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BREFS ET AUTRES

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19 juin 2020

INTER NOS

INTER NOS

 

 

  1. « Le long fil de l'oubli se déroule et se tisse »
    (Michel Houellebecq, « Poésies »)L'oubli annihilant tout, que reste-t-il sinon la musique du vers. Cette idée aussi du rébus que ça fait, le puzzle en miettes de souvenirs.

  2. Ai évoqué avec une collègue des souvenirs de nos origines (nos familles sont du même coin). On hésite sur les noms, les prénoms, les années, les lieux mêmes. L'humain, ah l'animal, l'hésitant, le nostalgique.

  3. Evoquant avec une collègue des souvenirs sur l'origine de nos familles, soudain un doute me prend. M'aurait-on menti ? La vérité serait-elle plus âpre ? Le roman familial recèlerait-il un poison plus lent et plus violent ?

  4. La modernité bureaucratique tend à éradiquer nos appartenances, nos identités au profit d'un illusoire « vivre ensemble ». Heureux le technocrate qui n'a de foi qu'en la raison administrative et refuse de regarder ce que furent ses familles.

  5. Ai évoqué cet oncle Albert, de Gognies-Chaussée qui disait : « Je ne me déplace pas. Qui veut me voir, la porte lui est ouverte. » Ai pensé qu'un tel mode de vie paraît aujourd'hui archaïque, sinon féodal. J'envie cette libéralité de seigneur qui lors était encore loisible à l'humble oncle Albert.

  6. Je me souviens de Bernard Jeu qui nous enseignait que les structures mentales de bien des familles du Nord étaient déjà en place à la Renaissance. Il était assez intelligent pour ne pas s'en offusquer ; je crois qu'une telle idée est aujourd'hui peu « politiquement correcte ».

  7. J'imagine l'effarement de Rimbaud quand il prit conscience que ce n'était qu'en apparence qu'il vivait dans un monde hérité des Gréco-Gallo-Romains, mais qu'en fait, sa propre structure mentale était un mélange de christianisme naïf et de barbarie saxonne.

  8. Ceux que les Romains appelaient les Barbares constituèrent aussi notre identité. Nous fûmes si mélangés entre peuples venus de ce grand Est aux frontières imprécises, qu'être Français, c'est être ni latin, ni du Nord, mais de cette galaxie de peuples qui n'ont plus de nom.

  9. Je sais bien que le latin a façonné ma langue, et que les Italiens sont linguistiquement mes cousins. Et cependant, se pourrait-il que des structures mentales anciennes et peu latines se servent de la plasticité de la langue pour perdurer, s'adapter à cette modernité blêmissante au mot de « barbare » ?

  10. Je sais que j'ai tort. Pourquoi ces interrogations sur mon identité ? Pourquoi ne pas chanter comme beaucoup le vivre-ensemble et le multiculturalisme ? Je ne suis pourtant pas xénophobe. Alors ? Nostalgie ? Idéalisation du passé ? Peut-être. Résistance à la modernité ? Sans doute.

  11. L'Europe croit être aussi rationnelle et administrative qu'un Sénat romain (ou du moins de l'idée que l'on s'en fait), mais elle est aussi brouillonne et individualiste que nuées et hordes envahissant l'Occident du Vème siècle.

  12. Il est que beaucoup de Français pensent que l'Europe monétaire est nécessaire ; nécessaire aussi une Europe de la défense. Pour ce qui est de la circulation des personnes, beaucoup s'interrogent.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juin 2020.

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18 juin 2020

SI SI SI

SI SI SI

 

 

  1. Si les fenêtres avaient des yeux (mais si ça se trouve hein), elles pleureraient quand il pleut et cligneraient quand il fait du soleil. La nuit elles fermeraient leurs paupières et rêveraient de jours heureux dans des rues heureuses.

  2. Si les pigeons ronronnaient, ils chasseraient les chats, lesquels s'enfuiraient à tire-d'aile en emportant nos langues.

  3. Si les étoiles avaient de longs bras élastiques, sans doute certains d'entre nous seraient ravis par ces longs filaments lumineux parcourant le monde.

