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BREFS ET AUTRES

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22 septembre 2022

ET CE N'EST PAS SI SOT SI

ET CE N'EST PAS SI SOT SI

1.

« et le vieux bon homme Grandgousier, son pere, qui après souper se chauffe les couiles à un beau, clair et grand feu, et, attendent graisler des chastaines, escript au foyer avec un baston bruslé d'un bout dont on escharbotte le feu, faisant à sa femme et famille de beaulx contes du temps jadis. »

(Rabelais, « Gargantua », Chapitre XXVIII)

On notera que dans cette phrase de Rabelais, les mots « Alptraum » (« cauchemar » en allemand), et « saucisse », ainsi que l’expression anglaise « to squeeze someone dry » (« presser quelqu'un comme un citron ») n'apparaissent pas car ce n'est qu'ayant lu beaucoup de Rabelais dans votre journée et ayant mangé beaucoup de choucroute, que la large face du bonhomme Grandgousier peut vous cauchemarder votre nuit, tonitruant par exemple force anglo-saxonneries éructées par d'électriques casseurs de guitares et furieux défonceurs de batteries, attifés en saucisses et le chef couvert de chou fermenté. On notera aussi que ce sont des châtaignes que le père de Gargantua fait griller, et non des saucisses. Quant aux citrons, ils ne se pressent pas d'arriver.

2.

Il y a des gens qui ne sont pas gentils et policés, mais jaloux et suspicieux, à tort jaspinants, jacassants, persifleurs, mauvais joueurs, peu généreux et serre-ses-sous, sauvages et maussades, et des gens gentils et policés, point jaloux du tout et embrouilleurs de salades, qui ne jaspinent ni ne jacassent ni ne persiflent à tort, qui ne sont point mauvais joueurs, et n'étant point sauvages mais souriants, sont joyeux et généreux et ce n'est pas sot s'ils sont mangeant du saucisson, ni vain s'ils boivent du vin.

3.

« Plus juste cause de douleur naistre ne peut entre les humains que si, du lieu dont par droicture esperoient grace et benevolence, ilz recepvent ennuy et dommaige. »

(Gargantua, Chapitre XXXI, « La harangue faicte par Gallet à Picrochole »)

Je profite de cette citation de Rabelais pour rappeler que je ne crois ni au complot du covid ni à celui de je ne sais quelle organisation secrète atlantiste qui aurait pour projet de diriger le monde, cependant que je crois que la technocratie européenne a pour but de dématérialiser le plus possible les rapports humains et d'imposer l'ordinateur pour bien des gestes de notre quotidien, voulant par exemple supprimer la monnaie physique pour la remplacer par l'argent virtuel, et remplacer les guichets par l'informatique, ce qui fait que, pour bien des démarches, nous paierons deux fois : et pour l'électricité et les abonnements, et pour les frais éventuels des nombreux dossiers que la modernité du surnombre exige parce que sinon, elle n'y retrouverait point ses moutons. #TheGreatReset

4.

« Sont ce fatales destinées ou influences des astres qui voulent mettre fin à tes ayzes et repous ? »

(Gargantua, Chapitre XXXI, « La harangue faicte par Gallet à Picrochole »)

On notera que ni les rimes « et noix d'cajou », « et anciens dieux », « aux hiboux, aux joujoux », « pis t'voiler les yeux » n'apparaissent dans cette citation de Rabelais, auquel cas, cela aurait donné :

« Sont ce fatales destinées et noix d'cajou,

Ou influences des astres et anciens dieux

Qui voulent mettre fin aux hiboux, aux joujoux,

A tes ayzes et repous pis t'voiler les yeux. »

Ce qui serait aussi stupide que de vouloir envahir l'Ukraine quand on ne peut être assuré de la loyauté de ses officiers, ni de la réelle volonté des Russes d'aller se faire trouer la peau pour la plus grande gloire de Poutine et de l'oligarchie mafieuse réunis.

5.

« nous delaissant ce pendent pour houltaige les ducs de Tournemoule, de Basdefesses et de Menuail, ensemble le prince de Gratelles et le vicomte de Morpiaille. »

(Gargantua, Chapitre XXXI, « La harangue faicte par Gallet à Picrochole »)

Aristocratie burlesque. C'est par l'énumération des grotesques titres de noblesse des otages que Gargantua, dans l'attente du paiement des dommages de guerre, entend obtenir de Picrochole, que se termine la harangue de Gallet.

On remarquera que dans la liste des otages donnée par Gallet au chapitre Chapitre XXXI du « Gargantua » de Rabelais ne figurent ni ducs de Vilenie-Méluche et Darmanie-la-Sailly, ni baronne Marine de Poutine, ni vicomtesse de Vertesardine, et nul bouffon Eric, étant de peu d'intérêt.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 22 septembre 2022.

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22 septembre 2022

L'ESPRIT TROUBLÉ DE NOËL

L'ESPRIT TROUBLÉ DE NOËL

(En lisant "Quai des Orfèvres", de Stanislas-André Steeman)

1.

Enigme. Noël Martin, après le crime qu'il croit avoir commis, constate que Belle demeure « pour lui la même vivante énigme que par le passé ». Certains êtres résistent à l’événement. Peut-être aussi que l'énigme « Belle » n'est jamais que dans la tête de Noël Martin. (cf « Quai des Orfèvres », de Steeman)

2.

A ce moment de ma lecture (le chapitre XVI de « Quai des Orfèvres », de Steeman), je constate l'étrangeté de l'onomastique du roman : Noël Martin (nativité ? Saint Martin, la figure du partage ?), Belle (comme le péché ?), le commissaire Maria, le prénom Judas de la victime, le peintre Klein (le « petit », le pauvre homme, dont la femme, Claire, (la clarté ? la lumière?) est morte « au terme d'une grossesse difficile » )...

