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28 janvier 2022

DIVERS DONT CERTAINS SUR POLYEUCTE

DIVERS DONT CERTAINS SUR POLYEUCTE

1.
Je voudrais pas mourir aujourd'hui
J'ai trop de Joe Jackson à écouter
J'ai trop de mains tendues à trancher
J'ai trop de cours à préparer
Pis (ah la vache, dis)
Trop de bouquins à bouquiner, trop de filles à rêver, trop d'amis à appeler, trop de coups à boire, trop d'argent à gagner, trop de trains à prendre et tant de temps à perdre.

Je voudrais pas mourir aujourd'hui
J'ai trop de fiévreux éléphants à écouter
J'ai trop de doigts d'honneur à écrire
J'ai trop de copies à corriger
Pis (3,14)
Trop de venin à cracher, trop de filles à ah la la dis, trop d'amis à trahir, trop de coups à prendre, trop d'argent à devoir, trop de trains à louper et tant de temps à perdre.

2.
Dans le film « La Sentinelle » d'Arnaud Desplechin, en fin de compte, c'est la tête du mort qui le pose, le « Être ou ne pas être », au Hamlet carabin pis bien paumé là.

3.
A la scène première de l'acte I, Néarque commence par enguirlander le Polyeucte à Corneille à cause du songe à Pauline. Je note qu'il ne lui parle ni de sondages, ni de covid, ni de réforme de l'éducation, ce qui nous fait des vacances.

4.
Polyeucte lui répond comme quoi du coup que la Pauline « Craint et croit voir [sa] mort qu'elle a songée », il est bien embêté de faire ce qu'il doit faire et bien qu'il sache que ce qui est fait n'est plus à faire, il sait quand même pas trop quoi faire.

5.
Alors Néarque dit au Polyeucte de Corneille, que s'il ne fait pas ce qu'il doit faire (je crois bien qu'il veut se faire baptiser, ah la la, quelle affaire !) eh bien,

« Celle qui vous pressait de courir au baptême,
Languissante déjà, cesse d'être la même,
Et, pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr,
Sa flamme se dissipe et va s'évanouir. »
(Corneille, « Polyeucte », I,1 [Néarque])

J'aime bien dans les vers de Corneille ce son « i » qui assone qu'on dirait que Néarque se moque de Pauline (la Songeuse) qui sans doute a soupiré fort, languit, glapit, pâlit, gémit pis aussi s'est affligée en contant son songe, Pauline.

6.
Polyeucte de Corneille, il est pépère qu'il dit à Néarque (lequel bout et bouillonne), que son baptême peut bien attendre un peu hein quand même ; il dit :

« Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour,
Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour. »

7.
Là-dessus, Polyeucte de Corneille se fait de nouveau réprimander par Néarque, qui lui parle un peu du « genre humain l'ennemi » et même qu'il « abuse ». Notons que nul éléphant n'a traversé la scène en jouant de la trompette, on n'est pas au cirque ici.

8.
Comme je vous causais de l'éléphant qui traverse la scène en jouant de la trompette, cela me fait penser au son lancinant de la flûte du Mystère, laquelle n'a strictement rien à voir avec le pipeau Blanquer.

9.
Néarque, il est quand même assez insupportable, moi je trouve, avec son Dieu jaloux là, « ce seigneur des seigneurs » il dit, qui « Veut le premier amour et les premiers honneurs » et qui ne « veut point d'un cœur où le monde domine ». Pénible.

10.
La fin de la scène 1 de l'acte I du Polyeucte à Corneille se termine qu'on comprend que Polyeucte doit aller tout de suite illico mon coco se faire baptiser mais que Pauline veut pas qu'il sorte car elle craint qu'il se fasse assassiner. Le suspense est dans la loge (il remplace la concierge qui est dans l'escalier).

Patrice Houzeau
Malo, le 28 janvier 2022.

 

 

 

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11 août 2023

TOUSSAINT

TOUSSAINT

« Des enfants morts parlent parfois avec leur mère
Et des mortes parfois voudraient bien revenir »
(Apollinaire, « Rhénane d'automne »)

Des onomatopées que l'on trouve dans cette « Rhénane d'automne » - il y a le kikiriki des coqs (mais « Nul coq n'a chanté aujourd'hui », dit le poème), il y a le hi han des « bons ânes » qui « se mettent à brouter les fleurs / Des couronnes mortuaires ». On n'entend pas les cris des
Enfants des morts « qui vont jouer / Dans le cimetière ». C'est sans doute qu'ils ne crient pas. Les
Morts ça ne les dérange pas, ce curieux début de Toussaint. D'ailleurs, ils
Parlent parfois avec leur mère, les « enfants morts » ; c'est que
Parfois les morts se rappellent aux vivants. C'est
Avec mélancolie, ah oui, que le poète évoque les morts (« Vous mendiants morts saouls de bière / Vous les aveugles comme le destin / Et vous petits enfants morts en prière »). A
Leur mère, ils parlent parfois, dis, les enfants morts. Que dit la
Mère ? Que dit l'enfant ? Comprenons-nous toujours où ils veulent en venir ?

Et voilà pourquoi j'aime la poésie, c'est un mystère qui ne s'épuise pas.
Des énigmes, comme dans les romans policiers, des énigmes et des
Mortes qui « voudraient bien revenir ».
Parfois, les feuilles mortes sont des « mains coupées », et parfois les mains coupées sont des « feuilles mortes ». Parfois sous les feuilles mortes, on trouve des mains coupées. « Ce sont les mains des chères mortes / Ce sont tes mains coupées », dit le poème.
Voudraient-elles, ces jeunes filles, de nouveau rire et chanter, manger de la viande, boire, fumer, danser ?
Bien sûr, je n'en doute pas qu'elles le voudraient, si elles pouvaient
Revenir, nos mortes, nos mères, nos jeunes filles.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 août 2023.

13 mars 2023

ÇA SENT L'PIRATE S'T'AFFAIRE

ÇA SENT L'PIRATE S'T'AFFAIRE

« There was a boat lying on a sea-coast, and not far from the boat was a parchment – not a paper – with a skull depicted on it. »
(Edgar Poe, « The Gold Bug » [Willliam Legrand])

There was a boat, ce qui veut dire qu'il y avait un bateau
Was qu'il écrit Poe que le bateau depuis le temps je sais pas.
A boat, un bateau, un truc qui glisse sur les gouffres amers, comme il écrit Baudelaire dans un poème sur les albatros, vastes oiseaux des mers. Pour ce qu'il est devenu, le
Boat là, j'en sais rien. Peu importe. Ce qui compte ici, c'est le signe. Marrant, si l'espèce humaine disparaissait, resteraient les signes, que les insectes, le vent et la poussière finiraient par ronger jusqu'au néant.
Lying qu'il écrit Poe, qui vient de « to lie » (rester, se trouver) que Baudelaire a traduit par « échoué » parce qu'un bateau, même quand il ne fume pas, ça arrive qu'il s'artrouve échoué voyez.
On a sea-coast, c'est-à-dire « à la côte » parce que s'il s'était échoué à la crème, ça aurait fait un jeu de mots mais c'eût été pas l'sujet.
A sea-coast qu'internet a l'air de trouver curieux avec un trait d'union, que je trouve seacoast mais pas
Sea-coast, with a hyphen (hyphen, c'est trait d'union), je trouve aussi « west coast », ce qui me fait penser au jazz west coast et donc à Stan Getz, dont l'album « Getz/Gilberto », enregistré en 1964, est une merveille, surtout si on aime la bossa nova,
And, la conjonction « and » veut dire que ce n'est pas fini, eh non.
Not far, donc c'est pas loin, pas loin de quoi, pas de la véranda avec la fille dedans de la chanson à Julien Clerc, eh non non plus, car c'est not
Far from the boat, pas loin du bateau, qu'après far il y a
From, qui est une préposition comme dans la phrase « he was interested in planes from his early childhood », « il s'est intéressé aux avions dès son plus jeune âge », et depuis il vend des parapluies, comme quoi hein, bon, retournons à
The boat, retournons-y sinon, on n'a pas fini, donc, not far from the
Boat was (décidément, on ne quitte pas le passé)
Was a parchment, là c'est facile, ça ressemble beaucoup au français « parchemin », parce que
A parchment ça vient du français et lui-même du latin « Pergamena » qui désignait une peau traitée comme à Pergame ; moi, je dis que dès qu'il y a du
Parchment not far from a boat même qu'il est tout lying on a sea-coast, forcé qu'on pense à du trésor à pirates. D'ailleurs, William Legrand, c'est dans la nouvelle de Poe l'inventeur du parchemin, enfonce le clou :
Not a paper qu'il dit Not
A paper Pas un papier hein zavez pigé : A parchment – not a
Paper – c'est un parchemin, et même qu'il est
With (j'aime bien le son que ça fait dans ma caboche lunaire, with, comme dans la chanson « Comic Strip » de Gainsbourg, « Viens petite fille dans mon comic strip, Viens faire des bulles, viens faire des wip, Des clip, crap, des bang, des vlop Et des zip, shebam, pow, blop, wizz », pour le refrain, qu'il a écrit ça, Gainsbourg. With donc, pis with
A skull, je vous l'avais bien dit que ça sentait le pirate, s't'affaire, que
Skull ça veut dire « crâne » et comme le dit l’exemple « What would be a cabinet of curiosities without a human skull... » qu'avec ça, il est le skull tout
Depicted, ce qui signifie que le crâne est représenté
On it, c'est-à-dire sur le parchemin. Quant au pronom
It, il vous dit bien des choses, because que le texte, il est fini.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 mars 2023.

12 mars 2023

AH LA FICHUE QUICHE

AH LA FICHUE QUICHE

« - Eh bien, c'est malheureux que de la ciguë aquatique se soit retrouvée dans cette fichue quiche. Mais les tricheries sont monnaie courante dans ces concours de village. Vous n'êtes pas la première. »
(M.C. Beaton traduit par Esther Ménévis, « La Quiche fatale » [l'épouse du pasteur à la concurrente malheureuse]).

Eh bien qu'elle dit Eh
Bien qu'elle répéta
C'est malheureux pas de chance ma brave dame ah ouiche
Malheureux que dans cette fichue quiche ha oui malheureux
Que de la ciguë aquatique – on dit aussi « persil des marais », je l'ai lu dans « La Quiche fatale », une aventure d'Agatha Raisin, par M.C. Beaton -
De la ciguë – rien que ça, mazette ! - hein dites de
La ciguë (ça me rappelle Socrate mais ça n'a rien à voir) de la
Ciguë aquatique (d'où vient-elle ? Quelle main empoisonneuse a versé le mal ? Quel Sénat a-t-il décidé que nous devrions travailler plus longtemps dans un monde de + en + automatisé, robotisé, numérisé, macronisé?)
Aquatique (j'aime bien le mot aquatique, il fait très krautrock :

Aquatique Aquatique Musique Aquatique
En cycles se déplie lieux magnétiques
En cycles & sirènes chants aquatiques
Rendez-vous sur les Champs Aquatiques
Rendez-vous sur les champs Aquatiques
Aquatique Aquatique tique tique tique
Ah fifre flûte la touche s'a coincée.