  4. Si les chiens avaient des ailes, il y aurait vite des chiens de garde postés sur les toits, les tours de contrôle, et ils feraient, sous la conduite de leurs anges gardiens cynophiles, d'un bâtiment l'autre des bonds fantastiques.

  5. « Si je n'étais pas moi, je me jalouserais », dit, non sans malice, Zut.

  6. Si les livres de philosophie pouvaient parler, on ne pourrait plus s'entendre dans les bibliothèques.

  7. « If I were a rule I would bend », dit la chanson « If » de Pink Floyd. « Si j'étais une règle, je me plierais ». Et au fond, c'est ce que nous sommes, à nous-mêmes une servitude volontaire.

  8. Le présent est un passant, et parfois impatient, pressé qu'il est de passer à ce qu'il croit être l'avenir et qui n'est que lui-même toujours repris, revu, corrigé, repris, revu, corrigé, repris, revu, corrigé. Le présent travaille à la chaîne.

  9. « Les mots permettent tout », a écrit le philosophe Alain. C'est ainsi que le réel est permis par le langage. Dès lors, le présent ne cesse de nous interpeller, de nous interroger, et c'est ainsi que nous passons.

  10. Si j'étais le Covid, je dirais bien des choses au politique, et pas poliment encore.

  11. Si j'étais quelques-uns de nos politiques pendant la crise du Covid, je ne serais quand même pas très fier, mais bon, en politique, la dignité est une vertu assez rare.

  12. Si j'étais le Temps, je ne me presserais pas tant quand je suis heureux et me ferais rapide comme la flèche quand je ne le suis pas.

  13. Serait-il que nous ayons chacun notre serpent portatif et toutefois lunatique, qui, la nuit, pendant que nous dormons, s'échappe de nous pour aller étouffer nos ennemis.

  14. Si je n'étais pas si lunatique, sans doute serais-je plus solaire.

  15. Si Sissi n'était pas si sotte, sûrement apprécierais-je Sissi autant que j'apprécie Suzette, laquelle n'est assurément point aussi sotte que Sissi et qui, de plus, sait faire de délicieuses crêpes.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 18 juin 2020.

17 juin 2020

LES MOTS PERMETTENT TOUT

LES MOTS PERMETTENT TOUT

 

 

  1. Franche occasion de rigolade que cette session du baccalauréat 2020 que je résumerai ainsi : foutaise, foutaise et technologie. Zêtes pas d'accord ? Zavez raison.

  2. Mélancolie en songeant à tous ces spécialistes de philosophie politique ou de littérature médiévale sommés par l'administration de remplir le bordereau xyz avant telle date « impérativement » pour que des « apprenants » plus ou moins crédibles obtiennent un diplôme dont la valeur est de jour en jour plus relative.

  3. « Par exemple, dans l'état de nature (tous les Etats sont dans l'état de nature, les uns au regard des autres),... » (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)
    En effet, malgré tous nos beaux discours, le droit du plus fort est toujours en vigueur dans nos décidément pénibles relations internationales.

  4. « Mais les mots permettent tout. » (Alain, « De la connaissance discursive »).
    Le politique a bien compris cette leçon qui ne cesse d'utiliser « éléments de langage », éditorialistes zélés et mensonges par omissions, brefs ce que l'on appelle la propagande.

  5. « J'y ai trouvé cette remarque d'importance que l'imagination peut lier toutes les images n'importe comment, ce qui écarte les petits systèmes du modèle anglais où la machine produit des chaînes de pensées à l'image de l'univers. » (Alain, « De la connaissance discursive »)

  6. 1) Tous les êtres humains sont égaux en droit.
    2) Le nombre d'êtres humains ne cesse de croître en dépit de la rareté naturelle.
    3) Le libéralisme non seulement économique, mais aussi politique (c'est-à-dire basé sur la liberté individuelle) est le seul rempart contre les dictatures de gauche et de droite qui s'annoncent.
    4) Ne jamais considérer qu'une prise de pouvoir par l'armée est impossible. Les militaires sont des gens qui réfléchissent.

