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BREFS ET AUTRES

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27 avril 2020

SOCIAL L'ANIMAL AH FATALITAS

SOCIAL L'ANIMAL AH FATALITAS

1. « Or pour l'homme, cela seul est réel, qui est objet d'expérience, ou qui pourrait, à ce qu'on suppose, le devenir à l'occasion. » (Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)
L'humain expérimente l'humain. A l'infini dis c'te travail pis le pire, aussi le meilleur. Sinon, animal ordinaire l'humain, bête apprenante. Et bien sûr, cette acharnée expérimentation transcende et de loin la bienveillance très niaise du pédagogisme à la mode.
Note : A cet égard, le « à l'occasion » de la traduction est délicieux.

2. « La nature reprend ses droits » ; « la vie reprend ses droits » : fichaises : il n'y a pas de droit naturel. Accorder des droits à on ne sait quelle « vie naturelle », c'est reconnaître le droit à la tout aussi naturelle mort de nous annihiler comme elle l'entend. La mort n'a aucun droit sur nous. Nature, vie et mort ne sont que des faits régis non par les lois, mais par les principes de la physique.

3. Parce que l'humain est un animal social, il est fatalement dangereux et nécessairement solidaire.

4. « Maintenant, pour aller au fond, cette idée de « fin en soi » soulève la même objection que celle du « devoir absolu » : une même pensée cachée, bien plus inconsciente, se trouve sous l'une et l'autre : c'est la pensée théologique. »
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)
Le dieu caché dans l'en-soi. On ne s'étonnera pas après de la dimension chrétienne de gauche du pédagogisme : bienveillance, universalisme des valeurs, enseignement d'on ne sait quelle « morale citoyenne », mise en place d'une propagande multiculturaliste, déni du droit à l'indifférence.

5. Il n'y a pas très loin entre reconnaître l'autre comme une fin en soi et « tendre l'autre joue » : c'est ainsi qu'on finit crucifié. L'autre n'est jamais une fin en soi, il n'est qu'un horizon des possibles relatifs, une suite de faits dont je suis, quoi qu'il m'en coûte, seul juge.

6. Nous vivons en ponces pilates et raisonnons comme des disciples du crucifié : en période de crise, nous nous émerveillons de chaque acte de solidarité comme d'une preuve de la capacité de l'humain à se dépasser et nous refusons de prendre en compte l'inconséquence universelle et le surnombre.

7. Je me demande si la devise cachée de l'éducation nationale ne serait pas des fois « Heureux les affligés, car ils seront consolés » par des pédagogues bienveillants et des diplômes sans valeur.

8. Serons-nous bientôt obligés de quitter le monde de nos libertés individuelles pour rentrer dans un monde régi par les experts, les politiques et les communiquants ? Il ne nous resterait plus alors qu'à devenir les citoyens consentants d'une technocratie d'autant plus dangereuse qu'elle se prétend bienveillante.

9. Qui peut penser sérieusement qu'un gouvernement de gauche renonçât longtemps aux ventes d'armes, au tourisme de masse, à l'industrie du luxe, aux petits arrangements avec les nécessaires paradis fiscaux ?

10. S'imaginer que l'accès de tous à une culture conforme aux principes de l'humanisme le plus en vue rendrait nos concitoyens meilleurs qu'ils le sont, est aussi naïf que de s'imaginer que le monde est divisé en deux camps : celui des gens éduqués et donc forcément bienveillants et celui des soi-disant « incultes » et qui fatalitas ! ne pourraient donc que se comporter comme des brutes.

11. Qu'il est naïf celui qui s'imagine que le migrant parce qu'il est ingénieur ou avocat n'aurait pas jadis collaboré avec une entreprise terroriste.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 27 avril 2020.

 

 

 

 

 

 

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26 avril 2020

ZEBULON POLLUX ET LA DEUXIEME VAGUE

ZEBULON POLLUX ET LA DEUXIEME VAGUE

1. J'apprends par France Inter que Michel Onfray a récemment contracté la dengue même qu'on l'a diagnostiqué coronaviré oh la la déjà qu'il faisait de la philosophie y en a quand même i sont marqués hein.

2. Pour justifier la fermeture des établissements scolaires, on a tellement raconté que c'était par les enfants qu'il passait, le vilain virus bouh qu'il est méchant que maintenant bon courage pour convaincre les parents de les renvoyer dans les bahuts, les élèves.

3. J'apprends par France Inter que les experts ne sont pas d'accord sur la probabilité d'une deuxième vague du virus. Je commence à avoir l'impression qu'il y a autant d'avis sur le covid-19 qu'il y a d'experts. Bon, faut demander son avis à Blanquer afin de faire le contraire de ce qu'il préconise. A mon avis, ça devrait l'faire.