Se soit retrouvée, dis, la ciguë aquatique, se
Soit retrouvée dans cette fichue quiche, se soit
Retrouvée là, cela signifie qu'il y a un assassin
Dans ce village si paisible et humain avec ses pelouses, ses boutiques, son pub (le Red Lion) et son air de décor pour série policière anglaise à énigmes.
Cette fichue quiche ! Ah ma brave Agatha, c'est pas d'bol (alimentaire, uh, uh, excusez-moi) mais voilà que cette
Fichue quiche a sonné le glas de vos espoirs d'être tranquille ; faudra bien, ma chère Agatha, que vous vous débattiez pendant 300 pages pour retrouver le propriétaire de la main empoisonneuse qui versa le mal et le poison de la discorde dans notre communauté. Ah la
Quiche, la fichue quiche, la fatale quiche, et même pas lorraine.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 mars 2023.

12 septembre 2021

DEFOIS UN RIRE DE ZUT

DEFOIS UN RIRE DE ZUT

1.
« et le spectacle de la corruption morale », bah on s'habitue, ou on feint de s'indigner, ou on s'indigne parce que c'est notre job, ou on devient fou. Voire corrompu soi-même.

2.
Je ne sais pas si le vent peut fouiller les corridors, les couloirs et leurs vaches, les visages, les penderies, je ne sais pas si le vent mais je suppose que ça doit dépendre de la résistance ou de la collaboration des portes et fenêtres.

3.
Défois on se dit qu'untel est un sphinx, moi défois je me le dis, mais mis à part la mienne propre, je dois bien avouer que la sphingerie des autres ne m’atteint guère. Le beauté de certaines énigmatiques m'attira jadis. Moins maintenant.

4.
L'obscurcissement des villes gêne considérablement la lecture des philosophes. Et pourtant, il y a des néons partout.

5.
Comme il avait plu des bananes, je me dis qu'il fallait éviter de sortir, à cause des peaux.

6.
Ni de droite, ni de gauche, et surtout pas « en même temps » : j'ai ma fierté.

7.
L'élève, l'an dernier, qui me dit : « Mais vous ne respectez vraiment rien » m'a vraiment compris.

8.
Je ne peux pas tout dire : vous me feriez taire.

9.
Un politique est quelqu'un qui croit qu'il est du même pays que moi.

10.
L’événement s'en fout. Il mène sa vie d’événement et fait la une des journaux. Les vivants derrière ramassent les morts.

11.
« Il est vrai que ce monde où nous respirons mal » écrit Houellebecq. Ah ça plus on est de souffles, plus on en manque.

12.
La pandémie du covid a-t-elle donné vigueur nouvelle tant au darwinisme qu'au malthusianisme ?

13.
Je m'en veux de n'être que moi-même, et me réconforte en me disant que je pourrais être pire. M'améliorer ? (rire de Zut).

14.
Quand je vois certains politiques, j'ai soudain l'envie de conjuguer le verbe « gifler » à tous les temps, tous les modes.

15.
Quand j'aperçois un visage à la fenêtre, je m'inquiète : j'habite quand même au premier.

16.
La série anglaise « Fresh Meat » (sur une colocation d'étudiants, trois garçons, trois filles, brouilles, embrouilles et œufs brouillés) est assez vulgaire, mais bien fichue, et plutôt lucide.

Patrice Houzeau
Malo, le 12 septembre 2021.

 

 

 

 

 

 

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16 janvier 2022

TOURNENT LES MOTS ET LEUR REEL

TOURNENT LES MOTS ET LEUR REEL

 

  1. « Dans les tavernes chanter des chansons
    tchèques » Un vers de Zone le formidable
    poème qui ouvre le recueil Alcools & qui
    est la pérégrination d'une mémoire sac à
    images du passé Ainsi se voit-il dans le
    temps qui n'est plus (peut-être ailleurs
    je veux dire que si ça s'trouve le temps
    se définit par l'ailleurs & radicalement
    ontologiquement nécessairement qu'on n'y
    peut accéder l'Ailleurs n'en serait plus
    lui-même et nous où serions-nous donc ?)
    donc s'revoit « le soir en écoutant dans
    les tavernes chanter des chansons » Vous
    me direz que nous avons pour beaucoup eu
    l'occasion d'entendre (quand nous étions
    étudiants & poil aux dents comme on dit)
    «dans les tavernes chanter des chansons»
    mais qu'elles ritournellassent en langue
    tchèque ma pomme ça n'm'est point arrivé
    du reste Oreste (ne pars pas) il y a peu
    peu de chances que cela m'arrive because
    peu de chances que j'y aille en Tchéquie
    & peu de chances vraiment peu de chances
    peu de chances que je retrouve le fil de
    ce que je voulais vous dire si je voulus
    jamais vous dire quelque chose vu que je
    ne mettrais pas ma langue à tourner sept
    fois autour du pot que je voulusse chose
    vous dire comme si vous m'écoutiez hein.

  2. Dans sa mémoire le narrateur à Apollinaire
    retrouve ses voyages aussi des femmes dont
    il fait des vers sur « Ces femmes [qui] ne
    sont pas méchantes elles ont des soucis il
    dit le souvenant des soucis cependant » il
    dit aussi lucide des soucis cependant puis
    toutes hein toutes et « même la plus laide
    a fait souffrir son amant » c'est joliment
    dit c'est un poil lyrique (j'aime bien que
    le poil voisine avec l'adjectif lyrique) &
    voilà qu'Apollinaire évoque celle qui «est
    la fille d'un sergent de ville de Jersey »
    où l'a-t-il rencontrée je sais pas et vais
    pas aller chercher car peu me chaut & donc
    voilà qu'il note «Ses mains que je n'avais
    pas vues sont dures et gercées» j'apprécie
    ce réalisme (la poésie est trop souvent si
    songe et mensonge) et ce qui suit est beau
    « J'ai une pitié immense pour les coutures
    de son ventre » écrit Apollinaire et cette
    description de la faiblesse ah c'est qu'on
    n'fait plus dans le poétique à cœur volant
    mais dans l'terrestre l'humble l'humiliant
    « J'humilie maintenant à une pauvre fille
    au rire horrible ma bouche » c'est qu'on a
    vu souvent plus auto-moussant dans l'genre
    autobiographique Voyez un peu comme je fus
    efficace courageux intègre & irréprochable
    qu'évidemment si... il faudrait m'inventer
    Rien de tout ça dans Zone que les mots qui
    tournent les mots & leur réel qui tournent
    tournent dans la tête du marcheur qui veut
    rentrer chez lui « à pied Dormir parmi ses
    fétiches d'Océanie et de Guinée » qui sont
    d'autres christs « d'obscures espérances »
    écrit encore Apollinaire se faisant devin.

  3. Puis dans cette
    Zone d'Apollinaire
    Le final « Soleil cou coupé »
    Vibration soudain
    stoppée.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 16 janvier 2022.

21 mai 2020

LA TRAVERSIERE

LA TRAVERSIERE

Les flûtistes boivent leur eau traversière

En miroir de chapelle

En mirage de dentelle

Le goutte à goutte colimaçonne

Aux oreilles verticales

Toutes ouïes à cette pluie sentimentale

 

Les flûtistes boivent leur eau traversière

Et l'onde prend son sens

A la romance de Camille

Une pluie faite fille

De langueurs et de trilles

Les flûtistes ont bu toute leur eau

Restent les miroirs éclatants

 

Traversant nos iris.

 

Elise Antoine

 

10 avril 2022

AUSSI BELLE ET GLAÇANTE QU'UNE ROBE EMPOISONNEE

AUSSI BELLE ET GLAÇANTE QU'UNE ROBE EMPOISONNEE

1.

Je constate que les soldats russes sont tellement inconscients qu'ils laissent de telles traces de leur triste passage en Ukraine que leurs noms et leurs photos apparaissent sur Twitter. Quand je vous disais que l'Oeil connaissait les noms de tous les assassins au service de Poutine.

2.

Le jeudi 8 avril 2022, après un vote décisif, la Russie a été suspendue du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies. Ce n'est que justice, le concept de « droits de l'Homme » étant clairement ignoré par le mafieux Poutine.

3.

Non, le missile Tochka-U qui est tombé sur la gare de Kramatorsk ce vendredi 9 mai 2022 n'est pas forcément ukrainien. L'armée russe a déjà lancé ce type de missile, qui est d'ailleurs d'origine soviétique. D'autre part, il semble qu'il ait aussi été utilisé par l'armée syrienne...

On nous dit « des journalistes occidentaux » ont filmé le numéro de série du Tochka-U qui s'est abattu sur la gare de Kramatorsk et la conclusion serait que le missile est d'origine ukrainienne. Ah oui ? Quels « journalistes occidentaux » ? L’expression est bien vague...

5.

Jeudi 7 avril 2022, il a été décidé par l'UE un « embargo sur le charbon russe et la fermeture des ports européens aux navires russes. » Source : « L'Obs ». Les sanctions continuent de pleuvoir et ferment la porte de l'Europe à Poutine.

6.

La Russie ne peut plus rembourser sa dette avec des dollars détenus dans des banques américaines. Elle doit donc payer en roubles sous peine de voir ses payements bloqués. En cas de nouveau plongeon du rouble, la Russie pourrait se retrouver vite en difficulté.

7.

« L'oiseau chanta encore, invisible, note profonde, dénuée de sens et sans inflexion, coupée court comme d'un coup de couteau »

(Faulkner, « Le Bruit et la Fureur »)

Lucidité de Faulkner. Belle et glaçante. Aussi belle et glaçante qu'une robe que l'on sait empoisonnée.

8.

« Le lendemain, quand il alla voir ses bœufs au petit jour, tout en les affenant et les câlinant, il pensait à lui-même à cette causerie d'une grande heure qu'il avait eue dans la carrière du Chaumois avec la petite Fadette, et qui lui avait paru comme un instant.

(Georges Sand, « La Petite Fadette »)

Comme je songeais que le verbe « affener » signifie « donner du foin », je vis passer un bœuf, au-dessus d'un toit, sur lequel il se posa. Le hussard qui s'y trouvait déjà entama aussi la conversation. Des trucs pas clairs rampaient dans la rue.

9.

« M'ouais !... Pas moyen de discuter avec un âne... Il a toujours raison... »

(Fred, « Le Piano sauvage » [Philémon])

No comment. Le Diable (jen connais un, il s'appelle Poutine) reconnaîtra ses baudets, le Diable, et le troupeau de ses trolls nécessiteux.

10.

