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BREFS ET AUTRES

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6 novembre 2022

JUSTIFICATION DES FANTAISIES

JUSTIFICATION DES FANTAISIES

1.

J’aime bien le titre en lettres gothiques

De « L’Orgue du Diable » une BD avec Yoko

Tsuno dedans même que sur la couverture y

A Yoko avec une épée un drôle de zig avec

Un fusil genre tireur d’élite et il porte

Un drôle de casque qu’on lui voit pas son

Visage au gars qu’on dirait qu’il sort de

L’enfer ou d’chez Le Fantôme de l’Opéra &

Je dis ça rapport à l’Orgue qu’ses tuyaux

Font le fond de l’image même qu’au centre

Il y a une gueule sculptée bouche ouverte    

Yoko elle a la bouche ouverte itou semble

Surprise itou du masqué qui la suit c’est

Signé Roger Leloup et fut publié en 1973.

 

2.

Oki aussi elle est japonaise mais l’album

C’est « la Mort au bout du voyage » qu’il

A pour titre A la planche 38 l’inspecteur

Lambert fait une drôle de bouille because

La trouve « un peu âcre, cette eau… » Oki

Se sent à nouveau dépossédée d’sa vie Oki

C’est pas OK pour elle qu’elle les entend

Jacter sur son dos surtout le Goraguer Il

Ment qu’elle est « possessive » mais nous

On sait bien qu’c’est pas vrai et donc on

S’dit qu’Oki a plutôt été possédée pis on

S’interroge si l’inspecteur Lambert il va

Se faire avoir ou pas par Goraguer et que

Lambert il a l’air sympathique tandis que

Le Goraguer pas « Ils parlaient… » se dit

Oki « Et, retirée tout au fond de moi, je

les entendais comme s’il s’était agi » se

Dit Oki, « de quelqu’un d’autre » L’album

Signé Christian Godard pour le scénario &

Erik Juszezak au dessin je l’aime bien et

Bien sûr je vais pas être hypocrite c’est

Parce que je la trouve craquante Oki puis

Honni soit qui mal y pis v’là le chat qui

Miaule parce que c’est tôt le matin et il

A faim le chat i fait encore nuit dehors.

 

3.
« Treize contre un » c’est le huitième

Episode signé Vance et Van Hamme de la

Série XIII C’est un recueil en noir et

Blanc de 3 épisodes que je lis et même

Que ça me rappelle l’enchantement môme

Que j’avais quand je lisais les petits

Illustrés en noir et blanc que partout

On en trouvait même qu’on les dévorait

Les aventures d’Akim de Zembla Blek le

Roc pis tant d’autres Planche 8 il y a

Un strip on voit Jones c’est une femme

Elle est major mimi combattive et elle

S’entraine au close combat & planche 9

Que « Les beaux gosses en bonne santé,

Ça ne court plus les rues » ça qu’elle

Dit la major Jones qu’on voit bien que

La major Jones c’est pas le genre à se

Laisser abattre qu’on comprend qu’elle

Est du côté de XIII et que XIII pas un

Homme qui se laisse abattre & ça tombe

Bien car si c’est pour lire des choses

Qui dépriment c’est pas XIII qu’on lit

Même si défois il y a du mélancolique.

 

4.
Défois à force d’avoir peur de soi-même, on finit par se faire peur, vraiment. Ou quand on sait rire de soi, on finit par rire de soi, vraiment. Et si on rit de soi parce qu’on a peur d’sa pomme, on finit par aller chercher du pain parce qu’il n’y en a plus et qu’il en faut, du pain, surtout s’il y a d’la sauce.

 

5.

A la page 56 de l’édition Blake et Mortimer

De l’album « Le Dernier Pharaon » il y a un

Escalier plein de spirales que Mortimer est

Dessus pis qui descend au sous-sol pis même

Qu’il « grince de manière inquiétante » pis

A la page 57 j’aime bien cette tête de chat

Dont les yeux regardent Mortimer nous aussi

On dirait qu’ils nous regardent mais ça pas

Possible qu’un chat de papier nous zieute &

Le personnage qui a l’chat dans ses bras il

Est tout chelou qu’on dirait qu’sa tête des

Fentes qu’elle a des fentes luminescentes &

Le personnage Mortimer le reconnaît Henri !

Qu’il dit Mortimer et il est signé Schuiten

Van Dormael Gunzig ce bel album qui raconte

Une histoire de Blake et Mortimer C’est pas

Comme l’habitude ligne claire bien lisse et

Plutôt plus réaliste (si l’on peut dire) et

Strié gravé ombré façon illustration de ces

Romans du XIXème siècle Jules Verne and Co.

 

6.
C’est à la planche 51 que Jonathan Harker

Comprend qu’il est de fait « prisonnier »

Du château du comte Dracula C’est qu’il a

Fait le tour des lieux Ainsi les planches

48 à 51 montrent un Jonathan d’un couloir

L’autre errant puis d’un escalier l’autre

Errant dans les effondrements errant puis  

Arrivant à des fenêtres Elles donnent sur

« un effroyable précipice » Jonathan voit

Cela & « L’évidence s’impose : le château

Est une véritable prison » qu’il constate

Jonathan « et j’en suis le prisonnier ! »

Qu’il ajoute Jonathan car c’est logique &

C’est Georges Bess qui a dessiné ces fort

Belles planches où l’œil comprend combien

Il est labyrinthique le château du comte.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 novembre 2022.

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5 novembre 2022

NOTES SUR QUELQUES FANTAISIES VIRTUOSES

NOTES SUR QUELQUES FANTAISIES VIRTUOSES

1.

Dans « 100 ans de BD », ouvrage collectif dirigé par Pascal Pillegand, à propos du Spirit, de Will Eisner, ce relevé du stéréotype de la « vamp » : « Il croise des femmes fatales aux formes généreuses et aux regards carnassiers. » Ce stéréotype de la « femme fatale » contribua à faire passer la bande dessinée pour une activité vulgaire basée sur des stéréotypes. Dans le travail de Will Eisner, cette convention est en fait parodique : le dessinateur utilise les codes du roman noir et du film policier pour en tirer des fantaisies virtuoses.

2.

