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11 mars 2025

QUESTIONS SOTTES ET VIRELANGUES AUSSI

QUESTIONS SOTTES ET VIRELANGUES AUSSI

 

1.
« La Pythie exhalant la flamme
De naseaux durcis par l'encens,
Haletante, ivre, hurle !... l'âme
Affreuse, et les flancs mugissants ! »
(Paul Valéry, « La Pythie »)

 

Cékoidonc une Pythie ? C'est-y une poêle à frire, une manière d'appeler les gallinacées, une antique pipelette ? Est-il vrai que, comme je l'ai lu dans un illustré pour la jeunesse du temps où il y avait des illustrés pour, que « la Pythie vient en mangeant » ? Et l'abus d'encens durcit-il réellement pifs et naseaux ? Et pourquoi qu'elle « hurle », la Pythie ? Et si c'est cause qu'elle est « ivre », ça veut-y dire que la Pythie est alcoolique ? Avait-elle vraiment « l'âme affreuse » ? Faisait-elle de la politique ?

 

2.
« Pâle, profondément mordue,
Et la prunelle suspendue
Au point le plus haut de l'horreur,
Le regard qui manque à son masque
S'arrache vivant à la vasque,
A la fumée, à la fureur ! »
(Paul Valéry, « La Pythie »)

 

Pourquoi qu'elle est « pâle », la Pythie ? Aurait-elle investi dans les cryptomonnaies et paumé beaucoup d'sous dans le dernier crypto crash ? Et pis c'est quoi, ce « regard qui manque à son masque » ? Miraude, la Pythie ? Voit-elle pas plus loin que sa vasque, sa vasque, sa vasqu'ça ? Et cétyquoi une vasque ? Fontaine à fumée, à fureur, friteuse ? Fait-elle des frites, la Pythie ? Tient-elle une friterie ? Est-elle pleine de graisse ? Cause-t-elle l'antique patois des féroces de l'Iliade et des hallucinés de l'Odyssée ? Ah tant de questions, tant de questions, et des violons, des jambons, des poissons petits et grands, des cornichons.

 

3.
« Sur le mur, son ombre démente » suce des pastilles de menthe. Je pense que ce sont des pastilles de menthe. En tout cas, ce ne sont pas des ailes de poulet. Ça se verrait.
(d'après Paul Valéry)

 

4.
« Son ombre démente », y « domine un démon » glouton, et c'est pour ça qu'elle a beaucoup grossi depuis l'Antiquité.
(d'après Paul Valéry)

 

5.
« Parmi l'odorante tourmente » des baraques à frites et saucisses, son ombre « prodigue un fantôme nageur », spectre aquatique d'un homme-grenouille qui n'en est jamais revenu.
(d'après Paul Valéry)

 

6.
« Si la folle tarde à hennir », c'est qu'elle n'est pas un cheval. Les métaphores, parfois, content n'importe quoi.
(d'après Paul Valéry)

 

Si je dis si, c'est que je dis si car si je ne dis pas si qu'est-ce que je dis ?
La folle, j'ignore si elle est folle ou si elle joue la folle, la
Folle, mais selon ce que je lis dans Paul Valéry, la folle
Tarde et si elle tarde, la folle, est-ce parce qu'elle est partie acheter de la moutarde, chasser l'outarde, s'enlever une écharde ?
A Hennir, je n'irai pas, car je n'ai nulle envie d'aller à
Hennir que je ne sais même pas où c'est-y qu'c'est ça, Hennir.

 

7.
Végétarien, le violon vibre, valse, virevolte en virtuose mais n'avale ni viande ni vivant.

 

8.
Le pâté ne parle pas patois ni ne tutoie, et puisque le pâté n'a ni palais, ni dents, ni langue, en conséquence le pâté se tait.

 

9.
La moule ne se moud pas, ni ne se coud, ni se mouche : la moule s'engouffre, avec des frites.

 

10.
Tonton s'est-il tu ?
Oui, tonton s'est tu.
Et pourquoi tonton s'est-il tu ?
Parce que tonton, il est mouru.

 

11.
Les poules du couvent couvent, surtout si ce sont des poules, car si les poules du couvent couvent mais ne sont pas des poules alors je me demande ce que les poules du couvent sont.

 

12.
Alors Nini dit : « Finie, Nini, y a plus ni Nini, ni Ninon, ni nana, ni nichons, ni chignons, ni endives au jambon, car je m'en vais à la chasse aux papillons. »

 

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mars 2025.

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12 août 2024

LE COUP DE KOURSK FERAIT-IL VACILLER MOSCOU ?

LE COUP DE KOURSK FERAIT-IL VACILLER MOSCOU ?

 

1.
10 août 2024. Une offensive ukrainienne sur le territoire russe sans appui aérien (faute d'avions, et puis pénétrer dans l'espace aérien russe ne serait-il pas considéré comme une ligne rouge par l'Occident) ? Ce serait refaire la même erreur que lors de l'offensive de 2023. 
Compter sur un soulèvement de la population locale ? Peu probable. 
Opération suicide ? Étant donné que, face aux réserves russes, l'Ukraine est en infériorité numérique, ce serait effectivement suicidaire et préparerait une victoire de Poutine.
Une tentative d'ouvrir un front sur le territoire russe en consolidant quelques acquis ? On sait que Poutine ne craint pas le « quoi qu'il en coûte » ; un rouleau compresseur russe (bombardements massifs et vagues d'assaut successives) pourrait réduire à néant toute tentative de tête de pont.
Occuper la centrale nucléaire de Koursk/Kourtchatov ? Aléatoire et je ne suis pas certain que Poutine réagisse comme on pourrait s'y attendre (très dangereux et risqué donc pour tout le monde). 
Infiltrer des commandos ? Pas besoin d'une offensive pour cela (c'est même contre-productif), d'autant que les forces spéciales ukrainiennes sont réputées efficaces et tout à fait capables d'effectuer des opérations en territoire ennemi.
Franchement, s'il s'agit d'une offensive planifiée (et non un raid), j'ai du mal à comprendre l'objectif de cette attaque des forces ukrainiennes, si audacieuse et courageuse soit-elle.
A moins, bien sûr, que les forces ukrainiennes disposent d'informations qui lui permettent d'espérer sérieusement que le front russe puisse craquer. Mais ça, ce n'est jamais que conjecture.

 

2.
11 août 2024. Offensive ukrainienne dans la région de Koursk. Visiblement, les forces ukrainiennes ont des réserves. Considérant que le président Zelinsky n'en est pas à jeter ses « dernières forces dans la bataille », peut-on en conclure que l'Ukraine est loin, très loin, d'être vaincue ?

 

3.
12 août 2024. Bataille de Koursk. Guerassimov qui n'a pas vu les Ukrainiens franchir en masse la frontière (!) et qui aurait raconté de grosses salades au Kremlin, aurait été remplacé par Bortnikov, patron du FSB (!!) à qui Poutine aurait confié la mission de bouter les Ukrainiens hors de Russie (!!!).
Comment les troupes de l'armée régulière russe pourraient-elles réagir face à une pression accrue des services secrets, des barbouzes et autres commissaires politiques...  

 

4.
12 août 2024. Si les premiers jours de l'offensive ukrainienne ont été un succès pour les FAU (effet de surprise, faible résistance de troupes russes mal préparées,...), c'est maintenant que la bataille pourrait s'intensifier, avec la réaction russe et l'envoi de troupes aguerries et bien armées. Nous saurons assez vite quelle est la nature exacte de l’opération ukrainienne : raid important visant à déstabiliser le front russe ou offensive assez ample et disposant de réserves en hommes et en matériel suffisantes pour ouvrir un front sur le sol même de la Russie ? A suivre.

 

5.
En fin de compte, la flotte russe aura réussi à perdre une guerre contre un pays sans marine de guerre.
Poutine n'a pas tout à fait la maîtrise de l'air et les forces russes n'ont pris ni Kyiv, ni Odessa, ni Kharkiv, ont bien du mal à sécuriser le Donbass et maintenant les Ukrainiens ont ouvert un nouveau front sur le sol même de la Russie.
Tant d'hommes, de matériel et d'argent perdus pour arriver à ce résultat. Poutine va perdre sa sale guerre et l'Ukraine restera libre et indépendante.

 

6.
12 août 2024. 10 heures. Les difficultés des forces russes à faire face à l'offensive ukrainienne dans la région de Koursk ont des conséquences économiques immédiates : 1 euro = 97 roubles et 1 dollar = 90 roubles. Rouble en baisse et indices boursiers russes aussi. 
Moins d'une heure plus tard, 1 euro = 98 roubles ; le dollar a franchi la barre des 90 roubles et la baisse des indices boursiers russes s'accentue. Le coup de Koursk fait paniquer Moscou.

 

7.
Réseau social et réseau d’expression sont différents. La différence entre Twitter et X, c'est que Twitter était un réseau social (qui tentait donc, tant bien que mal, de limiter l’expression au politiquement correct) et que X est un réseau de libre expression. Moi, tant que je peux bloquer qui je veux, ça me va. Du reste, je n'entame quasi jamais de conversation avec personne. Dans 98 % des cas, ça ne sert à rien. 

 

8.
« Le jour où le pays sera vraiment entre nos mains ». Beaucoup ont relevé cette formule menaçante de Ersilia Soudais. J'y vois surtout la volonté affichée par bon nombre de députés LFI d'aller assez loin pour se faire détester et surtout, surtout, ne pas arriver au pouvoir.

 

9.
Apparemment, ce serait la confusion dans les forces russes de la région de Koursk. Nous, dans l'UE, quidam qu'on est, on sait pas. On cogite. On hypothèse. Guerassimov ? Pas Guerassimov ? Bortnikov ? Pas Bortnikov ? Kadyrov ? Pas Kadyrov ? Brouillard. Se pourrait que les Russes commencent à comprendre que l'Ukraine est vraiment plus coriace qu'ils le pensaient, et que, peut-être conseillés et armés par l'Occident, les Ukrainiens sont en passe de flanquer une gifle magistrale à Poutine.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 août 2024.

7 août 2024

L'ETAT CETTE PERVERSITE POLYMORPHE

L'ETAT CETTE PERVERSITE POLYMORPHE

 

1.
« Le train : cette civilisation. Remplacé aujourd'hui par le bus escargot et l'avion pollueur. »
(Patrick Besson, « Libraire en Croatie », « Le Point » du 1er août 2024, p.5)
Certes, le train, c'est bien. Même si je ne suis pas si certain que les vaches préférassent les trains aux autocars (après, c'est peut-être une question de mécanique des fluides). Pour les avions, les torticolis attestent de la détestation bovine pour les aéronefs. Du reste, l'espèce à cornes tend à meuglement s'y désintéresser. 
Pourquoi « mécanique des fluides » ? Parce que c'est une expression qui m'a souvent ruminé l'interrogative.
Pourquoi « meuglement » ? Parce que « vachement » aurait été trop téléphoné par les cheveux. 

 

2.
« S'il y a un problème de pouvoir d'achat en France, ce n'est pas qu'il est trop bas... mais plutôt qu'il est trop haut par rapport à ce que nous créons comme richesses. »
(Pierre-Antoine Delhommais, « Quelques vérités sur le pouvoir d'achat », « Le Point » du 1er août 2024, p.6)
C'est le sens que nous donnons au mot « richesses » qui fait que cette phrase, pas plus idiote que la plupart de celles que pondent la plupart des canardeux, est soit d'une banalité de député centriste, soit d'une obscénité de marchand d'armes, lesquels, comme on sait, en produisent beaucoup, des richesses. 
Ceci dit, armer l'Ukraine est nécessaire. Et nous-mêmes, nous avons tout intérêt à nous réarmer. Les démocraties libérales ont vraiment tout intérêt à se réarmer. Du reste, c'est ce que certaines font. Et celles qui ne le font pas ont tort. Car, surtout ne m'en voulez pas, mais j'ai comme un doute sur la bienveillance de Poutine et de quelques autres dans le genre pas franchement démocrate.

 

3.
L'espèce humaine produit son propre antidote : elle appelle cela : « industrie de l'armement ».

 

4.
France. 6 août 2024. Certains évoquent le nom de Xavier Bertrand comme futur premier ministre de la cohabitation d'avant la dissolution de l'année prochaine et l'élection en 2027 de Marine Le Pen comme Cheffe à la France. Je me suis laissé dire, - mais je me dis tant de choses ! -, que Xavier Bertrand et Emmanuel Macron jouaient rarement aux dominos ensemble.

 

5.
France. On dit que Lucie Castets se sentirait « prête à gouverner la France. » « Le Point » du 6 août 2024 titre même « Lucie Castets s'y voit déjà. ». Je doute assez des qualités de télépathe de Lucie Castets (ça s'enseigne pas à Sciences Po, ça, sinon, Jean-Claude Bourret, vous pensez bien qu'il le saurait). Et je ne pense pas non plus que la télépathie soit enseignée dans les écoles de journalisme.
Pourquoi Jean-Claude Bourret ? Parce que Jean-Pierre Petit n'était pas disponible.

 

6.
Israël-Palestine : la solution à deux États ? Je ne sais pas si mettre face à face chat féroce et chien féroce serait une bonne chose. Un seul État alors ? Chien féroce et chat féroce ensemble, question humaine fraternité, c'est pas forcément concluant. La solution pourrait être un seul État démocratique et laïque, mais j'ai l'impression que c'est un vœu pieux. Et puis, si Palestiniens et Israéliens étaient si démocrates, laïcs et tolérants, la question ne se poserait même pas. Franchement, je ne vois pas de solution. C'est la loi du plus fort qui l'emportera. Comme quoi, le droit international, l'ONU, tout ça, c'est bien joli, mais c’est surtout d'une hypocrisie papale. 

 

7.
« La question n'est pas savoir si la guerre aura lieu mais quand. »
(Propos attribué à Assaf Orion cité par « Le Point » du 1er août 2024, p.26)
Ce qui s'applique ici à un conflit ouvert entre Israël et le Hezbollah est, d'une manière générale, ce que se disent bien des humains de partout face à la montée en puissance des revendications des BRICS et de la surpopulation mondiale qui fait que nous sommes trop nombreux eu égard à la rareté naturelle et voyez comme votre fille est muette.

 

8.
Attention, chute d'ironie ! Poutine est pourtant un type très euh c'est un type quoi. Que lui reproche-t-on ? De tenter d'envahir l'Ukraine ? C'est tout de même curieux, tous ces peuples qui refusent de se laisser massacrer pour les yeux hallucinés de la Sainte Russie...

