'expression la plus radicale du scepticisme, le « Cogito ergo sum » cartésien est sans doute fondateur de cette résistance à l'absolutisme et à l'autoritarisme qui caractérise la pensée des Lumières et éclaire aujourd'hui encore bon nombre des jours et des nuits de France.

  8. On peut aussi voir la montée actuelle des idées écologistes en France comme l'expression d'une défiance envers la fuite en avant dans une technologie qui n'empêche cependant pas les Etats-Unis de sombrer dans la pandémie et d'encore se brûler au feu couvant de la guerre civile.

  9. Nous dînons souvent à la table de gens dont nous n'avons que faire. Ainsi nos cercles sont-ils des illusions et qui nous serre la main peut tout aussi bien nous cracher dessus que nous sauver d'un péril si cela le favorise. Nos sentiments sont aussi politiques que tout le reste.

  10. « Les valets poussèrent un cri, ainsi, d'ailleurs, que les convives, non pas à cause de cet individu puant, que nous aurions vu volontiers se rompre le cou, mais à cause de la triste fin que cela aurait faite au dîner, d'en être réduits à pleurer un mort qui ne nous était rien. »
    (Pétrone traduit par Pierre Grimal, « Le Satiricon »)

  11. Dans la nuit du 2 au 3 juillet 2020, me suis demandé si le président Macron était sur le point de lancer le pays dans une voie aussi nouvelle que novatrice, ou si son aventure politique allait finir dans le ridicule et le mécontentement général.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juillet 2020.

2 juillet 2020

TOUJOURS DES MÊMES YEUX

TOUJOURS DES MÊMES YEUX

 

 

  1. « Madame, je me tais, et demeure immobile,
      
    Est-ce à moi que l'on parle, et connaît-on Achille ? »
    (Racine, « Iphigénie », v.949-950 [Achille])

    On croit s'adresser aux autres et ce sont de parfaits étrangers qui nous répondent.

  2. « Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux. »
    (Racine, « Iphigénie », v.555 [Agamemnon])

    Peut-être que je me trompe, mais je trouve cette formule ambiguë. Agamemnon veut-il dire que son amour de père est inchangé ou qu'Iphigénie est égale à elle-même ?

  3. « Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux.
      
    Mais les temps sont changés, aussi bien que les lieux. »
    (Racine, « Iphigénie », v.555-6 [Agamemnon])

    Ni temps ni lieux ne changent nos yeux ; nos sentiments restent mais nos regards varient.

  4. Ainsi en est-il de nos sentiments, et nos paroles démentent souvent ce que nos yeux voient. C'est à soi-même qu'on ment. J'aime bien dans les films quand on entend le vent et que ça signifie que le temps passe tous nos désirs, nos mensonges, nos désillusions.

  5. Nous ne disons pas ce que nous voyons. Nous appelons cela réalisme et lucidité ; il faut savoir s'arranger avec la vérité. C'est là la base de toute politique.

  6. Le matin, parfois, je me réveille très tôt. « C'est vous-même, Seigneur ! Quel important besoin / Vous a fait devancer l'aurore de si loin ? » dit Arcas à Agamemnon. « De si loin » est amusant, comme si nous revenions d'un exil. Et bien sûr, je pense au persil et à la tête de veau.

  7. Surpris sans doute, Arcas, de cette voix au cœur de la nuit. « Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille », lui dit Agamemnon. Le rock anglo-saxon aussi qu'il frappe. Tiens, je n'ai pas bu mon jus de citron aujourd'hui.

  8. Agamemnon, il est comme perdu dans la nuit qu'à peine « un faible jour » l'éclaire, le grand chef, et le guide, Arcas. Ah l'aurait pas fallu qu'il se ramasse, Arcas, en se prenant les pieds dans l'on n'sait quoi qui fait qu'des fois, patatras, on s'étale la carcasse.

  9. Parfois, je m'imagine que dans l'air circulent des yeux en bans invisibles, comme qui dirait des sardines sans corps, ni queue ni tête, rien que leurs yeux. C'est à ça, sot suis-je, que je songe en lisant ce vers de Racine : « Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans l'Aulide. »

  10. Et dans la nuit noire ils se regardèrent dans le blanc des yeux. Comme j'ai des champignons, je me ferais bien une omelette ce soir. Lors du second tour des présidentielles 2017, Macron a fait jouer « Magic System ». On aurait dû comprendre : ce type-là nous méprise.

