LE PROVISEUR A FAIT ERUPTION DANS LA SALLE
LE PROVISEUR A FAIT ERUPTION DANS LA SALLE
1.
« D'autres soutenaient que, parmi ce nombre infini de prédictions, le peu qui se trouvaient véritables faisaient bien voir que ce n'était qu'un effet du hasard. »
(Madame de Lafayette, « La Princesse de Clèves »)
A force de prédire des choses épouvantables, les choses épouvantables finissent par arriver.
Cela rappelle le « A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver » du film « Drôle de drame », de Marcel Carné (1937).
Mais toutes les choses épouvantables que l'on peut prédire n'arrivent pas.
Pas toutes à la fois.
Elles prennent leur temps avant d'arriver.
Certaines n'arriveront pas, parce que d'autres choses, qu'on n'avait pas prédites, arriveront, à la place et avec le sans-gêne des événements qui se produisent sans qu'on les ait invités.
Je peux toujours prédire qu'un rhinocéros rentrera dans la pièce où j'écris, ou encore que Poutine sera enlevé par des extra-terrestres.
Il est plus probable que Caroline Couic (ce n'est pas son vrai nom), qui déteste les rhinocéros, viendra sous peu me rendre visite.
Le rhinocéros le sait bien, et ne viendra pas. Il est pas fou. Caroline Couic ne se déplace jamais sans son tromblon.
L'hypothèse de l’abduction poutinienne est plus problématique, il faudrait savoir si les extra-terrestres sont atlantistes, puis le degré de protection anti-aliens dont le Kremlin s'est entouré, et enfin quel intérêt pour la science extra-terrestre Poutine pourrait-il bien avoir.
Heureusement, reste la boule à complots, que tous les experts de twitter et des grands complots mondialistes suivent aussi assidûment qu'ils consultent la télé russe poutinienne. Ils disent d'ailleurs : Je regarde la télé russe et je suis ma boule.
2.
Je ne peux pas confondre l'impératif catégorique avec le demi-pression que l'on vient de me servir.
Le demi-pression, je peux le boire.
Le demi-pression, je dois le boire. C'est pas que j'ai si soif, mais j'aime bien la bière, et je ne trouve pas autre chose à faire parmi toutes les choses que j'ai à faire et dont certaines, je devrais bien m'en occuper rapidement parce que sinon hein, mais comme je n'y pense pas, je bois de la bière.
D'ailleurs, le temps que j'y pense, j'ai bu mon demi.
Y a plus d'bière.
Reste l'impératif catégorique. Sobre comme un sous-titre (si les sous-titres étaient alcooliques, on ne comprendrait rien au film) et sec comme un régime taliban.
C'est vaguement déprimant. J'vais en reprendre une.
3.
« Le proviseur a fait éruption dans la salle. »
(exemple tiré du « Vocabulaire du commentaire de texte », Amon et Bomati, Larousse).
« Le proviseur a fait éruption dans la salle. »
Le mot « éruption » est ici une impropriété.
Mais la phrase se comprend très bien si l'on suppose que le proviseur s'appelle M. Stromboli et qu'il est plutôt colérique.
Mais si le proviseur ne s'appelle pas Stromboli, mais Alfred Lebonjour (comme tout le monde, ou presque) et n'a pas besoin de hausser le ton pour se faire entendre, alors c'est que le volcan est fort peu actif.
Je ne crois pourtant pas qu'il fût éteint. D'abord parce qu'il est rare qu'un proviseur reste dans le même établissement plus de 10 000 ans d'affilée. Ensuite, parce qu'alors il n'aurait pas fait éruption dans la classe, il aurait rédigé une note de service.
Patrice Houzeau
Malo, le 16 août 2022.