3.

« Que n'eût-il donné pour remonter le cours du temps, redevenir le Noël d'alors, libre encore de ses actes ? »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres)

Le cours du temps. Noël éprouve ce sentiment commun à tous les êtres qui se sentent coincés, piégés par leur propre acte, cette nostalgie de la liberté perdue, du libre-arbitre gâché, en l'occurrence par un crime dont il s'attend à être accusé.

4.

Ombre. C'est alors que Noël Martin, confondu par le commissaire Maria, et pensant qu'il va être arrêté le lendemain matin, sort de chez lui, qu'un « homme se détacha de l'ombre […] et lui emboîta le pas ». Menace ou surveillance ?

Zut se détacha de l'ombre comme sortant de chez elle.

C'était l'ombre que projetait quelque muraille, n'ayant plus de films de Charlot, le petit homme qui trottine drolatique en costume élimé, ce qui eût pu amuser.

Zut emboîta sans doute mon pas, et je me demande parfois ce que Zut peut bien faire de toutes ces boîtes pleines de pas perdus.

5.

« Des éclats inégaux de gramophone lui parvenaient, étouffés, des profondeurs de l'appartement et il regretta de ne pas s'être annoncé par téléphone. » (Steeman)

Gramophone. Ce sont des « éclats inégaux de gramophone » qui parviennent aux oreilles de Noël Martin alors qu'il se trouve devant la porte de l'appartement de Renée, donnant à penser à Noël que celle à qui il rend visite n'est peut-être pas seule.

Les étouffeurs de gramophone sont dans l'air. Ils portent de longs étouffoirs invisibles.

Ils ont aussi de grands ciseaux à couper les oreilles. Mais ils ne les emploient guère qu'avec les peintres troublés.

Les étouffeurs de gramophone pénètrent jusque dans les « profondeurs » des appartements où ils traquent curieuses baroques, élans du romantisme, zèbres du jazz, et excentriques électriques.

Les girafes ne hululent pas. Sinon, on les appellerait « hiboux ».

6.

Incidents. C'est alors que Renée, sans même finir sa phrase (« Belle sait-elle que...?) demande à Noël Martin si Belle sait qu'il a tué un homme, son amant peut-être, que Noël se rappelle des récents « incidents de leur vie quotidienne, à Belle et à lui. »

On notera que nul éléphant ne vient interrompre la phrase de Renée, laquelle n'est pas en train de fumer la pipe.

D'ailleurs, ce n'est pas parce que vous fumez la pipe que les éléphants vous interrompent.

Ce sont les interrupteurs ad hoc qui suspendent vos phrases. Et comme on dit « un ange passe », ils n'ont nul besoin d'éléphants.

Du reste, la plupart du temps, on n'a pas besoin d'éléphants dans la vie quotidienne qu'on mène à Paris et dans les pages d'un roman de Stanislas-André Steeman.

7.

« De rues transversales jaillissaient à tout instant des ombres aux gestes désordonnés. Il put se jeter de côté pour en éviter une qui s'était soudain dressée devant lui, gigantesque. » (Steeman)

Ombres. Au chapitre XVIII, Noël est en proie aux ombres : l'ombre policière qui le suit, et les ombres dont il pense, dans sa panique, qu'envoyées par une puissance supérieure, elles veulent s'emparer de lui pour le jeter en enfer.

Les rues dont jaillissent les ombres qui veulent s'emparer de Noël sont « transversales » et non pas zébrées, carnavalesques ou philharmoniques.

Nul animal à rayures, nul masque grotesque, nulle compagnie de nobles violons.

Il n'y a que, paniqué par le sentiment de sa propre culpabilité, l'homme seul et ses ombres.

8.

« ces silences qu'elle refermait sur elle comme une porte » (Steeman)

Porte. C'est à une porte qui se referme que Stanislas-André Steeman dans « Quai des Orfèvres » compare les « silences » soudains de Belle en présence de son compagnon Noël Martin, silences qui donnent à penser que Belle serait persuadée de la culpabilité de Noël.

9.

A la fin de « Quai des Orfèvres », de Stanislas-André Steeman, Renée d'Humain, la bien nommée, l'humaine, le cœur, la trouble, vient se tenir au côté de Noël Martin.

Patrice Houzeau

Malo, le 22 septembre 2022.

19 septembre 2022

BONHOMME ALBATROS

BONHOMME ALBATROS

(Librement adapté de « L'albatros », de Baudelaire)

Il s'amusait souvent comme hommes d'équipage et ainsi se multipliait. Comme il était distrait, il perdit plusieurs de ses semblables.

A prendre des albatros et autres oiseaux des mers, quand ce n'était pas la lune pour son doigt et son doigt pour son nez, il perdit tant et tant de temps qu'il fut craché.

Il ne fut pas « indolent compagnon de voyage » mais plutôt explosif comme poudre en baril.

Et s'il était glissant comme un navire, il n'en préférait pas moins rester sur le plancher des vaches qui regardent passer les trains d'écume.

 

Déposé sur les planches, il histrionnait, postillonnait, apostrophait les invisibles.

Ni roi, ni azur, son domaine était maladroit et si honteux qu'il se laissait dévorer par les ombres, lesquelles faisaient la grimace.

Il aimait le son « an » comme dans « leurs grandes ailes blanches », comme dans « vent », comme dans « que le vent tourmente », comme dans « éléphant » et « loup blanc », comme dans « assonance » et « maman... maman... maman », telle la plainte qui jamais ne s'éteint.