 

9.
Antiphrase célèbre :
« Quand les hommes vivront d'amour
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours »
(Raymond Lévesque)

 

10.
Le président Macron et CNews ont au moins un point commun : tous deux pensent que la France a fait pas assez d'enfants. Il a même parlé, dans un discours assez sot, le président Macron, de « réarmer » la France. Ah fichtre, il croyait pas si bien dire ; c'est qu'avec les futurs conflits à venir, internationaux et très armés, va nous en falloir des mômes et des mômes pour aller jouer à « décochons des traits et détruisons l'ennemi, c'est pour sauver la patrie » (merci, Alfred Jarry). Y en a qui disent que non, c'est surtout qu'il va falloir renouveler les générations, si on veut produire toujours plus de richesses et assurer les retraites à nos pommes. Bin oui, justement, avec toutes les armes qu'on va produire (et ça, la France, a sait faire), et tous les morts qu'ça va faire, les conflits dont je vous cause là, l'Etat, cette perversité polymorphe, i va en faire des éconocroques sur les retraites.

 

 

11.
Qu'est-ce que t'as sur les épaules ?
Bin, ma tête.
Il me semblait bien aussi.

 

12.
Je viens de comprendre le sens des « pom-pom-pom-pom, pom-pom » chantonnés et légèrement agaçants qu'on entend au générique et tout au long de l'émission de France Inter « Sous le soleil de Platon ». L'animateur s'appelle Charles Pépin. « Pom-pom », Charles Pépin, ah le comique, dis.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 7 août 2024.

5 août 2024

SINON ÇA FAIT ZOMBIE ET C’EST PAS RAGOÛTANT

SINON ÇA FAIT ZOMBIE ET C’EST PAS RAGOÛTANT

 

1.
« Plusieurs expéditions qu'il [Curwen] fit à l'intérieur du pays suscitèrent beaucoup de curiosité, car elles coïncidaient, murmurait-on, avec l'apparition de feux mystérieux sur les collines, au cœur de la nuit. »
(H.P Lovecraft traduit par Jacques Papy, « L'affaire Charles Dexter Ward »)
Parfois, les gens, ils font des coïncidences. Ainsi, par exemple, dans un roman de Lovecraft, il y a des gens qui font une coïncidence entre un chelou qui fait des expéditions dont on ne sait que couic et « l’apparition de feux mystérieux sur les collines ». Alors que, si ça se trouve, ça n’a plus de rapport qu’entre le jambon et le violon, puisque nous savons aussi que le jambon ne joue pas de violon, et que le violon ne mange pas de jambon. Après, un violoniste mal payé, ou méprisé, ou cocu, peut se dire qu’il y en a des qui le prennent pour un jambon, mais ce n’est pas pour autant qu’il va se lancer dans des expéditions on ne sait où, ni allumer « des feux mystérieux sur les collines, au cœur de la nuit ».
Notons que le mot « expédition » vient du latin « expeditionem » (nominatif : « expeditio ») qui désignait une campagne militaire, c’est-à-dire une entreprise menée afin d’expédier l’ennemi au diable, voire ad patres.

 

2.
« Les gens qui les sentaient voyaient le mirage d’énormes perspectives, avec d’étranges collines, ou d’interminables avenues de sphinx et d’hippogriffes. »
(H.P Lovecraft, « L'affaire Charles Dexter Ward »)
Ce qu’ils sentaient les gens dans le conte à Lovecraft, c’étaient des odeurs « émanant d’un laboratoire » forcément singulier bizarre incongru biscornu. Donc, selon le narrateur lovecraftique, ces odeurs leur flanquaient la berlue hallucinante, aux gens. En clair, ils voyaient ce qu’on voit dans certains films pleins d’effets spéciaux et de figures terrifiques. Mais comme ils n’étaient pas au cinéma, « énormes perspectives », « étranges collines », « interminables avenues de sphinx et d’hippogriffes » n’avaient rien à faire là. Il fallait donc les balayer. Le truc, c’est qu’ils berluaient fort, les gens ; alors, pour les balayer, ces espaces allongés hantés d’improbables, c’est pas un balai qu’ils prenaient, c’est qui une horloge, qui une soupière, qui les Vosges, qui une paupière, et ça faisait pas très concluant comme quatrain.  
Les sphinx, pas la peine de se poser des questions, tout le monde sait koitesse. Par contre, les hippogriffes sont plus rares. L’hippogriffe, voyez, c’est le genre hybride, mi-cheval, mi-aigle. Du coup, ils volent, ces monstrueux. Les hippogriffes ne se trouvent pas au coin de la rue, car il ne faut pas les confondre avec les escogriffes, lesquels sont des gens de grande taille et dégingandés, quand, bien sûr, ce ne sont pas des voleurs, des escrocs, des malfaisants. Non, les hippogriffes se trouvent plutôt dans le « Roland furieux » de l’Arioste, qui date du XVIème siècle, même que son titre italien, c’est « Orlando furioso » et que c’est un poème épique. 
Si donc vous trouvez un hippogriffe dans votre poche, même tout petit, vérifiez bien que votre pantalon, ou votre gilet, ne compose pas de vers épiques en italien. Je dis ça à cause des taches d’encre.

 

3.
« Ils avaient découvert le moyen de conserver leur cerveau vivant, soit dans un même corps, soit dans des corps différents ; et ils étaient arrivés à communiquer avec les morts qu’ils se procuraient. »
(H.P Lovecraft, « L'affaire Charles Dexter Ward »)
Ça, si on veut continuer à jouer aux échecs, vaut mieux conserver son cerveau vivant, et si possible dans son corps à soi, parce que dans « des corps différents », je ne sais pas si c’est possible, quoi qu’en matière de yaourt, certaines puissances étrangères ont fait des progrès prodigieux. Ainsi, ce que l’on peut appeler le cerebrum poutinien est bien la preuve qu’un même cerveau peut se retrouver dans plusieurs corps, bien qu’à vrai dire, les performances de ce cerebrum poutinien soient très limitées et consistent essentiellement à ruiner son pays (où l’on parle russe) en menant une sale guerre en Ukraine tout en menaçant les démocraties libérales des flammes de l’enfer orthodoxe.
Pour ce qui est de se « procurer des morts », je pense que c’est interdit. La récolte des morts est en effet du ressort de la médecine légale, des morgues et des hôpitaux. Les pompes funèbres se livrent aussi à cette activité, mais c’est purement commercial, quoi qu’indispensable. Chacun peut comprendre qu'une société bien organisée et civilisée ne saurait laisser courir ses morts partout ; sinon, ça fait zombie et c’est pas ragoûtant.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 5 août 2024.

9 août 2024

DEFOIS ÇA FASCINE ÇA AIMANTE

DEFOIS ÇA FASCINE ÇA AIMANTE

 

1.
« Il distingua vaguement sa tête, mais ne put voir si elle souriait. »
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres »)
Il faut avoir la tête sur les épaules. Et bien attachée car sinon, lorsque l'on enlève son chapeau, pour saluer, parce qu'on est poli, on peut effrayer les femmes, les enfants et les quidams.

 

2.
« - Vous, le piccolo, restez tranquille. C'est tout ce qu'on vous demande. »
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres » [Lambert])
Il faut éviter de prendre les piccolos pour des flûtes, même à champagne, et même si le piccolo se chambre aussi bien que tout ce qui peut se chambrer. De plus, on ne met pas un piccolo sur la tête (fût-elle bien attachée aux épaules). D'abord, parce qu'il peut déjà y avoir un chapeau (ou tout autre couvre-chef) ; ensuite, parce qu'il arrive que le piccolo ne tienne pas assez debout pour qu'on se permette de le mettre sur la tête. Il faut être raisonnable.

 

3.
« Sur la terrasse de chez Luce, le gendarme Lambert, trempé comme une soupe, entendit l'hélicoptère s'éloigner à grande vitesse. Il en aurait pleuré. »
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres »)
Il est très indélicat de tremper des hélicoptères dans sa soupe. Les hélicoptères ne sont pas de vulgaires croûtons. De plus, si vous avez invité un gendarme à votre table (cela peut arriver), ce spectacle navrant peut le faire pleurer. Nostalgie ou vocation tardive, allez savoir. En tout cas, tremper des hélicoptères dans sa soupe n'est pas une chose à faire. Cracher dedans non plus d'ailleurs. 

 

4.
« Elle agita avec désinvolture son Upmann du matin. »
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres »)
On peut agiter bien des choses : la main, et d'une manière générale toute partie agitable du corps. On peut aussi agiter des objets que la main porte, ici, un Upmann, qui' est un cigare. On peut aussi agiter des idées, il y a même le mot « brainstorming » pour décrire cette activité de cogitation intense et qui ne doit durer que relativement peu de temps sous peine de s'agiter un peu trop le bocal, ce qui vous fait vite passer pour un zozo, un outrecuidant, un cuistre, un bavard, un baveur, un bah çuilà il a une araignée au plafond.
Notons que les partis politiques grouillent de ces agités du bocal ; il y en a même qui ont fait des études dans des grandes écoles pour.

 

5.
« Intérieurement, le jeune homme s'injuria abominablement. »
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres »)
S'injurier intérieurement est fort commode. Seuls vos organes vous entendent et, depuis le temps qu'ils vous connaissent, ils s'en fichent pas mal, vos organes. Tout ce que vous risquez, c'est d'être dénoncé par un narrateur de type omniscient, vous savez, ces auteurs de romans qui croient tout savoir. Mais vous vous en fichez : les gens ne lisent plus de toute façon. 

 

6. 
« Il fumait de nouveau, et l'on voyait sourdre entre ses doigts la lueur de la cigarette lorsqu'il tirait dessus. »
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres »)
Si l'on a des doigts, il ne faut pas s'en séparer. Jamais. Un tigre pourrait s'en emparer (pour son quatre heures). Quand il fait froid, et que l'on a des doigts, on peut les protéger, en mettant des gants, ou des moufles. Il est inutile de les recompter chaque jour. En général, ils restent soudés. Mais parfois, l'instrument tranchant du hasard..., eh oui, quand on a des doigts, il faut faire attention.

 

7.
« Il secoua la tête comme s'il essayait de se débarrasser d'une toile d'araignée. » 
(Manchette & Bastid, « Laissez bronzer les cadavres »)
Si l'on a une araignée au plafond, cela ne sert à rien de secouer la tête dans tous les sens, comme on secoue des maracas. Ce n'est pas comme ça que vous vous en débarrasserez. Il faut être patient, et attendre que l'araignée descende du plafond pour se faire écraser par le petit bonhomme zozo qui passera par là. Restera après à vous débarrasser du petit bonhomme zozo. Vous pouvez toujours essayer de l'appâter avec un hareng saur au bout d'une ficelle que vous accrocherez au clou que vous planterez sur un mur blanc. Défois, ça fascine ; ça aimante. Mais moi, personnellement, je n'ai jamais essayé.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 août 2024.

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9 août 2024

DU COUP DE KOURSK

DU COUP DE KOURSK

 

1.
Août 2024. Paraît que le temps se couvre pour les islamistes en Allemagne, dont les autorités ferment, dit-on des centres pour collusion avec le Hezbollah, ai-je lu. L'Iran râle auprès de l'ONU pour « exiger leur réouverture », dit-on. Bah, quoi que pourra dire la très bavarde et inefficace et infiltrée de partout ONU, tout le monde s'en fiche. Ah oui.

 

2.
8 août 2024. L'offensive ukrainienne en direction de Koursk (sur le territoire russe donc) fait baisser le rouble et douter la Bourse de Moscou des performances futures de l'économie à Poutine. C'est qu'elle commence à coûter, sa sale guerre, à l'autre empoisonneur là.

 

3.
8 août 2024. Il y a un mois, je dépitais sec. L'avancée, lente et sanglante mais continue, des Russes en Ukraine et la victoire probable du très trouble Trump en novembre me laissaient songeur quant à l'avenir des démocraties occidentales.
Et puis, voilà que l'Ukraine, par une offensive éclair sur le territoire russe, montre qu'elle est loin d'être vaincue et qu'il se pourrait que Kamala Harris batte Trump, lequel pourrait bien finir en prison. Et ça, c'est encourageant. 

 

4.
9 août 2024. Il y a quelque chose de surprenant dans l'offensive des forces ukrainiennes dans la région de Koursk. Elle semble très rapide et puissante (visiblement pas une simple incursion). Ce qui demande une certaine préparation. Et les Russes n'auraient rien vu venir ?
Ce ne sont que des hypothèses, mais :
- Se pourrait-il que certains officiers supérieurs russes soient si incompétents qu'ils n'aient pas vu l'éléphant entrer dans la pièce ?
- Se pourrait-il que certains officiers supérieurs russes aient décidé de lâcher Poutine, sa sale guerre, ses mensonges et ses chimères de restauration d'on ne sait quelle Grande Russie ?
- Se pourrait-il que le soutien occidental soit plus efficace qu'on le croit et surtout beaucoup plus discret et intense qu'on le dit (notamment en matière de logistique et de renseignements) ?

 

5.
9 août 2024. Le raid en cours des forces ukrainiennes sur le territoire russe n'est pas destiné à perdurer. Les forces russes réagissent (ou réagiront) et les Ukrainiens reculeront. Mais on peut penser que ce raid aura été utile car :
- Le président Zelensky met ainsi l'Occident devant le fait accompli : oui, l'Ukraine se réserve le droit d'entrer sur le territoire russe pour prévenir des attaques sur le territoire ukrainien.
- Le président Zelensky prouve que l'armée russe a de sérieuses failles dans son dispositif et qu'elle n'a pas résolu tous ses problèmes d'organisation et de communication.
- Le président Zelensky montre ainsi à l'Occident qu'avec un apport accru en matériel et en munitions, il serait possible aux forces ukrainiennes de figer le front, voire d'effectuer des percées significatives.
- Enfin, les forces ukrainiennes prouvent à la population russe que Poutine est bien loin d'être en mesure de la protéger et qu'elle est, elle aussi, et d'abord en raison des sanctions économiques décidées par l'Occident, victime de la sale guerre de Poutine en Ukraine.

 

6.
La guerre hybride de Guerassimov aura eu trois succès : La première élection de Trump, le brexit et la déstabilisation du Sahel, mais aura échoué à affaiblir l'UE et l'OTAN. Au contraire, la sale guerre de Poutine en Ukraine a resserré les liens entre pays de l'UE et membres d'un pacte atlantique renforcé par l'adhésion de la Suède.
En France, les tentatives d'infiltration pro-Poutine de l’extrême-droite (RN et Reconquête) comme de l’extrême-gauche (LFI) par le SVR sont réelles et efficaces mais ont été nettement contrecarrées par les législatives anticipées voulues par le président Macron.
La non-réélection de Trump aux présidentielles américaines pourrait signifier que le bilan de la guerre hybride de Guerassimov et des menées du SVR en Occident serait beaucoup plus mitigé que prévu.