  11. « Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ? » demande Arcas à Agamemnon. Un dieu peut-être murmurant dans la nuit, ou quelque bolide vrombissant dans l'espace, un aéronef furtif, un ivrogne qui siffle, un chien qui aboie, un gouvernement qui se dissout.

  12. « A peine un faible jour vous éclaire et me guide.
      
    Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans l'Aulide.
      
    Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?
      
    Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit ? »
    (Racine, Iphigénie, v.5-8 [Arcas])

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juillet 2020.

2 juillet 2020

CHRONIQUE DU 2 JUILLET 2020

CHRONIQUE DU 2 JUILLET 2020

 

 

  1. Entendu l'autre jour Hugues Aufray rendre hommage à Marc Fumaroli, qui fut un des rares à s'élever contre le nivellement culturel qui consiste à mettre sur le même plan les vulgarités du rap et la tradition classique, l'escroquerie de l'art conceptuel et Picasso (ou Rembrandt), le dernier Goncourt et Racine.

  2. Depuis que j'ai entendu à l'oral de contrôle une candidate raconter l'histoire du petit chaperon rouge sous prétexte qu'une collègue n'aurait fait étudier aucune œuvre pendant l'année (ce qui est faux, je connais la collègue en question), je trouve que la bienveillance a vraiment un large, très large dos.

  3. A force de maintenir la jeunesse dans un état de sujétion administrative en augmentant inutilement le nombre d'années d'études, vous verrez que la jeunesse va finir par nous égorger.

  4. Soirée du 25 juin 2020, au large de Dunkerque, de la digue, plusieurs personnes ont vu au loin, sur la mer, des formes rectangulaires sombres, assez imposantes, alignées semble-t-il, statiques et sans lumières apparentes. On m'a parlé d'un déplacement d'un objet plus petit vers une de ces masses. Qu'était-ce ? Exercices ? Manœuvres ? mise en place d'un dispositif spécifique ? Surveillance ? Patrouilles ? Transport industriel ?

  5. Silence des médias français sur l'impressionnante explosion qui a lieu dans la nuit du 25 au 26 juin 2020 en Iran et dont on a pu voir des images sur Twitter. Que s'est-il passé ? Il y a-t-il eu des victimes ? Quelle est l'ampleur des dégâts ?

  6. Le 2 juillet 2020, j'entends parler de troubles ethniques en Ethiopie. J'entends que le monde entier est en proie au trouble. Je pense au « déclin de l'empire américain ». Je pense qu'il vaudrait mieux pour le monde entier que Donald Trump ne soit pas réélu. Je grignote des p'tits Lu.

  7. Je me souviens d'un collègue me citant quelques exemples de sociétés multiculturelles apaisées. Dans ce monde d'après pire que celui d'avant, je souris. Je souris aigre. Les enseignants sont des rêveurs.

  8. « Le loup à l'estomac vide n'est pas l'ami du loup à l'estomac plein ». Evidemment, le multiculturalisme n'est pas à l'origine de tous nos problèmes mais en quoi est-il une solution ? Sur Twitter le nom de la ministre des Armées est cité. Parly deviendra-t-elle premier ministre ?

  9. Ce n'est pas seulement le Covid qui crée tant de troubles. En décimant, le virus souligne à quel point les humains sont trop nombreux et se gênent les uns les autres.

  10. Comme le terrorisme est la monnaie de la pièce du commerce mondial des armes, les pandémies sont le corollaire du surnombre et de la mondialisation.

  11. Le 2 juillet 2020, certains se mirent à rêver d'un premier ministre écologiste. Cela m'effraya. Je ne voyais pas un dispensateur de moraline diriger un gouvernement français. Je me refis un café en écoutant du piano à la radio. C'est beau, le piano.

  12. Ai pensé que Blanquer avait eu raison de supprimer cette année les épreuves ponctuelles du bac. Ai pensé que ceux qui dénonçaient l'injustice du bac 2020 étaient des hypocrites, le baccalauréat ne valant plus grand chose depuis longtemps déjà.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 2 juillet 2020

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2 juillet 2020

C'EST TOUJOURS QU'ON S'EN VA ET JAMAIS QU'ON REVIENDRA

C'EST TOUJOURS QU'ON S'EN VA ET JAMAIS QU'ON REVIENDRA

 

 

  1. J'aime bien comme ça erre dans les poèmes d'Apollinaire : « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule ». Cela fait longtemps que je n'ai pas mangé de moules. C'est le matin ; j'ai envie d'écrire ; me suis fait un café ; pour me délier l'esprit qu'encore on a vague du songe.