4.  Un collègue m'a confié qu'à son avis l'éducation nationale telle que nous la connaissons ne survivrait pas à la pandémie. L'éducation nationale, je ne sais pas. Par contre, la crédibilité de Blanquer, déjà pas bien portante (because très sotte réforme), sûr qu'avec le covid, la v'là enterrée.

5. En avril 2020, on se demandait si la nicotine ne protégeait pas une partie des fumeurs de l'étrange infection venue d'ailleurs appelée covid-19. Me suis demandé en m'serinant du Gainsbourg si dieu était un fumeur de havanes et me suis rappelé que c'était une idée qui courait dans l'opinion avant même qu'on soit confiné.

6. Me suis rappelé qu'avant le confinement, alors que j'allais prendre ma pause cigarette, (j'allais DEHORS, tu te rends compte!) des collègues m'ont dit qu'ils avaient entendu dire que les fumeurs étaient parfois moins gravement atteints par le coronavirus que les autres, au grand dam d'une autre bien pensante qui s'est écriée qu'elle ne voyait vraiment pas pourquoi. J'ai eu beau lui faire remarquer que la nature était pleine de mystères qui nous dépassaient, l'a pas eu l'air convaincue.

7. Lors l'expert Zébulon (il a du ressort) s'écria Tournicotine-tourniquota et le président Pollux prit son meilleur accent anglais (l'est réputé pour, l'animal) et déclara « Alors là je ne comprlends plus du touw, du touw, du touw ! ».

8. Non, Monsieur Houzeau, je ne pense pas que, en ce qui concerne le lancement de notre dernière marque de cigarette, un logo en forme de pangolin fumeur soit vraiment une bonne idée. Une chauve-souris non plus d'ailleurs.

9. Au début du confinement (17 mars), il était de bon ton de critiquer la Suède (à ma connaissance, le seul pays d'Europe à n'avoir pas rendu le confinement obligatoire) et puis, le 26 avril, on cherche des explications au fait que, pour l'instant en Suède, il y a nettement moins de morts que prévu.

10. En avril 2020, on se posait bien des questions sur l'organisation du retour en classe prévu pour le 11 mai (problème des transports scolaires, des cantines, des masques...). Me suis rappelé que lors de son allocution du lundi de Pâques, Macron nous avait parlé comme s'il était comme nous.

11. A l'annonce d'une éventuelle deuxième vague d'épidémie covidienne, j'ai pensé que le truc avec les jeux d'andouille c'est qu'en général quand ça commence y a pas d'raison qu'ça s'arrête.

12. En tout cas, au grand prix international Pinocchio 2020, va y avoir pléthore de nominés. Je propose l'attribution d'un Pangolin d'honneur aux virtuoses du tour de passe-passe intitulé « Y avait des masques et y en a plus ».

13. A force de «simples réévaluations doctrinales » (c'est ça qu'il a dit, l'autre), vous verrez qu'à l'avenir, on va finir par diviser la France en zones de confinement/déconfinement » et qu'ça va remplacer les zones de vacances scolaires moi j'vous dis.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 26 avril 2020. 

26 avril 2020

DE MAUVAIS GOÛT ET ALORS

DE MAUVAIS GOÛT ET ALORS

1. Démarquant Henri Rochefort (ou est-ce Jean Richepin?) et son doigt de dieu auquel on ne peut que croire quand on voit la façon dont il se l'est mis dans l’œil, je dirai que la main invisible du marché, on ne peut qu'y souscrire quand on voit comment certains se la sont prise dans la figure.

2. C'est alors qu'il se mit à pleuvoir à tomber
    
Tomber chuter dracher tremper flaquer flotter
     Que tout sembla tourner à la pâte à papier
    
Béchamel porridge et trop cuits macaronis.

3. Quand nous parlons, quand nous toussons,
   
Ce sont les petits postillons
   
Qui font que nous contaminons
   
Marion et Margoton Léon
   
Raymond et son accordéon
   
Jeanneton et tous ses moutons
   
Grand concombre et p'tits cornichons
   
Ah qu'c'est ballot et vraiment trop...

   Mettons, mettons les masqueuh
   
Les masques à Macron
   
Valsons, valsons la valseuh
   
Du coronaviron.

 4. C'est alors qu'il se mit à manger à bâfrer
     
Bâfrer bouffer gober brouter grailler manger
     
Qu'il se mit à gonfler à s'montgolfiériser
     
Et pis alors et pis alors il éclata.

