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BREFS ET AUTRES

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3 mai 2021

NOTES SUR LE DOS HOULEUX DU MIROIR

NOTES SUR LE DOS HOULEUX DU MIROIR

« L’énigme et la flamme n’ont d’existence simultanée que dans nos sens. »
(René Char, « Le dos houleux du miroir »)

1.
Défois, on « fait la relation d’un état personnel » comme dans René Char, qu’on a une « liaison grave avec le graphisme » de Zao Wou-Ki ou d’un autre peintre si comme moi on ne connaît Zao Wou-Ki que d’un œil oublié dans un catalogue.

2.
Dans les toiles qu’on regarde, on peut, comme René Char, y voir de la « couleur en éclaireuse déchiquetée » que moi, je la vois bien, l’indienne, pastel, fleurs et feuilles à l’affût, la fûtée. Au loin passent les adversaires, les dangereux, les malfaisants.

3.
Puis le temps nous porte à « un chaos second » pour reprendre l’expression de René Char, qu’on croit qu’elles nous télépathent des effarements, les horloges, ou bien, ce sont les mystérieuses du fond des énigmes et des parcs d’autres tableaux. #jaimebienScully

4.
Quand je lis dans un poème de René Char cette phrase : « Là perce le sortilège aérien et tellurique d’Orphée voyageur », j’avoue que cela m’évoque moins de choses que « Je prendrais un steak-frites, avec de la mayonnaise et une bière. »

5.
Parfois, les choses semblent faire écho à quelque « prophétie pressée » comme dit René Char. Quand la prophétie est pressée, on pige pas tout, elle parle trop vite, la sybille, laquelle, nous précise le poète, a « une sœur étrusque ». C’est pas simple.

6.
Selon Char (René), l’Asie « traverse le royaume des morts » et pour cela, j’ai compris que Miss Asie portait un costume de « poisson géant » (l’Asie, c’est grand) couleur de soufre noir ». Pas trop seyant, je pense ; fluvial sans doute.

7.
Char ne voit jamais dans la peinture de Zao Wou-Ki un « fleuve esseulé ». Ma cousine qui ment même quand elle dit la vérité m’affirme qu’un fleuve est souvent suivi de ses frères fantômes. Des peaux-rouges criards y capturent des équipages.

8.
Il y a souvent des fantômes dans ce que j’écris. Je connais si mal les vivants.

9.
René Char remarque que nous sommes des « parcellaires ». Que par morceaux qu’on vit. Un puzzle originel avec des pièces qu’on ne voit pas bien ce qu’elles représentent : un dieu dans une vigne ? Blanquer jouant à la marelle ? Macron et Brigitte à la plage ?

10.
René Char évoque aussi les « juristes insatiables penchés sur nos berceaux » : belle image pour dire toutes les lois et les déterminismes qui nous la calculent, notre vie.

11.
Dans le dernier paragraphe du poème « Le dos houleux du miroir » (c’est gondolant, dis donc), René Char a cette métaphore: « Le feu se fait les dents avant de bondir sur sa proie rugueuse. » Tigre, loup, - ô Blanquer -, brouette, harpe, coronavirus, gomme.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mai 2021.

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3 mai 2021

STRATEGIE DU GRAND ZIGOUIGOUI BAVARD

STRATEGIE DU GRAND ZIGOUIGOUI BAVARD

1.
Levant les yeux, je vis passer le grand zigouigoui bavard et sa stratégie globale de formation. Je fus fasciné en songeant que cela fait déjà quelques années que le système éducatif français forme surtout à s’inscrire à l’université en attendant on ne sait quoi. #Vidalégentile

2.
« Je vis une brève lueur verte passer dans les yeux de Poirot.»
(Agatha Christie traduit par Françoise Bouillot, « Le Crime du golf » [Hastings])

Chez Poirot, l’intelligence est verte.

3.
« Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir »
(Rimbaud, « Ophélie »)

Un fantôme souvent qu’c’est en blanc qu’ça se représente. Pourquoi, je sais pas. Après, le fantôme, c’est du temps bloqué, en boucle. Alors, mille ans ou deux vers, hein ?

4.
Les petits lutins (zont des haches et des couteaux défois) dans ma tête, je sais pas quelle langue ils causent ; j’comprends que couic à ce qu’ils racontent. #quecouic

5.
Je me dis : « Le ciel est bleu. » Je me dis : « La nuit est noire. » Je regarde les spaghettis danser le long de la mer, laquelle ouvre une grande gueule que je ne vois pas parce que la nuit est noire et les yeux du ciel fermés.

6.
Parfois, j’ai une tête. Parfois, je n’en ai pas. Est-ce que vous rentrez à l’hôtel ? Une femme rousse parle de vengeance. Va-t-elle sortir de sa phrase et me trancher la tête ?

7.
Rimbaud était plus en beaucoup plus de choses que moi. Céline aimait les croissants et avait du rythme plein ses pages. Moi aussi j’aime les croissants. Ils sont morts tous les deux mais pas en même temps.

8.
Je n’aurais pas aimé être un cheval. Les chevaux ne parlent pas anglais. Ils en ont l’air seulement. Je ne parle pas anglais et ma langue m’abandonne.