 

7.
9 août 2024 : midi (heure de Paris). Le rouble continue de baisser (1 euro = 96 roubles, soit 1 rouble = 0,01 euro). Le raid ukrainien dans la région de Koursk plombe les espoirs russes d'une victoire assurée en Ukraine.

 

8.
Vous verrez que si ça continue, Poutine finira par contempler des cartes d'état-major en serrant les poings et en grognant dans ses dents : « Des incapables, des incapables et des traîtres, voilà ceux qui m'entourent ! »

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 août 2024.

11 août 2024

DE L'OMELETTE ET DU MARTEAU

DE L'OMELETTE ET DU MARTEAU

 

1.
« Il n'était pas de taille à lutter contre la bête invisible, venue de nulle part, et qui posément prenait possession de son cerveau, de son être tout entier. »
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage »)
Certaines bêtes sont invisibles. C'est pour ça qu'on ne les voit pas arriver. Elles peuvent vous foncer dessus et s'emparer de votre esprit. Ah ça, ce n'est pas avec de la confiture de fraises qu'on les éloigne. Même une photo de Poutine ne les fait pas fuir.

 

2.
« Ses yeux n'avaient pas de couleur précise ; c'était un peu comme de l'eau froide. » 
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage »)
Les couleurs, si elles tombent du ciel, c'est inquiétant. Surtout si c'est en vagues successives : du bleu pétrole, du rouge tomate, du glauque marin, pour finir par le vert des fièvres et la corne des brumes.

 

3.
« Le silence. Dans le silence, le bruit des pas, le caillou qui roule sous la semelle. Les cent mille conversations d'insectes, dans les prés, dans les arbres, dans les airs. »
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage »)
On ne sait pas de quoi sont tissées les conversations d'insectes. Peut-être qu'on croit savoir. Peut-être qu'ils complotent, les insectes, leur éternelle domination sur le réel, le règne des vivants et l'empire des morts. Peut-être qu'ils peaufinent et creusent creusent creusent.

 

4.
« - Rien. Dieu, le fantôme, est mort sans m'attendre. J'ai envie de cracher : ça aussi c'est la vie. C'est en ces envies-là qu'il faut croire. »
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage » [Luc])
Les fantômes ne meurent pas ; les dieux, si.
Les fantômes peuvent être libérés de la boucle de leur synchronie. C'est l'intervention des vivants qui, semble-t-il, met fin au charme cyclique et vénéneux. C'est alors que les spectres disparaissent et ne reviennent pas. Finies les hantises, les coups dans les murs et les cafetières volantes.
Les dieux, eux, finissent par être oubliés, par être remplacés par d'autres dieux.  Complètement oubliés, ils sont complètement morts.
Seuls quelques chercheurs et quelques archéologues vont les déranger dans leur sommeil éternel. Chercheurs et archéologues n'en ont pas peur. Mais ils doutent souvent.

 

5.
« Il se tut, regarda ses doigts, ou plus loin. Un grand moment, et on aurait presque pu le croire endormi brutalement. »
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage »)
Je vous assure que l'on peut très bien réaliser une omelette sans se briser les doigts. Il suffit de ne pas utiliser de marteau.

 

6.
« Elle a posé l'énorme plat de pommes de terre en petits quartiers, nappée d’œufs brouillés, sur la table. »
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage »)
Si vous vous brouillez avec une bande d’œufs, s'ils sont durs, alors vous n'arriverez pas à leur faire entendre raison. Faut en manger deux, avec de la mayonnaise, et mettre les autres dans une salade de pommes de terre, que vous mangerez ce soir. Foskifo.

 

7.
« Une lumière éclata aux carreaux de la ferme. »
(Pierre Pelot, « La Peau de l'orage »)
Il faut faire attention de ne pas éclater trop souvent. On peut finir tout dispersé, qu'on s'en met partout ; voire casser verres, carreaux et miroirs  Et on peut s'couper. Oui.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 11 août 2024.

28 juillet 2024

SI LES FANTÔMES N'EXISTENT PAS

SI LES FANTÔMES N'EXISTENT PAS

 

1.
Si les fantômes n’existent pas,
Alors, qu'est-ce que tu fais là ?

 

2.
Juillet 2024. Entendu récemment sur France Inter dans la série « Un été avec Romain Gary », Maria Pourchet dire ceci de l'auteur de « La Promesse de l'aube » : « Cette légende qui dit je ». J'aime bien.

 

3.
« - Si les fantômes n’existent pas, Mr Morton, comment avez-vous pu en croiser un ?
C'est justement ce que je ne comprends pas, sergent ! »
(Exbrayat, « Imogène est de retour » [Archibald McClostaugh et John Morton]).
J'aime bien les histoires de fantômes. Idéalement, les soirs d'hiver, qu'il pleut dehors et que je suis bien au chaud chez moi. J'aime aussi la tarte aux fraises, mais, par contre, les histoires de tartes aux fraises, je note que c'est rarement passionnant. Sauf si la tarte est empoisonnée dans un roman policier (j'aime bien les romans policiers). Et puis, il faut bien dire aussi que les fantômes de tarte aux fraises, c'est très rare. A moins de pénible indigestion, qu'on fait des cauchemars d'amateur de fondue au chester.

 

4.
« Elle se mit à courir et atteignait la porte de son jardin lorsqu'il lui parut qu'elle plongeait dans quelque chose qui ressemblait à la Voie Lactée, si elle en jugeait par le bouquet d'étoiles qui lui sautait littéralement au visage. »
(Exbrayat, « Imogène est de retour »)
C'est pour ce genre de phrase que j'aime la littérature de genre. Certes, je ne lis que rarement les romans en entier ; je les parcours. En général, cela me suffit pour comprendre à peu près l'intrigue, laquelle ne m'intéresse souvent que modérément. Ce que je cherche, ce sont des phrases qui m'étonnent, m'amusent, m'épatent.
Je suis d'ailleurs plutôt bon public : l'atmosphère d'un roman peut me retenir assez longtemps, me piéger parfois. L'atmosphère que l'on trouve dans certains chefs d’œuvre (« Malpertuis », « L'Homme invisible »,..) et aussi  celle des romans de Simenon, d'Agatha Christie, d’Exbrayat... Un magazine, une méthode d'allemand (pourvu qu'il y ait des dialogues), une bande dessinée peut me suffire. Je tiens sans doute cela de la fascination  qu’exerçaient sur mon esprit môme les formats de poche des bédés en noir et blanc, d'une qualité narrative souvent très relative, que l'on trouvait alors partout (Akim, Zembla, Cap'tain Swing, Blek le roc,...) 

 

5.
« - Croyez-moi, Tyler, les assassins ne connaissent pas leur métier... »
(Exbrayat, « Imogène est de retour » [Archibald McClostaugh regrettant que tant d'innocents meurent de mort violente cependant qu'Imogène échappe toujours à ses meurtriers)].
Sans doute les assassins connaissent-ils leur métier, c'est-à-dire les techniques nécessaires à exercice de leur profession. Doivent aussi avoir des bases solides en physiologie. Et de la psychologie, que savent-ils ? Je me le demande. Je suppose qu'ils ont quelques éléments sur la façon dont les cibles peuvent réagir, mais je n'en sais rien. Je me demande aussi si certains sont cultivés, lisent les philosophes, apprécient l'art, la poésie et la beauté. Rien ne l'interdit. Je pense au très beau film de Jim Jarmusch, « Ghost Dog, la Voie du Samouraï », mais, bon, c'est du cinéma.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 28 juillet 2024.

26 juillet 2024

QUELQUES MOTS SUR LE SPECTACLE D’OUVERTURE DES JEUX OLYMPIQUES

QUELQUES MOTS SUR LE SPECTACLE D’OUVERTURE DES JEUX OLYMPIQUES

 

1.
26 Juillet 2024 : spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques, ah tiens, Lady Gaga en Zizi Jeanmaire, - « Mon truc en ploumes » pampamtaditadilalalala. Du coup, elle est blonde !

 

2.
26 Juillet 2024 : spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques, évocation de la Révolution française, « Ah ça ira, ça ira, ça ira », coups de canon, heavy metal rock, Carmen, rock symphonique, je songe à la vieille expression « furia francese »…

 

3.
Spectacle d’ouverture des JO: « La Marseillaise »… L’émotion de l’hymne et l’évocation de quelques françaises d’exception : Olympe de Gouges, Alice Milliat, Gisèle Halimi, Paulette Nardal, Jeanne Barret, Christine de Pizan, Louise Michel, la réalisatrice Alice Guy, Simone Veil… 
Les Jeux Olympiques sont politiques en ce qu’ils permettent aussi à une nation d’affirmer des valeurs : considérer Louise Michel, Paulette Nardal, Gisèle Halimi et Simone Veil comme des figures d’exception est significatif.

 

4.
26 juillet 2024. Il est clair que le spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris a été voulu insolent (tableau de Marie-Antoinette portant sa tête tranchée, « drag queens »), libéral, multiculturel, populaire (bande-son aux allures de hit-parade), et mémoriel (navigation sur la Seine, Notre-Dame, évocation de quelques Françaises d’exception,…). Impressionnant parti-pris qui change de la pompe nationaliste à laquelle on aurait pu s’attendre. 

 

5.
26 juillet 2024. Une cavalière en armure stylisée pour porter le drapeau olympique. Symbolique étrange. Jeanne d’Arc ? Marianne sur le pied de guerre ? Personnification de l’art martial du sport ? Heureusement qu’avant la chevauchée, Juliette Armanet avait interprété le pacifique « Imagine », de John Lennon.
Je note que le « Imagine » de John Lennon a d’ailleurs été interprété sur un « radeau à la dérive », comme l’écrit « Le Parisien ». La paix à la dérive et le drapeau olympique porté par une guerrière ? Prémonition de la WW3 ?

 

6.
Iconique cavalière en armure remontant la Seine sur son cheval mécanique autant que spectral… d’une beauté de peinture surréaliste.

 

7.
Et le spectacle se termine par Céline Dion interprétant magistralement « L’hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Puis la flamme olympique s’envole… 

 

8.
Aux rageux et aux aigris : j’admire votre patience à regarder un spectacle, en l’occurrence celui de l’ouverture des Jeux Olympiques, que vous trouvez nul, honteux, ennuyeux, choquant pour le seul plaisir de donner votre avis, que nul ne vous demande d’ailleurs, sur twitter.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 26 juillet 2024.

 

27 juillet 2024

PENDANT LA TREVE LE SPECTACLE CONTINUE

PENDANT LA TREVE LE SPECTACLE CONTINUE

 

1.
Dans son interview donnée sur France 2 du 23 juillet 2024, le président Macron réfute déjà la candidature de Lucie Castets au poste de premier ministre publiée le même jour au nom du NFP. Il semble clair que le président Macron ne veut pas d'un gouvernement NFP. Sans doute préfère-t-il une coalition « Ensemble »-LR, - « Ensemble », c'est le nouveau nom de la 
Macronie.
La gauche proteste (c'est normal et attendu) et s'agite (on parle même sur les réseaux sociaux de « grève générale »). Bah, en l'état actuel, le président Macron ne changera pas d'avis et la grève générale ne prendra pas : on peut penser qu'une majorité de Français est gavée-soûlée de politique et aspire maintenant à profiter du spectacle des Jeux Olympiques avant que le cirque recommence.

 

2.
France. 24 juillet 2024. Pour l'heure, il semble que le président Macron gouverne seul (ce qui monarchise son image un peu plus encore). Cela ne durera pas. Septembre et le retour au réel des travaux et des jours ordinaires pourrait bien être d'une grande brutalité.

 

3.
Juillet 2024. En appeler à une Constituante ? Et avec qui ? L'Assemblée actuelle ? Chacun voit bien que c'est impossible. « Constituante », « VIème république », tout ça ne sont que des mots jetés en l'air et qui, à l'heure actuelle, n'ont pas de sens.

 

4.
France, juillet 2024. Pour l'heure, la lutte politique n'oppose qu'en apparence droite et gauche. Le véritable conflit est entre soutiens de la démocratie (du PS aux LR) et tendances autoritaires (LFI et RN).
Cela, le président Macron semble l'avoir bien en tête, qui, faute d'un accord avec les sociaux-démocrates cherche une coalition avec la droite républicaine. Marché de dupes peut-être.

 

5.
Parce qu'ils sont organisés par des États, parce qu'ils concernent la gestion de la Cité, les Jeux Olympiques sont par définition politiques. Le nier est une naïveté.

 

6.
Qui soupe avec le diable doit avoir une longue louche.
On ne pactise pas avec les soutiens de Poutine.
On ne pactise pas avec les soutiens du Hamas.
On les tient à distance.
Ni LFI, ni RN.

 

7.
Mon avis sur les années 70, 80 ? La société était tout aussi violente. Mais il y avait plus de travail. La pression des diplômes et des études était moins forte. Et surtout, on ne parlait pas (ou très peu) de religion.
De plus, la musique pop/rock de l'époque était excellente.
Des noms ? Les Beatles, Stones, Who, Doors, Kinks, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Pink Floyd, Led Zeppelin, Nina Hagen, Patti Smith, Dire Straits, Blondie, Dylan, Stevie Wonder, Gong, Frank Zappa, Gentle Giant, Blue Öyster Cult, Fleetwood Mac, Creedence Clearwater Revival,...

 

8.
25 juillet 2024. Pas la peine de fonder des espoirs sur Lucie Castets. Elle ne sera pas premier ministre, tout simplement parce que le président Macron ne veut pas d'un gouvernement qui comporterait des ministres LFI, et qui, de toute façon, tomberait à la première motion de censure. Personne ne peut lui forcer la main. Grève générale, dites vous ? Peut-être à la rentrée (et encore). Pour l'instant, bien des Français veulent, et c'est légitime, assister au spectacle des Jeux Olympiques.

 

9.
Comment considérer les Jeux Olympiques de Paris 2024 ? Une démonstration de la puissance et de la richesse de l'Occident ? L'affirmation de la France à rester dans le peloton de tête des nations (malgré une dette qui inquiète et un service public parfois défaillant) ? Un espoir de résilience ? Une manière, comme une autre de donner du travail aux entreprises privées et de faire rentrer des sous dans les caisses ? En tout cas, le président Macron, n'a en l'occurrence absolument pas droit à l'erreur. L'issue de la crise politique qu'il a lui-même provoquée en dépend.

