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BREFS ET AUTRES

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25 juin 2020

OU FLOTTENT MES ESPRITS

OU FLOTTENT MES ESPRITS

 

 

  1. Les humains mettent les horloges à l'heure de l'acte libre, mais le temps n'existant que par convention, les horloges bégaient.

  2. Nous attendions des agents l'usage de la raison dans leur conduite. Hélas, ils n'avaient guère autre chose qu'un fouet sur la langue.

  3. Sont-ils tous nés gouvernés ? Sont-ils tous si libres de faire langue commune et de renverser un soleil pour le remplacer par un soleil ? Faut-il que toujours la lumière vienne d'ailleurs ?

  4. Pourquoi veut-on m'empêcher d'exercer mon droit à l'indifférence ? Quel est cet esclavage moderne qui voudrait que mon destin fût fatalement lié à celui d'autres qui ne me sont rien ?

  5. Pourquoi devrais-je comprendre comment fonctionne la chimère atroce qui agite ces autres, que quelques points de croissance en moins transformeront, à coup sûr, en voleurs, sinon en assassins ?

  6. La surpopulation aiguise les couteaux aussi sûrement que le fait la pauvreté.

  7. « le gouvernement s'effrite quand le pouvoir législatif – la volonté expresse de la majorité, « l'âme qui donne à la république sa forme, sa vie et son unité » - se désagrège lui-même. »
    (Simone Goyard-Fabre, « Les Traités politiques de Locke »)

  8. « Une couleur factice salit le corps, elle ne le change pas. »
    (Petrone traduit par Pierre Grimal, « Le Satiricon » [Giton])

    Ainsi ai-je souvent pensé cela des tatouages, parfois magnifiques il est vrai, mais aussi menteurs et révélateurs que l'habituel verbiage dans lequel nous pataugeons.

  9. L'une des raisons pour lesquelles je suis contre les fameuses épreuves orales, auxquelles semble tant tenir le sieur Blanquer, c'est que je revendique pour chacun et donc aussi pour les élèves, le droit au silence, au quant-à-soi, à la discrétion, à la réserve. Timidité n'est pas vice.

  10. En passant du service public de l'instruction au service obligatoire de l'éducation, nous sommes passés de la transmission des savoirs à l'influence sur les idées, voire à la propagande et la manipulation. Fort heureusement, les élèves ne croient pas plus à la morale de leurs enseignants que les catholiques croient aux contes bleus de leurs curés.

  11. « Heureux si dans le trouble où flottent mes esprits,
       Je n'avais toutefois à craindre que ses cris ! »
    (Racine, « Iphigénie », v.1319-20 [Agamemnon])

  12. Sans doute qu'ils flottent, nos esprits. L'administration nous croit rationnels. Cette naïveté finira par lui faire perdre la tête.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2020

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25 juin 2020

CHRONIQUE DU 24 JUIN 2020

CHRONIQUE DU 24 JUIN 2020

 

 

  1. Au soir du 24 juin 2020, il semblait à beaucoup de Français que nous étions dans l’œil du cyclone et que l'épidémie du Covid reprendrait bientôt sa sinistre moisson.

  2. En juin 2020, sans que cela fût dit dans les médias, beaucoup commençaient à le trouver « bizarre », ce virus qui, tel un missile attaché à sa proie, allait, venait, zigzaguait, comme mû par on ne sait quel programme.

  3. Si l'épidémie reprenait en France, que ferions-nous ? Un confinement tel que nous l'avions vécu ces derniers mois serait fatal à notre économie. Sans doute faudra-t-il tester massivement, se masquer, et apprendre à vivre avec l'ennemi.

  4. Si j'étais actuellement au pouvoir, je m'assurerais qu'en cas de deuxième vague du Covid, nos hôpitaux auraient assez de lits, de personnel et de matériel nécessaires ; je m'assurerais aussi des stocks disponibles de masques et de tests, et aussi du soutien de l'armée.

  5. En théorie, la majorité actuelle ne peut plus gagner aucune élection, la crise sanitaire qu'il a, par son imprévoyance, en partie provoquée, étant suivie d'une crise économique dont chacun peut mesurer chaque jour les premiers ravages.

