OU LES DIEUX SONT-ILS PASSES ?
OU LES DIEUX SONT-ILS PASSES ?
1.
« J'ignore d'ailleurs où se cachent ces deux ou trois dieux des théologiens, dont tu m'écris qu'ils me sont bien peu favorables. »
(Lettre d'Erasme à Dorpius)
Il écrit qu'il ignore où se cachent les dieux.
Je me demande où est passée Zut.
Est-elle partie en Alsace chercher un chien, sans nulle ironie puisque Zut est réellement partie en Alsace chercher un chien.
Les dieux se cachent-ils ?
Les dieux sont-ils d'autant mieux cachés qu'ils n’existent pas ?
Ou est-ce parce qu'ils existent qu'ils se tiennent loin des regards des créatures ?
Le chien que Zut est partie chercher en Alsace existe sans doute puisque Zut est partie le chercher.
Cependant tant que Zut ne l'a pas vu, ce chien existe et ce chien n’existe pas.
Schrödinger (né le 12 août 1887 et mort le 4 janvier 1961) n'était pas alsacien puisqu'il était autrichien.
Comme Zut n'a jamais rencontré ce chien, n'a jamais partagé avec ce chien ni viande ni promenade, pour l'instant, elle doit se contenter de l'être de ce chien, qu'elle a cependant vu en photo.
Il n’existe pas, à ma connaissance, d'élevage de dieux.
Ça doit être parce que les dieux sont difficiles à attraper.
2.
« Il en déduisit que la Sainte Trinité se trouve tout entière figurée dans le rudiment des grammairiens, et que les figures mathématiques ne représenteraient pas ce mystère avec plus de clarté. »
(Erasme, « Eloge de la folie »)
Les dieux se cachent-ils dans la logique ?
Quand je dis : « Je m'appelle Pinocchio et mon nez va s'allonger parce que je vais mentir », est-ce que je suggère que la nature des dieux est paradoxale ?
De même pour « Credo quia absurdum » (« J'y crois parce que c'est absurde »).
Je sais qu'un dieu ne peut pas dire : J’existe parce que je suis.
Il ne suffit pas d'être pour exister. Sinon, le monde grouillerait de dragons, de sirènes et d'une multitude de dieux tarabiscotés.
Zut me dit souvent : « Je suis là, j’existe bien, et tu n'es qu'un empoté. »
Quand Zut ne pourra plus dire qu'elle est dans l'être-là (le Dasein, dis donc), c'est qu'elle sera soit absente à elle-même, soit morte.
Dieu aurait bien du mal à dire qu'il est dans le Dasein (on écarquillerait les yeux et on n'en croirait pas nos oreilles).
C'est parce que dieu ne peut pas dire qu'il est dans l'être-là, qu'on dit – comme c'est commode ! - qu'il est partout.
Par définition, un dieu ne peut être absent à lui-même, ni mourir.
Ou alors c'est que dieu est un absent infiniment regretté.
Nos langages sont-ils basés sur la description grammaticale des dieux ?
Est-ce dieu que je jacte ?
Et quand je calcule combien j'ai dépensé ce mois-ci, est-ce qu'en fait je ne calcule pas la valeur des dieux ?
Est-ce dieu que je compte ?
En tout cas, c'est sur dieu que je jacte, et très humainement, c'est sur dieu que je compte, ou que je feins de compter.
Car je sais aussi que ce n'est pas dieu qui abat l'ennemi, mais la maîtrise que j'ai de mon arme.
Patrice Houzeau
Malo, le 19 août 2022.