9.
Le Sphinx, en voilà une gueule cassée. Il a aussi de grandes papattes de pierre. Mon chat a des moustaches. Hercule Poirot a des moustaches, même quand il est doublé par Roger Carel.

10.
J’aime bien les voyages car je n’en fais pas. D’ailleurs, je ne crois pas au monde extérieur. Ce n’est qu’une illusion, ce monde extérieur qu’on nous montre à la télé parce qu’il faut bien montrer quelque chose. #AlatéléyaBlanquer

11.
Alors Hercule Poirot, interprété par Peter Ustinov et doublé par Roger Carel, vit le cobra dans le miroir. Heureusement, moi, je n’ai pas de cobra dans mon miroir. Affolant tous ces endroits où ça peut se nicher.

12.
En fin de compte, j’aurais été mauvais en tout, et surtout en moi.

13.
Parfois, je n’aime pas les gens ; parfois, les gens, je les aime bien mais en fait pas du tout. D’ailleurs, il ne faut pas perdre plus de temps qu’il en faut avec les gens et leurs livres ; ils sont bien meilleurs que vous, ils vous feraient honte.

14.
Comme je ne crois pas en l’existence du monde extérieur, je ne crois pas en l’existence des gens qui sont dedans, ni aux autres dieux. Mais si elle est plate ? Je m’interroge… Cela veut-il dire que ces gens et leurs dieux sont plats comme crêpes et limandes ? #LeMondeExtérieur

15.
Alors il lui donna une échelle pour qu’il y grimpe et aille libérer sa dulcinée prisonnière du tout en haut du donjon, puis, lorsque le chevalier servant fut à mi-parcours, il commença à donner de grands coups de hache dans les barreaux.

16.
Le ministre de la justice a une grosse tête. On l’appelle aussi le garde des sceaux mais il a une grosse tête quand même. Le ministre de l’intérieur a une petite tête. Macron est une tête. Je n’aime pas les têtes. Je n’aime pas les gens intelligents. Sont bêtes.

17.
Quand je pense à la tête à Blanquer, je pense à la tête à Blanquer. C’est pas plus inspirant. Pas plus réconfortant. Pas plus intéressant que lorsqu’il parle. Quand Blanquer parle, je deviens sourd. Du reste, je n’écoute vraiment que Zut.

18.
Il y a deux mézigues : le bon zig, pédagogique, bienveillant, mal payé pour ce qu’il ne fait d’ailleurs qu’avec un intérêt très relatif (enseigner, c’est chiant) et celui qui me hante, qu’est pas vraiment sympathique, pas assassin non plus, notez, mais pas sympathique.

19.
Je ne crois pas en l’avenir de la démocratie : il y a trop de gens dedans.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mai 2021.

2 mai 2021

LA TERRE PLATE J'EN AI FAIT LE TOUR

LA TERRE PLATE J’EN AI FAIT LE TOUR

1.
David Niven a l’accent anglais quand il est doublé dans les films qu’on montre aux Français. Je suis certain que le fantôme de David Niven a lui aussi un parfait accent anglais.

2.
Quand les oiseaux se regroupent par milliers et dansent au crépuscule, en grandes vagues, on appelle cela murmuration. Il y a aussi l’humaine condition, l’humaine aberration, la constipation, la consternation (apprenante), les scorpions, les champignons.

3.
Les pyramides d’Egypte, c’est bien. Je ne les verrai jamais. Je me demande si elles existent vraiment. Si ça se trouve, les pyramides sont mortes depuis des siècles, et ce sont leurs fantômes pyramidaux qui hantent les sables.

4.
Alors, j’entendis un pas ; je me retournai et vis un pied. Une grosse pierre tomba en balbutiant parce qu’elle était bègue comme un pied. La pierre se répétait. C’était une pierre radoteuse.

5.
Comme on l’appelait le Sphinx, je me demandai qui exactement reposait dans le sarcophage qu’il avait bien dû engloutir quelque part dans la durée de ses années de formation. #coincoin

6.
Quand je me regarde, parfois, je ne me vois pas. Opaque à moi-même, je devrais bien me munir de quelques lumières dans ma tête. Ce qui me permettrait de ressembler, ne serait-ce que vaguement, à mes collègues. #stratégieglobaledeformation

7.
Si je pouvais, je plongerais ma main dans l’âme de ma tête (où sinon serait-elle ?) pour y pêcher le poisson-chat qui me hante l’aquarium, qu’à vrai dire je ne sais plus à quoi ressemble un poisson-chat et qu’en plus, je m’en fiche, des poissons-chats.

8.
Dans une vie antérieure, je fus professeur de rien au néant. On y parlait beaucoup politique et soupe à la tomate. J’aime bien les tomates. Je n’aime pas beaucoup Jean Castex mais ça c’est parce que je ne le connais pas et qu’en plus je n’aime pas les gens.

