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BREFS ET AUTRES

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28 août 2022

COMME DU VAGUE DANS LE CLAFOUTIS

COMME DU VAGUE DANS LE CLAFOUTIS

 

1.

Il est vrai que tu ne m'as pas écrit depuis longtemps, mais je sais bien que cela ne t'est guère aisé maintenant que la sorcière de la rue Mouffetard t'a transformé en poutre apparente.

2.

Comme les portes des placards étaient ouvertes, les cadavres en sortirent promptement et se répandirent dans les rues en bandes et cavalcades. Il n'y avait pas eu un tel scandale depuis l'affaire Benalla, que je cite ici par mépris.

3.

Tout en mangeant du meilleur appétit, j'écoutai l'interrogatoire que subissait le petit coffre canari à propos de la bande dessinée disparue et du violoniste inquiétant. Le petit coffre ne se mit pas à table puisque j'y étais, avec Zut, la choucroute et nos ombres à pied-de-nez.

4.

« Le clavier reculait et le sol se dérobait sous mes pieds. »

(George Sand, « L'orgue du titan »)

5.

Si quelqu'un retrouve votre âme et l'emmène avec lui dans une petite fiole, il se peut que vous vous retrouviez transporté, je ne sais comment mais une ou deux phrases feront l'affaire, dans un endroit auquel vous n'auriez pas pensé, ni moi non plus.

6.

Depuis que nous avons interdit aux rideaux de fumer, nous avons beaucoup moins d'incendies au château.

7.

Je trouve assez indélicat de la part d'une pomme de passer, chaque matin, une heure à se pomponner dans la salle de bain.

8.

C'était vraiment une mauvaise idée d'inviter tous ces canards à la création de votre dernier concerto pour piano et bouillabaisse. Il y eut beaucoup trop de couacs et de cancans. De plus, le pianiste s'est enfui avec le repas.

9.

L'un des plus grands soucis du Roi Arthur était d'empêcher que la Table Ronde se rendît compte de sa puissance symbolique. Il fallait donc meubler les réunions avec des histoires si stupéfiantes que la Table Ronde en restât muette et fascinée.

10.

Mais une bouilloire de plus ou de moins dans une telle cohue ne signifiait absolument rien. C'est comme ça que l'énigme des trois bouilloires passa complètement inaperçue. Même la jeune Agatha ne se rendit compte de rien.

11.

Quand il m'arrive de penser que la tarte aux abricots n'est pas plus forte que la Mort, croyez-moi, j'en ai comme du vague dans le clafoutis.

12.

J'ai demandé à ce que l'on surveille les fenêtres du château. J'ai l'impression qu'elles communiquent, qu'elles se font des signes, qu'elles s'échangent des informations.

Patrice Houzeau

Malo, le 28 août 2022.

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27 août 2022

AURIONS-NOUS DE NEBULEUX ADVERSAIRES ?

AURIONS-NOUS DE NEBULEUX ADVERSAIRES ?

1.

« Je ne suis plus moi-même quand vous êtes là », l'informa son nébuleux adversaire. »

(Philip K. Dick traduit par Alain Dorémieux, « Ubik »)

2.

27/08/2022. Le « Canard enchaîné » soupçonné d'emploi fictif ? C'est l'Canard épinglé, ou bien ? Pan sur le coin-coin ? Après, faut voir si c'est vrai, pis le pourquoi du comment du koikisapassé, et à vrai dire, je m'en tape, même que bientôt, on n'aura plus les moyens d'acheter des journaux.

3.

Jean-Antoine Roucher (1745-1794) n'a pas écrit dans son poème didactique en douze chants « Les Mois » que « Le cadavre exquis boira le vin nouveau » et il n'a pas assisté au concert des Beatles à l'Hollywood Bowl le 23 août 1964.

Jean-Antoine Roucher (1745-1794) n'était donc pas un surréaliste et on ne sait pas pourquoi il n'a pas assisté au concert des Beatles à l'Hollywood Bowl du 23 août 1964. L'hypothèse la plus vraisemblable est qu'il était mort, et qu'il n'aimait peut-être pas beaucoup les Beatles.

Jean-Antoine Roucher (1745-1794) a indiqué dans son poème didactique en douze chants « Les Mois » que :

« Grossis par le torrent des neiges écoulées,

 Les fleuves vagabonds roulent dans les vallées »

Ce qui est très certainement vrai, bien que vaguement je m'en cogne.

4.

Ceux qui s'imaginent que « Le Héron au long bec emmanché d'un long cou » n'a que ça à faire, eh bien, ils se trompent. Du reste, Jean de la Fontaine (1621-1695) n'avait pas la télévision. Il n'a donc pas pu entendre les discours de Medvedev, la marionnette à Poutine.

5.

Cette pensée, qui me faisait frémir, dressait mes yeux comme s'ils étaient de petits animaux de cirque. Hop ! Leur disait-elle, sautez donc, les mirettes, à travers le cercle de cette raison !

6.

Quand un fauteuil invite une chaise chez lui, il ne peut pas lui dire : « Je vous en prie, asseyez-vous ». Et, bien qu'il ait des bras, il ne peut même pas lui servir un verre, ou une tasse de thé. Les chaises reviennent rarement.

