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BREFS ET AUTRES

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13 juin 2020

DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE

DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE

 

 

  1. « Donc qui veut dire quelque chose, doit aussi posséder une langue ; et pourtant il est clair que le fait de vouloir parler ne l'oblige pas de parler. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 338)

  2. Le réel signifie par ce que l'humain veut dire.

  3. L'univers est un malentendu. Les dieux sont trop loin. Ils n'entendent que des échos, qu'ils prennent pour des prières, alors que ce sont des imprécations.

  4. « Il y avait certaines habitudes qui constituaient la vie et voilà qu'il n'y a plus rien du tout »
    (Michel Houellebecq, « Les insectes courent entre les pierres »)

  5. Apprendre à vivre revient-il à donner du sens, malgré tout, à une suite d'habitudes ?

  6. La publication est une habitude. Chaque rentrée littéraire apporte son lot de livres qui n'ont qu'un seul but : affirmer que la littérature n'est pas morte et que l'humain est donc toujours aussi habile dans l'art de se raconter des histoires.

  7. Le langage donne raison et affole, et l'esprit devient ce qu'il est : une toupie.

  8. « Je n'entends pas que dans le cas de l'expression de l'intention « j'absorberai des comprimés » la prédiction soit la cause et son accomplissement l'effet. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 632)

  9. La prédiction n'est pas la cause mais un commentaire de la cause. Parler, c'est enquêter sur le réel.

  10. Le livre en ce qu'il raconte une histoire est un mensonge. La vérité est dans le style. Je me fiche de Julien Sorel tandis que la rapidité stendhalienne renvoie à la nécessaire rapidité du monde.

  11. Les habiles scénarios de Tarantino ne seraient rien sans sa virtuosité de cinéaste. La construction scénaristique n'est pas au service d'une vérité de l'histoire (ce ne sont que des bêtises) mais au service d'une vérité du style. Tarantino nous est donc très précieux qui ne prétend pas révéler on ne sait quelle vérité profonde de l'histoire du monde, mais nous rappelle que le style fascine.

  12. A contrario, les auteurs engagés tissent des leurres qui prétendent nous apprendre quelque chose mais ne font jamais que nous engluer dans le politique.

  13. La littérature ? Un malentendu : les gens croient lire des histoires alors qu'ils ne lisent que du style.

  14. Lorsque les gens se rendent compte à quel point les livres leur mentent, leur racontent des histoires, il arrive qu'alors l'imprimé les déprime.

  15. Le professeur qui affirme que « Le Rouge et le Noir » apprend aux élèves quelque chose sur l'amour est soit un sot, soit un menteur.

  16. Il y a derrière chaque toile narrative une araignée téléologique : lisez ce roman et vous comprendrez pourquoi la peine de mort, c'est pas bien. Fichaise. J'aime beaucoup « L'Etranger » de Camus et je suis pour la peine de mort.

  17. La littérature n'apprend rien que sur la fascination. En ce sens, « Don Quichotte » est un chef d’œuvre : si vous prenez pour argent comptant ce que racontent les romans, les ailes des moulins à vent vous perdront.

  18. La politique est sans doute la plus dangereuse des fictions, à laquelle nous sommes contraints d'adhérer sous peine de chuter dans le réel.

  19. « Kill Bill » de Tarantino est en effet très précieux : par quoi exactement sommes-nous fascinés lorsque nous contemplons cette suite de combats au sabre, cette hécatombe chorégraphiée ?

  20. La parodie, la dérision, l'hyperbole sont autant de manières de déjouer les pièges de la littérature engagée. Rire à San-Antonio peut éviter de niaiser avec Hugo.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 13 juin 2020.

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9 juin 2020

C'EST EN S'CAUSANT QU'ON S'APPARAÎT

C'EST EN S'CAUSANT QU'ON S'APPARAÎT

 

 

  1. Défois le passé nous palpite dans la machine à souvenances ; quelques spectres agitent de lointains reflets ; ça nous fait parfois des regrets et d'la nostalgie et sans doute est-ce en parlant à ces fantômes qu'on les fait apparaître.

