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BREFS ET AUTRES

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13 octobre 2020

PASSE POUR CE QUI EST

PASSE POUR CE QUI EST

 

  1. « Depuis toujours ce qui est présent passe pour ce qui est » écrit Heidegger dans « Qu'appelle-t-on penser ? » (traduit par Becker et Granel). Le philosophe a raison de lever ce lièvre, car nous savons parfaitement que ce qui est présent n'est pas toujours.

  2. « Pour la vingtième fois je prends mon téléphone / Je n'ai plus rien à dire mais je peux écouter », et que peut donc écouter le narrateur à Houellebecq, sinon la voix de ses fantômes ? Nous savons que le téléphone est une hantise.

  3. « La réalité est-elle fonction de l'observateur ? » Ce que je j'entends là sur France Culture est sans doute la seule question qui vaille et dont nous connaissons la réponse. Et cependant, nous faisons comme si.

  4. Le Covid serait-il un acte manqué de l'humanité ? Sans doute n'avons-nous pas créé le Covid, mais nous l'avons certainement suscité. C'est ainsi que nous travaillons à notre propre perte.

  5. Le Covid est très sûrement un acte manqué. Il s'agissait de masquer l'humanité qui commençait, surnombre oblige, à gronder au cœur même de la vieille Europe. Nous en sommes à attendre les couvre-feux. L'humain mate l'humain.

  6. Comme je l'entendais chanter cette comptine :

    Une pomme roule dans l'herbe

    Une pomme roule dans l'herbe

    Ce n'est pas une pomme,

    C'est une tête !

    J'en conclus que Zut était d'humeur massacrante.

  7. « Je ne trouverai donc personne qui veuille s'enfuir avec moi ! » Cette phrase de Vallès s'applique à bien des esprits qui faisant légion en un corps ne peuvent pourtant que s'enfuir seuls. Ce n'est que dans la possession que s'unissent les démons.

  8. La politique n'est rien d'autre que l'art de mener le troupeau à l'abîme tout en lui promettant des pâturages toujours plus verts.

  9. Je tiens les politiques pour de parfaits étrangers. Ils viennent d'un autre monde, et cherchent à nous dominer. Leur sourire est celui du loup, et nous ne pouvons que nous en défier.

  10. Que l'on me montre un politique qui viendrait du même monde que le mien, et je dirai : voilà un traître.

  11. C'est au nom de l'humanité que l'on nous fait avaler bien des couleuvres, et par une étrange inversion des valeurs, voilà que le lointain m'est vanté comme m'étant proche, et le plus parfait étranger m'est imposé comme étant mon prochain.

  12. « Où était mon père dans le cadavre de mon père et sa pâleur poudrée ? » (Pascal Quignard, « L'enfant d'Ingolstadt »)

  13. Le vivant et le mort jamais ne se rejoignent. Ils se fréquentent cependant, assidûment.

  14. « Ce feu qui bout au fond de la terre. » Cette phrase de Quignard... Oh le feu central ! Le laboratoire ! L'alchimie souterraine... Le monde creux...

  15. « Nous vivrons des moments d'épouvante immobile. » J'admire sa lucidité, à Houellebecq, puisque c'est comme cela aussi que nous finissons, spectres de nos synchronies, coincés dans quelque épouvante immobile, cet « éternel retour ».

     

    Patrice Houzeau
    Malo, le 13 octobre 2020.

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4 octobre 2020

CHRONIQUE DU 4 OCTOBRE 2020 SUITE

CHRONIQUE DU 4 OCTOBRE 2020 SUITE

 

 

  1. La mondialisation et le multiculturalisme se trompent en sous-estimant la puissance des structures mentales identitaires. Héritage de plusieurs siècles, elles ne sont jamais que masquées par une relative bienveillance de bon aloi en période de croissance économique. Que la crise latente se réveille (ce qui est le cas actuellement) et cette « bienveillance » s'estompe pour laisser la place à des schémas de pensée bien plus profonds qui se manifestent parfois violemment en opposition à des discours qui paraissent soudain technocratiques et déconnectés du réel.

  2. L'éducation nationale semble se prendre de passion pour les statistiques. Tactique toc pour enfumer l'électeur par des considérations pseudo-scientifiques. Il faut bien donner du travail aux diplômés en sociologie, sinon on s'apercevrait de leur inutilité.