  6. Il se pourrait qu'une deuxième vague de Covid fût fatale à certaines de nos institutions. Outre le discrédit qui s'abat sur nos politiques, jugés imprévoyants, sinon menteurs, qu'en sera-t-il de la légitimité des forces de police, de l'enseignement supérieur, du législateur, du candidat ?

  7. Cette crise du Covid aura été aussi une crise de l'expertise. Nul besoin de citer aucun nom pour se souvenir des errances de la parole, des à-peu-près d'autorité, des semi-mensonges et des demi-vérités que nos « experts » ont répandus non sans conviction dans tous les médias.

  8. Je me demande quel sera le nombre de suicides imputables aux conséquences de la crise sanitaire doublée de la crise économique. Je me demande s'il y aura un seul politique pour reconnaître qu'en effet sa part de responsabilité est loin d'être petite.

  9. Il est aussi que cette crise du Covid sera sans doute à l'origine d'une crise des frontières. Le chômage montant, les Français accepteront-ils encore autant de migrants et de travailleurs étrangers sur leur territoire ?

  10. Il est bien entendu possible qu'une forte montée du chômage provoque quelque colère chez les « apprenants », lesquels vont finir par se demander pourquoi on leur fait faire autant d'années d''études alors qu'ils pourraient beaucoup plus vite apprendre leur métier.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 juin 2020

24 juin 2020

AUTOUR DE LA FILLE SANS NOM

AUTOUR DE LA FILLE SANS NOM

 

 

  1. A la note 306 de ses « Investigations philosophiques », Wittgenstein écrit « Pourquoi nierais-je qu'il y a un processus intellectuel ? » et ceci, qui pourrait passer pour inutile en ce qui concerne la suite du raisonnement, met justement l'accent sur le processus intellectuel propre au fait de conscience.

  2. La majorité des députés ne semblant plus représenter la volonté nationale, il est nécessaire de dissoudre l'Assemblée. Un remaniement du gouvernement ne saurait palier cet état de crise latente, cependant que la gravité des événements commande un exécutif fort et ferme dans ses décisions.

  3. « Les villes que j'ai vues vivaient comme des folles »
    (Apollinaire, « Le voyageur »)
    « Les villes » sont ici la métaphore de l'humanité, diverse et sans doute trop pleines de sens.

  4. « Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon
      
    Achille préférât une fille sans nom »
     
    (Racine, Iphigénie, v.707-8 [Eriphile])

Ce qui n'a pas de nom n'existe pas. Eriphile existe bien en tant que fille, mais le doute sur sa lignée empêche qu'on l'aime, bien qu'Iphigénie la jalousât.

  1. « Je me suis laissé approcher par qui ne me questionnait pas,
      
    je me suis laissé trouver par qui ne me cherchait pas. »
      
    (La Bible de Jérusalem, « Isaïe », 65, 1)

  2. Ce n'est pas tant le style qui effraie l'administratif, que cette fronde de la langue du grand style.

  3. Les êtres qui n'ont pas de nom n'existent pas. Ils sont là pourtant, dans l'invisible. Qu'on les nomme et ils se manifestent. Ils sont légion.

  4. Nous avons inventé les démons et les démons nous ont tourmentés. Nous avons inventé nos amours et nos amours ont orienté nos vies.
    Ce n'est que par les noms que les êtres font sens. En dehors des noms, ils ne sont que radicale étrangeté.

  5. Puis-je dire que le jeu d'échecs se définit par l'ensemble des parties jouées et des règles qu'on en a déduites ?

  6. Ce n'est pas une fine connaissance des stratégies du jeu qui en change les règles, cependant qu'elle en change la pratique, qu'elle en définit la grammaire.

  7. Ce n'est pas une fine connaissance des pratiques d'une langue qui en change la grammaire, cependant qu'elle en influence l'usage, lequel demande justement qu'on pratiquât la langue.

  8. Ce qui fait la complexité de l'humain, c'est qu'il fait jeu de la langue, qu'il en multiplie tellement les usages que nul dieu n'y retrouve ses créatures.

