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BREFS ET AUTRES

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22 juin 2020

DES FOIS QU'ON SE DIRAIT NOBODY'S PERFECT

DES FOIS QU'ON SE DIRAIT NOBODY'S PERFECT

 

 

  1. Entendu dans le film « Meurtre au soleil » de Guy Hamilton : « On ne diffame pas les morts ». Ce qui veut dire qu'on « ne doit pas dire du mal des morts » autant qu'il est possible de diffamer des personnes qui ne sont plus là pour se défendre.

  2. Ai pensé qu'il y avait « nobody » et ai pensé que « nobody's perfect ». Voilà à quoi ma cervelle s'amuse.

  3. J'aime bien « Meurtre au soleil ». Certes pas un chef d’œuvre, mais Peter Ustinov y interprète un Hercule Poirot assez crédible dans son ridicule et puis, il y a Diana Rigg dedans et tout le monde aima voir Diana Rigg jouer.

  4. L'humain est en lui-même une expérience de pensée.

  5. Je n'ai pas très bien vécu le confinement et l'expérience de l'enseignement à distance ne m'a pas convaincu. Le déconfinement m'est lui aussi assez amer et c'est avec peu de plaisir que me voilà tenu de croiser tant de gens qui ne me sont rien et moins que.

  6. Au fond, j'aime assez l'idée que la plupart de nos échanges soient basés sur des services marchands. On peut ainsi s'en tenir à la stricte politesse. Je crains le monde associatif et sa morale citoyenne et fatalement intrusive.

  7. Il n'y a guère que l'échéance de la mort qui puisse empêcher l'ami de finalement vous trahir.

  8. Ce n'est guère que par l'espoir d'un retour de la croissance économique que le monde de l'éducation tient encore debout. Je crains qu'une forte hausse du chômage ne finisse tout de même par obliger lycéens et étudiants à aller donner de la voix dans les rues.

  9. L'éducation nationale est de plus en plus administrative et collaborative. Aussi l'individualisme et la singularité y sont de plus en plus mal vus au profit d'une gestion bienveillante de l'obtention d'un maximum de bouts de papier appelés « diplômes » parce qu'il faut bien leur donner un nom.

  10. Chaque réforme de l'éducation nationale me donne le plaisir d'assister à ce spectacle toujours réjouissant de la victoire de l'esprit de sérieux, de l'enthousiasme plus ou moins feint et du très grand zèle administratif dont certains chefs d'établissement sont capables.

  11. Mes élèves sont inquiets. Ils savent que quelque chose ne tourne plus très rond dans le social. Ils théorisent fort peu et se méfient du désordre et des émeutes ; sans être extrémistes, loin de là, certains se disent patriotes. Je sens bien qu'ils regrettent une France dont ils ont entendu parler et qui n'existe plus.

 

Patrice Houzeau,
Malo, le 22 juin 2020.

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22 juin 2020

CONVENTION DE LA SYNCHRONIE

CONVENTION DE LA SYNCHRONIE

 

 

  1. « Philosophie Magazine » a la bonne idée de consacrer le « cahier central » de sa livraison de Juillet 2020 à quelques extraits de « Notes de chevet » de Dame Sei Shônagon, femme de lettres du XIème siècle.

  2. « Choses qui égayent le cœur » : « Beaucoup d'images de femmes, habilement dessinées, avec de jolies légendes. »
    (...)
    « De l'eau qu'on boit quand on se réveille la nuit. »
    (Dame Sei Shônagon, « Notes de chevet », traduit par André Beaujard)

  3. Cette phrase aussi, surprenante petite énigme :

    « Pour les Indiens, quand un jaguar se voit dans le miroir, il voit un homme. » (Eduardo Viveiros de Castro, in « Philosophie Magazine », juillet 2020, p.69)

  4. Quand il me semble que j'écris et que je raisonne correctement, je suis heureux. Le reste du monde étant gorgé de phrases épouvantables et de raisonnements de casseroles, je ne suis heureux que par intermittence.

