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BREFS ET AUTRES

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16 septembre 2022

DANS LA NOSTALGIE DE ZUT

DANS LA NOSTALGIE DE ZUT

1.

Le personnage de Monsieur Ouine, dans le roman de Bernanos, dit de lui-même : « Comme ces gelées vivantes, au fond de la mer, je flotte et j'absorbe. » Zut aime bien la rouelle de porc en gelée. Ma mère faisait parfois de la rouelle de porc en gelée. Je sais que je n'en mangerai plus jamais.

2.

Le 15 septembre 2022, les célèbres dictateurs Xi Jinping et Poutine se sont rencontrés. J'ai mangé des pommes de terre rissolées. Je n'ai point poutiné d'la poutine (m'a l'air bien gras, s'truc-là) ni machiné du ping, ni crapoté du pong. Me suis laissé « remplir par l'heure qui passe ».

3.

« Oui, vous apprendrez de moi à vous laisser remplir par l'heure qui passe. », dit le Monsieur Ouine de Bernanos à Steeny. Bah, de moi que voulez-vous apprendre ? Je ne sais rien de rien qui vaille et valse de vienne, qui va qui vient, pis qui s'en va comme un chien, pis sous la pluie tiens.

4.

En septembre 2022, le totalitarisme de droite semblait progresser dans certains pays d'Europe : en Hongrie, en Suède, en Italie aussi, disait-on. Alors, je me dis dans ma comprenette sceptico-libérale : « L'enfant grandit ; ô douleur ! C'était un être de plus à faire vivre de mon cerveau », dit le narrateur de « L'homme à la cervelle d'or », d'Alphonse Daudet.

5.

Le 15 septembre 2022, j'entendis dire à la radio que le président Macron est décidé à mettre en place rapidement sa réforme des retraites. Je marronne en pensant à Macron, j'ronchonne, j'grondaille, j'grognarde, je compte mes ombres.

6.

Le 15 septembre 2022, j'entendis dire à la radio que le président Macron est décidé à mettre en place rapidement sa réforme des retraites.

«Le temps bifurque perpétuellement vers d'innombrables futurs. Dans l'un d’eux je suis votre ennemi », dit le personnage d'Albert dans la nouvelle « Le jardin aux sentiers qui bifurquent », de Borges.

Paraît que le président Macron, il a dit comme ça aux préfets que c'est parce qu'en France, on rentre plus tard qu'ailleurs sur le marché du travail qu'il faut réformer les retraites. Bin oui, mais le gouvernement n'est pas obligé de surpeupler les universités non plus hein.

7.

Le temps ne se résume pas. On ne peut bondir par-dessus le temps comme on saute les obstacles. Le temps ne peut se dissoudre dans le café (aussi, inutile d'y rajouter du sucre). Poutine compte sur le temps et la crise énergétique.

Quoi qu'il veut, le Poutine ? Gagner du temps, l'hiver et la crise énergétique qui f'ra des dégâts dans les opinions, pour pouvoir la continuer, sa sale guerre en Ukraine. Je ne sais pas si Poutine l'aura, ce temps. Se pourrait-il que le temps lui explose à la figure ?

8.

Un chauffeur de bus, il y a deux jours : « J'ai quelqu'un de ma famille chez ENGIE. C'est la panique. Ils sont déjà en déficit et prévoient une augmentation très forte d'impayés. ils reçoivent déjà des appels de gens qui disent qu'ils ne peuvent plus la régler, la multiplication. »

9

La tête de Zut... assez ronde encore... nous faisions les courses... supermarché, on claque nos sous... elle achetait moult biscuits... je n'avais pas l'air content, ma gueule de con. Je ne sais pas si le ministre de l'éducation nationale sait à quel point nous le méprisons.

10.

« Pour connaître les intimes espoirs et les intimes terreurs de chacun, ils disposaient d'astrologues et d'espions. »

(Borges, « La loterie à Babylone » [le narrateur])

« les intimes espoirs »... Tout ça qui fait... qui s'trame dans la calebasse... là où on s'fait ses messes basses... « les intimes terreurs »... tout ça qu'on songe... terrible défois et qui arrive hein... le on ne sait jamais des tuiles...

Pis qu'on allitère dins s'tiête quelque astrologue tropical typique des cartoons et comics, quoique je ne puisse citer ici aucun cartoon ou comics mettant en scène un astrologue tropical, ou quelque espion sinueux perspicace, qui perçoivent quoi dans notre boîte à quoi qu'on dit quoi qu'on fait quoi qui va nous arriver.

11.

« Avec cela, il était d'une clairvoyance étonnante, désespérante. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Quand on est clairvoyant, c'est qu'on l'voit tel qu'il nous enquiquine, le réel, tel qu'il nous désespère. Défois, vaudrait mieux pas, et mener sa barque pépère sans les voir les dents de loup dans la gueule des autres. Être bienveillant, quoi.

12.

J'aurai passé une partie de ma vie dans la nostalgie de Zut. Vous me direz : « Zut n’existe que pour vous. » Je sais bien, mais je l'aime bien quand même.

Patrice Houzeau

Malo, le 16 septembre 2022.

 

 

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15 septembre 2022

AH TIENS JE VAIS MANGER UN CORNICHON

AH TIENS JE VAIS MANGER UN CORNICHON

1.

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,

Entre les pins palpite, entre les tombes ;

Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencée ! »

(Paul Valéry, « Le cimetière marin »)

 

A midi, les élèves aiment bien quand il y a des frites à la cantine.

Ce qui ne les pousse heureusement pas à ramener leurs fraises et leurs frites sur les toits, et pas plus entre les tombes, que les pins palpitent ou pas.

Du reste, il est strictement interdit de manger des frites entre les tombes.

Un film américain, dans le genre horrifique, raconte ce qui arriva à un groupe d'adolescents (deux filles, trois garçons) qui, adorateurs des démons Mayo, Ketchop et Potato, allèrent sacrifier à leur culte en dévorant quelques paquets de frites au bord d'une tombe. Ils eurent beaucoup d'ennuis.