  7. Le plus difficile est de reconnaître non seulement ses erreurs, mais aussi ses faiblesses. Pour moi, j'avoue que la lucidité me montre assurément des défaillances, auxquelles je suis souvent empêché de remédier par la faute d'un orgueil dont ma mère disait qu'il était « mal placé ».

  8. Ai été hier encore l'objet d'une tentative de manipulation de la part d'un collègue très respecté. C'est que, s'il est bien mieux vu que moi, il est cependant assez intelligent pour se rendre compte de ce que je suis et qui est tout mon orgueil.

  9. Qu'ils quittent leur travail, et ils ne seront plus rien. Ma seule limite est dans mes faiblesses. Mon travail n'est que l'une de mes activités, et bien entendu, je n'ai pas été aussi sot qu'eux qui mettent leur peu de dignité dans leur progéniture.

  10. « Si nous connaissons la machine, n'importe quoi d'autre, à savoir les mouvements qu'elle fera, paraît être déjà entièrement déterminé. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques »)

    C'est ce que je pense de l'Etat bureaucratique vers lequel, inéluctablement, nous allons. Le seul antidote réside dans le singulier (voilà pourquoi Céline, Rimbaud, De Gaulle et « The Man On The Moon » nous sont si précieux).

  11. La bureaucratie n'a pas besoin de gens comme moi. La légitimité, oui. Je dois être le seul professeur de Lettres de LP à dire que la plupart des cours (hors ceux donnés en enseignement professionnel) sont inutiles et contre-productifs. Cela me rend mélancolique et contre tous.

  12. Attention à la dernière lubie de Blanquer : Les « vacances apprenantes », outre que ça va coûter bonbon, m'apparaissent comme une tentative de plus pour infuser dans l'opinion les éléments d'une idéologie du « vivre ensemble » aussi dangereuse qu'illusoire.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 17 juin 2020.

14 juin 2020

CHRONIQUE DU 14 JUIN 2020

CHRONIQUE DU 14 JUIN 2020

 

 

  1. Il m'arrive de penser que l'état de droit est, dans les faits, un état de nature maquillé : au droit du plus fort s'est substitué le droit du plus rusé.

  2. « Mais si l'herbe de son clos se pourrit sur la terre, ou que les fruits de ses plantes et de ses arbres se gâtent, sans qu'il se soit mis en peine de les recueillir et de les amasser, ce fonds, quoique fermé d'une clôture et de certaines bornes, doit être regardé comme une terre en friche et déserte, et peut devenir l'héritage d'un autre. »
    (Locke traduit par David Mazel, « Traité du gouvernement civil »)

  3. Le monde n'appartenant à personne, c'est une grande illusion que de croire que la maîtrise de la nature donne à l'humain des droits particuliers. L'humain usurpe chaque jour un droit de propriété que le réel, par nature, dénonce.

  4. Il me sembla, ce 14 juin 2020, que le président Macron, s'il partait maintenant, laisserait une France en bien piteux état, troublée qu'elle est par des courants de plus en plus radicaux et par une faiblesse étonnante (eu égard à son arrogance) de son élite politique.

  5. Entendu ces jours derniers quelqu'un évoquer « l'obésité administrative » de la France. Ai trouvé l'expression fort juste. Il suffit pour cela de considérer le zèle mis par les pouvoirs publics à inventer presque jour de nouveaux motifs de contravention et d'amende.

  6. Nous avons beau tous dénoncer l'inflation administrative, il semble que nos maîtres soient sourds et continuent à vouloir toujours plus de contrôles, de commissions, de sous-commissions et de circulaires contresignées par de petits chefs aussi incompétents que diplômés.

  7. Je me souviens que le président Macron évoquait parfois la nécessité d'une « pensée complexe ». Nous en voyons le résultat, de sa « pensée complexe » à Macron : manifestations régulières et régulièrement sur le point de virer à l'émeute ; crise sanitaire, économique et sociale.

  8. Nous sommes passés en France d'une administration au service du public à une administration au service de l'économie, voire au service des intérêts particuliers du gouvernement. C'est ainsi qu'on tue un pays.

