LA NUIT TOMBE LA PLUIE AUSSI SIGNES ET PRESAGES
LA NUIT TOMBE LA PLUIE AUSSI SIGNES ET PRESAGES
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La nuit tombe Du bleu partout La nuit tombe On rêve quelque saxophone La nuit tombe Quelques nappes d'un blues lent et profond La nuit tombe Lent profond un regard.
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La nuit tombe Le chat attend la souris La nuit tombe Des fois on y titube La nuit tombe Titube de vin ou de fatigue La nuit tombe On n's'en sent plus d'ses regrets.
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La nuit tombe On a d'l'Amérique plein la cafetière La nuit tombe Et les échos des malheurs La nuit tombe Qu'la radio débite en tranches La nuit tombe Entre deux chansons plus ou moins habiles.
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La nuit tombe On en emmêle ses rimes La nuit tombe Qu'on remue sous ses paupières La nuit tombe On voit des visages, des gares, des lacs, des pierres La nuit tombe Le visage d'un ange, la face d'un crime.
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La nuit tombe Qui nous appelle et nous réveille ? La nuit tombe Un cri un nom un coup donné à la porte La nuit tombe Et qui exigerait de nous qu'on veille ? La nuit tombe Quel diable viendrait, que le vent emporte.
LA PLUIE AUSSI
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La pluie aussi passe comme passe Zut La pluie aussi s'amuse comme Zut à nous rêver La pluie aussi est entre deux éclats de soleil La pluie aussi où fuse un rire qui revient parfois la nuit.
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Un présage peut s'interpréter de façon symbolique ; ceci dit, ce n'est pas parce qu'en novembre, j'ai croisé à Dunkerque une jeune et longue eurasienne masquée que j'aurais pu prévoir le Covid-19.
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On peut aussi expliquer la mort d'Iphigénie, ou la mort tout court, par la malédiction divine. Notre finitude est la raison des dieux.
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Peut-il être que la colère des dieux soit sans raison ? Qu'Iphigénie soit condamnée par courroux de la déesse ? Que les dieux ne soient que pure colère, colère en soi ? Dies Irae, une éternité.
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Objectivement, le présage n'a aucune valeur. Seul le fait importe. Même a posteriori, ce que l'on tient pour présage n'a de valeur objective qu'en tant que signe avant-coureur. Lire l'Histoire comme une suite de présages, c'est en multiplier les fictions.
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La propagande remplace le signe par le présage. La démocratie elle-même joue ce jeu dangereux et d'autant plus tentant que le signe est un fait. L'accélération de la multiplication des signes pris pour des présages fait du réel un vertige, une fiction périlleuse.
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La propagande, faisant du signe un présage tend à faire de l'adversaire une essence. C'est ainsi que le discours politique simplifie le réel en oppositions binaires : le peuple contre la bourgeoisie, la nature contre la technologie, la culture contre l'intolérance.
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Considérer le réel comme une suite d'oppositions binaires revient à prendre le signe pour un présage, comme s'il y avait un sens de l'Histoire, alors qu'il n'y a que des effets et des causes : le dieu derrière le rideau n'existe pas : il n'est qu'un être et ne présage de rien.
Patrice Houzeau
Malo, le 29 mai 2020.