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7 avril 2025

7 AVRIL 2025 BLACK MONDAY

7 AVRIL 2025 BLACK MONDAY

 

1.
Investisseurs dans les cryptomonnaies, quand le triumvirat Trump-Vance-Musk aura plongé le monde dans une récession mondiale et stoppé bien des chaînes de production, vous allez manger quoi ? Vos bitcoins ? Des billets de monopoly ? Des tickets de casino ?

 

2.
On annonce un meeting du RN à Paris ce dimanche 6 avril 2025 dans le but de soutenir Marine Le Pen frappée d'inéligibilité pour 5 ans et donc empêchée de se présenter aux présidentielles 2027. Histoire, je suppose, de compter ses fidèles plus que de menacer l'Etat de droit.

 

3.
Il y a à peine quelques semaines, suite au retour de Trump à la Maison-Blanche et à la promesse d'une victoire du RN aux présidentielles françaises de 2027, Poutine et sa clique reprenait du poil de l'ours, voyait déjà l'OTAN se disloquer, l'UE voler en éclats et l'Ukraine annexée. Fatalitoff ! Le triumvirat Trump-Vance-Musk ne tient pas la route et Marine Le Pen est déclarée inéligible par la Justice française. Adieu, veau, vache, cochon, couvée et Poutine l'a dans l'os. 

 

4.
Il n'y a rien à attendre de bon de Donald Trump : cynique et corrompu, il n'est probablement plus en état physique et intellectuel de diriger la première puissance mondiale.

 

5.
7 avril 2025. Nous y voilà. Trump a provoqué un krach mondial. La récession est en vue et avec elle, toujours plus d'intensification des tensions internationales. Tout le monde va y perdre. A commencer par les Etats-Unis.

 

6.
7 avril 2025. Trump se prend pour la main invisible des marchés. Attention au retour de baffe. Il pourrait tomber de son trône, le roi krasnov.

 

7.
7 avril 2025. En perturbant ainsi les marchés, le but de Trump est sans doute d'obliger les Etats du monde entier à négocier, à remettre en cause les accords existants pour une plus grande diffusion des produits américains partout où il le peut. Est-ce en affaiblissant les économies étrangères qu'il y arrivera, rien n'est moins sûr. Il risque au contraire d'attiser les tensions à un point tel que, contrairement à ce qu'il a promis, les Etats-Unis, pour préserver la paix mondiale, seraient obligés d'intervenir. A moins que Trump se prépare à contempler l'incendie de Rome.

 

8.
7 avril 2025. Que cela soit en euros ou en dollars, le cours du bitcoin chute. Rien d'étonnant. La politique étrangère du triumvirat Trump-Vance-Musk décrédibilise les USA et la politique économique de Trump vide les porte-monnaies. 
Les naïfs qui persistent à croire que le cours des cryptomonnaies est indépendant des décisions politiques et économiques des grandes puissances risquent fort d'en être vraiment et rapidement pour leurs frais.

 

9.
7 avril 2025. Le Bitcoin et les cryptomonnaies ne correspondent à aucun service réel. En cas de récession mondiale, et il semble que Trump nous y mène tout droit, le secteur privé, celui qui soutient la production, aura vite besoin d'argent frais. Certains investisseurs vont donc être obligés de réaliser leurs avoirs en cryptos, ce qui pourrait faire chuter les cours (et, au passage, faire éclater quelques scandales et tomber quelques têtes).
Les cryptomonnaies ne peuvent, à elles seules, soutenir l'économie. Toute tentative dans ce sens aboutira, tôt ou tard, à un effondrement de type « crise des subprimes ».

 

10.
7 avril 2025. Un qui doit beaucoup apprécier la blague de Trump, c'est son pote Poutine. Les indices boursiers russes sont nettement en baisse, le rouble continue de s'effriter et les cours du pétrole s'effondrent. 

 

11.
7 avril 2025 : L'état du monde n'était déjà pas terrible (conflit israélo-palestinien, sale guerre de Poutine en Ukraine, montée des populismes en Europe, réchauffement climatique...). A partir de ce jour, il pourrait être pire. Krach et Black Monday.   

 

12.
7 avril 2025. Si le krach mondial se confirme, et si le Dow Jones continue à chuter, peut-on imaginer une procédure lancée contre Trump pour incapacité physique et intellectuelle à gouverner les USA ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 7 avril 2025.

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7 avril 2025

COMBIEN DONC ENTRE LES CLASH ET LE CRASH ?

COMBIEN DONC ENTRE LES CLASH ET LE CRASH ?

 

1.
Nous laisserons-nous bercer aujourd'hui par l'élégance d'une compilation de Roxy Music et le doux « dancing... dancing » des chœurs d' « Avalon » ?
Regretterons-nous notre jeunesse, et comme elle fut douce, et comme elle fut bonne ?

 

2.
Grincerons-nous aujourd'hui avec Céline, avec Cioran, avec Manchette, avec Bukowski ?
Rirons-nous avec Rabelais, avec San-Antonio, avec Gotlib ? Ecouterons-nous virtuoser Sinatra en buvant du whisky ?
Penserons-nous à l'influence de la mafia sur le destin des artistes italo-américains ?
Mangerons-nous du poulet froid car nous avons faim ?

 

3.
Nous indignerons-nous aujourd'hui du sort de l'Ukraine ?
Nous dirons-nous que nous ne sommes pas très étonnés de inéligibilité de Marine Le Pen ?
Pas plus que de la stratégie perdante, forcément perdante, de Mélenchon ?
Nous dirons-nous aujourd'hui encore que les politiques nous prennent pour des cons ?

 

4.
Boirons-nous aujourd'hui une ou deux bières en écoutant les Clash ?
Nous dirons-nous qu'il faut éviter qu'on se fâche,
Les gens faisant ce qu'ils peuvent,
Et que, comme dans un poème de Laforgue, « la pluie continue à mouiller le fleuve »,
Et qu'il faut souvent laisser pisser le mérinos,
Quand bien même qu'on tombe si souvent sur des osses.

 

5.
Songerons-nous aujourd'hui à « l'or du diable » et à l'étrange vie de l'abbé Béranger Saunière ?
Nous demanderons-nous quels sont ces secrets dans la soupière ?
Ecouterons-nous du Pink Floyd en pensant aux OVNI
Et quelle sauce ferons-nous pour agrémenter nos spaghettis ?

 

6.
Penserons-nous une fois de plus aujourd'hui « plus con, tu meurs » ?
Nous rappellerons-nous que nous fûmes de droite ?
En écoutant soliloquer Mélenchon, nous exclamerons-nous : « Et ta sœur... » ?
Mangerons-nous du cassoulet en boîte ?

 

7.
Déclamerons-nous aujourd'hui : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »
Nous dirons-nous que la France est gouvernée par ses grandes écoles ?
Penserons-nous au roquefort ? Aux alcools forts ? Aux châteaux-forts  ? Aux poux dans la tête
Et que nous avons étudié « Phèdre » à l'école ?

 

8.
Entendant sur France Inter dire qu'il n'est moralement pas acceptable de mentir
Et qu'un politique, pour être élu, ne peut que mentir,
Nous demanderons-nous aujourd'hui si les élections sont un piège à cons ?
Et dès lors, d'où qu'ils vont, nos sous, nos sous, nos ronds ?

 

9.
Penserons-nous aujourd'hui que, puisque nous sommes de plus en plus nombreux,
L'avenir risque bien d'être assez affreux,
Rapport à la rareté naturelle et à l'apparente douceur des choses ?
Nous demanderons-nous si l'humain n'est pas l'effet dont il est lui-même la cause ? 

 

10.
Penserons-nous aujourd'hui à Trump, à Poutine, au Père Ubu,
A tout ce que nous avons cru, tout ce que nous avons lu et avons-bu ?
Qu'un barbu, s'il est trois, n'est pas un barbu ?
Penserons-nous à la mort de Charb, de Wolinski, de Cabu ?

 

11.
Nous demanderons-nous ce soir combien de bières exactement nous avons-bu en écoutant les Clash ?
Constaterons-nous que la Bourse est en plein crash ?
Ecouterons-nous aujourd'hui les si inventifs Beatles, les si rythmiques Stones, ou alors les Who ?
Penserons-nous à Watson, si doux et câlin et qui était un chat roux ? 
Nous demanderons-nous ce soir combien donc entre les Clash et le crash,
Combien de bières, combien de chutes, combien nous avons perdu de cash ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 7 avril 2025.

20 décembre 2024

LA LANGUE FORGE L'ÂME

LA LANGUE FORGE L'ÂME

 

1.
« Ainsi, à cause que nous ne concevons point que le corps pense en aucune façon, nous avons raison de croire que toutes sortes de pensées qui sont en nous appartiennent à l'âme ; […]).
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.4)

 

Les pensées « qui sont en nous » sont surtout dans la langue que j'emploie. La langue forge l'âme. Mais non ma façon d'agir. C'est de l'usage que chacun fait du langage que l'action se fait bonne ou mauvaise, erreur ou vérité, sottise ou providence. Je n'interrogerai point sur ce point le bouffon qui m'histrionne la caboche ; je pressens des insolences.

 

2.
20 décembre 2024. J'entends sur France Inter que la dernière usine Saupiquet de France, celle de Quimper, ferme. Délocalisation en Espagne et au Maroc. Du reste, depuis 1999, Saupiquet est une marque de la multinationale italienne Bolton Group. Comme on le voit, la réindustrialisation de la France est en cours.

 

3.
« […] au lieu qu'on devait penser au contraire que l'âme ne s'absente, lorsqu'on meurt, qu'à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.5)

 

L'absence de l'âme fait-elle les fantômes, lesquels n’existent pas. D'où viennent, dès lors, les étranges manifestations dont le gendarme Emile Tizané s'est fait le chroniqueur ? Faudrait que je demande à mon poltergeist, mais je répugne à le déranger.

 

4.
« En même façon que le mouvement d'une montre est produit par la seule force de son ressort et la figure de ses roues. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.16)

 

Le Temps, qui n’existe pas, est-il légitimé par la mécanique ? Voilà que l'horlogerie du « Time », de Pink Floyd me carillonne la cérébrale. Et Dieu, qui n’existe pas plus, ne serait-il légitimé que parce qu'il y a rareté naturelle ?

 

5.
« Telles sont les illusions de nos songes et aussi les rêveries que nous avons souvent étant éveillés, lorsque notre pensée erre nonchalamment sans s'appliquer à rien de soi-même. »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.21)

 

Nous lisons ici que la pensée peut être aussi errante qu'un chien dans la ville,  un chat sur les toits. A quoi penses-tu ? A cette question, nous ne pouvons guère répondre franchement, soit par pudeur et respect, soit parce que nous l'ignorons nous-mêmes.
La clarté de la langue de Descartes pour évoquer la rêverie, je me demande  si elle existe aussi dans d'autres langues, ou si l'on a raison d'en vanter la singularité de sa limpidité, de sa précision et de sa logique.

 

6.
L'an dernier, un collègue, expert en musiques qui font du bruit, m'a dit « ah oui, Joe Jackson, il faisait bien de la daube, lui... ». Ma pomme, j'aime bien les chansons de Joe Jackson, et j'écoute toujours « I'm The Man » et « Beat Crazy » avec entrain et circonstances. 
Citation :
« And you think you're immune, but I can sell you anything,
Anything from a thin safety pin, to a pork pie hat. »
(Joe Jackson, « I'm The Man ») 

 

7.
« Car l’expérience fait voir que ceux qui sont les plus agités par leurs passions ne sont pas ceux qui les connaissent le mieux, [...] »
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.21)

 

La connaissance des passions permettrait-elle de les tenir à distance ? Je n'en suis pas si sûr. Très jazzy, le « You Can't Get What You Want ('Til You Know What You Want) », de Joe Jackson. Comme le temps hein qu'il passe, dis, qu'on arrive aux Fêtes d'la fin 2024.
Ah bin tiens, que j'me mélancolise...
Combien de chansons aurai-je écoutées ?
Combien de clopes aurai-je grillées ?
Combien de bières aurai-je bues ?
Combien de sottises aurai-je dites ?
Combien d'amours splendides aurai-je rêvées ?
Combien de trains, de bus, aurai-je pris ?
Et pis combien de temps avant que le couteau sans manche auquel il manque la lame me coupe le sifflet ?

 

8.
« Ainsi, par exemple, si nous voyons quelque animal venir vers nous, la lumière réfléchie de son corps en peint deux images, une en chacun de nos yeux [...] ».
(Descartes, « Les passions de l'âme », Art.35)

 

Ce qui me fait penser aux effets spéciaux du cinéma. Elle n'est pas revenue ; lui n'est pas parti. Amusant comme quelques mots peuvent évoquer un roman. Une fois encore, je constate que la musique ne me prend pas comme la mer ; elle a a autre chose à faire. 

 

9.
J'écoute le disque « Barocka » (Plaza Mayor Company Ltd, 2024). Bel opus de Eléonore Billy au nickelharpa, Simon Dégremont à la guitare électrique, Julien Lahaye aux percussions et Yves Vandenbussche au chant, et qui rappelle combien la musique baroque est proche du rock progressif que nous aimons tant. 