S'il portait des avirons, c'était par amour des sports nautiques, mais, éloigné des fleuves et rivières, drolatique de le voir déambuler dans les environs avec ses deux bâtons aux côtés, désœuvré, décoiffé, débarqué.

 

Il ne fit aucun voyage avec des ailes, ne vota ni gauche, ni veule.

S'il fut beau, ce fut avec comique, et s'il fut laid, ce fut avec panache.

On le voyait parfois, le brûle-gueule au bec et si on lui faisait remarquer qu'il laissait sortir sa chemise de son pantalon, il répondait que sa chemise était bien libre de sortir comme elle le voulait, pourvu qu'elle soit rentrée pour le dîner.

Parfois, il se mimait en boitant, et devant fuir quolibets, caillasses et cailloux, il en tirait des morales misanthropes.

 

Ni Poète, ni prince, il regardait défiler au-dessus de sa tête les nuées, se disant : Que d'oies ! Que d'oies !

Il n'eut jamais l'idée de « hanter la tempête », laquelle avait déjà fort à faire avec son crâne et ne pratiqua pas l'art patient du tir à l'arc.

S'étant exilé lui-même, il s'attendait parfois aux huées.

Les gens parfois haussaient les épaules, s'amusaient du sourire, fronçaient le sourcil tandis qu'il s'essayait à marcher avec les ailes d'un géant qu'il s'était imaginé.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 19 septembre 2022.

18 septembre 2022

UN CONTREVERS SUIVI DE 5 NOTES SUR LE QUAI DES ORFEVRES DE STEEMAN

UN CONTREVERS SUIVI DE 5 NOTES SUR LE QUAI DES ORFEVRES DE STEEMAN

1.

« Les visiteurs apparaissaient soudain derrière la porte vitrée, comme pourvus d'échasses ou comme tombés du ciel, et il n'y avait plus qu'à les faire entrer en grimaçant un sourire, quelque importune que fût parfois leur venue. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Les Visiteurs du soir, c'est un film ça non ? Aussi une série avec des extra-terrestres, des « Visiteurs », qui enquiquinent cosmiquement un certain David Vincent, ça non ? Les Visiteurs, c'est pas le film avec Jean Reno et Christian Clavier dans les rôles de Geoffroy de Montmirail et de Jacquouille la fripouille, venus du féodal par les couloirs du temps et semant la pagaille dans notre modernité bidulaire ? Ils

Apparaissaient donc les Visiteurs, moi je ne les ai jamais vus.

Soudain ils sont là m'a-t-on dit, ombres

Derrière la porte, dans un temps suspendu et un noir de panne ;

La porte alors s'ouvre, sans que personne l'ait touchée, la

Porte s'ouvre lentement, mais vous, vous êtes tétanisé, les yeux fixés vers l'inconnu qui s'avance... Si c'est une porte

Vitrée, vous les voyez, les silhouettes étranges, sinon

Comme vous ne pouvez pas voir à travers la porte, alors vous ne les voyez pas, les Zôtres

Pourvus d'une tête à jouer dans une publicité pour adolescents que le kitsch alien épate (ah tiens, j'ai mangé des pâtes aux champignons ce soir), si vert latex et si longilignement hauts qu'vous les diriez

D'échasses montés, grandes tiges,

Ou tout droit

Tombés dans leur soucoupe volante à faire des témoignages époustouflants dans les lucarnes (avec pilote d'avion émérite, gendarme à qui on ne la fait pas, Madame Sainfoin, la bouchère de Vigorgne-en-Pâtis, et l'inéluctable ufologue à tête carrée), tombés donc

Du grand là-haut du

Ciel où les étoiles se frisent les moustaches parce qu'elles sont coquettes.

2.

Robot. « une manière de robot au mécanisme secret » : c'est ainsi que le peintre Klein dépeint le collectionneur Judas Weyl dans « Quai des Orfèvres », de Stanislas-André Steeman, au moment où Klein désire racheter une de ses toiles et que Weyl attend quelques instants avant de décliner l'offre.

3.

Le temps et l'effort. Il n'est pas indifférent que, dans « Quai des Orfèvres », de Stanislas-André Steeman, ce soit le commissaire chargé d'élucider la mort violente de Judas Weyl, qui soit celui qui « connaisse la valeur du temps et de l'effort » et que cela soit exprimé par des « pas mesurés », « les pas lourds, puissants », ébranlant l'escalier, pesant sur le réel, les pas « d'un homme que rien ne presse ». Le commissaire Maria est le représentant de l'Ordre. Il a le temps et la justice pour lui.

4.

Monstrueux. Le fait que, dans « Quai des Orfèvres », de Stanislas-André Steeman, le peintre Noël Martin, pour complaire à Belle, accepte une invitation à une soirée, alors que son confrère, le peintre Klein, se trouve « en cellule, en cellule par sa faute » à lui, Noël Martin, persuadé d'avoir tué Judas Weyl et laissant donc accuser un innocent à sa place.

5.

« Princesses mortes ». C'est à des « princesses mortes » que le peintre Noël Martin, assez mélancoliquement, compare les robes du soir que, alors qu'ils étaient fiancés, Belle lui montrait, lui en promettant l’exclusivité.

6.

Vertu et fidélité. « Tugend ist wenn keiner kommt ; Treue, wenn kein zweiter kommt. » proverbe viennois (selon Stanislas-André Steeman qui, à propos des relations entre Noël et Belle, le cite dans « Quai des Orfèvres ».

