DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE
DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE
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« Donc qui veut dire quelque chose, doit aussi posséder une langue ; et pourtant il est clair que le fait de vouloir parler ne l'oblige pas de parler. »
(Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 338) -
Le réel signifie par ce que l'humain veut dire.
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L'univers est un malentendu. Les dieux sont trop loin. Ils n'entendent que des échos, qu'ils prennent pour des prières, alors que ce sont des imprécations.
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« Il y avait certaines habitudes qui constituaient la vie et voilà qu'il n'y a plus rien du tout »
(Michel Houellebecq, « Les insectes courent entre les pierres ») -
Apprendre à vivre revient-il à donner du sens, malgré tout, à une suite d'habitudes ?
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La publication est une habitude. Chaque rentrée littéraire apporte son lot de livres qui n'ont qu'un seul but : affirmer que la littérature n'est pas morte et que l'humain est donc toujours aussi habile dans l'art de se raconter des histoires.
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Le langage donne raison et affole, et l'esprit devient ce qu'il est : une toupie.
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« Je n'entends pas que dans le cas de l'expression de l'intention « j'absorberai des comprimés » la prédiction soit la cause et son accomplissement l'effet. »
(Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 632) -
La prédiction n'est pas la cause mais un commentaire de la cause. Parler, c'est enquêter sur le réel.
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Le livre en ce qu'il raconte une histoire est un mensonge. La vérité est dans le style. Je me fiche de Julien Sorel tandis que la rapidité stendhalienne renvoie à la nécessaire rapidité du monde.
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Les habiles scénarios de Tarantino ne seraient rien sans sa virtuosité de cinéaste. La construction scénaristique n'est pas au service d'une vérité de l'histoire (ce ne sont que des bêtises) mais au service d'une vérité du style. Tarantino nous est donc très précieux qui ne prétend pas révéler on ne sait quelle vérité profonde de l'histoire du monde, mais nous rappelle que le style fascine.
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A contrario, les auteurs engagés tissent des leurres qui prétendent nous apprendre quelque chose mais ne font jamais que nous engluer dans le politique.
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La littérature ? Un malentendu : les gens croient lire des histoires alors qu'ils ne lisent que du style.
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Lorsque les gens se rendent compte à quel point les livres leur mentent, leur racontent des histoires, il arrive qu'alors l'imprimé les déprime.
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Le professeur qui affirme que « Le Rouge et le Noir » apprend aux élèves quelque chose sur l'amour est soit un sot, soit un menteur.
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Il y a derrière chaque toile narrative une araignée téléologique : lisez ce roman et vous comprendrez pourquoi la peine de mort, c'est pas bien. Fichaise. J'aime beaucoup « L'Etranger » de Camus et je suis pour la peine de mort.
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La littérature n'apprend rien que sur la fascination. En ce sens, « Don Quichotte » est un chef d’œuvre : si vous prenez pour argent comptant ce que racontent les romans, les ailes des moulins à vent vous perdront.
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La politique est sans doute la plus dangereuse des fictions, à laquelle nous sommes contraints d'adhérer sous peine de chuter dans le réel.
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« Kill Bill » de Tarantino est en effet très précieux : par quoi exactement sommes-nous fascinés lorsque nous contemplons cette suite de combats au sabre, cette hécatombe chorégraphiée ?
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La parodie, la dérision, l'hyperbole sont autant de manières de déjouer les pièges de la littérature engagée. Rire à San-Antonio peut éviter de niaiser avec Hugo.
Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2020.