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BREFS ET AUTRES

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2 juillet 2020

C'EST TOUJOURS QU'ON S'EN VA ET JAMAIS QU'ON REVIENDRA

C'EST TOUJOURS QU'ON S'EN VA ET JAMAIS QU'ON REVIENDRA

 

 

  1. J'aime bien comme ça erre dans les poèmes d'Apollinaire : « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule ». Cela fait longtemps que je n'ai pas mangé de moules. C'est le matin ; j'ai envie d'écrire ; me suis fait un café ; pour me délier l'esprit qu'encore on a vague du songe.

  2. « Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent » : cela fait plus d'un siècle maintenant que mugit cette image. Apollinaire est mort de la grippe espagnole. Un siècle après, les virus courent encore. Je mets dans mon café non pas de la gnôle, mais un chouïa de rhum.

  3. Je me dis tiens le mot autobus est ancien. Ancien, autobus ; aussi omnibus. « L'angoisse de l'amour te serre le gosier ». Dans « Louis enfant roi » de Roger Planchon, l'enfant Philippe demande à l'enfant Louis si les pieds qui puent de la petite servante aux grand pieds le fascinent.

  4. Zut me dit Tu vis « comme si tu ne devais jamais plus être aimé ». Zut cite Apollinaire mais l'angoisse de l'amour ne me serre plus le gosier. J'en suis content car c'est assez périlleux de se lier l'esprit à je ne sais quelle autant agiter Zut dans ma caboche et laisser son cœur dans sa poche.

  5. Et laisser son cœur dans sa poche avec son mouchoir par-dessus. C'est exactement le genre d'expression que je n'entends plus. Maintenant, les mouchoirs sont jetables, les amours aussi et les familles se recomposent. Petit, je disais « carnasse » pour « cartable ».

  6. « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
      
    Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
      
    L'angoisse de l'amour te serre le gosier
      
    Comme si tu ne devais jamais plus être aimé »
     
    (Apollinaire, « Zone »)

  7. On attend le remaniement. On dit que le premier ministre serait une femme. Elise m'a parlé d'un documentaire suisse intitulé « Les Dames ». J'entends le joli violon jazz à nostalgie du générique radiophonique du « Mystère de la Chambre jaune » et la jolie voix.

  8. J'aime bien comme ça erre dans les poèmes d'Apollinaire - « Je la surnommai Rosemonde » - et comme la langue évoque des mondes, « voulant pouvoir me rappeler », je me dis que cette Rosemonde recèle tous les désirs, tous les secrets de ce monde.

  9. Le narrateur voulant pouvoir se rappeler « sa bouche fleurie en Hollande » la surnomme Rosemonde. Ainsi nous surnommons et nos troubles portent noms de dieux et de déesses. Je me refais un café ; rien ne presse. Il est tôt et le monde n'a pas besoin de moi.

  10. Comme mots bien dits disent vrai autant qu'horreurs et mensonges, « puis lentement je m'en allai », que cela soit vite, trop vite, si vite, ou lentement, trop lentement, si lentement, c'est toujours qu'on s'en va et jamais qu'on reviendra.

  11. « Je la surnommai Rosemonde
      
    Voulant pouvoir me rappeler
      
    Sa bouche fleurie en Hollande
      
    Puis lentement je m'en allai
      
    Pour quêter la Rose du Monde »
    (Apollinaire, « Rosemonde »)

    Patrice Houzeau
    Malo, le 2 juillet 2020.

     

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1 juillet 2020

CE QUI ME PASSE PAR LA TÊTE

CE QUI ME PASSE PAR LA TETE

 

  1. Ce qui me passe par la tête n'est pas comète dans l'espace. Baudelaire appelait cela « fusées » ; c'est juste du jus qu'on a dans l'citron qu'toute la journée, ça nous fait des bouts d'pensées, des analogies, des impressions qu'on croit qu'on pense qu'on fait juste que fonctionner du carafon.