5. « Des cons, peut-être, je sais pas, mais en tout cas, finement, finement surtout, sinon vous allez voir que ça va encore êt' de not' faute. » (propos officieux d'un membre du gouvernement provisoire)

6. Quand il vit leurs mâchoires s'allonger et que leurs hennissements se firent de plus en plus longs dans des phrases de plus en plus courtes, Johnny Tartempion se dit qu'en ce moment il valait mieux éviter les boucheries chevalines.

7. Vous voilà tout paumé dans c'te grande vallée,
    
Et même que la mer qui n's'arrête jamais,
    
A s'rit de vous, la mer, se gondole, et la sort,
    
Sa baveuse et d'un coup vous v'là noyé tout mort.

8. Et alors il se mit à nier à mentir
    
Mentir tromper masquer leurrer gruger piper
    
Et comme il était au gouvernement, il chut
    
Sul'cul quand des élections ce fut le moment.

9. Défois la nuit on croit qu'on dort pis on s'réveille et on croit qu'on vit qu'elle me dit Zut en changeant sa tête de ch'val du matin pour sa tête de bien réelle défois qu'on y croirait plus.

10. Si vous toussez, si vous avez de la fièvre,
      
C'est peut-être que vous êtes mourant,
      
N'oubliez pas de faire votre testament
      
Et de fermer le gaz en sortant.

       Mettons, mettons les masqueuh
      
Les masques à Macron
      
Valsons, valsons la valseuh
      
Du coronaviron.

11. Moi c'que j'aime dans l'confinement c'est qu'des gens j'en vois plus tell'ment qu'elle me dit Zut en ôtant le masque à fantôme qu'elle a toujours quand elle revient d'chez les vivants.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 26 avril 2020

25 avril 2020

LE VIRUS L'ANODIN ET AUTRES QUE J'ME DISAIS BIEN AUSSI

LE VIRUS L'ANODIN ET AUTRES QUE J'ME DISAIS BIEN AUSSI

1. En avril 2020, le premier ministre dit que la vie après le déconfinement du 11 mai ne serait pas exactement la même que celle d'avant qu'on soit presque tous à tourner en rond en écoutant tout scontradictoire là dans les informations j'avais du mal à m'concentrer sur la télé.

2. J'avais du mal à trouver si drôle que ça la plupart des comédies J'ai bien ri pourtant en revoyant « La Septième Compagnie au clair de lune » Le virus était dans l'air et le temps empoisonné.

3. A la radio j'entends que l'on a préféré l'endettement à la faillite, me suis demandé de combien de faillites serait payé cet endettement, me suis haussé les épaules pouvait-on faire autrement ? Sur la couverture de l'Obs on voyait Macron masqué.

4. A la radio j'entends personne ne sait si les avions recommenceront à voler j'ai pensé à Comme un avion sans ailes de Charlélie Couture On disait que l'immunologiste Anthony Fauci n'hésitait pas à contredire Donald Trump j'ai pensé que Donald était un prénom propice aux couacs.

5. Le 19 avril 2020, à Tel-Aviv, manifestation de plus de 2000 personnes dit-on avec distanciation sociale et masques je me suis dit qu'en France il y aurait bientôt des manifestations un peu partout que ça remplacerait les festivals annulés peut-être j'me goure.

6. Depuis que je me suis remis à écrire, je ne me souviens plus de mes rêves. C'est comme si l'écriture me tenait lieu d'imaginaire. A moins que tantôt, dans le désert de ma tête, un lancier surgisse et me foudroie.

7. En avril 2020, on disait que bon nombre de distributeurs de billets gérés par La Poste ne fonctionnaient pas On disait aussi que le métier de politique était très difficile je me suis dit que plongeur soudeur c'était aussi un métier très difficile.

8. En 2020, j'ai pensé que j'avais très souvent vécu avec des chats, des chiens et maintenant que me v'là tout seul du coup je regarde le cirque politique petits êtres savants faisant leur tour de piste jadis j'aimais bien Le Plus Grand Cabaret du Monde de Patrick Sébastien.

9. Je me suis dit que si l'on ne s'intéresse pas à l'Histoire, tôt ou tard, l'Histoire s''intéresse à nous. En général, on remplace le mot Histoire par le mot politique. Je me demande qui a dit ça mais je ne cherche pas je vais faire des courses en avril 2020 ce n'est plus une occupation si anodine.

10. Je me souviens avoir dit à un collègue que j'aurais aimé être laconique et mystérieux façon guerrier d'un Nord ancien alors que je suis bavard comme une pie latine. Je regrette que mon métier me donne tant de choses et autres à dire mais sans lui, je ne parlerais plus qu'à mon ombre.