  9. Le politique court après la complexité de l'humain, et pour cela ne cesse d'inventer de nouveaux mots, lesquels font rire, quand ils ne font pas pleurer.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 juin 2020

 

 

24 juin 2020

JUSTIFIONS LE MIRLITON

JUSTIFIONS LE MIRLITON

 

 

  1. Descendi dégringoli fuchi-fichu
    De tous ces oh la la qu'sé haut
    Où la lumière équationne calcu-
    le je me dis bin qu'cé pas beau
    Cor une fois qu'te v'là sul'cul

  2. Mangeons mangeaillons & prenons
    En de la graisse et quand Covid
    Reviendra qu'nous asphyxi-irons
    Nous n'serons ni creux ni vides
    Et la terre nous fertiliserons.

  3. Je serons comme l'ours dans sa
    Fosse me tournerons & re re re
    Balançant ma lourde caboche ma
    Lourde de pensées de passé Grr
    Grr Grr grand grognon serai-je
    Ours quand on nous reconfinera

  4. Défois qu'on verrot apparaître
    Jésus ou l'pangolin antéchrist
    Ou q'du ciel chutant des êtres
    Viendroient jactant l'mystique
    Comme tu causes prix du beurre
    Réforme à Blanquer pis tout ça
    Qu'étouffe vacille qu'ça meurt
    C'est que te v'là fou mon gars

  5. C'est fascinant comme le niveau
    Monte jadis on n'savait rien oh
    On étot très ignorant mais avec
    L'Education Natio-o-nale quésk
    Quésk quésk'on est malin & q'on
    sait tout Pangolin et pollution
    Pandémie et récession logiciels
    Qu'les robots nous remplaceront
    Quand tous confinés nous serons
    Qil nous tombera dessus le ciel

    Patrice Houzeau
    Malo, le 24 juin 2020

     

24 juin 2020

MIRLITONNERIES POUR QU'AUSSI JE RIE

MIRLITONNERIES POUR QU'AUSSI JE RIE

 

1. Vivement samedi que j'vas à la ville
   
Avec ma cousine Vanille
   
Et mon pote fantôme Freddy
   
Stilal qu'a des griffes
   
Visiter les zanimos zà
   
Venin pis ceux qui comme Freddy
   
Ont des griffes
   
Et qu'on zieute au zoo là.

2. Défois j'irais bien aux confins du désert
    
Ça s'rait comme un hein ça s'rait comme un rite
    
Qu'défois j'irais bien aux confins du désert
    
Des Tartares ou bien çui-là qu'on dit Mojave
    
Je dis Mojave parce que ça rime avec bave
    
Etc... mais c'est mieux avec des frites.

3. Défois je regarde la glauque qui se déploie
    
Qu'on dirait un grand mouchoir verdâtre
    
Dans lequel tombe un crachat rougeâtre
    
Un machin qu'on appelle soleil je crois.

4. Bizarre bizarre comme c'est bizarre
   
De par le monde des gens meurent
   
D'un virus persistant asphyxiant très bizarre
   
Bizarre comme c'est bizarre
   
Les économies s'effondrent les gens meurent
   
Comment voulez-vous dites comment
   
Qu'on n'croie pas défois qu'on nous ment.

5. J'aime bien les pumas, mais c'est juste pour leur nom
   
Car j'aime aussi les Incas dont je ne sais que le nom
   
Si l'on m'interrogeait sur ces fauves ou sur ces Indiens
   
J'auros alors tout rond le zéro, j'crois bien.

6. Les politiques si ça s'trouve n'existent pas
   
C'est juste des robots fabriqués par des gars
   
Venus d'on ne sait quelle extraterrestre où ça
   
Pis qui nous rackettent nous soumettent voilà.

7. J'aime bien les chansons étranges
   
Aux atmosphères d'orgues et spectrales
   
Aussi des guitares qui dérivent en rafales
   
J'y pige que couic c'est pourtant pas la langue des anges
   
C'est juste de l'anglais mais moi la musique m'suffit
   
Car de la langue à la Queen je n'en sais pas un penny.

8. C'est juste de l'angliche qu'ça cause de pouliche
   
Surnaturelle tu crois bin non c'est juste d'la godiche
   
Avec des calculettes derrière leurs yeux de biche
   
Des beautés coûteuses pour lesquelles on s'pourlèche
   
Qu'on ferait mieux défois d'aller à la pêche.