  9. Se pourrait-il que le Front National ait été fondé dans le but de contrôler les militants d'extrême-droite et que La France Insoumise ait été créée pour mieux contrôler l'extrême-gauche ?

  10. On dit que le président Macron serait fidèle en amitié. C'est là un défaut. Quand il s'agit d'argent et de pouvoir, nulle amitié possible, sauf en de rares exceptions. N'est pas De Gaulle ou Malraux qui veut.

  11. Il faudrait peut-être commencer par créer des postes de soignants dans le secteur de la santé, et ensuite, créer des formations réellement spécialisées, et cela dès le lycée, afin de pourvoir ces postes.

  12. La massification de l'enseignement supérieur a mis la charrue avant les bœufs : on a d'abord créé des filières puis on s'est ensuite posé la question des débouchés : d'où l'inflation d'administratifs divers et variés dans tous les secteurs d'activité et la paralysie qui en découle.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 juin 2020.

13 juin 2020

QU'UN SEUL SOIT LESE ET NOUS SERONS TOUS MENACES

QU'UN SEUL SOIT LESE ET NOUS SERONS TOUS MENACES

 

 

  1. Au train où vont certains politiques et certains de leurs zélés soutiens dans la réécriture de la crise, zallez voir que bientôt on nous dira sans rire que la France n'a pas manqué de masques et que si on a dû confiner, c'est tout de la faute aux syndicats.

  2. « La communication en image est notre nouvelle magie. »
    (Isabelle Sorrente, « Philosophie Magazine » n°139, juin 2020, p.37)
    Et les algorithmes nos abracadabras.

  3. Passer d'une civilisation du texte à une civilisation de l'image ne me semble pas être un progrès. C'est passer de la diachronie à la synchronie, c'est abandonner le projet pour l'illusion du présent.

  4. Une crise n'est pas une maladie, c'est l'indice de la progression d'une maladie. Que notre monde globalisé, technologique et de plus en plus bureaucratique se soit laissé surprendre par un virus est symptomatique qu'il est atteint d'un mal plus profond qu'il le croit.

  5. Peu importe que Macron et Edouard Philippe ne soient pas toujours d'accord : ce qu'il faut c'est qu'ils restent à leurs postes et tirent le secteur de la santé du foutoir dans lequel techno-énarques et administrateurs divers l'ont fichu.

  6. Le 13 juin 2020, à la veille d'une nouvelle allocution du président Macron, il ne semblait guère crédible qu'il fût vraiment sincère dans sa volonté de « se réinventer ». On s'attendait à ce qu'il reprenne le cours des réformes comme si quasi rien ne s'était passé.

  7. J'entends ce matin (13 juin 2020) que Pékin connaîtrait un rebond de l'épidémie du Covid-19 (une cinquantaine de cas d'après la boîte à coucous). Euh... Etant donnée la sincérité légendaire des autorités chinoises, si j'étais politique, je me poserais la question d'un éventuel retour du tueur invisible.

  8. Tiens, un sujet pour un article et celui qui voudrait l'écrire : Et si le baccalauréat 2020 était le premier diplôme virtuel de l'histoire de l'éducation ?

  9. « Ainsi, plutôt que de regarder le présent, nous cherchons à nous évader vers le futur, voire à lui donner les couleurs de l'utopie. »
    (Philosophie Magazine n°139, p.41)
    Certes, mais c'est bien en analysant le présent que nous pensons le futur. Que certaines grilles d'interprétation soient fautives n'implique pas la fausseté de l'analyse.

  10. La crise de 1929 a contribué à la montée des périls. Quelle sera la conséquence de la crise économique induite par l'effondrement brutal de la production mondiale ? Un redémarrage rapide (financé par la dette), à condition qu'il concerne l'ensemble des continents. Qu'un seul soit lésé et nous serons tous menacés.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2020.

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13 juin 2020

CHRONIQUE DU POST-CONFINEMENT

CHRONIQUE DU POST-CONFINEMENT

 

 

  1. Démissionner et quitter l'Elysée (ou Matignon) dans le but de préparer sa réélection serait erreur fatale. Les Français ne pardonneraient pas à celui qui déserterait son poste alors que le pays est en crise, et qu'on ne sait pas quel monstre au juste sortira de l’œuf Covid.