9.
A vrai dire, ça ne se voit pas trop que je n’aime pas les gens. Certains s’en doutent, mais ne disent rien. Ils restent discrets sur ma misanthropie et cessent tout à coup de me saluer. Ils ont compris. Je ne les en aime pas plus pour autant. #méchant

10.
J’ai atteint l’âge où je suis de moins en moins jaloux du talent des autres. J’attends leur mort.

11.
Je n’ai absolument pas l’oreille. Zut reconnaît chaque timbre, chaque grain de voix, chaque doubleur. Moi pas. Mon lutin à moi dans ma tête me parasite l’oreille où il y susurre une langue tout en zigzags et toboggans et absolument incompréhensible.

12.
Heureusement que je ne pige pas un mot de ce que dit le lutin de ma tête parce que je sens que ça ne doit pas toujours être ni très poli, ni très amical. #bigoudi

13.
J’aurais passé pas mal de temps avec Hercule Poirot. Pas tant qu’avec mon boulot, mais quand même pas mal. Les deux m’ignorent complétement. Je préfère Poirot.

14.
J’aime bien le soir. Je ne dors pas encore et pourtant il fait nuit. Les mensonges que me racontent les politiques sont bien réels. Après, il y a un film que je regarde si je le connais déjà et que je l’aime bien. Je n’aime pas les films sérieux et inconnus. #abstention

15.
Baudelaire fut le premier à évoquer les spectres modernes, ceux des villes. Moi, je ne préfère pas la campagne, mais je n’aime pas la ville : il y a trop de gens dans les rues, et dans les champs trop de fantômes (surtout le soir).

16.
C’est dans le passé que nous comprenons pourquoi nous sommes en train de nous planter. Mais le prix du voyage est, dit-on, exorbitant. #poireau

Patrice Houzeau
Malo, le 2 mai 2021.

2 mai 2021

CHRONIQUE DU 2 MAI 2021

CHRONIQUE DU 2 MAI 2021

1.
Début mai 2021, on se demanda en France si l’épidémie de covid était en passe d’être vaincue, ou si le virus nous réservait d’autres mauvaises surprises. Le mot « surprises », en voilà, du réel ; lequel ne cesse de nous en vomir, des surprises.

2.
Début mai 2021, certains jugèrent en France risqué le pari tenu par Macron de déconfiner malgré des taux de contaminations qui restaient élevés. On commençait à parler ici et là, en vue des élections régionales, de rapprochements entre LREM et LR.

3.
En avril 2021, on moqua beaucoup Blanquer dont une vidéo le montrant jouant à la marelle pour paraître sympathique (ou pour toute autre raison) tourna sur les réseaux sociaux. Il y eut une policière assassinée. Des généraux à la retraite grognèrent. La droite montait.

4.
En mai 2021, il sembla que Blanquer recommençait à nier le rôle des écoles dans la circulation des virus. Beaucoup jugèrent qu’il mentait sciemment et cyniquement. Il avait certainement convaincu Macron, lequel avait bien trop creusé la dette pour pouvoir réellement reconfiner.

En mai 2021, beaucoup jugèrent que Blanquer n’ayant que trop menti, ses demandes perdaient beaucoup de leur légitimité.

5.
En 2021, j’ai pensé que la pandémie de covid-19 avait accéléré le processus de surveillance de tous par tous sollicité depuis quelques temps déjà par l’Etat. Virtuellement, la liberté individuelle était morte. La démocratie risquait bien de connaître le même sort.

6.
En mai 2021, je me suis demandé par quel biais Blanquer tenait Macron. Il me semblait de plus en plus évident qu’une sorte de pacte liait ces deux hommes. On évoqua une possible influence de Brigitte Macron. Cela devenait inquiétant.

7.
En mai 2021, j’ai pensé que l’épidémie de Covid faisait de la France une sorte de vaste Lycée dont le règlement intérieur changeait selon les aléas économiques et politiques de l’équipe de direction menée par Macron. Il y avait de plus en plus de pions.

8.
Le 1er mai 2021, on accusa les blacks blocs de s’en être pris violemment à des manifestants de la CGT et à des pompiers. Je me suis demandé si autonomes d’extrême-gauche et anars ne s’étaient pas fait infiltrer par des voyous, des fachos ou des provocateurs.

9.
Le 2 mai 2021, on ne parlait déjà plus de la Tribune des Généraux. Je supposai que l’armée allait régler ça en interne. Les politiques minimisaient l’incident, qui allait cependant laisser des traces et témoignait du trouble dans lequel était plongé le pays.

10.
En mai 2021, il sembla évident que LR et LREM se rapprochaient. Dès lors, une réélection de Macron en 2022 avec l’aide des LR semblait inévitable. Le scénario paraissait écrit d’avance. Le socialisme en France était mort. On s’attendait à une radicalisation de la gauche.

11.
En 2021, certains ne se cachaient plus pour dire que LREM, le parti présidentiel, était une « catastrophe » (dixit Philippe Besson, ami personnel, dit-on, du couple Macron). J’ai pensé que le LREM était un parti fantoche qui n’avait pas d’autre fonction que de permettre à Macron de se faire élire par une partie de la gauche en 2017 pour se faire réélire en 2022 par une partie de la droite.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 mai 2021

 

2 mai 2021

QUI AGIT QUI RESTE

QUI AGIT QUI RESTE

1.
Il y a une pochette d’un disque de Deep Purple où, sur fond de dunes blanches, on voit un astronaute se désintégrant, c’est-à-dire qu’il se particularise, le particulier, qu’il se volatilise peu à peu en particules que le vent des confins sidérés emporte, pareilles aux choses qui sont mortes là, dans le passé.