  2. Ce qui me passe par la tête qu'il fait beau ; je bois de la limonade très fraîche ; aujourd'hui, c'est un second tour d'élections municipales. De toute façon, les gens râlent. Hier, j'ai acheté des tomates séchées. J'me sens un peu fatigué. Les gens votent peu. On s'fait cuire des œufs.

  3. En juin 2020, en France, il ne se passait guère de jours sans que, sous un prétexte ou un autre, des incidents éclatent entre l'une ou l'autre partie de la population et les forces de police. On commençait à douter de l'efficacité de certaines de nos institutions.

  4. En achetant chaussettes, short, tee-shirt, j'ai aussi acheté tomates séchées, saucisses sèches, choux, chicons, chorizo, chablis, mais pas de serpent sifflant sur vos têtes ; je n'en avais nul besoin.

  5. Je n'aurais jamais pensé entendre cette phrase un jour d'élections municipales : « Masque obligatoire et gel hydroalcoolique partout dans les bureaux de vote ».

  6. Ce matin, j'ai lavé du linge. Dans le ciel, on sait bien qu'il n'y a pas d'anges. Quand je pense aux anges, je pense aux oranges. Je les aime sucrées. Chacun d'entre nous pense à sa liberté, et se demande à quel point elle pourrait être menacée.

  7. J'aime beaucoup le poème « Nuit rhénane » d'Apollinaire ; je le savais par cœur jadis, même quand je buvais trop de bière. « Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme ». Défois on s'fascine pour quelque femme. Plus tard, on trouve ça sot, sot, sot, si sot.

  8. Jadis, je savais quelques poèmes par cœur, comme on sait aussi des chansons : « Ecoutez la chanson lente d'un batelier » ; j'avais l'impression d'en avoir l'esprit délié ; ça ne m'empêchait pas d'être aussi bête que les pieds de n'importe qui.

  9. « Ecoutez la chanson lente d'un batelier / Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes », c'est de l'Apollinaire. Ce qui me fait penser au limonaire ; les rues en étaient jadis, dit-on, acidulées. De mon frigidaire, je sors de la limonade et songe par dedans moi Pourquoi sept ?

  10. Les femmes de la Nuit rhénane d'Apollinaire tordent « leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ». Défois vif, défois très niais qu'on est. Sont-ce des sorcières ? Des vouivres aux yeux verts qui glissent dans les rivières et aimantent les jeunes gens ?

  11. « Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
      
    Ecoutez la chanson d'un batelier
      
    Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
      
    Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds »
      
    (Apollinaire, « Nuit rhénane »)

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

 

1 juillet 2020

LA POLITIQUE EST UNE PASSION THEATRALE

LA POLITIQUE EST UNE PASSION THEATRALE

 

 

  1. Je crois que l'un des symptômes de notre relativisme actuel, qui masque assez imparfaitement un scepticisme généralisé, est dans notre manière de plus en plus fautive de maîtriser la concordance des temps.

  2. « les sociétés ne laissèrent pas de distinguer leurs territoires par des bornes qu'elles plantèrent, et de faire des lois pour régler les propriétés de chaque membre de la société »
    (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)

  3. En réglant « les propriétés de chaque membre de la société », l'Etat reconnaît des titres aux individus, les met en concurrence ou en nécessité d'alliances, et donc de commerce, et les tire de l'anonymat de la communauté.

  4. Sur France Culture (le 1/07/2020) : En 1940, la veuve du général Mangin aurait attendu à l'Hôtel du Parc que Pétain passât devant elle et frappant alors le sol de sa canne se serait exclamée : « N'y a-t-il aucun homme en France pour arrêter ce traître ? »

  5. Au même titre que l'enseignement, l'ordre est un art qui demande proximité, renseignements, compréhension des faits sociétaux, anticipation, finesse d'analyse. La technique seule ne suffit pas, qui finit par faire accroire à certains que beaucoup leur serait pardonné.

