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BREFS ET AUTRES

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19 décembre 2022

COMMENT ÇA BARJAC C'EST CHANTECOQ ?

COMMENT ÇA BARJAC C'EST CHANTECOQ ?

Notes et amusettes sur les chapitre 4, 5, 6 du "Belphégor" de Arthur Bernède

1.
« Et, d'un ton mystérieux, il ajouta :
- Ici, les bosquets pourraient bien avoir des oreilles... »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 4, [Barjac])

Bernède, « Belphégor », «Le restaurant des Glycines », Simone et Jacques mangent du caviar (c'est pas la cantoche hein).

Deuxième apparition de la Parisienne. « Quenelles de brochet au bourgogne » (le genre de truc dont je ne me doute pas et que je ne mangerai probablement jamais). 

Simone remet « l'affaire du Louvre » sur le tapis. Un « coup d’œil rapide et quelque peu étrange ». Jacques est distrait. Simone boude. Simone entame une scène. Simone s'en va.

« On demande M. Claude Barjac au téléphone ». Jacques, « distrait et renfrogné », finit tout de même ses quenelles (il a bien raison). « C'est pour ce soir ! ». Dans quelques jours, je mangerai du boudin blanc.

Bellegarde va-t-il rompre et briser le cœur de la théâtrale Simone ? Jacques s'interroge sur l'identité de la Parisienne, laquelle « croquait, de ses jolies dents, de belles crevettes roses » (comme tout est beau et joli, dis ; c'est à ça qu'on voit que l'on est dans un roman).

2.
«  - Père... fit-elle... je ne voudrais pas qu'il arrivât malheur à M. Bellegarde. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 5, [Colette])

Bernède, « Belphégor ». « Où l'on assiste à des faits troublants ». Les portes de la salle des Dieux barbares sont « hermétiquement closes ». Le public voudrait bien, mais ne peut point. Un « mystère impénétrable ».

Déduction de Ménardier. « Un complice dans la place » et un adversaire peu commun. Projet d’exploration nocturne. Jacques Bellegarde lui aussi voudrait bien savoir. Et moi donc, mais c'est parce que j'aime bien les histoires à énigmes.

Une rencontre inattendue. La « charmante Parisienne ». Le courant passe. Jacques évoque les fantômes. Colette n'y croit « guère ». Il y a tout de même des choses qui hein (les pas dans l'escalier de la maison d'Hondeghem, avec personne dans l'escalier ; les pas dans le couloir de la maison d'Hondeghem, avec personne dans le couloir ; le signe que quelqu'un lui fit du bureau de la maison d'Hondeghem, avec personne dans le bureau).

Et puis, il y a Emile Tizané. A-t-il existé, Emile Tizané ? Et si tout ça était une astuce pour nous faire croire qu'il y eut un gendarme spécialisé dans les affaires de hantise, pour que l'on s'aperçoive qu'il n'y a jamais eu de gendarme spécialisé dans les affaires de hantise, et que donc l'on en conclue que les phénomènes de hantise, ça n’existe pas.

Sur France Culture, l'autre jour, le témoignage de quelqu'un qui a loué une maison qu'on disait hantée (coups et rire sarcastique) et puis, la personne l'a explorée un peu, la vieille maison (elle datait de 1810 je crois, 1810 ou 1910 ?) et y a découvert une pièce inusitée fréquentée par divers oiseaux et l'ironie d'un corbeau.

Revenons au fantôme du Louvre. Les musées sont-ils faits pour les revenants ? Mona Lisa a-t-elle été peinte pour fasciner les spectres ? Les spectres s'intéressent-ils à la peinture ? Le Fantôme du Louvre est-il, est-elle, est-on sûr qu'il, qu'elle ne soit pas le fantôme d'un historien d'art ?

Colette dessine. Papa Barjac s'inquiète. Le gardien vend la mèche. Jacques passera la nuit au musée. Colette l'aime bien ; papa Barjac aussi. Moi, j'aime bien le coq au vin, mais Belphégor n'en donne pas la recette.

3.
« - Quel malheur ! murmurait-il, mon vieux Belphégor, toi qui écris si bien, que tu ne puisses pas parler !... Car tu dois en savoir long... très long même... sur l'affaire qui nous occupe. »
(Arthur Bernède, « Belphégor » 1ère partie, chapitre 6 [Bellegarde])

Bernède, « Belphégor ». « Où grandit le mystère ». L'ombre dans la « grande cour ». Un rendez-vous nocturne. Dans la galerie. « Chez les « Dieux barbares ». Sur ses gardes, Bellegarde s'est muni d'un browning.

La lumière est-elle un symbole ? Bellegarde s'adressera cette nuit à Belphégor. Une anecdote « rigoureusement authentique » dit l'auteur, mais moi j'en sais rien, de la statue de la cathédrale de Dol en Bretagne qui contenait un trésor.

Cette nuit Bellegarde inspectera Belphégor. Apparition du Fantôme avec ses yeux (sinon i verrait rien).

Suaire noir, capuchon noir,
V'là Belphégor,
Suaire noir, capuchon noir,
V'la Belphégor qui rôde encore,
Avec ses yeux qui phosphorent
Avec ses yeux qui phosphorent
Avec ses yeux qui phosphorent
Fort !

Prends garde, Bellegarde ! Un nouveau « bond prodigieux ». Intervention de Barjac. Où Arthur Bernède, pour notre plus grand plaisir, n'hésite pas à employer les lieux communs les plus épatamment désuets. Pan ! Pan ! Pan ! Disparition du Fantôme.

Le Fantôme fait comme tout le monde, il prend l'escalier et n'y croise point la concierge. Un peu de casse-tête. Bellegarde, Barjac, Ménardier « et ses hommes ». Quel monde au musée ! Cette nuit du Fantôme est un véritable succès !

