COMME JE ME SENTIS FANTÔME JE ME REVEILLAI
COMME JE ME SENTAIS FANTÔME JE ME REVEILLAI
J'ouvre un album de Hermann et je me souviens d'un rêve.
Des mômes jetant des cailloux, lapidant le vagabond pendant que poursuivant leur route, sur leurs chevaux, dans la fiction, l'un des personnages demande à l'autre « Comprenez-vous le grec ? » Je ne l'ouvris pas.
Je ne l'ouvris pas pour la condamner. Des mômes lapidant le vagabond. Soif de la clameur du feu. Le vent, pas qu'il fasse si froid mais le vent. Au loin de la palissade qu'il jetait sa vue, aussi loin que, attendant le fendant les flots.
La mer embarcadère mouettes goélands comme dans ce film idiot où l'un dit à l'autre On ne doit plus être loin de Mâcon et qu'un goëland apparaît sur leur moto pendant l’exode, les Français sur les routes et les troupes déchirées.
C'était sur les routes, l’exode, les gens à pied, les soldats à pied, tout ça mêlé comme dans un roman de Claude Simon ; mon père y perdit son père d'une attaque de stuka. Dans le fossé, blessé, mortellement. On ne mourait pas que de mort naturelle. Il n'en parlait jamais.
C'est étrange les rêves. Quelle était cette bibliothèque où j'allais comme si elle m'était assez familière ? Des livres et des jeunes gens. Il faudrait que je fasse des fiches. C'est pour ça que j'y allais. Des jeunes gens, des lycéens, et moi tout vieux.
Quelle était cette bibliothèque où soudain je ne retrouvai pas mes livres, les livres que je cherchai, et cette jeune femme aux cheveux courts qui s'avança, j'eus le pressentiment quelle faisait partie du personnel, elle dit : Qu'est-ce qui se passe ?
J'y allais comme si elle m'était familière, dans cette bibliothèque pleine des visages lisses des lycéennes, je me disais je suis tout vieux avec mon cartable d'enseignant et les livres mes livres je ne les trouvai plus, à cause des préparatifs d'un Salon du Livre.
Je compris que c'était à cause d'un Salon du Livre en cherchant mes livres, les voyant, ces autres livres, rossignols très chers et cette tête moustachue et rigolarde (je crus qu'il moquait ma pomme, là, moi, tout vieux comme un vieux da-sein).
Cette tête moustachue, il me sembla la reconnaître mais me vient pas d'emblée, peut-être cet étudiant instituteur? Elle ne se moquait pas de moi. La jeune femme aux cheveux courts ne s'adressait pas à moi non plus, mais à la jeune fille assise et pâle.
« Alors qu'est-ce se passe ? Pourquoi éprouves-tu le besoin de m'appeler « belle-mère » ? (je retranscris fidèlement la parole du songe), puis elle l'embrassa, la jeune fille. Sur la bouche. Comme je me sentis fantôme, je me réveillai.
Ceci n'a rien à voir avec le récit du Capitaine Hastings : les formateurs qui expliquent aux enseignants qu'il ne faut pas expliquer le lexique aux élèves cause qu'ils doivent retrouver le sens par rapport au contexte n'ont jamais lu Wittgenstein, je pense.
La réforme Blanquer prend le rance de toute part. Paraît que Pierre Mathiot lui-même reconnaît « quelques » erreurs. Avouez-le, Messieurs, vous vous êtes fourvoyés dans la haute gourance, et voilà.
Patrice Houzeau
Malo, le 11 février 2022.