7.

On ne peut pas toujours se fier aux miroirs. Ils ne disent pas toujours la vérité. Parfois, ils se mentent à vous-même.

8.

L'eau, d'un gris de cheval bleu, à longues flaques tristes, ressemblait à une purée de pommes de terre que j'espère qu'on y a mis du fromage râpé dedans, et que l'on sert avec un steak haché et de la sauce que l'on verse dessus. En outre, l'eau n'aboya pas, n'étant pas un chien.

9.

Un instant, la peau sembla tout à fait claire et lisse ; mais, le soir, de nouveau, elle reprit la route, se plia, se déplia, se replia, se multiplia, s'ananassa, par amour des assonances et des abracadabras.

10.

Il est rare qu'une chaise se mette à meugler dans un pré.

11.

Ce n'est pas une chaise qui figure sur la pochette du célèbre album de rock progressif « Atom Heart Mother ». Ce n'est pas non plus une chaise qui fut, le 21 juillet 1969, la première à poser le pied sur la Lune en déclarant : « Je ne fais que passer, je ne reste pas ».

12.

Aurions-nous de nébuleux adversaires ? se dit Zut considérant le nombre important de complotismes grouillant sur les réseaux sociaux, dans les rues, les magasins, les cafés, les places, les feuilles de chou, rappelant que bien des horreurs furent dites avant d'être faites.

Patrice Houzeau

Malo, le 27 août 2022.

27 août 2022

IL NE FAUT JAMAIS SORTIR SANS SON !

IL NE FAUT JAMAIS SORTIR SANS SON !

 

1.

« Elle était déchaussée, elle était décoiffée,

Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ; »

(Victor Hugo)

La fille, qu'évoque Hugo, elle « était déchaussée, elle était décoiffée ».

Nous savons donc qu'elle avait « les pieds nus » (ce que le poète précise, défois qu'on n'aurait pas compris, défois qu'il aurait évoqué quelque dent).

Nous apprenons en outre que cette personne n'est pas la Cantatrice chauve. Quant aux « joncs penchants », on ne saura jamais ce qu'ils cherchaient.

Une personne qui a les pieds nus et qui n'est pas la Cantatrice chauve peut être n'importe qui. Et ça, quand j'y songe, je m'en moque.

2.

Je lis sur Internet que Poutine vient de signer un décret pour « agrandir l'armée russe ».

Cela prouve une bonne fois pour toutes que Poutine est encore en capacité de signer de son nom, et, de plus, qu'il a encore au moins une main.

Il faut faire taire les rumeurs concernant la santé du Président Poutine.

Il va très bien et il grandit de jour en jour.

Et c'est pour ça qu'il lui faut une armée plus grande, parce qu'à force de grandir, Poutine devient plus grand que le Kremlin, plus grand que Moscou, plus grand que la Russie, plus grand que l'Eurasie, plus grand que le Monde, plus grand que l'Univers.

Poutine est infiniment grand. C'est même pour ça qu'on ne sait plus où le mettre.

Mais on s'active à trouver des solutions, comme dit Jo le bûcheron.

3.

« Mais, d'après ce que tu m'écris, on ne me reproche pas seulement d'être mordant, on me reproche encore d'être impie. »

(Lettre d'Erasme à Dorpius)

Erasme voit bien qu'on lui reproche d'être mordant.

Ah ça, il en avait dans la mâchoire, Erasme, et comme en plus, on disoit en maint endroit qu'il estoit impie comme une voleuse, je ne vous dis pas ce qu'il pouvait bouffer.

4.

« L'été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit. »

(René Char, « Le martinet »)

Le poète évoque ici « l'été de la longue clarté », qui serait un titre possible pour un film dont je ne sais pas ce qu'il raconterait car je ne suis pas scénariste.

On sait au moins que le personnage « filera dans les ténèbres ». C'est donc tout un mystère, s''t'homme-là.

Et comme ce sera par « les persiennes de minuit » qu'il « filera dans les ténèbres », je pense que le personnage doit être une entité souple des confins cosmiques, du genre à se glisser partout et à serpenter dans le réel comme une saucisse dans la choucroute, quoique l'image de la saucisse qui serpente est assez rare, je vous l'accorde et on s'en moque.

5.

On écrit le substantif « tort » avec un « t », et non avec un « d », sinon on ne dirait pas « et le tort tue », mais « le tordu », qu'on se demanderait de quel tordu qu'on cause, et donc on ne s'en sortirait plus.

6.

« Je ne pouvais moi-même en détourner mes regards et m'empêcher de suivre l'aiguille, qui marchait vers minuit à pas imperceptibles. »

(Théophile Gautier, « La cafetière »)

J'avais beau les sermonner, mes regards ne pouvaient s'en détourner.

Allons, leur dis-je, n'avez-vous point autre chose à reluquer ?

Il est vrai qu'il n'y avait dans la pièce ni jolie fille aux yeux verts, ni habile illusionniste faisant sortir de son chapeau quelque nouvelle réforme de l'éducation nationale fort propre à ébahir le nigaud et à faire sourciller le syndicat.