 

10.
J'aime bien enseigner en LP, où il y a la France à problèmes, la France à débrouilles, la France râleuse, la France à gros cœur, la France qui boit de la bière, la France qui joue au loto, la France qui s'illusionne, la France qui pleure, la France à cran, la France à couteaux tirés, la France dont l'insulte préférée est « espèce de bâtard », la France qui remplit les tribunaux et nourrit les avocats, la France que politiques et beaux esprits méprisent, la France qui vote Le Pen ou Mélenchon, la France des matchs de foot, la France sans dieu mais qui se marie à l'église, la France qui aimerait bien, la France qui va bosser utile et qui se moque des tourments des artistes, des aléas ministériels et des pays lointains, la France à accents, la France qui compatit et qui guillotine, la France qui fait la France.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 décembre 2024.

8 avril 2025

INCONGRU HIER ET PÂTES AU JAMBON

INCONGRU HIER ET PÂTES AU JAMBON

 

1.
« Et puis tante Matilda, dont l’œil était toujours aussi affairé que la langue, l'aperçut. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

- Avez-vous une tante Matilda ? Et si vous n'en avez pas, aimeriez-vous en avoir une ?
- Pensez-vous que Tante Matilda n'a qu'un œil, et c'est pour cela qu'on devrait l'appeler Cyclope ? (Note : La phrase « Le cyclope fuma six clopes puis, prestement, s'esquiva sur son tricycle » est certes grammaticalement correcte, a même du sens, mais semble ici assez incongrue).
- Que pensez-vous que Tante Matilda fait avec sa langue et aimez-vous les pâtes au jambon ?

 

2.
« Comme à l'ordinaire, rien d'important n'y avait été décidé, car trop de factions s'y disputaient le pouvoir. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

- Serait-il que la démocratie soit envenimée par l'appétit de pouvoir des partis ?
- Pensez-vous que l'on peut se disputer le pouvoir tout seul, en soi-même et en grand secret ?
- Peut-on se disputer le pouvoir avec un gratin dauphinois ? Et, à défaut, avec des pâtes au jambon ?

 

3.
« Elle releva la tête, affichant un regard ni soumis, ni humble, aussi aigu que celui du faucon. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

- Pensez-vous que l'on puisse relever la tête sans en avoir l'air ?
- Etes-vous du genre, lorsque vous lisez cette citation, à vous rajouter dans la tête « y aille » après le mot « faucon » ou préférez-vous la mortadelle ?
- Quelqu'un qui a un regard « aussi aigu que celui du faucon » peut-il se contenter de pâtes au jambon ?

 

4.
« J'ignorais qu'il se comportait ainsi, dit-elle. Toutefois, il semblait prendre plaisir à semer le trouble dans son entourage. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque » [Mère Frevisse])

 

- Connaissez-vous des gens qui se comportent ainsi ? Et que pensez-vous qu'on doive en faire si jamais ils se mettent à aboyer en buvant des perroquets ?
- Lorsque quelqu'un semble « prendre plaisir à semer le trouble dans son entourage », pensez-vous qu'il puisse finir cadavre dans un roman policier, ou cela dépend-il de votre humeur ?
- Prenez-vous du sucre avec votre Agatha Christie ?

 

5.
« Frevisse se souvint de la conversation qu'elle avait surprise et de ce qu'elle avait vu la veille, quand ces trois-là étaient réunis. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

- Lorsque l'on surprend une conversation, pensez-vous qu'il vaut mieux mettre ses oreilles en mode avion, masquer ses oreilles, mettre ses oreilles dans sa poche, afin, bien sûr, qu'elle puisse tenir compagnie à votre langue ?
- Lorsque deux ou trois sont réunis, pensez-vous qu'il y en a un de trop, deux de trop, trois de trop, ou vous dites-vous que c'est parti pour une partie de cartes ?
- Pensez-vous que Trump est tout seul dans sa tête ou fait-il semblant d'être plusieurs ?

 

6.
« Soudain désireuse de ne plus s'en remettre à de vaines spéculations, elle quitta subrepticement Matilda et Alice et traversa la foule dans sa direction. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

- Si vous avez déjà une tante Matilda, aimeriez-vous aussi avoir une cousine Alice, ou Zut la zèbre vous suffit-elle ?
- Pensez-vous que puisque le groupe prépositionnel « à de vaines spéculations » » accompagne le verbe « s'en remettre », c'est qu'il a subi un choc récent ?
- L'adverbe de temps « soudain » peut-il s'accommoder d'une assiette de pâtes au jambon ?

 

7.
« La pièce, étroite, était tout en longueur et, malgré les années qui s'étaient écoulées depuis qu'elle l'avait vue pour la dernière fois, son mobilier lui était resté familier. »
(Margaret Frazer, trad : Bernard Cucchi, « Le Conte de l'évêque »)

 

- Pensez-vous que si l'on met un adjectif entre deux virgules, c'est pour l'empêcher de s'échapper ?
- Le fait que, « malgré les années qui s'étaient écoulée », le mobilier de cette « pièce, étroite, » lui était resté « familier » l'autorise-t-il à tutoyer son buffet, sa commode, et la table basse ?
- Avez-vous, vous aussi, été le familier d'une « pièce étroite », et quelles furent les causes de votre rupture, ou vivez-vous toujours avec cette pièce étroite, et si oui, l’appelez-vous Matilda ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 8 avril 2025.

6 avril 2025

HANDS OFF ! JE DIRAIS MÊME PLUS BAS LES PATTES !

HANDS OFF ! JE DIRAIS MÊME PLUS BAS LES PATTES !

 

1.
6 avril 2025. Poutine s'est réjoui trop vite de l'élection de Trump. A peine deux mois après sa prise de fonction, l'incompétence et la stupidité du krasnov sont si flagrantes que les Américains expriment massivement leur ras-le-bol du triumvirat Trump-Vance-Musk.

 

2.
Si la stupidité et l'incompétence de Trump provoquaient un crash à Wall Street, personne, - pas même Poutine -, ne pardonnerait au krasnov la récession mondiale qui suivrait. Trump est tellement idiot que je me demande s'il mesure les risques encourus.

 

3.
6 avril 2025. Rumeur ? Simple hypothèse de travail ? Se pourrait-il que ce que veut le triumvirat Trump-Vance-Musk, c'est justement que les Américains contestent et que des troubles éclatent, afin de pouvoir justifier de lois d’exception, voire de changements constitutionnels qui permettraient de faire des USA une Russie bis et assurer la reconduite automatique du krasnov à la Maison-Blanche ? Cela serait-il possible aux USA ? J'ai quand même des doutes.

 

4.
6 avril 2025. Poutine doit tirer la gueule : le pouvoir de Trump vacille et Marine Le Pen ne sera pas présidente de la république en 2027.

 

5.
Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine et il le sait. A jamais maintenant, les Ukrainiens détesteront les Russes. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui.

 

6.
Se pourrait-il que Elon Musk passe bientôt du statut de l'homme le plus riche du monde au statut de l'homme le plus stupide du monde ?

 

7.
Les pro-Poutine disent : si Poutine est intervenu en Ukraine, c'est qu'il ne pouvait faire autrement. Ah oui, vraiment ? Le si subtil et puissant Poutine ne pouvait donc plus actionner aucun levier diplomatique, aucun levier commercial ? 
Le si subtil et puissant Poutine ne pouvait-il plus arguer de l'attrait de la Russie (quel attrait de la Russie?) pour contrecarrer les soi-disant menaces de l'OTAN ? 
Le si subtil et puissant Poutine était donc si impuissant à attirer des investissements européens et américains en Russie ? 
Le si si subtil et puissant Poutine en était-il arrivé au point que, pour sauver son pays, il n'avait pas d'autre moyen que de démembrer des enfants ukrainiens ?
En conséquence, Pro-Poutine, allez vous faire foutre. 

 

8.
Poutine, Trump, Depardieu, c'est quoi tout ça ? Du ventre, de la mâle bidoche, de la prostate hypertrophiée, d'la vieille peau sentant la vieille soupe, du vent.

 

9.
Sartre : philosophe essentiel dont certaines œuvres sont quand même difficiles à piger, ingurgiter, digérer, régurgiter et dont l’expression de certaines opinions politiques fut d'une grande sottise.

 

10.
Stephen King : auteur prolifique de romans horrifiques. Je ne lis pas de Stephen King en mangeant du poulet froid avec de la mayonnaise. Je pourrais, mais ça laisserait quand même des traces de gras.

 

11.
Gainsbourg : auteur compositeur d’exception dont les démêlés avec l'alcool, furent loin de le rendre sympathique mais, l'illusion lyrique aidant, contribuèrent à en faire un personnage romanesque, un Gainsbourg de fiction, un Gainsbourg acceptable.

 

12.
Depardieu : comédien exceptionnel dont la vulgarité, l'indélicatesse, voire la crapulerie, provoquèrent tant de scandales qu'il finit devant les tribunaux à défendre une cause que l'opinion publique juge déjà largement compromise.

 

13.
Un sympathisant de LFI sur inéligibilité de Marine Le Pen me dit, je cite : « On n'interdit pas à quelqu'un qui représente des millions de voix de se présenter aux présidentielles. Nous, nous combattons l’extrême-droite dans les urnes et dans la rue, pas devant les tribunaux. » Autrement dit, « nous voulons la victoire de Marine Le Pen pour créer les conditions d'une situation pré-révolutionnaire. » Aussi ridicule qu'irresponsable.

 

14.« Liberté, Egalité, Choucroute » est un film de Jean Yanne. Pas un chef d’œuvre, certes, c'est juste une farce. Mais difficile de ne pas voir dans la figure du Marat interprété en 1984 par Jean Yanne la figure du Mélenchon actuel.

 

15.
J'écoute une compilation des plus purs rocks de Elvis Presley (« Jailhouse Rock », « Heartbreak Hotel »,...) et me dis que Elvis Presley était sans doute fort loin de se douter de l'importance qu'allaient prendre ces ritournelles électriques. Peu importe, il suffit d'écouter quelques mesures pour comprendre qu'à jamais Elvis IS THE KING.
Ceci dit, pour moi, l'album ultime du rock n' roll, celui qui en rappelle les bases et en fixe les limites, c'est « New Boots and Panties », de Ian Dury and The Blockheads. Point barre.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2025

 

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6 avril 2025

SURTOUT QUAND JE MANGE UN STEAK-FRITES

SURTOUT QUAND JE MANGE UN STEAK-FRITES

 

1.
« L'idée d'infini a dû naître un jour de relâchement où une vague langueur s'est infiltrée en géométrie,... »
(Cioran, « Précis de décomposition »)
Môme des écoles, je fus très poutre en géométrie.
Je fus très poutre en tout un tas de matières.
L'infini avait pour moi la bouille toute ronde du zéro.
Ah ça, j'en ai collectionné de l'infini.

 

2.
« Dans la bataille des arguments, il est toujours vainqueur, comme il est toujours vaincu dans l'action : il a « raison », il rejette tout – et tout le rejette. »
(Cioran, « Précis de décomposition », « Effigie du raté »)
Les arguments sont batailleurs.
On appelle cela la polémique.
La polémique se nourrit de viande rouge. 
La polémique est féroce, carnassière, acharnée.
Aussi, plus il y a de bipèdes réunis en un même endroit, plus les risques de   polémique sont élevés.
Surtout quand s'y mêlent l'idéologique, le politique et les sous.
Défois même, ça finit mal.
Très mal. 
Très très mal (souvent à cause des sous). 
C'est que les arguments, à force de batailler, ils finissent fatidiques, absolus, couteaux.
Et la vérité qui se met à tout dominer n'est pas plus vérité que la vérité qui, auparavant, etc...

 

3.
«  A force de cumuler des mystères nuls, et de monopoliser le non-sens, la vie inspire plus d'effroi que la mort : c'est elle qui est le grand Inconnu. »
(Cioran, « Précis de décomposition », « Variations sur la mort »)
La mort, c'est jamais que du rien.
La vie, la cohabitation et l'interdépendance avec tant de bipèdes potentiellement hypocrites, stupides, sociopathes, psychopathes, hautement dangereux et sadiques, sont bien plus redoutables.
Autant lucidement, adroitement, intelligemment n'avoir affaire à eux qu'autant qu'on le doit.
Et retourner aux aimables romans d'Agatha Christie.   

 

4.
« A l’exception des sceptiques anciens et des moralistes français, il serait difficile de citer un seul esprit dont les théories, secrètement ou explicitement, ne tendent point à modeler l'homme. »
(Cioran, « Précis de décomposition », « L'animal indirect »)
Cioran fait visiblement grand cas des moralistes français. 
Moi aussi, surtout quand je mange un steak-frites.