La fin de l’album « La Frontière de la vie », de Roger Leloup, se finit par un nouveau miracle : la petite Magda qui ne savait plus marcher retrouve l’usage de ses jambes. « Sans le savoir, Yoko, vous l’avez ramenée là où elle fut blessée il y a trente ans… ». Concordance des temps. Yoko en providence du hasard.

3.
La Oki de Juszezak et Godard « s’est introduite dans la maison par une fenêtre du haut » afin de connaître le fin mot de sa quasi-séquestration. Intuitive, elle sait soudain « qu’il y avait « quelque chose » à y trouver… ». Elle ouvre de grands yeux, pousse un cri, lâche les images.

L’enjeu de la recherche : des images, des photos compromettantes. C’est la représentation qui fait preuve, puisqu’elle actualise en réinscrivant dans le présent (par la re-présentation) ce qui s’est passé entre la jeune femme et le vieil homme.

4.

Les premières planches du huitième épisode de la série XIII, de Vance et Van Hamme, sont basées sur l’opposition entre l’univers carcéral où est enfermé un tueur à gages et un dialogue entre Mac Lane et le Président des Etats-Unis. Nécessité de la méfiance institutionalisée d’un côté et mission de confiance de l’autre.

5.

« Le Dernier Pharaon » de Schuiten, Van Dormael et Gunzig, Pages 52 à 54. De fines lignes vertes verticales tissent le décor de certaines cases. De fines lignes orange font de même avec le Palais de Justice. Minimalisme.

Figure du complotisme. La jeune femme s’écroule dans un cri rouge. Mortimer reste seul avec sa mission, les chats qu’il suit, le pigeon relâché, l’escalier qu’il monte rappelant l’escalier de son cauchemar où se tient la divinité verte ; vert aussi le rayonnement mystérieux.

6.

Planches 56-47 du « Dracula », de Georges Bess. Dracula n’aime pas les maisons modernes. Jonathan Harker se rase dans une petite case au centre de la planche 46. Incident du non-reflet dans la glace. Incident de la coupure. Le comte « comme pris d’une folie démoniaque ». Dracula se débarrasse du miroir et commence ainsi à soumettre le jeune homme à sa volonté.

Planches 48-49 : Réflexions de Jonathan Harker et déambulations solitaires dans le dédale du château délabré et, semble-t-il, désert. Planche 48 : Jonathan au centre d’une vignette noire. Seule sa lampe l’éclaire. Le noir et le blanc des planches permet de faire jouer au noir le rôle des ténèbres dont Harker est prisonnier.

Dans son château délabré des confins, Dracula est hors du temps. Il n’est pas à proprement parler diachronique et relève d’une synchronie qui le condamne à répéter éternellement le même acte vampirique tandis qu’il tente vainement, en s’installant à Londres, de s’inscrire dans l’histoire des vivants. Le fait que son château soit délabré témoigne de cette vie en marge des vivants. Dracula n’est pas un passé pérennisé et inscrit dans une tradition, mais un passé qui est condamné à lentement dépérir sans qu’il pérît jamais.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 novembre 2022.

5 novembre 2022

DANS LE CERCLE QU'AVAIT DESSINE MA RAISON

DANS LE CERCLE QU’AVAIT DESSINE MA RAISON

En feuilletant « Le Mystère de la Chambre Jaune », de Gaston Leroux.

1.
« C’est cette réminiscence aiguë de ton cher parfum, dame en noir, qui me fit aller vers celle-ci que voilà tout en blanc, et si pâle, si pâle, et si belle sur le seuil de la « galerie inexplicable » !

(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune » [Rouletabille cité par Sainclair])

Parfum revenant, porteur de passé.

2.
« La « Chambre jaune » était obscure sans doute, mais une petite veilleuse tout de même l’éclairait, ne l’oubliez pas. »

(Gaston Leroux, [Rouletabille])

Si la « Chambre Jaune » était « obscure », on n’en voyait pas la couleur. La « petite veilleuse » dénonce cette obscurité. La phrase introduit la lueur dans les ténèbres. Cette lueur qu’il ne faut pas « oublier » rappelle que le roman fonde l’énigme sur des oppositions dont la résolution permet l’élucidation.

3.
« … tout ceci prouve, selon moi, que l’assassin a voulu déguiser sa véritable personnalité. »
(Gaston Leroux, [Larsan])

Larsan qui « déguise sa véritable personnalité » déclare que « l’assassin a voulu déguiser sa véritable personnalité ». Ironie de la fiction.

4.
« La porte close et les volets fermés comme ils l’étaient, et la fenêtre fermée comme elle l’était, une mouche ne pouvait entrer ni sortir ! » 
(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune », [Sainclair]))

Ainsi est posé l’espace de l’énigme. Reste la question du temps.

5.
« Mlle Stangerson savait que l’assassin devait revenir… elle ne pouvait l’empêcher de revenir… »
(Gaston Leroux, [Rouletabille])

Qui pourrait empêcher un revenant de revenir ? Qui pourrait empêcher un assassin d’assassiner puisque la langue le désigne comme « assassin » et comme « revenant », et puisque, justement, c’est un « assassin » et un « revenant ». Reste à définir ce que sont exactement cet « assassin » et ce « revenant » : c’est là l’objet de la fiction, révéler des vérités sur la fiction.

6.
« Elles tiennent au passé, elles se rattachent à l’histoire, elles continuent quelque chose […]
(Gaston Leroux, [Sainclair])

Le narrateur déclare son amour des vieilles auberges, « de l’époque des diligences » (« Le Mystère de la Chambre Jaune » a été publié en 1907). Je note le réseau lexical de la pérennité : « tenir », « se rattacher », « continuer ».

7.
« elle n’a prévenu personne parce qu’il faut que l’assassin reste inconnu… »
(Gaston Leroux [Rouletabille])

Mathilde Stangerson fait tout pour préserver l’anonymat de son assassin. Elle en fait en quelque sorte son revenant personnel, son intime assassin, son démon. Motif que l’on retrouve dans bon nombre d’intrigues policières : la victime sait et, pour des raisons qui peuvent être diverses (chantage, honte, lien affectif,…) en dit le moins possible à l’enquêteur.