 

10.
26 juillet 2024. France. Le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, des commandos se sont attaqués à des voies ferrées immobilisant une partie du trafic sur l'ensemble du territoire. On évoque la piste de certains éléments radicaux (activistes écolos, syndicaux, autonomes divers...) mais, vus, dit-on, la coordination et le niveau d’expertise que ces actes de sabotage demandent, on évoque aussi la piste russe (cellule dormante ? Entrisme ?).
Il y a quelques jours fut annoncée l'arrestation d'un agent russe (un certain Kirill Griaznov, et son pedigree a 'ailleurs été largement diffusé par la presse et les réseaux sociaux). ce Griaznov qui, dit-on, s'était vanté (quelle discrétion!) d'être capable de perturber très fortement (faut-il entendre violemment?) la cérémonie d'ouverture des JO de Paris, est-il un leurre, chargé de mobiliser l'attention sur lui et sur un réseau plus ou moins fantôme, ou une réelle menace, et dans ce cas, dans quelle mesure ce réseau (s'il existe) est-il cloisonné, et quels sont ces moyens et ces objectifs ? Autre interrogation : ce réseau (s'il existe) est-il le seul, ou d'autres réseaux s'apprêtent-ils à passer à l'action ? Guerre hybride ou bêtise intérieure ? Inquiétudes.

 

11.
Les espions russes dont on connaît le nom, dont la tête est affichée partout, qui discutent au téléphone de leurs « missions » et qui en plus seraient alcooliques, j'y crois pas trop. Ça ressemble trop à un scénario. Qui a écrit cette légende (la légende Griaznov) ? La Russie ou l'Occident ?

 

12.
26 juillet 2024. Russie : Effet des sanctions occidentales et du coût exorbitant de la sale guerre de Poutine en Ukraine : pour tenter d'endiguer l'inflation, possible hausse des taux d'intérêt de 16 à 18 %.
France et UE : A craindre (en raison des hausses récentes des cours des matières premières) : une possible accélération de l'inflation dans les jours et les semaines à venir.
Hausse du SMIC et blocage des prix pourraient être des solutions avancées par la gauche comme par certains populistes de droite. Attention aux risques de surchauffe de la demande. A manier donc avec précaution et discernement.
Et surtout justice. Pour endiguer montée du paupérisme et les colères qui pourraient en découler, verra-t-on un jour l'UE obligée d'établir une liste de produits de première nécessité aux prix bloqués, ou reconstituer des stocks de produits alimentaires à écouler en fin d'année à prix cassés ?

 

13.
26 juillet 2024. Le rouble reste souffrant et le sera sans doute tant que durera la sale guerre de Poutine en Ukraine. Et le départ fulgurant de la campagne électorale de Kamala Harris, faisant espérer une défaite de Trump, ne va pas arranger les affaires du Kremlin.
Indices boursiers russes en nette baisse. 

 

14.
26 juillet 2024. Spectacle d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. Beaucoup ont été choqués par le tableau de « Marie-Antoinette », mais est-ce bien elle ? - en tout cas, nous l’identifions d’abord comme telle… et portant sa tête tranchée, laquelle tête chante le « ah ça ira, ça ira, ça ira » des Sans-Culottes. C’est pourtant typique de notre insolence et de nos doutes. La France, pays de révolutionnaires qui maudit Robespierre et se demande encore s’il fallait décapiter le roi, ou pas, tout en célébrant Jeanne d’Arc, la Résistance, et bien sûr, Napoléon.
Autre hypothèse concernant cette « Marie-Antoinette » en robe rouge (tiens, curieux, le rouge n’est-il pas justement la couleur de la révolution ?) et si ce qui était représenté n’était pas Marie-Antoinette, mais la Révolution se dévorant elle-même ? Une évocation des massacres de la Terreur et donc de la guillotine, ce qui expliquerait la tête tranchée chantant le « Ah ! ça ira » des Sans-Culottes… 
Oh, et puis Zut, je vais me coucher.

 

15.
Si Kamala Harris remporte les présidentielles américaines de novembre 2024, et si l’on considère la défaite du RN aux législatives françaises, cela signifiera que ce sera en vain que Poutine aura dépensé beaucoup d’argent et d’énergie dans ses tentatives de déstabilisation de l’Occident.
Il lui restera, bien sûr, l’espoir d’une victoire de Marine Le Pen aux présidentielles françaises de 2027, mais ce n’est pas gagné du tout : « le front républicain » est solidement ancré dans les convictions de bien des Français.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 27 juillet 2024.

 

11 mars 2025

LES BOUFFONS DANGEREUX

LES BOUFFONS DANGEREUX

 

1.
9 mars 2025. 13 heures. En euros, Le bitcoin dégringole aussi vite que la popularité de Trump. Le solana aussi. L'ethereum aussi. Le LIBRA ne vaut plus rien.

 

2.
François Fillon (si bienveillant avec la Russie de Poutine hein l'ancien premier ministre), Bernard Squarcini (l'ancien patron de la DST, qui vient d’être condamné à quatre ans dont deux ans ferme, ah oui quand même mais il a fait appel), Hervé Morin, dont on dit que lorsqu'il était ministre de la Défense a singulièrement affaibli l'armée française. Ces trois personnages ont été en poste lors de la présidence de Nicolas Sarkozy (dont on sait qu'il est pour le moins en délicatesse avec la Justice). Du beau monde quoi.

 

3.
Poutine ne peut pas perdre sa sale guerre en Ukraine (une défaite entraînerait sa chute, voire sa disparition physique).
Trump ne peut pas être viré de la Maison-Blanche (une destitution pourrait le ruiner et l'envoyer assez vite en prison).
Question : Jusqu'où ces deux mégalomanes, dont l'un est un mafieux et l'autre un imbécile, pourraient-ils aller pour sauver leur poste, voire leur peau ?

 

4.
Xi Jinping ne doit pas en croire ses yeux : il voit chaque jour Trump affaiblir l'OTAN et l'unité des Etats-Unis en même temps que la sale guerre de Poutine en Ukraine continue de ruiner la Russie. Bref, la Chine reste en position de force dans un immense chaos géopolitique.
J'espère pour Trump que les Etats-Unis n'auront pas tantôt à faire face à des agressions menées par la Chine et la Corée du Nord. Il pourrait se retrouver plus isolé qu'il le croit...

 

5.
9 mars 2025. 16 heures 30. En euros, bitcoin, solana et ethereum dégringolent, plongent, se cassent la margoulette : des millions s'envolent. Ça tourne au saignant.

 

6.
9 mars 2025. Visiblement, vis-à-vis de l'Ukraine comme de l'Europe, Trump, Vance, Musk, Rubio se sentent tout puissants. Plus dure sera la chute...

 

7.
Le mécontentement envers la politique du triumvirat Trump, Vance et Musk montant, cela m'étonnerait que les ventes des Tesla remontent. Une baisse des ventes et donc une baisse des cours de l'action de la voiture qui a des soucis sont attendues.

 

8.
9 mars 2025. Je vois le coup que les soi-disant « révolutionnaires » et « anti-système » cryptomonnaies finiront par enrichir la nomenklatura des oligarques trumpiens après avoir lessivé, éreinté, ruiné quelques investisseurs maladroits et naïfs.

 

9.
10 mars 2025. Il est assez clair que Trump est devenu l'ennemi de la démocratie. Il est donc devenu l'ennemi du peuple américain.

 

10.
10 mars 2025 : les cryptomonnaies ne reposant que sur du vent et pas mal de malversations, il est clair que jamais le bitcoin ne remplacera le dollar. En conséquence, quand le Dow Jones baisse, les cryptos dégringolent.

 

11.
10 mars 2025. Américains, prenez conscience que désormais plus personne, sauf Poutine et la nébuleuse des partis d’extrême-droite, n'a confiance en votre président. 

 

12.
10 mars 2025 : Très forte baisse des indices boursiers américains. Le Dow Jones, les donneurs d'ordre, la véritable finance (celle qui sait que les cryptos sont une escroquerie) prouvent ainsi le peu de crédit qu'ils accordent à la politique de Trump, Vance et Musk.

 

13.
10 mars 2025. Si Wall Street réussit à faire chuter Trump et à renvoyer ce traître à l'Occident devant les tribunaux, je passerai un de ces samedis à boire du Jack Daniel's en écoutant du Sinatra ! 

 

14.
Mais qui prête encore attention à ce que dit cette tête creuse de Luc Ferry ? Même Blanquer (auteur d'une très sotte réforme de l'éducation nationale) et Meirieu (érudit outrecuidant) sont plus futés que ce zozo des agrégations.

 

15.
« Luc Ferry ne connaît rien sur le sujet mais il exprime un avis quand même » est un exemple de présent de vérité générale.

 

16.
Trump, Vance et Musk sont quoi ? Une parodie sinistre des Three Stooges, des Pieds Nickelés ? En tout cas, il est inquiétant de voir autant de pouvoir et d'argent concentrés dans des têtes aussi vides.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mars 2025.

20 juillet 2024

JE PREVOIS DONC JE ME TROMPE

JE PREVOIS DONC JE ME TROMPE
Notes sur « Regards sur le monde actuel », de Paul Valéry.

 

1.
« Je prévois, donc je me trompe. »
(Paul Valéry)

 

2.
« Mais si générale et si présente qu'elle soit, il est remarquable qu'elle se raccorde fort mal avec la petite portion du monde réel où vit chacun de nous. »
(Paul Valéry, « Réflexions mêlées »)
Évoquant « cette image du monde » que politiques, médias et opinion publique entretiennent, Paul Valéry fait remarquer qu'elle est assez loin de la réalité subjective du quotidien, cependant que politiques, médias et opinion publique façonnent cette réalité et la travaillent en y intervenant par des lois, des règles, des codes. Nous avons tellement conscience de cette différence entre l'ordinaire de la vie de tous les jours et lointains législatifs que le commentaire favori des Français sur leur personnel politique se résume souvent au très clair : « Ah les cons ! ».

 

3.
« Il faut être infiniment sot ou infiniment ignorant pour oser avoir un avis sur la plupart des problèmes que la politique pose. »
(Paul Valéry, « Des partis »)
Aussi la politique est-elle un métier. Le problème étant que le peuple choisit assez souvent des représentants aussi infiniment sots et aussi infiniment ignorants qu'il peut l'être lui-même. Et s'ils ne sont ni sots, ni ignorants, ils sont parfois d'un cynisme consternant. L'avantage de la démocratie, c'est qu'ils n'y sont jamais que provisoires, voire étonnamment éphémères. Ce qui les oblige à une certaine retenue.

 

4.
19 juillet 2024. Entendu un journaliste évoquer le manque de confiance dans la démocratie représentative qu’exprimeraient de plus en plus souvent certains écologistes radicaux. Que les démocraties libérales se montrent assez impuissantes à régler bien des problèmes de protection de l'environnement, et surtout à faire face à des problèmes aussi cruciaux que ceux du changement climatique, du gaspillage énergétique et de la gestion des ressources naturelles (à commencer par l'eau) est une évidence. Et je pense assez que la démocratie n'est jamais qu'un moyen de réguler les appétits des ogres qui nous gouvernent. Mais, si corrompue soit-elle par les intérêts des marchands, remplacer la démocratie représentative par on ne sait quelle « dictature éthique » est une chimère dangereuse. Ce serait se jeter dans la gueule d'un loup, dont les premières proies seraient justement les naïfs qui, par amour des humains et des animaux, l'auraient amené au pouvoir.
Enfin, il y a, hélas, entre la démocratie représentative et la dictature, un moyen auquel les humains, assez souvent en fin de compte, recourent pour trancher dans le vif un certain nombre de questions (à commencer par celle de la rareté naturelle) et qui consiste à éliminer une partie de la population au profit d'une autre. Cela s'appelle la guerre.

 

5.
« La guerre économique n'est qu'une des formes de la guerre naturelle des êtres ; je ne dis pas des hommes, car on peut douter si l'homme n'est pas encore à l'état de projet... »
(Paul Valéry, « Souvenir actuel »)
Ce qui est en jeu, c'est toujours la rareté naturelle. Si le réel n'était qu'abondance pour tous, les problèmes posés au politique seraient tout autres. C'est alors que l'humain pourrait peut-être devenir ce qu'il est... ou pas.

 

6.
« Le fabuleux est dans le commerce. La fabrication de machines à merveilles fait vivre des milliers d'individus. »
(Paul Valéry, « Propos sur le progrès »)
En 2024, nous pouvons affirmer que la « fabrication de machines à merveilles fait vivre » non pas des « milliers » mais des millions d'individus. La société du spectacle fournit chaque jour à l'humain de quoi se fasciner. L'humain a créé les dieux et les ordinateurs. Et je me demande si les machines ne vont pas finir par prendre le pas sur les êtres abstraits.

 

7.
« … le problème le plus difficile de la politique du monde actuel, qui en sera demain l'un des plus graves. Ce problème est celui des rapports des Européens (et assimilés) avec les autres habitants du globe,... »
(Paul Valéry, « Introduction à un dialogue sur l'art »)
Le Nord contre le Sud. La Triade contre les BRICS. Les Etats-Unis contre la Russie. L'Europe et ses démocraties libérales contre les autoritarismes. Les  séquelles des décolonisations. Paul Valéry avait vu juste. 

 

8.
« L'homme a recherché dans la nature tout ce qu'il faut de moyens et de puissance pour rendre les choses autour de lui aussi promptes, aussi instables, aussi mobiles que lui-même, aussi admirables, aussi absurdes, aussi déconcertantes et prodigieuses que son propre esprit. »
(Paul Valéry, « Notre destin et les lettres »)
Ce n'est donc point la pure raison qui nous fit travailler la nature et la dominer de toute la complexité de nos cultures, mais la nécessité d'humaniser l'étrangeté radicale en rendant admirable, absurde, déconcertant et prodigieux ce qui est en soi ni prompt ni lent, ni stable ni instable, ni mobile ni immobile. 

 

9.
« Il faut que tout ce que l'on peut en dire n'en puisse épuiser la notion. »
(Paul Valéry, « Fonction et mystère de l'Académie »)
Aussitôt cette phrase lue, me vint à l'esprit la dernière proposition du « Tractatus logico-philosophicus », de Wittgenstein : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut se taire. »
Or, justement, ce dont nous parlons, c'est « ce dont on ne peut parler », qui devient, puisque nous en parlons, ce dont on peut parler. Le reste n’existe pas encore.