  5. Le masque parle bien, mais dessous, certainement qu'il grimace, ce visage.

  6. Il y a dans l'expression « faire tomber le masque » l'idée de la vérité révélée par le visage, et il arrive que ce ne soit pas le masque qui tombe mais la tête de l'homme qui le porta.

  7. « mais, alors que l'ignorance les fait vivre dans une grande guerre,
      
    ils donnent à de tels maux le nom de paix ! »
    (La Bible de Jérusalem, « Sagesse », 14, 22)

  8. Quelque chose de l'état de guerre dans l'état d'urgence sanitaire dont nous ne sommes d'ailleurs pas tout à fait sortis. Cet état d'alerte révèle maintenant que les maux induits par « l'horreur économique » seront d'autant plus violents que la crise fut aiguë.

  9. Le présent est ce qui vient d'arriver. Un infinitésimal décalage. La durée est la persistance de l'événement. La synchronie, une convention.

  10. Il y eut le faire : la Création ; l'être : l'humain ; l'avoir conscience.

  11. « Le canard sauvage me charme quand je pense qu'il balaie, à ce que l'on dit, la gelée blanche sur ses plumes. »
    (Sei Shônagon traduit par André Beaujard, « Notes de chevet »)

  12. Parce qu'il raisonne en utilisant son imagination, l'humain est un être essentiellement imaginaire. L'extraordinaire est ce que c'est en manipulant les clés que forge son imagination qu'il ouvre toujours plus de portes dans un palais de plus en plus complexe.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2020

21 juin 2020

AU-DELA DES EXEMPLES

AU-DELA DES EXEMPLES

 

 

  1. « Il y aura la mort tu le sais mon amour
    Il y aura le malheur et les tout derniers jours »
    (Michel Houellebecq, « Derniers temps »)

  2. Il y eut tant de il y eut et donc tant de il y a, qu'il y a fort à parier qu'il y en aura, des il y a qui seront comme des gouttes d'eau semblables à bien des il y eut là.

  3. Il y aura des gares et des ports, des hangars, de petits et grands trésors, du saindoux et des côtes de porc, des camarades, des amours, la camarde, mon amour.

  4. Il y aura des clés et des sorts, histoires, rires et chansons, pleurs et malheurs, petits et grands romans, du coq au vin, des couteaux, des amours, des tombeaux, mon amour.

  5. « L'enseignement qui veut en rester aux exemples donnés se distingue de celui qui « désigne ce qui est au-delà » des exemples. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 208)

  6. Qu'il y a-t-il « au-delà des exemples ? » - Une règle, une loi, que les exemples indiquent, mais ne prouvent pas. L'exemple renvoyant sans cesse au contre-exemple, une vie exemplaire ne prouve pas qu'il y ait universalité du Bien.

  7. La folle horloge qui désire ne pas sonner toutes les heures n'est pas la sœur de celle qui sonne la dernière de nos heures. Autrement dit, il ne faut pas confondre toquante qui déménage et exactitude de la fatale.

  8. « celle-ci [la société civile] réussit souvent à s'auto-organiser pour prévenir l'apparition d'un Etat qui prétend s'ériger en pouvoir absolu. »
    (Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, « Sociologie de l'Etat »)

    La politique a pour but d'empêcher que la puissance publique n'en vienne à exercer un pouvoir quasi absolu sur l'ensemble de la société civile, tout en veillant à ce que la nécessaire liberté individuelle de chacun ne finisse par mettre en péril la continuité de l'Etat.

  9. Empêcher le roi de mettre son peuple en esclavage et empêcher le peuple de trancher la tête de son souverain est tout l'art du législateur. L'Histoire oscille sans cesse entre le fouet et la hache.

  10. Sous la Vème République, le pouvoir présidentiel est tel que, d'une certaine manière, le roi est nu. Parce qu'elle se présente comme incontestable, l'autorité du président est nécessairement contestée. C'est ainsi que, paradoxalement, un pouvoir qui se veut fort tend aisément le bâton pour se faire battre.