11. En avril 2020, on dit que l'armée française a acheté de la chloroquine en Chine qu'on se dit c'est bizarre qu'on dit pourtant qu'la chloroquine contre le covid c'est pas probant qu'on pédale dans l'étrange qu'on mirage dans la choucroute qu'on s'hallucine du ministère qu'ça doit être si, en cas de, on verra bien.

12. En avril 2020, on parle de morts subites et solitaires au Japon. Dans l'Obs, François Forestier évoque avec talent le « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker (1954). Sur France Inter ulule la hulotte grand yeux noirs, grands yeux jaunes le hibou tout est plein d'yeux autant que de trous.

13. Ils ont continué à y vivre, à garder le pays, sans rien y changer puis ils disparurent et d'autres sont venus, barons d'un lointain souverain qui ne se préoccupe plus depuis longtemps du sang dans les murs, ni des âmes mortes dans les pièces.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 25 avril 2020.



25 avril 2020

AH DIS COMMENT QU'ON S'IMAGINAIT

AH DIS COMMENT QU'ON S'IMAGINAIT

1. Pas besoin de continuer, il avait pigé qu'la récidive était certaine, du coup hein que tant va la cruche à l'eau... C'est cinglé et pourtant pas beaucoup d'doute, qu'on y est dans l'serial, le perdurant, la crise en continu, l'inéluctable à nédboeu.

2. Fin 2019, on évoquait une « gauche de la gauche marginale » pis hyperactive (gilets jaunes black block and co) Mario Draghi on le surnommait « Super Mario » en raison du « whatever it takes » qu'il a dit que j'lis on publiait des photos de Marie Laforêt, je me disais qu'elle était jolie elle venait de nous quitter.

3. En 2020, on se demandait combien il y aurait de morts, puis combien de faillites, puis si on pourrait partir en vacances (pas moi je ne vais jamais nulle part).

4. Fin 2019, on parlait de Nasrin Sotoudeh incarcérée en Iran depuis 2018 et des manifestants devant l'ambassade d'Iran réclamaient la libération de l'avocate C'est aussi l'année de parution de « La Panthère des neiges » de Sylvain Tesson je ne l'ai pas lu bah tant pis.

5. En 2020, on s'en est bien rendu compte là, que les dirigeants d'la 6ème puissance mondiale étaient incapables de prévoir une épidémie pourtant annoncée et que le nécessaire manquait aux soignants alors qu'on avait gaspillé argent et énergie à des réformes imbéciles.

7. En 2020 j'ai pensé qu'ils avaient vraiment des têtes de, nos politiques et inutile voire dangereuse qu'elle était l'ENA Je ne suis pourtant pas gauchiste mais je n'aime guère les prétentieux du reste je n'aime pas grand monde.

8. En 2019 on parlait de « l'amie mystérieuse de Benalla » et d'un coffre « mystérieusement envolé » J'ai pensé à la soi-disant rupture avec l'ancien monde que Macron nous avait vendue. En 2020 Benjamin Griveaux a fait dans l'acte manqué et s'est pour longtemps ridiculisé.

9. En 2018, nous étions nombreux à nous demander quelle était la nature exacte des relations Benalla-Macron qu'on a soupçonné des mœurs qu'on avait beau se dire non quand même, i persistait le doute.

10. Fin 2019, on rappelait qu'en 1989 ils étaient nombreux les réfugiés est-allemands à demander l'asile politique à l'Ouest En 2017 j'ai eu peur du retour d'une gauche totalitaire je n'ai pourtant pas voté : trop loin trop cher.

11. En 2019 on prospectivait qu'si ça se trouve en 2049 on ne travaillerait quasi plus du tout because robots et intelligence artificielle puis en 2020 le covid-19 nous a rappelé l'importance des livreurs, des caissières et qu'on ne peut pas aimer un robot.

12. A l'heure où j'écris (25 avril 2020) on parle du retour de Strauss-Kahn je me dis on se fout de not' gueule pis que Macron a vraiment trop une tête de premier de la classe alors je me hausse les épaules et j'me dis laisse ce sont vraiment des.

13. En 2020, j'ai dû reprendre un ordinateur j'voulais plus écrire c'est si vain sans talent J'm'entêtais du Baudelaire et des listes de mots saxons j'achetais régulièrement d'la mozzarella pensais à l'absurdité de la réforme Blanquer, buvais du schweppes, du café, du rhum.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 25 avril 2020.