« Je n'ai de toi qu'une ignorance éblouie,

qu'une propriété mal assurée comme celle des oiseaux de mon ciel »

(Borges, « Paseo de Julio »)

Et donc, ébloui par sa propre ignorance, clownesque chagrin alla chez les urnes et les veaux voter pour un autre clownesque. Il se mit à pleuvoir des nez rouges. Elle saigna du nez.

11.

Contemplant amèrement ma propre incomplétude et mon frigo vide, je vis que mes mains étaient aussi désertées qu'un ciel fichu chiffonné froissé blasé. Je dis des trucs à dieu ; il ne répondit pas (parle pas ma langue).

12.

« mais, comme il le fit une fois observer à Sébastien Théus, il n'y avait plus grand chose à écrire ou à dire. »

(Marguerite Yourcenar, « L'Oeuvre au Noir »)

Et pourtant, s'il n'est plus soutenu par le commentaire, le réel, bin, il s'effondre aussi bêtement qu'un mur que le sol ne soutient plus et qui s'en va s'écrouler dans l'espace avec beaucoup d'asssssssssssssssssssss pour faire plus spatial.

13.

La vaniteuse inventa et se vanta d'avenirs merveilleux mais sa cervelle étant aussi vide que cervelle de servile troll pro-Poutine, elle vira bien vite dingo et valdingua dans les zones.

14.

Il les attendait en robe de chambre, comme dans un roman de Mauriac ou un film sur un homme qui attend en robe de chambre que passent les cigognes ou tout autre oiseau fort propre à faire poétique alors qu'en fait là, je me dis que ce soir, je vas manger des paupiettes.

15.

« D'une vaine parure, inutile à sa peine,

Elle peut acquérir de quoi faire la reine »

qu'il dit le Jason à Corneille à propos de la robe, qu'on sait fatale, d'où le titre choisi (« Pleure pas, j'ai du jambon ») de Médée (le jambon de Médée est si rare que, c'est bien simple, on n'en mange jamais), laquelle Médée aime tant « faire la reine » et collectionner des macchabées.

Médée et toutes ses pompes tragiques (crise cardiaque dans la chambrée).

16.

Ai appris la mort de l'humoriste qui, se frottant les mirettes, constata un jour et dans un bar : « J'ai mal aux yeux ; je vois trop d'cons ». RIP, poto.

Patrice Houzeau

Malo, le 10 avril 2022.

15 août 2022

LE SOUCI DU CADAVRE DANS LA BAIGNOIRE

LE SOUCI DU CADAVRE DANS LA BAIGNOIRE

Alors lui, il était pas trop visible, mais je l'ai entendu comme si j'avais l’œil dire :« - Sait-on ce que Schmurtz a répondu quand Schmertz lui a dit cela ? » Même que ça m'a fait rire à cause de comment vas-tu (yau de poêle).

 

Alors l'aut', celui qui était déguisé en Cantatrice chauve, même qu'il portait une moumoute, a dit : « - On ne sait pas ce que Schmurtz a répondu parce que Schmurtz n'a rien dit. » Moi, ça m'a paru bizarre comme une banane volante, s't'affaire.

 

Et puis l'aut', celui qui était déguisé en Trois Mousquetaires (mais y avait pas d'Artagnan) a dit : « Et on ne sait même pas ce que Schmertz lui a dit parce que Schmertz n'était pas là. ». A ce moment j'ai mangé un sandwich pâté-cornichons passque j'avais faim.

 

« - Mais ils sont d'accord tous les deux quant au souci du cadavre dans la baignoire, n'est-ce pas ? », ça c'est ce qu'a dit stilal qu'était pas trop visible, même que je l'ai bien reconnu, avec son air là de n'pas avoir l'air.

 

« - Oui, ils nous ont tous deux fait savoir qu'il fallait appliquer la procédure et ne pas se poser de questions. Ils sont tombés d'accord tout de suite sur ce point et d'ailleurs, ils n'en ont pas parlé », qu'ils interloquèrent les Trois Mousquetaires (je les ai comptés).

 

« - Ces précisions, que, les buffets ayant de grandes loupes, vous ne m'avez pas données, me sont utiles, d'autant que le cadavre et sa baignoire ayant tous deux disparu, je me vois contraint d'adapter la procédure. ». Là, à défaut de petit lait, je bus du gros rouge.

 

« - Il faudra en référer à Chmortz, vous le savez ! Et comme il est à l'étranger, il ne manquera pas de ne pas vous répondre. » Moi, je le savais que Schmortz était à l'étranger puisque je l'avais croisé au coin de la rue.

 

« - C'est bien pour ça qu'il y a des procédures d'urgence. Sinon, où irait le pays si on laissait courir cadavres et baignoires comme si nous n’existions pas ? » A ces mots, comme les bras m'en tombaient, je retins mon souffle.

 

Après, tout le monde se salua :

- "Sur ce, salut et consternation. Le ténor se fait rare.

- Le ténor se fait rare. Salut."

Et c'est à ce moment que le cadavre surgit et les assomma avec sa baignoire.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 15 août 2022.

15 mars 2023

TEL QU'IL POURRAIT ÊTRE S'IL AVAIT UN NOM

TEL QU'IL POURRAIT ÊTRE S'IL AVAIT UN NOM

« Oublieuse de l'être et de sa propre vérité, la pensée occidentale pense, dès son début, constamment l'étant en tant que tel. »
(Heidegger traduit par Wolfgang Brokmeier, « Chemins qui ne mènent nulle part »)

1.
A mon avis, la vérité de l'Occident est dans l'escalier. Quant au cornet de frites, je ne me demande pas si les frites avalées sont l'être du cornet ou si le vide – assez gras quand même hein – du cornet est l'être des frites avalées. J'avale les frites, en pensant à Fernande.

2.
La concierge dans l'escalier pense-t-elle toujours à ce qu'elle aurait dû répondre ?

3.
Tout est possible à l'homme impossible. Cela ne prouve pas que tout lui soit permis. Et pourtant, l'homme impossible fait comme si.

 

Oublieuse puisque tout s'oublie et que tout cela s'abandonne. Oublieuse
De sa vérité comme de son mensonge - oublier sa vérité, n'est-ce pas la laisser se dissoudre dans le mensonge ? Oublieuse de
L'être – ce qui ne peut être sans la perception de l'étant et qui cependant transcende la matérialité du cornet
Et des frites qui sont dedans, la fille que j'ai aimée et qui n'est plus là où je l'ai aimée, quand bien même la fille se tient devant moi, elle n'est plus mon amour, elle n'est plus ni objet, ni sujet
De mon amour,
Sa liberté lui est comme l'être est à l'étant, et elle est la liberté partagée et sa seule liberté, que je connais sans la comprendre tout à fait, cette liberté
Propre à la fille que j'ai aimée et qui se partage, cette liberté, comme une Vérité, un emploi du temps, un repas, une haine, qu'à mon avis,
La vérité de l'Occident est dans l'escalier, dans le « on aurait dû », la vérité de la
Pensée occidentale, cette vérité qui se tient dans les siècles de sa philosophie et qui se tient aussi dans ce que l'on pressent après le Cogito, « l'homme né libre et partout dans les fers », la séparation des pouvoirs, le « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », le Dieu mort, « l’existence précède l'essence », les libéralismes, les universalismes, les repentances à larmes de crocodile, ah oui, la pensée
Occidentale, cette politique que certains prennent pour une métaphysique alors que ce qui s'y
Pense est avant tout l'alchimie du verbe, la puissance du langage à transformer le réel – les politiques ne sont-ils pas des mains à plume qui font marcher les mains à charrue ? Oublieuse donc, la pensée occidentale,
« Dès son début », écrit Heidegger - dès les Grecs donc ? Dès l'animal politique d'Aristote ?
Son goût des palais et des révolutions ne serait-il que le
Début toujours recommencé,
Constamment recommencé d'un déclin programmé de sa civilisation, à la pensée occidentale ? D'une promotion catastrophique de
L'étant en tant qu'étant, et non
En tant que preuve de l'être – l'étant prouve-t-il quoi que ce soit ? - en
Tant qu'étant, en lieu et place de ce
Que nous appelons « être », et dont nous cherchons le nom
Tel qu'il pourrait être s'il avait un nom.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 mars 2023.

18 septembre 2022

ELLE S'ETAIT DEJA LAISSEE GLISSER DU LIT

ELLE S'ETAIT DEJA LAISSEE GLISSER DU LIT

« Elle s'était déjà laissée glisser du lit. Elle rafla sa jupe et ses bas, s'enfuit derrière le paravent. »

(Stanislas-André Steeman, « Quai des Orfèvres »)

 

Elle, il s'agit de Belle, c'est un personnage de roman, elle

S'était déjà – le voilà déjà, le déjà qui s'pointe, comme le temps -

Déjà : je regarde Monsieur mon Passé (c'est une chanson, ça, non ?) et je me dis que j'aurais pu faire mieux. Déjà

Laissée, - ah ce son « s » que l'on aime à laisser siffler dans les syllabes ! -

Glisser – laisse aller, c'est une valse (c'est un film, ça, non ?), une valse en pente, une valse glissante, qu'on finit toujours par s'effondrer dans l'décor -

Du, - quant au son « u », il rappelle le turlututu chapeau pointu des enfants -, du

Lit donc, - et si tu aimes lire, lis donc, plutôt que d'ennuyer les gens à raconter une vie dont tout le monde se fiche -.

 

Elle, il s'agit de Belle, c'est un personnage de roman, elle

Rafla (le verbe « rafler », ça m'évoque rafales de vent et tempêtes qu'on voit dans les films de pirates et les vignettes des illustrés), elle rafla

Sa (trois « a » comme dans « ananas », mais pas comme dans « tapioca »), sa

Jupe (ah de nouveau le son « u » ; dans la rue, point de turlututu chapeau pointu, mais le vent qui débute son automnal ululu)

Et je me dis que les gens disent le plus souvent ce qui les arrange, quand bien même la vérité en prendrait un bon coup sur le bec. A

Ses serpents qui sifflent sur sa tête, je me demande ce qu'elle donne à manger, la Méduse Gorgone Mélusine là. Elle rafla sa jupe et ses

Bas, marmonna Bah-bah-bah et s'en alla,

S'enfuit – les sons « s » et « f », ça fait qu'ça siffle, souffle, s'enfle, flot que sillonne le vent -

Derrière (ah je ne vous dis pas que ce qu'il admire, Hector)

Le, - derrière le mur, qu'y a-t-il donc ? - et derrière le

Paravent, qu'est-ce qui s'passe ? Ah, c'est Belle, elle se rhabille.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 18 septembre 2022.

23 octobre 2021

EN ATTENDANT LA

EN ATTENDANT LA

1.
« Ces effarés y sont et ces épileptiques »
(Rimbaud, « Les pauvres à l'église »)

Ces trucs qu'on dit, ceux qu'on dit pas...
Effarés nous sommes défois de s'qu'on entend pis qu'soi-même on pourrait baver...
Y a pas qu'Zemmour pour dégainer des horreurs, pas qu'Blanquer pour débiter des âneries, les réseaux en grouillent : morale d'esclaves et bruissements d'insectes.
(Sont légion les cornichons y a pas assez d'vinaigre ni d'bocaux pour tous les conserver).