8.
Rouletabille aime parler par énigmes : ainsi, à Sainclair : « Je vais vous dire tout de suite ce que je suis allé faire en Amérique, parce que vous, vous êtes un ami ; je suis allé chercher le nom de la seconde moitié de l’assassin ! »

Notons que Rouletabille semble réserver ses énigmes aux amis. Ce faisant, il entretient l’atmosphère énigmatique de la fiction et donc, l’intérêt du lecteur amateur d’énigmes.

Ce que Rouletabille est allé chercher, c’est un nom. Ce sont des noms que les enquêteurs cherchent, des noms qu’ils peuvent faire coïncider avec des faits. D’une certaine manière, l’enquêteur cherche le nom de l’être responsable d’un étant réalisé.

9.
« Mais enfin, reprit-il [Rouletabille], il est quelquefois criminel de ne point, quand on le peut, raisonner à coup sûr !... »
(Gaston Leroux, [Sainclair])

Par son goût du raisonnement, Rouletabille est l’héritier de Sherlock Holmes et annonce les « petites cellules grises » d’Hercule Poirot. Le roman d’énigme est aussi un éloge de l’usage de la raison, celle qui triomphe, s’opposant au fatalisme, à l’arbitraire brutal du « roman noir ».

Que l’énigme apparaisse soudain comme « inexplicable », et Rouletabille d’évoquer le « déséquilibre de tout, […] la fin de mon moi pensant, pensant avec ma pensée d’homme ! » Ainsi Rouletabille lie l’usage de la raison à la condition humaine. L’humain, s’il ne veut pas subir le « déséquilibre de tout », se doit d’être celui qui cherche à comprendre.

10.
« Moi aussi, je me suis penché sur les « traces sensibles », mais pour leur demander uniquement d’entrer dans le cercle qu’avait dessiné ma raison. »
(Gaston Leroux [Rouletabille])

Autre énigme : celle du « cercle de la raison » sans lequel les faits n’ont guère de sens, sans lequel on risque de tomber dans la « cogitation animale ». Manière de faire système ? Etablissement d’une chaîne logique de causes et de conséquences ?
Cercle d’autant plus énigmatique que « bien des fois, le cercle fut si étroit, si étroit… Mais si étroit était-il, il était immense, « puisqu’il ne contenait que de la vérité » ! » explique Rouletabille.

Ce qui me rappelle ce paradoxe de l’ensemble plus grand que la somme de ses éléments, tendant vers l’infini cependant qu’il est constitué d’un nombre fini d’éléments.

Qu’est-ce aussi que ce « cercle de la raison », sinon le livre, le roman que je lis et où des faits énigmatiques font sens, cependant que dans le monde réel, en dehors du cercle, ils seraient livrés à toutes les indifférences, à toutes les dérisions, à toutes les interprétations, tous les complotismes, toutes les « cogitations animales ».

Patrice Houzeau
Malo, le 5 novembre 2022.

4 novembre 2022

A SON ETRE, A PARTIR DE SON ETRE

A SON ETRE, A PARTIR DE SON ETRE

1.

« La Frontière de la vie », de Poger Leloup . Planches 38 et 39 : Rédemption. Choc. Planche 40 : c'est la vue du sang versé, du sang sur le sol qui conduit le « traître » à la rédemption. Planche 41, je me rends compte que la blonde et germanique Ingrid n'a pas les yeux bleus, par contre, elle porte une tenue qui peut passer pour traditionnelle, quoiqu'en fait, je n'en sais rien.

2.

1938 : Superman prend son envol ! Dessins : Joe Shuster ; Scémario : Jerry Siegel. Si les habitants de la planète Krypton avaient donné naissance à un enfant passionné par les timbre-postes, nul doute qu'au lieu d'aller se promener en collant bleu et cape rouge par-dessus les buildings, Clark Kent serait devenu un philatéliste distingué.

3.

La Oki de Juszezak et de Godard à la planche 33, il semble que la mère de l'inspecteur Lambert ne soit pas la mère de l'inspecteur Lambert et cette « cordialité » ? « incompréhensible ». On n'en finit plus des énigmes.

Planche 34, Oki reprend l'initiative et dans le nocturne bleu-mauve de la ville retourne à la maison Benetzak.

4.

Actuellement en feuilleton dans l'hebdomadaire « Spirou », et c'est très bon, « L'Animal de Humboldt », de Flix, met en scène le Marsupilami dans le Berlin des années 30. Dans le numéro 4412, du 2 novembre 2022, planche épatante de l'intérieur d'une boîte de nuit berlinoise d'alors.

Note : Le Marsupilami a été révélé au monde par le dessinateur Franquin en 1952. Remarquable par son pelage jaune taché de noir, sa queue démesurée et sa force physique, le Marsupilami s’exprime dans un langage onomatopéique à base de « houba houba hop » qui donne à penser qu'il pourrait exceller dans le jazz vocal de type scat.

5.

La planche 43 de « La Nuit du 3 août », de Vance et Van Hamme, est muette. Pluie sur Greenfalls. Les habitants contemplent cet étranger sans mémoire « par qui le malheur arrive ». Tragique comme du grec antique.

La fin de l'épisode est mélancolique, et Judith de dire : « Alors, qu'es-tu revenu faire ici, Jason Mac Lane ? Je crois qu'il vaudrait mieux que tu ne reviennes plus jamais ».

6.

« tragique comme du grec antique » : l'énoncé désigne la langue comme la porteuse, la messagère, la banshee. S'il y a d'autres dieux, ce sont d'autres langues. Ah tiens, j'écoute l'album « Köhntarkösz » de Magma.

7.

"... à son être, à partir de son être..."

(Heidegger)

"Cette langue sera de l'âme pour l'âme..."

(Rimbaud)

"Houba Houba Hop !"

(le Marsupilami)

Le nom de l'être est dans sa question. Dieu est la quête de Dieu. En cela, Dieu est un être tout-puissant. Il n'a pas créé les humains, il les modèle chaque jour, à chaque fois que nous choisissons le Bien contre le Mal, le Vrai contre le Faux, le Juste contre l'Injuste, la lumière contre les ténèbres. Poil aux vertèbres qu'elle me déclare alors, très fière, la Zut, fichue mécréante.

C'est vous dire aussi que Poutine peut aller se faire voir, lui et ses popes hallucinogènes. M'est avis qu'il est aussi loin de Dieu, le Poutine, qu'un chameau d'un igloo.