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24 avril 2020

EXERCICE DE MAUVAISE FOI A PROPOS DE POESIE MODERNE

EXERCICE DE MAUVAISE FOI A PROPOS DE POESIE MODERNE

1. En poésie moderne, faut toujours surprendre le lecteur, ce gogo qui a acheté vot' recueil. On ne dira donc pas : « Il n'y a pas de fumée sans feu » mais « Pas de fumée sans passion », ce qui vous permettra d'exprimer ensuite votre penchant pour Titine en affirmant que zavez l'cœur fumant.

2. En poésie moderne, on écrit « pierre qui roule jamais n'amasse l'insolence du colibri », ce qui permet de faire dans l'allitératif abscons en flanquant vot' colibri d'un réseau lexical bien contondant genre : « l'espérance à soulier de braconnier », « la foi sifflante du charbonnier », « la groupie du pianiste ».

Remarque : J'ai choisi « colibri » parce que « l'insolence de la sardine à l'huile » ou « l'ingratitude du cornichon confiné », à vrai dire, je ne les sentais pas bien.

3. En poésie moderne, on écrira « celui qui est allé loin a ménagé ses morsures », ce qui permet d'imaginer aisément qu'le passé vous poursuit, vampirique anthropophage civilisationnel (sinon ça ne vaut pas l'coup) vous mordant de ci de là pareil au fauve traqué et néanmoins pagayant.

4. En poésie moderne, on ne craindra pas d'évoquer « l'odeur de dieu » sans préciser plus avant à cause qu'on risquerait bien de partir en free style dégénératif dans le style doukipudonktan

5. A partir des quatre brefs précédents, il est maintenant aisé de composer du n'importe quoi à la pistache publiable dans l'une ou l'autre revue de poésie contemporaine et affolée : Allonzy.

        Pas de fumée sans passion.
       
La pierre a délié son contrat.
    
Pourtant, la foi sifflante du charbonnier a reconnu son roulis et que jamais elle n'amasse l'insolence du colibri.
    
Vous avez voulu la groupie en dépit du pianiste et n'avez saisi dans vos mains larges comme l'horizon à souvenance d'homme que l'espérance à soulier de braconnier.
      
Vous avez pris votre cœur fumant ; vous avez résilié vos serments.
    
Ayant ménagé vos morsures, vous êtes allé loin, bien loin, comme un bohémien traqué et néanmoins pagayant comme un fauve et vos yeux sont pleins encore de l'odeur de dieu.
      
Vous avez crié Aline pour qu'elle revienne.

C'est-y pas beau ? Vous appelez ça « Javanache 36 » (1), « Résilience 48 », « Après-venir » ou « Dans le leurre du seuil » (2) et vous pouvez maintenant affronter les plus profonds des esprits poétiques de notre temps, ceux qui lisent leurs poèmes avec des voix aussi solennelles que s'ils vous annonçaient le retour de Louis XVI et de sa tête coupée. Vous n'oublierez pas bien entendu de fustiger les idoles du temps fabriquées par le capitalisme aliénant (3) et d'inviter la petite stagiaire rougissante dans un restaurant squ'il y a de bien car de toute façon, c'est pas vous qui payez, y a des subventions eh oh quand même.

Notes :
(1) N'ayez par peur, de temps à autre mais pas trop souvent quand même sinon ça se voit, d'user de mots qui ne veulent absolument rien dire. Il y aura toujours un possédé d'la linguistique ou un agité de psychanalyse qui trouvera un sens à vot' charabia.
(2) Ah ça faut faire attention au « leurre du seuil », sinon on s'casse la gueule.
(3) Le capitalisme est toujours « aliénant » et le communisme toujours « à venir », c'est prouvé ils l'ont dit à la télé.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 24 avril 2020.

24 avril 2020

FAUT DIRE SQUI EST

FAUT DIRE SQUI EST

Les vers qu'avec ma mauvaise foi habituelle je cite ici ont parfois été pondus par des noms connus de la poésie du XXème siècle (sont passés sur France Culture, ont été invités à pontifier un peu partout et dans les universités). Aussi, afin d'éviter que les esprits de ces illustres viennent me tirer les pieds, et parce que je ne confonds pas un mauvais auteur avec un humain qui, a priori, n'est peut-être pas plus mauvais qu'un autre, je ne donnerai pas leurs noms. Qu'ils dorment en paix dans les réserves des bibliothèques.

1. Ai vu « La 7ème Compagnie au clair de lune » de Robert Lamoureux ah c'est bien rigolant dis ! Ai vu « Le Sens de la fête » de chaipaqui ; dialogues stupides, situations idiotes. Dommage, l'idée de départ est bonne : y a pas tellement de films sur les entreprises d'animation de mariages and co. Mais le film est trop amateur et trop démago-bienveillant.