  11. La modernité a fait de l'administratif et de l'économique deux redoutables instruments de pouvoir. C'est ainsi que depuis quelques décennies, nous assistons à la promotion d'une nouvelle caste dominante que nous désignons par le nom peu flatteur de technocratie.

  12. Lorsque l'administratif prend le pas sur l'économie (centralisme bureaucratique de type soviétique), ou lorsque le monde économique bafoue les règles de l'administration d'Etat (néo-libéralisme), il se produit un déséquilibre qui, en cas de crise, peut être fatal et pour l'économie et pour la puissance publique. La démocratie sociale européenne tend à jouer le rôle de trait d'union entre ces deux monstres en puissance : le monde de la libre entreprise et le monde des règles et des lois.

  13. Dans les pays ultra-libéraux, la tentation du néo-conservatisme, du « politiquement correct » et de la judiciarisation à outrance est une manière de palier la violence des rapports sociaux induite par des écarts de richesse de plus en plus importants et ressentis comme injustes.

  14. Les pays où l'Etat se veut tout puissant (comme la Chine actuelle) s'appuient sur l'armée, la police, la censure et le parti unique pour faire régner un ordre menacé, lui aussi, comme aux Etats-Unis, par des écarts de richesse de plus en plus évidents.

  15. Pays ultra-libéraux et Etats tout puissants sont devant le même problème : l'hypertrophie possible de leurs appareils de production, de leurs complexes militaro-industriels, de leurs bureaucraties. Ils s'enrichissent d'autant plus vite qu'ils se fragilisent, se concurrencent et, comme nous l'avons vu récemment avec la crise du Covid-19, se déconsidèrent et perdent en crédibilité.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2020.

19 juin 2020

INTER NOS

INTER NOS

 

 

  1. « Le long fil de l'oubli se déroule et se tisse »
    (Michel Houellebecq, « Poésies »)L'oubli annihilant tout, que reste-t-il sinon la musique du vers. Cette idée aussi du rébus que ça fait, le puzzle en miettes de souvenirs.

  2. Ai évoqué avec une collègue des souvenirs de nos origines (nos familles sont du même coin). On hésite sur les noms, les prénoms, les années, les lieux mêmes. L'humain, ah l'animal, l'hésitant, le nostalgique.

  3. Evoquant avec une collègue des souvenirs sur l'origine de nos familles, soudain un doute me prend. M'aurait-on menti ? La vérité serait-elle plus âpre ? Le roman familial recèlerait-il un poison plus lent et plus violent ?

  4. La modernité bureaucratique tend à éradiquer nos appartenances, nos identités au profit d'un illusoire « vivre ensemble ». Heureux le technocrate qui n'a de foi qu'en la raison administrative et refuse de regarder ce que furent ses familles.

  5. Ai évoqué cet oncle Albert, de Gognies-Chaussée qui disait : « Je ne me déplace pas. Qui veut me voir, la porte lui est ouverte. » Ai pensé qu'un tel mode de vie paraît aujourd'hui archaïque, sinon féodal. J'envie cette libéralité de seigneur qui lors était encore loisible à l'humble oncle Albert.

  6. Je me souviens de Bernard Jeu qui nous enseignait que les structures mentales de bien des familles du Nord étaient déjà en place à la Renaissance. Il était assez intelligent pour ne pas s'en offusquer ; je crois qu'une telle idée est aujourd'hui peu « politiquement correcte ».

  7. J'imagine l'effarement de Rimbaud quand il prit conscience que ce n'était qu'en apparence qu'il vivait dans un monde hérité des Gréco-Gallo-Romains, mais qu'en fait, sa propre structure mentale était un mélange de christianisme naïf et de barbarie saxonne.

  8. Ceux que les Romains appelaient les Barbares constituèrent aussi notre identité. Nous fûmes si mélangés entre peuples venus de ce grand Est aux frontières imprécises, qu'être Français, c'est être ni latin, ni du Nord, mais de cette galaxie de peuples qui n'ont plus de nom.

