QUAND MIAULE L'ACCESSOIRISTE
QUAND MIAULE L'ACCESSOIRISTE
1.
Commençant une phrase par « Quand miaule l'accessoiriste », je me doutais bien que je n'allais pas aller très loin dans l'analyse des mouvements de l'âme à deux pieds, mais tout de même, passer du mot « accessoiriste » à « j'ai envie de manger des frites », quel honteux prosaïsme !
2.
Nos âmes sont comme un ban de petits poissons que les mouettes, aussi voraces que ces saucisses extra-terrestres qui ne manqueront pas d'envahir la Terre (c'est prédit dans tous les codes-barres des boîtes de cassoulet), que les mouettes donc, attendent en tournoyant et en s'échangeant des recettes de cuisine.
3.
Alors la Mort, avec sa faux et sa tête de, elle arriva, s'accouda au zinc et but une « Mort subite » passqu'elle avait soif, et donc après, l'âme de l'aut' là, elle se fit la malle pis ça fit du tintouin passqu'il avait reçu un coup d'surin que pourtant il n'y a que des manchots sans mains dans mon bar, Monsieur le Commissaire, j'comprends pas.
4.
« La choucroute peine à se faire obéir ; les saucisses n'en font qu'à leur tête. » Je répète : « La choucroute peine à se faire obéir ; les saucisses n'en font qu'à leur tête. » Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais quand même, je suis content.
5.
Je l'avais reconnu facilement car il m'avait précisé qu'il était invisible.
6.
Le « pèlerinage intérieur », moi, je veux bien, mais vous risquez de ne pas aller très loin, tandis que si vous prenez le bus, il y a plein d'endroits épatants à visiter.
7.
Lorsque l'on médite, comme le rappelle souvent Christophe André lorsqu'il est invité à épater le béat bobo sur France Inter, il ne faut pas fermer les yeux de son âme. Sinon, on s'endort. Non, veillez à laisser ouverts les yeux de votre âme. Vous n'y verrez pas plus, mais ça occupe.
8.
Franchement, vous y croyez vous, à cette histoire de ponte d’œuf qui serait un rituel religieux prouvant indubitablement la spiritualité des poules ?
9.
L'humain qui la veille a dîné dans un restaurant, et qui le lendemain parcourt toutes les rues du quartier pour le retrouver, et ne le retrouve pas, devait en tenir une sacrée. Si c'est un restaurant qui cherche à le retrouver, c'est que l'on n'est plus tout à fait dans le réel.
10.
Je ne peux jamais être sûr que les autres voient le réel de la même façon que ma pomme. En ce sens, le réel n'est jamais que plausible. D'où notre surprise lorsque soudain l'autre se met à décarocher grave et à appeler au meurtre de ses semblables.
11.
Tiens, en voilà une sur France Culture qui s'intéresse aux livres qui « parlent aux gens en fonction de ce qu'ils vivent ». Moi aussi je suis fan de Lovecraft.
12.
J'aime beaucoup la poésie, surtout froide, avec des frites, de la mayonnaise, et une bière. Ce que je préfère dans la poésie, c'est la cuisse. Sinon, il y a aussi le blanc, mais c'est un peu plus sec.
13.
Comme il s'était mis à la suivre, il s'aperçut soudain qu'elle était invisible. Mince, se dit-il, si ça se trouve, ce n'est plus moi qui la file, mais elle qui... Il fut rassuré bien vite quand il vit qu'il ne se voyait plus dans aucun reflet.
14.
C'est au moment où Agnès dit : « Le petit chat est mort », que l'accessoiriste se mit à miauler. Il fut réprimandé, et il eut beau gratter à la fenêtre, il passa la nuit dehors, avec tous les autres accessoiristes.
15.
Toc Toc Toc. « - Qui c'est ? ». « - C'est pas moi », dit l'autre, qui d'ailleurs n'était pas là.
Patrice Houzeau
Malo, le 13 août 2022.