J'appelais Blanquer mais mon âne ne vint pas.

Comme il était question d'aiguille, je pensais au mot « anguille », laquelle, marchait vers minuit.

Cette aiguille qui était une anguille était en fait un lézard.

Vous voyez bien que vous vous faites berluer, dis-je à mes regards, lesquels, sans même se tourner vers moi, continuaient à fixer le mot qui me manque et qui, inéluctablement, allait vers minuit comme on va à un rendez-vous dont on sait qu'on ne reviendra pas.

7.

« Elle portait un manteau de soie d'araignée passé de mode qui la faisait ressembler à une chenille enroulée dans un cocon qu'elle n'a pas filé elle-même ; elle avait l'air d'y être enveloppée. »

(Philip K. Dick traduit par Alain Dorémieux, « Ubik »)

Il y a déjà dans cette phrase une araignée et une chenille, comment voulez-vous que j'y fasse rentrer un rhinocéros ?, fit Zut à son éditeur.

Je ne vous demande pas d'y faire rentrer un rhinocéros, puisque je n’existe pas, ne lui répondit-il pas.

Que me dites-vous là !, s’exclama Zut qui n'avait pas oublié son point d’exclamation (Il ne faut jamais sortir sans son point d’exclamation, défois, on est surpris).

Mais dans ce cas, ajouta Zut, puisqu'il est question de « manteau de soie » et « de cocon », à défaut de rhinocéros, on pourrait y placer quelque écharpe évanescente dans l'air parfumé d'un soir de villégiature lointaine.

Faites donc, fit l'araignée dévorant sa proie.

Patrice Houzeau

Malo, le 27 août 2022.

26 août 2022

MIRAGE CIRAGE CONTONDANCE

MIRAGE CIRAGE CONTONDANCE

 

1.

25/08/2022. Une info « 20 Minutes » : « Lot : Il retrouve une vache en train de barboter dans sa piscine. »

Depuis, Zut s'attend à ce qu'un voisin quelconque vienne lui demander koikesse, défois qu'un de ses rhinocéros aurait pris sa piscine pour un abreuvoir géant.

2.

« Toi qui sur le néant en sait plus que les morts »

(Mallarmé, « Angoisse »)

 

Toi, toi c'est toi car toi ce n'est pas moi, donc toi, toi

Qui fais quoi ? Qu'est-ce que je sais, moi...

Sur le métier remets-tu ton ouvrage cent fois ?

Le vers de Mallarmé que je lis, je lui préfère le ouah-ouah à

Néant (Néant c'est mon chien, il n'a l'air de rien)

En l'occurrence, que peut-on savoir sur le néant ? Que

Sais-tu, toi qui n'as jamais rien fait de bon de tes dix doigts, que sais-tu de

Plus sur le néant que moi ?

Que tu ne sois pas grand chose, vaurien, je le sais bien, et

Les macchabées, que savent-ils, hein, les

Morts, ça sait plus rien, sinon i s'raient pas morts, c'est vrai quoi.

3.

« Il s'agissait de créer un mirage terrible. »

(Villiers de L'Isle-Adam, « Véra »)

Le réel ne serait-y pas défois tissé de mirages ? C'est tout l'art du politique. Et derrière le mirage, crack boum, l'application législative, bien contondante. Passerait-on notre temps à créer du mirage dans l'mirage, histoire d'être bien dans le cirage, pis d'se cogner à chaque coin d'truc ?

4.

26/08/2022. En France, paraît que le prix de la viande a augmenté de 24,5 % sur un an, on dit sur France Info. Y en a qui s'inquiètent déjà des prix du foie gras du Nouvel An. Moi, j'm'en tape. Peu de chances que j'aille fêter la nouvelle année avec quiconque. J'aime pas ça.

5.

26/08/2022 : Inquiétudes à propos de la centrale de Zaporijia, que le jeudi 25 août, y aurait eu un incendie à proximité du site qui aurait endommagé les lignes transportant l'électricité. Ça sent la déconne à pleins tubes, s't'afffaire. Le grand Bluff d'la mort atomique, dis.

6.

J'entends sur France Info un écrivain qui a eu le Goncourt, chaipasquand et d'ailleurs chaipaqui, qui dit que « fatalement, vous vous empâtez ». Le ton de sa voix m'agace. J'ai tort. Et le tort tue tel est prix de la viande en hausse de 24,5% en France cette année.

7.

« Et ma tante est drôlement mieux que vot' pomme », elle dit la Zazie de Queneau. L'écrivain qui a eu le Gongourt, i dit qu'il pourrait apprendre un instrument de musique. Après, sur France Info, ils parlent de la crise des vocations dans l'enseignement.

 

8.

Ce sera pour la rentrée scolaire 2023, les sous en plus dans le salaire des enseignants i dit Pap NDiaye. Encore un truc qui va coûter bonbon à la France. Mais bon, quand i faut i faut comme i dit l'fossoyeur avec sa pelle. Ce 26 août 2022, va-ton savoir si Iquioussen va être ou non expulsé ? Au nom de mon droit à l'indifférence, quelle que soit la décision du Conseil d'Etat, je m'en tamponne.