  2. Si j'avais quelque Dieu, je l'appellerais Donc. Bien que je sache que le chaos soit sans principe d'identité, il n'y a guère qu'en la logique qu'on puisse se fier.

  3. Sans la liberté individuelle, l'humanité ne serait qu'une secte.

  4. A quoi sert de dépenser tant d'argent pour aller dans l'espace ?
    A quoi sert de dépenser tant d'argent pour créer, vendre et acheter des armes ?
    A quoi sert de dépenser tant d'argent pour tourner des films, organiser des championnats de foot, habiller des mannequins avec des extravagances ?
    A faire vivre les dizaines de millions de gens qui travaillent dans les industries de la recherche spatiale, de l'armement, du cinéma, du sport, du luxe et j'en passe et j'en passe et j'en passe.

  5. Bien entendu, on pourrait imaginer une humanité du partage généralisé (organisé par qui?) : c'est sans doute le but commun des chrétiens les plus sincères et des communistes les plus naïfs. Le monde serait alors peuplé d'une immense secte où toute liberté individuelle serait abolie.

  6. Il se dit partout que la crise provoquée par le Covid sera très dure. C'est même pire que cela : il faut songer que cette crise économique mondiale provoquera sans nul doute tensions internationales, bruits de bottes, terrorisme.

  7. Comme je l'ai déjà dit, cette crise sanitaire nous rappelle que l'état de croissance continue est une exception dans l'histoire humaine. L'humanité est plus souvent en état de survie qu'en état de prospérité, et les braves gens de s'ébahir que la précarité alimentaire existe encore en France.

  8. Je rappelle que grâce au merveilleux et très démagogique 80% d'élèves au niveau du baccalauréat, nous n'avons en France plus assez d'ouvriers agricoles cependant que nos universités sont pleines de sociologues.

  9. Nous vivons la porte ouverte et nous étonnons que tout le monde ne puisse manger à sa faim dans la maison de nos pères.

  10. L'enseignement à distance est une illusion. On finirait par donner des cours à des logiciels.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2020.

13 juin 2020

DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE

DONC QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE

 

 

  1. « Donc qui veut dire quelque chose, doit aussi posséder une langue ; et pourtant il est clair que le fait de vouloir parler ne l'oblige pas de parler. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 338)

  2. Le réel signifie par ce que l'humain veut dire.

  3. L'univers est un malentendu. Les dieux sont trop loin. Ils n'entendent que des échos, qu'ils prennent pour des prières, alors que ce sont des imprécations.

  4. « Il y avait certaines habitudes qui constituaient la vie et voilà qu'il n'y a plus rien du tout »
    (Michel Houellebecq, « Les insectes courent entre les pierres »)

  5. Apprendre à vivre revient-il à donner du sens, malgré tout, à une suite d'habitudes ?

  6. La publication est une habitude. Chaque rentrée littéraire apporte son lot de livres qui n'ont qu'un seul but : affirmer que la littérature n'est pas morte et que l'humain est donc toujours aussi habile dans l'art de se raconter des histoires.

  7. Le langage donne raison et affole, et l'esprit devient ce qu'il est : une toupie.

  8. « Je n'entends pas que dans le cas de l'expression de l'intention « j'absorberai des comprimés » la prédiction soit la cause et son accomplissement l'effet. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 632)

  9. La prédiction n'est pas la cause mais un commentaire de la cause. Parler, c'est enquêter sur le réel.

  10. Le livre en ce qu'il raconte une histoire est un mensonge. La vérité est dans le style. Je me fiche de Julien Sorel tandis que la rapidité stendhalienne renvoie à la nécessaire rapidité du monde.

  11. Les habiles scénarios de Tarantino ne seraient rien sans sa virtuosité de cinéaste. La construction scénaristique n'est pas au service d'une vérité de l'histoire (ce ne sont que des bêtises) mais au service d'une vérité du style. Tarantino nous est donc très précieux qui ne prétend pas révéler on ne sait quelle vérité profonde de l'histoire du monde, mais nous rappelle que le style fascine.