  6. Nous ne spécialisons plus assez en France, et surtout plus assez tôt. Résultat : les savoirs, y compris certains savoir-faire, s'émiettent, se dispersent, se dévaluent, et d'étranges consultants prennent la place des experts.

  7. Ai lu quelque part sur Internet : « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif. » Jolie phrase de communicant mais qui, à y réfléchir, ne veut pas dire grand chose, et est même assez grotesque. L'école apprend aussi à vivre avec les autres.

  8. « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif. » Ouiche. On aurait pu tout aussi bien écrire : L'enseignement en présentiel met l'enseignant au cœur du dispositif ; le retour de l'estrade, (ou son retrait) met l'enseignant au cœur du ; le port de la cravate (ou du tailleur) met machin/machine au cœur du truc, et scoubidou et scoubida.

  9. « L'enseignement à distance remet l'enseignant au cœur du dispositif » : Non, l'enseignement à distance oblige l'enseignant à se plier à un dispositif, à la sollicitation permanente, à la communication purement fonctionnelle, à la sédentarité, à la solitude.

  10. Il disait assumer un pouvoir jupitérien ; il se croyait maître des horloges. Qu'avons-nous maintenant ? Un président à majorité fictive qui se verdit pour sauver les meubles et donne l'impression de ne plus pouvoir rien faire sans que l'Allemagne et la BCE ne donnent leur accord.

  11. La politique est une passion théâtrale. Une fascination du polichinelle. Et comme dans les drames antiques, le politique pris par l'hybris est voué à la perte.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

1 juillet 2020

DIABOLUS EX MACHINA

DIABOLUS EX MACHINA

 

 

  1. « A quoi donc est-ce que je crois, lorsque je crois à une âme dans l'homme ? » (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques » 422)

  2. Il fallait bien doter l'être humain d'une âme afin de l'autoriser à se reproduire, à se multiplier, à pulluler en toute conscience.

  3. Plus les humains sont nombreux, plus ils ont besoin d'être administrés, afin, bien entendu, que l'idée d'humanité restât plausible.

  4. En réponse au volontarisme combatif d'Achille, cette réplique d'Iphigénie, devise pour l'humanité, blason, tombeau :
    « Je le sais bien, Seigneur : aussi tout mon espoir
      
    N'est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir. »
      
    (Racine, « Iphigénie », v.1531-32)

  5. Tout le mois de juin 2020, l'idée que d'ici une poignée de semaines, le Covid reviendrait nous décimer, fit son chemin en France. De 1945 à la fin du XXème siècle, nous avons vécu avec l'épée de Damoclès de la guerre atomique ; le XXIème innovait dans la pandémie virale à répétition.

  6. La surpopulation aiguise peu à peu nos consciences de telle sorte que nos âmes finiront par avoir une forme de couteau.

  7. L'humanité est un spectacle toujours varié et renouvelé, avec son diabolus ex machina infernale derrière le rideau.

  8. Je suppose que je ne suis pas le seul à penser avoir été toute sa vie dans l'à-peu-près et l'amateurisme, sauf dans l'écriture, laquelle fait parfois assez mal au dos.

  9. M'aurait-on menti ? La vie ne serait-elle donc pas si merveilleuse, ni l'avenir si radieux ?

  10. Je ne peux pas m'empêcher de faire des phrases. C'est ainsi que je me justifie à mes propres yeux tout en participant avec joie à la nécessaire entreprise du scepticisme.

  11. Les politiques français auront bon tenté de se dédouaner en arguant des mérites de leur administration, il est tout de même que, faute de moyens suffisants, bien des gens sont morts qui n'auraient pas dû ainsi mourir et bien des entreprises périssent d'incurie ministérielle.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2020.

25 juin 2020

DEVANT NOUS TOUS

DEVANT NOUS TOUS

 

 

  1. « Dirai-je qu'il signifie quelque chose « se trouvant devant nous tous » et que chacun pourrait, outre ce mot, en avoir un autre pour rendre sa propre sensation du rouge ? »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 273)

  2. Aurions-nous, outre les mots que nous avons tous en commun, des noms secrets, et enfouis dans nos subconscients, pour désigner les êtres qui nous entourent ?