 

10.
Paul Valéry : « Regards sur le monde actuel ». Je m'étonne toujours qu'un esprit si vif et lucide et si doué pour la raison et l'analyse ait écrit des vers si sottement alambiqués. Mais si je n'apprécie que très moyennement la poésie de Paul Valéry, ses réflexions m'intéressent souvent. On y trouve des formules épatantes comme « Le fabuleux est dans le commerce » , « L'évidence excite le doute ».ou encore « Je prévois, donc je me trompe. ».

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2024.

23 juillet 2024

PERTES ET FRACAS

PERTES ET FRACAS

 

1.
19 juillet 2024. Les médias se font l'écho d'une panne géante de Microsoft qui perturbe des aéroports, des chaînes de télévision, des entreprises et des banques dans le monde entier. Panne ? Guerre hybride ? Avant-goût d'un collapsus annoncé ? Test ?
Nous avons su dès le lendemain que ces incidents étaient dus à un problème survenu lors d'une mise à jour de je ne sais quoi en rapport avec la sécurité. Dont acte.

 

2.
Je dis ça en passant, mais euh, la France est-elle sûre que ses stocks stratégiques de masques et ses hôpitaux pourraient maintenant être en mesure de faire face à un nouveau virus façon covid venu des profondeurs de l'Asie ? La France est-elle sûre que ses systèmes informatiques pourraient maintenant faire face à une panne mondiale, voire à un hacking de grande ampleur. C'est que c'est pas le moment d'être désinvolte-perlimpinpin avec la sécurité et le début des Jeux Olympiques.

 

3.
Le problème est moins celui de la surpopulation que de la rareté naturelle. Si le réel n'était qu'abondance pour tous, les problèmes seraient tout autres et l'humain pourrait enfin devenir ce qu'il est... ou pas.

 

4.
France. Ni Mélenchon, ni la LFI ne remporteront les présidentielles 2027.
Ni Marine Le Pen, ni le RN ne remporteront les présidentielles 2027.
C'est impossible.
La démocratie libérale travaille et prépare ses candidats. Et si elle ne le fait pas, elle devrait le faire.

 

5.
Mélenchon et la LFI : L'âne, la carotte et le bâton.
L'âne ? - L'électeur.
La carotte ? - Le pouvoir, les postes, les revanches, les places au soleil de la Révolution.
Le bâton ? - L’exclusion et le dénigrement pour qui s'oppose au Chef. 
L'objectif ? - La défaite.

 

6.
22 juillet 2024. Les échos indiquent que l'offensive russe en Ukraine, quoique très lente et très sanglante, est en passe de réussir. L'Ukraine pourrait perdre une partie de son territoire, voire s'effondrer face au rouleau compresseur de l'armée de Poutine. Où sont les F-16 ? Les chars promis ? Les munitions ? L'Occident va-t-il laisser tomber le président Zelensky et la nation ukrainienne comme il a laissé tomber l'Afghanistan ? Si c'est le cas, devant un tel aveu de faiblesse, je ne vois pas ce qui pourrait empêcher la Chine de s'emparer de Taïwan, la Corée du Nord d'intensifier ses pressions sur la Corée du Sud, et l'Iran de défier nos démocraties. Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher Poutine de continuer à déstabiliser l'UE et les États-Unis. Je ne vois pas pourquoi je continuerais à accorder ma confiance aux politiques, quels qu'ils soient.

 

7.
Ah non, je m'inscris en faux contre ceux qui prétendent que les fresques de Pompéi ont été peintes à la Renaissance. Non, les fresques de Pompéi sont vraiment très anciennes et les « pizzas » dont ces gens parlent sont en fait des aéronefs (UFO) et les « ananas » sont en vrai des représentations, certes naïves, des combinaisons spatiales portées par les Anciens Astronautes qui visitèrent la Terre il y a bien longtemps que la télé elle existait même pas. Si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à écouter les chansons de Maître Gims en les passant à l'envers, et vous verrez, ça dit tout ! Conseil : en les écoutant, baissez le son, ça rend sourd.

 

8.
France. Mélenchon et la LFI ne pourront gagner les présidentielles 2027 sans une nouvelle « union de la gauche ». Le PS, les écologistes et le PC se sont déjà fait avoir deux fois (avec la NUPES et le NFP). Quelque chose me dit qu'à moins d'être une grande sottise, ou d'une très lâche complaisance, la prochaine fois, PS, écologistes et PC enverront balader Mélenchon et ses courtisans. Et Mélenchon doit tout de même se rendre compte que le programme de la LFI ne pourrait être appliqué sans provoquer troubles récurrents et soucis persistants dans le pays.
La position du RN est un peu différente. Marine Le Pen tentera-t-elle de lisser toujours plus l'image de son parti, au risque de ne n'être bientôt plus qu'un parti de droite républicaine, élu pour un programme de droite libérale classique, se coupant ainsi de son électorat le plus radical, qui pourrait alors rejoindre Zemmour, ou tout autre agité à la droite de la droite ? Et je suppose que Marine Le Pen est très consciente qu'un programme trop radicalement à droite ne pourrait être appliqué sans provoquer troubles récurrents et soucis persistants dans le pays.

 

9.
23 juillet 2024. Annonce par Mathilde Panot (LFI) d'une proposition de loi visant à abroger la réforme des retraites décidée par Macron et Borne et imposée par 49.3. Même si elle n'est examinée que d'ici plusieurs semaines, voire plusieurs mois, elle pourrait rallier tous les partis de gauche et si le RN se joint à ce vote, le principe de la retraite à 64 ans serait abandonné : ce serait une défaite cuisante pour le président Macron, et un point marqué par la LFI.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juillet 2024.

23 juillet 2024

POURQUOI SOMMES NOUS SI BAVARDS ?

POURQUOI SOMMES NOUS SI BAVARDS ?

 

1.
« I was not surprised. Indeed, my only wonder was that he [Holmes] had not already been mixed up in this extraordinary case, which was the one topic of conversation through the length and breadth of England. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
L'étrange, l’extraordinaire, le bizarre, voilà qui sollicite. Que l'on jette un œil sur le réel, et le voilà happé, l’œil, dans un tourbillon que forment les pièces d'un puzzle soufflé par le vent de l'invisible. Le premier politicien venu, médiocre, affairé et généralement ahuri, comme la plupart des politiciens, devient une énigme insondable.

 

2.
« When, therefore, he suddenly announced his intention of setting out for the scene of the drama it was only what I had both expected and hoped for. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
L'ami et l'humour ont comme point commun d'être tous deux des « quand même ». Ce qui n'a rien à voir avec la citation, mais je l'écris tout de même, na. Pour le reste, il y a du théâtre, parce qu'il y a mystère (la disparition d'un cheval et le meurtre de son entraîneur) et que le social fait de ses drames un spectacle, le tragique revisité par les médias, limite grand guignol parfois ; jusqu'à en perturber les enquêtes elles-mêmes. D'ailleurs, je pense, et je ne suis pas le seul, que la plupart des criminels désignés, « preuves à l'appui », par les fictions d'Agatha Christie et de Conan Doyle ne sont pas les vrais coupables, et que la fiction, bien souvent, recule devant des vérités bien plus perturbantes.

 

3.
« At least I have got a grip of the essential facts of the case. I shall enumerate them to you, for nothing clears up a case so much as stating it to another person,... »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Sherlock Holmes])
Et voilà pourquoi nous sommes si bavards et si bavards encore. Ce n'est pas aux autres que nous nous adressons, c'est à nous mêmes. Et nous avons besoin des autres pour cela (sinon, nous allons fumer la pipe ou jouer du violon). Qu'ils ne nous comprennent pas importe peu, pourvu qu'ils nous laissent soliloquer. Considérons que bien des politiques et bien des décideurs de toutes les tailles font de même. Résultat, nous avons l'impression qu'ils disent n'importe quoi et décident n'importe comment.

 

4.
« Though most of the facts were familiar to me, I had not sufficiently appreciated their relative importance, nor their connection to each other. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
Le réel est constitué de connections entre des disparates que l'on fait parce que sinon, on comprend rien. Or, l'humain cherche à comprendre. C'est ainsi qu'il produit du réel comme l'araignée sa toile. De temps en temps, il se mouche.

 

5.
« It is what we call a cataract knife, » said I.
« I thought so. A very delicate blade devised for very delicate work. A strange thing for a man to carry with him upon a rough expedition, especially as it would not shut in his pocket. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson et Holmes]) 
L'élément étrange est celui qui ne semble pas à sa place dans l'ordre apparent du réel. L’explication de sa présence aide à élucider. Il peut tout aussi bien être un leurre. Dans ce cas, sa présence n'a pas d'autre but que de paraître étrange et de lancer l'enquêteur sur une fausse piste. Certaines des énigmes composées par Agatha Christie reposent sur cette astuce (je songe à « A.B.C contre Poirot »). Quelques affaires du passé pourraient bien avoir cette caractéristique, notamment lorsque l'on donne à penser aux  médias qu'une mort inexplicable pourrait être liée à un événement prétendument paranormal (spectre vengeur, OVNI, combustion spontanée,...).

 

6.
« The dog did nothing in the night-time. »
« That was the curious incident, » remarked Sherlock Holmes. »
[...]
« Hum ! » said Holmes. « Somebody knows something, that is clear. »
(Conan Doyle, « Silver Blaze »)
Que cherche Sherlock Holmes, sinon à accumuler, énigme après énigme, les indices d'un point de singularité.
Le point de singularité va-t-il résoudre le réel ? Dissoudre le réel ? Serons-nous les fantômes de la machine ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juillet 2024.

25 juillet 2024

LA LANGUE EST UN VIVRE-ENSEMBLE

LA LANGUE EST UN VIVRE-ENSEMBLE

 

1.
« The public not unnaturraly goes on the principle that he who would heal others must himself be whole, and looks askance at the curative powers of the man whose own case is beyond the reach of his drugs. »
(Conan Doyle, « The Stock-Broker's Clerk » [Watson])
Ainsi, certains croient-ils que le pouvoir aurait ce pouvoir curatif de rendre meilleur, de « sublimer », le démagogue à casseroles qui a réussi à tromper la nation au point de se faire élire. Trump et Poutine sont des voyous mais qu'importe, puisqu'ils promettent une Amérique toujours plus forte et une Russie toujours plus puissante. Leur malignité serait la preuve de leur capacité. Leurre mortifère, qui ne peut conduire qu'à la violence, la guerre, le conflit perpétuel.
Accessoirement, notons que la nouvelle de la candidature de Kamala Harris aux présidentielles américaines est une mauvaise nouvelle pour Poutine et, espérons le, une bonne nouvelle pour l'Ukraine et les démocraties libérales.

 

2.
« It is no use our being at all before our time, » said our client. « He only comes there to see me, apparently, for the place is deserted up to the very hour he names. »
(Conan Doyle, « The Stock-Broker's Clerk » [Hall Pycroft]) 
Le réel nous attend à son heure. Ça tombe bien, c'est aussi la nôtre, même si on se goure.

 

3.
« I shrugged my shoulders. « I must confess that I am out of my depths, » said I.
« Oh surely if you consider the events at first they can only point to one conclusion. »  
(Conan Doyle, « The Stock-Broker's Clerk » [Watson et Holmes])
Qu'on est désemparé devant l'énigme (les autres, la politique, notre propre destin, la disparition de la deuxième chaussette,...). Heureusement qu'il y a Sherlock Holmes. Ceci dit, Holmes est une fiction. Reste le texte. 

 

4.
« But why should this man pretend to be his own brother ? ». « Mais pourquoi  cet homme a-t-il prétendu être son propre frère ? », demande-t-on à Sherlock Holmes. C'est là le grand mystère des humains qui se croient frères et sœurs, alors qu'ils ne sont, les uns pour les autres, qu'irréductibles étrangers.
La langue est un vivre-ensemble. Mais on peut mentir.
Il est vrai aussi que le semblable n'est pas fatalement mon frère.

 

5.
« I could see that Holmes was extremely pleased, for he chuckled and rubbed his hands together. » 
(Conan Doyle, « Silver Blaze » [Watson])
Ce qui réjouit Sherlock Holmes, c'est sa propre puissance de déduction. Et cette puissance ne se révèle que dans la résolution d'énigmes alambiquées par l'auteur Conan Doyle. Rien de moins réaliste que les enquêtes et aventures de Sherlock Holmes, et c'est en cela qu'elles sont précieuses : purs jeux de langage et de logique. Ce sont des parties d'échecs que Conan Doyle joue avec lui-même. Le vraisemblable contre le réel. Le vraisemblable l'emporte toujours. Cela rassure le lecteur, car, voyez-vous, le réel et sa  rareté naturelle est autrement effrayant.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juillet 2024.

22 juillet 2024

RIMBAUD QUEL NOIR DRAPEAU STILAL !

RIMBAUD QUEL NOIR DRAPEAU STILAL !

 

1.
« L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance,
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ; 
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;»
(Rimbaud, « Mémoire »)
Ces vers de Rimbaud, j'y reviens souvent. Je laisse aux universitaires l'os de leur signification. Leur hermétisme gracieux suffit à ma fascination. Je note la clarté, la blancheur associée à la pureté : (« l'eau claire » ; « lys pur » ; « pucelle »). Pictural sans doute. Jeanne d'Arc ? (mais elle était plutôt à l'attaque, non?). Jeanne Hachette, qui défendit, hache à la main, les remparts de Beauvais assiégé par les Bourguignons de Charles le Téméraire ? Peu importe. La musique me suffit.

 

2.
« Le ciel est joli comme un ange.
L'azur et l'onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse. »
(Rimbaud, « Bannières de mai »)
Je songe qu'Apollinaire aurait pu composer ces vers. 
De la nature fantomatique des narrateurs, qu'un rayon de soleil suffit à dissiper.

 

3.
« Banc vert où chante au paradis d'orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis de la salle à manger guyanaise
Bavardage des enfants et des cages. »
(Rimbaud, « Plates-bandes d'amarante... »)
J'aime bien cette évocation du fouillis que révèle le jeu des associations d'idées. C'est curieusement pop, cette « blanche Irlandaise » à la guitare. M'évoque les pochettes de disques des années 60-70. Je songe à Kiki Dee, bien que je ne pense pas qu'elle soit irlandaise et que je ne sais pas si elle joue de la guitare. Quant au « bavardage des enfants et des cages », pinkfloydien sans doute. Rimbaud psychédélique ? 

 

4.
« Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n'en finirais pas de me revoir dans ce passé. »
(Rimbaud, « Mauvais sang »)
Une partie de la nation française au début du XXIème siècle. Mais pas si dupe, le narrateur rimbaldien (celui-là, quel noir drapeau!) qui s'interroge et constate : « quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, - représentants du Christ. » C'est qu'il est républicain tout de même, et n'oublie pas l'histoire, la féodalité et le droit prétendument divin et pas plus naturel que l'affinage du camembert.