Et moi je me demande où c'est-y qu'on va qu'il y a
Ces gens tous ces gens de plus en plus partout qu'on sait plus où qu'ils nous mangent nos veaux vaches cochons couvées nous piquent la Perrette et son pot au lait n'en déplaise aux
Épileptiques pantins grenouillant politique.

2.
En attendant la
Attendant celle qui viendra me consoler définitif
La Squelette au yeux grouillants la
Mort puisqu'il faut bien appeler la salope par son nom

En attendant la
Attendant celle qui viendra me débarrasser de mon illusion
La chanson des Beatles je l'écoute encore qu'si ça s'trouve et va savoir la
Mort me saisira en plein Abbey Road

En attendant la
Attendant la neige qui chutera sur ma tombe
La pluie je l'écoute tomber et pourrir ma pauvre seigneurie : la
Mort connaît son métier bien mieux que nous.

3.
« If I were a swan, I'd be gone.
If I were a train, I'd be late.
And if I were a good man,
I'd talk with you
More often than I do. »
(« If » du groupe Pink Floyd)

If signifie « si » oh j'les apprécie ces i qui s'multiplient dans s'te scierie
I (ail) signifie « Je » y a donc un narrateur (j'dis ça pour dire)
Were qu'on dirait que j'suis un
A euh ? un
Swan, un cygne, quelle drôle, dis, quelle drôle d'idée !
I'd ah tiens que serais-je si ?
Be ça, ça a rapport avec l'être qu'les chansons elles vous causent de l'être que tout d'ailleurs vous cause de l'être que l'être est la grande affaire du monde
Gone et pis voilà j'suis parti façon cygne qui migre.

If signifie toujours « si » et pis
I (ail comme dans soupe à l'ail) signifie toujours « Je » qu'le narrateur serait donc pas que cygne
Were qu'il serait aussi un
A ah qui fait penser à Take The « A » Train de Duke Ellington, A
Train donc un train, tortillard, gozy, canasson tout en fer, très rapide si que
I'd J'en serais donc bien des choses dis si
Be du reste tant qu'à être autant être pluriel me dis-je en m'fascinant pour la monotonie de la pluie
Late ça forcé qu'je seros en retard j'me connais tiens toujours à lambiner rêv'rie...

Après la chanson au Pink Floyd, elle dit que « si j'étais quelqu'un de bien, je parlerais avec vous autres plus souvent que je le fais » mais comme c'est pas moi le narrateur, à vrai dire, je m'en bats les carreaux.

Patrice Houzeau
Malo, le 23 octobre 2021.

 

 

4 septembre 2021

TROIS CHANSONS SPECTRALO-SOTTES

TROIS CHANSONS SPECTRALO-SOTTES

1.

« J’aimais surtout ses jolis yeux,
Plus clairs que l’étoile des cieux,
J’aimais ses yeux malicieux.

Dansons la gigue ! »
(Verlaine)

J’aimais surtout ses jolis yeux,
Ses poumons verts, ses orteils bleus,
Plus clairs que la pieuvre des cieux
J’aimais ses cheveux malicieux
J’aimais ses cheveux malicieux
Surtout ses cheveux malicieux
Ils avaient la couleur du feu
Et cramaient tout sur leur passage.

Dansons la gigue
Avant qu’elle nous dévore
La gigue est ogre
La gigue est ogre
Est-ce clair, clair, clair
Clair clair clair
Clair clair clair
La gigue est ogre.

2.
J’AI VU PASSER DANS MON RÊVE


« J’ai vu passer dans mon rêve
- Tel l’ouragan sur la grève, -
D’une main tenant un glaive
Et de l’autre un sablier,
         Ce cavalier »
(Verlaine, « Cauchemar »)

 

J’ai vu passer dans mon rêve
- Tel l’ouragan tout vénèrrr
J’ai vu passer dans mon songe
- Tel l’ouragan tout rouche
De colère, très colèrrre très, très, très

J’ai vu passer dans mon rêve
D’une main tenant un saibre
De bwais, d’l’autre un sablier
D’l’autre un tout éparpillé
Mirwère, mirwère, mirwère, quel Mystère !

J’ai vu passer dans mon songe
J’avos mangé trop d’canard
Aux oranges dans mon songe
J’croyos qu’c'étot aux oronges
C’est étrange, étrange, étrange qu’c’est bizarre !

Quoi donc qu’j’ai vu dans mon rêve ?
Dans la main un sablier
Fait de crânes émiettés
Pilés, pilés, pilés, pis
L’était vif, ce cavalier

Vif, vif, si vif qu’il s’en est
Allé je m’suis réveillé
Sous un ciel bleu comme il est
Quand il est gris et qu’il pleut.

3.
« Avec des bruits sourds qui font mal,
Les croix de bois des tombes neuves
Vibrent sur un ton anormal. »
(Verlaine, « Sub urbe »)

 

Avec des bruits sourds Bom Bom Bom
Dans les murs et que ça étonne
Comment ça comment ça qu’ça sonne

On s’dit que du dedans des tombes
Peut-être que des âmes sombres
Reviennent jeter quelques ombres

Sur nos jours tranquilles qu’des coups
Dans les murs Bom Bom Bom Bouh
On se sent un p’tit peu tout trouble.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 septembre 2021.  

10 avril 2024

PENSER PAR SOI-MÊME TARTE A LA CREME

PENSER PAR SOI-MÊME TARTE A LA CREME

 

1.

Albert Moukheiber : Il ne faut pas penser par soi-même quelque part. Penser par soi-même, c'est complètement absurde. Quand quelqu’un vous dit « pensez par vous-même, ne soyez pas des moutons […] » ils sont en gros en train de vous dire « faites-moi confiance ».

(Entretien entre Charles Pépin et Albert Moukheiber pour l’émission « Sous le soleil de Platon », France Inter, mercredi 4 août 2021 in Delagrave, 2nde bac pro, 2022, p.80).

Ce texte (je l'ai donné à mes élèves de 2nde bac pro) est un dialogue entre un neuroscientifique (Albert Moukheiber) et un philosophe (Charles Pépin) qui anime une émission de radio, c'est donc un dialogue entre deux intellectuels. Le sujet de leur entretien est l’information.

 

2.

Albert Moukheiber commence (en tout cas dans cet extrait) par énoncer un paradoxe : « Il ne faut pas penser par soi-même. » Pourquoi est-ce un paradoxe ? Je songe en recyclant cette préparation de cours que le mot paradoxe est un mot dont je donne régulièrement le sens à mes élèves, mais ils s'en moquent et ne retiennent ni le sens, ni le mot, mais ils se souviennent tout de même de moi longtemps parce que le lycée, c'est aussi du spectacle, du stand up pédagogique, de l'occupationnel à vocation apprenante, une façon de faire passer le temps à la jeunesse avant qu’elle soit réellement productive.

Paradoxe car c'est nous qui pensons, en nous-même (pas quelqu’un d'autre ; cf le « je pense donc je suis » de Descartes) ; mais sommes-nous sûrs que ce que nous pensons est vrai, rationnel, pertinent ? Ah en voilà une question, Bertrand !

 

3.

Que faut-il penser de l'injonction : « pensez par vous-même, ne soyez pas des moutons » ?

Expression dangereuse car elle incite non pas à penser par soi-même mais à faire confiance à celui qui nous demande de soi-disant « penser par nous-même » (je ne dirai pas tarte à la crème parce que poil à la tarte à la crème, c'est tout de même lourd).

 

4.

« Si j'écoute mon intuition alors que je n'ai jamais tenu un saxophone et que je me prends pour Louis Armstrong, je vais juste casser les oreilles à tout le monde.. »

(Albert Moukheiber)

Outre que le rapport entre Louis Armstrong et le saxophone est moins évident qu’avec la trompette (mais plus évident qu'avec la cornemuse), quel est l’intérêt de la référence au «  saxophoniste virtuose » ?

Cet exemple illustre l'idée que l'intuition ne suffit pas à juger ; ce n'est pas l'intuition qui compte mais l’expertise, la connaissance, le savoir-faire et donc l’apprentissage. Je ne dirai poil dans le corsage que si la porteuse du dit corsage ne s'est pas rasé les aisselles.

 

5.

Que signifie ici l’expression employée par Albert Moukheiber « bagage intuitif » ?

Le « bagage intuitif » est constitué de tout ce qui peut nourrir mon intuition ; l’expérience fait partie de ce bagage intuitif. Exemple : un électricien expérimenté analyse plus vite une situation qu'un « nouveau dans le métier ». Il y a de l'intuitif, du contre-intuitif, le pote à Tondu s'appelle Tif, et je m'épate toujours de la proximité des mots « knife » et « canif ».

 

6.

Comment définir ce qu'est un « champ de compétences » ?

« champ de compétences » : ici, savoir-faire, ensemble des pratiques qui caractérisent notre maîtrise dans une discipline. Le but du lycée est d'agrandir le champ de compétences des apprenants ; labeur pénible et qui rappelle souvent qu'il y a tout de même loin de la boîte de cassoulet au cerveau d’Einstein.

 

7.

Qu'est-ce qui permet à Albert Moukheiber de définir les humains comme étant des « animaux sociaux » ? 

Comprendre ici « animaux » au sens d'êtres animés et conscients ; « sociaux » signifie que chacun d'entre nous a besoin des autres. Et c'est bien là la source de bien des âneries, désillusions, fatigues ; tout ça pour ça, comme dit le Créateur les jours où il a le cosmos dans les chaussettes.

 

8.

Que signifie l’expression « déléguer sa confiance » ?

« déléguer sa confiance » = faire confiance ; on ne sait et on ne peut pas tout faire ; on doit donc déléguer à ceux qui savent. Même qu’avec l’inflation, ça coûte de plus en plus cher ; d'où le travail au noir. Pour les JO 2024, le gouvernement a fait appel au bénévolat (ça coûte que dalle, et bien mené, bien démagogiquement, façon Macronie en campagne, ça peut paraître sympathique aux naïfs et enthousiastes).

 

9.

Que penser de la réponse de Charles Pépin : « Ah oui, cette question de choisir les bons autres... » ?

S'il y a des « bons autres », c'est qu'il y en a aussi des mauvais. Il faut savoir faire confiance sans être naïf. Remarque de bon sens qu’aucun élève n'a osé faire ; trop facile sans doute.

 

10.

En quoi choisir « les bons autres » et « savoir déléguer sa confiance » (= faire confiance) permet-elle à la société d’exister ?

La société humaine est l'ensemble des échanges entre les humains. Chacun d'entre nous doit être utile aux autres en exerçant un métier. C'est ainsi que la société repose sur le savoir-faire, la confiance, le système bancaire, les ventes d'armes et l'exploitation des électeurs par la promotion de la démagogie.