8.

« - Il y a de la vie là-dessous...

- Oui, beaucoup de choses inexplicables sont apparues ces derniers mois. »

(Schuiten, Van Dormael, Gunzig, « Le Dernier Pharaon », p.49 [Mortimer et Lisa])

Page 50, confirmant les paroles de Lisa, apparition d'un basilosaurus (entre 15 et 20 mètres de long selon l'espèce et selon wikipédia). « Comment est-ce possible ? », s’exclame Mortimer comme s'il ne savait pas qu'il était dans une bande dessinée.

Joli effet d’estompé (c'est tout brumeux défois des cases, le Bruxelles de l'album) pour évoquer la « Grande Roue de la foire du Midi » émergeant d'une « grande étendue d'eau saumâtre », dit le cartouche page 51.

9.

L'édition 2019, chez Glénat, du « Dracula » de Georges Bess, permet de se rendre compte de l'intelligence du dessin : peu de cases, mais larges, grandes, hautes ; l’œil est aussitôt attiré par l'essentiel. Planche 40, les « ongles très longs qui faisaient penser à des serres d’oiseaux de proie... ».

Planche 41, le Dracula de Georges Bess décline sa généalogie : « Je descends d'une très ancienne lignée de maîtres sicules, de Transylvanie... ». Il s'agit des Siculotes que l'on trouvait, dit-on, dans les Balkans, et non pas des Sicules de Sicile.

Planches 42-43 : Dracula évoque son amour des loups, « enfants de la Nuit », et oppose la civilisation des « citadins » aux « émotions et sentiments du chasseur ». Nature et culture.

La planche 43 montre des loups hurlants et se passe très bien d'onomatopée.

Patrice Houzeau

Malo, le 3 novembre 2022.

4 novembre 2022

POUTINE EST-IL AVEUGLE ?

POUTINE EST-IL AVEUGLE ?

1.

Le 3 novembre 2022, les Ukrainiens et certains médias occidentaux évoquent un piège tendu par les forces russes à Kherson. Certains commentateurs s’attendent plus à un siège long et à une stratégie d’étouffement de l’armée russe par les Ukrainiens qu’à une bataille urbaine incertaine.

2.
Il me semble avoir entendu il y a quelques jours l’information selon laquelle le patron des Gardiens de la Révolution, Hossein Salami, annonçait la fin des manifestations en Iran (« Ce jour est le dernier jour des émeutes », aurait-il dit). Bin non.

3.
On évoque en Occident le manque de préparation et de matériel des « néo-mobilisés » russes. Pour beaucoup, ils ne seraient envoyés en Ukraine que pour servir de chair à canon. Etrange stratégie tandis que, de semaine en semaine, elle se dégrade, l’image de l’armée à Poutine.

4.
Curieux pro-Poutine qui se scandalisent que l’OTAN aide les Ukrainiens à frapper les envahisseurs russes. Bin oui, dès le premier jour de la sale guerre de Poutine en Ukraine, OTAN, UE, Triade ont dit publiquement que l’Occident aiderait les Ukrainiens. Rien de nouveau.

5.
On dit en Occident que l’alcoolisme de masse et la corruption seraient les fléaux majeurs de l’armée russe et l’empêcheraient d’être réellement efficace dans la sale guerre de Poutine en Ukraine. Poutine le sait-il, que son armée est ivre et corrompue, ou n’est-il qu’un aveuglé ?

6.
Le 4 novembre 2022. Il n’est même pas six heures du matin, et le rouble est déjà en baisse face à l’euro. Quant à la bourse de Moscou, elle perd régulièrement ce qu’elle a bien du mal à sauvegarder. L’économie russe ne progresse absolument plus.

7.

Paraît que Jacques Bouthier, l’ancien PDG d’Assu 2000, actuellement en détention provisoire pour traite d’êtres humains et viol sur mineure, aurait des « envies suicidaires » (source : BFMTV). A mon avis, on est nombreux à s’en fiche, des envies suicidaires de ce (sale) type.

8.
Faute de victoires sur le champ de bataille, Sourovikine fait bombarder les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Cela ne servira qu’à alourdir la facture lorsque la Russie sera condamnée à verser des dommages de guerre. Quant à l’emploi éventuel par les Russes du nucléaire tactique, il ne ferait qu’accélérer la chute du régime de Poutine.

9.
Il y a à peine quelques mois, on craignait l’effondrement de l’armée ukrainienne, Guillaume Bigot déclarait que l’opération spéciale de Poutine se poursuivait comme prévue, Charles Gave prédisait la ruine de l’Occident. Au 4 novembre 2022, il est pourtant de plus en plus clair que Poutine va perdre sa sale guerre en Ukraine.

10.
4 novembre 2022. Selon LCI, les forces russes auraient installé très récemment des alignements de blockhaus dans certaines localités bordant le Dniepr. En tirer des conclusions sur une éventuelle ligne de défense sur le Dniepr aux dépens de Kherson peut sembler prématuré.

11.
Ah tiens, si l’on en croit Wikipédia, Grégoire de Fournas, le député RN, dont je me fiche bien dis, est propriétaire d’un vignoble (le « Vieux-Cassan ») et, à ce titre, embaucherait régulièrement de « la main d’œuvre étrangère à bas prix, principalement d’origine roumaine ou portugaise. »

12.
Novembre 2022. Si la visite d’Olaf Scholz en Chine aboutit à un renforcement des partenariats commerciaux entre la Chine et l’Allemagne, ce n’est pas une bonne nouvelle pour Poutine car cela pourrait conforter la volonté de la Chine de ne pas intervenir dans le conflit russo-ukrainien.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 4 novembre 2022.

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2 novembre 2022

BISCORNUES SAUGRENUES INCONGRUES

BISCORNUES SAUGRENUES INCONGRUES

1.

A la planche 37 de « La Frontière de la vie », de Roger Leloup, c'est en voulant sauver la vie d'une enfant que Yoko Tsuno est blessée d'un coup de revolver.

L'album est placé sous le signe du sang : du sang qu'il faut pour sauver Magda, du sang que la vampire prélève, du sang que verse Yoko Tsuno.

2.