  9. Je sais bien que le latin a façonné ma langue, et que les Italiens sont linguistiquement mes cousins. Et cependant, se pourrait-il que des structures mentales anciennes et peu latines se servent de la plasticité de la langue pour perdurer, s'adapter à cette modernité blêmissante au mot de « barbare » ?

  10. Je sais que j'ai tort. Pourquoi ces interrogations sur mon identité ? Pourquoi ne pas chanter comme beaucoup le vivre-ensemble et le multiculturalisme ? Je ne suis pourtant pas xénophobe. Alors ? Nostalgie ? Idéalisation du passé ? Peut-être. Résistance à la modernité ? Sans doute.

  11. L'Europe croit être aussi rationnelle et administrative qu'un Sénat romain (ou du moins de l'idée que l'on s'en fait), mais elle est aussi brouillonne et individualiste que nuées et hordes envahissant l'Occident du Vème siècle.

  12. Il est que beaucoup de Français pensent que l'Europe monétaire est nécessaire ; nécessaire aussi une Europe de la défense. Pour ce qui est de la circulation des personnes, beaucoup s'interrogent.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juin 2020.

18 juin 2020

SI SI SI

SI SI SI

 

 

  1. Si les fenêtres avaient des yeux (mais si ça se trouve hein), elles pleureraient quand il pleut et cligneraient quand il fait du soleil. La nuit elles fermeraient leurs paupières et rêveraient de jours heureux dans des rues heureuses.

  2. Si les pigeons ronronnaient, ils chasseraient les chats, lesquels s'enfuiraient à tire-d'aile en emportant nos langues.

  3. Si les étoiles avaient de longs bras élastiques, sans doute certains d'entre nous seraient ravis par ces longs filaments lumineux parcourant le monde.

  4. Si les chiens avaient des ailes, il y aurait vite des chiens de garde postés sur les toits, les tours de contrôle, et ils feraient, sous la conduite de leurs anges gardiens cynophiles, d'un bâtiment l'autre des bonds fantastiques.

  5. « Si je n'étais pas moi, je me jalouserais », dit, non sans malice, Zut.

  6. Si les livres de philosophie pouvaient parler, on ne pourrait plus s'entendre dans les bibliothèques.

  7. « If I were a rule I would bend », dit la chanson « If » de Pink Floyd. « Si j'étais une règle, je me plierais ». Et au fond, c'est ce que nous sommes, à nous-mêmes une servitude volontaire.

  8. Le présent est un passant, et parfois impatient, pressé qu'il est de passer à ce qu'il croit être l'avenir et qui n'est que lui-même toujours repris, revu, corrigé, repris, revu, corrigé, repris, revu, corrigé. Le présent travaille à la chaîne.

  9. « Les mots permettent tout », a écrit le philosophe Alain. C'est ainsi que le réel est permis par le langage. Dès lors, le présent ne cesse de nous interpeller, de nous interroger, et c'est ainsi que nous passons.

  10. Si j'étais le Covid, je dirais bien des choses au politique, et pas poliment encore.

  11. Si j'étais quelques-uns de nos politiques pendant la crise du Covid, je ne serais quand même pas très fier, mais bon, en politique, la dignité est une vertu assez rare.

  12. Si j'étais le Temps, je ne me presserais pas tant quand je suis heureux et me ferais rapide comme la flèche quand je ne le suis pas.

  13. Serait-il que nous ayons chacun notre serpent portatif et toutefois lunatique, qui, la nuit, pendant que nous dormons, s'échappe de nous pour aller étouffer nos ennemis.

  14. Si je n'étais pas si lunatique, sans doute serais-je plus solaire.

  15. Si Sissi n'était pas si sotte, sûrement apprécierais-je Sissi autant que j'apprécie Suzette, laquelle n'est assurément point aussi sotte que Sissi et qui, de plus, sait faire de délicieuses crêpes.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 18 juin 2020.