9. Défois quand cause le président
   
Cause le président
   
Cause le président
   
J'me chante en d'dans La Danse des canards
   
Ou bien Papa Pingouin
   
Parce que Qu'est-ce qu'il est bavard
   
Not' président
   
Not' président
   
Not' président
   
Et pis Tagada Tsoin Tsoin.

10. Y a des vers d'Apollinaire oùsque les enfants des morts vont jouer dans le cimetière. Je me demande bien si cet hiver, vu qu'on dit qu'la Covide va r'venir nous faire des misères, combien y en aura, d'enfants des morts, dans les cimetières.

11. Et puis parce que tout finit par des chansons
     
Laissez-moi chanter Macron Macron
     
Donne-nous des ronds
     
Du blé d'l'oseille du pèze des sous
     
Sinon Macron Macron
     
Ta réélection
     
Tu l'auras dans l'chou.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juin 2020.

 

 

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22 juin 2020

DES FOIS QU'ON SE DIRAIT NOBODY'S PERFECT

DES FOIS QU'ON SE DIRAIT NOBODY'S PERFECT

 

 

  1. Entendu dans le film « Meurtre au soleil » de Guy Hamilton : « On ne diffame pas les morts ». Ce qui veut dire qu'on « ne doit pas dire du mal des morts » autant qu'il est possible de diffamer des personnes qui ne sont plus là pour se défendre.

  2. Ai pensé qu'il y avait « nobody » et ai pensé que « nobody's perfect ». Voilà à quoi ma cervelle s'amuse.

  3. J'aime bien « Meurtre au soleil ». Certes pas un chef d’œuvre, mais Peter Ustinov y interprète un Hercule Poirot assez crédible dans son ridicule et puis, il y a Diana Rigg dedans et tout le monde aima voir Diana Rigg jouer.

  4. L'humain est en lui-même une expérience de pensée.

  5. Je n'ai pas très bien vécu le confinement et l'expérience de l'enseignement à distance ne m'a pas convaincu. Le déconfinement m'est lui aussi assez amer et c'est avec peu de plaisir que me voilà tenu de croiser tant de gens qui ne me sont rien et moins que.

  6. Au fond, j'aime assez l'idée que la plupart de nos échanges soient basés sur des services marchands. On peut ainsi s'en tenir à la stricte politesse. Je crains le monde associatif et sa morale citoyenne et fatalement intrusive.

  7. Il n'y a guère que l'échéance de la mort qui puisse empêcher l'ami de finalement vous trahir.

  8. Ce n'est guère que par l'espoir d'un retour de la croissance économique que le monde de l'éducation tient encore debout. Je crains qu'une forte hausse du chômage ne finisse tout de même par obliger lycéens et étudiants à aller donner de la voix dans les rues.

  9. L'éducation nationale est de plus en plus administrative et collaborative. Aussi l'individualisme et la singularité y sont de plus en plus mal vus au profit d'une gestion bienveillante de l'obtention d'un maximum de bouts de papier appelés « diplômes » parce qu'il faut bien leur donner un nom.

  10. Chaque réforme de l'éducation nationale me donne le plaisir d'assister à ce spectacle toujours réjouissant de la victoire de l'esprit de sérieux, de l'enthousiasme plus ou moins feint et du très grand zèle administratif dont certains chefs d'établissement sont capables.

  11. Mes élèves sont inquiets. Ils savent que quelque chose ne tourne plus très rond dans le social. Ils théorisent fort peu et se méfient du désordre et des émeutes ; sans être extrémistes, loin de là, certains se disent patriotes. Je sens bien qu'ils regrettent une France dont ils ont entendu parler et qui n'existe plus.

 

Patrice Houzeau,
Malo, le 22 juin 2020.

22 juin 2020

CONVENTION DE LA SYNCHRONIE

CONVENTION DE LA SYNCHRONIE

 

 

  1. « Philosophie Magazine » a la bonne idée de consacrer le « cahier central » de sa livraison de Juillet 2020 à quelques extraits de « Notes de chevet » de Dame Sei Shônagon, femme de lettres du XIème siècle.