  2. « Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent » : cela fait plus d'un siècle maintenant que mugit cette image. Apollinaire est mort de la grippe espagnole. Un siècle après, les virus courent encore. Je mets dans mon café non pas de la gnôle, mais un chouïa de rhum.

  3. Je me dis tiens le mot autobus est ancien. Ancien, autobus ; aussi omnibus. « L'angoisse de l'amour te serre le gosier ». Dans « Louis enfant roi » de Roger Planchon, l'enfant Philippe demande à l'enfant Louis si les pieds qui puent de la petite servante aux grand pieds le fascinent.

  4. Zut me dit Tu vis « comme si tu ne devais jamais plus être aimé ». Zut cite Apollinaire mais l'angoisse de l'amour ne me serre plus le gosier. J'en suis content car c'est assez périlleux de se lier l'esprit à je ne sais quelle autant agiter Zut dans ma caboche et laisser son cœur dans sa poche.

  5. Et laisser son cœur dans sa poche avec son mouchoir par-dessus. C'est exactement le genre d'expression que je n'entends plus. Maintenant, les mouchoirs sont jetables, les amours aussi et les familles se recomposent. Petit, je disais « carnasse » pour « cartable ».

  6. « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
      
    Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
      
    L'angoisse de l'amour te serre le gosier
      
    Comme si tu ne devais jamais plus être aimé »
     
    (Apollinaire, « Zone »)

  7. On attend le remaniement. On dit que le premier ministre serait une femme. Elise m'a parlé d'un documentaire suisse intitulé « Les Dames ». J'entends le joli violon jazz à nostalgie du générique radiophonique du « Mystère de la Chambre jaune » et la jolie voix.

  8. J'aime bien comme ça erre dans les poèmes d'Apollinaire - « Je la surnommai Rosemonde » - et comme la langue évoque des mondes, « voulant pouvoir me rappeler », je me dis que cette Rosemonde recèle tous les désirs, tous les secrets de ce monde.

  9. Le narrateur voulant pouvoir se rappeler « sa bouche fleurie en Hollande » la surnomme Rosemonde. Ainsi nous surnommons et nos troubles portent noms de dieux et de déesses. Je me refais un café ; rien ne presse. Il est tôt et le monde n'a pas besoin de moi.

  10. Comme mots bien dits disent vrai autant qu'horreurs et mensonges, « puis lentement je m'en allai », que cela soit vite, trop vite, si vite, ou lentement, trop lentement, si lentement, c'est toujours qu'on s'en va et jamais qu'on reviendra.

  11. « Je la surnommai Rosemonde
      
    Voulant pouvoir me rappeler
      
    Sa bouche fleurie en Hollande
      
    Puis lentement je m'en allai
      
    Pour quêter la Rose du Monde »
    (Apollinaire, « Rosemonde »)

    Patrice Houzeau
    Malo, le 2 juillet 2020.

     

1 juillet 2020

CE QUI ME PASSE PAR LA TÊTE

CE QUI ME PASSE PAR LA TETE

 

  1. Ce qui me passe par la tête n'est pas comète dans l'espace. Baudelaire appelait cela « fusées » ; c'est juste du jus qu'on a dans l'citron qu'toute la journée, ça nous fait des bouts d'pensées, des analogies, des impressions qu'on croit qu'on pense qu'on fait juste que fonctionner du carafon.

  2. Ce qui me passe par la tête qu'il fait beau ; je bois de la limonade très fraîche ; aujourd'hui, c'est un second tour d'élections municipales. De toute façon, les gens râlent. Hier, j'ai acheté des tomates séchées. J'me sens un peu fatigué. Les gens votent peu. On s'fait cuire des œufs.

  3. En juin 2020, en France, il ne se passait guère de jours sans que, sous un prétexte ou un autre, des incidents éclatent entre l'une ou l'autre partie de la population et les forces de police. On commençait à douter de l'efficacité de certaines de nos institutions.

  4. En achetant chaussettes, short, tee-shirt, j'ai aussi acheté tomates séchées, saucisses sèches, choux, chicons, chorizo, chablis, mais pas de serpent sifflant sur vos têtes ; je n'en avais nul besoin.

  5. Je n'aurais jamais pensé entendre cette phrase un jour d'élections municipales : « Masque obligatoire et gel hydroalcoolique partout dans les bureaux de vote ».