Troisième « bond prodigieux » (à mon avis, Arthur Bernède écrivait vite, et se relisait encore plus vite). Disparition définitive du chapitre 6. Ménardier suspecte Jacques. « barbe postiche », « perruque ». Comment ça, Barjac, c'est Chantecoq ? (quel nom à coucher avec les poules, dis).

Patrice Houzeau
Malo, le 19 décembre 2022.

 

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19 décembre 2022

INQUIETUDES A L'EST

INQUIETUDES A L'EST

1.
Je suis certain que l'humanité finira par se débarrasser de l'archaïsme poutinien. Moins certain que Volodymyr Zelensky puisse retourner à une vie normale après la victoire. Les Ukrainiens le solliciteront peut-être pour un nouveau mandat. En tout état de cause, Volodymyr Zelensky est la preuve que c'est dans des circonstances exceptionnelles que se révèlent des personnalités exceptionnelles.

2.
Décembre 2022. Le fil « Rebecca Rambar » se fait l’écho d’une nouvelle mort mystérieuse d’un oligarque russe (Dmitriy Zelenov), et cette fois-ci sur le sol français (Antibes). Qui règle ses comptes avec qui ? Bien entendu, il peut s’agir aussi d’une mort « naturelle ».

Certaines sources affirment que Zelenov souffrait de troubles cardiaques et qu’il avait perdu « la majeure partie de sa fortune » lors du krach boursier de 2008. D’autres disent que Zelenov était opposé à la sale guerre de Poutine en Ukraine. Va savoir, Edgar !

3.
Paraît que Poutine va se rendre le lundi 19 décembre 2022 en Biélorussie rencontrer Lukachenko. La Biélorussie entrera-t-elle en fin de compte dans le conflit russo-ukrainien ? Ou Lukachenko trouvera-t-il un moyen d’éviter de rentrer dans une guerre qu’il sait perdue ?

4.
Ah tiens, des militaires de plusieurs pays de l’OTAN chantent très bien le très beau Shchedryk (« Carol of the Bells »). Quant aux chœurs de l’armée russe, ils font de la mauvaise musique pop et chantent les louanges du missile Sarmat en menaçant l’Occident d’apocalypse. Pouah.

5.
Paraît que Pap Ndiaye « s’engage à l’amélioration du niveau d’anglais des élèves à la fin du collège. ». Il s’engage beaucoup, le ministre, beaucoup et, à vrai dire, ça ressemble de plus en plus à pipeau et langue de bois, ce qu’il raconte, le ministre.

6.
Il semble que, suite aux scandales récents qui ont touché le secteur controversé des cryptomonnaies, de nombreux états réfléchissent à un encadrement plus strict du marché des monnaies numériques. Bientôt la fin du far-west, du cirque, fraudes et lessiveuses ?

7.
Intéressant entretien de l'économiste Sergueï Alexachenko publié sur le site du Courrier International (originellement pour le quotidien tchèque « Denik N »), où je lis cette phrase qui laisse songeur à propos de la façon dont Poutine perçoit les difficultés de l'économie russe :

« En outre, les ministres de l'industrie et de l'économie ont très bien appris à lui expliquer : « Oui, Vladimir Vladimirovitch, nous avons identifié le problème, nous allons maintenant élaborer un plan en 72 points, mettre en œuvre les moyens financiers nécessaires, et le problème sera résolu dans trois ans »...

8.
Soit le propagandiste de la télé russe Vladimir Soloviev pense réellement ce qu'il dit, et alors c'est un fou, ou bien il raconte sciemment des conneries, et alors c'est un salaud. Dans tous les cas, si Poutine chute (ce qui pourrait arriver), ce sinistre clown est mal barré.

9.
18 décembre 2022. Il semble que la Chine connaisse un retour très violent de l'épidémie de Covid, laquelle entraînerait dans certaines régions une pénurie de médicaments. Inquiétant.

10.
19 décembre 2022. 15 heures 22. Baisse très nette du rouble face à l'euro. 1 euro = 70,41 roubles. 1 rouble = 0,014 euro. Forte baisse de l'indice boursier RTSI : - 3,43%. En Russie, les nouvelles ne doivent pas être très bonnes.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 décembre 2022.

18 décembre 2022

APPARITION DISPARITION VERIFICATIONS

APPARITION DISPARITION VERIFICATIONS

Notes et amusettes sur les trois premiers chapitres de la 1ère partie de « Belphégor », de Arthur Bernède (1871-1837).

« Et il désigna le socle de la statue de Belphégor, dieu des Moabites, dont le masque grimaçant, déconcertant, énigmatique, semblait contempler en ricanant les humains qui l’entouraient. »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chap. 1)

1.
Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 1. « La salle des Dieux barbares ». Comment ça, un « fantôme au Louvre » ? L’un y croit, l’autre en rit. Un témoin, qui ne boit ni n’hallucine. Sans yeux pour les voir, pas de spectre. L’autre monde est dans nos yeux.

Apparition. Près de la statue de Belphégor, une forme en noir, « suaire noir », « capuchon noir »,

Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor,
Suaire noir, capuchon noir,
V’là Belphégor qui rôde encore.

Le fantôme fait un « bond prodigieux ». Disparition. Où est-il passé ? Le gardien Gautrais est perplexe.

Vérifications. Des « traces suspectes ». Le cambrioleur impossible. La police rend-t-elle les fantômes timides ? Sabarat le téméraire. La « statue renversée ». Un mort en ce décor d’opéra fantastique. « - Le fantôme !... Le fantôme !... ».

Sans yeux pour les voir, pas de spectre. Et sans spectre, pas de spectacle ni d’histoire de fantôme. Les films que nous dévorons sont faits de ces revenants. Une manière d’être du temps. L’être du temps joue-t-il la comédie ?