  2. J'ai lavavassé tout à l'heure mon sol. N'ai trouvé nul trésor. Jamais carrelage lavavassé ne donne trésor. Le lavavassage domestique ne rapporte guère que la satisfaction de la propreté.

  3. Il pensa que Couteline était un joli nom pour une fille. Il pensa qu'elle aurait sans doute l'adolescence incisive, rythmique et littéraire. Et bien sûr, si c'est un garçon, on l'appellera Coutelas.

  4. Lorsqu'on lavavouille les tassakawas, on ne trouve point non plus de Pérou au fond des tasses. C'est un fait : le Pérou se fait rare dans les tassakawas.

  5. Il ne faut pas confondre tassakawa et tassathé, ces dernières étant souvent de mauvaise foi et royalistes comme ce n'est plus permis au pays où le café est noir au fond des tassakawas.

  6. « sans doute ne fait-on paraître le Soi qu'en parlant à soi. »
    (Alain, « De la connaissance discursive »)

  7. Même que des fois on lui tourne le dos, au Soi, on se fait la gueule, on se traite de soi-disant, on a le quant-à-soi boudeur pis quand on rit, on dit que le Soi rit (c'est parfois précieux).

  8. Le matin faut se leverédérêver car faut aller travavailler, aller jouer au jeu du réel que défois c'est périlleux qu'il y en a qui en reviennent tout morts que plus jamais ils n'iront hanter leur lit avec l'autre dedans.

  9. « Les enfants des morts vont jouer
      
    Dans le cimetière »
      
    (Apollinaire, « Rhénane d'automne »)

  10. Alors il dit que nous étions comme ces « enfants des morts » qui « vont jouer dans le cimetière », que nous hantions les morts et qu'il y aurait de plus en plus de morts et de plus en plus de vivants pour échapper aux morts et cela jusqu'à ce que le temps referme ses ailes.

  11. C'est avec la fin des lois que s'accomplira la fin des temps. Ainsi sera le chaos, qui est déjà et qui a toujours été, sans loi ni principe d'identité. Le chaos n'est jamais le chaos et toujours le chaos.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2020.

7 juin 2020

PLUME ET GRINCEMENTS

PLUME ET GRINCEMENTS

 

 

  1. Le président Macron devrait se souvenir que nous ne sommes pas des « irréductibles Gaulois », des « réfractaires à tout changement » (on n'est pas dans un album d'Astérix), mais le pays de Voltaire et d'Hugo.

  2. Je sens bien les « vacances apprenantes » à Blanquer comme un magnifique exemple d'usine à gaz, (à citer certainement dans les annales de la sottise ministérielle).

  3. Comme je suis un dangereux agitateur (« d'autant plus dangereux qu'il réfléchit » me fut-il signifié en ma jeunesse folle), je vais maintenant boire une bière en écoutant « Slumlord » de Baxter Dury.

  4. Ai pensé qu'Edouard Philippe avait bien du talent et que sans son sang-froid, la Macronie ne tiendrait pas huit jours. Peut-être fallait-il qu'il regagne les rangs de la France gaulliste et laisse tomber ces pieds nickelés. Il sortirait ainsi la tête haute et n'en serait que plus grand. Mais bien entendu, il y avait une certaine noblesse à continuer de gérer les affaires d'un pays menacé par une forte montée du chômage.

  5. Un journaliste américain dit un jour : « La France, c'est l'Italie en plus discret. » Il m'arrive de penser qu'il avait peut-être raison.

  6. Lorsque j'ai bu quelques bières en écoutant du Baxter Dury, je suis momentanément dans l'impossibilité de commenter Wittgenstein, mais j'arrive tout de même à critiquer la Macronie. Comme quoi, en dehors de sa philosophie, la politique telle que la présentent les médias, c'est du bidon.

    Comme il avait fait une bourde grammaticale, il songea que l'orthographe, Baxter Dury et la bière ne faisaient pas forcément bon ménage.