2. Lu dans un recueil : « naître à la terre » : voilà bien le genre de syntagme qu'on peut trouver dans la mauvaise poésie bien prétentieuse que je préfère ce début d'une chanson du premier album du groupe Téléphone : « Quand je suis né / J'ai crié ».

3. Lu dans un recueil :« Le lait sévère des squelettes » : Seigneur dieu, prenez-vous catacombes et ossuaires pour étables et métairies ? Remarquez qu'ça pourrait servir d'insulte dans les cités : « C'est ça, va traire tes morts ! »

4. Lu dans un recueil :« Un arbre jaune est un soleil » : bin non, un arbre jaune est un arbre jaune.

5. Lu dans un recueil : « une fumée pleure la saison perdue » : Remarquez que si les fumées pouvaient pleurer, ça aiderait bien les pompiers. 

6. Lu dans un recueil :  « Ce vent grave qui nous ressemble » : bin si on ressemble au vent, c'est que comme le vent nous passons, d'accord, mais inutile de l'aggraver, le vent, qu'ça devient grave vraiment quand ça vire tempête cyclone emporte tout pis emporte-pièce de vers bons ou mauvais.

7. Lu dans un recueil : « Ce vent grave qui nous ressemble et parle notre langue » : c'est qu'le vent est polyglotte, c'est bien connu, l'a étudié à tous les vents, le vent, à tous les courants, écoles, universités, démocratisations d'la culture cependant qu'il répond jamais que par cingles et crachats.

8. Lu dans un recueil : « à la lecture de la pluie » : Comme l'on sait, la pluie est une grande lectrice, mais du coup on est obligé de les faire sécher, tous ces livres qu'elle lit, la pluie, qu'on a même dû faire sécher « Le Désert des Tartares » dis.

9. « avec des songes rouis » : j'ai vérifié le sens du verbe « rouir » dans un dictionnaire et j'ai encore moins compris ce vers.

10. « une femme qui sombre / aux arêtes du désir » : oui, mais bon, maintenant, dans les supérettes, on en trouve sans arêtes, et y en a même sans huile. Pour ce qui est de « sombrer aux arêtes », géométriquement, c'est pas évident, pour les femmes comme pour les hommes d'ailleurs, faut dire squi y est.

11. Tiens, par contre, je vais citer cela que j'aime bien :
«  - Il est six heures, les hommes rient, la servante
   
porte des grappes de bière au poing,
   
le soleil touche le chevalier du vitrail - »
C'est de Jean Joubert, ça dit ce que ça dit, et c'est déjà beaucoup.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 24 avril 2020.

24 avril 2020

MÊME PIS QU'APRES

MÊME PIS QU'APRES

1. « Un fantôme de ville et des spectres de murs »
(Victor Hugo)
       
J'aime bien les vers où se promènent des spectres ;
       
Aux alexandrins i s'raccrochent nos fantômes.

2. « Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre »
(Victor Hugo)
       
Peut-être une araignée, un chiot, un rat d'égout
       
Ou quelque poupée aux yeux bleus, au teint clair.

3. « Puis vous m'avez perdu de vue ; un vent qui souffle »
(Victor Hugo)
      
J'aime bien quand il souffle et qu'il dit dans la ville
      
Qu'il n'y aura jamais rien d'autre que le vent
      
On n'est pas obligé de le croire et pourtant

4. « Il voit la rose, et nie ; il voit l'aurore, et doute »
(Victor Hugo)
      
Parfois on en voudrait d'autres, des yeux, de ceux
      
Qui voient plus loin, plus clair que nos bien vieux carreaux.

5. « Les sept astres géants du noir septentrion »
(Victor Hugo)
      
J'aime assez parfois des frites et du jambon,
      
Avec de la moutarde et puis des cornichons.

6. « Roi forçat, l'homme, esprit, pense, et, matière, mange. »
(Victor Hugo)
       
On peut toujours penser que nous sommes des rois
       
Considérons aussi que nous sommes bouffons
       
Bah ces deux vers sont bien trop longs hein qu'c'est vrai quoi
       
Qu'on croit qu'on est des rois qu'nous sommes que bouffons.

7. « Les constellations, sombres lettres de feu »
(Victor Hugo)
    
« Sombres lettres de feu », c'est quoi donc ce bouquin ?
       
L'autobio divine ou les échos du boucan
       
Qu'à l'aube des temps fit l'Grand Inconséquent ?

8. « Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre »
(Victor Hugo)
       
Pis là qu'il hurle en lui en la forêt d'sa tête
       
Qu'est pleine d'oiseaux fous pis d'chevaliers cinglés
       
En lui et en silence à cause des voisins.