2.
Sur la pochette signée par Robert Crumb du disque « Trop de routes, trop de trains », des Primitifs du Futur, deux patibulaires seraient sur le point de s’régler un compte qu’ça n’étonnerait pas. Y a une rousse en vert, une rouge tire, l’enseigne « Le Chat Bleu ».

3.
Dans « « Songe d’un matin d’hiver » (in « Les Celtiques », de Hugo Pratt), le visage de la fée Morgane, blanc, noir, couronne de fleurs et longs cils noirs. En arrière-plan, les étranges pierres de Stonehenge.

4.
La couverture de l’album « Le Sceptre d’Ottokar » : Tintin et Milou franchissant le pont-levis quittant la grande entrée à herse gardée par deux fiers moustachus, laquelle grande entrée donnant sur une vaste cour au fond de laquelle se trouve une grande porte gardée par deux fiers moustachus.

5.
La couverture de l’édition Club des Masques du roman « Le Colonel est retourné chez lui », d’Exbrayat : façon tableau surréaliste, un bord de mer avec falaise hanté par une immense cornemuse flottant en l’air, une jeune fille éperdue en bikini file comme au-dessus du sable.

6.
La pochette de « Physical Graffiti » de Led Zeppelin : issue du temps qu’elle en est si sale, la vaste façade, têtes sculptées, fenêtres à images comme autant d’allusions, d’énigmes, comme s’il y avait là quelque rébus, quelque chose qui agit et qui reste à déchiffrer.

7.
« Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. »
(Baudelaire « A une heure du matin »).
Moi aussi, j’aime bien la nuit.

8.
« Vive le Compagnon ! » j’entends ça dans un épisode télé d’Hercule Poirot. Le « compagnon », c’est l’inspecteur Japp ainsi intronisé à Bruxelles dans chais plus quel ordre. J’aime bien le mot compagnon, ceux de la bande des noms en « -nions » comme lune et prunelle.

9.
« Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs. » (Baudelaire, « Un hémisphère dans une chevelure »)

Le mot « élastique », il commence par s’allonger puis il fait un son comme çui du claquement d’un élastique. Le mot « souvenirs » n’évoque aucun souvenir ; par contre, le verbe « manger » moi, ça m’rappelle la salade.

10.
« La société entière se scinde de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes qui s’affrontent directement : la bourgeoisie et le prolétariat. »
« Manifeste du parti communiste (1848), Marx et Engels, traduction de Molitor)
Cette phrase me fait penser au jeu de go, mais avec des morts, aussi aux sots qui croient au progrès universel.

11.
« Or, Dieu est l’un et l’autre ; il est bien avant tout l’être de tous les êtres, mais, comme tel, il doit cependant exister aussi par lui-même »
(Schelling, « Conférences de Stuttgart », traduction de Jankélévitch)

J’aime bien les phrases ou y a de l’être qui est l’un et l’autre comme dans les romans d’espionnage, que du coup, Dieu, je me demande, pour qui œuvre-t-il ? Pour son propre compte ? Ou alors hein ?

12.
« Ecoutez, prêtez l’oreille : même très à l’écart, des livres aimés, des livres essentiels ont commencé de râler. » (René Char, « Cruels assortiments »)

J’aime bien l’idée que les livres commençassent à râler, que du coup, je me demande, les bibliothèques, grognonnes le sont-elles toutes et entièrement ?

13.
Reconnaissant ainsi à un personnage de fiction la puissance d’un être agissant sur le réel, le chapitre neuf de « Sans parler du chien », de Connie Willis porte en exergue une citation d’Hercule Poirot : « Dans les petites cellules grises du cerveau se trouve la solution de tous les mystères ».
Je note que de tous les êtres de fiction, le dieu unique est sans doute celui qui eut infiniment le plus d’influence sur le réel.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 mai 2021.

 

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30 avril 2021

PLUMES FEUILLES RAVIS

PLUMES FEUILLES RAVIS

1.
Les gens ne sont jamais contents : ce n’est pas parce qu’on trouve dans certains magasins de la « véritable andouille de Guémené » faite avec du « porc NON français » que cela prouve que ce porc ne parle pas la langue de Molière. #andouille

2.
Quand on n’arrive pas à fermer l’œil de la nuit, c’est embêtant parce que ce gros œil qui vous zieute, vous scrute, vous regarde là, bin, ça peut vous empêcher de dormir.

3.
Alors la table fit tourner la spirite et l’invisible lui botta le fonds d’sa pensée en lui disant d’une voix aussi profonde que le puits des incertitudes à Macron Va-t’en voir dans l’jardin si nous y sommes revenus. #spirite #sprite #sprout #spiroute

4.
Ce qu’il faudrait, c’est soulever la peau de la mer pour voir s’que les pirates des vaisseaux fantômes peuvent bien y cacher. Mais faudra faire gaffe, défois qu’en attendant la fin des temps et des année scolaires s’y dissimulent monstres des profondeurs, léviathans et ministères.