Avec la police d'abord. Avec leurs parents ensuite.

Quant à la mer, c'est un disque rayé.

2.

« J'observe toujours, en cherchant une question de Géométrie, que les lignes, dont je me sers pour la trouver, soient parallèles, ou s'entrecoupent à angles droits, le plus qu'il est possible ; »

(Descartes, « Lettre à Elisabeth », novembre 1643)

 

La Géométrie ne fume pas la pipe, sauf dans le cubisme.

Le surréalisme a montré, grâce à Magritte, que « ceci n'est pas une pipe ».

Maintenant, une accumulation de pipes pourrait constituer une œuvre d'art conceptuelle, une installation, comme on dit chez les installateurs.

Ce qui aurait l'avantage de faire travailler les producteurs de pipes.

Popeye est un marin de dessin animé américain qui mange des épinards. Sa fiancée s'appelle Olive. Popeye fume la pipe.

Popeye, à ma connaissance, ne s'est pas intéressé à la Géométrie. Descartes ne connaissait pas Popeye. Descartes fumait-il la pipe ? Je n'en sais fumeusement rien.

3.

« La Pythie exhalant la flamme

De naseaux durcis par l'encens,

Haletante, ivre, hurle !... l'âme

Affreuse, et les flancs mugissants ! »

(Paul Valéry, « La Pythie »)

 

Peut-on faire une âme ? Peut-on forger une âme ?

Chaque humain passe-t-il son existence à se forger l'âme ?

Je ne pense pas que l'on puisse faire une âme comme on prépare un plat de spaghettis.

 

Peut-on défaire une âme ?

Intuitivement, je répondrai que oui et que les rues sont pleines d'âmes défaites qui passent, grelots agités dans des carcasses éphémères.

 

La philosophie peut-elle aider à se forger l'âme ?

La philosophie peut-elle aider à se forger l'âme sans jamais y parvenir tout à fait, comme il en est de bien des projets philosophiques dont l'accomplissement est dans le chemin lui-même et dont le but semble toujours étrangement reculer.

On n'est même pas sorti de l'auberge, que le château déjà s'estompe, s'efface, s'effrite.

 

Je ne pense pas que l'âme survive au corps. Que voulez-vous que l'invisible en fasse ? A moins que le dieu qui, dit-on, nous a bricolés, soit un collectionneur d'âmes.

Sommes-nous les alambics qu'un dieu créa pour y distiller une infinie variété d'âmes ?

4.

« Car il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs. »

(Descartes, « Lettre à Elisabeth », 15 septembre 1645)

Lorsque j'hésite entre prendre des frites dans une baraque à, ou me faire des œufs sur le plat, je ne dois tergiverser trop longtemps : les frites pourraient m'en vouloir et les œufs sur le plat s'envoler pour d'autres espaces.

Le mieux c'est d'acheter des patates, en faire des bâtonnets que je mettrai à frire, puis de me faire des œufs sur le plat que je mangerai après le deuxième passage des frites.

Je n'ai pas de friteuse. Donc, c'est décidé, je vais prendre un sandwich au thon, et toute la journée, je penserai que j'aurais dû prendre une omelette-frites, avec une bière.

Lorsque j'hésite entre trahir un ami ou aller manger une choucroute, en général, assez rapidement, je n'ai plus faim.

5.

Ah tiens, je vais manger un cornichon. Ça va me renvoyer à ma condition, sinon à ma solitude.

6.

« Quelle, et si fine, et si mortelle,

Que soit ta pointe, blonde abeille,

Je n'ai, sur ma tendre corbeille,

Jeté qu'un songe de dentelle. »

(Paul Valéry, « L'abeille »)

 

Je me demande ce que peut-être un « songe de dentelle ».

Les dentellières de l'invisible nous brodent-elles de ces songes de dentelle qui nous adoucissent les nuits et réjouissent l'adolescent ?

Je me demande quel est le rapport entre la « blonde abeille » et le songe de dentelle ?

Paul Valéry décrit-il quelque pièce de broderie fine qui parerait la poitrine, la « tendre corbeille » aux gourdes belles (comme il écrit, Valéry, quand il écrit : « Pique du sein la gourde belle »), à moins que la « gourde » soit la fille toute entière, mais je ne crois pas, quoique.

7.

« Pour l'admiration, encore qu'elle ait son origine dans le cerveau, et ainsi que le seul tempérament du sang ne la puisse causer, comme il peut souvent causer la joie ou la tristesse,... »

(Descartes, « Lettre à Elisabeth », mai 1646)

Le cerveau voit, entend, comprend beaucoup de choses que nous ne pouvons croire, ni admettre.

Le cerveau se promène sur nos deux jambes et garde pour lui ce qui ne devrait pas nous inquiéter, ou nous concerner.

La plupart du temps, le cerveau évanouit les fantômes. Il arrive pourtant qu'il les suscite. Et vlan, nous v'là plongés dans l'grand guignol à fantasmes menaçants, avec couteaux et grotesques gueules de macabres.

Puis il y a les choses dont on se fait un plat qu'on finit par se noyer dans un verre d'eau.

C'est exactement le genre de considérations que je cultive à chaque fois que je croise un éléphant, en particulier s'il est effervescent.

Patrice Houzeau

Malo, le 15 septembre 2022.

 

15 septembre 2022

CELA FAIT LONGTEMPS QUE LES AVENTURES NE FUMENT PLUS LA PIPE

CELA FAIT LONGTEMPS QUE LES AVENTURES NE FUMENT PLUS LA PIPE

1.

« La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette

De flèches et de tours à jour la silhouette

D'une ville gothique éteinte au lointain gris. »

(Verlaine, « Effet de nuit »)

 

La nuit parfois, sur les toits palpite la pluie.