  7. Franchement, faut être un peu naïf, ou aimer la soumission, pour croire que les politiques vont nous sortir d'un bourbier où ils ont largement contribué à nous fourrer.

  8. Il se moquait fort des puissants, et ceux qui le connaissaient un peu savaient qu'il était réellement, littéralement, ce que Hollande a appelé jadis un « sans-dents » (ah ça, il aurait mieux valu qu'il se taise). Ayant connu ce que l'on appelle des difficultés, il riait de ces ventres bien remplis qui prétendaient le gouverner.

  9. C'est pourtant ce « parlementarisme libéral » que vous décriez tant qui vous laisse le temps et l'espace nécessaires pour que vous puissiez les critiquer.

  10. Il est notable que le professeur n'est plus considéré comme un maître dans sa discipline mais comme un agent au service d'une institution publique. Dès lors, sa parole de maître est déconsidérée au profit d'une pseudo-efficacité administrative.

  11. Il pensa qu'il n'aimerait pas que le ministre de l'éducation nationale devînt premier ministre : il aurait sans doute vite l'impression de vivre dans un pays administré comme on administre un établissement d'enseignement secondaire.

  12. Jolie expression entendue ce matin sur France Culture concernant ces « esprits qui ne brillent que par les grincements de leur plume ».

Patrice Houzeau
Malo, le 7 juin 2020.

6 juin 2020

DEUX BREFS ANTI-MACRONIE

DEUX BREFS ANTI-MACRONIE

 

  1. Mars 2020. Quelques jours avant la décision de confiner et de fermer tous les établissements scolaires, alors que le nombre de morts montait chaque jour, le ministre Blanquer assurait que fermer les écoles n'était pas à l'ordre du jour. Combien de morts chez les enseignants, le personnel administratif et les agents de service le ministre Blanquer aurait-il accepté au nom de ce qu'il faut bien appeler son carriérisme ?

  2. Le président Macron est un bien piètre président qui a réussi le tour de force de provoquer des manifestations populaires d'une ampleur inégalée depuis Mai 1968 et qui a menti effrontément aux Français sur le manque de matériel disponible face au Covid. Que le président Macron songe sérieusement à se représenter aux présidentielles de 2022 prouve qu'il n'a ni honneur, ni dignité.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juin 2020.

6 juin 2020

NUL MATIN NE REVIENT

NUL MATIN NE REVIENT

 

 

  1. « D'autres illusions viennent de divers côtés se rattacher à celle, particulière, dont il est question ici. La pensée, le langage, nous apparaissent comme la corrélation unique du monde, comme son image. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 96)

  2. Que la pensée et le langage dont elle procède soient considérés « comme la corrélation unique du monde » n'implique pas que le langage soit « l'image » du monde.

  3. Le langage, parce qu'il permet à l'humain de penser le réel, est créateur du monde. C'est en cela qu'en effet, comme le dit saint Jean, « au commencement était le Verbe ».

  4. Le monde est un jeu de mots, un « malentendu » : « Par un malentendu il nous semble que la proposition fasse quelque chose de singulier. » (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski , « Investigations philosophiques », 93).

  5. Le réel en soi est indicible tant que le langage n'a pas fait l'inventaire de ce qui est là et qui, faute de mots, nous reste invisible.

  6. Le langage est un miroir qui invente son spectre, son imprévisible spectre. Que ce miroir soit sans tain est une affaire de croyance.

  7. Notre langue nous paraît logique car elle procède de la raison. Le monde que le langage induit nous semble donc intelligible. Cependant l'on voit bien que quelque chose cloche et que le monde est aussi absurde que le discours de celui qui se prend pour un autre.

  8. Comment se fait-il que l'apparente perfection de la grammaire ne nous donne jamais qu'un monde au mieux imparfait, au pire fou furieux ?

  9. L'humain finit toujours par se lasser de ses trésors. Le grand et beau style des XVII et XVIIIème siècles a cédé la place à une langue de plus en plus pauvre, bureaucratique, anglo-fonctionnelle et d'une pitoyable vulgarité.