  2. « Choses qui égayent le cœur » : « Beaucoup d'images de femmes, habilement dessinées, avec de jolies légendes. »
    (...)
    « De l'eau qu'on boit quand on se réveille la nuit. »
    (Dame Sei Shônagon, « Notes de chevet », traduit par André Beaujard)

  3. Cette phrase aussi, surprenante petite énigme :

    « Pour les Indiens, quand un jaguar se voit dans le miroir, il voit un homme. » (Eduardo Viveiros de Castro, in « Philosophie Magazine », juillet 2020, p.69)

  4. Quand il me semble que j'écris et que je raisonne correctement, je suis heureux. Le reste du monde étant gorgé de phrases épouvantables et de raisonnements de casseroles, je ne suis heureux que par intermittence.

  5. Le masque parle bien, mais dessous, certainement qu'il grimace, ce visage.

  6. Il y a dans l'expression « faire tomber le masque » l'idée de la vérité révélée par le visage, et il arrive que ce ne soit pas le masque qui tombe mais la tête de l'homme qui le porta.

  7. « mais, alors que l'ignorance les fait vivre dans une grande guerre,
      
    ils donnent à de tels maux le nom de paix ! »
    (La Bible de Jérusalem, « Sagesse », 14, 22)

  8. Quelque chose de l'état de guerre dans l'état d'urgence sanitaire dont nous ne sommes d'ailleurs pas tout à fait sortis. Cet état d'alerte révèle maintenant que les maux induits par « l'horreur économique » seront d'autant plus violents que la crise fut aiguë.

  9. Le présent est ce qui vient d'arriver. Un infinitésimal décalage. La durée est la persistance de l'événement. La synchronie, une convention.

  10. Il y eut le faire : la Création ; l'être : l'humain ; l'avoir conscience.

  11. « Le canard sauvage me charme quand je pense qu'il balaie, à ce que l'on dit, la gelée blanche sur ses plumes. »
    (Sei Shônagon traduit par André Beaujard, « Notes de chevet »)

  12. Parce qu'il raisonne en utilisant son imagination, l'humain est un être essentiellement imaginaire. L'extraordinaire est ce que c'est en manipulant les clés que forge son imagination qu'il ouvre toujours plus de portes dans un palais de plus en plus complexe.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juin 2020

21 juin 2020

AU-DELA DES EXEMPLES

AU-DELA DES EXEMPLES

 

 

  1. « Il y aura la mort tu le sais mon amour
    Il y aura le malheur et les tout derniers jours »
    (Michel Houellebecq, « Derniers temps »)

  2. Il y eut tant de il y eut et donc tant de il y a, qu'il y a fort à parier qu'il y en aura, des il y a qui seront comme des gouttes d'eau semblables à bien des il y eut là.

  3. Il y aura des gares et des ports, des hangars, de petits et grands trésors, du saindoux et des côtes de porc, des camarades, des amours, la camarde, mon amour.

  4. Il y aura des clés et des sorts, histoires, rires et chansons, pleurs et malheurs, petits et grands romans, du coq au vin, des couteaux, des amours, des tombeaux, mon amour.

  5. « L'enseignement qui veut en rester aux exemples donnés se distingue de celui qui « désigne ce qui est au-delà » des exemples. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 208)

  6. Qu'il y a-t-il « au-delà des exemples ? » - Une règle, une loi, que les exemples indiquent, mais ne prouvent pas. L'exemple renvoyant sans cesse au contre-exemple, une vie exemplaire ne prouve pas qu'il y ait universalité du Bien.

  7. La folle horloge qui désire ne pas sonner toutes les heures n'est pas la sœur de celle qui sonne la dernière de nos heures. Autrement dit, il ne faut pas confondre toquante qui déménage et exactitude de la fatale.

  8. « celle-ci [la société civile] réussit souvent à s'auto-organiser pour prévenir l'apparition d'un Etat qui prétend s'ériger en pouvoir absolu. »
    (Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, « Sociologie de l'Etat »)

    La politique a pour but d'empêcher que la puissance publique n'en vienne à exercer un pouvoir quasi absolu sur l'ensemble de la société civile, tout en veillant à ce que la nécessaire liberté individuelle de chacun ne finisse par mettre en péril la continuité de l'Etat.