Traduction donnée par Steeman : « La vertu, c'est quand nul ne vient ; la fidélité, c'est quand il n'en vient pas un second. »

Patrice Houzeau

Malo, le 18 septembre 2022.

18 septembre 2022

CEPENDANT QUE LA LUNE SE TAIT

CEPENDANT QUE LA LUNE SE TAIT

 

1.

« Cependant l’excellent docteur

Bolonais cueille avec lenteur

Des simples parmi l'herbe brune. »

(Verlaine, « Fantoches »)

 

Cependant que la Lune se tait

& qu'ça s'massacre en Ukraine

Cependant que la Lune se tait

L’excellent docteur quoi fait

-il & je ne sais pas pourquoi

Il serait de Bologne & non de

Par ici ou de par ailleurs ce

Cueilleur de simples qui sont

Plantes vivaces bonnes herbes

Dont on faisait jadis remèdes

Est-ce parce que l'université

De Bologne fut fondée en 1088

Et très ancienne donc Je sais

Pas mais qu'ce soit lentement

Qu'il procède ce docteur sais

Tu cela m'amuse me plaît fait

Miniature cette silhouette là

Penchée dessus l'herbe brune.

 

2.

« Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes

Et le bal tournoyait quand je la vis passer

Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes

De son oreille où mon Désir comme un baiser

S'élançait et voulait lui parler sans oser. »

(Verlaine, « Initium »)

a) C'est vrai qu'un cheval, ça demande de l'entretien, et pis c'est encombrant comme une dette auprès d'une banque russe, aussi j'ai changé mon cheval contre un violon. Quand j'ai quelque chose à lui dire, ça le fait rire tout autant qu'une compagnie de flûtes.

b) Après, on peut toujours « mêler son rire au chant des flûtes » qu'les flûtes ont l'air de zuter de belle manière, pimpant festival sifflant, persiflant, moqueur comme le merle.

c) Tournoyer avec le bal comme si l'enfer fut.

d) Vaut mieux « la voir passer avec ses cheveux blonds » parce que si elle est sans, c'est qu'elle est chauve, et si en plus elle est cantatrice, ça risque de tourner hareng saur s'balançant au bout d'sa ficelle et théâtre de l'absurde.

e) Y en a qui s'fascinent pour les « volutes » des « oreilles ». Moi, voyez, ce serait plutôt pour le coq au vin, la carbonade flamande, les frites dorées, la tarte au riz, la musique des Sparks. Quant au collier d'oreilles coupées. Je suis contre. C'est salissant et ça attire les bêtes et les fétichistes.

f) Défois, on pourrait avoir le « Désir comme un baiser », en forme de grosse bouche baveuse, pis qui, grosse bête rouge ailée, s'élance dans les airs. Alors, faut prendre la tapette à désirs et la scrabouiller sans pitié ni regrets.

g) Défois, on pourrait avoir le « Désir » qui veut « lui parler sans oser ». Surtout qu'il la boucle, le tout bavant là. Après ça peut faire des enfants et des emmerdements à n'en plus finir.

3.

« Cependant elle allait, et la mazurque lente

La portait dans son rythme indolent comme un vers. »

(Verlaine, « Initium »)

Cependant que la Lune se tait et qu'ça s'massacre en Ukraine,

Elle, bah ça doit être une jeune fille, ou alors une guitare, mais ça m'étonnerait, elle

Allait (j'aime bien le lait froid sucré ; chaud, j'ai du mal à le digérer),

Et la Lune, quoi qu'a fait, la Lune ? A se tait, la Lune, l'a pas d'lèvres,

La Lune a se tait bien qu'on l'entend bien, la

Mazurque lente. Je sais pas trop comment se déplace une Mazurque lente. Avec majesté et solennité sans doute, comme une princesse ou un truc dans l'genre Est-ce que j'ai l'air de me curer le nez avec les doigts ?

Lente donc, la mazurque, façon cortège des âmes fières, fortes, dignes,

La mazurque que vous allez me dire mais c'est pas du tout ça une mazurka, la musique qui la

Portait, l'autre à cheveux là, que je vous répondrai que je m'en bats les tempes avec l'os de la banane, de la mazurque, marzuka, marquise si vos beaux yeux

Dans le temps, j'avos un kien,

Son nom c'étot Milou / Dans le temps, j'avos un kien / En

Rythme balançait la queue dm'on kien / Mais j'appelle nin Tintin hein.

Indolent, pour un tas de chose que je suis trop lent,

Comme si le monde et ses gens allaient trop vite pour moi,

Un jour, je serai tout parti à n'en revenir que revenant, et mes

Vers stupides, même plus moi qu'ils amuseront.

4.

Le saviez-vous ? Cela fait longtemps que l'on a coupé la langue de la Lune. Elle en savait trop sur les choses de la nuit.

5.

Le saviez-vous ? La Lune n'est pas aussi bête qu'on le dit. D'ailleurs, la Lune n'est pas un satellite, mais le cerveau d'une gigantesque fauve noire à yeux blanches qui guette, perchée sur la branche de l'arbre noir du cosmos.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 18 septembre 2022.

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18 septembre 2022

ELLE S'ETAIT DEJA LAISSEE GLISSER DU LIT

ELLE S'ETAIT DEJA LAISSEE GLISSER DU LIT

« Elle s'était déjà laissée glisser du lit. Elle rafla sa jupe et ses bas, s'enfuit derrière le paravent. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

 

Elle, il s'agit de Belle, c'est un personnage de roman, elle

S'était déjà – le voilà déjà, le déjà qui s'pointe, comme le temps -

Déjà : je regarde Monsieur mon Passé (c'est une chanson, ça, non ?) et je me dis que j'aurais pu faire mieux. Déjà

Laissée, - ah ce son « s » que l'on aime à laisser siffler dans les syllabes ! -

Glisser – laisse aller, c'est une valse (c'est un film, ça, non ?), une valse en pente, une valse glissante, qu'on finit toujours par s'effondrer dans l'décor -

Du, - quant au son « u », il rappelle le turlututu chapeau pointu des enfants -, du

Lit donc, - et si tu aimes lire, lis donc, plutôt que d'ennuyer les gens à raconter une vie dont tout le monde se fiche -.