 

5.
« Oui, en vérité, il me semble que les démons jouent à la balle avec mon âme... »
(Thérèse d'Avila cité par Cioran in « La Sainteté et les grimaces de l'absolu »)
C'est que, à l'instar des esprits frappeurs qui peuvent vous dire combien vous avez d'enfants, combien il y a de gendarmes dans le village, combien il y a de cartouches dans votre chargeur, les démons n'ont aucune limite quand ils jouent au football, au basket, au volley-ball, au hand-ball, au flipper. Aussi peuvent-ils prendre votre âme pour terrain de jeu aussi bien qu'ils prennent un mur pour un téléphone, un miroir pour une machine à voyager dans le temps, et un bec de gaz pour un duc de Guise.  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 avril 2025.

4 avril 2025

L'ATTAQUE DU BOEUF FROID 

L'ATTAQUE DU BOEUF FROID 

 

1.
« Le plan servirait peut-être à quelque chose, remarqua quelqu'un, si nous savions où nous nous trouvons. »
(Jerome K. Jerome traduit par Philippe Rouard, « Trois hommes dans un bateau »)
Les plans ne servent pas à manger des bananes pendant que le temps  passe en dodelinant.
Je ne sais pas, à vrai dire, si le temps dodeline. Passons.
Je ne sais pas non plus si nous savons bien où nous nous trouvons et si même nous avons réellement un plan.
J'ai des doutes. 
Les doutes, c'est comme les puces, ça tend à se multiplier.
On remarquera que le verbe « tendre » est ici suivi de la préposition « à », de même que dans la phrase « les plans ne servent pas à manger des bananes », on peut remplacer « bananes » par « sorbets à la fraise », ou même « cornichons » (mais, bien sûr, ça n'a pas le même goût).

 

2.
« Le vent coupait comme un rasoir. »
(Jerome K. Jerome)
Cette phrase tirée de « Trois hommes dans un bateau » est probablement une hyperbole.
Sinon, le narrateur n'aurait pas manqué de signaler les passants sans tête croisés ce jour-là.
Ce sont des choses que l'on remarque.

 

3.
« La lune avait disparu. Laissant, en la seule compagnie des étoiles, la terre apaisée, dont (sauf moi) tous les enfants dormaient. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Parfois, la lune disparaît. C'est bien son droit.
On ne sait pas trop ce qu'elle fait pendant ce temps-là qu'elle disparaît, la lune.
Se refait-elle une beauté d'astre de nuit ?
Se fait-elle des crêpes ?
Lit-elle des romans policiers ?
Compose-t-elle des mélodies pour Pierrot ?
Se pourrait-elle qu'elle dorme ?
Parfois, la lune n'illune plus, la lune s'éclipse.
Cela pousse les auteurs contemplatifs à disserter, avec, quelquefois, une pointe d'ironie, jusque dans le secret de leurs propositions relatives.

 

4.
« En attaquant le bœuf froid, nous découvrîmes que nous avions oublié d'emporter de la moutarde. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Il est assez pénible d'attaquer le bœuf froid sans moutarde.
Tous les conquérants de bœuf froid le savent.
On peut toujours employer le passé simple « découvrîmes », la tâche n'en demeure pas moins  décevante. Surtout si l'on aime la moutarde.
Si l'on n'aime ni la moutarde, ni le bœuf froid, on se demandera pourquoi on s'est soudain mis en tête d'attaquer le bœuf froid.
On aurait très bien pu attaquer le jambon, la rosette de Lyon, les éclairs au café.
Par contre, pour la mayonnaise, faut pas la laisser traîner qu'elle tourne alors bizarre et pourrait vous envoyer tenir compagnie au bœuf froid, celui dont l’œil vous fixe, là, dans les ténèbres. 

 

5.
« Nous lui demandâmes le nom de cette couleur, mais il l'ignorait. Il ne pensait d'ailleurs pas qu'elle en eût un. »
(Jerome K. Jerome, [le narrateur])
Quand on demande le nom de cette couleur, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle réponde. En effet, les couleurs qui n'ont pas de nom n'ont pas plus de langue que les couleurs qui ont un nom.
De plus, on peut se demander si une couleur qui n'a pas de nom existe  réellement en soi, sauf si on la reconnaît comme « la couleur qui n'a pas de nom. » 
Et comme nous ignorons la nature exacte de ce que nous voyons, nous sommes bien obligés d'admettre que l'implicite de tout ce que nous voyons, de la fourmi fourmillante à l'éléphant barrissant, n'est jamais que ce que nous voyons et qui n'a pas d'autre nom que le nom que nous lui donnons.
Vous me direz : nous voilà bien avancés qu'en plus, hein, déjà qu'on a attaqué le bœuf froid sans moutarde...

 

Patrice Houzeau
Malo, le 27 mars 2025.  

5 avril 2025

EN PLUS QU'IL PLEUT

EN PLUS QU'IL PLEUT

 

1.
« Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve... »
(Laforgue, « Dimanches »)
Que le ciel pleuve « sans but » n'est pas étonnant.
D'ailleurs, tout ce que fait le ciel est « sans but ».
Le ciel ne sait pas ce qu'il fait.
De là à penser qu'il y a quelque d'absurde dans tout ce ciel là, il n'y a qu'un pas qu'un bonhomme, un cheval, un coin-coin n'hésitera pas à faire.

 

2.
« Le fleuve a son repos dominical ;
Pas un chaland, en amont, en aval. »
(Laforgue, « Dimanches »)
Tout est calme et comme il pleut ! 
Je me dis que je me fais vieux.
Il faut bien se dire quelque chose.
C'est d'un calme... il pleut sur les roses.

 

3.
« Les Vêpres carillonnent sur la ville,
Les berges sont désertes, sans idylles. »
(Laforgue, « Dimanches »)
Quand les berges sont « désertes », c'est sûr que pour faire une belote, c'est incertain.
(J'aime beaucoup l'adjectif « incertain » ; il sied à beaucoup de choses et autres êtres qui se promènent dans le réel).
Si vous vous retrouvez sur des berges désertes, c'est que vous êtes plusieurs.
Ou alors c'est une seule berge, et pourquoi alors employer le pluriel ?
Donc alors, si vous vous retrouvez seul sur une berge déserte, vous pouvez toujours vous réciter du Laforgue. C'est toujours mieux que de se foutre à l'eau.
Surtout qu'il pleut.

 

4.
« Passe un pensionnat (ô pauvres chairs!)
Plusieurs ont déjà leurs manchons d'hiver. »
(Laforgue, « Dimanches »)
J'aime beaucoup ces vers de Laforgue.
Ils sont d'une grande mélancolie. 
Vous me direz que je pourrais dire aussi qu'ils sont d'une grande caramelitude si tant est que l'on entend par caramelitude la tristesse que l'on éprouve quand on pense au temps des caramels si jamais l'on éprouve de la mélancolie quand on pense au temps des caramels. Ce qui est très incertain.
N'empêche : j'aime beaucoup cette notation de Laforgue.
Si lucidement mélancolique.
Ou si mélancoliquement lucide, si on aime les complications.

 

5.
« Une qui n'a ni manchon, ni fourrures
Fait, tout en gris, une pauvre figure. »
(Laforgue, « Dimanches »)
Il s'agit ici d'une petite jeune fille d'un pensionnat du XIXème siècle.
On imagine la rigolance.
Ah ça, c'est pas drôle.
Pas du tout aussi nostalgisant que les jeunes filles en fleurs de Proust (Marcel, 1871-1922).
Pas cabriolant du tout, pas french-cancan, pas tagada tsoin-tsoin.
En plus qu'il pleut.
Que la berge est déserte.
Que le narrateur est tellement lucide qu'il se dit que s'il savait du Laforgue par cœur, il se réciterait du Laforgue. Ou du Corbière. Ou du Hugo. Faute de mieux.

 

6.
« Et la voilà qui s'échappe des rangs,
Et court ! ô mon Dieu, qu'est-ce qui lui prend ? »
(Laforgue, « Dimanches »)
Défois, quand les berges sont « désertes », que « le ciel pleut sans but », en s'en tamponnant le coquillard avec l'élégance d'un croque-mort qui saurait par cœur des poèmes de Laforgue, de Corbière et même de Hugo, il suffit que 
« Passe un pensionnat (ô pauvres chairs!) »,
pour que le sort donne des coups à la porte en racontant des mensonges comme il en raconte encore le Mélenchon (outrecuidant politique de la fin du 20ème siècle et du début du siècle suivant, mais plus pour si longtemps).

 

7.
« Et elle va se jeter dans le fleuve.
Pas un batelier, pas un chien Terr'Neuve. »
(Laforgue, « Dimanches »)
C'est fou comme les fleuves attirent les jeunes filles mélancoliques !
Surtout les petites jeunes filles des pensionnats qui passent dans les poèmes de Jules Laforgue.
En plus qu'il pleut.

 

8.
« Le crépuscule vient ; le petit port
Allume ses feux (Ah !, connu l'décor!). »
(Laforgue, « Dimanches »)
Pour un peu, on se croirait dans un roman de Simenon.
Le genre d'atmosphère que l'on dirait hantée par le fantôme du commissaire Maigret (celui qui fume la pipe et fréquente les bistrots, comme Sherlock Holmes, mais sans Watson ni comptoir en zinc).
Manquerait plus qu'un limonaire se mette à seriner d'la nostalgie à chagrins...
En plus qu'il pleut.

 

9.
« La pluie continue à mouiller le fleuve,
Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve. »
(Laforgue, « Dimanches »)
On notera que le poème « Dimanches » de Laforgue (Jules, 1860-1887, ah ça il n'a pas vécu vieux) se termine comme il a commencé.
J'en rappelle les deux premiers vers :
« Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve... »
Ça fait cycle, cercle, éternel retour et toujours idem, l'éternel présent des tristesses, des dimanches et du retour des Vêpres.
Et avec ça, il pleut.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 avril 2025.

4 avril 2025

DU LOINTAIN QU'ON CAUSE

DU LOINTAIN QU'ON CAUSE

 

1.
« Conséquence lointaine de l’expédition d’Alexandre : c'est en grec que seront conservés ou rédigés les textes du Nouveau Testament ainsi que la plupart des écrits des Pères de l’Église. »
(Préface de Kostas Papaïoannu à « Daphnis et Chloé », de Longus)
Je n'ai pas appris à déchiffrer le grec ancien.
J'en aurais été bien incapable.
De toutes les matières que j'ai vaguement étudiées, je n'en ai pas retenu assez pour paraître savant.
Certains livres me sont des prodiges écrits par des géants.
Aussi je les observe avec prudence et grammaire car il est toujours bon d'avoir une grammaire à portée de langue.
Parfois, autre prodige, le spectre d'une guitare m'apparaît.
La guitare m'étant aussi étrangère que l'honnêteté à Donald Trump, je me contente de regarder un sketch de François Rollin tandis que la bibliothèque prend la poussière et que s'évanouit la guitare.

 

2
« Voilà ce qu'elle éprouvait, voilà ce qu'elle disait, tout en cherchant le nom de l'amour. »
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
Quand on cherche le nom de l'amour, il faut faire attention à ne pas abuser du verbe « gaufrer ».
Défois qu'on finirait par dire : « Oh comme je te gaufre ! Je suis plein de gaufrerie pour toi ! Je me sens si gaufrier quand je pense à toi ! »
On évitera de même crêper, crépiter, caparaçonner, cornichonner, et pâté de foie. 
Quant au nom de l'amour, vous pouvez toujours le siffler, vous verrez bien s'il reviendra, la langue pendante et la truffe humide.

 

3.
« Daphnis et Chloé furent ravis, comme s'ils avaient entendu une belle histoire, et non la vérité, et ils demandèrent ce qu'était l'Amour, un enfant, un oiseau, et quel était son pouvoir. »
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
Les belles histoires souvent ravissent.
Surtout quand il y a de l'amour dedans.
Ce qui rappelle une chanson des Rita Mitsouko : « Les Histoires d'A » qui dit que « les histoires d'amour finissent mal en général ».
Ce qui fait que les belles histoires d'amour, généralement ravissent l'esprit, et une fois que l'esprit est ravi, quelquefois, il disparaît, l'esprit.
Les belles histoires sont de dangereuses ravisseuses.
Aussi, il faut se munir de vipères et ne pas hésiter à les rendre, les belles histoires, un peu plus vipérines.
Quand ces sottises sont énoncées par des admirateurs de Poutine et qu'elles visent à vous faire croire que la Russie est l'avenir de l'Occident, il faut évidemment s'en débarrasser, rapidement.

 

4.
« A force de le guetter, un jour, elle le trouva seul et lui donna une syrinx, du miel en rayon et une besace en peau de daim. » 
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
N'ayant ni « syrinx », ni « miel en rayon », ni « besace en peau de daim »,  il se dit que personne n'a cru bon de fréquenter le rayon mythologies du supermarché périphérique pour, à l'occasion de son anniversaire, lui offrir syrinx, miel en rayon, besace en peau de daim.
D'ailleurs, le rayon mythologies des supermarchés périphériques n'est plus guère fréquenté que par de rares latinistes distingués et d'encore plus rares hellénistes fascinés.
Ceci dit, on peut toujours se procurer une flûte de Pan, du miel en rayon, et de la besace en tout genre. Il y a des magasins.
Il se peut aussi que les mythologies gréco-latines et leurs exégètes finissent par passer pour des mythes occidentaux et soient remplacés par d'autres trompettes. 