  10. Quand ma mère est morte, j'ai pensé à la jeune fille d'il y a longtemps qui est morte avec elle.

    « Merlin guettait la vie et l'éternelle cause
    Qui fait mourir et puis renaître l'univers »
    (Apollinaire, « merlin et la vieille femme »)

    Quand ma mère est morte, j'ai pensé que cette jeune fille et tous ses désirs, et toutes ses illusions, ne reviendrait jamais.

  11. Merlin a beau guetter, nul matin ne revient.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juin 2020.

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6 juin 2020

UN TEMPS VIENDRA OU IL SERAIT TU

UN TEMPS VIENDRA OU IL SERAIT TU

 

  1. En juin 2020, beaucoup d'établissements scolaires avaient l'air de coquilles vides hantés de quelques élèves plus ou moins épatés de la tournure des événements, de pédagogues masqués et de procédures administratives auxquelles il semble nécessaire de donner un sens.

  2. Il but un, deux, trois cafés assez lentement pour laisser aux cigarettes le temps de se fumer, tout en écoutant une émission sur Wittgenstein ; il avait lu aussi quelques feux mal éteints sur Twitter, éprouva l'envie d'écrire (ça le prenait souvent).

  3. « Qu'importe ma sagesse égale
      
    Celle des constellations
      
    Car c'est moi seul nuit qui t'étoile »
      
    (Apollinaire, « Lul de Faltenin »)

  4. Alors il nomma les choses et parmi les choses, certaines s'échappèrent du troupeau.
    Il sait leurs noms et sait les rappeler mais ne peut toutes les maîtriser.
    Ainsi la foudre peut le frapper et l'ombre l'engloutir.

  5. Alors il dénombra et nomma les astres et parmi les astres, certains brillèrent d'un étrange éclat.
    Il sait leurs noms et sait les évoquer mais ne peut tous les comprendre.
    Pourrait-il les comprendre, que cela n'empêcherait pas le bolide de l'anéantir ni le temps de refermer ses ailes.

  6. « Et tous les arbres de la campagne sauront que c'est moi, Yahvé,
    qui abaisse l'arbre élevé et qui élève l'arbre abaissé,
    qui fais sécher l'arbre vert et fleurir l'arbre sec.
    Moi, Yahvé, j'ai dit et je fais. »
    (La Bible de Jérusalem, Ezéchiel, 17, 24)

  7. Ce ne sont pas les arbres qui savent mais celui qui dénombre, nomme et fait prospérer la forêt.
    C'est ainsi qu'il dit et c'est ainsi qu'il fait.
    Celui qui sait dire et sait faire s'appelle l'humain, et la nature n'est douée que par l'humain et le Nom de l'être qui s'exprime en lui.

  8. Au monde, les lois du monde ; à Dieu, les lois de Dieu.
    « Alors il leur dit : « Eh bien ! Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (La Bible de Jérusalem, Luc, 20, 25)

  9. Les procédures administratives ont aussi leur dieu caché, qui n'est pas un dieu, mais un gardien de chair et d'os, un gardien tenté parfois par la domination de la procédure sur le libre-arbitre.

  10. Que les Ecritures inspirent les lois du monde est une bonne chose ; qu'elles se substituent aux lois du monde, c'est renier l'esprit et la liberté du Verbe qui parcourt l'humain, c'est mal nommer le Nom de l'être.

  11. Qu'on laisse courir, se répandre et enfler les lois du monde et au Verbe se substituera une norme aussi asservissante que l'imposture de celui qui croit juger au nom de Dieu.

  12. Il pensa à la jeune fille et que le nom de la jeune fille était un noyau sur lequel poussait la chair.
    Si le nom était signe, la chair, elle, était bien réelle.
    Le nom ne vieillirait pas. Un temps viendra où il serait tu.

  13. Bonjour monsieur je ne sais pas du tout je ne pense pas je ne sais pas du tout. Merci !

    Patrice Houzeau
    Malo, le 6 juin 2020.