2.
« - Belphégor ! fit Jacques, surpris… Ah çà ! Qu’est-ce que cela signifie ? »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chap. 2)

Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 2. « Jacques Bellegarde ». Un nom d’escrimeur. Et alors la reine Tomiris affronta la féroce chimère de ses cauchemars (je tire ça du film épique avec batailles à dada, lances, flèches, boucliers, empires et trahisons « Tomiris » (2019) du réalisateur kazakh Akan Satayev). Je sais, ça n’a rien à voir avec « Belphégor » ; je sais, et je m’en fiche.

Portrait du héros. « presque célèbre ». « parler peu ; agir beaucoup, penser davantage ». Est-ce une devise ? Comme nom, « Jacques Bellegarde », c’est moins amusant que « Joseph Rouletabille ».

« Amer menthe ». Ah tiens, en 1927, Arthur Bernède emploie le mot « informateurs » pour désigner les journalistes. De toute façon, l’inspecteur Ménardier n’a rien à leur dire.

Un marcheur. Résumé des évènements. Première apparition de la charmante Parisienne. Un fantôme ou un voleur ? Bellegarde dragouille et s’interloque. Défois, on est plus connu qu’on croit.

Bellegarde rationalise et reçoit un « étrange message ». Un avertissement de Belphégor. Puisque que certains écrivains fantômes hantent les librairies, pourquoi Belphégor n’écrirait-il pas ? Défois, on est plus surveillé qu’on croit.

Simone l’appelle « mon chéri » ; Bellegarde l’appelle « mon petit ». Jacques Bellegarde relève le gant. Le Covid est-il de retour ? Poutine-aux-fantômes continue sa sale guerre en Ukraine.

3.
« - Faut-il qu’il en ait du courage, M. Jacques, pour passer la journée avec cette raseuse et la nuit dans la salle des Dieux barbares ! »
(Arthur Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chap. 3)

Bernède, « Belphégor », 1ère partie, chapitre 3. « Simone Desroches ». Mondanités excentriques. Le snob selon Arthur Bernède : quelqu’un qui est « toujours prêt à s’enthousiasmer de ce qui ennuie les uns, et à déclarer « infect » ce qui plaît aux autres ».

Une « fée shakespearienne » en « péplum blanc ». Fantôme en noir, fée en blanc. La fée déclame des vers ridicules. Une éducation imparfaite peut vous rendre exagérément romanesque.

Beaucoup de sous ; donc, des courtisans, et l’influence d’Elsa Bergen. Simone en pince pour Jacques. Un feu de paille. Elle est riche ; il « n’a que son talent ». Chantage affectif. Jacques est bien embêté.

Bernède évoque un certain « baron Papillon » ; cocasse. Maurice et Elsa n’apprécient guère le couple Jacques-Simone. Jacques part ; Simone pleure ; le pianiste joue et comme il virtuose dans la modernité à dissonances, ça souligne l’émotivité à fleur de peau de l’amoureuse.

Le monde est petit. Marie-Jeanne lit le journal. Jacques Bellegarde veut passer la nuit au Louvre. Arrivée de Simone, porteuse d’un nouvel avertissement de Belphégor. Le fantôme a l’œil américain. Bellegarde n’y croit pas et spécule. Simone s’alarme ; Jacques la rassure ; Simone va au restaurant ; Jacques aussi. La semaine prochaine, c’est Noël. Le traditionnel « Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté », on y croit de moins en moins.

Patrice Houzeau
Malo, le 18 décembre 2022.

17 décembre 2022

UN OS DIS LA FILLE DE MINOS ET DE PASIPHAE RIS PAS OH

UN OS DIS LA FILLE DE MINOS ET DE PASIPHAE RIS PAS OH

Notes et amusettes sur les vers 1 à 36 de « Phèdre », de Racine.

1.

Hippolyte quitte Trézène. Honte de lui-même, Hippolyte. Un « doute mortel » et des dentales pour rythmer. Où est passé son royal daron ? Où est passé le roi d'Athènes ? Où est passée « une tête si chère » ? Faudrait peut-être le savoir, - c'est la « tête », c'est donc capital -, pis quand faut y aller, faut y aller ; ce qui a permis à Racine de composer les sept premiers alexandrins de son « Phèdre » :

« Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène,

Et quitte le séjour de l'aimable Trézène,

Dans le doute mortel dont je suis agité

Je commence à rougir de mon oisiveté.

Depuis plus d'un six mois éloigné de mon père

J'ignore le destin d'une tête si chère.

J'ignore jusqu’aux lieux qui le peuvent cacher. »

(Racine, « Phèdre », I,1, v.1-7 [Hippolyte])

2.

Théramène s'interroge. Où chercher, dans quel état errer, car si dans cet état j'erre, et que ne le trouve point dans cet état, pis que dans cet état, de guerre lasse, je déprime, alors hein. Théramène a beaucoup cherché, et en courant encore ! Dans la mer Egée et la Ionienne, il est allé, ah oui, puis jusqu’aux abords de la demeure des morts ; ailleurs aussi qu'il a poussé ses aléas. Thésée veut-il qu'on lui fiche une paix royale ? « Qui sait même, qui sait » ?

Qui sait même, qui sait si encore je t'aime

Ou si je préfère, ah, oui ! la tarte à la crème

Avec des abricots ? Qui sait même, qui sait

Où qu'elle est où donc hein la deuxième chaussette

Et si j'aime mieux le tambour à la trompette ?

J'te demande Qui c'est-y qui sait ? Hein ? Qui sait ?

Car, si ça se trouve, il prend du bon temps, Thésée.

 

« Et dans quels lieux, Seigneur, l'allez-vous donc chercher ?

Déjà pour satisfaire à votre juste crainte,

J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe.

J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords

Où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts.

J'ai visité l'Elide, et laissant le Ténare,

Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare.

Sur quel espoir nouveau, dans quels heureux climats

Croyez-vous découvrir la trace de ses pas ?

