ON NE RELIT JAMAIS ASSEZ ZAZIE DANS LE METRO
ON NE RELIT JAMAIS ASSEZ ZAZIE DANS LE METRO
1.
22.11.2022 .
Quand on apprend le décès d'une personne avec qui l'on a travaillé et qui fut notre supérieur hiérarchique, parfois on se dit c'est dommage.
Ainsi qu'ça va.
J'aimais bien cette personne.
Ainsi qu'ça va.
2.
Reprendre le travail. Le travail, c'est ce que l'on prend.
Prendre son poste. Reprendre courage.
Reprendre la routine, le rituel, la ritournelle.
Quelque chose de magique dans le travail qui transforme un bipède vaguement obscène en humain utile.
Je pense à son mari.
Ainsi qu'ça va.
3.
Hier soir, mangé avec Zut une quiche moules-légumes.
Hier soir, c'était il y a quelques jours. Entre-temps, j'ai mangé autre chose.
Ecrivant « j'ai mangé autre chose », je pense au mystère, ou à l'ironie, que pourrait receler ce bout de phrase.
Hier soir, j'ai mangé deux talmouses en tricorne.
4.
« - Ah, la foire aux puces, dit Zazie de l'air de quelqu'un qui veut pas se laisser épater, c'est là où on trouve des ranbrans pour pas cher, ensuite on les revend à un Amerlo et on n'a pas perdu sa journée. »
(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 4)
5.
On ne relit jamais assez « Zazie dans le métro ».
Face au flot de lourdeurs pavées qu'on nous vante dans le poste comme littérature actuelle, et résiliente, et voyez comme ce monde est injuste et violent, Queneau est nécessaire, nécessairement nécessaire.
6.
Il fait nuit. J'entends du Erik Satie sur France Culture.
Les gens n'écoutent pas les distanciations distinguées de Satie.
Je me dis que les gens, surtout qu'ils écoutent du bruit.
Les gens font du bruit.
Les gens sont de plus en plus bruyants.
De l'importance des grandes gueules politiques.
Les gens sont fascinés par le bruit.
Ils votent pour.
7.
De l'importance des grandes gueules politiques : Mélenchon et bien des Zéléfistes, Le Pen père et fille et bien des Herennes, Zemmour, Macron qui s'écoute parler.
Je ne les aime pas.
Ils sont les symptômes de cette grande et longue crise que l'on appelle « humanité ».
8.
Et puis il y a les grandes gueules internationales : Trump, Poutine, Bolsonaro, Orban, et tant de céleris, et tant de scélérats.
Eux, ils ne sont pas utiles. Ils sont dangereux.
Plus nous sommes nombreux (8 milliards tout de même), plus les gens font du bruit et plus les gens se perdent dans le bruit, et plus les grand gueules pullulent et prospèrent (Yop-la-Boum).
9.
Dans le chapitre 4 de « Zazie dans le métro », à un moment, Zazie mange des moules « avec une férocité mérovingienne ».
Ce qui ne veut pas dire que Zazie mange et des moules et de la férocité.
Non, Zazie mange des lamellibranches (Queneau emploie le mot). Il se trouve qu'elle y met de la férocité, surtout lorsqu'elle « force » les ceusses « qui ont résisté à la cuisson ».
Je ne pense pas que l'on puisse parler de moules féroces.
La comparaison « féroce comme une moule » me semble de nature ironique.
Je ne pense pas qu'il existât un film dont le titre serait : « L'attaque des moules géantes ».
10.
Logique zazienne au chapitre 4 du roman de Queneau :
« Un satyre » peut se donner « l'apparence d'un faux flic ».
Un « vrai flic » peut se donner l'apparence d'un « faux satyre qui se donne l'apparence d'un « vrai flic ».
Conclusion : Il a oublié son parapluie au bistro.
Qui peut s'écrire aussi :
Il a oublié son pébroque au bistro.
C'est donc qu'il n'est pas un « satyre qui se donne l'apparence d'un faux flic ».
Et s'il n'est pas un « faux flic » qui se donne l'apparence d'un faux satyre, c'est donc qu'il est un « vrai flic qui se donne l'apparence d'un faux satyre qui se donne l'apparence d'un vrai flic ».
11.
« - Mais ce qu'il y a de plus fort dans mon cas, reprit le type, c'est que je ne sais pas si j'en avais un avant.
- Un nom ?
- Un nom. »
(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 7)
Sûr qu'avant, avant le roman, le type n'avait pas plus de nom que s'il existait.
Est-ce que Dieu peut dire qu'il est Dieu ?
12.
« - Je ne parle pas de l'histoire avec le roi de la séguedille et de la princesse des djinns bleus. »
(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro », chapitre 7 [le type])
J'aime bien les contes défaits et les périphrases délicieuses.
13.
Les gens craquent. Le bois craque. Les allumettes craquent.
On fume.
Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2022.