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BREFS ET AUTRES

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6 juin 2020

NUL MATIN NE REVIENT

NUL MATIN NE REVIENT

 

 

  1. « D'autres illusions viennent de divers côtés se rattacher à celle, particulière, dont il est question ici. La pensée, le langage, nous apparaissent comme la corrélation unique du monde, comme son image. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 96)

  2. Que la pensée et le langage dont elle procède soient considérés « comme la corrélation unique du monde » n'implique pas que le langage soit « l'image » du monde.

  3. Le langage, parce qu'il permet à l'humain de penser le réel, est créateur du monde. C'est en cela qu'en effet, comme le dit saint Jean, « au commencement était le Verbe ».

  4. Le monde est un jeu de mots, un « malentendu » : « Par un malentendu il nous semble que la proposition fasse quelque chose de singulier. » (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski , « Investigations philosophiques », 93).

  5. Le réel en soi est indicible tant que le langage n'a pas fait l'inventaire de ce qui est là et qui, faute de mots, nous reste invisible.

  6. Le langage est un miroir qui invente son spectre, son imprévisible spectre. Que ce miroir soit sans tain est une affaire de croyance.

  7. Notre langue nous paraît logique car elle procède de la raison. Le monde que le langage induit nous semble donc intelligible. Cependant l'on voit bien que quelque chose cloche et que le monde est aussi absurde que le discours de celui qui se prend pour un autre.

  8. Comment se fait-il que l'apparente perfection de la grammaire ne nous donne jamais qu'un monde au mieux imparfait, au pire fou furieux ?

  9. L'humain finit toujours par se lasser de ses trésors. Le grand et beau style des XVII et XVIIIème siècles a cédé la place à une langue de plus en plus pauvre, bureaucratique, anglo-fonctionnelle et d'une pitoyable vulgarité.

  10. Quand ma mère est morte, j'ai pensé à la jeune fille d'il y a longtemps qui est morte avec elle.

    « Merlin guettait la vie et l'éternelle cause
    Qui fait mourir et puis renaître l'univers »
    (Apollinaire, « merlin et la vieille femme »)

    Quand ma mère est morte, j'ai pensé que cette jeune fille et tous ses désirs, et toutes ses illusions, ne reviendrait jamais.

  11. Merlin a beau guetter, nul matin ne revient.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juin 2020.

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6 juin 2020

UN TEMPS VIENDRA OU IL SERAIT TU

UN TEMPS VIENDRA OU IL SERAIT TU

 

  1. En juin 2020, beaucoup d'établissements scolaires avaient l'air de coquilles vides hantés de quelques élèves plus ou moins épatés de la tournure des événements, de pédagogues masqués et de procédures administratives auxquelles il semble nécessaire de donner un sens.

  2. Il but un, deux, trois cafés assez lentement pour laisser aux cigarettes le temps de se fumer, tout en écoutant une émission sur Wittgenstein ; il avait lu aussi quelques feux mal éteints sur Twitter, éprouva l'envie d'écrire (ça le prenait souvent).

  3. « Qu'importe ma sagesse égale
      
    Celle des constellations
      
    Car c'est moi seul nuit qui t'étoile »
      
    (Apollinaire, « Lul de Faltenin »)

  4. Alors il nomma les choses et parmi les choses, certaines s'échappèrent du troupeau.
    Il sait leurs noms et sait les rappeler mais ne peut toutes les maîtriser.
    Ainsi la foudre peut le frapper et l'ombre l'engloutir.

  5. Alors il dénombra et nomma les astres et parmi les astres, certains brillèrent d'un étrange éclat.
    Il sait leurs noms et sait les évoquer mais ne peut tous les comprendre.
    Pourrait-il les comprendre, que cela n'empêcherait pas le bolide de l'anéantir ni le temps de refermer ses ailes.

  6. « Et tous les arbres de la campagne sauront que c'est moi, Yahvé,
    qui abaisse l'arbre élevé et qui élève l'arbre abaissé,
    qui fais sécher l'arbre vert et fleurir l'arbre sec.
    Moi, Yahvé, j'ai dit et je fais. »
    (La Bible de Jérusalem, Ezéchiel, 17, 24)

  7. Ce ne sont pas les arbres qui savent mais celui qui dénombre, nomme et fait prospérer la forêt.
    C'est ainsi qu'il dit et c'est ainsi qu'il fait.
    Celui qui sait dire et sait faire s'appelle l'humain, et la nature n'est douée que par l'humain et le Nom de l'être qui s'exprime en lui.