  3. Le mot « rouge » est assez riche de connotations pour qu'il puisse ne jamais tout à fait signifier la même chose pour bon nombre d'individus.

  4. Paraphrasant Wittgenstein, je puis écrire que le mot « dieu » signifie quelque chose nous concernant tous et que chacun pourrait, outre ce mot, en avoir un autre pour exprimer sa propre croyance en dieu.

  5. Le mot « dragon » désigne quelque chose qui semble échapper à la quotidienneté et le dragon est un être imaginaire. La table sur laquelle j'écris chaque jour est un étant. Il semble qu'il y aurait hyperbole à parler de l'être de la table. Et pourtant, les tables, lorsque nous les faisons tourner, c'est parce que, soudainement, les voilà visitées par des esprits.

  6. La croyance aux fantômes et aux poltergeists serait-elle une manière de conférer une dignité d'être aux choses ? De même le fétichisme, la collection, le bon goût, la fascination esthétique. Au fond, tout n'étant que matière vouée au néant, la valeur qu'on donne aux choses n'est jamais qu'une manière d'être humain.

  7. « Hélas ! Je me consume en impuissants efforts,
    Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors.
    Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ? »
    (Racine, « Iphigénie », v.1671-73 [Clytemnestre])

  8. Telle Clytemnestre, l'âme humaine se « consume en impuissants efforts », et ne sort d'une crise que pour rentrer dans une autre ; la voilà vouée à se demander combien de fois elle mourra avant de définitivement disparaître dans la nuit des espèces disparues.

  9. J'aime bien le clip réalisé par Tom Haines pour illustrer la chanson « I'm Not Your Dog », de Baxter Dury, le matin bleu d'une digue avec palmiers, quelques voitures passant dans l'arrière flou, immeubles et électricité lumineuse, et l'individu blessé.

  10. Il y a toujours un chien pour se souvenir que vous en êtes un autre.

  11. … et l'individu blessé, seul, un os que chiperait un chien, et qui va vers la mer.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2020.

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25 juin 2020

OU FLOTTENT MES ESPRITS

OU FLOTTENT MES ESPRITS

 

 

  1. Les humains mettent les horloges à l'heure de l'acte libre, mais le temps n'existant que par convention, les horloges bégaient.

  2. Nous attendions des agents l'usage de la raison dans leur conduite. Hélas, ils n'avaient guère autre chose qu'un fouet sur la langue.

  3. Sont-ils tous nés gouvernés ? Sont-ils tous si libres de faire langue commune et de renverser un soleil pour le remplacer par un soleil ? Faut-il que toujours la lumière vienne d'ailleurs ?

  4. Pourquoi veut-on m'empêcher d'exercer mon droit à l'indifférence ? Quel est cet esclavage moderne qui voudrait que mon destin fût fatalement lié à celui d'autres qui ne me sont rien ?

  5. Pourquoi devrais-je comprendre comment fonctionne la chimère atroce qui agite ces autres, que quelques points de croissance en moins transformeront, à coup sûr, en voleurs, sinon en assassins ?

  6. La surpopulation aiguise les couteaux aussi sûrement que le fait la pauvreté.

  7. « le gouvernement s'effrite quand le pouvoir législatif – la volonté expresse de la majorité, « l'âme qui donne à la république sa forme, sa vie et son unité » - se désagrège lui-même. »
    (Simone Goyard-Fabre, « Les Traités politiques de Locke »)

  8. « Une couleur factice salit le corps, elle ne le change pas. »
    (Petrone traduit par Pierre Grimal, « Le Satiricon » [Giton])

    Ainsi ai-je souvent pensé cela des tatouages, parfois magnifiques il est vrai, mais aussi menteurs et révélateurs que l'habituel verbiage dans lequel nous pataugeons.