  3. « Actuellement les personnes qui décèdent ont majoritairement plus de soixante ans et la grande majorité d'entre elles sont infectées par leurs enfants et petits-enfants, qui eux s'infectent dans des lieux de promiscuité. C'est un tribut très lourd que payent les familles. » (Karine Lacombe dans l'émission « C dans l'air », octobre 2020).

    Covid-19, cercle vicieux : Où enfants et petits-enfants contractent-ils le virus ? A l'école. Impossible de fermer les écoles sans reconfiner et mettre ainsi par terre une bonne partie de notre économie. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » Oui.

  4. Début octobre 2020, le président Macron présenta les grands lignes de son projet « anti-séparatisme ». J'en compris qu'il y aurait bientôt plus d'élèves musulmans dans les écoles qu'aujourd'hui. J'en vois bien le pari : celui de l'école inclusive, aussi de l'école de la confiance. J'en vois aussi les dangers : celui de l'entrisme islamiste et que l'école devienne un grand fourre-tout multiculturel. Je sais bien qu'on n'y coupera pas (démographie oblige) mais ça me désole. Restent les lycées privés.

  5. Les projets « anti-séparatisme » de Macron déplaisent à certains musulmans qui y voient une volonté gouvernementale de laïcisation et de sécularisation de l'islam et « en même temps » déplaisent à beaucoup de non-musulmans qui y voient un danger d'entrisme islamiste, voire les prémices d'un « grand remplacement ».

  6. Pour ma part, je ne vois que très peu de différences entre l'idéologie du pédagogisme et la gestion actuelle de l'éducation nationale par le ministère Blanquer : même prêchi-prêcha « citoyen », même obsession du contrôle continu aux dépens de l'examen anonyme et national, même volonté de faire rentrer le maximum « d'apprenants » dans la lessiveuse des études supérieures, même réformite, même goût pour la technocratie linguistique (jargon-novlangue), même prétention à savoir mieux que les enseignants de terrain ce qui est bon pour les élèves, même verticalité, même condescendance.

    Et il est bien possible que la réforme Blanquer fasse perdre autant de voix à la Macronie que le pédagogisme en a fait perdre à la gauche.

  7. Je pensais naguère que la massification de l'enseignement supérieur correspondait à la mise en place d'une variable d'ajustement du chômage. Je pense maintenant que cette massification vise à empêcher révoltes et effondrement d'un deplus en plus relatif consensus social. On en est donc là, une gestion du surnombre par la déqualification des diplômes.

  8. Tous à la fac !... Allez, y a pas d'avance passqu'y a pas d'boulot... faut diplômer... entassez-vous les masques... connectez, jeunesse !... En attendant qu'les Chinois rachètent Brest et l'appel du vendredi... O dis, vendredi, le jour du poisson, le signe sur les portes... un genre d'infini, O sainte farce !

  9. Les gens me marrent ! Découvrent kiy'en a qui dominent, kiy'en a dominés ! Revendiquent contre ! Rouspètent la gouvernance ! Pis quoi, deviennent à leur tour dominants et s'font dominer par d'autres dinosaures à statistiques et connexions ! Condescendé le petit prof ! Son chef itou, condescendé !

  10. Défois je préférerais écouter du rock plutôt que d'les écouter, les bienveillants à condescendance diplômée mais que j'te les écoute quand même, j'vois bien qu'ils s'enfoncent, i bricolent dans l'pandémique et sourient quand même Jaunes i sont.

  11. Xavier Bertrand, s'il s'amène aux présidentielles 2022, il a des chances on dit. Macron battu ? Comment qu'elle va faire Marine pour surtout pas gagner ? Second tour : Bertrand versus Macron ? A condition qu'les LR psychotent pas avec des primaires à la Fillon 2017...

 

Patrice Houzeau
Malo, le 4 octobre 2020.