Le blafard est tout farfouillé que déchiquette

« De flèches et de tours à jour la silhouette »

(Avez-vous remarqué s'te chouette assonance

« Ou » dans « de tours à jour la silhouette » qu'il

A écrit le Verlaine évoquant une ville

Esquissée dans le gris Ah quel tabac dit Zut

Pis gothique et spectrale, et loin, très loin, très très loin.

2.

Chérissez-vous les chansons de William Sheller, ou vous chagrinent-elles ?

Chérissez-vous vos châteaux en Espagne ? Êtes-vous de « la faculté des songes » ?

Chérissez-vous Chéri-Bibi, ou peu vous chaut Chéri-Bibi, songes et châteaux, Espagne, William Sheller ? Préférez-vous les chats sauvages ?

3.

Au nom de l'inévitable et de l'utile, l'humain étant voué à forger son propre enfer, vous verrez que le surnombre finira par fustiger et censurer définitif fables, féeries, fantaisies, fatrasies et fantasmes, drolatiques figures et filles de papier.

4.

Quand bien même laisseriez-vous batifoler votre esprit dans le bizarre en écoutant les Beatles, n'oubliez pas que les bonbons bigarrés, façon bêtises de Cambrai, ne se balbutient pas.

5.

L’expression « l'ombre du concombre », fût-il masqué, a quelque chose, quand on y songe, d'obscène.

6.

La pluie n'aboie pas.

Si la pluie aboyait, elle serait un chien.

Un chien mouillé.

Il tomberait donc des draches de chiens mouillés.

Et pourquoi pas des chats, tant qu'on y est.

7.

« Ce faquin d'Arlequin combine

L'enlèvement de Colombine

Et pirouette quatre fois. »

(Verlaine, « Pantomime »)

Il est rare qu'une pirouette traînât une brouette avec du tabac dedans (comme on voyait jadis sur les paquets de « Tabac du Broutteux »).

Si les pirouettes pouvaient porter la brouette, pourraient-elles tirer la charrette au chevalier, et afin que cherre la chevillette, tirer la bobinette ?

8.

« La lune est rouge au brumeux horizon »

(Verlaine, « L'heure du berger »)

La Lune ne fait pas de politique.

Si elle versait dans l'idéologique et le dogmatique à la Mélenchon, la Lune, elle pourrait se faire un peu assassiner, qu'elle ferait alors la une des journaux et des lucarnes à sottises, la Lune.

Non, la Lune ne fait pas de politique.

Elle ne fait pas de crêpes non plus.

Parfois, on croit qu'elle fait la gueule.

Mais ça, c'est dans votre tête.

9.

J'aimerais assez que Poutine se patraquât, s'détraquât assez pour disparaître à tout jamais.

10.

J'entends ce 15 septembre 2022 sur France Culture dénoncer les abus sectaires du bouddhisme tibétain, notamment dans ses ramifications occidentales et me souviens qu'il y a quelques années déjà le très lucide Orlando de Rudder dénonçait ces mêmes abus.

11.

« Paradoxalement sa fatigue devenait une force, car elle l'obligeait à se concentrer sur les détails de l'aventure et lui cachait le fond et la fin. »

(Borges, « Emma Zunz »)

Cela fait longtemps que les aventures ne fument plus la pipe.

Dans le temps oui, on pouvait croiser dans les rues quelque commissaire de police, placide et taciturne, la pipe au visage.

Ou encore quelque pirate à bandeau noir et perroquet vert, voire une jambe de bois.

Mais ça, c'est du passé. Les aventures ne fument plus la pipe. Et elles boivent de moins en moins de rhum et de bière.

Vous remarquerez que les aventures n'en font pas plus de crêpes pour autant, et alors que vous les croisez dans l'escalier, les aventures ne vous scrutent pas de leur regard lointain. D'ailleurs, elles portent des lunettes fumées et n'ont plus ni forme, ni fond.

12.

« Ainsi, tout au long d'interminables crépuscules je rêvais et j'attendais ; j'attendais je ne sais quoi. »

(H.P. Lovecraft, « Je suis d'ailleurs »)

Quand les crépuscules sont interminables, c'est qu'ils s'attardent en chemin.

On raconte que jadis des bandes de crépuscules circulaient entre les chiens et les loups, s'attaquant aux fermes isolées, y écorchant ses habitants afin qu'ils révélassent les cachettes de leur argent.

C'étaient au temps des assassins.

Aujourd'hui, on peut voir bon nombre de crépuscules s'étaler sur des toiles et des photos. On dirait des œufs sur le plat striés de lard, ou encore des œufs brouillés masquant quelque girafe fantôme.

Je n'ai pas en ma possession le fameux dictionnaire de la langue des Crépuscules, auquel Lovecraft fait allusion dans un conte qu'il n'a pas écrit.

Je le regrette. J'aime les curiosités.

Patrice Houzeau

Malo, le 15 septembre 2022.

14 septembre 2022

JE ME SUIS FAIT DES OEUFS SUR LE PLAT ET JEAN-LUC GODARD EST MORT

JE ME SUIS FAIT DES OEUFS SUR LE PLAT ET JEAN-LUC GODARD EST MORT

1.

« L'île n'est donc pas dès le départ un lieu hermétiquement clos. Elle le devient au cours du roman, comme une pièce qui se refermerait progressivement sur ses occupants. »

(Pierre Bayard, « La Vérité sur dix petits nègres »)

Où l'on apprend que parfois les îles comme les pièces se referment sur leurs occupants.

Ainsi se ferment les parenthèses. Ainsi se ferment les tombeaux. Ainsi se ferment les romans, les rideaux et les trappes.

Quelque chose toujours nous piège.

A s'débattre dans des séries de coups fourrés, un parcours de lucidité, c'est comme ça qu'on existe nous autres. Et chacun est fatalement le piège de quelqu'un.

2.

« La belle, si tu veux, je ferai ton lit

Dans le décor sanglant de ma boutique. »

(Robert Desnos, « Couplet du boucher »)

Parfois, dans sa boutique, béat, le boucher rêve de beauté.

3.