9.

L'aut' scribe couronné du Goncourt (vite si tu veux gagner la course), j'ai halluciné d'la feuille, ou il a bien dit qu'il pourrait aller élever des moutons ? « - Tout ça c'est du cinéma, qu'elle dit », la Zazie de Queneau.

10.

Mais oui, bien sûr, tout le monde a envie que son fils ou sa fille soit obligatoirement inscrit dans un collège où un coup, c'est une affaire de racket, ou alors de harcèlement, ou d'attouchements entre sales gosses, ou d'la bagarre qui tourne mal...

Après, il y a l'alternative de l'enseignement privé sous contrat. Y en a qui disent que dans certaines villes, c'est quasi la seule solution. Après, c'est pas qu'on soit pour le darwinisme social, mais faut être réaliste, hein, la vie est violente.

11.

26/08/2022. « En plus du problème du nucléaire français, on a le problème du gaz russe » dit un expert sur France Info, dénonçant le « mythe de la sobriété énergétique heureuse », qui selon lui, nuit beaucoup en ralentissant les investissements. Va-t-on s'les cailler, s't'hiver ?

12.

26/08/2022. Nucléaire. Ai-je bien compris où ils ont bien dit sur France Info que 32 des 56 réacteurs du râlant pays qui est le mien seraient à l'arrêt ? Y aura-t-il cet hiver de la « destruction de la demande », comme i dit l’expert, par la coupure et le délestage ?

A force de jamais rien anticiper, nos politiques passent vraiment pour des gens dont je me dis que j'ai bien raison de pas avoir voté pour eux, ni d'ailleurs pour les autres, qui seraient sans doute encore pires.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 26 août 2022.

 

 

25 août 2022

MON CHIEN NE PARLE PAS ANGLAIS

MON CHIEN NE PARLE PAS ANGLAIS

 

1.

Je ne sais pas si les clowns sont si tristes

Qu'on dit

On dit tant de choses sur les artistes

Qu'on dit même que c'est la secte des violoncellistes

Et si on ne le dit

Eh bien tant pis

Que c'est la secte des contrebassistes

Qui en secret mène ce monde à moins que ce fût

Celle des trompettistes celle des harmonicistes ou des flû-

-tistes des percussionnistes c'est-y possible moi je dis

Car je suis monothéiste que c'est un pianiste.

2.

Ce n'est pas parce que derrière chez nous y a-t-un étang

Que j'vais vous chanter quelque chose

D'ailleurs je ne sais pas chanter et c'est une bonne chose

Car si je savais chanter je n'vous chanterai rien du tout

J'ai jamais aimé le crin-crin j'ai jamais aimé le biniou

Ce n'est pas parce que derrière chez nous y a-t-un étang

Que j'vais vous chanter quelque chose

D'ailleurs les étangs ça sert surtout à s'noyer d'dans.

3.

Mon chien ne parle pas anglais.

Du reste, je n'ai pas de chien.

Je ne peux donc pas le consulter sur le sens exact de certains passages des pièces de Shakespeare.

J'ai bien un chat. Mais il n'est pas très porté sur le théâtre.

Quant à la tortue de Zut, elle est carnivore.

4.

« - Ils meurent de toute façon. A l'instant où nous parlons, il y en a peut-être même d'autres, dont nous ignorons tout. »

(Patricia Cornwell traduit par Hélène Narbonne, « Mordoc » [Janet])

Ceux qui ne sont pas morts sont encore vivants.

C'est même à ça qu'on les reconnaît.

Parce que sinon, les morts, on ne les reconnaît pas toujours.

Ça dépend du comment. Une voiture qui explose ça vous change une physionomie.

Ceux qui ne sont pas morts sont encore vivants.

C'est provisoire. Ça dépend du comment.

5.

Parfois, ils font des coups. Il y a des explosions. Des voitures brûlent.

Parfois, on peut remonter leur trace. Mais il ne faut pas qu'ils soient invisibles, sinon on ne peut pas les épingler.

L'invisibilité des assassins est un phénomène que l'on ne prend pas assez en compte.

Les spectres sont de plus en plus audacieux et agressifs.

A vous dégoûter d'envoyer des centaines de chars et leurs équipages se faire décapiter dans les campagnes.

6.

Ce n'est pas demain la veille que j'aurai honte de manger du lapin aux pruneaux. Je sais bien, le lapin, c'est gentil, c'est mignon. Voyez comme je suis ; j'écris le mot « mignon » et je pense illico « filet mignon ». Je ne suis pas assez riche pour me passer de mes envies.

7.

Je sais pas ce que j'ai entendu, qu'on voudrait interdire les jets privés ?

Mais les jets, ça ne se fume pas.

Je vois mal les sauvageons des quartiers organiser des trafics de jets.

Il faut être sérieux. Si on ne peut pas l'interdire, autant l'autoriser.

8.

« Je raccrochai dans tous mes états, et annonçai à Whisley :

- Je dois partir. Nous avons une épidémie de quelque chose dont personne n'a jamais entendu parler ».