  8. Au monde, les lois du monde ; à Dieu, les lois de Dieu.
    « Alors il leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (La Bible de Jérusalem, Luc, 20, 25)

  9. Les procédures administratives ont aussi leur dieu caché, qui n'est pas un dieu, mais un gardien de chair et d'os, un gardien tenté parfois par la domination de la procédure sur le libre-arbitre.

  10. Que les Ecritures inspirent les lois du monde est une bonne chose ; qu'elles se substituent aux lois du monde, c'est renier l'esprit et la liberté du Verbe qui parcourt l'humain, c'est mal nommer le Nom de l'être.

  11. Qu'on laisse courir, se répandre et enfler les lois du monde et au Verbe se substituera une norme aussi asservissante que l'imposture de celui qui croit juger au nom de Dieu.

  12. Il pensa à la jeune fille et que le nom de la jeune fille était un noyau sur lequel poussait la chair.
    Si le nom était signe, la chair, elle, était bien réelle.
    Le nom ne vieillirait pas. Un temps viendra où il serait tu.

  13. Bonjour monsieur je ne sais pas du tout je ne pense pas je ne sais pas du tout. Merci !

    Patrice Houzeau
    Malo, le 6 juin 2020.

4 juin 2020

CE QUI SE PENSE SE DIT ET C'EST ÇUI QUI DIT QUI Y EST

CE QUI SE PENSE SE DIT ET C'EST ÇUI QUI DIT QUI Y EST

 

 

  1. Ce qui se pense se dit ; cependant que l'on ne peut pas toujours dire ce que l'on pense, ce que l'on pense peut toujours se dire.

  2. Je remarque que les propositions « on peut toujours dire ce que l'on pense » et « on ne peut pas toujours dire ce que l'on pense » sont toutes les deux vraies.

  3. Un musicien peut parfaitement exécuter un morceau ; un peintre peut excellemment représenter une vache ; un écrivain ne peut pas dire tout ce qu'il pense (les gens lui jetteraient des pierres).

  4. Vu et entendu sur Youtube la batteuse Sina qui dans le genre pop/rock des électriques seventies rappelle ce que drummer veut dire.

  5. « Daniel prit alors de la poix, de la graisse et du crin, fit cuire le tout, en fit des boulettes, et les jeta dans la gueule du serpent qui les avala et en creva. Et Daniel dit : « Voyez ce que vous vénérez ! » (La Bible de Jérusalem, Daniel, 14, 27)

  6. C'est en l'empoisonnant que Daniel tua le « serpent vénéré de Babylone ».
    Le réel tue croyances et idolâtries.
    Les Romains en crucifiant le Christ avaient tenté d'abattre la foi chrétienne.
    Il fallait donc que le Christ ressuscite.

  7. « Je le savais d'avance » ; « Je vous l'avais bien dit » : Ces deux propositions ne s'avèrent exactes qu'en vertu d'un présent de confirmation. La promesse de l'au-delà échappe à ce présent. La prophétie hermétique renvoie toujours ce présent à plus tard.

  8. La foi est la croyance que le présent en soi confirme la promesse d'une victoire sur la mort. Le croyant fait comme si. Le socialiste aussi d'ailleurs, aussi naïvement et philosophiquement attaché à la fin de l'Histoire qu'un croyant est attaché à son dieu.

  9. Les miracles et les progrès permettent au croyant et au socialiste de croire en la promesse de la victoire sur la mort, ainsi qu'à la fin de l'Histoire. Mais un événement est-il toujours un signe ?

  10. « Dans une fosse comme un ours
      
    Chaque matin je me promène
      
    Tournons tournons tournons toujours »
      
    (Apollinaire, « A la Santé, III »)

  11. Sans doute l'humain tourne dans le monde comme l'ours à Apollinaire dans sa fosse tourne, et l'humain tourne dans sa tête comme l'ours à Apollinaire dans sa fosse tourne, et l'humain tourne dans son impatience comme l'ours à Apollinaire dans sa fosse.