 

11.

Pourquoi, comme le dit Albert Moukheiber, « quand ça touche notre raisonnement, on ne veut plus déléguer » ?

Nous sommes orgueilleux et croyons que ce que nous pensons est forcément vrai puisque c'est nous qui le pensons ; nous refusons de croire que notre jugement peut être faussé, trop rapide etc ; même que défois y en a même i se rendent pas compte qu'ils n'ont pas de cerveau.

 

12.

Que signifie l’expression « variabilité dans les sources » ?

Il n'y pas qu'une seule source d’informations : pour se faire une opinion sur un sujet (en politique par exemple), il vaut mieux consulter plusieurs médias différents. Oui, enfin en théorie, parce qu'en fait, on n'a pas le temps et puis on sen fout que c'est loin pour l’instant la guerre.

 

13.

Que signifie ici « reprendre le pouvoir sur son existence » ?

Refuser de se laisser prendre au piège du soi-disant « penser par soi-même », écouter des avis différents, lire des auteurs intéressants, c'est ne pas s'enfermer dans une pensée unique et donc rester libre de sa façon de penser et de juger. C'est ainsi que je préfère la tarte aux abricots à la tarte aux cerises et que j’aime bien feuilleter romans policiers et magazines.

 

14.

Conclusion : Ne pas céder à la facilité et avant d'avoir un avis, consulter des médias fiables et différents (journaux, audiovisuel, livres...) permettent de déjouer le piège et l'illusion du « penser par soi-même », mais je conçois que l'on puisse préférer l’apéro à l’opéra, la tarte aux fraises à celle aux abricots, bien que ma préférée soit la tarte au riz et que l'on puisse aussi bien lire Nietzsche que Simenon, Agatha Christie que Deleuze, les aventures de Yoko Tsuno que le menu de la cantine (j'y vais jamais, mais je le lis tout de même, en clignant des yeux et en songeant à la petite douleur fantôme qui me traîne le cœur depuis si longtemps maintenant, poil aux dents, évidemment).

 

Patrice Houzeau

Malo, le 10 avril 2024

8 août 2022

AVEC MES FRITES (Je prends de la mayonnaise)

AVEC MES FRITES (Je prends de la mayonnaise)

 

Avec mes frites je prends de la mayonnaise

Je bois du rouge avec le camembert

Mon chat ne s'appelle pas Bébert

Je mange rarement du poulet basquaise.

 

Je n'aime pas Macron

J'aime bien les cornichons

J'ai voté Macron

Suis-je un cornichon ?

 

Je ne regarde pas Mélenchon

A la télévision

D'ailleurs je n'ai pas la télévision

Ma voisine joue du violon.

 

Je ne crois pas aux fantômes

Pourtant je cause tout seul

Quand on l'mettra dans un linceul

Le rigolo que fut ma pomme,

 

C'est sûr que j'causerai plus beaucoup

Mes héritiers auront que dalle néant

Pas une maison pas un sou

Ça tombe bien je n'ai ni femme ni enfants.

 

Comme le temps passe vite

Que je dirai mort plus ou moins reconnaissant

Je ne sais plus où j'habite

Et je hante n'importe quel baraquement.

 

Mais pour l'instant, à Dieu plaise,

Je vais reprendre un verre

Avec le poulet-frites, j'prends de la mayonnaise

Pendant qu'au vert, au soleil, il se prélasse, le Bébert.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 8 août 2022.

15 juillet 2020

BREFS DE COMBAT DU 15 JUILLET 2020

BREFS DE COMBAT DU 15 JUILLET 2020

 

 

  1. L'extrême-gauche française ne s'est jamais consolée d'avoir été évincée de l'histoire de la Révolution Française. Aussi, fantôme bloqué dans sa synchronie, tente-t-elle régulièrement de reconstituer une situation pré-révolutionnaire.

  2. Il se pourrait que, faute d'adversaire crédible, Macron l'emporte aux présidentielles de 2022. Personne à gauche, personne à droite, personne chez les écologistes ; la peur de voir l'emporter un parti extrémiste fera le reste.

  3. Je l'avoue, je ferai comme beaucoup de Français : si ni la gauche, ni la droite classique ne présentent de candidat crédible, ne croyant ni aux extrêmes, ni aux écologistes (en tout cas, pas au niveau national), bien que n'appréciant guère son moralisme de banquier, je soutiendrai Macron.

  4. Il semble peu crédible que le Parti Socialiste s'entende à la fois avec La France Insoumise, les Ecologistes et les Communistes. Une plate-forme commune les mènerait peut-être au pouvoir mais tiendrait encore moins longtemps que l'union PC-PS de 1981.

  5. Si le gouvernement Castex n'arrive pas rester soudé devant les problèmes qui seront plus aigus encore à la rentrée de septembre 2020, il n'y aura sans doute pas de gouvernement Castex II, et le président Macron sera alors obligé de dissoudre l'Assemblée nationale.

  6. Prolongation de la crise sanitaire, hausse du chômage, pression migratoire, déqualification des diplômes, montée de l'insécurité, pression des communautarismes, crise économique mondiale, tensions internationales, paupérisation, crise environnementale, si le président Macron surmonte tout cela, il aura gagné ses galons de Chef d'Etat.

  7. Prolongation de la crise sanitaire, hausse du chômage, pression migratoire, déqualification des diplômes, montée de l'insécurité, pression des communautarismes, crise économique mondiale, tensions internationales, paupérisation, crise environnementale, franchement, à gauche comme à droite, voyez-vous un gouvernement capable de faire face efficacement à l'ensemble de ces difficultés ?

  8. Se pourrait-il que l'aggravation, non pas de la crise, mais des crises multiples et diverses ne soit en fait qu'une lente détérioration des conditions de l'humain qui n'aurait qu'une seule cause : la surpopulation ?

  9. Se pourrait-il que l'espèce humaine, à l'instar d'autres espèces, ne soit pas capable de réguler sa population et finisse donc par disparaître, éliminée par les virus que la mondialisation fait fatalement circuler ?

  10. Se pourrait-il que l'usage obligatoire du masque dans les lieux clos ressuscite des règles de politesse et de savoir-vivre depuis longtemps perdues ? Bah non, la passion latine de l'hyperbole et du théâtre a tué depuis longtemps la vieille France de nos aïeux, qui n'est sans doute qu'un songe.

  11. En 1970, 20% des élèves français arrivaient en terminale. Il y eut cette année-là 67,2 % d'admis. En 2019, le taux de réussite fut de 88,1% et l'on est maintenant à quasiment 80% d'une génération arrivant en terminale. Louons nos politiques qui ont su transformer presque tout les petits Français en petits génies capables de suivre des études supérieures, et plaignons nos universités.

  12. Le problème de la massification de l'enseignement supérieur, c'est qu'il faudra bientôt expliquer à tant de diplômés pourquoi, malgré de longues années passées à hanter amphithéâtres, TD, stages et autres, ils n'ont pas tous le droit à un CDI payé 2000 euros par mois.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 juillet 2020.

29 octobre 2022

BLABLA PERSO

BLABLA PERSO

1.

Régulièrement, certains inspecteurs et -spectrices tentent de faire faire par les enseignants le travail que leur technocratique hiérarchie leur demande, à eux, pas à nous, en l'occurrence, quelque rapport, je pense, sur la « mixité dans l'éducation musicale » et autre blablabla. (à propos d'un mail reçu par une enseignante).

Ils me font penser à ces universitaires qui signent seul des articles et des recherches menés à bien par leurs étudiants. Même carriérisme, même goût de la gloriole et du pouvoir, même mépris.

2.

Vu passer un tweet afffirmant que le rouble et le dollar avaient en commun de n'avoir pas de valeur intrinsèque. En effet que j'ajoute : le dollar est en-dessous des capacités d'innovation américaines cependant que le rouble est au-dessus des capacités de l'armée russe.

3.

Ce matin, grève de Radio France. Pas ma dose donc quotidienne de propos culturels. A la place, de la musique. Ah tiens, « Wild Horses », des Stones. Toujours aussi somptueuse, la ballade. Puis, le « Compagnons des mauvais jours », de Prévert chanté par Feu Chatterton, excellent.

Je pense, en écoutant les Stones et Feu Chatterton, puis la voix de Patti Smith, - c'est elle, j'parie un manuscrit perdu contre le sourire de la vendeuse - que les artistes sont la noblesse de ce monde, et que Poutine n'est jamais qu'un vulgaire assassin.

4.

Je me souviens de ce (petit) professeur de français qui affirmait que Jacques Prévert, c'était de la poésie facile, qui ne tenait pas la route face à celle d'un Saint-John Perse. Oui, mais voilà, c'est Prévert qui parle au cœur des gens ; Perse, il est vrai, aide à m'endormir.

Dans le même genre, une universitaire me rabroua lorsque j'ai dit tout haut que « Les Gommes » de Robbe-Grillet, qu'elle portait aux nues, n'était qu'un succédané du style de Simenon, qu'elle méprisait. Oui, mais voilà, on lit encore Simenon, et plus Robbe-Grillet.

5.

Ah tiens, un fantôme vient de m'ôter la cigarette de la bouche. Que je sois hanté, d'accord. De là à m'empêcher de fumer...

6.

Je viens de me rendre compte que si j'ai choisi le métier d'enseignant en lettres, c'est sans doute pour maintenir un lien quotidien avec la fiction que je dévore depuis que je sus lire : romans, poésie, spéculations, bédés, films et séries, politique.

7.

Comme pas mal de gens qui ont passé une partie de leur vie en compagnie des livres, j'en ai accumulés, et bien trop. Il me faudrait désherber. Oui, mais voilà, telle couverture d'un livre médiocre me plaît, un autre ne vaut que pour un paragraphe, une poignée de syllabes, etc...

8.

27 octobre 2022. Lucien Suel twitte : « Alfred Jarry a rédigé la biographie du roi de Pologne n_est_ce_pas ? ». Je note que la réciproque n'est pas vraie n_est_ce_pas ?, et je lui souhaite une bonne journée car j'apprécie beaucoup Lucien Suel.

9.

Ce matin, tôt sollicité, SMS : Zut a égaré une boucle d'oreille entre son appartement et l'arrêt de bus. Prière entamer recherches immédiates. Me suis dit alors que c'était une mauvaise idée d'offrir des boucles d'oreille à quelqu'un qu'on aime. #C_est_la_vie.

10.

Cette histoire selon laquelle Agnès Buzyn aurait dès le début de la pandémie de Covid tenté d'alerter Edouard Philippe et Macron et n'aurait pas été écoutée, il faudra un jour en savoir le fin mot.

Pensant que de droite ou de gauche (bien qu'étant de droite, c'est là mon côté anarchiste), la plupart des politiques se fichent de nos dents, les déclarations d'Agnès Buzyn me donneraient-elles raison ?