Qui sait même, qui sait si le roi votre père

Veut que de son absence on sache le mystère ?

Et si lorsque avec vous nous tremblons pour ses jours,

Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours,

Ce héros n'attend point qu'une amante abusée... »

(Racine, « Phèdre », I,1, v.8-21 [Théramène])

3.

Respect à Thésée. Thésée n'est plus le déluré qu'il fut. Phèdre (c'est sa légitime) n'est point cocue. Hippolyte tient à l'honneur de la famille (c'est qu'on n'est pas chez Molière) . Hippolyte « n'ose plus voir ». Déni, ou, au contraire, lucidité et discrétion ? Où ai-je lu que René Char se référait souvent à l'art racinien ? Il est vrai qu'avec des formules comme « Ce héros n'attend point qu'une amante abusée... » ou « Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale », on peut faire dans le genre : Il n'attend ni l'amante abusée, ni l’équarrisseur fourmillant. Il sait depuis l'éclat de l'aube, prendre la pointe pour fixer de ses vœux la fatalité aux allures d'inconstante, et si c'est du riz, alors j'aime ça.

« Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.

De ses jeunes erreurs désormais revenu,

Par un indigne obstacle il n'est point retenu.

Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale,

Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale.

Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,

Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir. »

(Racine, « Phèdre », I,1, v. 22-28 [Hippolyte])

4.

Théramène s'interroge encore (c'est un spéculatif s't'homme-là). Hippolyte fuit-il le bonheur avant qu'il ne finisse la salade de fruits ? Théramène, perspicace, subodore du « péril » ou « plutôt » du « chagrin » (il est psychologue, s't'homme-là).

« Hé depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence

De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,

Et dont je vous ai vu préférer le séjour

Au tumulte pompeux d'Athènes, de la cour ?

Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ? »

(Racine, « Phèdre », I,1, v.29-33 [Théramène])

5.

Hippolyte ne prononce pas le nom de celle dont la présence a « changé la face » de tout, et, à la place, balance une périphrase qui vaut son pesant de fatalité.

« Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face

Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé

La fille de Minos et de Pasiphaé. »

(Racine, « Phèdre », I,1, v. 34-36 [Hippolyte])

Patrice Houzeau

Malo, le 17 décembre 2022.

16 décembre 2022

L'HIVER FIXANT LE FRONT RUSSO-UKRAINIEN

L'HIVER FIXANT LE FRONT RUSSO-UKRAINIEN

1.

15.12.2022. La Douma russe (ou chambre basse, si basse qu'elle ramasse les savonnettes pour Poutine et ses sbires) aurait voté en première lecture une loi dépénalisant les crimes commis en Ukraine dans les régions de Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporijia durant « l'opération spéciale » (la sale guerre de Poutine en Ukraine) « si l'objectif était de protéger les intérêts de la Russie ». Hypocrisie qui laisse les mains libres à tous les tortionnaires et bouchers de l'armée russe, aux mercenaires de Prigojine et aux Tchétchènes de Kadyrov.

2.

Quand je réfléchis à l'avenir de Poutine, je ne vois pas comment il pourrait se tirer du bourbier dans lequel il s'est engagé. Peut-être en abandonnant soudainement le pouvoir « pour raisons de santé ». Reste à savoir par qui il pourrait être remplacé.

3.

Je pense que les pro-Poutine affichés (Thierry Mariani and co) sont rassurés de voir que le rouble continue de baisser face à l'euro. Je ne pense pas en effet qu'ils aient été, malgré leur grand amour pour Poutine, assez sots pour convertir une partie de leurs économies en roubles.

4.

16 décembre 2022 (9 heures 27) le rouble continue de se déprécier face à l'euro. 1 euro = 68, 86 roubles. A l'ouverture de la Bourse de Moscou, après un très léger rebond, les indices boursiers russes semblent s'orienter à la baisse.

A la clôture, les indices boursiers russe étaient en hausse, sauf RTSI (- 0,32%).

5.

Une fois Poutine vaincu, on peut parier que s'il est remplacé par quelqu'un de plus rationnel, des négociations en coulisses commenceront entre l'Occident et la Russie, sur fond tout de même de méfiance réciproque. Comme au temps de la guerre froide, des accords seront passés et des contrats seront signés afin que l'économie mondiale ne s'effondre pas. Le tout est de se débarrasser de l'archaïsme poutinien.

6.

16.12.2022. Après avoir récemment effectué un audit sur les activités de Binance, le cabinet Mazars (audit, expertise comptable, fiscalité, conseil aux entreprises) prend ses distances avec le secteur controversé des cryptomonnaies et ne travaillera plus avec Binance. ?????????

7.

Après l'annonce par les Etats-Unis de sanctions visant Vladimir Potanine, le propriétaire de Rosbank, la banque russe a décidé de suspendre ses opérations en dollars, euros et dirhams. Vont travailler avec quoi ? roubles, roupies, yuans ? Le marché noir des devises est-il de retour ?

8.

Etant donnée la proximité de plus en plus nette entre l'Iran des mollahs (je n'ai même pas de mots pour désigner ces malfaisances à turban) et la Poutinie, une défaite de Poutine serait aussi une gifle infligée à la théocratie bestiale de Khamenei et consorts.

9.