  12. « Vous ne comprendrez donc rien au grand jamais »
      
    (La Bible de Jérusalem, Judith, 8, 13)

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2020.

 

3 juin 2020

C'EST TOUJOURS EN DIEU QU'IL CROIT

C'EST TOUJOURS EN DIEU QU'IL CROIT

 

  1. Alors il en était à la fin de son assiette. Il contemplait le réel passant devant lui, les gens, les garçons et les rieuses.
    Il voyait du monde. Il songea à la suite des siècles.
    Et comme il comprenait le sens du mot fatigue, il commanda un café.

  2. « Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
       Pour voir une fois encore mon beau château »
       (Apollinaire, « La Loreley »)

  3. Alors il fréquenta les chevaliers qui étaient sans châteaux.
    Les chevaliers ne le laissèrent pas venir sur le haut rocher.
    Il se demanda s'il y avait encore un haut rocher.

  4. Il essaya d'expliquer la façon dont il comprenait cela.
    Mais cela l'autre ne pouvait que le deviner.
    Il avait beau convoquer son armée exemplaire, l'autre ne pouvait comprendre que ce qu'il comprenait lui-même.
    Apprendre, c'est mal-entendre, et sur ce malentendu se fondent les hauts châteaux.

  5. Lui aussi craignait quelqu'un, et quelqu'un pouvait avoir prise sur lui.
    Et quelqu'un lui donnait des raisons pour le faire agir.
    Mais peu importaient ces raisons car la crainte le faisait obéir de toute façon.
    Ce ne sont que les apparences de la raison qui permettent au monde de tourner.

  6. Il songea au Verbe et à la raison du Verbe, et le Verbe et la raison du Verbe lui semblèrent sublimes.
    Il songea au Verbe et que le Verbe était fécond d'une infinité de mondes qui n'existaient que par de mêmes lois.
    Il songea que ces lois étaient les lois du Verbe et que l'humain en cherchait la grammaire.

  7. « Mais un homme devient la risée de son ami,
      
    quand il crie vers Dieu pour avoir une réponse. »
      
    (La Bible, Job, 12,4)

  8. Il songea qu'il ne pouvait appeler Dieu à voix haute.
    Si quelqu'un l'entendait appeler Dieu à voix haute, quelqu'un se moquerait de lui.
    Il songea qu'on ne pouvait appeler Dieu qu'avec sa voix muette.
    Il songea que Dieu entendait les muets.
    Il songea que sinon, le monde ne serait qu'appels et prières, jérémiades et parjures.

  9. Il dit que ; il pense que ; il croit que.
    Il dit à ; il pense à ; il croit en.
    Même athée comme la tasse à Orlando de Rudder, c'est toujours en Dieu qu'il croit.

  10. « Et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » (saint Jean)
      
    Ainsi est le Verbe, dans l'ailleurs de Dieu et en Dieu.

  11. Je crois en Dieu et je crois au Verbe, et quoi qu'il m'est possible de croire, c'est toujours en vertu du Verbe.
    Ainsi furent donnés à l'humain dieux, diables et légendes, mais c'est toujours dans la puissance du Verbe que je crois, que je doute, que je nie.

  12. En 2020, un dragon parcourut le monde et tua une partie du monde.
    Dieu n'a pas créé la nuit pour que l'humain y dorme, et c'est pourtant la nuit qu'il dort.
    L'humain s'adapte à Dieu au point ne plus y faire attention.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juin 2020.

2 juin 2020

RENTREE FANTOME

RENTREE FANTOME

 

  1. L'autoritarisme et l'hyperbole administrative ne sortent pas toujours renforcés d'une crise qu'ils ont pourtant aidé à surmonter. Le gouvernement aura beau se prévaloir de ses mesures sanitaires, il n'en est pas moins qu'à l'origine, il aura manqué à son devoir de prévoyance.

  2. Les électeurs n'aiment guère l'Etat colmateur. Ce qu'ils attendent, ce n'est pas l'Etat réformant et contre-réformant dans tous les sens (l'état actuel des affaires macronistes), ce qu'ils attendent, c'est l'Etat prévoyant.