11.

Moi qui suis de droite, et que l'on dit manquant d'empathie, j'ai hébergé trois mois une sans-domicile-fixe (par ailleurs fort cultivée et anglophone). Soucis et dérangements. Etrangetés plus ou moins inquiétantes. Expérience un peu amère qui me conforte que les gens étant généralement complexes, il convient de rester sur son quant-à-soi. Je reste de droite. Que les bonnes âmes de gauche qui n'en feraient pas autant aillent vérifier ailleurs que je n'y suis pas.

12.

Dunkerque. Mes deux seuls potes, je les ai plus : Jean-Luc est mort (que l'Eternel te garde près de lui, toi qui voulais mourir en terre promise), Alban a foutu le camp à Lille. Me reste ma pomme et Zut, qui est amoureuse de quelqu'un qui n'est pas moi.

13.

28 octobre 2022. Selon les médias, Elon Musk a finalement racheté Twitter le 27 octobre 2022. Celui qui passe pour être « l'homme le plus riche du monde » serait maintenant le propriétaire d'un des plus puissants réseaux sociaux de la planète.

14.

Entendu sur France Culture quelqu'un évoquer son expérience de la montagne. « Non, mais tu cherches quoi, l'accident ? » » lui a-t-on dit défois. Il rétorque que non, il cherche la vie. J'ai comme l'impression que pour certains, chercher la vie, c'est se confronter au risque...

Perso, je préfère la douce chaleur du foyer quand on rentre du taf, Achille Talon, les pensées de Pascal, un bon fauteuil accompagné d'un bon whisky...

15.

J'ai passé la plus grande partie de ma jeunesse dans le bassin minier du Pas-de-Calais. « Y a pas, garçon, faut saquer d'dins » ai-je souvent entendu. Je regrette que ce rappel de l'importance du travail soit de moins en moins une évidence...

16.

Je mange de la viande rouge, je fume, je bois de l'alcool, je suis de droite, je suis pour la peine de mort, je soutiens l'Ukraine et vomis Poutine, je lis Céline et Bernanos, j'écoute du Gainsbourg, je n'ai pas d'enfants : Seigneur, est-il vrai que je suis damné ?

Si j'ajoute que je mange du porc et que je collectionne les « San-Antonio », alors là, j'ai bien conscience que mon compte est bon.

17.

Avoir soumis le marché du travail et la jeunesse de France à la dictature des diplômes est une des plus grandes bêtises (sinon ignominies) de la gauche française (la droite n'a guère fait mieux).

18.

Je me fous que Toto enculât Titi, because moi j'préfère Titine, encore que, vieillissant, Titine m'apparaît plus souvent comme une usine à gaz (like me), et que, pourvu que Toto Titi Titine ne me fassent pas suer, qu'ils s'enculassent, Seigneur, que voulez-vous que ça me fasse ?

19.

Poutine, cet autre Pétain.

20.

Môme, je me disais que tant que mes parents seraient là, je vivrai dans un monde où je serai protégé. Puis on apprend à ne compter que sur soi, à se rendre utile, et à, plus ou moins, repérer les salopards.

Patrice Houzeau

Malo, le 29 octobre 2022.

13 septembre 2023

NE METTEZ PAS TOUS VOS OEUFS DANS LA MÊME BASKET

NE METTEZ PAS TOUS VOS OEUFS DANS LA MÊME BASKET

1.
« So she called softly after it, « Mouse dear ! Do come back again, and we wo'n't talk about cats or dogs either, if you don't like them ! »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 2 [Alice])

Alice demandant à la Souris de revenir, lui fait la promesse :
- de l'inviter à sa prochaine cheese party ?
- de ne plus parler politique ?
- de lui raconter une belle histoire ?
- de ne plus parler ni de chats, ni de chiens ?
- de voter pour le parti des Souris aux prochaines élections ?
- De lui prêter sa collection de disques de Genesis, parce que vous, je sais pas, mais moi, les aventures d'Alice, ça me donne envie défois d'écouter « Nursery Crime », « Foxtrot » et « Wind and Wuthering » ».

2.
« Alice led the way, and the whole party swam to the shore. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 2)

Cette phrase signifie-t-elle que :
- Alice prit la tête d'une drôle de troupe (« there were a Duck and a Dodo, a Lory and an Eaglet, and several other curious creatures ») afin de se livrer à moult farces et attrapes étonnantes ?
- Alice prit la tête d'une troupe étrange (« there were a Duck and a Dodo, a Lory and an Eaglet, and several other curious creatures ») afin de gagner le rivage de la mare des larmes ?
- Alice se fit des crêpes ?
- Alice et ses zoziaux fondèrent un parti politique, afin de se présenter aux présidentielles 2027 et de diviser un peu plus la droite, la gauche, le centre et la béchamel.

3.
"Indeed, she had quite a long argument with the Lory, who at last turned sulky, and would only say, « I'm older than you, and must know better"
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

Alice a une longue discussion avec le Lori : comment qu'ça finit ?
- Qu'ça finit que le Lori (qui est une sorte de perroquet, mais est-ce réellement un perroquet?) il se fâche de toutes les couleurs et qu'il la trouve très impertinente, cette jeune Alice.
- Qu'ça finit que le Lori (qui est une sorte de perroquet, mais est-ce réellement un perroquet?) finit par se faire tout boudeur (« sulky ») et fait remarquer à cette jeune Alice qu'étant plus âgé qu'elle, il en est donc plus avisé.
- Qu'ça finit qu'Alice se demande si le Lori est réellement une sorte de perroquet qu'en consultant Internet, on me dit que oui, même qu'il y a un site qui dit que « le lori est un oiseau extravagant qui a un grand sens du spectacle » (cf le site du Centre Aviaire Johanne Vaillancourt).

4.
« At last the Dodo said, « Everybody has won, and all must have prizes. »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

Si, à la fin de la course, le Dodo déclare que tout le monde a gagné, c'est que :
- le Dodo se fiche royalement de cette course, comme il se fiche de tout en général, surtout depuis que les Européens, l'ayant découvert, entreprirent de le faire disparaître.
- La course s'est déroulée de telle façon (cf « they began running when they liked, and left off when they liked, so that it was not easy to know when the race was over ») que le Dodo ne peut que l'annuler ou déclarer tout le monde vainqueur.
- Le Dodo est adepte de la bienveillance pédagogique, quitte à laisser Alice se débrouiller avec la question des récompenses.
- Le Dodo est un démagogue et a des tendances politiques populistes.

5.
« Alice thought the whole thing very absurd, but they all looked so grave that she did not dare to laugh ; »
(Lewis Carroll, « Alice's Adventures in Wonderland », chapter 3)

La réaction d'Alice est-elle :
- pragmatique ?
- Stoïque ?
- Lucide ou translucide ?
- Logique ou caramelle ?
- Aussi sotte que la réforme Blanquer ?
- Prudente comme l'aube qui ne pointe qu'un œil ?
- Polie et réservée comme il sied à une jeune Anglaise bien élevée ?
- Hypocrite comme une députée ?
- Aussi ritualisée  qu'une cérémonie du dé ?
- Marrante car qu'est-ce qu'on se marre en sortant de la mare !
- Résiliente, bienveillante, audio-visuelle et politiquement correcte ?
- Alice, en fait, elle s'en fiche bien de tout ça, mais puisqu'elle est là, autant jouer le jeu absurde que ces curieuses créatures lui imposent, du moment que cela ne la met pas en danger.
- Que voulez-vous qu'elle fasse ? Elle n'allait tout de même pas leur lancer le dé à la figure, au risque de se faire becqueter ensuite par le Canard, le Dodo, le Lori, et l'Aiglon.
- Révélatrice de la vérité du proverbe qui dit : « Don't put all your eggs in one basket ? »

Patrice Houzeau
Malo, le 13 septembre 2023.

 

15 mars 2023

PIS BIN TOUT UN TAS D'ETANTS

PIS BIN TOUT UN TAS D'ETANTS

 « quelque chose en tout était perdu »
(Henri Michaux)

Tout un tas d'étants tout un
tas d'étants tout un tas pis
d'étants quoi tout un tas un
tas d'étants hein un tas pis
tas d'étants quoi un tas pis
tas d'étants là épicétou tas
d'étants épicétou qui font &
firent & feront & déferont &
y en a plein partout de tous
ces tas d'étants là tous ces
tas d'étants plein qu'y en a
partout plein partout y en a
plein de tous ces étants pis
qu'on se demande où que donc
qu'il est l'être où que donc
l'être qu'il est hein l'être
où où l'être qu'il est parmi
ces tas d'étants ce vrac des
étants vrac flux & reflux où
où qu'il est l'être où où où
où qu'il est l'être dans ces
tas d'étants ces tas ces tas
ces tas d'étants ce vrac ces
tas ce vrac flux froid froid
reflux froid froid froid ces
tas ce vrac d'étants vrac ce
épicétou épicétou & pis hein
& pis & pis quoi & pis & pis
pis un tas d'étants éteints.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 mars 2023.

10 avril 2022

TOC TOC FIT-IL ABSURDEMENT

TOC TOC FIT-IL ABSURDEMENT

1.

Quand passe le chameau, ou quelque chose comme ça.

« Tout à coup, il vit passer près de lui, allongeant ses grandes jambes et rengorgé comme un dindon, un superbe chameau. Cela lui fit battre le cœur. »

(Daudet, « Tartarin de Tarascon »)

2.

Rouble trouble, Russie noyée.

Non, le rouble ne s'envole pas. Il ne s'effondre pas, c'est tout, mais sa valeur est toujours très faible et personne ne croit que l'économie russe va survivre ni aux sanctions économiques ni à la multiplication des ruptures de contrats à venir.

3.

Boris et Winston

Je ne sais pas si, à l'instar d'Emmanuel Macron, Boris Johnson téléphone souvent à Poutine, mais en tout cas, apparemment, il semble décidé à soutenir l'Ukraine et le Président Zelensky. Il y a parfois du Churchill chez Johnson et c'est tant mieux.

4.

« Ne serait-il pas merveilleux que je gagnasse un hélicoptère à un concours de mots croisés ? Il n'y a pas beaucoup d'espoir. J'ai bien peur qu'on ne donne jamais des prix aussi utiles. »

(Leonora Carrington, « Le Cornet acoustique » [Carmella])

Nécessaire, nécessaire hélicoptère.

5.

« La pendule sonne tant qu'elle veut. »

(Ionesco, « La Cantatrice chauve » [didascalie])

Et donc têtue comme la pendule qui sonne comme elle veut.

6.

« Choses sont mots. Quelqu'un – mais qui, mais quoi ? -

Nous écrit : cette incessante graphie

Inextricable et qui ne signifie

Rien, c'est l'histoire humaine. »

(Borges, « Une boussole »)

On sonne à la porte qui n’existe pas. Qu'est-ce que c'est ? fit la voix. - C'est l'Absurde répondit la voix.