  6. Ce matin, j'ai lavé du linge. Dans le ciel, on sait bien qu'il n'y a pas d'anges. Quand je pense aux anges, je pense aux oranges. Je les aime sucrées. Chacun d'entre nous pense à sa liberté, et se demande à quel point elle pourrait être menacée.

  7. J'aime beaucoup le poème « Nuit rhénane » d'Apollinaire ; je le savais par cœur jadis, même quand je buvais trop de bière. « Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme ». Défois on s'fascine pour quelque femme. Plus tard, on trouve ça sot, sot, sot, si sot.

  8. Jadis, je savais quelques poèmes par cœur, comme on sait aussi des chansons : « Ecoutez la chanson lente d'un batelier » ; j'avais l'impression d'en avoir l'esprit délié ; ça ne m'empêchait pas d'être aussi bête que les pieds de n'importe qui.

  9. « Ecoutez la chanson lente d'un batelier / Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes », c'est de l'Apollinaire. Ce qui me fait penser au limonaire ; les rues en étaient jadis, dit-on, acidulées. De mon frigidaire, je sors de la limonade et songe par dedans moi Pourquoi sept ?

  10. Les femmes de la Nuit rhénane d'Apollinaire tordent « leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ». Défois vif, défois très niais qu'on est. Sont-ce des sorcières ? Des vouivres aux yeux verts qui glissent dans les rivières et aimantent les jeunes gens ?

  11. « Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
      
    Ecoutez la chanson d'un batelier
      
    Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
      
    Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds »
      
    (Apollinaire, « Nuit rhénane »)

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

 

1 juillet 2020

LA POLITIQUE EST UNE PASSION THEATRALE

LA POLITIQUE EST UNE PASSION THEATRALE

 

 

  1. Je crois que l'un des symptômes de notre relativisme actuel, qui masque assez imparfaitement un scepticisme généralisé, est dans notre manière de plus en plus fautive de maîtriser la concordance des temps.

  2. « les sociétés ne laissèrent pas de distinguer leurs territoires par des bornes qu'elles plantèrent, et de faire des lois pour régler les propriétés de chaque membre de la société »
    (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)

  3. En réglant « les propriétés de chaque membre de la société », l'Etat reconnaît des titres aux individus, les met en concurrence ou en nécessité d'alliances, et donc de commerce, et les tire de l'anonymat de la communauté.

  4. Sur France Culture (le 1/07/2020) : En 1940, la veuve du général Mangin aurait attendu à l'Hôtel du Parc que Pétain passât devant elle et frappant alors le sol de sa canne se serait exclamée : « N'y a-t-il aucun homme en France pour arrêter ce traître ? »

  5. Au même titre que l'enseignement, l'ordre est un art qui demande proximité, renseignements, compréhension des faits sociétaux, anticipation, finesse d'analyse. La technique seule ne suffit pas, qui finit par faire accroire à certains que beaucoup leur serait pardonné.

  6. Nous ne spécialisons plus assez en France, et surtout plus assez tôt. Résultat : les savoirs, y compris certains savoir-faire, s'émiettent, se dispersent, se dévaluent, et d'étranges consultants prennent la place des experts.

  7. Ai lu quelque part sur Internet : « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif. » Jolie phrase de communicant mais qui, à y réfléchir, ne veut pas dire grand chose, et est même assez grotesque. L'école apprend aussi à vivre avec les autres.

  8. « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif. » Ouiche. On aurait pu tout aussi bien écrire : L'enseignement en présentiel met l'enseignant au cœur du dispositif ; le retour de l'estrade, (ou son retrait) met l'enseignant au cœur du ; le port de la cravate (ou du tailleur) met machin/machine au cœur du truc, et scoubidou et scoubida.

  9. « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif » : Non, l'enseignement à distance oblige l'enseignant à se plier à un dispositif, à la sollicitation permanente, à la communication purement fonctionnelle, à la sédentarité, à la solitude.

  10. Il disait assumer un pouvoir jupitérien ; il se croyait maître des horloges. Qu'avons-nous maintenant ? Un président à majorité fictive qui se verdit pour sauver les meubles et donne l'impression de ne plus pouvoir rien faire sans que l'Allemagne et la BCE ne donnent leur accord.

  11. La politique est une passion théâtrale. Une fascination du polichinelle. Et comme dans les drames antiques, le politique pris par l'hybris est voué à la perte.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

1 juillet 2020

DIABOLUS EX MACHINA

DIABOLUS EX MACHINA

 

 

  1. « A quoi donc est-ce que je crois, lorsque je crois à une âme dans l'homme ? » (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques » 422)

  2. Il fallait bien doter l'être humain d'une âme afin de l'autoriser à se reproduire, à se multiplier, à pulluler en toute conscience.