4 juin 2020

CE QUI SE PENSE SE DIT ET C'EST ÇUI QUI DIT QUI Y EST

CE QUI SE PENSE SE DIT ET C'EST ÇUI QUI DIT QUI Y EST

 

 

  1. Ce qui se pense se dit ; cependant que l'on ne peut pas toujours dire ce que l'on pense, ce que l'on pense peut toujours se dire.

  2. Je remarque que les propositions « on peut toujours dire ce que l'on pense » et « on ne peut pas toujours dire ce que l'on pense » sont toutes les deux vraies.

  3. Un musicien peut parfaitement exécuter un morceau ; un peintre peut excellemment représenter une vache ; un écrivain ne peut pas dire tout ce qu'il pense (les gens lui jetteraient des pierres).

  4. Vu et entendu sur Youtube la batteuse Sina qui dans le genre pop/rock des électriques seventies rappelle ce que drummer veut dire.

  5. « Daniel prit alors de la poix, de la graisse et du crin, fit cuire le tout, en fit des boulettes, et les jeta dans la gueule du serpent qui les avala et en creva. Et Daniel dit : « Voyez ce que vous vénérez ! » (La Bible de Jérusalem, Daniel, 14, 27)

  6. C'est en l'empoisonnant que Daniel tua le « serpent vénéré de Babylone ».
    Le réel tue croyances et idolâtries.
    Les Romains en crucifiant le Christ avaient tenté d'abattre la foi chrétienne.
    Il fallait donc que le Christ ressuscite.

  7. « Je le savais d'avance » ; « Je vous l'avais bien dit » : Ces deux propositions ne s'avèrent exactes qu'en vertu d'un présent de confirmation. La promesse de l'au-delà échappe à ce présent. La prophétie hermétique renvoie toujours ce présent à plus tard.

  8. La foi est la croyance que le présent en soi confirme la promesse d'une victoire sur la mort. Le croyant fait comme si. Le socialiste aussi d'ailleurs, aussi naïvement et philosophiquement attaché à la fin de l'Histoire qu'un croyant est attaché à son dieu.

  9. Les miracles et les progrès permettent au croyant et au socialiste de croire en la promesse de la victoire sur la mort, ainsi qu'à la fin de l'Histoire. Mais un événement est-il toujours un signe ?

  10. « Dans une fosse comme un ours
      
    Chaque matin je me promène
      
    Tournons tournons tournons toujours »
      
    (Apollinaire, « A la Santé, III »)

  11. Sans doute l'humain tourne dans le monde comme l'ours à Apollinaire dans sa fosse tourne, et l'humain tourne dans sa tête comme l'ours à Apollinaire dans sa fosse tourne, et l'humain tourne dans son impatience comme l'ours à Apollinaire dans sa fosse.

  12. « Vous ne comprendrez donc rien au grand jamais »
      
    (La Bible de Jérusalem, Judith, 8, 13)

Patrice Houzeau
Malo, le 4 juin 2020.

 

3 juin 2020

C'EST TOUJOURS EN DIEU QU'IL CROIT

C'EST TOUJOURS EN DIEU QU'IL CROIT

 

  1. Alors il en était à la fin de son assiette. Il contemplait le réel passant devant lui, les gens, les garçons et les rieuses.
    Il voyait du monde. Il songea à la suite des siècles.
    Et comme il comprenait le sens du mot fatigue, il commanda un café.

  2. « Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
       Pour voir une fois encore mon beau château »
       (Apollinaire, « La Loreley »)

  3. Alors il fréquenta les chevaliers qui étaient sans châteaux.
    Les chevaliers ne le laissèrent pas venir sur le haut rocher.
    Il se demanda s'il y avait encore un haut rocher.

  4. Il essaya d'expliquer la façon dont il comprenait cela.
    Mais cela l'autre ne pouvait que le deviner.
    Il avait beau convoquer son armée exemplaire, l'autre ne pouvait comprendre que ce qu'il comprenait lui-même.
    Apprendre, c'est mal-entendre, et sur ce malentendu se fondent les hauts châteaux.