 

5.
« C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron. - La calèche du cousin crie sur le sable. - Le petit frère – (il est aux Indes!) là, devant le couchant, sur le pré d’œillets. »
(Rimbaud, « Enfance, II »)
On dirait la bande-annonce d'un film fantastique. D'où Rimbaud sort-il ces phrases ? D'un roman populaire peut-être ? De l'hypermnésie dont je le soupçonne ? Fascinant.

 

6.
« Le jeune homme dont l’œil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu'eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu »
(Rimbaud, « Les sœurs de charité »)
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir... » ou le retour des tartuffes à propos d'une grande photo d'un fessier féminin en maillot de bain exposée dans une vitrine et qui choqua certains internautes. Et ces vers de Rimbaud, en sont-ils froissés ?
Choqués ? Bah... Considérez ceci :
Les corps des militaires sont objectivés.
Les corps des athlètes sont objectivés. 
Les corps des gens du spectacle sont objectivés (acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses, danseurs, danseuses,..).
Je ne sais plus quel pédagogue de l'Antiquité grecque donnait ses cours en se dissimulant, dit-on, derrière un rideau, afin que les élèves ne soient pas distraits par sa gestuelle, ses mimiques, sa beauté (ou sa laideur), et se concentrent le plus possible sur ses propos.
La société repose aussi sur l'objectivation et le spectacle des corps.
Non, les humains ne cesseront pas de se reluquer les uns les autres.
Non, les humains ne cesseront pas de manger de la viande.
Non, les humains ne cesseront pas de boire, de fumer, et la prohibition de l'alcool et du tabac ne pourrait que nourrir trafics et bars clandestins.
Aussi bien, ils mettent beaucoup d'ingéniosité à se trouver des addictions nouvelles.
Non, les humains ne cesseront pas de se faire la guerre.
Non, les humains ne sont pas gentils, ni solidaires. Certains le sont, d'autres non. Certains le sont parfois, d'autres jamais.
Après, tout est question d'éducation, cette photo dans une vitrine d'un fessier féminin en maillot de bain doit être prise pour ce qu'elle est : une publicité  vulgaire ; une vulgaire publicité.
Soit vous vous choquez, et vous êtes hypocrite, ou très prude. 
Soit vous vous fascinez, et il n'y a pas de quoi.
Soit vous regardez ailleurs, et haussez les épaules, parce que, franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
Maintenant, vous pouvez toujours rêver d'une société végétarienne, aux corps cachés, aux yeux baissés, sans addictions ni conflits, mais ce genre de société ne serait pas une société humaine, et certainement pas une société de libertés. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juillet 2024

 

25 juillet 2024

L'AUTRE EST UNE LEGENDE

L'AUTRE EST UNE LEGENDE

 

« Dites donc, Wilson, donnez-moi votre avis : pourquoi Lupin était-il dans ce restaurant ? »
Wilson n'hésita pas.
« Pour manger.
Wilson, plus nous travaillons ensemble, et plus je m'aperçois de la continuité de vos progrès. Ma parole, vous devenez étonnant. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Holmès et Wilson])

 

1.
« - Il est donc évident qu'ils n'ont pu être remis à leur place que par une personne pour qui la place de chacun de ces objets était familière. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Ganimard])
Sans doute faut-il être familier du réel pour rendre au réel sa vraisemblance.

 

2.
« Or, je me fais fort de vous démontrer que tout ce qu'elle vous a raconté sur elle, sur son passé, sur ses relations, est absolument faux, que Mme Blanche de Réal n’existait pas avant de vous avoir rencontrée, et qu'elle n’existe plus à l'heure actuelle. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Ganimard])
L'autre est un mensonge. Nous nous illusionnons sur son passé, sur son présent et sur son avenir. Cet être avec lequel nous sommes en affaire n’existait pas avant que nous le rencontrions, et n’existera plus une fois que l'affaire sera réglée. L'autre est une légende. Aussi imprévisible qu'une mythologie.
La politique est aussi l'art de donner à la légende assez de vraisemblance pour que les électeurs y croient. Arrive-t-il qu'assener publiquement des horreurs soit exigé par la légende qu'il faut entretenir ? C'est parfois la question que je me pose, avant de hausser les épaules et de manger du poulet froid et sa mayonnaise.

 

3.
« - Comment, encore végétarien ?
- De plus en plus, affirma Lupin.
- Par goût ? par croyance ? par habitude ?
- Par hygiène. 
- Et jamais d'infraction ?
- Oh ! si... quand je vais dans le monde... pour ne pas me singulariser. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
J'apprends par ce bref dialogue qu'Arsène Lupin était végétarien (sans l'être tout à fait cependant). Je ne le savions point. Amusant.
Et si je remplace le mot « végétarien » par « honnête », c'est encore plus amusant.

 

4.
« Arsène Lupin je suis, Arsène Lupin je reste. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » [Lupin])
Fidélité du comédien à son art, ou paradoxe du menteur. C'est que sous ses masques et travestissements, Arsène Lupin, comme on voit, reste fidèle à lui-même.

 

 

5.
« Oui, en toute évidence, c'était lui, mais c'était un autre homme aussi, qui ressemblait à Arsène Lupin par certains points, et qui pourtant gardait son individualité distincte, ses traits personnels, son regard, sa couleur de cheveux... »  
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
Arsène Lupin, c'est celui que l'on reconnaît sans pourtant pouvoir tout à fait l'identifier. C'est celui qui apparaît dans les traits d'un autre. C'est l'humain, tel qu'en lui-même et pourtant toujours différent. C'est l'acteur dont on se dit qu'il joue bien. Dans le réel, c'est le politique, ou le prédateur insoupçonné.
La mort n'est jamais inexplicable qu'autant que l'enquêteur est dans l'illusion.

 

6.
« comme si elle accomplissait bien en réalité l'acte qu'elle semblait accomplir »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
Ainsi agit souvent le politique, qui fait comme s'il accomplissait bien l'acte qu'il semble accomplir, et, en fait, fait tout autre chose.

 

7.
« Par les maisons contiguës, par les toits, par telle issue convenablement préparée, il avait dû s'évader, et une fois de plus, c'est l'ombre seule de Lupin qu'on allait étreindre. »
(Maurice Leblanc, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmès »)
Lupin, c'est la vérité qui s'échappe, l’explication qui s'évanouit, le réel qui nous file entre les doigts. Et la fiction d'ironiser : « Ah tu croyais me saisir, s'emparer de moi et m'enfermer dans une signification, vois comme je vole... ».

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juillet 2024.

21 juillet 2024

JE SENS QUE JE PUIS N'AVOIR POINT ETE

JE SENS QUE JE PUIS N'AVOIR POINT ETE

 

1.
« Ainsi il avait une double pensée, l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son état véritable et que ce n'était que le hasard qui l'avait mis en la place où il était. »
(Blaise Pascal, « Trois discours sur la condition des Grands »)
Ce roi là est bien sage, qui sait que sa légitimité n'est jamais que fruit du hasard. En nos temps troublés où le moindre petit chef de service, sous prétexte qu'il est né en France et qu'il a été baptisé, estime qu'il est la France incarnée, ou encore que le moindre petit étudiant, sous prétexte qu'il a lu  les sociologues et qu'il vient d'un milieu modeste, estime qu'il est légitime d'aller  casser des vitrines et d'incendier des voitures, cette sagesse manque cruellement.

 

2.
« Un bout de capuchon arme 25 000 moines. »
(Pascal)
Puissance des religions capable de lever des armées, de déclencher des attentats, de légitimer massacres et assassinats pour la simple raison que les uns croient et les autres non.
Reste à savoir manier la rareté naturelle, et le politique est en mesure de faire croire n'importe quoi à ceux qui abandonnent leur esprit critique pour le plaisir d'entendre ce qu'ils veulent entendre.

 

3.
« La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie. »
(Pascal)
Lucidité de Blaise Pascal et cynisme du politique.

 

4.
« Vanité.
La cause et les effets de l'amour.
Cléopâtre. »
(Pascal)
Les notes prises par Pascal confinent parfois à la modernité poétique. Réjouissant.

 

5.
« Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »
(Pascal)
Le réel est décevant. Surtout quand nous sommes rassasiés. Le manque excite le désir. C'est là le secret de l’exception, et la source de nos frustrations. 

 

6.
« Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous ? Est-ce la main, est-ce le bras, est-ce la chair, est-ce le sang ? On verra qu'il faut que ce soit quelque chose d'immatériel. »
(Pascal)
Le plaisir est une activité nerveuse. Aussi l’anxiété. Est-ce le travail des nerfs que Pascal suppose être immatériel ? Est-ce la « cause » des  physiologies ? L'origine des corps ? A force de mettre dieu partout, on finit par le rendre indécent.
Notons le rythme.

 

7.
« Qu'est-ce que nos principes naturels sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants ceux qu'ils ont reçu de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux. » 
(Pascal)
On ne peut mieux dire qu'il n'y a que fort peu de nature en l'humain, et que ce l'on appelle « droit naturel » n'est jamais qu'une vaste blague. Aussi nos sociétés sont-elles nécessairement violentes. Et le but du droit et de la politique ne sont pas d'annihiler cette violence, mais de la légiférer afin que par ses excès, elle n'aboutisse pas à la dissolution de la nation. Du reste, en cas de nécessité, l'Etat sait parfaitement recourir à cette violence qu'il estime légitime (cela va des tirs de LBD (Lanceurs de balles de défense) qui éborgnent à l'envoi de troupes dans des opérations extérieures).
Note : LBD = Lanceur de balles de défense.

 

8.
« Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé ; donc je ne suis point un être nécessaire. »
(Pascal)
Cogito. Réflexivité.
Certes, l'individu n'est pas un être nécessaire. C'est l'humain qui, si l'on veut, serait nécessaire. A quoi ? Bah, mis à part chercher une vérité et toujours à s'améliorer, on peut considérer que l'humain n'est pas plus nécessaire que la matière, dont on peut considérer qu'elle aurait pu aussi ne pas être. Aussi n'est-elle que parce que l'humain la nomme, l'observe, l’explore.
Ce n'est pas parce qu'il y a quelque chose que ce quelque chose existe. Ce qui est, c'est le « il y a » (le « da-sein », le « es gibt »). L'aviateur désorienté ou en proie à la dissociation, n'est pas victime de l'OVNI qu'il croit voir, qu'il affirme voir (et pour lui cet OVNI est aussi réel que l'avion qu'il pilote) mais victime de l'illusion que son esprit perturbé entretient. (cf sur YouTube l’excellente vidéo sur l'affaire Valentich publiée par la chaîne Sylartichot ce 20 juillet 2024).
De même que « de deux propositions contraires, l'une au moins n'est pas fausse » ne prouve pas que tout est vrai et équivalent, mais que deux propositions contraires peuvent être aussi illusoires l'une que l'autre.
La vérité ne serait-elle jamais que celle de l'humain et la morale qu'une condition de l'humain ?
Désespérant, dites-vous ? - Haussons les épaules.
De toute façon, pour tenter de le rendre acceptable, les humains flanquent du dieu partout dans le réel, à un point tel qu'un candidat aux présidentielles américaines, ayant échappé à une tentative d'assassinat, crie au miracle et ne se prive pas de se faire acclamer par ses électeurs comme s'il était un élu de Dieu, un protégé du Christ.
Ainsi se rend-il nécessaire. Et c'est justement là qu'est le danger, qu'un politique élu par le peuple, qu'un républicain, finisse par se convaincre qu'il est aussi nécessaire qu'un roi s'estimant de droit divin. 
En 2024, sincères ou pas, il semble que Trump et Poutine cultivent ce mensonge.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juillet 2024.

20 juillet 2024

CORTO ERICA KLINGSOR

CORTO ERICA KLINGSOR
En lisant « Les Helvétique », de Hugo Pratt (Ed. Casterman, traduction de l'italien revue et corrigée par Céline Frigau, 2015)

 

1.
« La curiosité, Corto, rien que la curiosité. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Jeremiah Steiner])
Ce qui me rappelle aussitôt l’expression anglaise : « Curiosity killed the cat ». Mais l'on verra que dans cet album, contrairement à d'autres, nul ne meurt et tout le monde rêve.

 

2.
« - Dites-moi, Klingsor, quel âge avez-vous ?
- Quatre ans. Mais je pourrais aussi en avoir sept cent treize. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Corto Maltese et l'enfant « Klingsor »])
Le temps, déjà qu'en soi, s'il existe, il n'est certainement pas ce qu'on croit, alors dans l'imaginaire, le temps, vous pensez bien qu'il fait ce qu'il veut de nos conventions humaines.

 

3.
Page 15 de l'album « Les Helvétiques », de Hugo Pratt, le mur où s'alignaient les figurines peintes représentant des personnages des légendes de la Suisse avant qu'elle soit la Suisse, est maintenant vide, et pourtant, Corto Maltese vient juste de converser (durant quatre planches) avec deux d'entre elles : l'enfant Klingsor avant qu'il devienne chevalier et Ulrich von Zazikofen.

 

4.
J'aime beaucoup la page 20 de l'album, la planche dans laquelle la jeune  Erica se dépêche d'enfiler la robe couleur « Rose de Thuringe » (comme l'appelle Corto) et que le marin des aventures vient de lui offrir. Ce qui est amusant, c'est que Erica est une adolescente de quinze ans, une « petite jeune fille » si l'on veut, mais pas encore une jeune femme ; elle est assez planche à pain et pas vraiment mignonne, sans être laide cependant qu'elle louche un chouïa, et qu'au centre de la planche, lorsqu'elle vient se présenter dans sa joliesse nouvelle, elle semble danser un pas de folklore ; amusante et sympathique donc, cette   jeune Erica qui souhaite la bonne nuit à Corto et le remercie de son cadeau.

 

5.
Les planches 26 et 27 sont bien belles aussi : le souple Corto échappant à la tache noire du manteau de la Mort et à la faux avec laquelle la Mort moissonne âmes et corps. Bien sûr qu'il échappe à la Mort, Corto Maltese ; puisqu'il n’existe pas. Corto Maltese, c'est de l'être fictionnel, de l'imaginaire et s'il peut être oublié, réduit à une note savante dans un ouvrage universitaire, il peut aussi devenir mythique et hanter songes et pensées longtemps après que l'humain qui l'a créé est mort et enterré.