9. « Oh ! Qu'est-ce que le sort a fait de tout ce rêve? »
(Victor Hugo)
      
Oui, tiens, quoi donc qu'il fait, le Sort, de tous nos rêves ?
      
Sans doute qu'il les range en Chine ou qu'en salade
      
A l'huile d'pangolin il les mange, le Sort,
      
Car chacun sait qu'le Sort, le grand Sort, dîne à l'huile.

10. « Le peu que nous faisons et le rien que nous sommes »
(Victor Hugo)
        
Pis qu'après des virus nous tombent sur la pomme.

 Patrice Houzeau,
 
Les Confins, le 24 avril 2020.

 

 

23 avril 2020

FANTAISIE SUR QUELQUE COMPLAINTE DE LAFORGUE AUTANT LUNAIRE QUE PROVINCIALE

FANTAISIE SUR UNE COMPLAINTE DE LAFORGUE AUTANT LUNAIRE QUE PROVINCIALE

1. Jules il commence par faire rimer la pleine lune avec la fortune parce que la lune on dirait défois une grosse pièce défois itou qu'on demande le miracle de sous qu'on n'a pas à marraine la lune là qu'on lui demande l'or des lunes à la lune là.

2. Après il y a des sonneries au loin parce qu'il y a caserne c'est-y qu'la France d'alors il y a des lunes était pleine d'officiers d'ceci-cela dragons et cuirasses et d'administration républicaine d'où d'l'adjoint qui passe.

3. Je ne sais pas pourquoi on entend du clavecin dans cette pièce là et pourquoi pas d'l'accordéon ou du cornet à piston ou du carillon par contre les chiens ne faisant pas les chats c'est donc un matou qui la traverse aussi la pièce en vers de sept pieds.

4. En tout cas ça s'passe pas à Paris et pourquoi qu'ça s'passerait à Paris y a pas qu'Paris y a aussi les éléphants les otaries les têtes de veau le persil pis qu'tout ça s'ferme les yeux et pis dodo le marchand d'sable y passe avec sa tête de conte d'Hoffmann.

5. On entend un « dernier accord » parce que si c'était pas le dernier accord encore qu'on pourrait pas dormir avec tout c'tintouin d'la cousine qui nous casse les oreilles avec son Chopin là.

6. Toujours est-il qu'ça a romantisé longtemps là la jeune fille au piano là qu'les gars i préfèrent le Grand Café ou chais pas qu'je sais même pas l'heure assez tard quand même cause la lune pis tout rentre chez soi qu'ils piaffent plus les pianos dans les conservatoires.

7. La lune elle est très calme ah c'est pas elle qui va commencer à filer façon comète étoile fusée pétard aéronef étrange non elle est là aussi exacte que l'ainsi soit-il bien que défois les nuages hein.

8. Jules je sais pas pourquoi i dit comme ça qu'la lune c'est rien qu'une « dilettante » c'est-y qu'on la voit d'partout pis qu'elle intervient jamais dans tout c'qui s'passe ici-bas que pourtant les nuits de la pleine lune hein.

9. C'est vrai qu'la lune a des yeux partout, voit tout en mondiovision la lune et remarquez qu'elle est discrète elle répète rien pas balançoire la lune non juste un observatoire la lune avec personne dedans.

10. Jules l'est tout spleen et mélancolie qu'il pense que c'est sous la lune qu'elle est partie celle pour qui i s'en r'sentait qu'évidemment qu'c'est pas sous le sourire du clown qu'elles vont viennent valsent de vienne faut-il que je m'en souvienne.

11. Faut-il que je m'en souvienne ah ça y est Jules va la r'lancer sa romance du mal-aimé ah le boulet le cassoulet qu'j'ai beau lui dire qu'la joie vient toujours après la s'maine tiens r'prends donc une mad'leine.

12. On mange nos madeleines ça fait penser à la cousine Madeleine et à Irène aussi mais c'est pas ma cousine je vous dirais pas qui c'est Irène ça n'regarde que Jules et moi qu'Irène ah la jolie rosse elle est partie pour l'Ecosse avec son voyage de noces.

13. L'autre hiver, il a couru, Jules, plus sourd qu'un cerceau d'enfant qu'un cerf-volant qu'une paire de gants qu'il lui écrivait des vers tartes à la crème Jules qu'c'est même pas vrai i dit qu'je est un autre je vous demande un peu qu'i s'sent bien ridicule maint'nant Jules.

14. Après Jules i r'luque la lune qui vagabonde dans les nuées là avec tous ces astres là dans l'immense qu'on voit pas l'fond pis qu'il est loin mon dieu qu'il est loin le plafond.