  9. L'une des raisons pour lesquelles je suis contre les fameuses épreuves orales, auxquelles semble tant tenir le sieur Blanquer, c'est que je revendique pour chacun et donc aussi pour les élèves, le droit au silence, au quant-à-soi, à la discrétion, à la réserve. Timidité n'est pas vice.

  10. En passant du service public de l'instruction au service obligatoire de l'éducation, nous sommes passés de la transmission des savoirs à l'influence sur les idées, voire à la propagande et la manipulation. Fort heureusement, les élèves ne croient pas plus à la morale de leurs enseignants que les catholiques croient aux contes bleus de leurs curés.

  11. « Heureux si dans le trouble où flottent mes esprits,
       Je n'avais toutefois à craindre que ses cris ! »
    (Racine, « Iphigénie », v.1319-20 [Agamemnon])

  12. Sans doute qu'ils flottent, nos esprits. L'administration nous croit rationnels. Cette naïveté finira par lui faire perdre la tête.

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2020

25 juin 2020

CHRONIQUE DU 24 JUIN 2020

CHRONIQUE DU 24 JUIN 2020

 

 

  1. Au soir du 24 juin 2020, il semblait à beaucoup de Français que nous étions dans l’œil du cyclone et que l'épidémie du Covid reprendrait bientôt sa sinistre moisson.

  2. En juin 2020, sans que cela fût dit dans les médias, beaucoup commençaient à le trouver « bizarre », ce virus qui, tel un missile attaché à sa proie, allait, venait, zigzaguait, comme mû par on ne sait quel programme.

  3. Si l'épidémie reprenait en France, que ferions-nous ? Un confinement tel que nous l'avions vécu ces derniers mois serait fatal à notre économie. Sans doute faudra-t-il tester massivement, se masquer, et apprendre à vivre avec l'ennemi.

  4. Si j'étais actuellement au pouvoir, je m'assurerais qu'en cas de deuxième vague du Covid, nos hôpitaux auraient assez de lits, de personnel et de matériel nécessaires ; je m'assurerais aussi des stocks disponibles de masques et de tests, et aussi du soutien de l'armée.

  5. En théorie, la majorité actuelle ne peut plus gagner aucune élection, la crise sanitaire qu'il a, par son imprévoyance, en partie provoquée, étant suivie d'une crise économique dont chacun peut mesurer chaque jour les premiers ravages.

  6. Il se pourrait qu'une deuxième vague de Covid fût fatale à certaines de nos institutions. Outre le discrédit qui s'abat sur nos politiques, jugés imprévoyants, sinon menteurs, qu'en sera-t-il de la légitimité des forces de police, de l'enseignement supérieur, du législateur, du candidat ?

  7. Cette crise du Covid aura été aussi une crise de l'expertise. Nul besoin de citer aucun nom pour se souvenir des errances de la parole, des à-peu-près d'autorité, des semi-mensonges et des demi-vérités que nos « experts » ont répandus non sans conviction dans tous les médias.

  8. Je me demande quel sera le nombre de suicides imputables aux conséquences de la crise sanitaire doublée de la crise économique. Je me demande s'il y aura un seul politique pour reconnaître qu'en effet sa part de responsabilité est loin d'être petite.

  9. Il est aussi que cette crise du Covid sera sans doute à l'origine d'une crise des frontières. Le chômage montant, les Français accepteront-ils encore autant de migrants et de travailleurs étrangers sur leur territoire ?

  10. Il est bien entendu possible qu'une forte montée du chômage provoque quelque colère chez les « apprenants », lesquels vont finir par se demander pourquoi on leur fait faire autant d'années d''études alors qu'ils pourraient beaucoup plus vite apprendre leur métier.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 juin 2020

24 juin 2020

AUTOUR DE LA FILLE SANS NOM

AUTOUR DE LA FILLE SANS NOM

 

 

  1. A la note 306 de ses « Investigations philosophiques », Wittgenstein écrit « Pourquoi nierais-je qu'il y a un processus intellectuel ? » et ceci, qui pourrait passer pour inutile en ce qui concerne la suite du raisonnement, met justement l'accent sur le processus intellectuel propre au fait de conscience.