 

Elle, il s'agit de Belle, c'est un personnage de roman, elle

Rafla (le verbe « rafler », ça m'évoque rafales de vent et tempêtes qu'on voit dans les films de pirates et les vignettes des illustrés), elle rafla

Sa (trois « a » comme dans « ananas », mais pas comme dans « tapioca »), sa

Jupe (ah de nouveau le son « u » ; dans la rue, point de turlututu chapeau pointu, mais le vent qui débute son automnal ululu)

Et je me dis que les gens disent le plus souvent ce qui les arrange, quand bien même la vérité en prendrait un bon coup sur le bec. A

Ses serpents qui sifflent sur sa tête, je me demande ce qu'elle donne à manger, la Méduse Gorgone Mélusine là. Elle rafla sa jupe et ses

Bas, marmonna Bah-bah-bah et s'en alla,

S'enfuit – les sons « s » et « f », ça fait qu'ça siffle, souffle, s'enfle, flot que sillonne le vent -

Derrière (ah je ne vous dis pas que ce qu'il admire, Hector)

Le, - derrière le mur, qu'y a-t-il donc ? - et derrière le

Paravent, qu'est-ce qui s'passe ? Ah, c'est Belle, elle se rhabille.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 18 septembre 2022.

18 septembre 2022

FLÛTE ALORS ME DIS-JE EN PENSANT A ZUT

FLÛTE ALORS ME DIS-JE EN PENSANT A ZUT

1.

« […], saultoyt du coq à l'asne, mettoyt entre deux verdes une meure, faisoit de la terre le foussé, gardoyt la lune des loups, si les nues tomboient esperoyt prandre les alouettes, [...] »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre XI, « De l'adolescence de Gargantua »)

Écoutez comme ils sautent du coq utile à l'âne savant, et, selon l'interlocuteur, mettent entre les vertes d'assez mûres, ou gardent pour eux vin et jambon. Voyez comme ils tirent d'autrui leur profit, et méprisent qui leur est utile et condamnent qui leur est inutile. S'ils gardent la lune des loups, c'est qu'ils en ont le temps. Quant à Zut, pourrait-elle cuisiner des paupiettes ce dimanche ? Cela m'étonnerait. Elle a galant en tête et ma tête en mauvaise part.

2.

« Et, pour s'esbattre comme les petits enfans du pays, luy feirent un beau virollet des aesles d'un moulin de Myrelabays. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre XI)

Et ils s'ébattirent comme les « petits enfans du pays » dont parle Rabelais, filant dans les herbes comme étoiles au ciel, sans voir que le temps s'était contracté et que des avions les survolaient, les bombardaient, les démembraient, les annihilaient.

3.

Et le Seigneur de Sottelire poutina excellemment sa guerre, envoyant, à l'image du petit père des assassinats et des empoisonnements, de pauvres gens égorger d'autres pauvres gens et clamant de sa face de lune qu'il était le sauveur de l'humanité.

4.

Garder la lune des loups et se faire aboyer.

5.

Faire de sa vie enfer de ménage et soupe sans lard.

6.

« Frôlée par les ombres des morts

Sur l'herbe où le jour s’exténue

L'arlequine s'est mise nue

Et dans l'étang mire son corps »

(Apollinaire, « Crépuscule »)

Se mettre nue comme l'arlequine puis disparaître derrière le paravent des invisibles.

7.

« L'Ange des vieux tableaux avec des ors au fond. »

(Verlaine, « Poèmes saturniens », « Epilogue », III)

Revoir dans sa tête l'Ange du vieux tableau et avoir une écuyère au plafond.

Ou une trapéziste. Ou la starlette des posters. Ou la Lorelei – plouf ! - vive, la vouivre a fui.

8.

« Tous mes souvenirs s'abattent sur moi »

(Verlaine, « Le rossignol »)

Quand on s'artrouve abattu de souvenirs comme champ par la grêle et pendus de corbeaux, on n'arrive plus à fermer l’œil défois, et on regarde sa nuit en familière étrangère.

9.

« Et de grands écussons, aux murailles cloués,

Brillent, et maints drapeaux où l'oiseau noir s'étale

Pendent de çà de là, vaguement remués !... »

(Verlaine, « La mort de Philippe II »)

S'étaler comme l'oiseau noir du drapeau et voir s'échapper son pays dans la brume.

10.

Quand je suis loin des yeux de Zut comme on est loin du cœur, v'là-t-y pas que la nostalgie au bec coin-coin vient me chanter sa vieille ritournelle du temps que j'avais pas si mal vieilli. Flûte alors me dis-je en pensant à Zut.

11.

« […] ; je dis qu'il n'est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c'est postuler qu'en quelque endroit reculé les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître – ce qui est inconcevable, absurde. »

(Borges, « La bibliothèque de Babel »)

N'avoir rien d'autre à penser que le monde est infini et que la tante a drôlement vieilli.

12.

« - Je l'entendz (dist il) ainsi ; mais lors vous serez papillon, et ce gentil papeguay sera un papelard tout faict. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre XII [Gargantua])

Celui-là, de politique papillon il passera à député perroquet pour finir ministre papelard.