15. Pis pendant qu'i délire touci-touça la lune vieillit qu'on dirait une vieille pomme de terre fripée que j'lui dis à Jules qu'il y a plus qu'à attendre la nouvelle là dis hein la nouvelle la mignonne que voilà.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 23 avril 2020.

22 avril 2020

L'ESSENTIEL EST QU'ILS LE CROIENT

L'ESSENTIEL EST QU'ILS LE CROIENT

1. Dans le laboratoire :
- Nom d'un petit livre rouge, camarade Tsé-Té-Kong, qu'est-ce qu'avez fichu vous ? [Mon chinois étant extrêmement limité, on voudra bien excuser les approximations de ma traduction] Voyez-vous moi pas ça s'barbapapa !
- J'ai glissé, chef.
- Putain kong [c'est bien connu, chinois enquiquiné prend l'accent de Marseille], si ça s'propage, hein, si ça s'propage, voyez-vous pas l'autobus [euh, j'ai pas trouvé autre chose dans le dictionnaire]... Bon, Kong, si ça s'propage, vous savez squ'on va dire... On va dire, écoutez-moi bien, qu'ça vient des pangolins frauduleux du marché d'à côté... En attendant, scrameustachez-moi tout ça et surtout, Kong, surtout, bouche cousue mange pas d'lotus ! [ça doit être une variante locale].
- Aye aye Sir ! Thank you, Sir ! [Chinois bien obligé répond en anglais, c'est bien connu].

2. « mais s'il est seulement possible qu'un peuple y donne son assentiment, c'est alors un devoir de tenir la loi pour juste » (Kant, trad : Guillermit, « Théorie et pratique », Vrin, p.39) :
- Bon, on fait comme ça : on taxe les uns et on redistribue au autres. Les Français sont des gens responsables; s'ront d'accord.
- Et c'est vraiment ce qu'on va faire ?
- Bien sûr que non ; l'essentiel est qu'ils le croient.

3. Cette histoire de loi juste quand bien même l'assentiment du peuple ne serait que « possible » l'ouvre bien grand, le guichet d'la gourance d'Etat : trop éloigné du peuple le haut fonctionnaire, trop loin toujours pour savoir ce qu'on veut vraiment.

4. « peuple », « solidarité nationale », « expression de la nation » : fichtre, en voilà des fictions efficaces. A cela, j'oppose la mauvaise foi de mon droit à l'indifférence. Une mauvaise foi, certes, mais aussi une lucidité.

5. Ce que les gens veulent vraiment : que l'Etat assure leur sécurité et leur fiche la paix. I paient des impôts et respectent les lois pour. Le reste n'est que blabla sociologique, pédagogiste, humanisme bien commode, trombones et toutim politique.

6. La politique est basée sur des fictions efficaces. C'est ainsi qu'oubliant que toute société n'est que convention, nous nous sommes imaginés qu'il y avait un « sens de l'Histoire », alors qu'il n'y a que des péripéties civilisationnelles plus ou moins heureuses.

7. Jamais les formation dites « supérieures » ne furent autant remplies d'apprenants de toutes sortes et jamais, en tout cas sous la Vème République, notre personnel politique n'est apparu si inconséquent.

8. Nous vous payons pour que vous nous représentiez et non pas pour prétendre savoir mieux que nous ce que nous pensons.

9. Une société est basée autant sur la puissance de ses divisions blindées que sur l'intelligence de ses bibliothèques.

10. Obliger la majorité des jeunes Français à payer et s'endetter pour suivre des formations supérieures de plus en plus longues plutôt que de leur permettre d'accéder le moins lentement possible à un emploi n'est pas seulement une erreur, c'est une malveillance.

11. L'Histoire, cette collection de masques que nous mettons en scène dans des comédies toutes plus hypocrites les unes que les autres.

12. Ils jouent la comédie et ils appellent cela « faire de la politique ». Les beaux masques, dis.

13. Il y a les confinés et les non confinés ; la nécessité de l'immunité collective et l'absence d'immunité collective ; la chloroquine, pas la chloroquine ; le retour en classe ou pas (?) ; masques, pas masques ; tests, pas tests ; ah oui, c'est vrai... le « en même temps », la « pensée complexe », le merdier quoi.

14.  A l'Etat, la sécurité ; aux entreprises, la prospérité ; le secret bancaire et les ventes d'armes assureront le reste. Et vous verrez que les électeurs seront bien gardés.

Patrice Houzeau
Les Confins, le 22 avril 2020.

 

 

 

 

 

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