  3. On peut, hélas, se douter qu'une fois cette étrange affaire élucidée, on s'apercevra de l'immensité de la corruption.

  4. Je songe souvent qu'il est à parier que la plupart de nos ministres furent jadis des enfants imbuvables. Et tant pis si je me goure, poil au tambour.

  5. Serait-il que tant d'agitations ne procède que d'une seule chose : le refus de voir que nous sommes fatigués de nous-mêmes ?

  6. Je me demande comment vont faire les ministres du gouvernement Philippe pour défaire ce qu'ils ont fait hier (avant la crise du covid), tout cela qui leur semblait si judicieux et qui s'avère aujourd'hui si dispensable, voire contre-productif.

  7. J'ai l'impression de faire une rentrée fantôme.

  8. Non, mon cher Hastings, je ne pense pas que ce soit le ministre qui ait commis ce crime. La stupidité de ses dernières décisions prouve assez qu'il a eu récemment beaucoup à faire.

  9. Je me demande si les directeurs de cabinet disent toujours la vérité à leur ministre en cours. Je commence sérieusement à me poser des questions.

  10. J'ai confiance, il se sont bien agités pendant la crise du Covid et bien sûr, ils jurent leurs grands dieux qu'on ne les y reprendra plus. Rendez-vous dans dix ans, place des Grands Hommes, et vous verrez qu'une quelconque saloperie d'on n'sait où nous la pourrira à nouveau.

  11. Une bouche se tord, c'est moche ; trois bouches se tordent, c'est louche.

  12. Une société inégalitaire n'est pas fatalement injuste cependant qu'un égalitarisme étroit mène toujours à l'inefficacité.

  13. Il n'est pas nécessaire d'analyser les résultats : il suffit de prendre en compte l'inflation des textes, des commissions diverses et des procédures administratives pour comprendre que l'institution est paralysée.

  14. Je ne comprends toujours pas le rapport entre la juste répartition des richesses et la réforme des retraites à Macron : ce n'est pas en appauvrissant tout le monde que l'on se montre plus juste.

  15. La retraite par points a des partisans à gauche comme à droite et pourrait donc être utilisée par la Macronie pour diviser les oppositions.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juin 2020.

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1 juin 2020

CE QUI NE PEUT ETRE SANS QUE CELA SOIT

CE QUI NE PEUT ETRE SANS QUE CELA SOIT

 

  1. Le ciel est bleu ; la plouze est verte et les gens blancs ;
    Y a un tueur dans l'air et nous sommes masqués.
    Tout est normal, prévu, voulu, tenu, o.k.
    Le monde continue d'tourner, évidemment.

  2. Que nous ne soyons que très peu capables de changer de modèle de croissance n'implique pas que ce changement ne se fera pas. Et ce que nous ne ferons pas de nous-mêmes nous sera imposé par l'horreur des circonstances.

  3. Ce n'est jamais que devant l'horreur qu'une civilisation consent à se réformer en profondeur. Il a fallu deux guerres mondiales et la Shoah pour que l'Europe se mette enfin à songer sérieusement à la paix.

  4. « Et si nous la retenons, elle surgit donc devant notre œil spirituel, dès que nous en prononçons le nom. Elle doit donc être indestructible en soi, si la possibilité doit exister de nous en souvenir à tout moment. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 56)

  5. Ce dont nous nous souvenons et que la conscience convoque, est en soi en ce sens que cela signifie toujours quelque chose pour quelqu'un. Les êtres, imaginaires ou pas, échappent à notre durée, et y sont radicalement indifférents.

  6. Conan Doyle est mort en 1930 mais nous cherchons toujours à définir « Sherlock Holmes » cependant que nous nous attachons à produire des biographies toujours plus exactes de son créateur.

  7. Ce qui est « indestructible en soi », c'est autant une qualité (par exemple, une couleur) que ce qui ne peut être sans que cela soit, ici la conscience de cette qualité. Ce qui ne peut être sans que cela soit est le nom de l'être.

  8. L'arbitraire des signes relativise toute qualité (chaque langue invente un monde, etc...), mais il n'en reste pas moins que le langage ne peut être sans que cela soit. Dès que je parle, je mets en œuvre une langue qui n'a pas d'autre justification que le fait que je m'en empare.