  2. La majorité des députés ne semblant plus représenter la volonté nationale, il est nécessaire de dissoudre l'Assemblée. Un remaniement du gouvernement ne saurait palier cet état de crise latente, cependant que la gravité des événements commande un exécutif fort et ferme dans ses décisions.

  3. « Les villes que j'ai vues vivaient comme des folles »
    (Apollinaire, « Le voyageur »)
    « Les villes » sont ici la métaphore de l'humanité, diverse et sans doute trop pleines de sens.

  4. « Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon
      
    Achille préférât une fille sans nom »
     
    (Racine, Iphigénie, v.707-8 [Eriphile])

Ce qui n'a pas de nom n'existe pas. Eriphile existe bien en tant que fille, mais le doute sur sa lignée empêche qu'on l'aime, bien qu'Iphigénie la jalousât.

  1. « Je me suis laissé approcher par qui ne me questionnait pas,
      
    je me suis laissé trouver par qui ne me cherchait pas. »
      
    (La Bible de Jérusalem, « Isaïe », 65, 1)

  2. Ce n'est pas tant le style qui effraie l'administratif, que cette fronde de la langue du grand style.

  3. Les êtres qui n'ont pas de nom n'existent pas. Ils sont là pourtant, dans l'invisible. Qu'on les nomme et ils se manifestent. Ils sont légion.

  4. Nous avons inventé les démons et les démons nous ont tourmentés. Nous avons inventé nos amours et nos amours ont orienté nos vies.
    Ce n'est que par les noms que les êtres font sens. En dehors des noms, ils ne sont que radicale étrangeté.

  5. Puis-je dire que le jeu d'échecs se définit par l'ensemble des parties jouées et des règles qu'on en a déduites ?

  6. Ce n'est pas une fine connaissance des stratégies du jeu qui en change les règles, cependant qu'elle en change la pratique, qu'elle en définit la grammaire.

  7. Ce n'est pas une fine connaissance des pratiques d'une langue qui en change la grammaire, cependant qu'elle en influence l'usage, lequel demande justement qu'on pratiquât la langue.

  8. Ce qui fait la complexité de l'humain, c'est qu'il fait jeu de la langue, qu'il en multiplie tellement les usages que nul dieu n'y retrouve ses créatures.

  9. Le politique court après la complexité de l'humain, et pour cela ne cesse d'inventer de nouveaux mots, lesquels font rire, quand ils ne font pas pleurer.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 juin 2020

 

 

24 juin 2020

JUSTIFIONS LE MIRLITON

JUSTIFIONS LE MIRLITON

 

 

  1. Descendi dégringoli fuchi-fichu
    De tous ces oh la la qu'sé haut
    Où la lumière équationne calcu-
    le je me dis bin qu'cé pas beau
    Cor une fois qu'te v'là sul'cul

  2. Mangeons mangeaillons & prenons
    En de la graisse et quand Covid
    Reviendra qu'nous asphyxi-irons
    Nous n'serons ni creux ni vides
    Et la terre nous fertiliserons.

  3. Je serons comme l'ours dans sa
    Fosse me tournerons & re re re
    Balançant ma lourde caboche ma
    Lourde de pensées de passé Grr
    Grr Grr grand grognon serai-je
    Ours quand on nous reconfinera

  4. Défois qu'on verrot apparaître
    Jésus ou l'pangolin antéchrist
    Ou q'du ciel chutant des êtres
    Viendroient jactant l'mystique
    Comme tu causes prix du beurre
    Réforme à Blanquer pis tout ça
    Qu'étouffe vacille qu'ça meurt
    C'est que te v'là fou mon gars