Si je comprends bien :

a) L'hiver, empêchant des mouvements de troupes de grande ampleur, fixe le front russo-ukrainien.

b) L'Etat-major russe (Sourovikine) poursuit sa stratégie de bombardement des infrastructures ukrainiennes, prépare une large offensive qui sera déclenchée dès que les conditions météorologiques le permettront. La Biélorussie (Lukachenko) y participera-t-elle ?

c) La Russie poursuit sa guerre idéologico-économique contre l'Occident, en tablant sur l'aggravation de la crise énergétique, des troubles qu'elle pourrait susciter en Europe (ce n'est pas gagné, l'image de Poutine s'étant singulièrement ternie, et ses réseaux d'influence étant surveillés de près), en tablant aussi sur la lassitude des populations, et en continuant de mettre main basse, via Wagner (Prigojine), sur un grand nombre de pays africains.

d) L'Occident table sur une aggravation de la situation économique de la Russie (faiblesse du rouble et des investissements, coût de plus en plus lourd en hommes et en matériel de l'effort de guerre) en accentuant la pression par des sanctions de plus en plus ciblées et techniquement affinées et travaille à une diplomatie d'isolement de Poutine en s'assurant la neutralité de fait de la Chine, de l'Inde et plus généralement de tous les pays qui pourraient être tentés par un soutien actif à la Russie. Quid de l'Iran (Khamenei), qui pourrait basculer à tout moment dans une guerre civile ?

e) En ce qui concerne la belligérance numérique, l'Occident se dote des moyens de contrecarrer les cyberattaques, de déjouer les tentatives de contrôler une partie du marché des cryptomonnaies, et surveille réseaux sociaux et dark web : d'où sans doute la disparition d'ici quelques semaines d'un certain nombre d'activités plus ou moins troubles autour des cryptos et la censure d'un certain nombre de médias pro-russes.

f) Mais c'est surtout par l'apport d'équipements et d'armements de plus en plus efficaces et performants que l'Occident aidera l'Ukraine à vaincre l'ennemi russe. C'est peut-être lorsque Poutine tentera une nouvelle fois de conquérir l'Ukraine, que la puissance de l'OTAN et de la Triade réduira à néant les projets du dictateur russe. A moins que d'ici là, Poutine perde la main et le pouvoir.

Patrice Houzeau

Malo, le 16 décembre 2022.

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16 décembre 2022

UN MONSTRE DELICAT AH C'EST BIEN VRAI ÇA

UN MONSTRE DELICAT AH C'EST BIEN VRAI ÇA

Notes sur le poème « Au lecteur » de Baudelaire.

1.

Dans « Au Lecteur », qui ouvre le recueil « Les Fleurs du Mal », Baudelaire commence par dire ses quatre vérités à l'humain que nous sommes :

« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine. »

(Baudelaire, « Au Lecteur »)

Bien sots nous sommes. Bien dans la gourance. Le mal, et pas généreux. Tout ça à brouiller nos cervelles, à agiter nos corps comme on s'agite, pantins. Pis, nos sacs à remords, comme on les gonfle ! Ils en grouilleraient comme la « vermine » sur les « mendiants » ou la soldatesque russe sur le corps de l'Ukraine.

2.

Dans la deuxième strophe, entêtés nous sommes, ne nous repentant que contraints, et avec bien du temps et des ratiocinations. Pis tout « bourbeux des « chemins » (ah est-ce ainsi que les hommes vivent ? Pouah : dégoûtation!). Cupides, nous versons des larmes de crocodiles.

« Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

3.

Le narrateur baudelairien ne fait pas dans l'éloge de l'humain. Non. Ah non alors. Comparaison du « mal » avec un « oreiller » et évocation de « Satan » qu'il précise « Trismégiste », car il serait en fait Hermès, et même en fait Thot, et même en fait et si ça se trouve, « An Ancient Astronaut », vu que Trismégiste, il est plus Hermès, et donc plus Thot, que The Big Cornu.

« Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

4.

Serions-nous les fantoches à ficelles du Diable ? Eh bin, faut pas être dégoûté. On descend plus qu'on ne monte. Défois, quand on fréquente l'humain, trop humain, faudrait se boucher le nez. Napoléon, dit-on, en plus qu'il a quand même fait massacrer un tas de pauvres gens, avait peu d'hygiène. Ça n'empêche d'ailleurs ni son génie militaire, ni son talent de réformateur.

« C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

5.

Il est question ensuite d'une « antique catin », ce qui pousse à l'allitération macabre : L'antique catin, à cause d'une sclérose en plaques, décline, et comme l'antique catin est aussi alcoolique, elle décline d'autant plus vite. D'autres antiques catins ont des coliques néphrétiques ; d'autres collapsent en psychiatrie ; d'autres, hydropiques, hémiplégiques, paralytiques ; d'autres, confinées dans des appartements glacés, claquent seules et malodorantes.

Pis qui c'est-y qui s'tape un « plaisir clandestin » ? Et pour qui qu'elle est, la « vieille orange » ?

« Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange

Le sein martyrisé d'une antique catin,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

6.

Du démon dans nos têtes façon vers grouillants (les « helminthes ») et « la Mort dans nos poumons » (les méfaits du tabac ? de la pollution ?). Nous sommes victimes d'un « fleuve invisible » (ah tiens, revoilà le covid). « De sourdes plaintes » : celles des possédés ?

« Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,

Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes. »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

7.

Qu'tout ça ne finisse pas en guerre civile et en épouvante à massacres semble étonner le narrateur, c'est qu'en son 19ème siècle, il ne pouvait pas se douter des horreurs qui allaient agiter le siècle 20 ; le 21, avec Poutine et sa sale guerre en Ukraine, commençant itou de manière pas mal sanglante.

« Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,

N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie. »

(Baudelaire, "Au lecteur")

8.

Evocation d'un tas de bestiaux bruyants et féroces. Une vraie ménagerie de delirium tremens. C'est bête, nous ne sommes que des bêtes.

« Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,

Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,

les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices, »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

9.

Le narrateur annonce que le pire est dans la dernière strophe. Une arme de destruction massive. L'humanité tiendrait-elle au « bâillement » d'un dieu lassé ?

« Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,

Il ferait volontiers de la terre un débris

Et dans un bâillement avalerait le monde ; »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

10.