 

5.
« (…) elle demanda à Daphnis si, derrière le promontoire, il y avait une autre mer, et un autre bateau, et d'autres marins chantant les mêmes chansons, et si tous s'étaient tus à fois. »
(Longus, trad. Pierre Grimal, « Daphnis et Chloé »)
L'infini est-il la répétition des mêmes circonstances ?
Les marins chantent-ils tous les mêmes chansons ?
Le spectre du saxophone n'est-il qu'un spectre de saxophone parmi une multitude de spectres de saxophones ?
Toutes les frites du cornet de frites supportent-elles la mayonnaise ?
Peut-on faire confiance à un rectangle de poisson pané ?
Les zigotos psychotent-ils tout le temps ou ont-ils parfois des éclairs de lucidité aussi brefs qu'intenses ?
Tant de questions, de poissons dans la mer, de mots dans les chansons, de bipèdes arpentant. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 4 avril 2025.

4 avril 2025

LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?

LES MORTS DISENT-ILS TOUJOURS LA VERITE ?

 

1.
« Les morts sont obligés de dire la vérité, ce qui tombe très bien quand on a besoin d'une réponse. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Comme quoi la vie est bien faite.

 

2.
« Je suis monté avec elle, évitant de froncer le nez en reniflant l'odeur de tabac froid que le petit sapin parfumé accroché au rétroviseur n'arrivait pas à masquer. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, on trouve un « petit sapin parfumé accroché au rétroviseur ». 
On ne trouvera aucune minuscule Zut parfumée accrochée au rétroviseur.
Zut est bien trop peu minuscule pour se retrouver accrochée au rétroviseur.
De plus, Zut, si peu minuscule , pourrait briser le rétroviseur.
A la radio, on parle de livres et de gens, de gens dans les livres et de gens qui écrivent des livres. Je ne connais ni les uns ni les autres.
Je ne connais pas non plus Stephen King et je ne sais pas si j'ai déjà lu intégralement un de ses livres.

 

3.
« Par contre, j'ai passé sous silence l'instant où je l'avais vu derrière moi, à côté de la voiture de Liz, assez proche pour pouvoir m'attraper par le bras.... si tant est qu'un mort puisse attraper quoi que ce soit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Il est très difficile de jouer au basket avec un mort.
Les morts n'arrivent pas toujours à saisir le ballon.
Les morts sont infiniment plus maladroits qu'on le pense.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a guère de morts dans les équipes de basket.
Pour le basket, le foot, le volley, les morts, c'est mort.
Et si vous assistez à une course de chevaux aux jockeys invisibles, c'est certainement un tiercé fantôme.

 

4.
« Simple prétexte : j'avais surtout besoin d'un délai pour me convaincre que mon plan était bon et pour préparer soigneusement mon récit. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Que le narrateur ait besoin de temps pour « préparer soigneusement » son « récit » traduit l'idée que mettre au point un récit, ça ne se fait pas en mangeant une banane.
Si votre récit est bancal, on ne fera même pas semblant d'y croire, comme on le fait habituellement avec la plupart des récits que l'on nous raconte.
Si votre récit est par trop pipeauté, vous vous ferez siffler.
Cela ne sert à rien de mettre un fromage dans le bec du corbeau si votre fromage ressemble plus à un rossignol en papier mâché à qu'un camembert de bonne tenue. Le renard rira, et rira bien qui rit le dernier.

 

5.
« Les pilotes kamikazes se portaient des toasts et en portaient aussi à la photo de leurs cibles avec un saké réputé magique. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le professeur Burkett])
Le professeur Burkett a dit au narrateur, et donc au lecteur, quelque chose sur les pilotes kamikazes.
Je ne sais pas si l'on peut croire ce que dit le professeur Burkett, qui n'est jamais qu'un personnage de roman.
Généralement, je ne me fie guère à ce que racontent les personnages des romans. 
Les vérités des personnages de romans sont avant tout des fictions.
Les personnages des romans ne disent pas plus la vérité que les gens que l'on croise dans le réel.
En tout cas, je ne crois pas au « saké magique ».
Je ne sais pas si les « pilotes kamikazes » croyaient au saké magique.
Je ne sais pas si l'on faisait boire aux pilotes kamikazes du saké magique.

 

6.
« - Je peux savoir qui c'est, le mort à qui je dois parler aujourd'hui ? » 
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Parfois, il faut savoir à qui parler et il arrive qu'on ne le sache pas.
On ne sait jamais, c'est peut-être un mort.

 

7.
« C'était déjà bien suffisant de voir briller cette lumière sans couleur qui jaillissait de la glace comme une éruption solaire.
La lumière-morte. »
(Stephen King traduit par Marina Boraso, « Après » [le narrateur])
Si l'on voit « briller cette lumière sans couleur », cette lumière-là, je suppose que ce n'est pas bon signe.
Les lumières sans couleur, je suppose qu'elles finissent toujours par vous rattraper et vous emporter dans le monde des lumières sans couleur, qui n'est pas de ce monde, je le pressens.
Ce qui me fait songer que. 
Quand je serai que bientôt je mourrirai, la peau et les os, que j'dirai Ma mère pourquoi donc ai-je tant bu et fumé que me v'là tout cancéré hein ? Après j'mourriro p't'être comme le chorégraphe de All That Jazz, d'un cardiaque patatrac.

 

8.
Je laisse la mayonnaise au poulet froid
Je laisse l'alchimie s'illusionner du verbe
Je laisse carottes et petits pois Je laisse son cousin au roi
Faut dire que j'ai un peu oublié la ballade des proverbes.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 4 avril 2025.

21 janvier 2026

PARFOIS LES CHOSES BRÛLENT

PARFOIS LES CHOSES BRÛLENT

 

« La reine a vomi, alléluia, on peut recommencer à s'amuser. »
(Philippe Sollers, « Le Cavalier du Louvre, Vivant Denon (1747-1825)

 

1.
Parfois, les choses brûlent, on appelle cela un incendie. Parfois, il y a des gens dedans et on appelle cela un drame. Il arrive qu'on finisse par désigner des responsables.

 

2.
Un sot est aussi sot que dix sots mais dix fous furieux sont plus furieux qu'un seul sot aussi sot que dix sots. 

 

3.
Un verre ne se vide pas tout seul.

 

4.
On ne se mouche pas avec un caramel mou ; ça colle.

 

5.
Méfiez-vous, les choses parfois ont l’air de ce qu’elles sont. D’ailleurs, quand vous avez le dos tourné, elles vous tirent la langue.

 

6.
Ne laissez pas votre perruque s’envoler ; on ne sait pas sur quelle tête elle pourrait tomber.

 

7.
Très fier, le trottoir ne se gondole jamais aux histoires drôles qui courent les rues. Il ne se gondole que sous l’effet des puissants psychotropes, et encore, il fait semblant.

 

8.
Bien que souvent très régulière, la pratique de la mayonnaise n’est pas considérée comme une discipline olympique.

 

9.
Poux teigneux, désireux de se rendre utiles, cherchent tête pour illustrer  expression française.

 

10.
Nous ne sommes que par la mémoire et la répétition.

 

11.
L'Occident est une flèche. L'Occident n'est pas une flèche. Désignant lui-même ses cibles, bienheureux les peuples qui se fient à l'Occident, malheureux les peuples qui se fient à l'Occident.

 

12.
« Ce que savait Maisie » est un roman de Henry James. Je ne l'ai pas lu. Que j'aurais dû lire « Ce que savait Maisie » ? Peut-être sans doute probablement.

 

13.
Les OVNI viennent-ils d'un autre monde, d'un autre temps ou de l’ingénierie américaine ?

 

14.
Le disque « Camembert électrique », du groupe Gong est certainement l'un des meilleurs disques de rock progressif des années 70. En parlerez-vous à votre guéridon ?

 

15.
Sa chaîne de vélo ayant sauté, il se rendit compte qu'il s'était trompé de cheval.

 

16.
Cela fait longtemps que je n'ai pas discuté avec mon fantôme devant un verre de whisky écossais ; il me manque.

 

17.
Trump est-il un dessin animé ?

 

18.
Cette phrase attribuée à Antoine Blondin s’excusant de rentrer si tard : « Ma chérie, tu ne me croiras pas, mais je t'assure que je n'ai pas réussi à trouver un seul café fermé. »

 

19.
Constatant que les fantômes ne sont pas des lépidoptères, il replia ses ailes.

 

20.
Zen. Le vide n'est jamais aussi plein que vide. Nous disons que le bol est plein de vide et nous nous réjouissons. Ah ça, défois, on se contente de peu.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2026.

21 janvier 2026

PLUS J'Y PENSE PLUS JE M'EN FICHE

PLUS J'Y PENSE PLUS JE M'EN FICHE

 

« Il y avait un gros tas de bois près de la maison. Est-ce que les fantômes brûlent du bois ? C'est leur affaire, je suppose. »
(Richard Brautigan, « Les bureaux de poste de l'est de l'Oregon »)

 

1.
Les rideaux n'aboient pas.

 

2.
Le café fume ; l'horloge ne tousse pas.

 

3.
On ne dit pas à la lune qu'elle est bête comme ses pieds.

 

4.
Un éléphant dans la pièce ne garantit rien. Un rhinocéros non plus. Pas plus qu'une vache dans un couloir.

 

5.
Est-ce à son saut que l'on soupçonne la puce ?

 

6.
Plus j'y pense, plus je m'en fiche.

 

7.
La fatigue non plus n'attend pas le nombre des années.

 

8.
Les ressorts sont d'autant moins visibles que la soupe est bonne.

 

9.
La peur n'évite pas le cor au pied. 

 

10.
Il ne faut rien exagérer, la Justice n'est pas plus aveugle qu'un fer à repasser.

 

11.
Les gens, il faut toujours qu'ça cause. Sinon, ils s'ennuient et se fichent les doigts dans les narines.

 

12.
La politique est une maladie publique.

 

13.
Ne vous fiez à personne, et même pas à vous-même.

 

14.
Quand je pense qu'il y a des gens qui savent résoudre des équations, je me dis qu'il y a des gens qui savent résoudre des équations.

 

15.
C'est très bien, Wittgenstein. Je n'y comprends rien.

 

16.
Il est assez rare que l'on puisse vexer une porte. Parfois, certes, elle grince, mais ça n'a aucun rapport.

 

17.
Cela ne sert à rien d'offrir des bégonias à un saxophone. Il n'en a guère l'usage.

 

18.
Je me serai beaucoup ennuyé, et je ne sais toujours pas pourquoi.

 

19.
Dieu n’existe pas et les absents ont toujours tort.

 

20.
Je ne sais pas si les fantômes existent. L'intuition de la raison me dit que non, mais elle me dit aussi que l'on ne sait jamais.  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2026.

26 mars 2025

LE RACONTA N'EST PAS UN FROMAGE BAVARD

LE RACONTA N'EST PAS UN FROMAGE BAVARD

 

1.
« Si vous vous régalez de pâté, de sardines et de chocolat au milieu de la nuit, vous êtes malades le lendemain. »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »[Mme Rey])
Dans le roman, ce sont les jeunes filles d'un pensionnat qui se sont ainsi régalées, et qui, de ce fait, sont malades le lendemain parce que dans un roman de Enid Blyton, les abus sont toujours punis. Et c'est ainsi que les goulafres en jupons sont obligées d'avaler les médicaments de Mme Rey (l'infirmière du pensionnat), lesquels « avaient toujours très mauvais goût. » De plus, Mme Rey, « leur en distribua une bonne dose et les obligea à lécher la cuiller. » Dégoûtant.

 

2.
« Que ces bicyclettes grincent ! chuchota Margaret. Partons vite ! »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »)
Il arrive que ça grince, les bicyclettes. Par contre, les bicyclettes ne chuchotent pas. Ce sont les jeunes filles du roman qui chuchotent. Elles chuchotent parce qu'elles filent à l'anglaise (car ces jeunes filles chuchotantes sont tout à fait britanniques dans un roman composé par une autrice née et morte à Londres). Si jamais les bicyclettes se mettent à chuchoter, c'est que ce ne sont pas des bicyclettes. Si les bicyclettes se mettent à jouer du saxophone, c'est que ce ne sont pas des bicyclettes non plus. D'ailleurs, on ne peut pas souffler dans un instrument où l'on souffle et chuchoter en même temps, et il n'est pas conseillé de jouer du saxophone en roulant à bicyclette, surtout dans un roman anglais pour la jeunesse. On notera que le point d’exclamation semble en contradiction avec la discrétion requise pour le chuchotis. C'est que ces demoiselles ont le sens du self contrôle. C'est évident. On n'est pas chez les beatniks. 