7.

« Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte »

(Corneille, « Médée », v.1241 [Médée])

La vengeance est un plat qui se mange froid mais haut.

8.

« C'est comme ça que tu remercies celle qui t'a sauvé des nains ? »

(Akihiro Yamada, « Beast Of East 2 » [Un personnage avec une épée])

Ah, l'ingratitude des figures de papier...

9.

« Sans doute M. de Charlus eût pu chercher à se renseigner, à apprendre ce qu'étaient, au vrai, ces mystérieux et inéluctables cours d'algèbre qui ne se donnaient que la nuit. »

(Proust, « La Prisonnière »)

La nuit, l'algèbre en est-elle moins ténébreuse ?

10.

« - Un labyrinthe de symboles, corrigea-t-il. Un invisible labyrinthe de temps. C'est à moi, barbare anglais, qu'il a été donné de révéler ce mystère transparent. »

(Borges, « Le jardin aux sentiers qui bifurquent »)

Et quelle âme est si errante en ce labyrinthe ?

11.

Comme le montrent les massacres de Boutcha et de Kramatorsk, Poutine est une brute qui ne connaît que le langage de la force.

J'espère bien que les Etats-Unis et le Royaume-Uni, j'espère bien que l'UE, j'espère bien que la France continuent de fournir des armes à l'Ukraine. Il faut tenir Poutine en échec : il en va de la sécurité de toute l'Europe.

12.

« Le Manta est le premier navire hauturier capable de collecter et de traiter en flux continu de grandes quantités de macrodéchets plastiques flottant à la surface des océans » (« Le Manta, un navire révolutionnaire pour nettoyer les océans », site de l'association The Seacleaners, 2021).

Allo, le Manta ? Êtes-vous, Manta, à l'eau ?

13.

« The Horse started a little when he came near me, but soon recovering himself, looked full in my Face with manifest Tokens of Wonder : He viewed my Hands and Feet, walking round me several times. »

(Swift, « A Voyage to the Country of the Houyhnhnms »)

Que suis-je dans les yeux de mon cheval ?

14.

« C'était un de ces temps où l'air et l'eau mutinés semblaient faire du monde un grand chaos triste. »

(Marguerite Yourcenar, « L'Oeuvre au Noir »)

Mutinerie des temps, tristesse des âmes.

15.

« le chèvrefeuille s'égouttait s'égouttait comme de la bruine je pouvais entendre les grillons nous observer en cercle elle recula tourna autour de moi se dirigea vers les arbres »

(Faulkner, « le Bruit et la Fureur »)

16.

Si j'ai bien compris, Boris Johnson a promis des véhicules blindés et des missiles au Président Zelensky. Puissent ce matériel et ces armes envoyer l'armée russe en enfer...

17.

Il se dit que Poutine aimerait bien une victoire pour son défilé du 9 mai 2022 qui sera, quoi qu'il en soit, et surtout s'il y fait figurer la sordide 64ème brigade de fusiliers motorisés qui, dit-on, a tué bien des civils à Boutcha, qui sera, ce 9 mai 2022 le défilé de la honte.

18.

Avril 2022. Google bannit de YouTube la chaîne « Douma-TV », la chaîne des députés russes, menteurs, serviles qui cirent toute la sainte journée les pompes du mafieux Poutine. Moscou est « furieux ». Tant mieux.

Patrice Houzeau

Malo, le 10 avril 2022.

 

3 novembre 2021

CE N'EST QUE MOI JE DISPARAIS

CE N'EST QUE MOI JE DISPARAIS

1.

« Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, »

(Rimbaud, « Ma bohème »)

 

Où ouh c'est moi ton fantôme me dit-il comme si je ne l'avais pas reconnu

Rimant songe rit de se voir si autre en ce miroir

Au oh fit mon fantôme à me voir si taciturne soudain (sang impur etc...) au

Milieu et une flopée de glouglous sous les mers

Des ombres à jets (ce sont des fontaines ignorées de la Lune)

Fantastiques fit mon fantôme soudainement hoquetant va la cruche qu'à la fin.

 

2.

« Dupond-Moretti reste mis en examen » : internet le 3 novembre 2021.

 

Dupond (et Dupont)

Moretti (ti et Grosminet) ah ça en fait du monde

Reste pourtant ici le verbe rester reste au singulier

Mis en (sur le cheval Macron, a-t-il fait le bon choix ?)

En novembre 2021 alors que la télé nous annonçait d'autres sottises politiques et en

Examen courante, main passe, main de ma sœur et culotte de cheval,

Internet le dit t'as vu Dupond-Moretti (ti et Grosminet) reste mis en examen mais en fait quasi tout le monde s'en fout par contre on s'en fout pas que

Le covid on dit qu'il va revenir

3 fois qu'il nous aura fait le coup

Novembre v'là le vent v'là le vent #ilatort

2021 : on en voit le bout, encore une année de moins en moins drôle... #Clown

 

3.

J'écoute sur You Tube la Bande Originale de « Twin Peaks » (musique d'Angelo Badalamenti), encore du mélancolique à bizarre ; ça va pas m'arranger le novembre ça, tous ces sons si étranges ta chambre tu vois pas s'bordel, toi.

 

4.

A l'instar de Cioran qui, écoutant Bach, se surprit à ne plus douter de l’existence de Dieu, moi, quand j'écoute du pipeau, je ne doute plus de l’existence de Blanquer.

 

5.

Parfois, un vent froid me prend. Ce n'est que moi. Je disparais.

6.

« Puis j’expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots ! »

(Rimbaud, « Une Saison en enfer »)

 

Puis j’expliquai n°1 le train va rentrer en gare

J’expliquai sons et sens d'un poème de Rimbaud

Mes on ne sait jamais à qui on a à faire

Sophismes « bande de terre étroite, située entre deux mers et réunissant deux terres » sinon les sophismes, ce sont des raisonnements basés sur des erreurs de logique #EtNunc

Magiques Et Nunc (« Bis repetita placent »)

Avec savez pas quoi ? Pan pan sur le bec !

L'hallucination (apprenante, comme on le sait depuis Blanquer)

Des mots #Chats des mots tifs ah oui je sais c'est tiré par les cheveux

Mots – teurs à réaction.

 

7.

L'abbé Saunière a-t-il trouvé un trésor fabuleux ou a-t-il bien roulé son monde ?

 

L'abbé Cédaire n'a jamais existé mais l'abbé

Saunière, si.

A-t-il et vilaine c'est un monde ça

Trouvé te ment te ment comme s'il était ton ami #DePain

Un deux trois j'm'as coupé un doigt

Trésor donnez (des sous) et j'obéirai (peut-être)

Fabuleux je m'en tire à bon compte ton argent si tu veux pas finir genre « des gens qui ne sont rien » comme il a dit Macron

Ou a-t-il là (féroce guerrier)

A-t-il l'espiègle

Roulé jeunesse que tu es là, esprit ?

Son du canon (c'est là qu'la Bourse grimpe et surchauffe)

Monde -ghem, c'est là où je vécus quelques belles heures à mélancoliser car je suis mélancolisateur #AtouteHeure

 

Patrice Houzeau

Malo, le 3 novembre 2021.

 

24 octobre 2021

ELEMENTS D'AUTOPORTRAIT

ELEMENTS D'AUTOPORTRAIT

1.
J'aime bien l'idée que je ne vais sans doute pas mourir aujourd'hui et je n'aime pas beaucoup l'idée que n'importe quoi pourrait arriver (genre la chute d'un bolide ou d'un satellite en langue étrangère) qui me priverait de ma précieuse présence.

2.
Je n'aime pas Macron et je n'aime pas – quand ils ne me sont pas complètement indifférents - la plupart de ses opposants, de gauche comme de droite. Je n'aime pas Macron.

3.
J'aime bien le fait que je sois d'un milieu modeste et que la plupart des mots à la mode (résilience, bienveillance, empathie, coopération...) n’expriment souvent pour moi que la condescendance de gens qui n'ont jamais eu à se soucier du lendemain.

4.
Je n'apprécie pas le fait que faire un compliment à une jeune femme est maintenant considéré quasi comme du harcèlement et me désole du peu de discrétion et de respect dont beaucoup d'hommes font montre à l'égard des femmes.

5.
Je n'apprécie pas que des hommes se fassent la bise et je m'en fiche parce que j'ai bien d'autres raisons pour ne pas apprécier les gens. Refuser par principe de serrer la main des femmes est pour moi rédhibitoire.

6.
Je m'interroge sur le fait que certains tentent de faire passer « La Blanche Hermine » pour autre chose qu'un chant de droite. J'ai beau en retourner les paroles dans tous les sens, soyons honnêtes, c'est plutôt chouan comme texte, non ?

7.
Je n'aime pas cette hypocrisie de la hiérarchie autour de l'assassinat de Samuel Paty (qui, dit-on, s'était fait reprocher sa façon de faire) et j'aime le courage, la dignité et l'honnêteté qu'il y a à donner le nom de Samuel Paty à plusieurs lieux publics.

8.
Je trouve stupide l'idée que tous les êtres humains se valent. Si cela est vrai en droit, chacun sait que personne ne vit réellement en fonction du droit. La plupart d'entre nous faisons semblant. Les politiques nous racontent des craques.

9.
Je n'apprécie guère le ton consensuel et parfois assez niaiseux que prennent certains animateurs de France Inter pour évoquer les problèmes sociétaux et j'apprécie cependant le fait que France Inter continue à parler de ce dont on ne parle pas ailleurs.

Je me souviens de la grève menée par les syndicats de Radio France il y a quelques années et me souviens de mon désarroi, ne trouvant sur les ondes plus rien à écouter d'intéressant nulle part. Oui, le service public de la radio est précieux.

10.
Je n'aime pas Macron car je le soupçonne de n'avoir de la considération pour les autres qu'en fonction de leur position sociale et de l'intérêt qu'il pourrait en tirer. Et donc, comme beaucoup, je m'interroge sur ses amitiés, qui semblent parfois si singulières.

11.
Je n'apprécie pas chez moi cette tendance à préjuger des autres et d'éprouver parfois de l'antipathie aux premiers mots échangés et me félicite de cet œil critique et distant que je porte sur tout et tous.

12.
J'apprécie le fait d'être arrivé à un âge où l'on a compris depuis quelques années déjà que tomber amoureux, c'est-à-dire se laisser fasciner, est très ridicule, voire dangereux et j'aime bien l'idée que je finirai sans doute seul, méfiant, ronchon, crachant.

13.
Le problème n'est pas de savoir si le choix des caricatures était pertinent ou non, c'est de savoir si Samuel Paty en avait le droit. La réponse est oui, il en avait le droit. La polémique du choix des documents est éminemment douteuse.

Si on commence à se mettre la pression sur ce qui peut ou non choquer telle ou telle communauté ou minorité, on va finir pas ne plus évoquer les luttes des femmes pour leur émancipation et encore moins la loi Veil sur l'IVG.