(Patricia Cornwell traduit par Hélène Narbonne, « Mordoc » [la narratrice])

Comme la narratrice raccrochait dans tous ses états, elle était donc toute dispersée et commença par se rassembler sous les yeux du lecteur qui, s'assoupissant, commençait à rêver d'un corps tout en pièces de puzzle flottant et se dispersant. Il entendit dire qu'il y avait « une épidémie dont personne n'avait jamais entendu parler », mais il ne savait plus où il l'avait lu ou si c'était le ministre de la Santé qui venait d'en parler.

9.

« Vous répliquerez que la réalité n'est pas forcée le moins du monde d'être intéressante. »

(Borges, « La mort et la boussole », [Lönnrot])

Le réel n'est pas forcé d'être intéressant.

D'ailleurs il ne tient pas à l'être le moins du monde.

Le réel agite ses ombres et ses fantômes, et nous avons l'impression que ce n'est pas mort.

Certains y voient un miracle, le « miracle de la vie », qu'ils appellent cela, et ils sourient.

Pourtant, la réalité n'est pas forcée de faire des miracles non plus.

Le réel ne fait pas de miracles. C'est parfois l'humain qui se surpasse. Ou le hasard qui fait bien les choses.

Ça fait une moyenne avec la bêtise. Ça ne l'empêche pas.

10.

Poutine, il a voulu la jouer Mandrake le Magicien : « Abracadabra ! Hop ! L'Ukraine disparaîtra. »

Ça n'a pas marché. Maintenant, il nous dit qu'il a une sacrée bombe dans son haut chapeau.

Si ça se trouve, c'est lui qui disparaîtra. Zou, dans sa trappe, le Père Ubu !

Patrice Houzeau

Malo, le 25 août 2022.

 

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25 août 2022

BOUTS D'CECI CELA

BOUTS D'CECI CELA

 

1.

Il émet un grognement

Dans la rue un masque blanc

Il émet un grognement

Ah non ce n'est ni un ours ni un chien

Et c'est pas Robert parce que c'est Fabien

Dans la rue un masque blanc

Un chien blanc en blanc la fille

En blanc la fille avec son galant

Dans la rue passe le vent

Ah ça il est pas content.

2.

Ne cherche pas d’ex-

-cuses bidons vaudrait mieux que tu t’ex-

-pliques un peu mieux cherche bien dans ton lex-

-ique pleure pas prends un kleenex.

3.

Il s'a cassé une dent

Etait-ce du ciment

Etait-elle trop coriace la viande qu'il s'a cassé une dent

Au bout du fil se balance un hareng

Il y a une chanson qui dit « Blancs les loups

Blancs les loups

Blancs »

Le garçon il mange du fromage blanc.

4.

Il regarde la lune

N'y voyant personne

Il se dit qu'ils n'ont probablement

Probablement pas le téléphone

Il n'a plus une thune

Car c'est la fin du mois

Il songe au loup qu'il y a dans les bois.

5.

Il écoute les Los Lobos

Son chien ronge un os

Ou il écoute les Bea-

-Tles ou bien du Debussy

Son chien pique un roupillon

Dans la marmite il y a du bouillon.

6.

Je ne sais pas si c'est avec des serpents verts

Qu'on fait du poison

Je sais ce qu'il y a dans mon verre

Et le nom du poisson

Je ne sais pas s'il viennent du cosmos

Les ovnis

A la voix active le chat mange la souris

A la voix passive l'as des as fut stoppé par un os.

7.

Suzy aimait bien le rock n' roll

Suzy est bien vieille maintenant

Suzy n'a plus de dents

Suzy se souvient comme c'était drôle

Et pas toujours non pas tellement

C'était pas comme maintenant

Elle dit Suzy qui n'a plus de dents.

8.

C'est pas avec des cavaliers sans tête

Qu'on fait une cavalerie

Il y en a qui font l'ange, y en a qui font la bête

Belphégor est dans la galerie

La jeune fille chante qu'elle a vu le loup

Le renard le lièvre danser puis elle va le sou-

-Per préparer C'est pas tout ça qu'elle dit.

9.

La lune ne passe pas la langue

Si la lune en avait une

Elle nous ferait bien des harangues

La lune ne passe pas la langue

Si la lune en avait une

Nous le saurions

Et elle nous en chanterait, la lune, des chansons

Des ballades sélénites

Des excentricités inédites.

10.

Sur la mer il y a des bateaux

Et c'est normal parce que ça va sur l'eau

Les bateaux et s'ils avaient des jambes

Les bateaux ils pourraient faire des courses à pied

Ça me fait une belle jambe

Me dit Zut et puis tu me casses les pieds

Me dit Zut avec tes bêtises

Mets donc tes souliers et va donc cueillir des cerises.

11.

C'est la fin de l'abondance

Il a dit Macron à la télévision

Et donc qu'on danse

Danse dansera devant le buffet

Et plus assez d'sous dans l'porte-monnaie.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 25 août 2022.

24 août 2022

HURLUBERLU QU'ÇA DEVIENT

HURLUBERLU QU'ÇA DEVIENT

1.