« France, France, réponds à ma triste querelle :

Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix. »

(Joachim du Bellay)

Parfois, qu'on appelle la France, et y a que l'Echo qui répond, et encore, défois, i répond pas, l'Echo, il est parti au bistrot.

4.

« - L'arcane, arrivant à la dernière de ces dix fenêtres, est de surprendre à l'autre fenêtre au travers de la chambre ténébreuse et inhabitée un autre fragment de la carte sidérale. »

(Paul Claudel, « La Nuit à la vérandah »)

Contemplant les temples invisibles du ciel noir, je me dis que peut-être le cosmos, c'est du fromage mou, tout noir de caillots, dans la tête d'un dieu cacochyme, immobile, muet, alors vous pensez, les arcanes célestes, c'est pas dans cette encre là que je trempe ma plume.

5.

« Cependant celle-ci [Flatterie] est décriée de nos jours, du moins par les gens que troublent les mots et non les réalités. »

(Erasme traduit par Pierre de Nolhac, « Eloge de la folie »)

Les mots peuvent-ils troubler les gens plus que le font les réalités ?

Le langage pouvant tout aussi bien dire vrai du réel que d'en dire faux, les mots peuvent servir à exprimer tous les complots que les ennemis de la réalité imaginent pour piéger la conscience.

Ainsi la Toile est-elle pleine d'araignées complotistes.

En 2022, les réseaux sociaux étaient pleins des échos d'une guerre entre l'assassin Poutine présenté comme un sauveur de l'humanité (quelle sinistre farce !) et le soi-disant « Empire du mensonge » occidental.

6.

Tout au long de mon existence, beaucoup de livres que j'eus en ma possession, ont disparu. Je ne savais pas mon fantôme si grand lecteur.

7.

« - vous en verrez sortir toutes sortes de bêtes dont les hommes ont depuis longtemps oublié le nom, à supposer qu'on leur en ait jamais donné un. »

(Bernanos, « Monsieur Ouine » [le curé de Fenouille])

Où l'on apprend que certains êtres, soit ils sont innommables, soit leur nom a depuis longtemps été oublié.

La littérature fantastique tente de nommer les êtres que l'on ne sait plus nommer.

Je ne sais pas non plus nommer tous mes êtres.

Dans les films d'horreur, l'être de l'ombre, dont la jeune fille ne connaît pas le nom, l'être de l'ombre, lui, le connaît, le prénom de la jeune fille, et il le murmure dans les nuits suspiriennes.

8.

Tout le monde n'aime pas les quatuors à cordes de Debussy.

Notons que les quatuors à cordes de Debussy s'en moquent bien.

Je pense assez que le fantôme de Debussy s'en moque aussi.

Tout le monde ne connaît pas les quatuors à cordes de Debussy.

Notons que les quatuors à cordes de Debussy s'en moquent tout autant.

Quant au fantôme de Debussy, nul doute qu'il s'en tamponne le tempo avec la vivacité d'un pizzicato.

Ils poursuivent leur chemin de quatuor à cordes, les quatuors à cordes de Debussy, ils poursuivent leur chemin pour ceux qui les apprécient, et qui sont tout de même assez nombreux, les happy few.

9.

Fumer la pipe est un geste qui se fait rare.

Consulter sa montre aussi.

Porter un imperméable et un chapeau, fumer la pipe et consulter sa montre feront songer, en particulier si vous êtes grand, que vous imitez le Monsieur Hulot de Jacques Tati. Monsieur Hulot est quelqu'un de si rare qu'on ne le voit guère que dans les films qui lui sont consacrés.

10.

Le 13 septembre 2022, je me suis fait des œufs sur le plat et le cinéaste Jean-Luc Godard est mort. Je me souviens de « A bout de souffle » et de « Pierrot le Fou », de Jean-Paul Belmondo et de Jean Seberg, de Ferdinand et de Anna Karina, de « Qu'est-ce que j'peux faire, j'sais pas quoi faire. »

Je ne sais pas s'il y a beaucoup de scènes dans les films de Godard où les personnages se font des œufs sur le plat.

Patrice Houzeau

Malo, le 14 septembre 2022.

11 septembre 2022

ON N'EST JAMAIS AIMÉ POUR CE QU'ON EST

ON N'EST JAMAIS AIMÉ POUR CE QU'ON EST

 

1.

« Pourquoi le souvenir de ce meuble me poursuivit-il avec tant de force que je revins sur mes pas ? »

(Maupassant, « La chevelure »)

Où l'on apprend que certains meubles vous laissent un souvenir si puissant qu'ils peuvent vous faire marcher à reculons, ou vous faire repasser par où vous êtes déjà.

Certains humains, je pense, ont aussi ce pouvoir.

Ça dépend du degré de mou intercostal.

Pour les stylos bic, je pense qu'il faut être drôlement allumé par la lune. Même chose pour les bigoudis et les ronds d'carotte.

2.

« Comme la voiture traversait le bois, il la fit arrêter dans le voisinage d'un tir, disant qu'il lui serait agréable de tirer quelques balles pour tuer le Temps. »

(Baudelaire, « Le Galant Tireur »)

Baudelaire imagine quelque « galant tireur » s’exerçant à l'art précis du bang bang (« he shot me down », she sang) pour, dit ce fanfaron, tuer le temps.

Où l'on apprend que c'est en s’exerçant au tir que l'on pourrait tuer le temps. En tout cas, son temps. Car le temps des humains est variable en nombre.

Est-ce donc pour tuer le temps qu'en fin de compte, des bipèdes plus ou moins perspicaces se font la guerre ?

Serait-ce pour tuer le temps que le plus ou moins perspicace Poutine a décidé sa sale guerre en Ukraine ?

Sachant que le temps, c'est de l'humain en marche (les humains sont des chronomètres), tuer le temps reviendrait-t-il à descendre ses contemporains comme au casse-pipe d'la fête foraine ?

3.

On n'est jamais aimé pour ce qu'on est, surtout quand on est pauvre.

4.