C'est en 1924 qu'en France paraissent les premières planches de Bibi Fricotin, qui, je lis ça dans « 100 ans de BD », ouvrage publié sous la direction de Pascal Pillegand, « part en voyage sur toutes les surfaces du globe dans des épisodes rocambolesques. »

S'il n'avait pas promené sa bouille de par le vaste monde, c'est qu'il serait resté chez lui, pour quoi faire que si ça se trouve il aurait résolu des énigmes biscornues, saugrenues, incongrues en fumant la pipe dans un appartement londonien même qu'il s’appellerait Sherlock.

3.

A la planche 27 de l'épisode 1 de « Oki », de Juszezak et Godard, l'inspecteur Lambert se fait lui aussi énigmatique : « Ça n'est sûrement pas un hasard si j'ai cette petite demoiselle devant moi ! », dit-il. Je ne comprends pas pourquoi il dit cela. Nous sommes le 2 novembre 2022, et il il y a du soleil. Etrange tout de même, ce soleil à répétition. Le réel, j'vous l'dis moi, c'est tout du bizarre, de l'énigmatique.

Deux pages plus loin, Oki craque et pleure, vu que si elle ne pleurait pas, on se demande ce qu'elle pourrait faire d'autre, piquer une colère peut-être, et quitter sa case n°4 en claquant la planche, pour d'autres aventures je ne sais où, si ça se trouve sous les traits d'une jeune électronicienne japonaise elle aussi, pis qui résoudrait des bizarreries dans le réel ou bien irait visiter des planètes biscornues, saugrenues, incongrues, mais elle ne fumerait pas la pipe dans un appartement londonien et ne s’appellerait donc pas Sherlock.

4.

C'est en 1926 que l'américain Segar crée Sappo, petit bonhomme « témoin – et victime – quasi imperturbable des terribles inventions et des caprices d'un savant fou à longue barbe. » (Pascal Pillegand, « 100 ans de BD »). Sans doute ce savant fou n'avait-il pas encore inventé le rasoir.

5.

Le personnage central de la série XIII a perdu la mémoire cependant que, en quête de son identité, il traverse des pans de mémoire de l'histoire des Etats-Unis. Ainsi dans « La Nuit du 3 août », de Vance et Van Hamme, il est confronté à un meurtre perpétré par le Ku Klux Klan vingt ans plus tôt.

6.

Page 45 de l'album « Le Dernier pharaon », retour du cauchemar qui « conduit à nouveau » Mortimer « sur l'escalier sans fin » où la divinité verte à tête de chat « l'y attend ».

Comme c'est un cauchemar, c'est une divinité inquiétante, bien qu'impassible, que Mortimer affronte. Si ça avait été un doux rêve, cela aurait pu être une jolie fille aux yeux bleus, verts, noisette, qui lui aurait tendu un paquet de frites croustillantes, fraîches, chaudes.

Page 46 de l'album, Lisa évoque la « stèle des rêves, au pied du Sphinx de Gizeh. » Cette stèle existe. Je ne l'ai pas rencontrée car elle ne sort pas beaucoup. Néanmoins, cette « stèle du rêve » se trouve entre les pattes du Sphinx et raconte qu'alors que Thoutmôsis IV s'était endormi à l'ombre du Sphinx, « Rê-Harmakhis, le Sphinx lui-même, lui apparut et lui demanda d'ôter le sable qui l'ensevelissait petit à petit. » (cf Wikipédia).

7.

C'est en 1931 que Jean de Brunhoff crée Babar. Nul doute que si au lieu d'un costume vert et d'une couronne, Babar avait porté un smoking bleu pétrole, un haut-de-forme, une cape noire et rouge, il aurait pu en faire des tours de magie avec sa trompe !

8.

A la planche 37 du « Dracula », de Georges Bess, les yeux du comte semblent sans prunelle, yeux blancs.

Planche 39, évocation des « nombreuses craquelures » du visage du comte, des « dents très blanches et pointues », une impression de « hors d'âge », une « odeur fétide, écœurante » qui donne la « nausée » au narrateur.
Ah ça, si ce n'était pas pour affaires, Jonathan Harker ne resterait sans doute pas, et retournerait au mignon minois de sa Mina dans ce pays où, depuis dix ans déjà, au 221B Baker Street, un détective étonnant résout les énigmes les plus biscornues, saugrenues, incongrues.

9.

C'est en 1935 qu'apparaît aux Etats-Unis la série « Mandrake the Magician », dessinée par Phil Davis, scénarisée par Lee Falk. Nul doute que si Mandrake « avait introduit les lecteurs dans le monde étonnant » [cf Pascal Pillegand] du timbre-poste, la série aurait été appelée Mandrake le Philatéliste.

10.

« Ce nommer, c'est la nomination de l'étant à son être, à partir de son être. »

(Heidegger traduit par Wolfgang Brockmeier, « L'origine de l’œuvre d'art » in « Chemins qui ne mènent nulle part »)

Cette définition de la nomination distingue l'être de l'étant, en faisant de l'être une origine et une destination. Je conçois que l'étant ne peut être étant qu'en étant nommé et que l'être ne peut être qu'en existant en tant qu'être, ce qui revient à dire qu'il y a quelque chose comme une façon d'être, cela dont j'ai conscience et qui échappe à la précision de la nomination, cette question qui ne se justifie que par cette question, ce « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » qui se justifie par : Pourquoi ai-je conscience qu'il y a quelque chose plutôt que rien ?

Patrice Houzeau

Malo, le 2 novembre 2022.

1 novembre 2022

PAS SA LANGUE DANS SA PUCHE

PAS SA LANGUE DANS SA PUCHE

1.

La planche 31 de « La Frontière de la vie », de Roger Leloup présente l'alliance entre un passé médiéval et la modernité : une vaste salle souterraine dans laquelle a été installé un complexe médical.

Planche 32, Yoko Tsuno est priée de revêtir une « tenue exempte de microbes ».

2.

Oki dans les locaux de la Direction de la Police Judiciaire est peu loquace. « Faites ce que vous voulez. », dit-elle à l'inspecteur Lambert. Oki va-t-elle passer de la prison Benetzak à la prison tout court ?

Page 22, Oki porte une jupe bleue et un sweat jaune : la jupe plissée rouge qu'elle portait lorsqu'elle fut retrouvée dans la rue et le désarroi, va être examinée par la police scientifique. L'inspecteur porte le traditionnel imperméable des films policiers.