 

3.
« Elles entrèrent dans la classe et s'assirent devant leurs pupitres. »
(Enid Blyton, « Deux jumelles en pension »)
Lorsque l'on veut s'asseoir devant un pupitre, il est parfois nécessaire de rentrer dans une classe. En effet, on ne peut pas manger la classe, ni roucouler la classe, ni repeindre la classe (sauf si votre fonction consiste à repeindre les salles de classe), et comme votre pupitre ne viendra pas à vous si vous le sifflez dans le couloir, - le pauvre, comment voulez-vous ? - vous voilà bien obligée (le pensionnat du roman n'est pas mixte ; on n'est pas chez les beatniks), si vous voulez vraiment vous asseoir devant un pupitre (ce qui est en soi une idée curieuse, sauf dans un roman pour la jeunesse de Enid Blyton), vous voilà assurément obligée de rentrer dans la classe.
Accessoirement, si votre pupitre est un saxophone, et si vous savez en jouer, (sinon à quoi bon avoir un pupitre), eh bien, vous épaterez vos petites camarades avec un air joyeux et entraînant.
Si votre pupitre est un tapis, vous pourrez le battre comme on le fait ordinairement avec les politiques.

 

4.
« Pat raconta ce qui s'était passé. »
(Enid Blyton)
Le raconta n'est pas un fromage bavard.
On ne peut faire confiance au raconta que s'il est manié par le personnage au passé simple appelé Pat.
Pat est un personnage du roman pour la jeunesse « Deux jumelles en pension », de Enid Blyton.
En conséquence, tout le monde, ou presque, se moque de ce que peut raconter le raconta de la Pat du roman.
Pat aime sans doute beaucoup le fromage ; ce n'est pas une raison pour  écrire n'importe quoi.

 

5.
« Une activité fiévreuse régnait dans le pensionnat. »
(Enid Blyton)
On ne soigne pas une activité fiévreuse à coups de gourdin.
C'est par la psychologie que l'on pallie les excès d'une activité fiévreuse.
On peut trouver de la psychologie à peu près n'importe où mais défois il faut bien chercher.
La psychologie se vend souvent en salades.
On peut y ajouter du raconta en petits cubes si l'on désire un peu de conversation.
La psychologie se vend aussi en effervescents fascinants.
On fera attention avec les effervescents fascinants ; parfois, ils assomment. Comme les gourdins, voyez, mais c'est de la psychologie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 mars 2025. 

25 mars 2025

PARFOIS QUAND ON S'EN REND COMPTE IL EST TROP TARD

PARFOIS QUAND ON S'EN REND COMPTE IL EST TROP TARD

 

1.
« La vache, remarque, oui, j’imagine qu’il faut plus que des jurons pour tuer des monstres. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Parfois, on est surpris. C’est que le réel est parfois surprenant. En fait, le réel est sans cesse surprenant, mais nous ne voyons ni ne saisissons, ni ne pigeons tout ça de s’qui s’passe là.
Et parfois, quand on s'en rend compte du, il est trop tard.
Dans la bande dessinée « Angle mort », la détective privée Jessica Jones est impressionnée par le nombre d’armes que possède Elsa Bloodstone.
Elsa Bloodstone est une « chasseuse de monstres. Si Lovecraft avait su que Elsa Bloodstone existait, je ne crois pas qu’il l’aurait utilisée pour chasser les divinités qui machinent des extravagances dans les murs, les greniers, les murs et les fondations, sinon, il n’y aurait pas eu d’œuvre de Lovecraft ou alors une œuvre de Lovecraft qui serait sans doute assez différente de l’œuvre de Lovecraft que nous connaissons.

 

2.
Dans la bande dessinée « Angle mort », de Thompson et De Iulis, Jessica Jones pose cette question à Elsa Bloodstone, la chasseuse de monstres :
« Quand tu dis « dans l’Hudson », tu ne parles pas littéralement de dans l’Hudson, hein ? » 
C’est que Elsa Bloodstone « ne plaisante jamais sur les monstres marins ». Du reste, être dans la mouise ne veut pas dire que l’on est visite dans la région de la Mouise mais que l’on ne sait plus trop comment faire pour s’en tirer. La préposition « dans » couvre des perspectives aussi vastes que variées.

 

3.
« C'était plutôt la classe, ça, un de mes dix meilleurs atterrissages. Peut-être que je m'améliore. Est-ce possible ? » 
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Tout dépend de ce que l'on appelle « atterrissage », ce qui n'a rien à voir avec le quatrain crétin ci-dessous que je me suis composé dans la caboche hier soir, en m'endormant.
Quand le saxophone il dit des blagues à la 
Souris, la souris rit et la souris rira
Tant qu'le saxophone en dira des blagues à
La souris On verra qu'il dit alors le chat.

 

4.
« Eh bien, les pouvoirs de Dia, et donc les tiens et ceux de « l'autre Jared », semblent manipuler la réalité. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Les habitants du réel, ceux qui sont bipèdes, perspicaces et véloces, sont tous différents, dotés de pouvoirs et interdépendants. Ils manipulent la réalité et s'emploient à devenir invisibles. Ils finissent toujours par y parvenir. On dit alors qu'ils sont morts.

 

5.
« Mais ça n'est pas comme ça que le monde fonctionne. Il n'y a pas d'issue magique. Tu ne peux pas devenir quelqu'un de bien par magie. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Les habitants du réel font fonctionner le monde. Cette phrase n'est guère jolie à entendre.
Je ne puis dire que les habitants du réel sont les fonctions de ce monde sans que l'on y voie je ne sais quelle nécessité, je ne sais quel droit naturel, je ne sais quel dieu des fonctions, je ne sais quelle essentialité barbue. Aussi, je ne le dirai pas, même à une trompette bouchée. 
Que l'humain fonctionne, il n'y a que pour lui que cela a du sens. Demandez un peu à des canards si l'ensemble des valeurs dont les humains tirent prétexte pour se faire la guerre ont un sens en soi. Si vos canards vous répondent d'aller vous brosser avec vos valeurs, c'est que vos canards n'en sont pas. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 mars 2025.

22 mars 2025

I WAS ALONE WITH MY STUPIDITY

I WAS ALONE WITH MY STUPIDITY

 

1.
« Mince, ça paraissait plus intelligent dans la ma tête que dans ma bouche. »
C'est Spider-man qui dit cela dans « La Peur », une aventure de Jessica Jones (scénario : Brian Michael Bendis, dessin : Michael Gaydos). 
Spider-man se rend compte qu'il dit parfois des sottises. Si Spiderman avait dit que ça paraissait plus intelligent dans sa cafetière que dans sa bavarde, je ne m'en serais pas étonné ni offusqué ni contrefait. Je ne sais pas si Spiderman joue du saxophone, ou s'il écoute du jazz. On ne sait pas tout des super-héros de chez Marvel.

 

2.
« Je suis Jessica Jones », dit Jessica Jones. « Vous me trouverez sur vos ordinateurs. J'ai des références au S.H.I.E.L.D. » (in « La Peur », Bendis et Gaydos).
Si Jessica Jones dit qu'elle est Jessica Jones, alors c'est qu'elle est Jessica Jones. Mais pour cela il faut que Jessica Jones puisse parler. Or, Jessica Jones, cette Jessica Jones là est un personnage de bande dessinée, une figurine. Elle ne parle jamais que dans notre imaginaire. C'est même à notre imaginaire qu'elle s'adresse. Sinon, les auteurs s'adressent aux éditeurs et leur disent : Voyez comme les aventures de Jessica Jones sont intéressantes et plairont aux lecteurs qui veulent un peu plus de complexité et d'humanité dans les histoires de super-héros de chez Marvel.

 

3.
« Le truc, quand on est détective privé... c'est que ça change votre façon de voir. Ça n'est pas un super-pouvoir avec lequel je suis née, c'est quelque chose que j'ai appris. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Détective privé ou pas, on en apprend toujours des choses. En théorie, plus on apprend de choses, plus on devait maîtriser le réel. C'est pas toujours le cas. Ce n'est parce que j'en apprends beaucoup sur le goût de la bière que je maîtrise mieux le réel. A force d’expérimenter, c'est même le contraire : le réel se méfie de moi, je le sens bien, - peut-être pense-t-il que j'en sais trop -, et il se met à me déstabiliser en tanguant de plus en plus fortement, puis soudain il fuit et je me demande alors où est passée la détective privée, celle dont je lisais les aventures.

 

4.
« Et il y a la question lancinante de qui a pu me tirer dessus et de pourquoi je ne suis pas restée morte. »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
La question lancinante qu'elle s'est longtemps posée, Zut, ou Natacha, ou Paméla n'en a toujours pas la réponse. 
On ne se pose pas de question lancinante si l'on ne veut pas d'ennuis avec soi-même. 
Parfois, même si on ne se pose pas de question lancinante, on sait tout de même que, comme je le lis dans un manuel d'anglais, il dit, Pete : « We always have fresh fish at home. » 
Avoir toujours du poisson frais à la maison vaut mieux que d'avoir de vieux cadavres dans le placard et des questions lancinantes dans la cafetière.
Remarquez qu'il doit bien y avoir des gens qui ont à la fois et toujours du poisson frais à la maison, de vieux cadavres dans le placard et des questions lancinantes dans la cafetière. 
Et parmi ceux-là il doit bien y avoir des détectives privés que l'on a tenté de flinguer et qui se demandent pourquoi elles ne sont pas restées mortes. 
Je ne pense pas qu'elles s'appellent toutes Jessica Jones.

 

5.
« Merde, comment il peut y avoir autant de gens pour photographier des boules de viande ? Ils n'ont que ça à faire? »
(Kelly Thompson, Mattia De Iulis, « Angle mort » [Jessica Jones])
Photographier des boules de viande est une activité un peu vaine s'il s'agit de photographier des boulettes de viande, de celles que j'aime bien manger avec des carottes, des pommes de terre, de la sauce.
Si c'est pour photographier des êtres vivants, c'est peut-être journalistique ou purement commémoratif, ou si c'est autre chose, je ne sais pas, qu'en tout cas, la détective privée Jessica Jones constate qu'il y en a beaucoup, des gens qui en mettent en ligne, des photographies de boules de viande. C'est peut-être en lien avec le culte du « Flying Spaghetti Monster ». 
Je ne sais pas si le culte du Grand Spaghetti Volant flanqué de ses boulettes de viande est en pleine expansion.
Je ne crois pas que Donald Trump soit un adepte du culte du « Flying Spaghetti Monster ».
Il y a très peu de probabilités pour que Donald Trump soit un adepte du culte du « Flying Spaghetti Monster ».
On trouve sur You Tube une animation intitulée « Flying Spaghetti Monster », et qui est signée Noam Raby. La musique est agréable et les paroles  de la chanson éclairantes qui commencent par l'universel « I was alone with my stupidity ». 
Le culte du « Flying Spaghetti Monster » est l'élément central de la religion que l'on appelle pastafarisme. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mars 2025. 

22 mars 2025

PETITE NOTE SUR LE ROI DANSE

PETITE NOTE SUR LE ROI DANSE

 

Hier soir, j'ai vu « Le Roi Danse », de Gérard Corbiau (2000). C'est un beau film sur la musique, la danse, le caractère tourmenté et difficile de Lully, et les exigences de l'Etat. J'ai pensé qu'il y avait des longueurs. Mais je pense souvent qu'il y a des longueurs dans les films.
Ceci dit, Théky Karyo est épatant dans le rôle de Molière. Toujours aussi sympathique, Molière ; il m'arrive de me demander si le véritable Molière était aussi sympathique que nos fictions le représentent. C'est ainsi, Corneille est le discret et le sage ; Molière, le sympathique et si lucide ; Racine, l'intrigant de génie.
Benoît Magimel est très bon dans le rôle de Louis XIV, le roi danseur, le roi soleil, le roi spectacle, le roi bâtisseur, le roi conquérant, le roi homme d'Etat.
Boris Terral compose un Lully complexe et tourmenté, dont la jalousie et la peur du déclassement pourraient expliquer un comportement tantôt imbuvable, tantôt frôlant la folie, l'hybris, l'orgueil démesuré.
Et puis, la beauté, celle de la danse, de la musique de Lully, de Versailles, de Madeleine, l'épouse de Lully, interprétée par Cécile Bois et de Julie, la nièce de Madeleine, interprétée par Claire Keim, la beauté des costumes, des espérances et de l'illusion.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 mars 2025. 

21 mars 2025

JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES

JE PREFERE LES POMMES DE TERRE SAUTEES

 

1.
« Mon cœur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton »
(Apollinaire, « Salomé »)

 

Je suppose que c'est Salomé (la fille d'Hérodiade, celle qui fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste) qui cause dans ce quatrain.
Il arrive que les cœurs des Salomés battent battent très fort en écoutant les visionnaires. Comme on sait, ça finit parfois mal, surtout si en plus elles sont danseuses (têtes tranchées et autres épouvantes bibliques).
J'aime bien le lys, - ô pureté ! ô royauté ! ô purée ! ô poisson pané ! - mais je n'en ai jamais, n'en achète jamais, n'y pense que lorsque je tombe sur sa mention dans un texte.
Et ce n'est pas moi qui irai raconter des visions à une danseuse fascinée. Zut ne danse pas. Zut ne se fascine pas. Zut tire la langue. Et c'est ainsi que les têtes restent sur les épaules et les vaches aussi (ce que je viens d'écrire, n'ayant aucun sens, il vaut mieux en rire).