« Deux ou trois fois il avait reconstitué un jour entier ; il n'avait jamais hésité, mais chaque reconstitution lui avait demandé un jour entier. »

(Borges, « Funes ou la mémoire »)

Parfois, pour s'amuser, les dieux prennent les travaux et les jours, les déchirent en morceaux, les jettent dans l'espace-temps. Sur terre, les cadres spatio-temporels en sont tout bouleversés et chacun de se demander pourquoi tout va de travers, rien ne colle, on parle même de fantômes.

2.

« Un coin-coin s'était mis à voltiger dans la tête du détective, un coin-coin qu'il essaya de chasser de son esprit lequel Pan ! Pan ! qu'il répétait l'esprit. Hurluberlu qu'ça devient, dis donc, tous ces coin-coins qui lui cancanent caquettent le citron depuis le canard à l'orange de dimanche dernier.

3.

« Les doutes qui planent sur certains personnages nous permettent de les mieux cerner sans obtenir de réponses assurées quand à leur éventuelle culpabilité. »

(Pierre-Robert Leclerc, « Introduction à Monsieur Ouine de Bernanos »)

4.

Comme il cherchait la définition du mot chorège, lequel était un citoyen riche de l'antiquité grecque gestionnaire d'un chœur dramatique, ou lyrique, il se dit qu'il en allait ainsi de la choucroute et des cantatrices. Qu'est-ce autre chose que du chou avec des saucisses accompagné de leur diva chauve (pour éviter que, distraits sans doute, des cheveux tombassent dans le chou), que chacun, à sa table, dévore jusqu'à ce que son estomac et ses oreilles lui disent qu'ils en avaient assez ?

5.

Comme il entendait dire que Macron avait dit que nous vivions « la fin de l'abondance », il reprit du camembert.

6.

Zut contemplant la campagne qui s'allongeait vaguement devant ses fenêtres, constata que les cavaliers qu'elle contemplait parce qu'ils passaient, n'avaient pas de tête. C'est singulier, se dit-elle, puis qu'elle mangerait bien des frites. Zut ne s'émeut pas si facilement.

On remarquera qu'il est fort improbable que des cavaliers étêtés passassent dans la campagne, si vague soit-elle, parce qu'alors comment donc qu'ils les guident, leurs dadas ?

On pourra s'interroger sur le lien entre cavaliers et frites. On voit bien qu'il y a du mou dans le réseau lexical. On se serait attendu à ce que la dénommée Zut ait plutôt envie de saucisson de cheval, par exemple, ou d'un steak à cheval. Mais des frites, c'est d'un commun.

L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est qu'un artiste peintre passait par là, portant l'un de ses tableaux représentant des cavaliers sans tête dans une vague campagne (ce peintre est un impressionniste). Mais cela n’explique pas l'énigme de l'envie de frites.

7.

« Il en va ainsi de la vie. Qu'est-ce autre chose qu'une pièce de théâtre, où chacun, sous le masque, fait son personnage jusqu'à ce que le chorège le renvoie de la scène ? »

(Erasme, « Eloge de la folie »)

8.

Les personnages, des doutes planaient sur eux, et leurs larges ailes projetaient des ombres qui s'allongeaient, montaient le long des murs et pointaient sur chacun des protagonistes de l'affaire de la moumoute empoisonnée un doigt accusateur.

9.

« Un air se mit à trotter dans la tête de Poirot, un air qu'il essaya de chasser de son esprit. Il devenait ridicule, à la fin, avec ces chansons enfantines qui l'obsédaient depuis un certain temps. »

(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons »)

10.

Quelquefois il machinait un rhinocéros ou un tamanoir (ça dépendait de son humeur). Il rhinocérossait avec agilité ; il tamanoirait avec astuce, mais chaque rhinocéros lui demandait tout un rhinocéros et chaque tamanoir lui demandait quelle heure il était.

Patrice Houzeau

Malo, le 24 août 2022.

 

23 août 2022

D'LA TOUPIE D'SANS SON NEZ

D'LA TOUPIE SANS SON NEZ

 

1.

« Alors, il vit, face à lui, semblant monter du sol dans le maquis, un objet discoïdal extrêmement brillant, qui semblait tourner sur lui-même à une allure folle. »

(Jean-Claude Bourret, « Le Nouveau défi des OVNI »)

 

Défois, les choses semblent tourner.

Elles tournent, les choses, mais en fait elles semblent.

Défois, les choses semblent monter.

Elles montent, les choses, mais en fait elles semblent.

Ce qu'on voit, ce sont des choses qui semblent « monter du sol », « tourner sur elles-mêmes », faire des excès de vitesse comme si elles étaient dans le réel comme chez elles.

Vous savez quoi, le réel, c'est d'la toupie d'sans son nez.

2.

Si avez perdu vot' Suzon dans une crêpe Suzette, ce s'rait-y pas qu'vous prenez un peu trop les filles pour d'la liqueur d'orange ?

3.

Hélas, comme on le voit avec les massacres en Ukraine, moquerie, humour, dérision, DADA féroce, satire, surréalisme, contre-culture ne permettent pas de désarmer les dictatures. Leur acceptation est juste le signe que nous vivons dans une démocratie. C'est bien pour ça qu'il faut soutenir Charlie.