3.

Vance et Van Hamme dans l'épisode de XIII intitulé « La Nuit du 3 août » font dans le qui déménage : planche 30 à 35 : tentative de lynchage de la jolie major Jones, intervention flinguante de XIII, évasion, nouveau coup de flingue, accident de voiture, vol d'un hélicoptère.

4.

Un visage parfois vous hante. Même que ça enivre, un peu parfois aussi, un visage. Heureusement, la réalité vous rappelle vite à elle et à ses chausse-trappes.

5.

Dans « Le Dernier pharaon », Bruxelles évacué à cause des rayons, cité interdite, n'est pas désert : une communauté y réside, constituée de « gens qui ne se sentaient plus en phase avec la modernité, des gens persuadés qu'un autre monde est possible », explique Lisa.

Dans la « chambre à rêver », un cauchemar : « Un animal... sous l'eau... il m'a rattrapé ! Je me noie, je suis tombé à l'eau ! ». La page 43 annonce les monstres marins des pages 63 et 70.

(cf « Le Dernier pharaon », Schuiten, Van Dormael, Gunzig)

6.

La planche 32 du « Dracula » de Georges Bess annonce le chapitre 3 : le « monumental château du comte », un vol de chauve-souris. Connotations. Réseau lexical.

La planche 35 est composée de quatre cases sur fond blanc parcouru de chauve-souris. On dirait une séquence cinématographique concentrée, résumée à ses éléments principaux : Jonathan Harker déposé « dans la cour du château », la tête du cheval, le fiacre s'engouffrant « dans un obscur passage », la solitude du narrateur « planté là, indécis, au milieu de ce qui tenait plus d'une ruine que d'un château ». (Georges Bess, « Dracula », planche 38).

7.

Parmi les pièces maîtresses enregistrées par Robert Charlebois, il y a le lancinant « Engagement », qui agace et fascine, du vrai hors le temps (c'est vrai qu'c'est long « cent ans »), funk, sauvage.

8.

En refusant de payer pour être « certifié » sur Twitter, Stephen King a raison. Stephen King n'a pas besoin de twitter. Twitter a besoin de Stephen King. C'est donc à twitter de payer. CQFD.

9.

Ai revu hier soir sur Arte l'excellent « Un Cadavre au Dessert » (« Murder by Death », Robert Moore, USA, 1976), avec David Niven, Peter Sellers, Peter Falk, Maggie Smith : humour absurde, « no-sense », fantaisie, talent. Un genre qui, je le regrette, disparaît.

10.

« C'est bizarre, mais c'est comme ça, il y a une profonde antinomie entre contrôle financier et convivialité. »

(« Vive Bouchon », Jean Dell et Gérald Sybleiras, [Robert Flapi])

Dans le genre farce, c'est fameux, à voir la captation sur You Tube. Jean-Luc Porraz y est très bon.

11 ;

Ce n'est pas dans le disque solaire adoré par Akhénaton (premier monothéisme, dit-on) que l'on trouve les enregistrements de Sun Ra.

12.

L'humain, ce conditionnel qui se croit un futur (poil sur la confiture, me susurre Zut qui n'a pas sa langue dans sa puche).

Patrice Houzeau

Malo, le 1er novembre 2022

1 novembre 2022

SOUROVIKINE SERA-T-il LE TOMBEAU DE POUTINE ?

SOUROVIKINE SERA-T-IL LE TOMBEAU DE POUTINE ?

1.

« Nous avions la gorge qui grattions ; nous avions les yeux qui brûlions », aurait déclaré Sandrine Rousseau dans le feu de l'action d'un plateau télé. Ça doit être une licence poétique, le style épique quoi, façon geste médiévale.

2.

Russie. On dit Sourovikine, le nouveau patron des opérations russes en Ukraine, pas très futé et très brutal. Avec Prigogine, le boss de l'armée privée Wagner, et Kadyrov, Sourovikine constitue l'aile dure du régime poutinien. Des voyous sans foi ni loi.

L'armée russe ne progresse plus en Ukraine et est sur le point d'être battue à Kherson. Sourovikine fait donc bombarder les infrastructures ukrainiennes, coupant l'eau et l'électricité. Cette stratégie coûte très cher en missiles et ne brisera pas une Ukraine déterminée.

Possible que Sourovikine insiste auprès de Poutine en faveur d'une intensification des bombardements et ainsi « aplatir » les villes comme il l'a fait en Syrie. Poutine n'est, je pense, pas assez fou pour laisser faire. Il en résulterait des massacres tels que l'opinion publique internationale réagirait et ferait pression sur les gouvernements pour soutenir les Ukrainiens et accélérer la chute irrémédiable de la Maison Russie telle que Poutine la conçoit.

3.

Zizanie chez les Z. Le limogeage du général Lapine (voulu par qui ? Sourovikine ? Prigogine ?) et la lutte d'influence qui oppose Guerassimov et Choïgou à Prigogine et Kadyrov indiquent que tout ne va pour le mieux au sommet de la hiérarchie militaire russe.

Certes, les dissensions au sommet de la hiérarchie militaire ne sont pas l'apanage des Russes, sauf que Prigogine et Kadyrov font plus penser à des mafieux ou à certains généraux très troubles du IIIème Reich qu'à des experts en polémologie. Des chiens entre eux.

4.

1er novembre 2022. J'entends parler sur France Culture d'un mouvement de « brûleurs de factures » en Italie. On dit que ces contestataires se réunissent pour brûler publiquement leurs factures d'électricité et de gaz. Ils seraient proches, dit-on, des mouvements de gauche.

5.

Je me souviens qu'au début de la sale guerre de Poutine en Ukraine, certains présentaient Guerassimov comme un nouveau Guderian. Sa fameuse théorie de la « guerre hybride » serait aussi efficace que la blitzkrieg qu'on disait. Et puis l'Ukraine ne s'est pas effondrée. L'Occident ne s'effondrera pas. Guerassimov s'est planté.

6.

Je comprends le ressentiment des Africains. Il est vrai que nous sommes infiniment plus sensibles au sort des Ukrainiens qu'au sort des populations africaines en proie à des guerres quasi-permanentes. Le monde est ainsi fait et, en raison de la rareté naturelle, il est injuste.