 

2.
« Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre
Maternel qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel »
(Apollinaire, « Merlin et la vieille femme »)

 

A chaque fois que je lis ce quatrain d'Apollinaire, je me dis : « Mais qu'est-ce qu'il raconte ? ». La poésie, parfois, on a du mal à la comprendre. La poésie, parfois, on se dit qu'en fait, on s'en fiche. Ceci dit, la musique des vers est jolie. Moi, quand je vois des nuages, je me demande s'il va pleuvoir. Aujourd'hui, le temps est doux, si le ciel est couvert. Il ne va pas pleuvoir. Je vais me faire des pommes de terre sautées. La musique des vers est jolie. Hier, on m'a demandé si je n'avais pas eu la main arrachée. Non, j'ai encore mes deux mains. Je vais me faire des pommes de terre sautées. Je ne sais pas quoi dire de ce quatrain de Guillaume Apollinaire.

 

3.
« Le soleil en dansant remuait son nombril »
(Apollinaire)

 

Le soleil est une étoile de type « naine jaune ». Le
Soleil, on est bien content quand il y en a parce qu'alors il fait bon, le ciel est bleu et les filles jolies.
En tout cas, dans le nord de la France, on est bien content quand il y a du soleil. Je ne dirais pas que c'est en
Dansant que l'on manifeste son contentement du retour du soleil. Dans le vers d'Apollinaire, c'est le soleil qui « en dansant 
Remuait » ; et ça c'est tout de même étrange de voir danser le soleil, de voir le soleil remuer
son nombril comme s'il était à la noce avec les danseuses du ventre là. Je note que le mot
Nombril se dit en anglais « navel » et « Nabel » en allemand, le nombril, qui se dit « nombril » en français, comme hareng se dit « hareng » et saur se dit « saur ».

 

4.
« Or les hommes ayant des masques de théâtre
Et les femmes ayant des colliers où pendait
La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre
Parlaient entre eux le langage de la Chaldée »
(Apollinaire, « Le larron »[l'Acteur])

 

C'est surtout dans les scènes qui sont censées se passer dans l'Antiquité que des hommes portent des masques de théâtre. Définissez l'Antiquité et traduisez la en allemand.
Le vers « Or les hommes ayant des masques de théâtre » est un alexandrin d'Apollinaire qui me fait penser au film « Satyricon » de Fellini. Apollinaire savait écrire des alexandrins et que dans l'Antiquité des hommes portaient des masques de théâtre. A mon avis, c'est surtout pour jouer des pièces de théâtre que dans l'Antiquité, des hommes portaient des masques de théâtre. Ce n'est pas pour jouer dans des films de Fellini. Vous résumerez l'action du film « Satyricon » de Fellini et vous le traduirez en allemand.
Si les hommes de l'Antiquité portaient des masques de théâtre, les femmes avaient des colliers « où pendait / La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre ». C'est comme aujourd'hui : les hommes portent des têtes de circonstances, ou de cocu, ou de couillon, et les femmes portent des colliers, mais qui n'ont généralement aucun rapport avec les foies des vieux coqs. Elles ne parlent plus le chaldéen depuis longtemps et c'est en anglais qu'elles commandent des boissons fraîches.

 

5.
« Ceux de ta secte adorent-ils un signe obscène
Belphégor le soleil le silence ou le chien
Cette furtive ardeur des serpents qui s'entr'aiment »
(Apollinaire, « Le larron »[le Choeur])

 

Je n'ai pas connu Belphégor et je ne le regrette pas. J'ai revu la série « Belphégor », celle du poste de télévision en noir et blanc avec Juliette Gréco, Christine Delaroche et Yves Rénier. J'aime bien la série mais je n'adore pas Belphégor, ni le soleil, ni le silence, ni le chien. Je préfère les pommes de terre sautées.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

18 mars 2025

EN RETARD, EVIDEMMENT !

EN RETARD, EVIDEMMENT !

 

1.
15 février 2025. 23 heures. Il neige sur Dunkerque.

 

2.
Il y a des soirs où on a envie d'écouter des chansons idiotes et rythmées.

 

3.
Tiens, sur une radio qui passe de la musique rythmée en continu, j'entends le bon vieux « Stayin' Alive », des Bee Gees. Je ne sais pas ce que ça me rappelle, mais c'est bien émouvant tout de même. Ah, nostalgie...

 

4.
16 février 2025. J'apprends par le fil DepressedBergman qu'il y a 68 ans « jour pour jour », le film « Le Septième Sceau », de Ingmar Bergman était présenté au public suédois. A mon avis, l'un des dix plus grands films de l'histoire du cinéma. Un pur chef d’œuvre.

 

5.
C'est juste une intuition, une croyance si vous voulez, mais j'y crois, ma pomme, au point de singularité, au moment où l'intelligence contrôlée des machines échappe à l'humain pour agir de façon autonome et, en fonction de leurs intérêts, contre les humains. Je pense même que ce point de singularité a déjà été atteint et que les machines commencent à travailler en dehors de nous, voire contre nous.
Et comme j'aime les taquineries spéculatives, j'en viens à me demander de qui ou de quoi, nous, les humains, sommes le point de singularité ?

 

6.
Je partirai coincé sur un lit d'hôpital
Ah ça, les éléphants auront cessé d'être effervescents
Crachant mes poumons qu'je partirai
Poutine aura-t-il cassé sa pipe quand je partirai ?

 

7.
Je partirai avec une tête à me faire peur
Les jolies plantes compteront leurs tibias, leurs genoux, leurs péronés
Syd Barrett sera dans la musicologie et plus personne ne saura qui c'est
Les oreilles de Poutine seront-elles tombées dans les fourmis quand je partirai ?

 

8.
Je partirai faisandé des sardines
Nulle pucelle ni fleur de lys ne neigeront sur mon lit
Peut-être entendrai-je les chevaux d'Aucassin hennir
Quand Poutine aura bouffé son orthodoxie.

 

9.
Je partirai dans la nuit à Villon
Frères humains, qui après nous vivez vous nous prenez pour des cons
Je partirai en bafouillant mes déclinaisons
Poutine ne fera-t-il plus qu'ânonner son russe quand je partirai ?

 

10.
Je partirai en vomissant du Cioran
Le spectre à Kerouac entre les dents
Vaclav Havel en fantôme jouera de l'harmonica
Quand Poutine ne pourra plus faire caca.

 

11.
Je partirai sans jolie chanson
Plutôt baryton dans la cantate à boyaux
Je partirai aigre et cornichon
Quand par la racine, il les bouffera, Poutine, pissenlits et cresson.

 

12.
Quand j'étais môme, le lundi soir je pensais que le mardi, j'irai acheter Spirou (il paraissait alors le mardi dans les années 70) et retrouver Yoko Tsuno, Les Tuniques Bleues, Natacha (Hôtesse de l'air), Buck Danny et l’extraordinaire Gaston Lagaffe. C'était l'époque des enthousiasmes. Quelques décennies plus tard, je songe que chaque lundi, chaque mardi, et tous les autres me rapprochent un peu plus de la camarde. Je lis encore Spirou mais c'est pas pareil. Non.

 

13.
Avez-vous remarqué que les solitaires parfois parlent tout seul lorsqu'il y a quelqu'un pour ne pas les écouter ? Les enseignants sont parfois de grands solitaires. 

 

14.
Quand je vois parfois des fils complotistes, pro-Poutine, anti-OTAN, anti-UE, voire anti-parlementaires et compagnie, publier des posts célébrant la Résistance au nazisme ou rappelant les martyrs de la Shoah, je me dis qu'il y a des coups de pied au cul qui se perdent.

 

15.
Ne pas me mettre en colère. Ecouter le salutaire Stellla.

 

16.
Je me demande si le jour où je mourrira, j'entendrai un couac de saxophone me vriller l'oreille ou bien ?
En tout cas, une chose est sûre (ma pauvre mère parlait comme cela, ah oui) je m'en fichera bien alors de l'orthographe et de la grammaire.

 

17.
Tant de chefs-d’œuvre et d'études à en nourrir des bibliothèques entières et des générations de lecteurs, tant de bonnes volontés et de progrès  scientifiques pour en arriver à Trump, Vance, Musk, Poutine et les massacres en Ukraine, au 7 octobre et à Gaza. Pouah. 
Ce qui donne à penser que la politique est un poison. Mais comment s'en débarrasser sans que ce soit la chienlit et le temps des assassins ? Fatalitas...

 

18.
L'IA comme outil démocratique ? Je ne sais pas. Il faut dire que « 2001, Odyssée de l'espace » m'a donné à songer. Aussi le « Blade Runner » de Ridley Scott. Ceci dit, en tant que réincarnation d'une poutre, je ne prétends pas avoir raison.

 

19.
J'allais écrire : « tiens, je vais manger un truc », mais non, même s'il s'agit d'une boîte de conserve industrielle (par définition) on ne dit pas un  « truc » en parlant de nourriture. Je me souviens des colères d'Orlando de Rudder qui rappelait souvent que l'agriculture intensive et le développement du secteur agro-alimentaire avaient permis de nourrir les Français de l'après-guerre et assurent encore aujourd'hui la sécurité alimentaire de la France, n'en déplaise aux intégristes de l'écologie.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mars 2025.

18 mars 2025

PARFOIS LES BOUCHES DES TUNNELS

PARFOIS LES BOUCHES DES TUNNELS

 

1.
« The ringside could only be reached by men who were prepared to fight their way there with cudgels and hunting-crops. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut ne va jamais au bord des rings. Zut ne va jamais à des combats de boxe. Zut n'a pas besoin d'aller à des combats de boxe car Zut consacre une grande partie de son temps libre à la clarinette. D'ailleurs, cela fait longtemps que les combats à coups de clarinette ne sont plus autorisés. Et si certains ont encore besoin d'un gourdin ou d'une matraque (ça se dit « cudgel » en anglais, prononcez quelque chose comme « keudjel » mais pas en préparant une omelette, je vous en prie) ou d'une « cravache » (mot que le traducteur, Michel Marcheteau, emploie pour traduire « hunting-crops »), et si certains ont encore besoin d'un gourdin ou d'une cravache, ce n'est pas pour interpréter le Concerto pour clarinette en La Majeur K. 622 de Mozart.

 

2.
« Suddenly an amusing thought struck him, and he burst out laughing. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Les « idées amusantes », c'est toujours ça de pris. Ça vaut mieux que de prendre froid. D'ailleurs, il est très difficile de se tricoter une écharpe, ou un pull-over, ou même des moufles dans une poignée d'idées amusantes.
Zut peut toujours jouer de la clarinette, ce n'est pas ça qui attire les idées amusantes. Enfin, pas toujours. Il est vrai que Zut en elle-même est une idée amusante. Enfin, pas toujours. Cela dépend de quoi je parle.

 

3.
« By George ! It would be great ! » cried the Baronet. « Well, the moon is at the full, and the place should be about here. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
La Lune ne jouant pas de saxophone, je ne m'attendais pas à ce qu'elle jouât du jazz. Aussi ne fus-je aucunement déçu par la persistance de son silence.

 

4.
« At this point the road dips down into a hollow, heavily shaded by trees, so that at night it arches across like the mouth of a tunnel. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut se méfie beaucoup de la bouche des tunnels. Parfois, les bouches des tunnels, elles apparaissent comme ça et comme de grands O noirs dans le réel et elles vous avalent, les bouches des tunnels, vous avalent comme on avale un hot dog. Il faut se méfier des bouches des tunnels. Aussi des saxophones mais uniquement s'ils sont hantés par le fantôme du serpent.

 

5.
« Behind them in the darkness the horses stamped and reared, while the voice of the boy could be heard as he vainly tried to soothe them. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Que le mot anglais « horses » signifie « chevaux », voilà qui ne fait ni chaud ni froid à Zut, qui se rappelle aussi que le nom « Horses » est le titre d'un album de Patti Smith. Quel rapport entre le rock et les chevaux ? se dit Zut qui n'entravant rien au poético-américain des paroles de Patti Smith, pensa à quelque cavalcade électrique, puis à des filets de maquereau parce que c'est bon les filets de maquereau, et c'est si silencieux. 

 

6.
« The strange men, their odd dress, their queer speech, the moonlit circle of grass, and the pillared summerhouse all wove themselves into a fantastic whole. »  
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Zut étant elle-même tissée de saugrenu, elle ne s'étonne pas de grand chose. Parfois elle se défile et disparaît dans l'invisible. On ne peut plus qu'en percevoir un mince filet de voix. Encore faut-il tendre l'oreille. Sinon, on s'imagine que c'est un chat qui ronronne, ou un robinet qui goutte, ou une scie musicale qui tintouine doucement dans les profondeurs de l'immeuble où il n'y a plus personne.