  9. Empêcher le roi de mettre son peuple en esclavage et empêcher le peuple de trancher la tête de son souverain est tout l'art du législateur. L'Histoire oscille sans cesse entre le fouet et la hache.

  10. Sous la Vème République, le pouvoir présidentiel est tel que, d'une certaine manière, le roi est nu. Parce qu'elle se présente comme incontestable, l'autorité du président est nécessairement contestée. C'est ainsi que, paradoxalement, un pouvoir qui se veut fort tend aisément le bâton pour se faire battre.

  11. La modernité a fait de l'administratif et de l'économique deux redoutables instruments de pouvoir. C'est ainsi que depuis quelques décennies, nous assistons à la promotion d'une nouvelle caste dominante que nous désignons par le nom peu flatteur de technocratie.

  12. Lorsque l'administratif prend le pas sur l'économie (centralisme bureaucratique de type soviétique), ou lorsque le monde économique bafoue les règles de l'administration d'Etat (néo-libéralisme), il se produit un déséquilibre qui, en cas de crise, peut être fatal et pour l'économie et pour la puissance publique. La démocratie sociale européenne tend à jouer le rôle de trait d'union entre ces deux monstres en puissance : le monde de la libre entreprise et le monde des règles et des lois.

  13. Dans les pays ultra-libéraux, la tentation du néo-conservatisme, du « politiquement correct » et de la judiciarisation à outrance est une manière de palier la violence des rapports sociaux induite par des écarts de richesse de plus en plus importants et ressentis comme injustes.

  14. Les pays où l'Etat se veut tout puissant (comme la Chine actuelle) s'appuient sur l'armée, la police, la censure et le parti unique pour faire régner un ordre menacé, lui aussi, comme aux Etats-Unis, par des écarts de richesse de plus en plus évidents.

  15. Pays ultra-libéraux et Etats tout puissants sont devant le même problème : l'hypertrophie possible de leurs appareils de production, de leurs complexes militaro-industriels, de leurs bureaucraties. Ils s'enrichissent d'autant plus vite qu'ils se fragilisent, se concurrencent et, comme nous l'avons vu récemment avec la crise du Covid-19, se déconsidèrent et perdent en crédibilité.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2020.

19 juin 2020

INTER NOS

INTER NOS

 

 

  1. « Le long fil de l'oubli se déroule et se tisse »
    (Michel Houellebecq, « Poésies »)L'oubli annihilant tout, que reste-t-il sinon la musique du vers. Cette idée aussi du rébus que ça fait, le puzzle en miettes de souvenirs.

  2. Ai évoqué avec une collègue des souvenirs de nos origines (nos familles sont du même coin). On hésite sur les noms, les prénoms, les années, les lieux mêmes. L'humain, ah l'animal, l'hésitant, le nostalgique.

  3. Evoquant avec une collègue des souvenirs sur l'origine de nos familles, soudain un doute me prend. M'aurait-on menti ? La vérité serait-elle plus âpre ? Le roman familial recèlerait-il un poison plus lent et plus violent ?

  4. La modernité bureaucratique tend à éradiquer nos appartenances, nos identités au profit d'un illusoire « vivre ensemble ». Heureux le technocrate qui n'a de foi qu'en la raison administrative et refuse de regarder ce que furent ses familles.

  5. Ai évoqué cet oncle Albert, de Gognies-Chaussée qui disait : « Je ne me déplace pas. Qui veut me voir, la porte lui est ouverte. » Ai pensé qu'un tel mode de vie paraît aujourd'hui archaïque, sinon féodal. J'envie cette libéralité de seigneur qui lors était encore loisible à l'humble oncle Albert.

  6. Je me souviens de Bernard Jeu qui nous enseignait que les structures mentales de bien des familles du Nord étaient déjà en place à la Renaissance. Il était assez intelligent pour ne pas s'en offusquer ; je crois qu'une telle idée est aujourd'hui peu « politiquement correcte ».

  7. J'imagine l'effarement de Rimbaud quand il prit conscience que ce n'était qu'en apparence qu'il vivait dans un monde hérité des Gréco-Gallo-Romains, mais qu'en fait, sa propre structure mentale était un mélange de christianisme naïf et de barbarie saxonne.