13.

S'entendre comme larrons en foire, ou comme Trump et Poutine, l'un tenant l'autre par on ne sait quel kompromat.

14.

Ah tiens en voilà un de dictateur très massacrant, il y a des astrologues, voyez, qui le prédisent cloué comme un grand écusson sur lequel les gens cracheront en passant, rétalé comme l'oiseau noir du drapeau, pendant des ailes, des flancs, des fesses, des tripes, piquant du nez dans le coma, et n'étant plus qu'un vague remuement de chair à pourrir.

15.

Prendre un astrologue comme on prend un train et ne pas descendre à la bonne gare.

16.

Dans une vidéo qui daterait du 20 juin 2013, Marine Le Pen affirme : « J'ai fait preuve de loyauté à l'égard de la Russie. » Formule étrange de la part d'une politique française et qui prouve un évident manque de clairvoyance, voire de la duplicité.

Patrice Houzeau

Malo, le 17 septembre 2022.

17 septembre 2022

POUTINE PRENDRA-T-IL BIENTÔT SA PÂTEE EN UKRAINE ?

POUTINE PRENDRA-T-IL BIENTÔT SA PÂTEE EN UKRAINE ?

1.

Viré le Vlad ? valdingué, évincé, vae victis et compagnie, dépoté le Poutine, pénalisé ? bouffée aux mites son armée d'criminels, en miettes, sa mafia, ce serait-y pour bientôt ? qu'on s'interrogeait en septembre 2022, alors que les Ukrainiens trouaient les Russes.

2.

Cela arrivera sans doute un jour, mais pour l'instant, ni Poutine, ni daech, ni aucune coalition de forces anti-démocratiques ne peuvent vaincre la Triade, c'est-à-dire l'hyperpuissance que constituent les Etats-Unis et le Canada, l'UE et ses alliés, le Japon, l'OTAN.

3.

Si se confirmait le recul de l'armée russe dans la région de Kharkiv, de Kherson, et même dit-on ce 10 septembre 2022, dans la région de Donetsk, alors une destitution de Poutine ne paraît plus invraisemblable. L'armée russe continuera-t-elle longtemps à le suivre ?

4.

Le 25 février 2022, Mélenchon annonce sur France Info qu'il ne faut surtout pas aider l'Ukraine en lui envoyant des armes puisque, dit-il, « la guerre est perdue ». C'est le même Mélenchon qui prédisait qu'il serait président d'abord, premier ministre ensuite.

5.

Après huit mis de conflit (la sale guerre de Poutine en Ukraine), il semblerait que les stratèges ukrainiens (certes conseillés par l'OTAN) sont nettement plus efficaces que les Russes avec leur étrange guerre hybride.

Je n’exclus pas non plus la possibilité que certains officiers russes, y compris des officiers de haut rang, ne montrent pas un zèle extraordinaire à faire une guerre qu'ils désapprouvent.

6.

Je me souviens d'un troll pro-Poutine qui avait écrit que pour l'Ukraine combattre la Russie revenait pour un amateur à affronter un champion du monde de boxe. Ce petit soldat oubliait juste que derrière l'Ukraine, c'est tout l'Occident qui se tient et se défend.

7.

Je voudrais pas jouer l'anti-Blanquer de base (et maintenant anti-Pap Ndiaye) mais, avec la récession qui s'annonce, s'pourrait que dans certains secteurs, l'apprentissage subventionné par l'Etat joue les variables d'ajustement. Au détriment des CDD ?

8.

S'pourrait que le Poutine prenne la pâtée dans sa sale guerre en Ukraine. Et il semble que ni les Indiens ni les Chinois ne veulent rentrer dans une guerre qui ficherait le commerce mondial par terre.

9.

Le lundi 5 septembre 2022, grève des bus à Dunkerque. Ça roulera, mais moins. Il se pourrait bien que dans les mois, voire les semaines à venir, dans de nombreux secteurs, des grèves éclatent. Pas contents nous sommes, et nous sommes nombreux.

Quand les grèves éclatent, y en a qui disent que la vie, c'est marche ou crève, c'est que faut pas qu'tu rêves, petit, la vie, c'est du violent, avec les formes, de la politesse, de la civilité certes - et encore, pas toujours, ça dépend où -, mais c'est du violent quand même.

10.

Ah les trolls pro-Poutine qui aspirent à la sainte dictature en France, fustigent les décadences occidentales, rêvent d'en découdre en enfilant un gilet jaune philippotesque et prennent un pseudo sur twitter pour débiter leurs saloperies défois qu'on les reconnaîtrait...

11.

Le 4 septembre 2022, de nombreux tweets faisaient état de la prise de Vysokopillya (région de Kherson) par les forces ukrainiennes. D'autres tweets pro-Poutine affirmaient que la localité avait été reprise dans la journée par les troupes aéroportées russes...

12.

J'écoute des chansons française d'antan : des chansons de Serge Lama, de Serge Reggiani, de Brassens, de Ferré, et j'y retrouve quelque chose du temps qui passe, trop vite : un sentiment d'appartenance à cette communauté que l'on appelle la France.

13.

Vu d'occident, nous savons que Poutine ne peut gagner sa sale guerre et nous nous réjouissons du succès des contre-attaques ukrainiennes. Constatant que l'armée russe est maintenant sur la défensive (et a donc perdu l'initiative), nous attendons la fin inéluctable du régime poutinien.

14.

Le président Macron se rend sans doute compte que, constatant l'influence de Poutine sur le RN et Zemmour, et constatant la faiblesse de la droite républicaine des LR, une partie de la droite gaulliste et nationaliste lui a apporté son soutien aux présidentielles.

