SOCIAL L'ANIMAL AH FATALITAS
SOCIAL L'ANIMAL AH FATALITAS
1. « Or pour l'homme, cela seul est réel, qui est objet d'expérience, ou qui pourrait, à ce qu'on suppose, le devenir à l'occasion. » (Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)
L'humain expérimente l'humain. A l'infini dis c'te travail pis le pire, aussi le meilleur. Sinon, animal ordinaire l'humain, bête apprenante. Et bien sûr, cette acharnée expérimentation transcende et de loin la bienveillance très niaise du pédagogisme à la mode.
Note : A cet égard, le « à l'occasion » de la traduction est délicieux.
2. « La nature reprend ses droits » ; « la vie reprend ses droits » : fichaises : il n'y a pas de droit naturel. Accorder des droits à on ne sait quelle « vie naturelle », c'est reconnaître le droit à la tout aussi naturelle mort de nous annihiler comme elle l'entend. La mort n'a aucun droit sur nous. Nature, vie et mort ne sont que des faits régis non par les lois, mais par les principes de la physique.
3. Parce que l'humain est un animal social, il est fatalement dangereux et nécessairement solidaire.
4. « Maintenant, pour aller au fond, cette idée de « fin en soi » soulève la même objection que celle du « devoir absolu » : une même pensée cachée, bien plus inconsciente, se trouve sous l'une et l'autre : c'est la pensée théologique. »
(Schopenhauer traduit par Auguste Burdeau, « Le Fondement de la morale »)
Le dieu caché dans l'en-soi. On ne s'étonnera pas après de la dimension chrétienne de gauche du pédagogisme : bienveillance, universalisme des valeurs, enseignement d'on ne sait quelle « morale citoyenne », mise en place d'une propagande multiculturaliste, déni du droit à l'indifférence.
5. Il n'y a pas très loin entre reconnaître l'autre comme une fin en soi et « tendre l'autre joue » : c'est ainsi qu'on finit crucifié. L'autre n'est jamais une fin en soi, il n'est qu'un horizon des possibles relatifs, une suite de faits dont je suis, quoi qu'il m'en coûte, seul juge.
6. Nous vivons en ponces pilates et raisonnons comme des disciples du crucifié : en période de crise, nous nous émerveillons de chaque acte de solidarité comme d'une preuve de la capacité de l'humain à se dépasser et nous refusons de prendre en compte l'inconséquence universelle et le surnombre.
7. Je me demande si la devise cachée de l'éducation nationale ne serait pas des fois « Heureux les affligés, car ils seront consolés » par des pédagogues bienveillants et des diplômes sans valeur.
8. Serons-nous bientôt obligés de quitter le monde de nos libertés individuelles pour rentrer dans un monde régi par les experts, les politiques et les communiquants ? Il ne nous resterait plus alors qu'à devenir les citoyens consentants d'une technocratie d'autant plus dangereuse qu'elle se prétend bienveillante.
9. Qui peut penser sérieusement qu'un gouvernement de gauche renonçât longtemps aux ventes d'armes, au tourisme de masse, à l'industrie du luxe, aux petits arrangements avec les nécessaires paradis fiscaux ?
10. S'imaginer que l'accès de tous à une culture conforme aux principes de l'humanisme le plus en vue rendrait nos concitoyens meilleurs qu'ils le sont, est aussi naïf que de s'imaginer que le monde est divisé en deux camps : celui des gens éduqués et donc forcément bienveillants et celui des soi-disant « incultes » et qui fatalitas ! ne pourraient donc que se comporter comme des brutes.
11. Qu'il est naïf celui qui s'imagine que le migrant parce qu'il est ingénieur ou avocat n'aurait pas jadis collaboré avec une entreprise terroriste.
Patrice Houzeau
Les Confins, le 27 avril 2020.