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17 juin 2020

LES MOTS PERMETTENT TOUT

LES MOTS PERMETTENT TOUT

 

 

  1. Franche occasion de rigolade que cette session du baccalauréat 2020 que je résumerai ainsi : foutaise, foutaise et technologie. Zêtes pas d'accord ? Zavez raison.

  2. Mélancolie en songeant à tous ces spécialistes de philosophie politique ou de littérature médiévale sommés par l'administration de remplir le bordereau xyz avant telle date « impérativement » pour que des « apprenants » plus ou moins crédibles obtiennent un diplôme dont la valeur est de jour en jour plus relative.

  3. « Par exemple, dans l'état de nature (tous les Etats sont dans l'état de nature, les uns au regard des autres),... » (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)
    En effet, malgré tous nos beaux discours, le droit du plus fort est toujours en vigueur dans nos décidément pénibles relations internationales.

  4. « Mais les mots permettent tout. » (Alain, « De la connaissance discursive »).
    Le politique a bien compris cette leçon qui ne cesse d'utiliser « éléments de langage », éditorialistes zélés et mensonges par omissions, brefs ce que l'on appelle la propagande.

  5. « J'y ai trouvé cette remarque d'importance que l'imagination peut lier toutes les images n'importe comment, ce qui écarte les petits systèmes du modèle anglais où la machine produit des chaînes de pensées à l'image de l'univers. » (Alain, « De la connaissance discursive »)

  6. 1) Tous les êtres humains sont égaux en droit.
    2) Le nombre d'êtres humains ne cesse de croître en dépit de la rareté naturelle.
    3) Le libéralisme non seulement économique, mais aussi politique (c'est-à-dire basé sur la liberté individuelle) est le seul rempart contre les dictatures de gauche et de droite qui s'annoncent.
    4) Ne jamais considérer qu'une prise de pouvoir par l'armée est impossible. Les militaires sont des gens qui réfléchissent.

  7. Le plus difficile est de reconnaître non seulement ses erreurs, mais aussi ses faiblesses. Pour moi, j'avoue que la lucidité me montre assurément des défaillances, auxquelles je suis souvent empêché de remédier par la faute d'un orgueil dont ma mère disait qu'il était « mal placé ».

  8. Ai été hier encore l'objet d'une tentative de manipulation de la part d'un collègue très respecté. C'est que, s'il est bien mieux vu que moi, il est cependant assez intelligent pour se rendre compte de ce que je suis et qui est tout mon orgueil.

  9. Qu'ils quittent leur travail, et ils ne seront plus rien. Ma seule limite est dans mes faiblesses. Mon travail n'est que l'une de mes activités, et bien entendu, je n'ai pas été aussi sot qu'eux qui mettent leur peu de dignité dans leur progéniture.

  10. « Si nous connaissons la machine, n'importe quoi d'autre, à savoir les mouvements qu'elle fera, paraît être déjà entièrement déterminé. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques »)

    C'est ce que je pense de l'Etat bureaucratique vers lequel, inéluctablement, nous allons. Le seul antidote réside dans le singulier (voilà pourquoi Céline, Rimbaud, De Gaulle et « The Man On The Moon » nous sont si précieux).

  11. La bureaucratie n'a pas besoin de gens comme moi. La légitimité, oui. Je dois être le seul professeur de Lettres de LP à dire que la plupart des cours (hors ceux donnés en enseignement professionnel) sont inutiles et contre-productifs. Cela me rend mélancolique et contre tous.

  12. Attention à la dernière lubie de Blanquer : Les « vacances apprenantes », outre que ça va coûter bonbon, m'apparaissent comme une tentative de plus pour infuser dans l'opinion les éléments d'une idéologie du « vivre ensemble » aussi dangereuse qu'illusoire.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 17 juin 2020.

14 juin 2020

CHRONIQUE DU 14 JUIN 2020

CHRONIQUE DU 14 JUIN 2020

 

 

  1. Il m'arrive de penser que l'état de droit est, dans les faits, un état de nature maquillé : au droit du plus fort s'est substitué le droit du plus rusé.