A force de ne plus vouloir choquer personne, on va finir par être condamné au silence dans notre propre pays. Morale d'esclaves. Samuel Paty avait raison.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 octobre 2021.

23 octobre 2021

EN CONTEMPLANT MES DIEUX MORTS

EN CONTEMPLANT MES DIEUX MORTS

1.
« et la maison s’éloigne, avec les constellations et les figures, avec toute cette histoire, et elle est déjà « là-bas », elle est « là-bas » désormais ».
(Gombrowicz, « Cosmos »)

Et elle qu’on s’est tant agité dedans,
La maison, elle fiche le camp dans le temps, la
Maison, disparaît, poudroie,
S’éloigne comme s’efface le paysage dans la bouillie calme des horizons.
Avec elle, la maison, s’éloignent itou
Les trucs et ficelles qu’on n’trouve plus, « obsolètes » disait MC Solar, les
Constellations et tous leurs mystères (on court après)
Et toutes les feuilles griffonnées
Les dessins disparus les visages évanouis les
Figures tracées au tableau,
Avec ça que Zut aussi finira par quitter ma caboche
Toute cette zuterie siffleuse, je l’aurai plus,
Cette trop belle pour mourir à moi, cette
Histoire à s’moquer du monde,
Et je mourrai en contemplant mes dieux morts,
Elle se pointera alors, la Mort, elle
Est déjà là, de toute façon, comme dans l’onde le dévorant
Déjà là, ici, maintenant, à grouiller dans l’invisible tandis que
Là-bas s’éloignent figures et sornettes, fanfares et constellations
Elle est partie envolée la maison
Est dans le temps du
Là-bas dans le
Désormais et l’inéluctable.

2.
« cette valeur, comme il dit [Stefan Zweig], au-dessus de toutes les valeurs, ce sens au-dessus de tous nos sens… :
Wert über allen Werten, Sinn über unsern Sinnen… »
(Romain Rolland, préface au recueil « Amok », de Stefan Zweig)

Cette valeur, je sais pas ce que c’est ça, « cette
Valeur », va savoir de quoi qu’on cause encore,
Comme valeurs, on nous en vend au kilo la résilience, bienveillance, citoyenneté,
Il en a plein la bouche, le gouvernement, de la valeur (l’est valeureux hein) Il
Dit l’avenir européen connecté hypermoderne vacciné mondialisé global
Stefan (çui-là qu’a écrit « Amok »)
Zweig (et qui s’est suicidé)
Au-dessus, la valeur ultime donc, supra éthique, au-dessus
De nos pommes enfarinées, de
Toutes nos mesquineries, jalousies, hypocrisies, de toutes
Les sottises humaines et de toutes les autres, de
Valeurs (même celles qu’on nous apprend au catéchisme, dis),
Ce truc là qu’on appelle
« Sens » genre sens du réel ou chais pas moi
Au-dessus itou, ce sens, au-dessus
De ça qu’on sent, voit, touche, entend, goûte, de
Tous nos empires de nous-mêmes miettes
Nos mots les disent quand même pas tant, cette valeur là, ce
Sens là qu’après Romain Rolland il cite Zweig dans le texte… « Wert über allen Werten, Sinn über unsern Sinnen… ».

Patrice Houzeau
Malo, le 23 octobre 2021.

8 juillet 2021

TROIS CENT MILLE EUROS

TROIS CENT MILLE EUROS !

 

  1. Blanquer a tué le bac... Du coup, donné à tout le monde... parce qu'il n'y en aura plus du vrai bac... l'a l'air content... prospère yop la boum... nous méprise... sentiment de supériorité... la supériorité de ceux qui ont le tampon magique...

  2. Tampon magique... argent magique... même sentiment de supériorité chez l'autre... la perlimpinpine... Et dire qu'il y a des écrivains pour soutenir ça... des sous des sous des sous encore un pt'tit sou le dernier p'tit sou... 300 000 euros !

  3. Chavais pas qu'ça rapportait autant le théâtre... 300 000 euros ! « activité théâtrale » i dit Dupont-Jsuispleindfric... les a-t-il écrites lui même ses opérettes ?... Un « nègre » ghostwriter, je veux dire... les fantômes se plaindront pas...

  4. Les fantômes se plaindront pas... des pas dans l'escalier... porte fermée... Nous entendons, écoutons... j'ouvre : personne !... Hondeghem... 300 000 euros ! Une erreur du comptable toujours possible... le montant pourtant me fait tiquer !

  5. Le montant me fait tiquer !.... tiqué-tiqué-tique... 300 000 euros ! Une paille !... blanchiment ? Non, pas Lui quand même, Garde des Sceaux et tout le tremblement institutionnel !... Nerveux devant les journaleux, Barbe-Grise...

  6. I s'frait pas payer en liquide et valises quand même, par des on n'sait qui loin, bien loin comme des hein ? Non, pas Lui quand même, Garde des Sceaux, la force du poignet... S'est fait tout seul, se défera de même...

  7. Nerveux, Dupond-Moretti, impulsif peut-être... des tours... risque tomber dans la farce et la trappe à phynances !... défois, ça commence par un bout d'fil et puis... hop ! on s'artrouve à poil devant l'opinion... la pas tendre... la louve vox populi..

  8. Chouine à propos de la haine sur les réseaux, Blanquer... soutient Mila... opportuniste ou pas, tonton-la-réforme ?... Le monde est violent... Mila se défend... Elle a raison... faut quand même dire s'qu'on a sur le cœur...

  9. Si on dit rien, on va s'faire bouffer... c'est clair comme une démographie... y en a l'islam, c'est juste leur gagne-pain... d'autres, c'est le socialisme, le pédagogisme, le bazar... le vaccin ou le en même temps... les dieux, c'est des poules aux œufs d'or...

  10. Nerveux, Dupond-Moretti... J'compatis... j'suis pareil... ça fait des farces, les nerfs... ça voit des croissances au lieu des gouffres... des triomphes en place des caniveaux... Mon âme s'appelle Vipère... je l'aime bien...

 

Patrice Houzeau
Malo, le 8 juillet 2021.

31 octobre 2021

A PROPOS DE PLUIE ET DE FLEURS

A PROPOS DE PLUIE ET DE FLEURS

1.
« La chevelure vol d’une flamme à l’extrême »
(Mallarmé)

La pluie ne palpite pas sur les peaux ; la pluie ne pique ni ne picore ni ne perce les peaux ; la pluie glisse le long des peaux et des impers. Elle peut cependant ruiner et catastropher. Quant à la
Chevelure, elle chute, postiche mal arrimée. Du reste, le
Vol de bien des expéditions spatiales ont confirmé que
D’une part, la lune a perdu sa chevelure depuis longtemps – où est-elle ? sans doute quelque trou noir l’aspira façon faisceau de pâtes longilignes qu’aspire quelque gueule d’ogre – et que d’autre part, une
Flamme dans l’espace brûlerait
A une température plus basse qu’en cette vallée de vaches où les chevaux pleurent. Quant à
L’extrême froid, il atteint, si j’en crois le National Geographic, -98°C quelque part sur la calotte glaciaire de l’Antarctique.

2.
« La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs »
(Mallarmé, « Apparition »)

La pluie ne joue ni trompe marine ni trompette-des-morts et encore moins sur la
Lune (il ne pleut pas dans l’espace bien que des gouttes d’acide sulfurique tombassent sur Vénus ai-je lu) Si elle
S’attristait la lune, c’est pure fantaisie et de la même eau que
Des séraphins ces flamboyants que l’on dérive des cobras ailés de l’Egypte antique, des
Séraphins et puis quoi encore ? Des petits-gris à grosse tête chauve qui se promènent, dit-on, sur la planète, à la recherche de je n’sais quoi, soupe aux choux, choux farcis, choucroutes, choupières, chcoubidoux…

En fait, la pluie ne joue ni trompe, ni trompette, ni flûtiau, ni flageolet, ni bourrée auvergnate, la pluie dégouline, dégouline comme morne fée, en
Pleurs, les séraphins ? Je me demande bien pourquoi. Bah le Mallarmé devait être chez lui, ses fenêtres lui brouillant la lune et hop, le voilà-t-y pas qu’il nous invente des anges ouin-ouin,
Rêvant (amusant que ce soit un philosophe, Nicolas Malebranche, qui, en 1674, dans « De la recherche de la vérité », dériva de l’infinitif « rêver » le « rêve » qui tant nous fréquente)
L’archet, chaque fois que j’écris ce mot, archet, je pense au recueil de Conan Doyle intitulé « Son dernier coup d’archet » (« His Last Bow ») qui met en scène Sherlock Holmes tandis qu’il élucide, la brume montant de sa pipe ;
Aux flammes on livra Jeanne d’Arc (voilà qui sans doute fit pleurer les Séraphins, en tout cas, ceux d’origine française) et les
Doigts – je n’ai jamais entendu parler de pluie de doigts : de pluie de chats, de chiens et de fourches, certes, mais de pluie de doigts, point.
Dans le poème à Mallarmé donc, il y a « des séraphins en pleurs, rêvant, l’archet aux doigts » pis « dans
Le calme des fleurs » : Quoi donc qu’il avait collé au mur comme papier peint, le Mallarmé ? J’imagine assez une cascade florale très
Calme (en général, le papier peint n’est guère bavard) avec
Des chutes de santolines, de Cœur-de-Marie, d’ancolies et d’arnicas. Ô
Fleurs, aux étranges soirs, avez-vous donc une âme ? ceci pour paraphraser Albert Samain.

3.
« Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme »
(Albert Samain)

Il est temps. J’aimerais avoir l’esprit de Wittgenstein pour tirer de ce syntagme, « il
Est temps » quelque investigation philosophique, mais que puis-je dire,  que le temps, c’est de l’être, - voilà qui est bien peu -, et qu’en français, l’être ne prouve l’existence que dans le cogito, bien que nous soyons si assurés que le réel existe que nous y fourrons toutes sortes de croyances et que nous refusons de voir le réel tel qu’il nous apparaît, à défaut de le voir tel qu’il est peut-être. « Et
D’étranges fleurs sur des étagères », c’est de Baudelaire cependant que de l’étrange on nous en vend au kilo : OVNI et furtifs, fantômes et farfadets, mômeries diaboliques et voyances furieuses, monstres des lacs, politiques des égouts, complots planétaires et sorcellerie locale, les
Soirs où les étranges lucarnes fascinent,
Où on ne sait plus quoi regarder, où
Les idées sont molles et s’affadissent sur le canapé,
Fleurs sans âme et journées décevantes,
Ont-elles une âme au moins ces fleurs dont
Une poignée de syllabes tentent l’existence, une
Âme… c’est quoi donc ? le son « a » qui se prolonge, horizon.

Patrice Houzeau
Malo, le 31 octobre 2021.

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