  3. Plus les humains sont nombreux, plus ils ont besoin d'être administrés, afin, bien entendu, que l'idée d'humanité restât plausible.

  4. En réponse au volontarisme combatif d'Achille, cette réplique d'Iphigénie, devise pour l'humanité, blason, tombeau :
    « Je le sais bien, Seigneur : aussi tout mon espoir
      
    N'est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir. »
      
    (Racine, « Iphigénie », v.1531-32)

  5. Tout le mois de juin 2020, l'idée que d'ici une poignée de semaines, le Covid reviendrait nous décimer, fit son chemin en France. De 1945 à la fin du XXème siècle, nous avons vécu avec l'épée de Damoclès de la guerre atomique ; le XXIème innovait dans la pandémie virale à répétition.

  6. La surpopulation aiguise peu à peu nos consciences de telle sorte que nos âmes finiront par avoir une forme de couteau.

  7. L'humanité est un spectacle toujours varié et renouvelé, avec son diabolus ex machina infernale derrière le rideau.

  8. Je suppose que je ne suis pas le seul à penser avoir été toute sa vie dans l'à-peu-près et l'amateurisme, sauf dans l'écriture, laquelle fait parfois assez mal au dos.

  9. M'aurait-on menti ? La vie ne serait-elle donc pas si merveilleuse, ni l'avenir si radieux ?

  10. Je ne peux pas m'empêcher de faire des phrases. C'est ainsi que je me justifie à mes propres yeux tout en participant avec joie à la nécessaire entreprise du scepticisme.

  11. Les politiques français auront bon tenté de se dédouaner en arguant des mérites de leur administration, il est tout de même que, faute de moyens suffisants, bien des gens sont morts qui n'auraient pas dû ainsi mourir et bien des entreprises périssent d'incurie ministérielle.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

25 juin 2020

DEVANT NOUS TOUS

DEVANT NOUS TOUS

 

 

  1. « Dirai-je qu'il signifie quelque chose « se trouvant devant nous tous » et que chacun pourrait, outre ce mot, en avoir un autre pour rendre sa propre sensation du rouge ? »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 273)

  2. Aurions-nous, outre les mots que nous avons tous en commun, des noms secrets, et enfouis dans nos subconscients, pour désigner les êtres qui nous entourent ?

  3. Le mot « rouge » est assez riche de connotations pour qu'il puisse ne jamais tout à fait signifier la même chose pour bon nombre d'individus.

  4. Paraphrasant Wittgenstein, je puis écrire que le mot « dieu » signifie quelque chose nous concernant tous et que chacun pourrait, outre ce mot, en avoir un autre pour exprimer sa propre croyance en dieu.

  5. Le mot « dragon » désigne quelque chose qui semble échapper à la quotidienneté et le dragon est un être imaginaire. La table sur laquelle j'écris chaque jour est un étant. Il semble qu'il y aurait hyperbole à parler de l'être de la table. Et pourtant, les tables, lorsque nous les faisons tourner, c'est parce que, soudainement, les voilà visitées par des esprits.

  6. La croyance aux fantômes et aux poltergeists serait-elle une manière de conférer une dignité d'être aux choses ? De même le fétichisme, la collection, le bon goût, la fascination esthétique. Au fond, tout n'étant que matière vouée au néant, la valeur qu'on donne aux choses n'est jamais qu'une manière d'être humain.

  7. « Hélas ! Je me consume en impuissants efforts,
    Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors.
    Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ? »
    (Racine, « Iphigénie », v.1671-73 [Clytemnestre])

  8. Telle Clytemnestre, l'âme humaine se « consume en impuissants efforts », et ne sort d'une crise que pour rentrer dans une autre ; la voilà vouée à se demander combien de fois elle mourra avant de définitivement disparaître dans la nuit des espèces disparues.

  9. J'aime bien le clip réalisé par Tom Haines pour illustrer la chanson « I'm Not Your Dog », de Baxter Dury, le matin bleu d'une digue avec palmiers, quelques voitures passant dans l'arrière flou, immeubles et électricité lumineuse, et l'individu blessé.

  10. Il y a toujours un chien pour se souvenir que vous en êtes un autre.

  11. et l'individu blessé, seul, un os que chiperait un chien, et qui va vers la mer.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2020.

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