  2. « Mais si l'herbe de son clos se pourrit sur la terre, ou que les fruits de ses plantes et de ses arbres se gâtent, sans qu'il se soit mis en peine de les recueillir et de les amasser, ce fonds, quoique fermé d'une clôture et de certaines bornes, doit être regardé comme une terre en friche et déserte, et peut devenir l'héritage d'un autre. »
    (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)

  3. Le monde n'appartenant à personne, c'est une grande illusion que de croire que la maîtrise de la nature donne à l'humain des droits particuliers. L'humain usurpe chaque jour un droit de propriété que le réel, par nature, dénonce.

  4. Il me sembla, ce 14 juin 2020, que le président Macron, s'il partait maintenant, laisserait une France en bien piteux état, troublée qu'elle est par des courants de plus en plus radicaux et par une faiblesse étonnante (eu égard à son arrogance) de son élite politique.

  5. Entendu ces jours derniers quelqu'un évoquer « l'obésité administrative » de la France. Ai trouvé l'expression fort juste. Il suffit pour cela de considérer le zèle mis par les pouvoirs publics à inventer presque jour de nouveaux motifs de contravention et d'amende.

  6. Nous avons beau tous dénoncer l'inflation administrative, il semble que nos maîtres soient sourds et continuent à vouloir toujours plus de contrôles, de commissions, de sous-commissions et de circulaires contresignées par de petits chefs aussi incompétents que diplômés.

  7. Je me souviens que le président Macron évoquait parfois la nécessité d'une « pensée complexe ». Nous en voyons le résultat, de sa « pensée complexe » à Macron : manifestations régulières et régulièrement sur le point de virer à l'émeute ; crise sanitaire, économique et sociale.

  8. Nous sommes passés en France d'une administration au service du public à une administration au service de l'économie, voire au service des intérêts particuliers du gouvernement. C'est ainsi qu'on tue un pays.

  9. Se pourrait-il que le Front National ait été fondé dans le but de contrôler les militants d'extrême-droite et que La France Insoumise ait été créée pour mieux contrôler l'extrême-gauche ?

  10. On dit que le président Macron serait fidèle en amitié. C'est là un défaut. Quand il s'agit d'argent et de pouvoir, nulle amitié possible, sauf en de rares exceptions. N'est pas De Gaulle ou Malraux qui veut.

  11. Il faudrait peut-être commencer par créer des postes de soignants dans le secteur de la santé, et ensuite, créer des formations réellement spécialisées, et cela dès le lycée, afin de pourvoir ces postes.

  12. La massification de l'enseignement supérieur a mis la charrue avant les bœufs : on a d'abord créé des filières puis on s'est ensuite posé la question des débouchés : d'où l'inflation d'administratifs divers et variés dans tous les secteurs d'activité et la paralysie qui en découle.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 juin 2020.

13 juin 2020

QU'UN SEUL SOIT LESE ET NOUS SERONS TOUS MENACES

QU'UN SEUL SOIT LESE ET NOUS SERONS TOUS MENACES

 

 

  1. Au train où vont certains politiques et certains de leurs zélés soutiens dans la réécriture de la crise, zallez voir que bientôt on nous dira sans rire que la France n'a pas manqué de masques et que si on a dû confiner, c'est tout de la faute aux syndicats.

  2. « La communication en image est notre nouvelle magie. »
    (Isabelle Sorrente, « Philosophie Magazine » n°139, juin 2020, p.37)
    Et les algorithmes nos abracadabras.

  3. Passer d'une civilisation du texte à une civilisation de l'image ne me semble pas être un progrès. C'est passer de la diachronie à la synchronie, c'est abandonner le projet pour l'illusion du présent.

  4. Une crise n'est pas une maladie, c'est l'indice de la progression d'une maladie. Que notre monde globalisé, technologique et de plus en plus bureaucratique se soit laissé surprendre par un virus est symptomatique qu'il est atteint d'un mal plus profond qu'il le croit.