  5. Lui aussi craignait quelqu'un, et quelqu'un pouvait avoir prise sur lui.
    Et quelqu'un lui donnait des raisons pour le faire agir.
    Mais peu importaient ces raisons car la crainte le faisait obéir de toute façon.
    Ce ne sont que les apparences de la raison qui permettent au monde de tourner.

  6. Il songea au Verbe et à la raison du Verbe, et le Verbe et la raison du Verbe lui semblèrent sublimes.
    Il songea au Verbe et que le Verbe était fécond d'une infinité de mondes qui n'existaient que par de mêmes lois.
    Il songea que ces lois étaient les lois du Verbe et que l'humain en cherchait la grammaire.

  7. « Mais un homme devient la risée de son ami,
      
    quand il crie vers Dieu pour avoir une réponse. »
      
    (La Bible, Job, 12,4)

  8. Il songea qu'il ne pouvait appeler Dieu à voix haute.
    Si quelqu'un l'entendait appeler Dieu à voix haute, quelqu'un se moquerait de lui.
    Il songea qu'on ne pouvait appeler Dieu qu'avec sa voix muette.
    Il songea que Dieu entendait les muets.
    Il songea que sinon, le monde ne serait qu'appels et prières, jérémiades et parjures.

  9. Il dit que ; il pense que ; il croit que.
    Il dit à ; il pense à ; il croit en.
    Même athée comme la tasse à Orlando de Rudder, c'est toujours en Dieu qu'il croit.

  10. « Et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » (saint Jean)
      
    Ainsi est le Verbe, dans l'ailleurs de Dieu et en Dieu.

  11. Je crois en Dieu et je crois au Verbe, et quoi qu'il m'est possible de croire, c'est toujours en vertu du Verbe.
    Ainsi furent donnés à l'humain dieux, diables et légendes, mais c'est toujours dans la puissance du Verbe que je crois, que je doute, que je nie.

  12. En 2020, un dragon parcourut le monde et tua une partie du monde.
    Dieu n'a pas créé la nuit pour que l'humain y dorme, et c'est pourtant la nuit qu'il dort.
    L'humain s'adapte à Dieu au point ne plus y faire attention.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 3 juin 2020.

2 juin 2020

RENTREE FANTOME

RENTREE FANTOME

 

  1. L'autoritarisme et l'hyperbole administrative ne sortent pas toujours renforcés d'une crise qu'ils ont pourtant aidé à surmonter. Le gouvernement aura beau se prévaloir de ses mesures sanitaires, il n'en est pas moins qu'à l'origine, il aura manqué à son devoir de prévoyance.

  2. Les électeurs n'aiment guère l'Etat colmateur. Ce qu'ils attendent, ce n'est pas l'Etat réformant et contre-réformant dans tous les sens (l'état actuel des affaires macronistes), ce qu'ils attendent, c'est l'Etat prévoyant.

  3. On peut, hélas, se douter qu'une fois cette étrange affaire élucidée, on s'apercevra de l'immensité de la corruption.

  4. Je songe souvent qu'il est à parier que la plupart de nos ministres furent jadis des enfants imbuvables. Et tant pis si je me goure, poil au tambour.

  5. Serait-il que tant d'agitations ne procède que d'une seule chose : le refus de voir que nous sommes fatigués de nous-mêmes ?

  6. Je me demande comment vont faire les ministres du gouvernement Philippe pour défaire ce qu'ils ont fait hier (avant la crise du covid), tout cela qui leur semblait si judicieux et qui s'avère aujourd'hui si dispensable, voire contre-productif.

  7. J'ai l'impression de faire une rentrée fantôme.

  8. Non, mon cher Hastings, je ne pense pas que ce soit le ministre qui ait commis ce crime. La stupidité de ses dernières décisions prouve assez qu'il a eu récemment beaucoup à faire.

  9. Je me demande si les directeurs de cabinet disent toujours la vérité à leur ministre en cours. Je commence sérieusement à me poser des questions.