  5. C'est fascinant comme le niveau
    Monte jadis on n'savait rien oh
    On étot très ignorant mais avec
    L'Education Natio-o-nale quésk
    Quésk quésk'on est malin & q'on
    sait tout Pangolin et pollution
    Pandémie et récession logiciels
    Qu'les robots nous remplaceront
    Quand tous confinés nous serons
    Qil nous tombera dessus le ciel

    Patrice Houzeau
    Malo, le 24 juin 2020

     

24 juin 2020

MIRLITONNERIES POUR QU'AUSSI JE RIE

MIRLITONNERIES POUR QU'AUSSI JE RIE

 

1. Vivement samedi que j'vas à la ville
   
Avec ma cousine Vanille
   
Et mon pote fantôme Freddy
   
Stilal qu'a des griffes
   
Visiter les zanimos zà
   
Venin pis ceux qui comme Freddy
   
Ont des griffes
   
Et qu'on zieute au zoo là.

2. Défois j'irais bien aux confins du désert
    
Ça s'rait comme un hein ça s'rait comme un rite
    
Qu'défois j'irais bien aux confins du désert
    
Des Tartares ou bien çui-là qu'on dit Mojave
    
Je dis Mojave parce que ça rime avec bave
    
Etc... mais c'est mieux avec des frites.

3. Défois je regarde la glauque qui se déploie
    
Qu'on dirait un grand mouchoir verdâtre
    
Dans lequel tombe un crachat rougeâtre
    
Un machin qu'on appelle soleil je crois.

4. Bizarre bizarre comme c'est bizarre
   
De par le monde des gens meurent
   
D'un virus persistant asphyxiant très bizarre
   
Bizarre comme c'est bizarre
   
Les économies s'effondrent les gens meurent
   
Comment voulez-vous dites comment
   
Qu'on n'croie pas défois qu'on nous ment.

5. J'aime bien les pumas, mais c'est juste pour leur nom
   
Car j'aime aussi les Incas dont je ne sais que le nom
   
Si l'on m'interrogeait sur ces fauves ou sur ces Indiens
   
J'auros alors tout rond le zéro, j'crois bien.

6. Les politiques si ça s'trouve n'existent pas
   
C'est juste des robots fabriqués par des gars
   
Venus d'on ne sait quelle extraterrestre où ça
   
Pis qui nous rackettent nous soumettent voilà.

7. J'aime bien les chansons étranges
   
Aux atmosphères d'orgues et spectrales
   
Aussi des guitares qui dérivent en rafales
   
J'y pige que couic c'est pourtant pas la langue des anges
   
C'est juste de l'anglais mais moi la musique m'suffit
   
Car de la langue à la Queen je n'en sais pas un penny.

8. C'est juste de l'angliche qu'ça cause de pouliche
   
Surnaturelle tu crois bin non c'est juste d'la godiche
   
Avec des calculettes derrière leurs yeux de biche
   
Des beautés coûteuses pour lesquelles on s'pourlèche
   
Qu'on ferait mieux défois d'aller à la pêche.

9. Défois quand cause le président
   
Cause le président
   
Cause le président
   
J'me chante en d'dans La Danse des canards
   
Ou bien Papa Pingouin
   
Parce que Qu'est-ce qu'il est bavard
   
Not' président
   
Not' président
   
Not' président
   
Et pis Tagada Tsoin Tsoin.

10. Y a des vers d'Apollinaire oùsque les enfants des morts vont jouer dans le cimetière. Je me demande bien si cet hiver, vu qu'on dit qu'la Covide va r'venir nous faire des misères, combien y en aura, d'enfants des morts, dans les cimetières.

11. Et puis parce que tout finit par des chansons
     
Laissez-moi chanter Macron Macron
     
Donne-nous des ronds
     
Du blé d'l'oseille du pèze des sous
     
Sinon Macron Macron
     
Ta réélection
     
Tu l'auras dans l'chou.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juin 2020.

 

 

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