  5. Peu importe que Macron et Edouard Philippe ne soient pas toujours d'accord : ce qu'il faut c'est qu'ils restent à leurs postes et tirent le secteur de la santé du foutoir dans lequel techno-énarques et administrateurs divers l'ont fichu.

  6. Le 13 juin 2020, à la veille d'une nouvelle allocution du président Macron, il ne semblait guère crédible qu'il fût vraiment sincère dans sa volonté de « se réinventer ». On s'attendait à ce qu'il reprenne le cours des réformes comme si quasi rien ne s'était passé.

  7. J'entends ce matin (13 juin 2020) que Pékin connaîtrait un rebond de l'épidémie du Covid-19 (une cinquantaine de cas d'après la boîte à coucous). Euh... Etant donnée la sincérité légendaire des autorités chinoises, si j'étais politique, je me poserais la question d'un éventuel retour du tueur invisible.

  8. Tiens, un sujet pour un article et celui qui voudrait l'écrire : Et si le baccalauréat 2020 était le premier diplôme virtuel de l'histoire de l'éducation ?

  9. « Ainsi, plutôt que de regarder le présent, nous cherchons à nous évader vers le futur, voire à lui donner les couleurs de l'utopie. »
    (Philosophie Magazine n°139, p.41)
    Certes, mais c'est bien en analysant le présent que nous pensons le futur. Que certaines grilles d'interprétation soient fautives n'implique pas la fausseté de l'analyse.

  10. La crise de 1929 a contribué à la montée des périls. Quelle sera la conséquence de la crise économique induite par l'effondrement brutal de la production mondiale ? Un redémarrage rapide (financé par la dette), à condition qu'il concerne l'ensemble des continents. Qu'un seul soit lésé et nous serons tous menacés.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2020.

13 juin 2020

CHRONIQUE DU POST-CONFINEMENT

CHRONIQUE DU POST-CONFINEMENT

 

 

  1. Démissionner et quitter l'Elysée (ou Matignon) dans le but de préparer sa réélection serait erreur fatale. Les Français ne pardonneraient pas à celui qui déserterait son poste alors que le pays est en crise, et qu'on ne sait pas quel monstre au juste sortira de l’œuf Covid.

  2. Si j'avais quelque Dieu, je l'appellerais Donc. Bien que je sache que le chaos soit sans principe d'identité, il n'y a guère qu'en la logique qu'on puisse se fier.

  3. Sans la liberté individuelle, l'humanité ne serait qu'une secte.

  4. A quoi sert de dépenser tant d'argent pour aller dans l'espace ?
    A quoi sert de dépenser tant d'argent pour créer, vendre et acheter des armes ?
    A quoi sert de dépenser tant d'argent pour tourner des films, organiser des championnats de foot, habiller des mannequins avec des extravagances ?
    A faire vivre les dizaines de millions de gens qui travaillent dans les industries de la recherche spatiale, de l'armement, du cinéma, du sport, du luxe et j'en passe et j'en passe et j'en passe.

  5. Bien entendu, on pourrait imaginer une humanité du partage généralisé (organisé par qui?) : c'est sans doute le but commun des chrétiens les plus sincères et des communistes les plus naïfs. Le monde serait alors peuplé d'une immense secte où toute liberté individuelle serait abolie.

  6. Il se dit partout que la crise provoquée par le Covid sera très dure. C'est même pire que cela : il faut songer que cette crise économique mondiale provoquera sans nul doute tensions internationales, bruits de bottes, terrorisme.

  7. Comme je l'ai déjà dit, cette crise sanitaire nous rappelle que l'état de croissance continue est une exception dans l'histoire humaine. L'humanité est plus souvent en état de survie qu'en état de prospérité, et les braves gens de s'ébahir que la précarité alimentaire existe encore en France.