15.

Percée des forces ukrainiennes dans le nord-est (Kharkiv, Izium), les Russes sur la défensive : Wagner recrute la racaille des prisons ; les preuves de crimes de guerre se multiplient ; les leaders pro-russes sont éliminés un par un ; coups et rafales à Kherson...

Patrice Houzeau

Malo, le 17 septembre 2022

 

17 septembre 2022

BOUH LE BOUC COMME I S'EN FOUT

BOUH LE BOUC COMME I S'EN FOUT

1.

« Mais l'idée seule de retraverser le jardin aux statues fantômes le faisait suer de peur. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Parfois, parcs et jardins sont hantés de statues.

Fantômes familiers et muets, voilà qu'elles,

La Lune ayant mis son masque de meurtrière

Tranquille, vous effraient... Mais elle s'en fout, Zut,

Qui leur tire la langue en lisant des romans.

2.

« - Je ne boy que à mes heures comme la mulle du pape. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre V)

La mule, c'est de l'âne et de la jument, pis aussi de la pantoufle. Les « heures », c'est le « livre d'Heures », que, très catholiquement, l'on ouvrait pour y suivre la liturgie des heures canoniales, lesquelles sont relatives aux chanoines comme les trous sont relatifs au gruyère.

3.

« mesmement que le diable, a la messe de sainct Martin escripvant le quaquet de deux Gualoises, a belles dentz alongea son parchemin. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre VI)

Saint Martin dit la messe. Le diable y est, tirant sa longue langue diabolique à y noter sur un parchemin les bavardages de Blondine et Poli, lesquelles prirent la maison de Dieu pour la place du marché. Il a tant à noter, ce scribe infernal, qu'il est bientôt obligé de tirer, tirer, tirer avec ses dents sur le rôlet de son parchemin afin de l'allonger. Schriiiiifffff fit le parchemin si long soudain que le diable s'y empêtrant pinceaux nougats guitares heurta un pilier de sa tête (bong ! fit sa caboche). Et si cette anecdote n'est pas aussi vraie que les mensonges d'un ministre de l'éducation nationale, elle n'en est que plus plaisante.

4.

« Tout homme a connu des moments où il s'est imaginé, de bonne foi, toucher le fond du désespoir ou du découragement. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Ah les catastrophes qu'on s'annonce... les tuiles qu'on se voit dégringoler... que cette fois-ci, c'est sûr qu'on va pas s'en sortir... on glougloute alors si on a de quoi glouglouter, de toute façon qu'on va boire la tasse... et puis le temps passe, on cogite et machine, on y laisse des plumes, mais on a surmonté la crise, en attendant la prochaine.

5.

A thon fort et haut un bout d'touquette ne peut suffire, puisque Akhénaton fut un bout d'ce tout là que fut le dieu Aton, et qu'à thon un bouc, tout ça, thon, bouts, touquettes, Aton, Akhénaton, Amenhotep IV, dieu solaire et pharaon éphémère, bouh le bouc, comme i s'en fout.

6.

Or, comme, par économie, il se torchoit avec le papier journal d'un des derniers annuaires demeurés là par habitude, on peut dire qu'il se moquait tant du monde qu'il s'en nettoyait le fondement.

7.

« Pour ses guands furent mises en œuvre seize peaulx de lutins, et troys de loups guarous pour la brodure d'iceulx ; et de telle matiere luy feurent faictz par l'ordonnance des cabalistes de Sainlouand. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre VIII)

Jadis, le monde était plein de lutins, dont, dit-on, la peau ne pouvait être percée par les balles, et de ces loups-garous effrayant le jouvencel et la demoiselle, le bachelier et la bachelorette, Sganarelle à sa vaisselle (qui s'cassa donc). Ils n’existaient pas plus qu'aujourd'hui, mais bon nombre y croyaient comme on croit aujourd'hui aux Méchants Manipulateurs Mondialistes tirant les ficelles d'un Nouvel Ordre Mondial que combattrait quelque saint Poutine des Assassinats.

8.

« Plus dict que en forme leonine ont esté diables souvent veuz, lesquelz à la presence d'un coq blanc soubdainement sont disparuz. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre X)

Je ne pense pas qu'un coq blanc puisse faire fuir un diable qui a pris la forme d'un lion.

Pour faire fuir un diable qui a pris la forme d'un lion, il faut au moins un dompteur exorciste.

Après que ce dompteur exorciste s'appelât Lecoq et fût aussi blanc que bonhomme de neige, voilà qui serait bel hasard humoristique.

9.

« La robe n'a-t-elle pas trop d'ampleur ?

- Non. C'est voulu. En revanche, les mains manquent d'esprit. Je veux finir par elles, je les connais bien. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres » [le peintre Noël Martin à Judith Weyl])

Si vos mains manquent d'esprit, il faut les abonner à quelque revue haute en couleurs et figures illustrantes, car il est assez ennuyeux d'avoir des mains dépourvues d'esprit ; elles ne peuvent tenir bien longtemps une conversation avec un service de tasses à thé, quand elles ne les laissent pas tomber, par sottise et gaucherie, de telle sorte que tasses se cassent et thé se perd.

10.

« Mais il repoussa ce soupçon comme les autres, le mettant sur le compte de cette terrible imagination qui se faisait tantôt sa plus fidèle alliée et tantôt sa plus mauvaise conseillère. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

On ne saurait soupçonner sa soupière de receler des secrets comme la chevelure d'une guerrière recèlerait des serpents. Cependant, il m'arrive, certains soirs, de scruter la soupière comme si elle ne m'avait pas tout dit. J'entends par soupière cette personne qui soupire la nuit et qui parfois murmure des prénoms étranges.