« Rien ne pourrait me déterminer à mettre la main au feu, - encore que ce ne soit que dans le passé que je me sois brûlé. »

(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

C'est justement parce que quelque chose s'est passé (c'est-à-dire s'est produit dans le passé) que nous éprouvons craintes et espoirs du présent.

L’expérience est ainsi reproductible, mais il est rare que l'on soit piétiné deux fois par le même éléphant.

Par contre, l'on pourra chanter plusieurs fois le fameux « effervescing elephant » (« An effervescing elephant / With tiny eyes and great big trunk / Once whispered to the tiny ear / The ear of one inferior / That by next June he'd die, oh yeah ! / Because the tiger would roam ») sauf si l'on est Syd Barrett, qui fut l'auteur de cette drolatique, et que l'on est déjà irrémédiablement dans le passé.

On ne repasse pas non plus deux fois par la même choucroute, ni le même fleuve ne vous traverse deux fois.

Quant au chas de l'aiguille, nul chameau.

5.

On entre dans le bonheur aussi difficilement que l'on entre dans un pré qui n'est pas à vous. Parfois, quelqu'un vous y attend avec un fusil.

6.

Si tu n'étais pas là, je mangerais ma choucroute tout seul, et il y en aurait vite de trop de trop de trop.

7.

« Belle, pendant ce temps, [...], rencontrait des amies, rapportait dans les plis de sa robe un parfum de cigarettes anglaises ou dans les plis de son ciré l'odeur de la pluie d'octobre. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des orfèvres »)

Où l'on apprend que les plis des robes et des cirés servent à transporter parfums et odeurs.

On ne peut rien y ajouter. Ainsi, inutile de rêver que l'on puisse dissimuler une cartouche de cigarettes anglaises dans les plis d'une robe. Et pas non plus les lèvres de la fumeuse, ni son visage, et pas non plus son corps tout entier. Ce ne sont pas les plis de la robe qui vous portent.

Si l'on est en octobre, ce sont les plis du ciré qui seront pleins de l'odeur de la pluie d'octobre (les feuilles mouillées qui collent au sol, les poils mouillés des chiens, des gens, des chats et des girafes égarées, les ombres mouillées qui vous traversent parce que cette phrase vous a un côté mélancolique propre aux apparitions spectrales).

Ni robe, ni ciré d'octobre ne peuvent receler la Cantatrice chauve et ses opéras échevelés, ni chevaux, ni chameaux, ni chapeau d'où surgirait un chasseur sachant chasser sans son chien ou ces serpent qui sifflent sur sa tête, à l'autre Méduse, là.

Ni cocasse coin-coin cassant du sucre sur le dos du monde.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 11 septembre 2022.

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4 septembre 2022

PERIL DANS LE PLACARD A BALAIS

PERIL DANS LE PLACARD A BALAIS

1.

« Le jeune Mr Bartlett recula d’un pas, ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche, se livrant, inconsciemment, à la mimique d’un poisson rouge dans un bocal. »

(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Un Cadavre dans la bibliothèque »)

Il ne se nomme pas Bartlett because son blaze, c’est Bobby Babibou, cependant que, bouchée bée, le Bobby, cependant que passe, abasourdi, le Bobby, cependant que passe l’assassin, éberlué, le Bobby, cependant que passe l’assassin aux lèvres de soie, Bobby Babibou, bouche bée, abasourdi, éberlué, aboli du coup d’bambou, rendu bredouille et balbutie, mimant la gueule du poisson dans son bocal, ne se rend pas compte qu’il vient de mourir.

2.

« Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches. »

(Leconte de Lisle, « Le Rêve du jaguar »)

 

Zut alors songe en lisant une poignée de vers de Leconte de Lisle (1818-1894). Zut alors songe aux « noirs acajous » qu'on en ferait de beaux meubles sans doute de ces noirs acajous là mais que pour l'heure, ces noirs acajous là jouxtent les « lianes en fleur » qu'un piano, si c'est possible j'en sais rien si c'est possible qu'il soit en acajou noir, le piano, au milieu des lianes en fleur et itou des noix de cajou, ce serait baroque à voir dans un film que Zut ne regarde même pas, parce que Zut alors songe.

Zut alors songe en lisant une poignée de vers de Leconte de Lisle (1818-1894), songe à l'assonance « ou » qu'on trouve dans le poème, et de lister, Zut alors : « sous, acajous, lourd, mouches, s'enroulant, souches, farouches » Ah ça en fait des ouh-ouh, cris dans la vierge, onomatopée tropicale.

Zut alors songe, alors qu'elle est dans la tiédeur d'une fin d'été dans les Hauts de France, Zut alors songe à « l'air lourd » où le temps ne passe plus, suspendu comme une louche au soleil (Zut a de drôles d'idées défois), « immobile et saturé de mouches », le temps, façon viande à l'air libre, cadavre sur lequel pendent les lianes en fleur parce que Zut alors songe et lorsque Zut alors songe, il y a d'étranges images qui viennent – cependant que passe – qui viennent lui chatouiller – cependant que passe l'assassin – qui viennent lui chatouiller l'imaginaire – cependant que passe l'assassin aux lèvres de soie parmi les souches et les escaliers – sous l’œil rond du « perroquet splendide » et aussi « querelleur » qu'un mousquetaire, et il est que My uncle's hat feather is on my aunt's chair, qu'elle songe alors Zut.

Zut alors songeuse se rappelle de « l'araignée au dos jaune », se dit qu'à Dunkerque, c'est rare les araignées des tropiques, paraît qu'ça arrive, qu'elles débarquent des navires, aillent s'acclimater on dit, que ça fait des légendes d'araignée dangereuse dans le placard à balais.

Lorsque les « singes farouches » lui chantèrent « Le lion est mort ce soir », Zut comprit qu'elle dormait.

Patrice Houzeau

Malo, le 4 septembre 2022.