7.

Qui écoute encore Hubert Védrine ? Depuis les lamentables atermoiements de la France au Kosovo (c'est tout de même l'OTAN, et pas Védrine, qui, par la manière forte, à fait cesser l'agression serbe) et au Rwanda, soyons francs, il n'est plus guère audible.

8.

Les Français n'étant pas pro-Poutine, je pense assez que Zemmour, Dupont-Aignan, Mariani, une partie du RN, l’extrême-droite la moins patriote et l’extrême-gauche la plus bête, jusqu'à Mélenchon, seront des victimes collatérales de l'inévitable défaite de la Russie.

9.

Au 1er novembre 2022, soit plus de huit mois après le début de la sale guerre de Poutine en Ukraine, je note que la Biélorussie n'est toujours pas intervenue directement dans le conflit. Lukachenko n'est pas si bête, et sait sans doute que Poutine n'a aucune chance contre l'OTAN.

10.

1er novembre 2022. Brésil. Bolsonaro a été battu aux élections. Il se tait. Il se terre. Je n'ai aucune sympathie pour Lula, mais si l'on respecte la démocratie, alors oui, Lula a gagné et il faut l'admettre.

11.

Ai lu sur internet que Francis Lalanne a « choisi » d'être SDF et de se référer à Diogène et à Rabhi. Tu parles... Je parie, moi que le Lalanne, il ne s'assume pas. Un logement, un foyer, ça demande des efforts, un engagement personnel, mais pour ça, il faut un peu de fierté, et de courage.

12.

C'est en mesurant la « réussite » de Sandrine Rousseau (très bien payée pour dire n'importe quoi) que l'on se rend compte de l'inanité des thèses de Philippe Meirieu.

Je songe parfois à la place prise par une Sandrine Rousseau au sein de l'université, et à sa malhonnêteté intellectuelle, et je me rappelle les professeurs que j'y ai connus et dont l'intégrité était manifeste.

13.

La croyance qui veut que les rapports humains pourraient être radicalement améliorés par la seule bienveillance est une erreur qui ouvre la porte à toutes les saloperies. Si vis pacem,..., et non, tous les humains ne sont pas éducables.

14.

Il se pourrait que les choses se dépolitisent, se dépolitisent, se dépolitisent (avec ou sans balle perdue)

Pis qu'le réel avec ses gens s'en fiche

Qu'nos osses finissent par s'hausser des épaules

Qu'tu finisses, politique, tout seul à jouer du violon dans ton désert.

15.

La France est le bras armé de l'Europe. On ne pourra peut-être pas toujours compter sur l'OTAN (les Etats-Unis eux-mêmes sont menacés par le populisme et le n'importe quoi, cf Trump). Certains pays commencent à s'en rendre compte. Qu'ils n'oublient pas notre expertise.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 1er novembre 2022.

31 octobre 2022

JE N'EST PAS LUI ET LUI JE NE SAIS PAS QUI C'EST

JE N'EST PAS LUI ET LUI JE NE SAIS PAS QUI C'EST

1.

Planche 28 : une des vignettes que la mémoire retient (elle a d'ailleurs en son temps servi de couverture à un numéro du journal Spirou) : à l'abri du regard derrière un pilier, la vampire, une pleine lune dans la nuit mauve, un chat noir, des croix, l'entrée du caveau, Yoko Tsuno.

C'est par la science que Yoko Tsuno et Rudy pensent approcher de la vérité, mais le mystère ne se laisse pas si vite dissiper, et, en fin de compte, il y a bien « violation de sépulture » (cf « La Frontière de la vie », Roger Leloup, pl. 29).

2.

« Le rêve permet à Windsor McCay de donner aux gens et aux choses des dimensions étonnantes, parfois plus vraies que le réel. »

(Pascal Pillegand, « 100 ans de BD », Editions Atlas, 1996, p.16)

Ce qui est « plus vrai que le réel », c'est moins le rêve (qui n'en est que sa représentation subjective), mais la virtuosité du dessinateur qui donne de l'étoffe aux songes. Ce qu'il y a de plus réel dans l'art, c'est l'art de ; le reste n'est que représentation.

3.

« Je serai bientôt aveugle, je le sais, et j'accueillerai ces ténèbres avec reconnaissance, comme une punition infligée par Dieu pour ma lâcheté et mon déshonneur. », écrit à la lueur d'une lampe à huile celui qui a vu agir les meurtriers et qui s'est tu.

(Vance et Van Hamme, XIII, « La Nuit du 3 août », pl. 25)

4.

Du domaine des fantômes et des songes, la synchronie, appelant l'art et la virtuosité. De l'ordre de la raison, de l'enquêteur perspicace, la diachronie. Elle établit la généalogie que masque la synchronie. Mais de ce que je dis, le revenant s'en moque, et Conan Doyle croyait aux tables qui tournent.

On dit que Conan Doyle, le créateur du rationnel, méticuleux, perspicace Sherlock Holmes, fut un fervent spirite et que Lovecraft, dont la prose est littéralement hantée, n'y croyait absolument pas à ses anciens dieux et autres saugrenus à tentacules. Les auteurs ne ressemblent pas à ce qu'ils écrivent. Je n'est pas lui.

5.

Pages 33 et 35, Mortimer se trouve entre féroce chat et chiens féroces.

J'aime bien cette impression de gravure qui imprègne l'atmosphère des planches de l'album « Le Dernier pharaon », de François Schuiten pour le dessin et Laurent Durieux pour les couleurs.

6.

Sur l'édition du journal dont la une affiche la mort de « la belle Romi Romani, célèbre top-modèle italien, tuée par balles », une mouche s'est posée. (Oki, souvenirs d'une jeune fille au pair -1 », de Juszezak et Godard).

A la moitié de l'album, le lecteur distingue un enjeu érotique (Oki quasi séquestrée et abusée), un enjeu énigmatique (que se passe-t-il exactement dans cette maison ?) et peut supposer un enjeu financier, un scénario à la Claude Chabrol.

7.

Jonathan Harker est le missionnaire de la civilisation envoyé au cœur des ténèbres. Il passe d'abord par les superstitions des villageois : « Il me revint à l'esprit que nous étions la veille de la Saint-Georges... Les forces maléfiques, etc. », se dit-il dans la diligence qui l'emmène au col de Borgo.