5.
Je ne pense pas que le projet « Porc-épic » ait pour objectif une réécriture salace de l’Iliade, laquelle a été composée par Homère, je précise pour les étudiants en sociologie.

6.
Comme mon chameau ne répondait toujours pas et ce silence commençait à me faire courir des haricots partout sur les nerfs. La question que je lui avais posée était pourtant facile. Ce n’était pas cette année encore que mon chameau obtiendrait son baccalauréat.

7.
« - C’est en dedans, quelque chose qui a cassé. »
(Exbrayat, « Les Messieurs de Delft »)
Défois c’est en dedans que quelque chose a cassé qu’on a le petit pantin mécanique dedans la tête c’est comme s’il voulait plus obéir qu’il fait la gueule, le petit pioupiou.

8.
Non franchement, une blague comme : « c’est en apprenant à m’occuper des autres, que j’ai appris comment les achever », non, franchement, ça ne se fait pas.

9.
Mon chat défois, il me regarde d’un air si sérieux que je crois bien qu’il va m’opposer des arguments hegeliens, mais zaprès i saute de la table en faisant grrrourrour passque Zut vient d’ouvrir le frigo. #Zut

10.
Défois, on organise une course de morts-vivants dans les rues. Y en a i zappellent ça déconfiner. D’autres i disent que c’est le quoi qu’il en coûte. Y en a i zont le masque à Macron, d’autres à Blanquer, d’autres ont la grosse tête d’expert, d’autres encore, plus fatalistes, la tête de mort.

11.
Les apprenants défois ils sont si légers qu’à peine vous dites : il fait chaud, vous pouvez ouvrir les fenêtres, que les voilà en l’air, tout envolés, dissipés dans les espaces, à tous les vents confettis, plumes, feuilles, ravis.

12.
« Il pressa le pas pour dépasser l’inconnue et se retourna. »
(Exbrayat, « Les Messieurs de Delft »)

Défois on presse le pas pour dépasser l’inconnue puis en se retournant on s’aperçoit que c’est pas l’inconnue qu’on croyait connaître quand bien même elle nous est aussi inconnue que la plupart des inconnues que nous croyons connaître.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 avril 2021.

30 avril 2021

SCHWERMÜTIG EST LE HARENG SAUR

SCHWERMÜTIG EST LE HARENG SAUR

1.
Y a le début d’une chanson à France Gall (c’était dans la préhistoire des années 80) qui dit « Nos voitures dorment en bas comme des bébés » qu’en effet faut pas jeter l’eau du bain avec le carburateur, tous les plombistes vous le diront. #CarlosGhosn

2.
Défois, quand je me regarde dans la glace, je me dis, - ah zut et flutabec ! - j’ai l’air schmounch, on dirait un collègue. #blanquerégentil

3.
Quand les films me regardent, je fa le fada, c’est plus fort que café fait le sucre en agitant ma cuillère. #JeanLucGodard

4.
Défois quand je m’ouvre le cerveau, je suis obligé de me harnacher que sinon j’pourrais tomber tomber chuter dans le vide. #pédagogisme

5.
Quand il m’arrive de me prendre au sérieux, je pense à Philippe Meirieu ; là, en général, ça va mieux et je peux de nouveau faire semblant de prendre des veaux ordinaires pour des apprenants magnifiques. #Meirieuépuiçant

6.
N’empêche que depuis que la chanson française existe, qu’est-ce qu’ils ont pu beugler comme âneries, les choristes (« talalala-talaya », « youpioupioup », « covid-covid »,«nation-tion nation-tion appreupreu-appreupreu-appreunanteuh »). #blanquerégentil #guylux

7.
« Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique. » (Baudelaire, « Un hémisphère dans une chevelure »)

Défois, y en a, des baudelaires ça s’appelle, ils ont l’âme voyageuse, que c’est embêtant, qu’elles ont pas de portable, les zamelà qu’on est obligé de les rappeler par télépathie. #âme

Chez les baudelaires, l’âme « voyage sur le parfum », elle est aérodorisée leur âme, qu’elle en est toute volatile, d’ailleurs, c’est pour ça que, malgré quelques cas de hantise scolaire, l’espèce baudelairienne s’est éteinte depuis longtemps. #âme

Les baudelaires croyaient que l’âme des hommes voyageait « sur la musique », qu’un violon pouvait servir d’aéronef et que l’on pouvait visiter l’Ecosse à cheval sur une cornemuse. Ça doit être pour ça que moi qui suis plein de coin-coins, j’vas jamais très loin. #coincoin

8.
Quand du ciel tomberont bigoudis et bérets, c’est que la grande exploration française des confins sidéraux n’aura pas commencé parce que, sachez-le, quand ils sont en mission, les spationautes ne portent ni bigoudis ni béret. #servicepubblic #bigoudi

9.
J’m’y fais pas à ce que « fourmillant de chants mélancoliques » puisse donner en allemand (la langue des Zôtres d’Outre-Rhin) : « in dem es wimmelt von schwermütigen Gesängen », ça me rend tout chose et songe, surtout « schwermütig », redoutable, ça, le « schwermütig »… #Schwermütig