4 septembre 2022

NEGOCIER LA PAIX AVEC POUTINE ? AUTANT INVITER LE DIABLE A SA TABLE

NEGOCIER LA PAIX AVEC POUTINE ? AUTANT INVITER LE DIABLE A SA TABLE

1.

En septembre 2022, l'Occident considérait que les pertes financières induites par la sale guerre de Poutine en Ukraine étaient particulièrement importantes. Poutine doit compter ses sous comme on compte les trous dans un fromage.

2.

Paraît que certains, vus les périls climatiques, estiment que la démocratie n'est pas assez adaptée à la résilience et en appelleraient à une dictature verte, avec crédit social à la chinoise. Les barbecues préparent leurs passeports.

3.

Quand on jongle avec des couteaux, faut pas s'étonner des flaques de sang. Le souci, c'est que vous ne pouvez pas lancer des idées en l'air et aller boire un café sans éviter que retombent les couteaux. Zavez qu'à demander aux missiles.

4.

Paraît qu'à l’extrême-gauche y en a qui trouvent le barbecue trop viriliste. A force de chercher des poux partout, y compris dans les braseros, y en a, vont finir par faire rire d’eux, voire tomber sur un os, voire se brûler.

5.

Qu'est-ce que les gens peuvent parler ! Qu'est-ce que les gens peuvent se reproduire ! Qu'est-ce que les gens peuvent boire et manger ! Qu'est-ce que les gens peuvent être humains ! A la fin, ça en devient presque agaçant.

6.

Depuis que je sais, grâce à Sandrine Rousseau, que la saucisse est l'ennemie du genre humain, je ne regarde plus ma choucroute de la même façon, et je pense que le monde est gouverné en secret par une coterie de bouchers-charcutiers-traiteurs-reptiliens-mondialistes.

7.

Sandrine Rousseau se plaint d'être cyber-harcelée. Elle est surtout moquée.

Sandrine Rousseau n'aime pas les moqueries dès qu'elles sont blessantes.

Sandrine Rousseau ne se rend pas compte, qu'à tort ou à raison, elle est vue aussi, par beaucoup de gens humbles, comme une privilégiée, quelqu'un du pouvoir.

Sandrine Rousseau ne se rend pas compte qu'elle en appelle à la censure et à un ordre moral faussement bienveillant qui est le contraire de nos valeurs démocratiques.

Sandrine Rousseau ne se rend pas compte que ses histoires de jet privé et de barbecue viriliste ne pèsent pas lourd face à la sale guerre de Poutine en Ukraine et aux problèmes des gens qui restent sans emploi ni formation.

8.

Pour être honnête, dans l'affaire Iquioussen, je ne suis pas bien sûr ni de l'honnêteté de l'imam incriminé, ni de celle de Gérald Darmanin, dont nous savons qu'il a une conception toute personnelle de la vérité, surtout quand il la veut officielle.

J'aurais une petite tendance à renvoyer Iquioussen et Darmanin dos à dos en me disant que ni l'un ni l'autre n'ont l'air très franc. J'aurais même une voix de plus en plus forte qui me susurre avec obstination que je m'en bats les yeux, le droit d'abord, le gauche ensuite.

9.

Paraît que Ségolène Royal a encore dit des choses. Ça, Ségolène Royal, elle en dit des choses. Et à force de dire des choses, elle glisse petit à petit, sans même peut-être s'en rendre compte (à moins que) dans le pro-Poutine. Le « processus de paix » ? Quelle sinistre blague !

A côté de la plaque, Madame Royal. Ce n'est pas parce que le président Zelensky a utilisé des informations pour rappeler la souveraineté de l'Ukraine qu'un prétendu processus de paix a été interrompu puisque Poutine dès février 2022 voulait la reddition complète des forces ukrainiennes.

10.

3/11/2022 . J'entends sur France Culture François Heisbourg, se référant aux services de renseignement britanniques, affirmer que les Ukrainiens ont ouvert dans la région du Dniepr et l'oblast de Kherson un large front qui met en difficulté les forces russes.

  1. Apparemment, Ramzan Kadyrov, qui dirige la Tchétchénie d’une main de fer depuis 2007, aurait décidé de quitter le pouvoir, avant, dit-il lui-même, d’être obligé de le quitter sous la contrainte. Lucidité ou disgrâce ? Que décideront ses partisans ? Continuer le massacre en Ukraine ou s’en retirer ?

  2. Tous les jours, les trolls pro-Poutine annoncent le total fiasco de la contre-offensive ukrainienne sur Kherson cependant que le 4/09/2022, certaines rumeurs semblent indiquer que les Ukrainiens poursuivent leur avancée.

    D'autres rumeurs semblent indiquer que, du fait des dommages infligés aux ponts du Dniepr, le ravitaillement des forces russes se fait au compte-gouttes. On parle même de drapeau blanc, d'inquiétude, de moral très bas dans certaines unités.

  3. Ceux qui parlent de processus de paix, de négociations de paix avec la Russie, quitte à lever les sanctions et à cesser de livrer des armes à l'Ukraine (ce qui reviendrait à la sacrifier) se rendent-ils bien compte qu'il n'y a pas de paix possible avec Poutine ?

    Poutine, malgré ses efforts, sait que les soucis démographiques de la Russie, couplés avec un territoire immense et inégalement développé, l'empêchent d'accéder réellement au statut de grande puissance. Il compte donc sur la solution militaire, et va se planter.

    Patrice Houzeau

    Malo, le 4 septembre 2022.