« L'Ennui » fume « son houka » (une « sorte de narguilé » nous renseigne une note) - l'Ennui est snob – et, tel un psychopathe ordinaire ou un citoyen contrarié, a des songes de sang. On croit qu'il pleure, mais en fait il s'en fout. Le lecteur est le frère « hypocrite » de l'auteur, mais, à mon avis, sa sœur bat le beurre. Un « monstre délicat » : voilà un oxymore qui s'applique à bien des intellectuels. Je me pose la question : Faut-il tellement s'ennuyer pour ouvrir un recueil de Baudelaire ?

« C'est l'Ennui ! - l’œil chargé d'un pleur involontaire,

Il rêve d'échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère ! »

(Baudelaire, « Au lecteur »)

Patrice Houzeau

Malo, le 16 décembre 2022.

16 décembre 2022

J'AIME BIEN LES EXEMPLES DE GRAMMAIRE

J'AIME BIEN LES EXEMPLES DE GRAMMAIRE

1.

Amusant comme les exemples de grammaire peuvent stimuler l'imagination. Voici un décor : « Das laufende Kind. Die singende Frau. Blasende Instrumente. Ein tanzender Tee. »

Et une ombre de début de fiction :

« Die bettreffende Person. Eine schreiende Ungerechtigkeit. Der zu findende Weg. Es ist kein leicht zu lösendes Problem. »

Nous avons donc un « enfant qui court » et une « femme qui chante ». Il y a des « instruments à vent ». Serions-nous dans un « thé dansant » ?

Il y a aussi une « personne concernée » par une « injustice criante », un « chemin à trouver » dans une situation (un « problème ») « pas facile à résoudre ».

Je tire ces exemples de la « Grammaire méthodique de l'allemand moderne », de J.M. Pastré (éditions Ophrys, 1983, p.146), et me dis que si ça se trouve, l'auteur a lui-même tiré ces exemples d'une page de roman consulté pour.

2.

J'adore les exemples de grammaire :

Ainsi, cézigue, Dieter, « Er ist nicht mit dem Auto, sondern mit dem Bus gefahren. »

Donc, comme il n'est pas allé en voiture, mais en bus, il n'a pas pu, comme son pote Karl, être motorisé jusqu'à la gare par la jolie Nina : « Sie hat mich zum Bahnhof gefahren », qu'il s'a répéta un tas de fois because Karl, il est un peu bêta.

Comme « Die Fahrt von Wien (Ach, Mozart !) nach Salzburg (Ach, Mozart !) dauert ungefähr 3 Stunden. » (comment ça, « environ 3 heures », le trajet de Vienne à Salzbourg ? Ce « ungefähr » ne me semble pas correspondre à l’exactitude germanique), Dieter a prévu de la lecture : « Die Blechtrommel », de Günter Grass (« Le Tambour »).

Pendant ce temps là, Karl a bien failli manquer le train : « Die Polizei hielt alle Wagen an ». La police, certes, arrêtait toutes les voitures, mais, heureusement et Gott sei Dank, il n'a pas loupé son train, Karl, et « Der Wagen hielt vor dem Bahhof an ». La voiture s'étant arrêtée devant la gare, il chercha Dieter du regard (il était pourtant reconnaissable avec sa jambe en bois, son bandeau noir et son perroquet criaillant que « Vor der Kaserne Vor dem grossen Tor Stand eine Laterne Und steht sie noch davor ») mais il se souvint soudain que le Dieter, « er ist vor zehn Tagen abgereist » (ah oui, ça fait quand même 10 jours qu'il s'est tiré), alors il prit le train tout seul, Karl, en se répétant bêta : « Sie hat mich zum Bahnhof gefahren » tout en s'efforçant de se concentrer sur « Die Blechtrommel », de Günter Grass.

3.

Ne vous mariez pas, les gars. Regardez-moi, je ne me suis pas marié, et je suis quand même tout seul.

4.

Alors Inge dit : « Er sah mich aufmerksam an. »

Donc, comme il la regardait attentivement, elle attira son attention sur un article du journal qu'elle était en train de lire : « Sie hat mich auf einen Zeitungsartikel aufmerksam gemacht », qu'il dit Dieter plus tard. Donc, il lit l'article dans le journal que lui tend Inge. Attentivement. D'ailleurs, il en remarque chaque détail : « Er bemerkt jede Einzelheit. » Il dit aussi que son comportement l'a frappé : « Ihr Verhalten fiel mir auf », et c'est quand il se rendit compte que toute la maison était plongée dans l'obscurité (« Es ist mir aufgefallen, das alles im Haus dunkel war ») qu'il fut étonné de constater l'absence de Inge. Il dit le lendemain que la nuit dernière, il a rêvé quelque chose d'étrange : « Ich habe letzte Nacht etwas Merkwürdiges getraümt ». Alors, il me regarda avec étonnement : « Er schaute mich erstaunt an » et ajouta, j'ai cru que tu étais là. Mais je n'étais pas là : « Mein Name ist Inge, und ich bin tot. »

Il m'arrive de penser que les exemples de grammaire sont hantés. Il y a quelque chose de l'être, là-dedans, quelque chose de ce qui pourrait être là, que l'on pressent, et dont on ressent l'étrange absence.

5.

Sur twitter, une belle version du chant traditionnel ukrainien « Shchedryk » enregistrée en décembre 2022 par des militaires de différents pays membres de l'OTAN. Ce morceau « Shchedryk » est aussi connu sous le titre « Carol of the Bells ». On en trouve plusieurs interprétations sur You Tube, et c'est vraiment très beau.

Patrice Houzeau

Malo, le 16 décembre 2022.

15 décembre 2022

EN ATTENDANT LE NEUVIEME TRAIN DE SANCTIONS ANTI POUTINE

EN ATTENDANT LE NEUVIEME TRAIN DE SANCTIONS ANTI POUTINE

1.