  12. A contrario, les auteurs engagés tissent des leurres qui prétendent nous apprendre quelque chose mais ne font jamais que nous engluer dans le politique.

  13. La littérature ? Un malentendu : les gens croient lire des histoires alors qu'ils ne lisent que du style.

  14. Lorsque les gens se rendent compte à quel point les livres leur mentent, leur racontent des histoires, il arrive qu'alors l'imprimé les déprime.

  15. Le professeur qui affirme que « Le Rouge et le Noir » apprend aux élèves quelque chose sur l'amour est soit un sot, soit un menteur.

  16. Il y a derrière chaque toile narrative une araignée téléologique : lisez ce roman et vous comprendrez pourquoi la peine de mort, c'est pas bien. Fichaise. J'aime beaucoup « L'Etranger » de Camus et je suis pour la peine de mort.

  17. La littérature n'apprend rien que sur la fascination. En ce sens, « Don Quichotte » est un chef d’œuvre : si vous prenez pour argent comptant ce que racontent les romans, les ailes des moulins à vent vous perdront.

  18. La politique est sans doute la plus dangereuse des fictions, à laquelle nous sommes contraints d'adhérer sous peine de chuter dans le réel.

  19. « Kill Bill » de Tarantino est en effet très précieux : par quoi exactement sommes-nous fascinés lorsque nous contemplons cette suite de combats au sabre, cette hécatombe chorégraphiée ?

  20. La parodie, la dérision, l'hyperbole sont autant de manières de déjouer les pièges de la littérature engagée. Rire à San-Antonio peut éviter de niaiser avec Hugo.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 13 juin 2020.

9 juin 2020

C'EST EN S'CAUSANT QU'ON S'APPARAÎT

C'EST EN S'CAUSANT QU'ON S'APPARAÎT

 

 

  1. Défois le passé nous palpite dans la machine à souvenances ; quelques spectres agitent de lointains reflets ; ça nous fait parfois des regrets et d'la nostalgie et sans doute est-ce en parlant à ces fantômes qu'on les fait apparaître.

  2. J'ai lavavassé tout à l'heure mon sol. N'ai trouvé nul trésor. Jamais carrelage lavavassé ne donne trésor. Le lavavassage domestique ne rapporte guère que la satisfaction de la propreté.

  3. Il pensa que Couteline était un joli nom pour une fille. Il pensa qu'elle aurait sans doute l'adolescence incisive, rythmique et littéraire. Et bien sûr, si c'est un garçon, on l'appellera Coutelas.

  4. Lorsqu'on lavavouille les tassakawas, on ne trouve point non plus de Pérou au fond des tasses. C'est un fait : le Pérou se fait rare dans les tassakawas.

  5. Il ne faut pas confondre tassakawa et tassathé, ces dernières étant souvent de mauvaise foi et royalistes comme ce n'est plus permis au pays où le café est noir au fond des tassakawas.

  6. « sans doute ne fait-on paraître le Soi qu'en parlant à soi. »
    (Alain, « De la connaissance discursive »)

  7. Même que des fois on lui tourne le dos, au Soi, on se fait la gueule, on se traite de soi-disant, on a le quant-à-soi boudeur pis quand on rit, on dit que le Soi rit (c'est parfois précieux).

  8. Le matin faut se leverédérêver car faut aller travavailler, aller jouer au jeu du réel que défois c'est périlleux qu'il y en a qui en reviennent tout morts que plus jamais ils n'iront hanter leur lit avec l'autre dedans.

  9. « Les enfants des morts vont jouer
      
    Dans le cimetière »
      
    (Apollinaire, « Rhénane d'automne »)

  10. Alors il dit que nous étions comme ces « enfants des morts » qui « vont jouer dans le cimetière », que nous hantions les morts et qu'il y aurait de plus en plus de morts et de plus en plus de vivants pour échapper aux morts et cela jusqu'à ce que le temps referme ses ailes.

  11. C'est avec la fin des lois que s'accomplira la fin des temps. Ainsi sera le chaos, qui est déjà et qui a toujours été, sans loi ni principe d'identité. Le chaos n'est jamais le chaos et toujours le chaos.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2020.