     

 

 

 

4 septembre 2022

PENDANT QU'ÇA PATAFIOLE

PENDANT QU’ÇA PATAFIOLE

« Les faibles ont trouvé là de tous les temps leur solide rempart : ils penchent à éterniser, la convention ayant été acceptée une fois, la grâce qu'on leur a faite. »
(Nietzsche, « Humain, trop humain »)

Dans la première partie du roman, qui n’est pas plus passionnant, haletant, époustouflant, ennuyant, insignifiant, vu que ce n’est toujours que de la fiction faite pour passer le temps, signifiant parce que, parfois, la fiction révèle ce que le réel ignore de lui-même, dans la première partie donc, dont le titre est : « En attendant la suite », l'auteur, - qui a une sœur du nom de Cathy, laquelle Cathy a un toutou (Kiki qu’il s’appelle ce toutou, et c’est un pékinois) et donc, Cathy s’inquiète beaucoup de la sale guerre de Poutine en Ukraine puisque le 24 février 2022, Vladimir Poutine, dans son quatrième mandat présidentiel de la Fédération de Russie, a déclenché ce qu’il appelle une « opération spéciale », en fait une invasion (mal) planifiée de l’Ukraine, lançant ses forces aériennes, maritimes et terrestres « depuis la Russie, la Biélorussie et les territoires ukrainiens occupés par les Russes au début de la guerre russo-ukrainienne de 2014 : la Crimée et les « républiques populaires » de Donetsk et de Lougansk » (je cite ici Wikipédia), « opération spéciale » qui, ayant pour but de faire tomber la capitale de l’Ukraine, Kiev, se heurta à une vive résistance ukrainienne, laquelle obligea Poutine à envisager une guerre longue et coûteuse en hommes, en matériel, en crédibilité, en financements -, l’auteur donc  cite une phrase de Nietzsche qui fait état d'un « solide rempart » « de tous les temps » qui sert à « éterniser la convention » derrière laquelle les « faibles » s'abritent pour conserver leurs privilèges.

C'est donc dans la deuxième partie, « Retournons au début », que l’auteur, après avoir esquissé le destin de la cantatrice qui avait perdu ses cheveux, et dont le chéri se tua en chutant d’cheval, évoqua la société secrète des « Forts et Fiers pour la convention selon laquelle les Forts et Fiers ont toujours raison », laquelle société se fait bombarder, trouer et décimer, étriper, éventrer, égorger, décapiter, émietter, ratiboiser et anéantir par l'armée de Patafiol, alors qu'elle se tenait, la société, derrière un rempart d'il y a longtemps de quelque château en ruines, château que l’auteur évoque en quelques lignes, y faisant apparaître le fantôme d’une calligraphe, fugace, fantasque, s’engouffrant de frites parce que sinon c’est fade, cependant que dans le réel, Vladimir Poutine, soucieux de la liberté des gens, laissait librement ses soldats bombarder et massacrer les populations civiles ukrainiennes, tout en tentant de se faire passer pour le sauveur du Monde en promettant que les pays qui le soutiendraient dans sa sale guerre s’affranchiraient de l’hégémonie du dollar et de l’influence américaine.

Et c'est donc dans la dernière partie du roman, « Le retour de Zut » et alors que des étudiants en histoire débattent de l'importance réelle de la bataille du « Rempart de tous les temps », que Zut :
«  - Moi, dit l'étudiant à barbiche, je crois que si elle n'avait pas eu lieu, la bataille du Rempart... 
–   … de tarte », fit Zut.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 septembre 2022.

 

3 septembre 2022

LE CAPITAINE DECAPITE ET LE SOUFFLE DE VIE

LE CAPITAINE DECAPITE ET LE SOUFFLE DE VIE

1.

Était-il moyen ou bon, ce restaurant fréquenté par d’assez honnêtes citoyens, où l’on dévorait des soupes de potiron, des poissons, des omelettes aux champignons, des chicons au gratin, de formidables fromtons, des tartelettes au citron, en buvant de dispendieux litrons ? Cathy, naguère crémière, ayant changé de profession, – elle a d’ailleurs une sœur qui s’appelle Cécile et qui, ayant épousé un professeur, joue du tromblon, et une autre sœur, Claire, qui se pose des questions – Cathy donc mettait un point d’honneur de se souvenir des goûts de ses clients, des ragoûts les plus gouleyants, et d’une foule de haïkus plus ou moins palpitants. Cela n’empêcha pas que l’on y retrouvât le capitaine décapité et douze moines qui eurent la tête tranchée. Y venaient des gens bien, des moyennement biens et des pas du tout, des kafkaïens, des païens, des chirurgiens, des chrétiens, des logisticiens, des logiciens qui aimaient les chiens, des métaphysiciens qui préféraient les veaux, aussi des théologiens et des mécaniciens dont un s’appelait Lucien. L’enquête ne permit pas de retrouver le coupable, ni de déterminer combien il y eut de morts. Quant à Lucien, Cathy l’épousa. Ils eurent une petite Léa qui joua du violon, et un petit Gaston qui mit toute son application à ne jouer de rien, de rien, de rien.

2.
« Chaque signe, isolément, semble mort. Qu’est-ce qui lui donne vie ? Il n’est vivant que dans l’usage. A-t-il alors un souffle de vie ? Ou bien l’usage est-il son souffle ? »
(Wittgenstein traduit par Klossowski, « Investigations philosophiques »)

Chaque signe, qu’il soit indigne, insigne, rectiligne, longiligne, qu’il suive ou non les consignes, isolément, semble mort, aussi mort qu’un rat mort, qu’un bal mort, qu’un chien mort dans un port dont il ne reste rien, aussi mort qu’un caillou, qu’un chou, genou, hibou, joujou, pou, tout ça mort, foutu, kaput, dérobés les bijoux, et Claire la philosophe qui aime bien la pensée claire, les idées claires, la claire logique, la lune claire sur la claire fontaine, se demande clairement ce qui lui donne vie, à la momie, à la vieillerie, à la poésie, à l’académie, à l’aciérie dévissée, à la partition de musique, au graffiti, à la notation mathématique, au chiffre, au signe aboli d’inanité sonore, que le néant dévore, renvoie dans le décor où il n’y a plus rien d’abord, plus rien d’abord, plus rien d’abord alors Claire la philosophe se secoue et ne perdant pas le nord, se dit que chaque signe, qu’il soit indigne, insigne, qu’il signale, qu’il signifie, qu’il s’ignore n’est vivant, palpitant, vibrant, intéressant, signalant, signifiant, fascinant que dans l’usage, encore que Claire – dont la sœur qui s’appelle Cathy met un point d’honneur à se souvenir des goûts et des ragoûts de ses clients – se demande si le signe, indigne ou insigne, a alors un souffle de vie qui lui permettrait de fasciner fabuliste et facteur humain, fâcheux et facétieux, foudre de guerre et foutriquet, farceur et fanfaron, philanthrope et facho, pis tous les farfadets, tous les farfadets là qui nous caracolent la caboche, ou si c’est l’usage, et là on voit bien que cette longue phrase est en fait une amplification, une paraphrase fantaisiste d’une phrase de Ludwig Wittgenstein tirée de ses « Investigations philosophiques », ou si c’est l’usage – tout ce qu’on dit, tout ce qu’on ne dit pas, tout ce qu’on croit qu’on dit, tout ce qu’on ne sait pas qu’on dit - qui est son souffle.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 septembre 2022.