 

6.
Cela ne m'intéresse pas d'analyser l'album, et même de le commenter. Les professionnels de la bande dessinée le font bien mieux que je pourrais le faire (je suis assez ignorant, savez-vous?). Ce qui m'intéresse, c'est de m'y plonger, de tenter d'y retrouver cet enthousiasme que j'avais enfant puis adolescent en découvrant les vignettes colorées des magazines Spirou, Tintin et Pilote. Pas de glose donc sur l'apparition d'Erica, la tête en bas, louchant plus encore, en costume de magicienne d'illustration, mais je note tout de même cette allitération qui m'amuse :
« Je suis pucelle et magicienne, et avec mes servantes nous façonnons des rêves fabuleux, fantastiques, fatals et funestes pour faire prisonniers ces chevaliers du Saint-Graal chastes et assommants. »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [Erica/Kundry]) 

 

7.
Les pages 45 à 47 sont parmi mes préférées de l'album : Corto, que les corbeaux et maintenant les squelettes musiciens confondent avec l'épouvantail de la page 23, doit, pour atteindre « la rose alchimique »,   traverser un barrage de flammes. Aussi les squelettes lui demandent s'il est venu « danser [sa] danse de paille. » L'ironie macabre vient de ce que pour atteindre « la rose alchimique », Corto doit traverser un barrage de flammes. Bref, Corto, en compagnie des quatre tout-en-os, danse un « branle » appelé « La Délurée du couvent ». C'est rythmique et ça fait comme un entracte, mais peut-être qu'il y a là quelque allusion ésotérique, ou quelque référence érudite. Je n'en sais rien. 

 

8.
Et bien sûr, j'apprécie beaucoup l'humour des démons et du Grand Bouc que Corto finit par croiser, maintenant qu'il a cueilli « La Rose alchimique ». « Ne commençons pas à dire saint Ceci et saint Cela. , dit un démon et le Grand Bouc, n'est-il pas cocasse avec son « saint calice contenant... je n'ai jamais bien compris quoi. » ? Du reste, la scène du « Tribunal infernal » devant lequel Corto comparaît, accusé par le Diable lui-même de ne pas respecter « le pacte de la sainte allégresse qui impose l'appartenance à [son] infernale confrérie à quiconque fait usage de la source et du calice », est d'un grand comique. On y trouve aussi quelques éléments de philosophie du droit, énoncés par le chevalier Klingsor, et c'est intéressant.

 

9.
Enfin, et fort heureusement, Corto Maltese est acquitté et libre de retourner dans le réel, où il se réveille au « Tock ! Tock ! Tock ! Tock ! » frappés par la très réelle Erica à la porte de la chambre du rêveur. Et c'est normal, puisque la jeune fille lui apporte son café du matin et que cette chambre est une des chambres de la pension « Morphée », tenue par les parents d'Erica. Comme on le voit, rien d'ésotérique, rien de mystérieux. 
Que Corto soit libre de retourner dans le réel est une ironie de la fiction. C'est que les aventures de Corto ressemblent souvent à des rêves aux significations énigmatiques (enfant lecteur, je n'y comprenais rien mais déjà ces cases en noir et blanc, où apparaissaient des personnages tantôt menaçants, tantôt bienveillants, ou excentriques, me fascinaient). 

 

10.
« Même le lecteur qui nous découvrira demain peut être né de notre imagination ! »
(Hugo Pratt, « Les Helvétiques » [le chevalier Klingsor])
La légende nous rêve et nous nous réveillons à peine.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2024.

18 juillet 2024

J'ECRIS POUR CASSER LE TEMPS

J'ECRIS POUR CASSER LE TEMPS

 

1.
« J'écris pour casser le temps. »
(Poirot-Delpech, « L'été 36 » [Alexis])

 

2.
« Dans sa chambre du manoir était affiché un portrait de Mussolini »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Détail révélateur. C'est qu'il y en avait sans doute dans la France de 1936 à croire que la solution était le fascisme. D'autres croyaient au paradis soviétique. De la gourance quoi.
Aujourd'hui, c'est Poutine et Trump qui font bander les peu doués et les cyniques qui en profitent. Ça pue.

 

3.
« Marguerite avait perdu le goût, et jusqu'à l'idée, de chasser sa contemporaine. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
« Chasser sa contemporaine » (ou son contemporain) de son espace personnel, c'est assez difficile, surtout que défois, on en a besoin, de sa contemporaine, et même de son contemporain.

 

4.
« Elle était partagée entre la crainte que Gabin ne la convoite pas assez, et celle qu'il la désire trop. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Ah le dilemme, dis. Ah tiens, j'entends causer sur France Inter du « girl power » et de « sororité ». Quelqu'un dit que le terme « autrice » est maintenant accepté, et c'est heureux parce que le mot, s'il avait disparu des usages, n'en est pas moins attesté dans l'histoire de la langue. Non, le mot « autrice » n'est pas un barbarisme.

 

5.
«... des rayons morcelés allumaient sur la mer  des cerces dorés comme des cymbales. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
C'est aussi pour ce genre de trouvaille que je lis des romans. C'est pas grand chose, même pas toujours très signifiant, et même inutile.
Ah tiens, j''entends sur France Inter quelqu'un dire que « la résilience, c'est quand même un peu des conneries ». Enfin ! 

 

6.
« Seraient-ils encore là l'été suivant ? Par ces temps troublés, comment prévoir ? »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Dans la France de juillet 2024, on ne se pose pas encore ce genre de questions (en tout cas, pas pour des raisons politiques), mais cela, hélas, pourrait venir. Dire qu'il n'y a pas de tensions en France en ce moment serait mentir. Heureusement que Mélenchon fait tout pour éviter de prendre le pouvoir et que le RN en est pour l'instant écarté.

 

7.
« Il pensait que la foule française – elle l'avait prouvé en 1789 et à la Commune – était sanguinaire, dangereuse. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
A mon avis, y a pas que la « foule française » qui soit dangereuse. Les bipèdes, dès qu'ils sont en nombre et manipulés par la voyoucratie politique, se comportent souvent comme des salauds.

 

8.
« - O Xénia, ô étrangère, sais-tu au moins si la beauté est to tôn anthropôn ergon, l’œuvre des hommes, ou to tôn theôn dôron, ou un cadeau des dieux ? »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 » [Alexis])
C'est le genre de citations que j'affectionne pour leur côté baroque. Après, la question se pose : la beauté est-elle une production sociale, une subjectivité culturelle ou un en-soi ?

 

9.
« La bêtise ne rassure pas, dans ces affaires ; c'est un risque de plus. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Comme on le voit, les discours des démagogues actuels (LFI et RN), n'ont de cesse de flatter la bêtise et l'ignorance d'un certain nombre d'électeurs. Ce n'est pas nouveau, mais toujours dangereux. 

 

10.
« Victoire la disait bigote : elle se révélait farouchement anticléricale. »
(Bertrand Poirot-Delpech : « L'été 36 »)
Les gens ne sont pas toujours ce que l'on imagine. Certains même masquent leurs vraies motivations et ce qu'ils pensent réellement. Il y a de ces messages produits par certaines figures de la LFI qui me font penser à des provocations dont le but réel serait, en fait, de ternir l'image de la LFI. Ceci dit, cela sert plutôt les intérêts de Mélenchon qui ne semble guère désireux d'accéder au pouvoir, se préparant sans doute à son inévitable défaite aux présidentielles 2027 (et si ce n'est lui, son successeur sera battu tout aussi bien).
Autre hypothèse (mais je n'ose y croire) : Mélenchon sait parfaitement qu'en France, l'accession au pouvoir de l’extrême-gauche est sinon impossible (pour des raisons de sécurité internationale), en tout cas non désirable car elle plongerait le pays dans des troubles et des crises à n'en plus finir. Il ferait donc comme Jean-Marie Le Pen en son temps, se débrouillerait pour surtout ne pas être en mesure de prendre le pouvoir et accomplirait un travail salutaire d'encadrement et de canalisation de tout un tas d'agités et autres zozos.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 juillet 2024.

18 juillet 2024

ET JE VEUX VOUS CONTER

ET JE VEUX VOUS CONTER
En parcourant « Poèmes à Lou » précédé de « Il y a », d'Apollinaire.

 

1.
« Et je veux vous conter » : donc le narrateur à Apollinaire, il se sent conteur. C'est son droit.

 

2.
« Prions qu'il tombe ailleurs », de quoi parle-t-il ? D'un obus, d'un éclair, d'un arbre, d'un dieu ? 

 

3.
Des valises avec « des formes très bizarres, des formes de perche par exemple » : cette formule n'a rien à voir avec Apollinaire ; je l'ai entendue ce matin sur France Inter à propos de l'arrivée des athlètes au village olympique.

 

4.
« aux fagnes désolées » : je note cela à cause du mot « fagnes » qui désigne un espace géographique commun à la France et à la Belgique, même qu'en wallon, le mot « fagne » désigne un « terrain marécageux » (du bas-francique « fanja » : boue).

 

5.
« Je crois qu'il se souvient » : vraiment ?

 

6.
« Personne cependant n'envisage la mort » : ça, je ne suis pas sûr. 

 

7.
Dans le poème « Agent de liaison », Apollinaire a cette image particulièrement originale : 
« Dans un bois de bouleaux de hêtres de noisetiers
Ensoleillé comme si un trusteur y avait jeté ses banques »
L'or de la monnaie se confond avec l'or de la lumière (la « monnaie du soleil », ai-je entendu ailleurs).

 

8.
« J'ai bien cru prendre toute ta beauté et je n'ai eu que ton corps »
(Apollinaire, « L'amour le dédain et l'espérance »)
Comme quoi, le désir est vraiment une illusion, un jeu de dupes, et ce que l'on appelle « amour » se situe ailleurs. Dans les travaux et les jours, la patience et la complicité, ou quelque chose dans ce goût.

 

9.
« Toutes les autres images du monde sont fausses », écrit-il, Apollinaire, dans « C'est ». 
Le réel est d'autant plus réel qu'il sonne souvent faux. L'illusion dénonce le réel : ce n'est pas comme cela que cela est, mais il n'en reste pas moins que cela est.

 

10.
Apollinaire, c'est aussi les mots rares, l'allusion érudite, les noms colorés, pittoresques. Blaise Cendrars avait aussi ce goût. 
« Ouïs l'oie oua-oua les singes hurlent les oiseaux cloches
Vagues du Prororoca l'immense mascaret
Le dieu de ces immensités les Andes les pampas » 
(Apollinaire, « Pressentiment d'Amérique »)
Quant aux « Vagues du Prororoca », elles sont mythiques, amazoniennes, géantes et mortelles.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 juillet 2024.

 

17 juillet 2024

LE CIEL EST PLEIN CE SOIR

LE CIEL EST PLEIN CE SOIR

 

1.
Et alors, le président Macron sortit de son grand chapeau le lapin magique de la dissolution.

 

2.
Y a beaucoup de pluie cette année, paraît que ce serait cause que l'année 2024 est une année à treize lunes moi chaipas ça m'étonne quand même parce que ça arrive tous les trois ans, cette histoire de treize lunes. Les années à treize lunes, ça fait science-fiction, fantastique et tout ça ; pourtant, il ne s'agit que d'arithmétique.

 

3.
« Non, l'on n'a point vu d'âme à manier si dure,
Ni d’accommodement plus pénible à conclure ; »
(Molière, « Le Misanthrope », IV, 1 [Philinte])
En français, on peut « manier une âme », c'est-à-dire l'influencer et la faire aller là où tout d'abord elle n'aurait peut-être pas voulu. Ainsi on pourrait dire que l'on n'a point vu de mélenchon à manier si dur, parce que le mélenchon, politiquement, n'est guère maniable. Quant à ceux qui diront que l'on n'a point vu de banane à manier si dure, ils devraient se méfier de ce qu'ils disent.

 

4.
Méfiez-vous des autres ; ils ne sont pas toujours aussi autres que vous croyez.

 

5.
Je suppose que l'on range son âme dans une âmoire, et sa peine dans un peignoir. 

 

6.
Les groupes pop, c'est pas pratique pour faire du café, même qu'après, il y a des poils dans la tasse, c'est dégoûtant.

 

7.
On n'épluche pas un saxophone, vous avez beau faire, vous ne trouverez pas la banane que vous pensez.

 

8.
En français, on dit « frapper comme un sourd » et non « frapper comme sur un sourd ».

 

9.
Il est très difficile d'emmener son château dans sa poche. Surtout qu'en plus, le donjon pourrait y faire un trou.

 

10.
Pensez-vous que le macron sera en solde cet hiver ? Il est très décoté en ce moment.

 

11.
Prenez un habit et essayez d'en faire un moine et vous verrez comme vous aurez l'air malin, tiens !

 

12.
Le conducteur du tapis volant qu'avait pris la blonde héroïne (elle avait les cheveux blonds) fut stoppé en plein vol par un funambule égaré. L'accident était inévitable.

 

13.
Vic-Vicky-Victoire posa ostensiblement sa tête sur l'épaule de son compagnon. Celui-ci s'en saisit délicatement et commença à la faire rebondir sur le sol, au grand plaisir de Wif-Waf-Wouf, le petit chien de nos trois amis, qui, une fois qu'il se furent bien amusés, rejoignirent tous les quatre la « Plage aux Pendus », dont le nom est une énigme.

 

14.
Ah tiens, une chanson ! Oh comme elle a l'air prétentieuse, ne l'écoutons pas, elle finira par passer.

 

15.
Notre amour est réglé comme du papier à java : je ne te vois pas ; tu ne me vois pas ; nous ne nous rencontrons pas et chacun rentre chez soi, sans autres soucis que ceux que nous avions avant de ne pas nous rencontrer. N'est-ce pas merveilleux ?

 

16.
Nous savons qu'en nous, il y a des organes. Si c'est physiologiquement passionnant (surtout si on s'y intéresse), du côté du mysticisme, de l'intériorité, tout ça, c'est quand même assez limité.

 

17.
Le ciel est plein ce soir. Il titube ; j'espère qu'il ne va pas se casser la margoulette, et se pêter des étoiles, voire même qu'il se mettrait à gerber partout tiens.

 

18.
« Chaque heure infiniment... Chaque heure infiniment... Chaque heure infiniment... » Oh vous êtes dépressif, vous, hein ? De la dépression répétitive, hein, c'est ça qu'vous avez, dites ?