10.
Ne jamais mettre la chèvre avant le chou. Sinon, la chèvre mange le chou (l’inverse n’arrive jamais) et du coup, pour l’expliquer, aux petits bouts, la règle, zêtes grillé marron. #hiboux

11.
Ne jamais prendre ses désirs pour des abeilles. Ça peut essaimer. Vous pouvez être tout piqué d’partout et, en cas d’allergie, vous voilà tout mouru. Et n’oubliez pas que ne ressuscite pas qui veut. #bzzz

12.
Ce n’est certes pas en achetant des sachets de saucisson sec que l’on en saura plus sur le secret du hareng saur qu’a foutu l’camp du poème en laissant une corde pendouiller bêtement à un clou pointu pointu pointu planté dans un mur nu nu nu par qui donc hein qui donc hein ? #CharlesCros

Patrice Houzeau
Malo, le 30 avril 2021

30 avril 2021

EN ATTENDANT LE RETOUR FATAL DU BIGOUDI

EN ATTENDANT LE RETOUR FATAL DU BIGOUDI

1.
Défois on n’est jamais malade mais quand on tombe malade alors on est pas habitué et donc ça nous met en colère de tomber bêtement que quand on tombe c’est bête que ça peut faire mal que le plus dur dans la vie c’est qu’on peut pas ressusciter mais on peut regarder la télé. #BFM

2.
Défois on écarte les rideaux qu’ils peuvent pas se sentir discriminés parce qu’on les écarte vu que ce sont que des rideaux mais défois ils se vengent quand même et ils viennent la nuit hanter votre tête. #Ouhouh

3.
Les rideaux que vous vous vîtes marchant dans un long couloir qui n’en finit plus que vous n’arrivez pas et que les rideaux sont tout agités le long des fenêtres ouvertes oùsque souffle un vent à faire surgir des fantômes et même des spectres Matondis.

4.
Défois je soulève ma peau ça fait que j’suis tout gonflé pâteux baudruché boursoufle. Comme on dit j’me fais des crêpes, ou des gaufres. #mardigras

5.
Défois mon chameau donne un coup de gong dans la forêt mais comme je n’ai pas de chameau, ni de chevaux, et que je lis pas les journaux, je me demande d’où vient ce coup de gong. #Camembert

6.
Défois je me sens si mal que je voudrais bien une croix. #bigoudi

7.
Défois j’entends mon chat me parler alors je lui dis de se taire comme mon chat est gentil (on dirait blanquer, çui qui fait ministre) il se tait et oublie qu’il est polyglotte alors il miaule comme font tous les chiens qui aboient. #blanquégentil

8.
Défois j’ai raison mais j’ai tort. Ça doit venir de mon éducation. #sociologie

9.
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage, ils font des trucs que chais plus quoi mais c’est pas bien. #tagada

10 .
Ça siffle ça siffle me disait mon auscultant (il est mort) ah tiens on parle de moi dans l’industrie du tabac que je m’imagine des gens avec des chapeaux parce que ce sont des américains qu’en vrai je sais pas à quoi ça ressemble un américain. #flutabec

Je n’irai jamais en Amérique. Ça m’est interdit par ma religion bancaire et par mon mode de vie, projet existentiel, rapport aux autres (ceux qui font du bruit) toussa. Par contre, j’aime bien les magazines. #bigoudi

11.
« Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques » (Baudelaire, « Un hémisphère dans une chevelure »)

Défois, quand j’ai des yeux, je contemple l’océan, et contempler, c’est dur pour moi, aussi je ne le fais que lorsque j’ai des yeux.

« Dans l’océan de ta chevelure » i dit Baudelaire qu’on comprend qu’il est mort noyé car il ne faut pas croire ce que les vérités racontent.

« Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois » : bin oui, il ne pouvait faire qu’entrevouère, Baudelaire, rapport à squ’il avait des mèches plein les mirettes à s’plonger comme ça dans des milieux capillaires humides.

Baudelaire, dans les cheveux, il voyait « un port fourmillant de chants mélancoliques » que j’ignorais que dans les ports, il y eût tant de fourmis qui jouaient de la guitare en ritournellant du plaintif. Faut dire que j’voyage pas beaucoup.

Patrice Houzeau
Malo, le 30 avril 2021.

 

25 avril 2021

MINUTES DU BOEUF MIROTON

MINUTES DU BŒUF MIROTON

 

1.

Y aura-t-il des cerises et des abricots cet été ? Le Japon se prépare-t-il à balancer de l’eau contaminée dans l’océan ? Quand j’entends « Qui l’eût cru ? Qui l’eût dit ? » je pense à Lustucru, mais Lustucru n’est point un héros cornélien.

2.

Si ça s’trouve, les poulpes, au départ d’il y a longtemps, c’est un couple dont le vaisseau venu d’Ailleurs s’est crashé dans les profondeurs pis qui s’est reproduit. Je dis ça, rapport à tous leurs cerveaux, kondikilzont. Zut, ces derniers temps, n’en mange plus.

3.