3 septembre 2022

L'ASSASSIN EST DANS L'ESCALIER MAIS DEFOIS IL S'APPELLE PAS POUTINE

L'ASSASSIN EST DANS L'ESCALIER MAIS DEFOIS IL S'APPELLE PAS POUTINE

1.

Si, comme l'affirment les trolls pro-Poutine, l'armée russe était entrée en Ukraine le 24 février 2022 pour prévenir une attaque massive et appuyée par l'OTAN de l'armée ukrainienne dans le Donbass, alors Poutine a commis une erreur stratégique majeure.

Si le scénario (je n'y crois pas) était celui-là (attaque massive de l'armée ukrainienne dans le Donbass), alors Poutine aurait dû laisser les Ukrainiens tirer les premiers, demander une réunion d'urgence du conseil de sécurité de l'ONU et, preuves à l'appui, dénoncer publiquement le régime de Kiev.

A partir de ce moment, l'agression ukrainienne dans le Donbass étant patente, il aurait pu intervenir militairement en Ukraine. L'Occident n'aurait pas bronché. Mais comme cette préparation d'attaque massive de l'armée ukrainienne n'est qu'un fantasme, la réalité est plutôt que Poutine a cru naïvement que l'Ukraine indépendante et le régime de Kiev ne tiendraient pas trois jours devant l'avancée ultra-rapide de la Glorieuse armée russe et là, il s'est planté.

2.

29/08/2022, La contre-offensive ukrainienne pour libérer Kherson serait en cours.

A 18 heures (heure de Paris) : la contre-offensive ukrainienne n'en étant qu'à ses débuts, le plus sage était de n'en rien dire et d'espérer la victoire de l'Ukraine.

3.

Dans la bataille en cours pour libérer Kherson, beaucoup de soldats ukrainiens, et beaucoup de soldats russes, et beaucoup de civils qui n'avaient rien demandé à personne seront tués. Un seul responsable à cette boucherie : Vladimir Poutine.

4.

« Et là, tu vois pas une meuf dehors, les seules que tu vois, elles sont bâchées de la tête aux pieds » Le monde réel.

5.

Plus une fille au bar ! Rien qu'des poilus ! L'Occident part en couilles... Défois, on a comme ça des réflexions à la con, comme quoi le farfadet qui s'agite dans l'monde creux d'not' caboche n'est pas toujours très bienveillant.

6.

Je ne suis pas anti-vaccin, mais sans déconner, le covid, qu'on était censé en crever si on était pas vacciné, moi, pas vacciné du tout (seigneurie d'ma pomme oblige), le covid, comment ça s'fait que j'suis toujours sur mes deux pattes ?

7.

Plutôt russe qu'ukrainien, plutôt ukrainien que russe, plutôt allemand que français, plutôt français qu'allemand, embaucher des Français plutôt que des Wallons, au nom de quoi ? comme si l'Ukraine n'était pas une démocratie, comme si la France n'était pas une république.

8.

Peut-on être très corrompu et en même temps un héros, c'est la question que l'on se pose quand on pense à Zelinsky ? Peut-on être un corrompu fini et un assassin ivre de son pouvoir, c'est la question que l'on se pose quand on pense à Poutine.

9.

Ah bin oui, comment qu'on va faire, nous la France, sans l'Afrique et ses matières premières ? Et comment qu'elle va faire l'Afrique avec les Russes et les Chinois sur le dos ? Bin oui, faudrait peut-être commencer à y penser...

10.

L'assassin est dans l'escalier mais défois, il s'appelle pas Poutine.

11.

Mourir pour un drapeau, y a rien d'plus con ; mourir pour la liberté, y a-t-il rien de plus noble dit-on parce que ça fait bien de le dire, mais qui peut dire qu'il serait prêt à aller se faire trouer pour la liberté ? Après, le mieux, c'est de mourir vieux et comme on dit « de sa belle mort », mais quelque chose me dit qu'en Ukraine, c'est de moins en moins faisable.

12.

« On trouve plus de vraie wassingue », qu'elle me dit. « Wassingue », encore un mot qui va disparaître, annihilé par le progrès et sa tête à lui flanquer des baffes.

13.

Ah tiens, paraît que Iquioussen est expulsable de ma douce France, cher pays de mon enfance, c'est curieux comme je n'en ai rien à battre.

Ah tiens, paraît que Iquioussen est introuvable (on le savait déjà mais on fait comme si c'était nouveau) et qu'il a quitté ma douce France, cher pays de mon enfance pour d'autres climats (ce serait pas à Molenbeek par hasard ?),et, inter nos, c'est curieux comme je m'en fous.

14.

Je ne dis pas que certains peuvent bien tagada la gueule ouverte, car je m'en tamponne le coquillard avec un coup de téléphone, le soir, dans une maison vide.

15.

Si la contre-offensive ukrainienne dans l'oblast de Kherson échoue, hélas, cela pourrait faciliter l'armée de Poutine dans son avancée vers Odessa.

Patrice Houzeau

Malo, le 3 septembre 2022.

 

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