  9. Ce ne sont jamais que des mots que nous avons en mémoire. Ce dont nous nous souvenons et que nous croyons si réellement vrai n'est qu'habitude de langage, voire abus, idiosyncrasie. Il n'en reste pas moins que l'habitude est la chose du monde la mieux partagée.

  10. « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
    Il était au commencement en Dieu.
    Tout par lui a été fait, et sans lui a été fait rien de ce qui existe. »
    (Prologue de l'Evangile selon saint Jean, traduit par Augustin Crampon)

  11. L'univers suppose un créateur. Ce créateur ne peut être qu'étant nommé cependant que nous ne pouvons le définir qu'en le désignant par ce « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » qui signifie à la fois Dieu et le Verbe, ce qui ne peut être sans que cela soit. « Muss es sein ? Es muss sein. »

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2020.

1 juin 2020

NOUS AVONS TOUS NOTRE PART D'AMES

NOUS AVONS TOUS NOTRE PART D'AMES

1.                  « Nous avons tous notre part d'âmes.
     Nous avons, les uns craints et les autres aimés,
     Vous les empires, nous les boudoirs parfumés,
     Vous les hommes, et nous les femmes.»
    (Victor Hugo, « Oh ! Vivons ! Disent-ils... »)

2. Défois on a une part de gâteau, mais on peut avoir aussi une part « d'âmes », c'est ainsi que Hugo exprime le lien entre le vivant et les autres. Sinon, en général, un politique a souvent une part de responsabilité dans quelque crasse mais ça on sait. Du reste, on méprise.

3. Si tu ne veux pas subir les lazzis, ne brigue pas les suffrages du peuple.

4. « J'ai connu de ces nuits qui me rendaient au monde,
      
Où je me réveillais plein d'une vie nouvelle »
      
(Michel Houellebecq)

5. Il arrive qu'on se réveille « plein d'une vie nouvelle » ; ça relève de la chimie du cerveau ou de la nécessité de retrouver une énergie. Sinon, il y a les pommes de terre nouvelles, pas idéales pour les frites. Puis on écoute les nouvelles du vieux monde qui toujours revient.

6. « Un fantôme s'est suicidé » écrit Apollinaire : je suppose donc que le mort n'était point mort. Ceci dit, un fantôme qui se suicide redevient-il vivant ?

7. « Ni parce que les drapeaux claquent aux fenêtres des citoyens qui sont contents depuis cent ans d'avoir la vie et de menues choses à défendre »
(Apollinaire, « Poème lu au mariage d'André Salmon »)

8. Les drapeaux claquent; les claques claquent aussi, cependant qu'il y a toujours quelque part cliquetis, claquement de bottes, casqués crapauds, quelque clique à querelle, une armée de tête à claques.

9. « Ni parce que nos verres nous jettent encore une fois le regard d'Orphée mourant »
      
(Apollinaire, « Poème lu au mariage d'André Salmon »)

10. Un regard se jette, comme un gant à la face ; un regard se pose aussi, sur la surface de tous ces réels dans lesquels, perplexes, nous promenons nos yeux et notre tête sur les épaules.

11. Avez-vous remarqué que la chanteuse Angèle dans la première partie du clip de la chanson « Duo » (avec Philippe Katerine), a comme un faux air de France Gall jeune qui lui va bien ?

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2020.

 

31 mai 2020

TECHNONO TECHNOCRACRA TECHNOCRA SISI

TECHNONO TECHNO CRACRA TECHNOCRA SISI

 

 

  1. Le Diable est un possédant. Je note que les saints modernes ont vécu parmi les pauvres, au contraire du possédant qui cherche à prendre possession du corps et de l'esprit, en soumettant l'humain à une technologie d'autant plus diabolique qu'elle semble salvatrice.

  2. Le technocrate utilise l'administration au profit d'une idéologie d'Etat. Ainsi, le professeur n'est plus un maître dans sa discipline, mais un agent (un « sachant » dans la novlangue pédagogisante) sommé de se plier au discours des pseudo-sciences de l'éducation.

  3. Plus une institution est en difficulté, plus elle tend à multiplier les processus de contrôle, et tire sur la corde de ce qu'elle appelle « loyauté », c'est-à-dire l'absence de tout discours critique et donc de toute contestation.