7 juin 2020

PLUME ET GRINCEMENTS

PLUME ET GRINCEMENTS

 

 

  1. Le président Macron devrait se souvenir que nous ne sommes pas des « irréductibles Gaulois », des « réfractaires à tout changement » (on n'est pas dans un album d'Astérix), mais le pays de Voltaire et d'Hugo.

  2. Je sens bien les « vacances apprenantes » à Blanquer comme un magnifique exemple d'usine à gaz, (à citer certainement dans les annales de la sottise ministérielle).

  3. Comme je suis un dangereux agitateur (« d'autant plus dangereux qu'il réfléchit » me fut-il signifié en ma jeunesse folle), je vais maintenant boire une bière en écoutant « Slumlord » de Baxter Dury.

  4. Ai pensé qu'Edouard Philippe avait bien du talent et que sans son sang-froid, la Macronie ne tiendrait pas huit jours. Peut-être fallait-il qu'il regagne les rangs de la France gaulliste et laisse tomber ces pieds nickelés. Il sortirait ainsi la tête haute et n'en serait que plus grand. Mais bien entendu, il y avait une certaine noblesse à continuer de gérer les affaires d'un pays menacé par une forte montée du chômage.

  5. Un journaliste américain dit un jour : « La France, c'est l'Italie en plus discret. » Il m'arrive de penser qu'il avait peut-être raison.

  6. Lorsque j'ai bu quelques bières en écoutant du Baxter Dury, je suis momentanément dans l'impossibilité de commenter Wittgenstein, mais j'arrive tout de même à critiquer la Macronie. Comme quoi, en dehors de sa philosophie, la politique telle que la présentent les médias, c'est du bidon.

    Comme il avait fait une bourde grammaticale, il songea que l'orthographe, Baxter Dury et la bière ne faisaient pas forcément bon ménage.

  7. Franchement, faut être un peu naïf, ou aimer la soumission, pour croire que les politiques vont nous sortir d'un bourbier où ils ont largement contribué à nous fourrer.

  8. Il se moquait fort des puissants, et ceux qui le connaissaient un peu savaient qu'il était réellement, littéralement, ce que Hollande a appelé jadis un « sans-dents » (ah ça, il aurait mieux valu qu'il se taise). Ayant connu ce que l'on appelle des difficultés, il riait de ces ventres bien remplis qui prétendaient le gouverner.

  9. C'est pourtant ce « parlementarisme libéral » que vous décriez tant qui vous laisse le temps et l'espace nécessaires pour que vous puissiez les critiquer.

  10. Il est notable que le professeur n'est plus considéré comme un maître dans sa discipline mais comme un agent au service d'une institution publique. Dès lors, sa parole de maître est déconsidérée au profit d'une pseudo-efficacité administrative.

  11. Il pensa qu'il n'aimerait pas que le ministre de l'éducation nationale devînt premier ministre : il aurait sans doute vite l'impression de vivre dans un pays administré comme on administre un établissement d'enseignement secondaire.

  12. Jolie expression entendue ce matin sur France Culture concernant ces « esprits qui ne brillent que par les grincements de leur plume ».

Patrice Houzeau
Malo, le 7 juin 2020.

6 juin 2020

DEUX BREFS ANTI-MACRONIE

DEUX BREFS ANTI-MACRONIE

 

  1. Mars 2020. Quelques jours avant la décision de confiner et de fermer tous les établissements scolaires, alors que le nombre de morts montait chaque jour, le ministre Blanquer assurait que fermer les écoles n'était pas à l'ordre du jour. Combien de morts chez les enseignants, le personnel administratif et les agents de service le ministre Blanquer aurait-il accepté au nom de ce qu'il faut bien appeler son carriérisme ?

  2. Le président Macron est un bien piètre président qui a réussi le tour de force de provoquer des manifestations populaires d'une ampleur inégalée depuis Mai 1968 et qui a menti effrontément aux Français sur le manque de matériel disponible face au Covid. Que le président Macron songe sérieusement à se représenter aux présidentielles de 2022 prouve qu'il n'a ni honneur, ni dignité.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juin 2020.

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