  8. Je rappelle que grâce au merveilleux et très démagogique 80% d'élèves au niveau du baccalauréat, nous n'avons en France plus assez d'ouvriers agricoles cependant que nos universités sont pleines de sociologues.

  9. Nous vivons la porte ouverte et nous étonnons que tout le monde ne puisse manger à sa faim dans la maison de nos pères.

  10. L'enseignement à distance est une illusion. On finirait par donner des cours à des logiciels.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2020.

13 juin 2020

DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE

DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE

 

 

  1. « Donc qui veut dire quelque chose, doit aussi posséder une langue ; et pourtant il est clair que le fait de vouloir parler ne l'oblige pas de parler. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 338)

  2. Le réel signifie par ce que l'humain veut dire.

  3. L'univers est un malentendu. Les dieux sont trop loin. Ils n'entendent que des échos, qu'ils prennent pour des prières, alors que ce sont des imprécations.

  4. « Il y avait certaines habitudes qui constituaient la vie et voilà qu'il n'y a plus rien du tout »
    (Michel Houellebecq, « Les insectes courent entre les pierres »)

  5. Apprendre à vivre revient-il à donner du sens, malgré tout, à une suite d'habitudes ?

  6. La publication est une habitude. Chaque rentrée littéraire apporte son lot de livres qui n'ont qu'un seul but : affirmer que la littérature n'est pas morte et que l'humain est donc toujours aussi habile dans l'art de se raconter des histoires.

  7. Le langage donne raison et affole, et l'esprit devient ce qu'il est : une toupie.

  8. « Je n'entends pas que dans le cas de l'expression de l'intention « j'absorberai des comprimés » la prédiction soit la cause et son accomplissement l'effet. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 632)

  9. La prédiction n'est pas la cause mais un commentaire de la cause. Parler, c'est enquêter sur le réel.

  10. Le livre en ce qu'il raconte une histoire est un mensonge. La vérité est dans le style. Je me fiche de Julien Sorel tandis que la rapidité stendhalienne renvoie à la nécessaire rapidité du monde.

  11. Les habiles scénarios de Tarantino ne seraient rien sans sa virtuosité de cinéaste. La construction scénaristique n'est pas au service d'une vérité de l'histoire (ce ne sont que des bêtises) mais au service d'une vérité du style. Tarantino nous est donc très précieux qui ne prétend pas révéler on ne sait quelle vérité profonde de l'histoire du monde, mais nous rappelle que le style fascine.

  12. A contrario, les auteurs engagés tissent des leurres qui prétendent nous apprendre quelque chose mais ne font jamais que nous engluer dans le politique.

  13. La littérature ? Un malentendu : les gens croient lire des histoires alors qu'ils ne lisent que du style.

  14. Lorsque les gens se rendent compte à quel point les livres leur mentent, leur racontent des histoires, il arrive qu'alors l'imprimé les déprime.

  15. Le professeur qui affirme que « Le Rouge et le Noir » apprend aux élèves quelque chose sur l'amour est soit un sot, soit un menteur.

  16. Il y a derrière chaque toile narrative une araignée téléologique : lisez ce roman et vous comprendrez pourquoi la peine de mort, c'est pas bien. Fichaise. J'aime beaucoup « L'Etranger » de Camus et je suis pour la peine de mort.

  17. La littérature n'apprend rien que sur la fascination. En ce sens, « Don Quichotte » est un chef d’œuvre : si vous prenez pour argent comptant ce que racontent les romans, les ailes des moulins à vent vous perdront.

  18. La politique est sans doute la plus dangereuse des fictions, à laquelle nous sommes contraints d'adhérer sous peine de chuter dans le réel.

  19. « Kill Bill » de Tarantino est en effet très précieux : par quoi exactement sommes-nous fascinés lorsque nous contemplons cette suite de combats au sabre, cette hécatombe chorégraphiée ?

  20. La parodie, la dérision, l'hyperbole sont autant de manières de déjouer les pièges de la littérature engagée. Rire à San-Antonio peut éviter de niaiser avec Hugo.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 13 juin 2020.

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