  4. Croire qu'un ministre de l'éducation en sait plus sur les élèves qu'un enseignant qui les pratique depuis plus de 25 ans prête évidemment à sourire et même parfois à rire (jaune, hélas).

  5. Il se dit que le ministre Blanquer a tenté, avec quand même de gros, très gros sabots, tenté de mettre au pas l'éducation nationale. Lui aussi s'est planté.

  6. Je sai pa qui cé Blanquere que Zut et Zozo dès qui zan causent du Blanquere là i s'mettent à s'gondoler comme des bas d'laine meme qu'ils disent que c'est un chédeuvre qu'il faudré l'encadrer.

  7. Entre « l'expert » qui dans ses bureaux parisiens affirme « C'est comme ça qu'il faut faire » et le prof de terrain, il y a autant de différences qu'entre le « stratège » qui affirmait « ils ne passeront pas par là » et le biffin qui vit les panzers débouler à travers la forêt des Ardennes.

  8. Amusant comme en si peu de temps, un virus a fait de lycées et d'universités plus ou moins prestigieux (tout est relatif) de simples coquilles vides.

  9. Il y a des romans faits pour le plaisir de la lecture. Y en a aussi des qui partent des tripes, font du style un sabre, flanquent en l'air l'ordre ordinaire des choses, et c'est pour cela que j'aime autant Claude Simon que San-Antonio.

  10. Défois qu'il a l'air de rigoler, mais en fait sacrément pourri d'angoisse. « Bin oui, mon Zozo, mais tu t'noies dans un verre d'eau aussi » qu'elle lui dit Zut, lucide.

  11. « Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie,
      
    Moi, rêveur, je me sens regardé fixement. »
     
    (Victor Hugo, « Dans le cimetière de... »)

    Défois qu'les yeux des morts nous reluqueraient, nous, flottants dans le vivant.

  12. Notre civilisation s'est construite sur tant de batailles et de massacres qu'il m'arrive de songer qu'un jour, ils se lèveront de leurs champs d'Europe là et viendront nous demander des comptes.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 31 mai 2020.

30 mai 2020

PENSE-T-ON CE QU'ON DIT

PENSE-T-ON CE QU'ON DIT ?

 

  1. Le Christ, fils de Dieu incarné dans le corps de l'homme, en vint sur la Croix à douter du Père. Notez la malice du Diable qui lui ne s'incarne pas, mais possède, jusqu'à ce que l'exorcisme le chasse. C'est ainsi que le Diable, contrairement au Christ, ne ressuscite pas.

  2. Certes, ce n'est pas avec une bibliothèque que l'on arrête une division de panzers, mais ce sont bien les idées qui combattent d'autres idées. Et c'est dans ce combat des idéologies que penser revient à armer.

  3. « Et depuis quand, Seigneur, tenez-vous ce langage ? »
    (Racine, « Iphigénie, v.13 [Arcas])

    Le langage est ce qu'on tient. Apprendre, c'est apprendre à maîtriser cette langue qui si facilement s'affole, s'emballe, dérape. Apprendre, c'est dompter.

  4. Que se passe-t-il quand je n'arrive pas à penser ? Je me suis souvent demandé si certains de mes collègues pensaient ce qu'ils disaient, ou ne faisaient que dérouler le fil de raisonnements depuis longtemps maîtrisés.

  5. Lorsqu'il me semble que je ne pense pas correctement, c'est sans doute que je n'arrive pas vraiment à me saisir de l'objet de ma pensée, que sa définition m'échappe à la manière d'un nom dont on s'aperçoit soudain qu'il ne nous vient pas à l'esprit, comme si l'avions perdu.

  6. Un penseur sachant penser n'est pas forcément moins suant à suivre qu'un penseur sot comme une saucisse puisque la sottise peut fasciner autant que pensée bien ajustée.

  7. « Ce Dieu est dans la nature, et reste pour lui-même un profond mystère. » (Alain, « De la connaissance discursive »)

    Si « Dieu est dans la nature », l'est-il de la même manière que Zut que j'imagine partout et nulle part, dans ce « quelque part » singulier de mon imagination ?