François-Xavier Bellamy sur France Inter ce matin (10 avril 2021) dénonce les crimes commis par le pouvoir d’Erdogan. Après, si les LR arrivent au pouvoir, vont-ils céder à la Realpolitik et discuter frites, fromages et clafoutis, pis gaz aussi avec la Turquie ?

4.

Le calme, quand il déplie ses longues jambes de calme, il doit quand même courir très vite. C’est pour ça qu’on a du mal à le garder. Ça fait des siècles qu’il y a des statuettes qui nous tirent la langue. Ah ça, les Anciens nous avaient bien prévenus.

5.

Défois, le terrain des idées, il est si mou qu’les politiques s’enfoncent dedans.

6.

Dans cette phrase, l’omission de l’adverbe me plait bien : « Ma profession m’a appris bien des vérités, dont la redoutable est celle-ci : l’assassinat devient une habitude ! » (Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Meurtre en Mésopotamie » [Hercule Poirot], « Club des Masques », 1972, p.133)

7.

Défois, j’pense à rien ; c’est dire que je me connais bien. «… je ne puis que jouer à l’être, c’est-à-dire m’imaginer que je le suis. » dit Sartre que quand je pense à Sartre, je pense que Sartre s’imaginait donc en celui qui, pis qui, et encore qui, et même qu’il le fit.

8.

Une élève : « Vous savez, moi, je suis un petit suisse ; d’ailleurs, nous devrions tous être des petits suisses ». Je songe aux écureuils because Zut vient d’m’en causer. L’émotivité des élèves est devenue un sujet pédagogique ; la poêle à frire aussi, mais pas dans toutes les sections.

9.

Cette « idée d’une connexion nécessaire entre des événements » dont cause Hume me fait songer au jeu de go, lequel me semble bien mystérieux quant au fonctionnement des cerveaux aiguisés qui s’y adonnent. Une pièce de théâtre avec du vrai sanglant dedans.

10.

Bibi, suis si sot qu’il me semble que le jeu de go a été créé pour humilier la sottise. Y a des pierres noires, des pierres blanches, y a des yeux : c’est comme dans le temps ordinaire où on en voit aussi, mais de toutes les couleurs. Il pleut. Cendrier mouillé.

11.

« Nous ne prétendons pas nous faire d’illusion : pour notre entendement l’échec de toutes les tentatives de salut est vraisemblable. » (Karl Jaspers, Préface à « La Bombe atomique et l’avenir de l’homme », traduction Saget)

A bon entendement, point de salut.

« La Bombe atomique et l’avenir de l’homme » : Boum.

13.

De petits bonshommes en noir se pressent parmi de petits bonshommes en blanc. Ça fait foule et c’est plein d’onomatopées. Le pire de ce que l’humain peut commettre concerne-t-il chacun d’entre nous ? J’interroge mon bœuf mironton ; il ne me répond pas.

14.

« Où est allé Dieu, s’écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l’avons tué, - vous et moi ! Nous tous, nous sommes des assassins ! » (Nietzsche, « Le Gai Savoir », traduction d’Albert). Le chat de Schrödinger est-il Dieu ? L’humain est un assassin, c’est même à ça qu’on le juge.

15.

J’entends à la télé, à propos de l’affaire Russier : « Est-ce une histoire dans laquelle la Justice n’arrive pas à saisir son temps ». La Justice, car elle est contrainte de se tenir parmi les hommes, ne peut jamais rester tout à fait ni dans la raison pure, ni dans la sérénité.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 avril 2021

25 avril 2021

SOTTISES ET SPECULATIONS

SOTTISES ET SPECULATIONS

1.
Il paraît que le terme islamogauchisme n’a pas beaucoup de sens. N’empêche que si je dis que la France est judéo-chrétienne et laïque, et pas islamogauchiste, tout le monde comprend ce que je veux dire.

2.
« Et comment supporterais-je d’être homme, si l’homme n’était pas aussi poète, devineur d’énigmes et rédempteur du hasard ! »
(Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra », traduction d’Albert)

« Et comment supporterais-je d’être homme [quelquefois, on se le demande], si l’homme n’était pas aussi poète [entre deux massacres], devineur d’énigmes [salade de charades, le monde] et rédempteur du hasard ! » [c’est ainsi que l’humain en arrive à se penser nécessaire, aussi nécessaire que spectre en son château].

3.
« Les morts se réjouissaient
De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
Ils riaient de leur ombre et l’observaient
Comme si véritablement
C’eût été leur vie passée »
(Apollinaire, « La maison des morts »)

« Les morts se réjouissaient » [je suppose qu’ils souriaient de leur fameux sourire, pis qu’ils riaient aussi, très grinçants déchaussés]
« De voir leurs corps trépassés [spectres épatés d’eux-mêmes et riant de se voir si en ce] entre eux et la lumière [ce vers d’Apollinaire : photo, image, photogramme : squelettes dansants sur un sol où se découpent de grands pans de lumière]
« Ils riaient de leur ombre » [exister, c’est vivre avec son ombre, et ses ombres, nombres, concombres, congres, chicongres] et l’observaient [« Observatory Of Shadows », texte barré sur une musique à la Blue Öyster Cult]
« Comme si véritablement / C’eût été leur vie passée » [nos ombres nous définissent-elles ?]