  8. Ceux que les Romains appelaient les Barbares constituèrent aussi notre identité. Nous fûmes si mélangés entre peuples venus de ce grand Est aux frontières imprécises, qu'être Français, c'est être ni latin, ni du Nord, mais de cette galaxie de peuples qui n'ont plus de nom.

  9. Je sais bien que le latin a façonné ma langue, et que les Italiens sont linguistiquement mes cousins. Et cependant, se pourrait-il que des structures mentales anciennes et peu latines se servent de la plasticité de la langue pour perdurer, s'adapter à cette modernité blêmissante au mot de « barbare » ?

  10. Je sais que j'ai tort. Pourquoi ces interrogations sur mon identité ? Pourquoi ne pas chanter comme beaucoup le vivre-ensemble et le multiculturalisme ? Je ne suis pourtant pas xénophobe. Alors ? Nostalgie ? Idéalisation du passé ? Peut-être. Résistance à la modernité ? Sans doute.

  11. L'Europe croit être aussi rationnelle et administrative qu'un Sénat romain (ou du moins de l'idée que l'on s'en fait), mais elle est aussi brouillonne et individualiste que nuées et hordes envahissant l'Occident du Vème siècle.

  12. Il est que beaucoup de Français pensent que l'Europe monétaire est nécessaire ; nécessaire aussi une Europe de la défense. Pour ce qui est de la circulation des personnes, beaucoup s'interrogent.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juin 2020.

18 juin 2020

SI SI SI

SI SI SI

 

 

  1. Si les fenêtres avaient des yeux (mais si ça se trouve hein), elles pleureraient quand il pleut et cligneraient quand il fait du soleil. La nuit elles fermeraient leurs paupières et rêveraient de jours heureux dans des rues heureuses.

  2. Si les pigeons ronronnaient, ils chasseraient les chats, lesquels s'enfuiraient à tire-d'aile en emportant nos langues.

  3. Si les étoiles avaient de longs bras élastiques, sans doute certains d'entre nous seraient ravis par ces longs filaments lumineux parcourant le monde.

  4. Si les chiens avaient des ailes, il y aurait vite des chiens de garde postés sur les toits, les tours de contrôle, et ils feraient, sous la conduite de leurs anges gardiens cynophiles, d'un bâtiment l'autre des bonds fantastiques.

  5. « Si je n'étais pas moi, je me jalouserais », dit, non sans malice, Zut.

  6. Si les livres de philosophie pouvaient parler, on ne pourrait plus s'entendre dans les bibliothèques.

  7. « If I were a rule I would bend », dit la chanson « If » de Pink Floyd. « Si j'étais une règle, je me plierais ». Et au fond, c'est ce que nous sommes, à nous-mêmes une servitude volontaire.

  8. Le présent est un passant, et parfois impatient, pressé qu'il est de passer à ce qu'il croit être l'avenir et qui n'est que lui-même toujours repris, revu, corrigé, repris, revu, corrigé, repris, revu, corrigé. Le présent travaille à la chaîne.

  9. « Les mots permettent tout », a écrit le philosophe Alain. C'est ainsi que le réel est permis par le langage. Dès lors, le présent ne cesse de nous interpeller, de nous interroger, et c'est ainsi que nous passons.

  10. Si j'étais le Covid, je dirais bien des choses au politique, et pas poliment encore.

  11. Si j'étais quelques-uns de nos politiques pendant la crise du Covid, je ne serais quand même pas très fier, mais bon, en politique, la dignité est une vertu assez rare.

  12. Si j'étais le Temps, je ne me presserais pas tant quand je suis heureux et me ferais rapide comme la flèche quand je ne le suis pas.

  13. Serait-il que nous ayons chacun notre serpent portatif et toutefois lunatique, qui, la nuit, pendant que nous dormons, s'échappe de nous pour aller étouffer nos ennemis.

  14. Si je n'étais pas si lunatique, sans doute serais-je plus solaire.

  15. Si Sissi n'était pas si sotte, sûrement apprécierais-je Sissi autant que j'apprécie Suzette, laquelle n'est assurément point aussi sotte que Sissi et qui, de plus, sait faire de délicieuses crêpes.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 18 juin 2020.

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