Ah tiens, j'entends parler à la radio de l'abandon par la Chine de la désastreuse politique du zéro covid. Je ne me souviens plus du nom de ce médecin français hystérique qui, au début de la pandémie, disait que les autorités françaises étaient irresponsables de ne pas suivre l’exemple chinois (confinement drastique, isolement complet des cas positifs, distributions de repas par l'armée et autres joyeusetés...) : ah le con.

2.

A propos de connerie, moi je dis ça, je dis rien, mais je m'épate quand même que d'une gifle donnée dans un cadre privé et les pénibles circonstances d'un divorce, on en soit arrivé au lynchage médiatique d'un député, et pourtant je ne l'apprécie guère, le Quatennens.

3.

15.12.2022 : 16 heures 50. Baisse du CAC40 (- 2,91% quand même). 1 euro = 68, 42 roubles : la chute du rouble se poursuit, de même que celle des indices boursiers russes. Le bitcoin yoyotte : hausse hier, baisse aujourd'hui, demain ?

4.

Il y a quelques mois, on évoquait un effondrement possible de l'armée ukrainienne face au rouleau compresseur russe. Certains « experts » et journalistes plus ou moins pro-Poutine disaient que la défaite de l'Ukraine était une question de temps mais qu'elle était inéluctable.

A quelques jours du début de l'année 2023, on constate que les forces russes ont du mal à progresser et ont dû même reculer, que Poutine est isolé, que l'économie russe s'effrite, et que résistance ukrainienne et armements occidentaux feront abandonner à Poutine beaucoup de ses prétentions.

5.

Je ne vois pas l'Occident cesser de soutenir l'Ukraine maintenant. Au contraire ; l'intérêt des démocraties est dans une victoire la plus complète possible de l'Ukraine sur les forces russes. Vaincre Poutine fera réfléchir ceux qui rêvent de ressusciter l'empire rouge.

6.

15.12.2022. Plusieurs sites occidentaux indiquent que l'UE s'apprête à valider un neuvième train de sanctions contre la Russie. Selon le site ZoneBourse, citant Reuters, le « paquet sera formalisé par ce que l'UE appelle une « procédure écrite » d'ici vendredi midi. »

7.

Le 14 décembre 2022, la Fédération de Russie a voté contre l’exclusion de l'Iran de la commission de la condition de la femme de l'ONU : un indice de plus que la Russie poutinienne et l'Iran des mollahs tortionnaires s'entendent comme larrons en foire.

8.

Les propagandistes de la télé poutinienne rêvent debout et élaborent des scénarios qu'on lirait assez plaisamment dans des comics de super-héros américains. Faire exploser une bombe nucléaire au-dessus de l'espace américain ! Ces pauvres zozos auraient à peine le temps de finir leur shot de vodka qu'ils seraient réduits en cendres radioactives.

Patrice Houzeau

Malo, le 15 décembre 2022.

15 décembre 2022

EN RENTRANT CHEZ SES FETICHES

EN RENTRANT CHEZ SES FETICHES

Notes sur le poème « Zone », de Guillaume Apollinaire.

1.

Le recueil « Alcools » (1913), de Guillaume Apollinaire commence par le grand poème « Zone ». Le narrateur avoue sa lassitude du « monde ancien », qu'il voit partout, y compris dans les « automobiles ». Le grand moderne serait le « Christianisme ».

Pour ce qui est du christianisme, il me semble aussi que le catholicisme, bien que les scandales de pédophilie y pullulent, a parfois de ces accents modernes que les autres religions n'ont pas.

A noter cependant ces deux vers qui indiquent une certaine prise de distance du narrateur apollinarien :

« Et toi que les fenêtres observent la honte te retient

D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin »

(Apollinaire, « Zone »)

Peut-être bien que la veille, il en avait pris une sévère, dis, l'Apollinaire.

2.

Le narrateur fait l'éloge de la littérature de rue (« prospectus catalogues affiches journaux », fascicules divers), puis évoque une « jolie rue », une « industrielle », avec « directeurs ouvriers et belles sténo-dactylographes ».

Apollinaire avait-il ce goût qu'avouait aussi Baudelaire pour les rues passantes ? Poésie de la ville en tout cas.

3.

La rue auquel il songe (et dont il a « oublié le nom ») en rappelle une autre, où il n'était « encore qu'un petit enfant ». Prières clandestines « dans la chapelle du collège ». Personnellement, je n'y crois guère et j'aurais préféré un Apollinaire version « Chiche-capon » des « Disparus de Saint-Agil », de Pierre Véry : une bande de gosses qui se réunissent la nuit dans la salle de sciences naturelles « où veille le squelette Martin » comme dit un résumé, ce qui m'enchante.

Prières clandestines donc et anaphore qui se termine par ceci, qui est plaisant :

« C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs

Il détient le record du monde pour la hauteur »

(Apollinaire, « Zone »)

Qui rappelle les réflexions de Blaise Cendrars sur les moines lévites dans « Le Lotissement du ciel ».

4.

Apollinaire est très bon quand il s'amuse avec les mots et les sons :

« Ils crient qu'il sait voler qu'on l'appelle voleur

Les anges voltigent autour du joli voltigeur »

Ce sont les « diables dans les abîmes » qui « lèvent la tête » pour regarder Jésus monte-en-l'air.

5.

L'évocation de l'ascension christique entraîne un cortège de noms d’oiseaux : hirondelles, corbeaux, faucons, hiboux, ibis, flamants, marabouts (d'ficelle), « l'oiseau Roc » (n'roll), aigle, colibri, pihis « longs et souples », colombe, oiseau-lyre, « paon ocellé », phénix, sirènes (j'ignorais qu'elles volassent).

6.

Le narrateur se décrit seul et angoissé. « comme le  feu de l'Enfer ton rire pétille ». Evocations de « flammes ferventes », de « Notre-Dame de Chartres » et du « Sacré-Cœur ». Ça flamboie sec : Est-ce pour cela que les femmes que le narrateur croise dans Paris sont « ensanglantées » ?