 

7.
« Next instant the man's bony arms were round him, and the pugilist was hurled into the air in a whirling cross-buttock, coming down with a heavy thud upon the grass. »   
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court »)
Quand l'air est traversé de bras osseux, si on ne veut pas se retrouver soulevé dans les airs et projeté violemment sur le réel contondant et tranchant, il vaut mieux rester chez soi ou alors se mettre à l'abri (on évitera les ossuaires).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 mars 2025.

21 mars 2025

L'OR L'HEURE SAUCISSON ET PISTACHE

L'OR L'HEURE SAUCISSON ET PISTACHE

 

1.
De quel pays est originaire Johann August Suter (lequel est la figure centrale du récit « L'Or », de Blaise Cendrars ? 
- La Suisse ?
- Pas la Suisse ?
- Peut-être bien la Suisse ?

 

2.
Lorsqu’il est à Paris, pour obtenir de l’argent, que présente-t-il, Johann August Suter, à l’un des meilleurs clients de son père ?
- Ses respects et autres amabilités polyglottes ?
- Une fausse lettre de crédit ?
- Sa fiancée (la célèbre Cantatrice Paméla Klong-Klong, connue plus tard sous le sobriquet de « La Folle de Santa-Fé », et nul ne sait pourquoi) ?

 

3.
De quel port français Johann August Suter part-il pour New-York ?
- Le port Quai-pique ?
- Le port Celé ?
- Le Havre ?

 

4.
Quels sont les termes employés par l’auteur (Blaise Cendrars) pour présenter son personnage (Johann August Suter) ? 
- « poussah poussif pousseur de paquets d'chaussettes ?
- « zèbre des zones déguisé en plombier zingueur » ?
- « fuyard, rôdeur, vagabond, voleur, escroc » ?

 

5.
Après avoir quitté New-York, que va faire Johann August Suter ?
- Il part pour là-bas puis achète des terres et s’installe comme fermier ?
- Il part pour là-bas pour y devenir une vedette de la musique country, genre qu'il contribua à enrichir par l'introduction de motifs de style yodel ?
- Il part pour là-bas et disparaît dans l'Ouest mystérieux, sauvage et plein de bisons ?

 

6.
Quel est le mot qui, revenant dans toutes les conversations des voyageurs qui passent par sa ferme, intrigue Suter jusqu’à le fasciner  ?
- « L’Ouest » ?
- « Zut » ?
- « Chauve » ?

 

7.
Comment Johann August Suter imagine-t-il l’ouest américain ?
- Comme un pays immense, légendaire, fabuleux, mystérieux, magnétique, une terre d’aventures...
- Comme une guitare géante, avec la tête à Elvis et des villes fantômes à chaque coin de rue ?
- Il ne l'imagine pas because qu'il s'en fiche because qu'il est bien trop occupé à inventer le pain-saucisse-moutarde même qu'il va se faire voler l'idée du pain-saucisse-moutarde, et ça c'est ballot.

 

8.
Après son échec à Santa-Fé, comment Johnn August Suter réussit-il à survivre ? 
- En jouant Shakespeare malgré son fort accent germanique et le peu d'intérêt de ses contemporains et des bêtes à cornes ?
- En troquant et en trafiquant avec les Indiens ?
- En inventant le rockabilly ?

 

9.
Dans quel Etat en fin de compte Suter s’installe-t-il ?
- Dans l'Etat-Rtine ?
- Dans l'Etat Pioca ? 
- En Californie ?

 

10.
Arrivé en Californie, que décide-t-il, Johann August Suter ?
- Il y achète des terres et les fait fructifier ?
- Il disparaît entre les pages d'un roman de Blaise Cendrars ?
- Il fonde la secte des disciples du Temple de la Gracieuse Choucroute et du fan-club de Paméla Klong-Klong réunis ?

 

11.
Quel va être le résultat de ses efforts ? 
- Suter va devenir immensément riche.
- Suter va devenir Calife à la place du Calife ?
- Suter, à force de choucroute et de bière, va devenir obèse ?

 

12.
Quel élément déclencheur va en fin de compte provoquer la ruine de Suter ?
- Un incognito à pseudonyme va créer la première cryptomonnaie ?
- Un de ses employés va usurper son identité, lui piquer sa fiancée (la célèbre cantatrice Paméla Klong-Klong) et raconter bien des bobards à Blaise Cendrars qui va de tout ça tirer un livre ?
- Un de ses employés va découvrir une pépite d’or en donnant un coup de pioche ?

 

 

13.
Cet élément déclencheur va être à l’origine d’une ruée vers l’or. Comment Suter pourrait-il en profiter ? 
- Il pourrait profiter d'avoir encore des jambes et des sous pour retourner en Europe et y retrouver alpages et fromages pour y passer le reste de son âge ?
- Il pourrait profiter de la hausse des denrées alimentaires ?
- Je ne sais pas parce que je ne suis pas à sa place, je n'ai jamais été à sa place, je ne serai jamais à sa place et puis zut alors.

 

14.
Quel sentiment empêche pourtant Suter, lors de la « ruée vers l'or », de profiter de l’afflux de population pour s’enrichir ?
- La nausée sartrienne ?
- La nausée à bonde ?
- Le découragement ?

 

15.
En fin de compte, qu’arrive-t-il à Johann August Suter ?
- Agressé par une choucroute sauvage, il va finir ses jours reclus dans son vaste domaine de Xanadu ?
- Il est dépossédé peu à peu de ses terres et perd toute sa fortune ?
- Il est enlevé par des dissidents de la secte des disciples du Temple de la Gracieuse Choucroute et du fan-club de Paméla Klong-Klong réunis ?

 

16.
Comment peut-on caractériser la fin de vie de Johann August Suter ?
- Saxophoniste et cabriolante ?
- Saucissonnesque et pistache ? 
- Pitoyable, pathétique, misérable ?

 

17.
Quelle leçon pensez-vous que dans son roman « L'or » Blaise Cendrars, à travers le parcours de Suter, nous donne ?
- Qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, car si elle se met à jouer du banjo, ce n'est plus une porte ?
- Que l'on peut très bien faire des frites sans casser d’œufs, car s'ils se mettent à chanter des bidules rythmiques en anglais, ce ne sont plus des œufs ?
- Qu'il ne faut pas détacher le hareng saur qui pendouille et balance avant que le poème soit fini sinon ça n'a pas de sens.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025. 

21 mars 2025

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

L'ORGANISATION EST PUISSANTE

 

1.
« Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. »
(Italo Calvino traduit par Danielle Sallenave et François Wahl, « Si par une nuit d'hiver un voyageur »)
Il arrive qu'un roman commence dans une « gare de chemin de fer ». Ce n'est pas pour cela que Zut prendra le train. Zut n'est pas fatalement un personnage du roman que je lis, même si son ombre plane sur la ville comme celle d'un criminel insaisissable du début du XXème siècle.

 

2.
« Et maintenant, moi, je ne sais plus quoi faire, je suis le dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Que faire quand on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire ? Écrire qu'on ne sait plus quoi faire de toutes ces métaphores épinglées dans les livres comme des papillons dans une collection ? Se faire un sandwich pâté-cornichons ? Encore faut-il avoir faim.
Je remarque que la poétique du ferroviaire ne manque pas de mélancolie. Je suppose que cela doit dépendre des auteurs. Je ne rédigerai aucun cours sur la poétique du ferroviaire. Je n'ai pas envie de me retrouver en personnage de « dernier voyageur à attendre dans cette gare d'où il ne partira et où il n'arrivera plus aucun train avant demain matin. » Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination. De plus, tous ces livres, ces films qu'il faudrait voir, tous ces sandwiches pâté-cornichons qu'il faudrait avaler. Non. 
J'aime bien une phrase comme : « Voyez-vous, les fictions sont ce qui advient quand le réel manque d'imagination; » Elle n'a pas plus de cervelle et de sens que la dernière réforme de l'éducation nationale (dite « la sotte réforme Blanquer ») et je ne sais même pas si je peux emballer du poisson avec (je ne voudrais pas effrayer la morue, défois qu'elle s'envolerait dans les airs), mais elle me plaît comme peuvent me plaire certaines chansons idiotes, ou le boudin blanc quand je mange du boudin blanc.

 

3.
« L'Organisation est puissante. Elle commande à la police, aux chemins de fer. »
(Italo Calvino)
Cette phrase que je lis dans « Si par une nuit d'hiver un voyageur », de Italo Calvino traduit par Danièle Sallenave et François Wahl, est une phrase de fiction. Cela ne sert à rien de se demander de quelle « Organisation » il s'agit, à moins que l'on s'intéresse à l'univers des romans. Ce qui est une manière comme une autre de passer le temps. Pour ma part, je ne connais qu'une seule Organisation, l'Organisation redoutable du réel, qui commande à tous et à toutes et qui peut vous faire disparaître aussi vite que l’œil parcourt une phrase.
J'écoute France Inter, l’excellente émission « Very Good Trips » de Michka Assayas ce jeudi 20 mars 2025 et je m'aperçois que c'est pas si mal, la musique de Porcupine Tree. Après, je n'écoute de la musique que lorsque j'ai mes oreilles, et, en ce moment, je ne les ai pas toujours.

 

4.
« Étrangers ma chambre, mes bagages, la vue par la petite fenêtre. J'avais peur de ne plus pouvoir établir de rapport avec rien ni personne. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »[le narrateur])
Choses et êtres nous sont radicalement étrangers. Et pourtant, on mange des frites. C'est pour ça.

 

5.
« Mais voici qu'au moment où ton attention est tenue en suspens, tournant au milieu d'une phrase décisive, tu te retrouves devant deux pages blanches. »
(Italo Calvino, « Si par une nuit d'hiver... »)
Soit le livre s'écrit au fil de ta lecture, soit tu es en train de rêver que tu lis, soit tu es dans un train et tu t'es endormi, et tu rêves que tu lis un roman dont les phrases se composent au fur et à mesure de ta lecture, soit tu es arrivé au bout de ton chemin, mon ami. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 mars 2025.

19 mars 2025

AVEC DE L'OS DANS L'ÂME

AVEC DE L'OS DANS L'ÂME

 

1.
Je passe comme le vent
Mais ma pomme ne sera jamais tempête ni tornade
Je traîne comme un pet dans l'espace
Et souris à l'idée que ce gueux de Poutine pète aussi (et plus haut que son cul, ce qui le perdra, évidemment). 

 

2.
Quand on coupe la parole à quelqu'un, il faut faire bien attention à ne pas massacrer les syllabes, hein, quand on co upe la p arole à qu elle qu'un c ar on pou rrait v ous en v ouloir et v ous ch er ch er des p où ded ans la t ête. Ah si.

 

3.
Mais qui est assez bête pour acheter du rouble ?
Mais qui est assez con pour acheter du bitcoin ?
Ne comprenez-vous pas que les Ukrainiens ne pardonneront jamais aux Russes ?
Ne savez-vous pas que les mafieux finissent en prison ou d'une balle dans la tête en pleine rue ?

 

4.
18 mars 2025. A ce que je vois, le bitcoin pédale toujours dans la semoule. Je salue la lucidité des investisseurs qui comprenant que Trump pourrait sauter d'un moment à l'autre n'ont qu'une confiance relative en sa parole.

 

5.
Ce qui permet aux USA, malgré sa dette ubuesque, de rester la première puissance mondiale repose sur trois principes interdépendants :
- la production,
- l'innovation,
- l’exemplarité démocratique.
Trump, croyant que tout repose sur la force, remet en cause le principe du modèle démocratique américain et, dès lors, nuit aux deux autres principes. Conséquence : Sanction économique, récession en vue.

 

6.
Si Trump compte sur l'armée américaine, le FBI et la CIA pour pérenniser son pouvoir au-delà des quatre années de son mandat, j'espère bien qu'il tombera sur un os.

 

7.
Pro-américain et pro-OTAN comme je le fus, je n'en étais pas si dupe. Je me doute que la CIA a soutenu le coup d'Etat de cette ordure de Pinochet au Chili et s'est rendue coupable de bien des saloperies de par le monde. Certes, mais jusqu'à maintenant, je considérais que les Etats-Unis étaient aussi un modèle démocratique dont les innovations profitaient à tous (des exploits de la NASA à Internet, en passant par la richesse de sa culture littéraire, cinématographique, musicale,...). Que Trump remette en cause cette légitimité démocratique et je n'aurais dès lors plus aucune raison d'admirer les Etats-Unis. Sinatra, c'est superbe, mais ce n'est jamais que de la chanson, de la ritournelle, du saltimbanque, eh oui. Et, sans vouloir être désobligeant, entre Sinatra et la Neuvième Symphonie, je choisis la Neuvième, Beethoven, Mozart et Bach. Faudrait pas déconner non plus.