    S'il « reste pour lui-même un profond mystère », cela veut-il dire que Dieu est sans conscience réflexive. Dieu ne se pense pas Dieu, et c'est fort heureux parce qu'il aurait vite fait d'attraper la grosse tête.

  8. Zut s'amuse à penser que l'énergie je mange du riz s'rait le support avec une côte de porc de l'espace la main passe et du temps la main passe et vous prend.

  9. Zut s'amuse à penser qu'un peu d'énergie blanc le riz blanc pourrait p't'êt' bin qu'oui p't'êt' bin qu'non être le support ah tiens v'là la mort qui passe d'un peu d'espace la mort agace d'un peu de temps surtout quand elle fait claquer des dents.

  10. Zut s'amuse à penser qu'un infini d'énergie ah ça en fait des grains de riz pourrait supporter je bois du thé une infinité d'espaces je mange une glace et tant tant tant de temps que tout serait infiniment jusqu'à ce que plus rien ne soit ça va de soi.

  11. Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un profond mystère qu'il faut se promener avec un seau, « ni même avec un sot », ajoute Zut m'accompagnant.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 30 mai 2020

30 mai 2020

LES MOTS FONT DE NOUS DES ETRES

LES MOTS FONT DE NOUS DES ETRES

 

 

  1. Les dieux sont des yeux. Leur regard fonde notre humanité. Et pourtant, Dieu ne peut être que force aveugle, aussi aveugle que des équations. Ce ne sont pas les nombres qui nous regardent. Je dirai même plus : « qui nous déchiffrent » fit Zut en me tirant la langue.

  2. « Un chasseur futur gibier, une jeune fille sacrifiée puis sacrifiant : image terrifiante de la condition humaine où rien n'est jamais acquis sous le regard des dieux » (Annie Collognat-Barès, Préface à « Iphigénie »).

  3. « Ce que je peux vouloir » ai-je lu dans une phrase de Schopenhauer. Notre liberté est limitée par ce qu'il nous est possible de vouloir. Notre « bon vouloir » est une illusion. Notre « bonne volonté » aussi. Je ne veux nullement être la cause de la mort de mon prochain mais je suis content de la fortune de la France, fût-elle en partie fondée sur le commerce des armes.

  4. L'expression « droit naturel » me soucie. Quelle loi serait donc inscrite « de tout temps » dans la nature et qui m'empêcherait « naturellement » d'être malveillant, ou plus étrange encore, quelle loi, à l'insu de mon plein gré « naturel », me pousserait à être bienveillant ?

  5. La confusion entre « droit » et « instinct » fonde cette étrange idée de « droit naturel ». Littéralement, l'instinct de survie ne procède de nul droit et ce ne sont pas avec quelques citations latines et une poignée de maximes que l'on défend une civilisation.

  6. S'il veut voir, il passe par les yeux des hommes.
    S'il veut parler, il passe par la langue des hommes.
    S'il veut douter de lui, il se fait homme.

  7. « L'égoïsme est un fruit de civilisation, non de sauvagerie ; et l'altruisme aussi, son correctif ; mais l'un et l'autre sont plutôt des mots que des êtres. » (Alain, « De l'amour de soi »)

  8. Le « sauvage » n'existe pas. La nature n'est jamais que « naturante » et le mot « sauvage » ne signifie pas autre chose que cette naturalité. Dès lors, ce sont les structures sociales qui modulent égoïsme et altruisme. Il n'y a dans la nature ni égoïsme, ni bienveillance.

  9. Voilà exactement le genre de syntagme dont je me fais hantise : « mais ce sont plutôt des mots que des êtres » écrit Alain. L'idée d'être naturel m'est incompréhensible : l'être, cette soudaine intuition de la présence, relève du langage, et donc du poétique.

  10. Les mots font de nous des êtres. Le langage nous a jeté un sort. Chacune de nos langues est un corpus de formules magiques.

  11. Depuis que le confinement t'a contraint à te racheter un ordinateur, te voilà de nouveau attelé à tes méchantes écritures me dit Zut. Eh oui, et j'en veux beaucoup à l'inconséquence politique qui m'a renvoyé à cette sorte-là de sorcellerie.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 30 mai 2020.

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