7.

Le narrateur dépayse sa lyre « au bord de la Méditerranée ». Les « poulpes des profondeurs » effrayent les spectateurs. Ayant la bougeotte, la strophe suivante évoque les « environs de Prague » et entre autres, « tavernes » et « chansons tchèques ».

Puis, ce sont Marseille et les pastèques.

Puis un hôtel à Coblence.

Puis Rome et un « néflier du Japon ».

Puis Amsterdam et Gouda (J'aime bien le gouda. D'une manière générale, j'aime les fromages. Ça me fait penser que je vais les passer sobres, ces fêtes de fin d'année 2022 : il semble quand même que la crise que nous connaissons depuis 1973 (eh oui) s'accélère et s'aggrave singulièrement : faut garder ses sous, moi je crois).

Puis Paris : case prison (l'affaire du vol de La Joconde).

8.

Tous ces voyages et péripéties mélancolisent le narrateur. Il s'apitoie sur lui-même (« à tous moments je voudrais sangloter ») puis s'apitoie sur les « pauvres émigrants » de la gare Saint-Lazare.

Puis, tout mélancolique, il prend un café dans un « bar crapuleux ».

9.

Parfois, le narrateur est dans un « grand restaurant ».

Parfois, il est avec une fille, « une pauvre fille au rire horrible ».

Parfois, il compare la nuit à une « belle Métive » (comprenez ici « métisse »).

Parfois, il évoque des prostituées.

Et comme il ne boit pas que du café, voilà « cet alcool brûlant comme ta vie » et l'occasion d'un chiasme :

« Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie »

(Apollinaire, « Zone »)

10.

Enfin, bien fatigué du tout ci tout ça dont il cause, il rentre chez ses fétiches qu'il compare à des « Christs d'une autre forme » (il n'a pas tort) et voit dans le soleil une tête tranchée (« Soleil cou coupé » : c'est célèbre et c'est beau).

Patrice Houzeau

Malo, le 15 décembre 2022.

14 décembre 2022

UNE VICTOIRE ENIGMATIQUE

UNE VICTOIRE ENIGMATIQUE

Notes sur la Préface de « Humain, trop humain », de Nietzsche traduit par Desrousseaux et Albert (le Livre de Poche, « Les Classiques de la Philosophie »).

1.
« Des lacs et des rets pour les oiseaux imprudents » : c'est ainsi que Nietzsche lui-même dans sa préface à « Humain, trop humain », qualifie les pièges que peuvent devenir ses arguments pour des esprits qui exerceraient leurs critiques en volant de travers.

2.

« Une école du soupçon » ; la « vie » vit-elle de la « tromperie » ; vivre, est-ce tromper autant que se tromper ? Les « esprits libres » sont-ils une invention ? De l'utilité des « compagnons et fantômes » de fiction que l'on fréquente et que l'on révoque à son aise.

Poutine, en persistant dans sa sale guerre en Ukraine, sait-il qu'il se trompe tout autant qu'il trompe les Russes ? Je crains la révélation qu'il pourrait se faire à lui-même. Poutine sera-t-il assez fort pour supporter soudain de comprendre, ou restera-t-il dans le déni, prolongeant horreur et bêtise ?

3.

Une « victoire énigmatique », celle sur ses déterminismes que l'on ne peut pourtant pas complètement annihiler, quand bien même on ferait de la philosophie une logique imperturbable, objective, implacable, catégorique et tendant à l'efficacité d'un système administratif.

De là sans doute le goût des pouvoirs totalitaires pour les dogmes « démontrés », le goût des partis extrémistes pour les gouvernances qui fondent l'individu dans la masse des citoyens obéissants, soumis à une norme d'autant plus rigide qu'elle est présentée comme morale, salutaire, verticale, transcendante.

4;
« Tout peut-il être faux en dernière analyse ? » se demande le narrateur nietzschéen, replongeant le lecteur dans le vertige du paradoxe du menteur.

5.

De la « santé débordante » de « l'esprit libre » qui ne peut se passer de la « maladie » puisque cette « santé » est d'autant plus éclatante et renforcée qu'elle se gagne par une victoire sur la « maladie ». Notons qu'il s'agit d'une victoire sur soi-même, et non un appel à éradiquer. Réfléchir n'est pas tuer.

6.

Éloge du lieu d'être : « Qui comprend, comme lui, le bonheur qu'il y a dans l'hiver, dans les taches de soleil sur la muraille ! » Lisant Nietzsche, j'y crois parfois entendre des échos du Rimbaud des «illuminations ».

7.

Des « vertus » non comme des « maîtresses », mais comme des « instruments ». Des contraintes dont on se fait des aubaines, des outils, des armes. Y aurait-il une virtuosité du vrai ? Être authentique, est-ce être virtuose, à la manière d'un danseur, d'un musicien, d'un peintre et d'un poète ?

8.

L'esprit face à « l'énigme de sa libération ». La « vocation » nous voue à ce que « nous ne connaissons pas encore » : nous agissons en vertu d'un avenir que nous ignorons ; « c'est l'avenir qui dicte sa règle à notre présent » écrit Nietzsche.

Une autre lecture, plus positiviste, dirait que c'est en fonction de l'avenir que nous agissons et que donc, les nécessités du futur, nous obligeant à la prévoyance et aux préparatifs, conditionnent le présent. Morale de carriériste, de militant, d'individu responsable, d’expérimentateur, de citoyen modèle, de professeur, de stratège.

9.

« surtout que, dans certains cas, comme l'indique le proverbe, on ne reste philosophe qu'en gardant le silence. »

(Nietzsche, « Humain, trop humain », Préface, 1886).

Se taire, est-ce snober le réel, le désavouer, l'envoyer paître avec tous ses bavards ?

 

Patrice Houzeau

Malo, le 14 décembre 2022.

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