  10. J'ai confiance, il se sont bien agités pendant la crise du Covid et bien sûr, ils jurent leurs grands dieux qu'on ne les y reprendra plus. Rendez-vous dans dix ans, place des Grands Hommes, et vous verrez qu'une quelconque saloperie d'on n'sait où nous la pourrira à nouveau.

  11. Une bouche se tord, c'est moche ; trois bouches se tordent, c'est louche.

  12. Une société inégalitaire n'est pas fatalement injuste cependant qu'un égalitarisme étroit mène toujours à l'inefficacité.

  13. Il n'est pas nécessaire d'analyser les résultats : il suffit de prendre en compte l'inflation des textes, des commissions diverses et des procédures administratives pour comprendre que l'institution est paralysée.

  14. Je ne comprends toujours pas le rapport entre la juste répartition des richesses et la réforme des retraites à Macron : ce n'est pas en appauvrissant tout le monde que l'on se montre plus juste.

  15. La retraite par points a des partisans à gauche comme à droite et pourrait donc être utilisée par la Macronie pour diviser les oppositions.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juin 2020.

1 juin 2020

CE QUI NE PEUT ETRE SANS QUE CELA SOIT

CE QUI NE PEUT ETRE SANS QUE CELA SOIT

 

  1. Le ciel est bleu ; la plouze est verte et les gens blancs ;
    Y a un tueur dans l'air et nous sommes masqués.
    Tout est normal, prévu, voulu, tenu, o.k.
    Le monde continue d'tourner, évidemment.

  2. Que nous ne soyons que très peu capables de changer de modèle de croissance n'implique pas que ce changement ne se fera pas. Et ce que nous ne ferons pas de nous-mêmes nous sera imposé par l'horreur des circonstances.

  3. Ce n'est jamais que devant l'horreur qu'une civilisation consent à se réformer en profondeur. Il a fallu deux guerres mondiales et la Shoah pour que l'Europe se mette enfin à songer sérieusement à la paix.

  4. « Et si nous la retenons, elle surgit donc devant notre œil spirituel, dès que nous en prononçons le nom. Elle doit donc être indestructible en soi, si la possibilité doit exister de nous en souvenir à tout moment. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 56)

  5. Ce dont nous nous souvenons et que la conscience convoque, est en soi en ce sens que cela signifie toujours quelque chose pour quelqu'un. Les êtres, imaginaires ou pas, échappent à notre durée, et y sont radicalement indifférents.

  6. Conan Doyle est mort en 1930 mais nous cherchons toujours à définir « Sherlock Holmes » cependant que nous nous attachons à produire des biographies toujours plus exactes de son créateur.

  7. Ce qui est « indestructible en soi », c'est autant une qualité (par exemple, une couleur) que ce qui ne peut être sans que cela soit, ici la conscience de cette qualité. Ce qui ne peut être sans que cela soit est le nom de l'être.

  8. L'arbitraire des signes relativise toute qualité (chaque langue invente un monde, etc...), mais il n'en reste pas moins que le langage ne peut être sans que cela soit. Dès que je parle, je mets en œuvre une langue qui n'a pas d'autre justification que le fait que je m'en empare.

  9. Ce ne sont jamais que des mots que nous avons en mémoire. Ce dont nous nous souvenons et que nous croyons si réellement vrai n'est qu'habitude de langage, voire abus, idiosyncrasie. Il n'en reste pas moins que l'habitude est la chose du monde la mieux partagée.

  10. « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
    Il était au commencement en Dieu.
    Tout par lui a été fait, et sans lui a été fait rien de ce qui existe. »
    (Prologue de l'Evangile selon saint Jean, traduit par Augustin Crampon)

  11. L'univers suppose un créateur. Ce créateur ne peut être qu'étant nommé cependant que nous ne pouvons le définir qu'en le désignant par ce « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » qui signifie à la fois Dieu et le Verbe, ce qui ne peut être sans que cela soit. « Muss es sein ? Es muss sein. »

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2020.

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