Planche 26 du « Dracula » de Georges Bess, pleine page noire. Au centre, la figurine blanche de Jonathan Harker s'enfonçant dans la nuit.

Planche 28 : Le fiacre du comte Dracula et sa « course folle » ; case 2, impression de bois gravé.

8.

« Ainsi, à quatre pattes, il s'en fut aux quatre coins de la pièce, reniflant tout, faisant le tour de tout, de tout ce que nous voyions, ce qui était peu de chose, et de tout ce que nous ne voyions pas et qui était, paraît-il, immense. »

(Gaston Leroux, « Le Mystère de la Chambre Jaune » [Sainclair à propos de Rouletabille].

Lire n'est pas lire, c'est regarder passer du sens. Repérer ce que nous ne voyons pas, voilà ce qu'est lire.

9.

« Une manière essentielle dont la vérité s'institue dans l'étant qu'elle a ouvert elle-même, c'est la vérité se mettant elle-même en œuvre. »

(Heidegger traduit par Wolfgang Brockmeier, « L'origine de l’œuvre d'art » in « Chemins qui ne mènent nulle part »)

Ce qui est fait (poème, roman, planche, musique, synchronie) n'est pas seulement une réalisation, c'est la mise en œuvre dans l'étant d'une vérité qui dépasse l’œuvre en la constituant.

10.

« J'ai seul la clé de cette parade sauvage. »

(Rimbaud, « Parade »)

Rimbaud ment et Rimbaud ne ment pas. Scribe, il ment en virtuose, en « drôle très solide », en « Maître jongleur », mais ce « je » et cette « clé » ne lui appartiennent que par leur mise en scène. Le deus ex machina de la langue machine autre chose, tout autre chose.

Patrice Houzeau

Malo, le 30 octobre 2022.

30 octobre 2022

DE L'ENIGME DE LA MAISON DE TROP ET DE RENDELSHAM AUSSI

DE L'ENIGME DE LA MAISON DE TROP ET DE RENDELSHAM AUSSI

1.

« La Frontière de la vie », de Roger Leloup. Planche 22. L'énigme de « la maison de trop », ce qui donne l'occasion de voir Yoko Tsuno se déplacer au cœur d'un Rothenburg miniature.

En quelques planches, plusieurs motifs traditionnels du récit vampirique sont évoqués : un caveau délabré, un cercueil étonnamment entretenu, un interdit , un revenant.

« L'Orgue du Diable » et « La Frontière de la vie » font se rencontrer la japonaise Yoko Tsuno et l'allemande Ingrid Hallberg. Je note ce détail de la natte repliée, roulée, façon macaron, qui me rappelle « Nuit rhénane » d'Apollinaire :

« Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile, aux nattes repliées »

2.

« La Nuit du 3 août », de Vance et Van Hamme, planche 21. Celui qui serait « Vous voulez dire que vous seriez... Jason ?... », dit David à celui qui serait Jason et qui ne ressemble pas tellement à Jason parce que le réel, il est tout changé par la chirurgie esthétique et l'amnésie de celui qui serait Jason.

3.

« La Mort au bout du voyage », de Juszezak et Godard. Le choix du point de vue interne, celui de Oki, la jeune fille au pair, permet de maintenir l'enjeu énigmatique. Que lui arrive-t-il exactement ? Planche 12, la scène du cauchemar se caractérise par une faille, puisque nous comprenons que Oki est sexuellement abusée. La narration sous-entendrait-elle que la narratrice saurait inconsciemment qu'elle a été droguée et violée ?

4.

« Le Dernier pharaon », de Schuiten, Van Dormael, Gunzig. Mortimer tombe du ciel dans la nuit d'un Bruxelles déserté. Rencontre d'un cerf et d'une biche. Mortimer commente : « Evidemment, sans les humains, c'est plus tranquille... ». Je songe à ce qui se serait passé si le confinement de mars 2020 se serait poursuivi indéfiniment, si le dragon Covid s'était à jamais emparé de l'ensemble des espaces publics.

Art visuel, la bande dessinée fait souvent appel à l'imaginaire du rêve. Dans « Le Dernier pharaon », Mortimer fait des cauchemars. Les textes des cartouches rappelle la « naïveté » de la série originelle : « Descendant un escalier infini... », « Un bijou à l'allure millénaire », naïveté démentie par la sophistication graphique. Très belle vignette montrant une divinité féminine à tête de chat descendant un escalier. Elle apparaît immense face à un Mortimer impuissant.

5.

Toujours efficace, la tête de mort occupant la moitié de la planche 23 du « Dracula » de Georges Bess pour signifier que Jonathan Harker a pris la diligence pour une terre vouée à la mort.

6.

C'est entre deux bières que j'ai appris la mort de Jerry Lee Lewis. Mélancolie.

7.

Youtube. Vidéo de la chaîne « Mr Sam Point d'interrogation « On vérifie ? ». Démystification de « l'incident de Rendelsham » (1980), souvent présenté comme un des rares cas « authentiques » d'observation par des militaires d'un d'OVNI ayant atterri.

Mr Sam, toujours très clair et intelligemment sceptique, explique l'affaire par le faisceau du phare d’Orford Ness et présente le témoignage de Jim Penniston comme exagéré, sinon « fantaisiste ».

Pour ma part, je n'en sais rien. Je m'étonne simplement que des militaires, dont un colonel (Charles Halt), qui n'étaient pas sans ignorer la présence du phare d'Orford Ness, aient confondu les lumières d'un phare avec celles d'un Objet Volant.

Ai lu sur Wikipédia que le célèbre Jacques Vallée avait émis l'hypothèse d'une expérience d'ingénierie sociale (manipulation de l'opinion) du même type que la fameuse « vague belge » (1990). Va savoir, Edouard.

8.

Marrant que le dessinateur Mathieu Sapin ait fait de François Hollande un personnage de bédé humoristique. Cela rendrait presque sympathique son référent dans le réel.

Dans le numéro 4411 (26 octobre 2022) de Spirou, « François Hollande » apparaît dans une amusante histoire courte (scénario : Joann Sfar).

Patrice Houzeau

Malo, le 30 octobre 2022. 

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