4.
« L’idéal, dans nos pensées, est d’une fixité inébranlable. Vous ne pouvez en sortir. Il vous faut toujours (y) revenir. Il n’y a point de dehors : dehors vous ne sauriez respirer. » (Wittgenstein, « Investigations philosophiques », 103, traduction de Klossowski)

« L’idéal, dans nos pensées, est d’une fixité inébranlable » [fascination, laquelle peut mener au fanatisme ; c’est bien pour cela que je me méfie des idéalistes, ceux qui rêvent d’un éternel occident, ceux qui rêvent d’un monde converti, ceux qui se revendiquent d’utopies sociales reposant sur une fatalement illusoire égalité réelle garantie par un Etat tout puissant]. « Vous ne pouvez en sortir. » [Il faut en effet une sacrée dose de fatalisme, de scepticisme, d’individualisme, d’égotisme, voire de cynisme, pour envoyer balader tous ces idéaux là dont se revendiquent les hypocrites, les politiques et les saints]. « Il vous faut toujours (y) revenir. » [comme l’assassin sur les lieux comme on disait dans le temps des romans policiers]. « Il n’y a point de dehors : dehors, vous ne sauriez respirer. » [Le réel serait-il constitué en fonction de la vision idéale que je m’en fais ?]

5.
« Malgré notre vigilance à tous, l’assassin n’en a pas moins atteint son but !
- Pas tout à fait, remarquai-je.
- Par pur hasard, seulement ! Selon moi, cela revient au même. Quelqu’un a payé de sa vie notre négligence. Peut-on sacrifier une existence humaine ? »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « La Maison du péril » [Poirot et Hastings])

Ce dialogue illustrerait-il notre actualité française, entre menace des covids et menace islamiste ? « Peut-on sacrifier une existence humaine ? » : question de raison d’Etat.

6.
En 2021, on peut légitimement se demander si la surpopulation et ses problèmes (flux migratoires, incertitudes économiques, insécurité, communautarismes…) ne vont pas précipiter nos démocraties dans l’illusion sécuritaire, la surveillance généralisée, l’auto-censure, et la servitude volontaire à des normes jupitériennes.

7.
« La couleur rouge de l’objet que je regarde est et restera toujours connue de moi seul. Je n’ai aucun moyen de savoir si l’impression colorée qu’il donne à d’autres est identique à la mienne. » (Merleau-Ponty, « La Structure du comportement »)

De sorte que le réel dans lequel je m’active est radicalement différent du réel dans lequel l’autre, les autres, vous autres, vous vous activez. En ce sens, chacun est unique. La subjectivité radicale (et ce qu’il en fait) est la condition de l’humain, pour le pire comme pour le meilleur.

8.
Spéculations : et si, de variant en variant, à plus ou moins long terme, la nébuleuse covid finissait par décimer l’humanité ? Et si, dans quelques mois, apparaissaient des effets secondaires insoupçonnés et tardifs des vaccins ? Et si un nouveau variant rendait impossible ou très déconseillée toute (re)vaccination ? Chaipas moi, j’m’interroge.

9.
En fin de compte, le président Macron aura été surtout un gestionnaire de crises (crise des « Gilets Jaunes », crise sanitaire,…). Doté de l’étonnant argent magique, ainsi que de l’époustouflante poudre de perlimpinpin du Grand Débat National, il ne put guère compter sur l’Enchanteur Blanquer, qui lui fut à peu près aussi utile que le Merlin de la légende arthurienne revue par Alexandre Astier.

10.
Avec un variant indien qui pourrait nous tomber dessus d’un jour à l’autre (sans compter les variants déjà présents et qui n’attendent peut-être que le recul du variant anglais pour prendre le relais, à moins qu’ils attendent je ne sais quel signal chimico-physiologique, ou quelque occasion de former un nouveau et inédit combinant), et surtout avec un nombre journalier de contaminations qui stagne à plus de 30 000 quand même, alors même que l’on a, dit-on, procédé ces derniers quinze jours à beaucoup moins de tests, se pourrait-il que l’opinion publique en vienne à penser (mais elle peut se tromper) que Macron et Blanquer seraient en passe de se planter et qu’ils ne pourraient pas décemment et surtout pas, comme ils l’ont peut-être imprudemment promis, réellement déconfiner à la mi-mai sans risquer un redémarrage brutal de l’épidémie, la débâcle électorale et économique, la colère des parents et des enseignants. Macron se revendiquant pragmatique, sinon opportuniste, c’est certainement à Blanquer que nous devrons cet éventuel et triste état de choses.

11.
Réflexion d’un proche à propos d’une publicité pour un produit approuvé par l’institut Pasteur : « En France, on ne sait pas faire de vaccin, mais bon, on sait faire de la margarine ».

12.
Ceux qui disent que les électeurs de Marine Le Pen ont un QI limité font preuve d’arrogance (se croient-ils eux-mêmes si formidables ?), de mépris pour le désarroi de bon nombre de Français, et d’ignorance (ils seraient bien surpris s’ils savaient de qui exactement est constitué l’électorat de droite en France).

Patrice Houzeau
Malo, le 25 avril 2021.

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