 

19.
« Des soleils tour à tour se prennent à hennir »
(Apollinaire)

 

20.
En souvenir de toi, je t'oublierai parce que hein bon...

 

21.
« Là nous abreuve l’Amie qui n’a point d’heures et qui s’enorgueillit de nous. »
(René Char, « Vent tombé »)
De qui est-il question ?
- De la Madelon qui vient servir à boire ?
- On s'en fiche parce qu'on ne sait pas qui c'est, et que de toute façon, on comprend pas de quoi ça cause la phrase de René Char là, et en général à René Char, on pige que couic ?
- Une fontaine ? Une corne d'abondance ? Une gourde ? Une bouteille de bière ? Oui mais bon, gourdes et bouteilles de bière se vident, puis je vois pas pourquoi ma gourde s'enorgueillirait de ma pomme, et la jenlain, qu'elle s'en fiche bien de ma pomme, la jenlain, qu'elle attend juste que je la vide pour que j'en achète une autre : glouglou is bizness.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 juillet 2024.

9 mars 2025

TRUMP : DE L'ISOLATIONNISME A L'AVEUGLEMENT

TRUMP : DE L'ISOLATIONNISME A L'AVEUGLEMENT

 

1.
5 mars 2025. Le rouble continue à ne pas valoir grand chose. 1 euro = 97 roubles. C'est un fait. La monnaie de Poutine est un torche-cul. 

 

2.
7 mars 2025. Objectivement, Trump fait tout ce qu'il peut pour aider Poutine. Je ne crois pas au mythe de l’isolationnisme des USA. Trump prend fait et cause pour Poutine contre le président Zelensky et l'Europe. 

 

3.
Trump ne fera pas du Canada le 51ème État des États-Unis. Trump ne mettra pas la main sur le Groenland. Trump finira en prison ou en fuite. 

 

4.
7 mars 2025. Starship 8 a explosé en plein vol. J'ai l'impression qu'il va encore y avoir des ingénieurs qui vont se faire très vite virer de chez Space X.

 

5.
7 mars 2025. Si ça continue comme ça, à part Javier Milei (mêlé à une sombre affaire de cryptomonnaie douteuse, le Libra) et Poutine (qui est d'une fiabilité très relative), le seul allié des USA sera Israël. Ce n'est plus de l’isolationnisme, c'est de l'aveuglement.  

 

6.
7 mars 2025. Rigolo. Des tas de pseudo-experts, graphiques et jargon à l'appui, postent depuis plusieurs jours des messages sur l'évidence du rebond du bitcoin et des cryptomonnaies et le bitcoin et les cryptomonnaies continuent à crasher.  

 

7.
Bien sûr que la Russie n'enverra pas de chars jusqu'à Paris. Il suffit à Poutine et au FSB de soutenir un Bardella, un Zemmour, un quelconque Mariani, un Mélenchon ; il y aura bien un de ces personnages troubles qui arrivera au pouvoir et la France sera sous contrôle.
N'est-ce pas ce qu'ils ont fait avec Trump ?

 

8.
8 mars 2025. Trump dit et se contredit le lendemain. Cette incohérence fait douter Wall Street et plonge les cryptomonnaies dans un crash qui  pourrait passer de la correction technique à la débâcle et la disparition définitive de certaines cryptos.  

 

9.
Les cryptomonnaies, y compris le bitcoin, sont des monnaies tellement douteuses qu'il suffit que Trump annonce la création d'une réserve fédérale de cryptos saisis dans le cadre de procédures judiciaires pour que la panique s'empare du crypto-marché.

 

10.
8 mars 2025. Paraît que suite aux attaques massives de drones et de missiles lancées par les Russes sur l'Ukraine ces deux dernières nuits, le président Trump menace Poutine de nouvelles sanctions économiques, y compris une hausse des tarifs douaniers.
Le problème, c'est que personne n'y croit. Les Russes feront semblant de s'offusquer. Trump fera semblant de se courroucer. Comédie, sinistre comédie.

 

11.
On ne voit pas pourquoi Trump ordonnerait une hausse des tarifs douaniers pour les produits canadiens, européens, chinois et pas pour les produits russes (d'autant que cela semble signifier que les USA de Trump auraient de fait déjà levé certaines sanctions...).

 

12.
Rumeur selon laquelle Poutine proposerait que pour garantir la paix, des troupes chinoises « neutres » (on ne rit pas!) pourraient être déployées en Ukraine. 
Euh si les Chinois s'en mêlaient, je me demande si Trump ne changerait pas d'avis et n'y enverrait pas quelques troupes quand même hein en Ukraine, histoire de vérifier que la paix chinoise est la même que la paix américaine.
Bon, bien sûr, ce n'est que de la rumeur et je crois que ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni Trump n'accepteraient que Poutine invite des soldats chinois à s'infiltrer, sous prétexte de paix, sur le sol européen.
Possible tout de même que Poutine propose qu'au lieu de troupes de pays de l'OTAN, ce soit des troupes de pays des BRICS qui soient chargées de veiller sur cette étrange « paix » en Ukraine. On verra.

 

13.
S'il y a des dirigeants qui pensent que le monde peut se passer du marché européen, de l'influence européenne, de la stabilité monétaire européenne, de la dissuasion nucléaire européenne, de la culture européenne, de la démocratie européenne, eh bien, ils se trompent.

 

14.
Chacun mesure à quel point, face à la guerre hybride qui nous menace, la France et l'Europe ont cet avantage de bénéficier de la dissuasion nucléaire voulue par le général de Gaulle. Je déplore pour ma part que l'héritage politique du gaullisme ait été autant dévoyé par des personnalités aussi troubles que celles de Fillon et Sarkozy.

 

15.
8 mars 2025. 10 heures. 1 euro vaut toujours plus de 97 roubles. Les indices boursiers russes s'effritent. Les cours des cryptomonnaies continuent de chuter. Wall Street s'interroge. On s'attend à une montée du chômage aux USA. En France aussi. Crise mondiale en cours.

 

16.
Le terme « mondialisation » n'a plus la cote. Je ne peux m'empêcher de penser à tous ces technocrates et autres penseurs de la « modernité » qui, dans les années 90 et la première décennie de ce siècle nouveau, en prédisaient monts et merveilles. On a vu.

 

17.
L'Europe des démocraties fait le bon choix en soutenant l'Ukraine et le président Zelensky. Si elle parvient à contrecarrer les visées expansionnistes de Poutine et à enrayer la guerre hybride de Guerassimov, l'Europe de l'ouest fera de l'Ukraine et de bien d'autres pays d'Europe centrale des alliés solides et des partenaires commerciaux essentiels au développement de tous. Trump n'est pas assez intelligent pour comprendre cela. La diplomatie trumpienne de l'uppercut annonce bien des revers à l'Amérique et, à condition que Wall Street n'ait pas décidé de le faire chuter, il se retrouvera à négocier avec une Russie vide et un Poutine décrédibilisé et plein de rancœur.

 

18.
Une petite musique qui monte, un brin complotiste, conte que le Potus Trump, par la multiplication de ses incohérences socio-économiques, voudrait provoquer une récession américaine assez forte pour susciter des troubles violents et ainsi justifier des lois d’exception qui affaibliraient tout contre-pouvoir et remettraient en cause la tradition démocratique des USA. Cela n'ira pas jusque là. Il serait empêché d'agir bien avant. Il est tout aussi certain que chaque jour qui passe rapproche toujours un peu plus le citoyen Trump de la prison.

 

19.
Cela fait un bout de temps maintenant qu'en France Michel Onfray n'est plus considéré comme une personnalité de gauche.

 

20.
9 mars 2025. 10 heures. Le bitcoin continue de s'effriter. Possible, et même pas certain, que ce ne sera que lorsque Trump considérera que la crypto-réserve est suffisamment abondée que le cours de l'escroquerie remontera.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 mars 2025.

 

9 mars 2025

GRIGNOTAGE CONTINENTAL 

GRIGNOTAGE CONTINENTAL 

 

1.
« Si le « parapluie » américain n'est plus garanti pour les alliés de l'Amérique, il faut envisager de changer de paradigme. »
(Pierre Haski, « Partager la dissuasion nucléaire », Le Nouvel Obs, du 6 au 12 mars 2025.)
Il arrive, comme disent les gens qui causent, qu'on envisage de changer de paradigme. Cela se produit souvent quand il tombe des tuiles et des missiles russes sur l'Ukraine. 
Quand il tombe des tuiles, on appelle un couvreur, lequel ne connaît pas forcément le sens du mot paradigme et d'ailleurs, le connaîtrait-il qu'il se peut qu'il n'en ait pas grand chose à carrer.  

 

2.
« … et alors que le continent se trouve grignoté par des forces nationales-populistes et prorusses. »
(Flore Thomasset, Editorial, « La politique du monde d'après », Le Nouvel Obs, du 6 au 12 mars 2025.)
Quand on joue au jeu des continents, il faut veiller à ne pas égarer de pièces. C'est que c'est un puzzle aux nombreuses configurations que le jeu des continents, et, si on procède sans ordre ni méthode, c'est vite le chaos dans le salon, et même dans toute la maison, et même dans les rues, et même dans les villes, les régions, les États. Les capitales s'affolent et vous voilà vite accusé de ne pas savoir jouer, ni même vivre.

 

3.
« L'enquête est menée dans le plus grand secret depuis plus d'un an par le Parquet national financier (PNF) »
(Camille Vigogne Le Coat, « Le PNF mène des perquisitions chez Rachline », Le Nouvel Obs, du 6 au 12 mars 2025.)
A Fréjus, ce qui se passe, je sais pas. De Fréjus, guère ne me soucie. Fréjus, un point quelque part ; ma carte de France, elle prend la poussière. 
Beaucoup de politiques et d'entrepreneurs, grand choix de variétés françaises, estampillées des grandes écoles, des réseaux, des carnets. M'intéressent pas. Quand j'en prends, j'ai la nausée. Tout se vend et se vomit, et s'agite, et afflige et nuit, et conspire à nuire, grande valse des tubes digestifs, des affairistes à entourloupes et turlupines, tournis tournis vertige. La France, cette autre Italie, aussi mafieuse et corrompue. Des gens quoi. Faut s'en méfier.

 

4.
« Si vous vous intéressez de près ou de loin aux placements financiers, vous avez probablement entendu parler des ETF (Exchange Traded Fund) aussi appelés trackers. »  
(Gauthier Maes, « Du bon usage des ETF », Le Nouvel Obs, du 6 au 12 mars 2025.)
Je ne sais pas si les placements financiers attirent les escalopes car je n'ai jamais essayé d'attirer un troupeau d'escalopes en plaçant des placements financiers dans un pré ad hoc, eu-té-eff ou what-theu-eff. 
Il se dit cependant, dans les milieux mythologiques, que les placements financiers attirent le dieu Esculape, ou Asclépios, comme on l'appelle aussi. Pour cela, il faut installer des pharmacies en ville.
Quant au caribou, il ne s'entend guère avec l'agent orange Krasnov, qui ne s'appelle pas Krasnov, mais Trump, mais que l'on appelle Krasnov pour dire que si le caribou ne s'entend guère avec l'agent orange, Krasnov, lui, s'entend un peu trop bien avec Poutine.

 

5.
« Donald Trump a pris une série de décrets (« executive orders »), dont une bonne partie est juridiquement contestable. Peut-on parler d'un coup d'Etat ? »
(Question de Eric Aesschimann à Jean-Fabien Spitz, « Il est trop tôt pour parler de coup d'Etat... », Le Nouvel Obs, du 6 au 12 mars 2025).
Les décrets, les dieux en mangent, à la confiture, comme le fromage blanc.
Ce qui est contestable, on n'en parle pas à table (les poissons pourraient entendre) ; il y a des tribunaux pour cela.
Si les tribunaux suffisent, vous prendrez des coups ; s'ils ne suffisent pas, vous prendrez des coups.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 mars 2025.

9 mars 2025

EN ATTENDANT LA COMMISSION D'ENQUÊTE

EN ATTENDANT LA COMMISSION D'ENQUÊTE

 

1.
21.02.2025. Parait que le de plus en plus étrange Bayrou aurait comparé son traitement par les médias à la déplorable affaire Baudis. Sauf que, dans l'affaire Notre-Dame-de-Betharram, le doute vient des déclarations d'un ancien juge, d'un gendarme à la retraite, d'un ancien inspecteur de l'EN, d'une professeure ayant travaillé à Betharram et, à son corps défendant, d'un maire d'une commune qui fut surveillant dans l'institution et non pas, comme dans l'affaire Baudis, d'un sérial-killer et autres marginaux et épaves sociales.
De plus, personne n'accuse le premier ministre d'agressions, ni de complicité, mais simplement de ne pas vouloir reconnaître que dans la sordide affaire Notre-Dame-de-Betharram, François Bayrou, sans doute par naïveté, n'a pas fait ce qu'il aurait dû faire.

 

2.
21.02.2025. Que l'on pense ce que l'on veut de Mediapart et de Paul Vannier, s'ils n'avaient pas fait éclater au grand jour le scandale Notre-Dame-de-Betharram, je me demande si la Justice se serait si vite et si soudainement souvenu qu'il y avait des suspects. 
Si les faits sont prescrits pour deux des mis en garde à vue de ces deux derniers jours, « une information judiciaire a été ouverte des chefs de viols et agressions sexuelles » à l'encontre d'un ancien surveillant de l'établissement. (source: Le Parisien).

 

3.
22.02.2025. J'entends sur France Inter que, dans la sordide affaire Notre-Dame-de-Betharram, l'ancien surveillant que la Justice soupçonne de faits de « viols » et « d'agressions sexuelles » était toujours employé par l'institution en 2023. Inquiétant.
D'autre part, il semble que plusieurs personnes, laïcs et religieux, se sont rendus coupables de faits particulièrement graves (harcèlement, brutalités, agressions sexuelles, viols...). Ce qui pose la question des complicités internes, voire d'un éventuel réseau pédophile.
Enfin, on se souvient que le président Macron était très réticent à l'idée de nommer Bayrou au poste de premier ministre. Les services de renseignements avaient-ils averti que l'affaire Notre-Dame-de-Betharram pouvait éclater n'importe quand et déstabiliser le gouvernement ? 

 

4.
Pensant à la sordide affaire Notre-Dame-de-Betharram, il me revient qu'enseignant, j'ai eu l'occasion de travailler dans des établissements privés catholiques sous contrat où j'ai rencontré autant de tolérance et d'humanité que dans le public. Ceci dit, il est vrai qu'au sein même de ces établissements, certains m'ont raconté que, avant de passer contrat avec le ministère de l'éducation nationale, du temps donc où les religieux avaient la main mise, les élèves n'étaient pas toujours bien traités, loin s'en faut...

 

5.
9 mars 2025. Bruits de bottes et Trump dans le rôle d'Ubu Roi ont estompé l'affaire Betharram. On attend les premières auditions de la commission d'enquête parlementaire qui pourraient avoir lieu dès la semaine du 10 mars. Bayrou sera-t-il invité à s’expliquer ?

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 mars 2025.

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