Patrice Houzeau

Malo, le 17 septembre 2022.

17 septembre 2022

TAGADA TAGADA TSOIN TSOIN DONT MOURIR EST LE REFRAIN

TAGADA TSOIN TSOIN DONT MOURIR EST LE REFRAIN

1.

Me souviens d'avoir tenté de regarder « Mort à Venise » et d'avoir eu l'envie d'ouvrir le poste de télé, d'en sortir les petits mannequins là et d'les secouer en leur soufflant dans les bronches : « Non, mais c'est pas bientôt fini, toutes ces tergiversations neurasthéniques, hein ? »

2.

« Chiche que celle-là s'appelle Camille ! »  disait parfois Belle aux heures de récréation. « Et celle-ci Colette. Chiche que cette petite brune sera régente et cette grande rousse chanteuse réaliste ! »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Défois qu'on les regarde pousser, les agitées petiotes, les bellottes et les moins gracieuses, qu'on se dit laquelle sera assez sotte pour s'faire embobiner par un veule poilu, laquelle fera carrière et la chantera juste, son ariette.

3.

« Vivre est une chanson dont mourir est le refrain. »

(Victor Hugo à propos de l’œuvre de Rabelais in « William Shakespeare »)

C'est qu'on en fait des choses et des sottises dans sa vie (à condition de ne pas passer trop vite), féroces amours et amitiés rosses, pertes et profits, égarements plus ou moins passagers, menteries, zizanies, coucheries, beuveries, tabagies, ah la chanson de la dolce vita, dis, qu'on se chante en zigzagant entre les cactus.

(Épiques, les cactus, ça va de soi).

Pis entre tous ces heurs et malheurs, la Mort se rappelle régulièrement à nos pommes : décès de proches, d'amis, et tous les massacres auxquels les médias nous ont abonnés comme autant de preuves que, décidément, Dieu s'en fout.

4.

« Quiconque a lu Rabelais a devant les yeux à jamais cette confrontation sévère, le masque de la Théocratie regardé fixement par le masque de la Comédie. »

(Victor Hugo à propos de l’œuvre de Rabelais in « William Shakespeare »)

Rabelais... vis comica... blasphème salutaire... pas tombé encore, « le masque de la Comédie », pas mordu la poussière tombée des habits des prosélytes des dieux à colères ... Quant au masque de la Théocratie, on le croirait collé aux faces barbues ou pas barbues des tartuffes.

Je pense assez que l'on ne peut être lecteur admiratif de Rabelais (j'en suis) sans être pour Charlie : combattre par le Verbe (lequel fut au Commencement) théocratie et bigoterie, c'est rappeler que chaque humain est avant tout son propre libre-arbitre.

5.

« L'irascible Picrochole est le type du mauvais roi : ambitieux, brutal, belliqueux, crédule, il obéit sans réfléchir aux suggestions des mauvais conseillers et se croit déjà maître du monde. »

Ce portrait du Picrochole de Rabelais par Pierre Michel me semble correspondre tout à fait à celui du petit seigneur et méchant homme Vladimir Poutine le Massacreur, qui, tout autant que le fut Picrochole, finira par être vaincu.

6.

Ce que nous cherchons dans la littérature, la musique, la peinture : l'inscription du visage dans la durée.

7.

« La pelouse entourant l'habitation fuyait comme un tapis enchanté vers d'invisibles bornes. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Une pelouse, ça pelouse pis pousse pis s'tond pis sèche jaunit pis s'mouille et repousse. Des bestioles y passent la nuit. Défois ce sont des voleurs, ou des assassins. La Lune y pose ses chiffres.

8.

« Un maillet traînait sur le sol, au pied d'un gong chinois. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

Ça, quand on laisse traîner les maillets au pied des gong chinois, y a des risques que la main de l'invisible s'en saisisse et vous estourbisse.

9.

« Et, pour vous donner à entendre de moy qui parle, »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre premier)

Quel est ce moi qui parle dans les mots ? Quelque fantasme sans doute.

Quelque fantôme dont nous tissons notre réalité.

Le reste n'est que chiffres et statistiques.

10.

« L'anguille y est et en cest estau musse,

Là trouverez (si de pres regardons)

Une grande tare au fond de son aumusse. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre II)

Qui vit jamais anguille, aiguille, guenille, gigue et gidouille, guigne, guitare porteuse de tiare et de chaperon fourré se dissimuler dans quelque étal ? Autant chercher le pape dans le pas d'une mule.

11.

« provision de saulcisses, non de Bouloigne (car il [Grandgousier] craignoit ly boucon de Lombard) ».

(Rabelais, « Gargantua », chapitre III)

« boucon » viendrait de l'italien « boccone » (morceau, bouchée) et « ly boucon de Lombard » désignerait un « morceau empoisonné », ce qui rappelle la chanson traditionnelle « Dame lombarde » et son serpent vert attrapé pour empoisonner le vin.

12.

« Mais la grande diablerie à quatre personnaiges estoit bien en ce que possible n'estoit longuement les reserver, car elles feussent pourries. »

(Rabelais, « Gargantua », chapitre IV)

Comme ils faisaient le diable à quatre, ils fondèrent un groupe de rock.

Étant de même chair que chacune des saucisses perspicaces porteuses de tripes et d'une âme plus ou moins vague et fluctuante, ils vieillirent tant qu'avant que d'aller pourrir où tout s'détricote, se séparèrent.

Patrice Houzeau

Malo, le 16 septembre 2022.

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