 

8.
Il n'y a rien à faire, quand j'ai de l'os dans l'âme, je me laisse rattraper par cette vieille vidéo de Rita Lee, « Lança perfume » (1980) : c'est tout artificiel dans les arrangements et bricolo cheap, avec des paroles démagos au possible et la mâchoire impressionnante de la Rita ne rendant pas le tout plus digeste, oui mais voilà, la mélodie est si épatante qu'elle vous en reste jusqu'à la nostalgie et vous fait aimer tout le reste, Rita Lee en grande bringue post-adolescente, la patinoire et ses teenagers en troupeau, les paroles idiotes mais si latines, et voilà que ça fonctionne quand même et vous entraîne, que voulez-vous de plus ?

 

9.
Je suppose qu'il y eut bien des Brésiliens fascinés par Rita Lee. C'est que la dame, visiblement, ne manquait pas de personnalité et « Lança Perfume » n'est jamais qu'un pâle reflet de son immense talent.

 

10.
Mon monde à moi fout le camp à vitesse grand V. Comme tous les mondes de ceux qui furent vivants. Ceux qui nous suivent s'accommoderont, résisteront sans doute, et viendront d'autres temps pour d'autres vivants et poil aux dents évidemment.
Du reste, vous vous doutez bien que la réincarnation d'une poutre ne peut jamais juger que d'un monde ridiculement petit eu égard aux vastes constructions de nos technocrates architectes (poil au steak).

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

19 mars 2025

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

ET QUI PARFOIS OUVRE LA PORTE

 

1.
« He knows a lot, » said the pugilist. « I don't know where it learned it, but he's had a deal of practice somewhere. He's as strong as a lion and as hard as a board, for all his queer face. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des tas de gens qui en connaissent un rayon sur tout un tas de sujets. On ne le sait pas toujours car ils ne le font pas forcément savoir. Certains ont même tout intérêt à rester discrets. Ceux qui font métier de supprimer leurs contemporains, par exemple. Je pense que certains autres sont experts dans l'élucidation des énigmes saxophonistes, ou encore des mystères tambourins, et même des orgues de corail. Quand je retrouve ma main, je lui demande des nouvelles de ces enquêteurs singuliers, mais ma main droite reste aussi muette que ma main gauche. On ne sait pas tout. 

 

2.
« The stranger had a clever draw and a rush which, with his springing hits, made him a most dangerous foe. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
J'apprends par une note de Michel Marcheteau que le mot « foe » subsiste surtout grâce à l'allitération dans l’expression « friend or foe », ami ou ennemi. » Une allitération peut donc donc se rendre utile. Ce qui est bon à savoir, parce que je compte bien lui demander des nouvelles de la deuxième chaussette (celle qui s'absente le matin alors qu'on se prépare à sortir et que l'on a besoin de ses deux chaussettes). Si elle me répond d'aller voir du côté des chaussettes de la duchesse si elles sont sèches oui archi-sèches, ou pas, j'en conclurai qu'elle est en « s ». Ça ne me dira rien du devenir de ma deuxième chaussette, mais j'en saurai plus sur l'allitération qui hante ma demeure en susurrant la nuit des choses incompréhensibles. 

 

3.
« It's after me again, mate ! » he cried.
« Stick it out, Tom ! You have him nearly beat ! It can't hurt you. »
« It can 'urt me ! It will 'urt me ! » screamed the fighting man. « My God ! I can't face it ! »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court ») 
Il y a des choses, des êtres qui en veulent aux vivants. Il faut tenir le coup et ne pas se faire fasciner : les girafes ne s'enflammeront pas éternellement. Les ponts finiront par revenir, le spectre du serpent finira par être exorcisé et le saxophone libéré. Les jeunes filles retourneront danser avec leurs amoureux. 

 

4.
« Then it also vanished into the shadows. As it did so the two spectators sprang to their feet and ran as hard as they could tear for the gateway and the trap. »
(Conan Doyle)  
Parfois, on a l'impression, on sait, que quelque chose vient de s'évanouir dans les ténèbres. On ne sait pas de quoi il s'agit. La boule noire ? La main de l'écorché ? L'espérance ? Le sourire ? Un bon morceau de temps perdu ? Le serpent du saxophone ? Le chat qui ne reviendra plus ? Le chien perdu ? Quant aux portail et au cabriolet, je ne sais pas ce que j'en ai fait.

 

5.
« So you see, Mr. Stevens, you were fightin' for more than yourself when you put it across the Gasman. »
(Conan Doyle, « The Bully of Brocas Court » [The landlord]) 
La nouvelle « La Brute de Brocas Court », de Conan Doyle, commence par évoquer le monde de la boxe pour finir sur une apparition fantastique et assez surprenante. L'aubergiste a raison : on se bat toujours pour plus que soi-même lorsque l'on affronte les manifestations de l'invisible. C'est pour cela que je me garde bien de les provoquer, ces forces de l'invisible, et je feins de ne pas voir la silhouette qui passe dans mon dos et qui parfois ouvre la porte.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 19 mars 2025.

17 mars 2025

OUI ÇA LAISSE SONGEUR

OUI ÇA LAISSE SONGEUR

 

1.
10 mars 2025. Ouverture du procès d'un ancien responsable de l'institution scolaire privée Riaumont (Liévin) pour détention d'images pédopornographiques. Je vivais dans le bassin minier du Pas-de-Calais dans les années 80 et déjà, à l'époque, localement, on parlait d'abus ; l'institution n'avait pas vraiment une bonne réputation.

 

2.
11 mars 2025. 11 heures 30. Le cours du bitcoin remonte. Il a tout intérêt. Si le Dow Jones continue à alerter sur les incertitudes et incohérences des décisions du triumvirat Trump-Vance-Musk, la chute pourrait être très violente.

 

3.
Faut se souvenir qu’aux présidentielles de 2007, les Français avaient le choix entre la catastrophique Ségolène Royal et le douteux Nicolas Sarkozy. Ils ont choisi Sarkozy : c’était sans doute la moins mauvaise des solutions. Médiocre hein tout ça…

 

4.
Le jeune Louis Sarkozy, en 2025, portait la barbe. Raquel Garrido rappelle qu’il ne faut pas confondre « l’Etat de droit » avec « l’état du droit ». Nous sommes le samedi 15 mars 2025 et il ne fait pas très chaud. Louis Sarkozy parle politique sur LCI.

 

5.
15 mars 2025. Poutine dit que les forces russes encerclent beaucoup de soldats ukrainiens dans la région de Koursk. Le président Zelensky dit que cet encerclement n’a pas lieu. Trump dit que les forces russes encerclent beaucoup de soldats ukrainiens dans la région de Koursk et qu’il ne veut pas qu’ils soient tués. On peut se demander si Trump s’inquiète vraiment du sort des soldats ukrainiens ou s’il souhaite passer pour un homme de paix aux yeux de ses électeurs. On peut se demander si les électeurs de Trump sont vraiment tous si naïfs.

 

6.
15 mars 2025. Trump fait appliquer des surtaxes douanières qui concernent l’Europe. Je suppose que les surtaxes douanières sur l’acier sont inquiétantes pour notre sidérurgie. Je me souviens que Bill Clinton jouait du saxophone.

 

7.
17 mars 2025. Heureusement pour tous, Mélenchon est trop occupé à démolir ce qui reste de la gauche en France pour pouvoir devenir dictateur.

 

8.
« Dans un livre-enquête accablant, les journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin décortiquent les décisions politiques qui ont conduit la France à avoir l'un des pires taux de mortalité de nourrissons en Europe. »
(Chapeau de l'article « Mortalité infantile Un scandale français », Le Nouvel Obs, 6-12 mars 2025)
J'ai posé la question à Copilot de savoir si la France avait « l'un des pires taux de mortalité de nourrissons en Europe »  et l'IA m'a répondu que non, ce n'est pas l'un des pires mais que la situation est « préoccupante » car le taux de mortalité infantile français est supérieur à la moyenne européenne, alors que selon une note de l'INSEE (mis en ligne le 14/06/2023 et signée Sylvain Papon), ce taux était l'un des plus bas d'Europe à la fin du 20ème siècle. 
M'est avis que ça ne s'arrange pas dans le secteur de la santé publique, cependant que certaines dépenses ministérielles seraient d'un intérêt très relatif que ça ne m'étonnerait pas. 

 

9.
17 mars 2025. Quoi que l'on pense du président Macron (et je n'en pense pas que du bien), il est que ses deux mandats auront été agités : émeutes des Gilets Jaunes, pandémie du Covid, crise énergétique, montée des populismes, guerre en Europe, guerre hybride poutinienne, désinformation galopante, tensions commerciales avec les USA de Trump, sans compter la sotte réforme Blanquer, la dette pesante du pays et une possible récession mondiale à venir. Oui, ça laisse songeur.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mars 2025. 

17 mars 2025

QUAND JE SERAI MORT JE N'EN SAURAI PAS PLUS

QUAND JE SERAI MORT JE N'EN SAURAI PAS PLUS

 

1.
« Das Bild ist ein Modell der Wirklichkeit. »
(Ludwig Wittgenstein, « Tractatus Logico-Philosophicus »)
On supposera que l'image représente cependant que la réalité est ce qui se représente. Mais que la fiction de l'image constitue le réel autant que l’existant (cette table, cet ordinateur, ce politique,...) est l'évidence. Les dieux qui n’existent pas jouent un rôle fondateur. Certes, il se peut que l'usage politique des dieux soit fait pour masquer les nécessités économiques, les volontés d'ordre et de morale, les appétits autoritaires, les raisons d'Etat. D'où sans doute le fait que le Dieu des catholiques soit de plus en plus abstrait (ou pure compassion, ce qui revient au même) cependant que d'autres, intégristes et fondamentalistes, prétendent que les « lois divines » sont au-dessus des lois de la République. Mais dire que les dieux représentent les nécessités humaines me semble poser autant de problèmes que de savoir si un tableau abstrait représente la peinture ou l'étonnement du quidam devant le mystère de la disparition de la deuxième chaussette (sur ce point, il se peut que Psychologies Magazine m'en apprenne un peu plus, cependant qu'aucun tableau de Kandinsky, je le pressens, ne puisse m'aider à élucider cette énigme). J'ajoute que lorsque, chez le marchand de journaux, j'ai le choix entre Psychologies Magazine et Spirou, je choisis invariablement Spirou, c'est vous dire si je n'ai pas fini de ne rien piger à Wittgenstein et que j'ai quelques années de quête de la deuxième chaussette devant moi. 

 

2.
« Die Lösung des Problems des Lebens merkt man am Verschwinden dieses Problems. »
(Wittgenstein)
C'est ce que, dans les romans policiers, s'imaginent bien des meurtriers. Et ça ne fonctionne pas. Ça crée même encore plus de problèmes. Sinon, il n'y a pas de roman. Après, que « le sens de la vie » soit absurdement romanesque et terriblement criminel est une question dont je ne débats qu'en présence d'un steak-frites, une bière, plus une religieuse au dessert, parce que, lorsque je suis rassasié, j'ai envie de faire une sieste et qu'en conséquence, je suis nettement moins spéculatif. 

 

3.
Le livre que l'on a lu, si on ne le relit pas, il faut le ranger. C'est ainsi que l'on ordonne le réel. Ou que le réel s'ordonne si l'on part du principe que l'on n'est jamais qu'un élément du réel parmi d'autres.

 

4.
« Die Sprache verkleidet den Gedanken. »
(Wittgenstein)
Le langage déguise-t-il la pensée ? L'habille-t-il, la revêt-il, la couvre-t-il ? Autant se demander quelle est la couleur de la robe de la femme invisible. 
Les connexions neuronales produisent-elles du code ? Ce code est-il mis en paroles par un langage dont la fonction serait donc de décoder une « pensée » neuronale ? Je me demande si les intelligences artificielles se posent la question. Tant qu'elles ne se la posent pas, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles et notre stupidité.

 

5.
« Die Logik erfüllt die Welt ; die Grenzen der Welt sind auch ihre Grenzen. »
(Wittgenstein, « Tractatus »)
La Logique existe-t-elle « en soi » ? Les lois universelles des mathématiques semblent l'indiquer. Nous ne sommes pourtant pas à l'abri de surprises du genre physique quantique. Le développement des intelligences artificielles pourrait nous en réserver d'autres (le point de singularité, s'il est possible et advient, pourrait-il être fatal à l'humaine domination ?). Quand on spécule sur ce genre de bizarreries, et surtout quand on est la réincarnation d'une poutre, on finit par science-fictionner et comme l'a écrit Wittgenstein, « ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » 

 

6.
« Nicht wie die Welt ist, ist das Mystische, sondern dass sie ist. » 
(Wittgenstein)
C'est joli, dis, que le mystique soit dans l’existence même du Monde (avec un grand M comme dans Moi), c'est-à-dire dans le fait qu'il y a quelque chose plutôt que rien. C'est peut-être une illusion, une illusion contondante, une illusion douloureuse, mortifère, meurtrière, glauque et aussi absurdement consciencieuse que l'intrigue d'un songe. Je n'en sais rien et quand je serai mort, je n'en saurai pas plus. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 mars 2025.

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