4.

« - Certains ufonautes vus à côté d'un OVNI posé au sol, peuvent s'élever en l'air comme par lévitation, voire disparaître sur place. »

(Exemple de témoignage rappelant les « récits oniriques » donné par Jean-Claude Bourret in « Le nouveau défi des OVNI »)

On dit qu'il y a des visiteurs des cosmiques confins, i « peuvent s'élever dans l'air », dis, comme s'ils faisaient du yoga à lévitation comme on voyait dans les bandes dessinées.

Ce sont peut-être des saints lévites, ces ufonautes, ou alors ils sont pleins d'propulsion intégrée ; ce seraient-y pas des machines défois ?

Après, il y en a même ils peuvent même « disparaître sur place ».

Mais ça, à mon avis, c'est quand on ferme les yeux.

Même qu'après, on dort.

5.

« Dès lors, pourquoi aller chercher midi à quatorze heures, et continuer de refuser aux OVNI le statut d'astronefs extra-terrestres, alors que par leur seule présence dans notre ciel, ils nous suggèrent un tel statut... »

(Pierre Guérin in « Le nouveau défi des OVNI », Jean-Claude Bourret)

Il y a des choses qui passent dans le ciel.

Ces choses nous suggèrent-elles qu'elles viennent d'ailleurs, d'ailleurs très lointains ?

Ces choses nous mentent-elles ?

Ces soucoupes volantes et autres fulgurances azimutées nous feraient-elles croire qu'elles sont des « aéronefs extra-terrestres » alors qu'elles ne sont que des hallucinations, ou des leurres ?

Mais cékidonc ki nous leurre nous leurreli-leurrelou tant, dis donc ?

Les extra-terrestres ? Les petits lutins qui font du vélo dans nos têtes ?

Ou bien des bipèdes perspicaces de notre réel bien à nous machinant des sophistications dont on n'a pas idée ?

Zut, ce matin, mettant les rhinocéros dehors, parce que allez la nuit, d'accord, mais le jour, ils peuvent sortir non, me fit remarquer que l'ufologie des années 70 était peut-être un complotisme soft.

Avec le fatalisme d'une biscotte s'effondrant dans le bol de café, je lui répondis qu'on nous cache tout, on nous dit rien que de toute façon, si on nous le disait, on le croirait pas.

Patrice Houzeau

Malo, le 23 août 2022.

23 août 2022

LE DROIT DE LA GUERRE EST-IL SOLUBLE DANS LES NECESSITES ?

LE DROIT DE LA GUERRE EST-IL SOLUBLE DANS LES NECESSITES ?

 

1.

Et si « Natalia Vovk » était un leurre ? Curieux tout de même qu'une ex- -membre d'Azov, fichée, paraît-il, par le GRU et le SFB, passe une première fois la frontière russe, s'installe (au risque de se faire repérer) dans le même immeuble que Daria Douguine, surveille et filoche (au risque de se faire repérer) sa cible, se fasse inviter (au risque de se faire repérer) à une manifestation à laquelle les Douguine père et fille participent, récupère l’explosif, piège, repasse la frontière. Et si le rôle de Natalia Vovk (si elle existe) avait juste consisté à être présente, juste présente, pendant que quelqu'un d'autre agissait. Ce qui repose la question du commanditaire de l'attentat. Et là, conjectures et spéculations, forcément...

2.

Défois, les pièges à cons, ça déchaîne les idiots flingueurs, ça fait des victimes, des concernées et des collatérales.

3.

La question que pose l'assassinat de Daria Douguine peut se formuler ainsi : Quelle que soit la virulence et l'obscénité de ses propos, l'assassinat d'un idéologue, de quelqu'un qui n'est ni combattant, ni décisionnaire, ni cadre dans un conflit, peut-il être considéré comme un acte de résistance légitime ?

Je n'ai pas la réponse. Je constate que les mots aussi peuvent tuer. C'est justement pour juger de ce genre de cas qu'un tribunal international doit être instauré. La mort de Daria Douguine n'a peut être été qu'un moyen pour justifier une fin, quelle qu'elle soit.

La guerre consiste à réduire les individus à des moyens pour justifier une fin qu'on appelle « victoire » : Le massacre des civils ukrainiens est un moyen pour l'armée russe de terroriser la population et de déstabiliser le régime de Kiev ; si cela peut sauver une stratégie ou une nécessité tactique, chaque soldat est susceptible d'être sacrifié. La guerre fait de chacun, civil ou militaire, une « chair à canon » potentielle. En ce sens, Daria Douguine n'a pas eu un sort différent de celui des victimes civiles ukrainiennes.

On dit que l'influence de Daria Douguine était grandissante. De plus, le nom de « Douguine » semble perçu comme étant synonyme de fanatisme anti-ukrainien, anti-occidental, anti-démocratie. Les mots sont efficaces, c'est bien pour ça qu'ils peuvent tuer.

Peut-on croire la version officielle du FSB (la piste des services spéciaux ukrainiens) ou l'assassinat de Daria Douguine serait-il un sordide et cynique « false flag » ? Il y a eu, dit-on, une purge poutinienne au sein du FSB. Se pourrait-il que le FSB n'agisse pas toujours dans l'intérêt de Poutine ?

4.

Parce que la guerre consiste à réduire les individus à des moyens pour justifier une fin qu'on appelle « victoire », la tentative de meurtre sur Salman Rushdie n'est pas un acte solitaire, mais une déclaration que l'islamisme est en guerre contre les valeurs occidentales.

5.

Dans une situation où chacun, civil ou militaire, peut être sacrifié à une cause, il est particulièrement difficile pour un théoricien d'établir un droit de la guerre, et encore plus difficile à l'ONU de faire appliquer ce droit, bon nombre de saloperies pouvant être justifiées, ou couvertes, par les nécessités tactiques.

6.

Pour certains agités du bocal qui se réclament de la pensée de Douguine, la Russie c'est Rome, et l'Occident, c'est Carthage. Et comme « Carthago delenda est », et que l'Occident soutient l'Ukraine, pour les dingos douguiniens, il faudrait détruire et l'Ukraine et l'Occident. Bin tiens.

7.

« Russia is the only Slavic state that was able to become a World Empire, that is – an absolutely sovereign power. (…) But to build the World Empire, it is our task, we do know how to do it. That is why we are Rome. And those who oppose us – are Carthage. »

(Alexandre Douguine, 19 mars 2022, Facebook)

Voici comment le 19 mars dernier, Alexandre Douguine justifiait la sale guerre de Poutine en Ukraine. Je vous mets le lien si vous voulez voir de vos yeux jusqu''où ce type peut aller dans l'agitation du bocal à déconne et la bêtise. C'est gratiné.

https://www.facebook.com/alexandr.dugin/posts/5379461528730510%23

Patrice Houzeau

Malo, le 23 août 2022.

23 août 2022

ROUGE FUMANT

ROUGE FUMANT

 

1.

« La mort seule, bornant ses travaux éclatants,

Pouvait à l'univers le cacher si longtemps. »

(Racine, « Phèdre », [Hippolyte])

Quelqu'un est loin.

Il n'est pas présent dans l'univers que Cléo Coco fréquente.

Au bout de dix ans, - dix ans, c'est quand même beaucoup, n'est-ce pas, Pénélope ? - Cléo Coco ne se demande plus pourquoi il met si longtemps pour acheter des cigarettes.

Il doit être mort. Dévoré par une Sirène croisée en chemin.

Ou renvoyé chez ses sœurs les Ombres par quelque cyclope de grand chemin.

Il doit être mort. Sinon l'écho de ses exploits lui serait déjà venu aux oreilles.

I peut pas s'empêcher de faire des conneries.

Il doit être mort et on ne le sait pas encore.

Personne ne sait où il est passé.

C'est bien la preuve qu'une Sirène l'a dévoré tout cru, le coq.

Ou qu'un cyclope de grand chemin l'a renvoyé chez ses ancêtres poissons.

S'il revient..., on verra bien, se dit Cléo Coco allongée, alanguie, et caressant les cheveux frisés de son beau-fils, Hippolyte, lequel est tout à fait charmant, bien qu'il aime un peu trop les serpents.

C'est bien simple, il y en a partout.

2.

« Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille ?

Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille ?

Quel coup de foudre, ô ciel ! et quel funeste avis !  »

(Racine, « Phèdre », [Phèdre])

Parfois, il arrive que des nouvelles vous frappent les oreilles.

Le coup est parfois si fort que vous ne les en croyez pas.

Pourtant, elles vous disent la vérité, la vérité qu'ça heurte, qu'ça choque, qu'ça gifle.

Et puis, parfois, ça vous réveille les feux mal étouffés que vous avez au cœur.

Dans le cas de Phèdre, je ne sais pas si c'est seulement au cœur qu'elle avait le feu mal étouffé.

Enfin, bref, vous avez le cœur qui flambe, et ça, c'est des coups, ma chère Cléo, à vous retrouver citée en exemple d’auto-combustion spontanée dans des histoires aussi pas normales que paranormales, même qu'elles passent à la télé.

Mais vous ne serez plus là pour le voir.

Vous serez cramée intégral.

Le coup de foudre théâtral, ça ne pardonne pas.

Tant pis. C'est tragique, mais c'est comme ça.

Si vous vouliez être tranquille, fallait jouer la Cantatrice chauve ou les Diablogues, ou La Souricière, au lieu d'aller tous les soirs expirer en alexandrins raciniens pour ressusciter le lendemain et vous lamenter d'un bout à l'autre de la scène que tout vous afflige et vous nuit, et conspire à vous nuire.

La mort, c'est pas une vie.

3.

« Elle approche ; elle voit l'herbe rouge et fumante ;

Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante !)

Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur. »

(Racine, « Phèdre » [Théramène])

 

Défois, l'herbe, elle est rouge et fumante et les gens dedans, zont plus ni forme ni couleur. Sont disséminés. Manquants.

Elle dit : Là où j'étais, je ne voyais pas les combattants. Il n'y avait que des machines, des machines et des missiles.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 23 août 2022.

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