4 octobre 2020

CHRONIQUE DU 4 OCTOBRE 2020

CHRONIQUE DU 4 OCTOBRE 2020

 

 

  1. Une élève de 1ère Bac Pro qui a l'habitude de prendre des notes (ce qui m'enchante) m'a affirmé qu'au collège, cela déplaisait à certains enseignants. J'ai lu sur Twitter qu'un professeur d'histoire-géo en classe de terminale empêchait les lycéens de prendre des notes. Curieuse préparation à l'entrée dans les études supérieures. J'espère au moins que ce n'est pas quelque nouvelle lubie des pédagogistes ou un nouveau dogme des neuroscientistes à Blanquer.

  2. L'expression « oral de maturité » a-t-elle été officiellement retenue pour désigner le fameux grand oral du bac que Blanquer nous annonce comme une avancée majeure de la civilisation apprenante ? Si oui, quelle prétention ! quelle emphase ! quel ridicule ! Remarquez que l'expression « chef d’œuvre » pour désigner les « projets » des CAP n'est pas mal non plus dans le genre trissotin.

  3. L'expression « oral de maturité » pour désigner le fameux grand oral du bac a au moins ce mérite de nous éclairer sur le lycée selon Blanquer : un passage obligé sanctionné non pas par un véritable diplôme, mais par une sorte de rite de passage vers le monde des études supérieures. Voilà qui promet bien des années de sur-scolarisation, d'argent jeté par les fenêtres et de pauvreté universitaro-sociale.

  4. Il est, étant donné l'arrogance de certains de nos dirigeants, une nouvelle fois nécessaire de rappeler que si notre économie bat de l'aile et si nos universités sont pleines à craquer de gens qui pour beaucoup préféreraient gagner leur vie, c'est parce que certains hauts fonctionnaires n'ont pas fait leur travail et n'ont donc anticipé ni la crise du Covid-19 ni la saturation des hôpitaux.

  5. J'admire ce trait de Karl Marx qui souligne que l'animal humain « ne peut s'isoler que dans la société ». Faire sécession ne peut se comprendre que par rapport au jeu social. Le surnombre divise. Cela relève moins de la démocratie que de l'arithmétique.

  6. C'est l'expression « il y a quelque chose... » qui sert au Poirot d'Agatha Christie dans « Cinq petits cochons » à la manifestation de son intérêt pour la peinture moderne. « Mais les roses flambaient, le bois de la table « vivait ». Ainsi est décrit le tableau que contemple le détective.

  7. Dans la nouvelle « La main d'écorché » de Maupassant, la mention d'une « main extraordinairement maigre et nerveuse » suffit à nous révéler la véritable nature du criminel. « Ce n'est pas moi, c'est ma main » pourrait se justifier le squelette s'il devait rendre compte de ses crimes face à quelque tribunal d'outre-tombe.

  8. En 2020, il apparut que le ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, était sans doute le moins populaire des membres du gouvernement Castex. Beaucoup l'accusaient de mentir ; d'autres remettaient en cause sa compétence, voire ses capacités. On disait même qu'ayant réformé de façon très dispensable, et se rendant compte de sa sottise, il aurait, lors du départ du précédent ministre de l'intérieur, intrigué pour changer de ministère. Il aurait alors abandonné enseignants et élèves face à une réforme inapplicable et un virus handicapant.

  9. « Qu'il en soit selon la vérité de votre dire ». Par ces mots prêtés à saint Julien, Pascal Quignard, dans « L'enfant d'Ingolstadt » rappelle que souvent menteur se prend aux filets de sa langue. Ce n'est jamais que par raison d'Etat que le mensonge politique est légitime ; autrement, il n'est jamais que duperie et gros sabots.

  10. En 2020, il devenait assez clair que gouvernements récents et actuel avaient sur-investi dans l'éducation nationale, et c'est avec bien du mal que la société française affrontait virus Covid-19, déqualification des diplômes, massification universitaire, paupérisme étudiant et une pression migratoire de plus en plus forte.

  11. Ce « saisir régnant dans la raison » que je trouve dans « Qu'appelle-t-on penser ? » de Heidegger rappelle qu'il ne peut y avoir de « raison » sans précision de « fins » et de « règles ». L'humain est un projet, et c'est ainsi qu'il se catapulte dans le néant.

  12. Au début du XXIème siècle, l'espèce humaine fut prise de vertige devant le surnombre qui menaçait de l'engloutir. On fabula transhumanisme. Certains, plus terre à terre, dirent qu'en l'impossibilité d'un nouveau conflit mondial, virus et pauvretés mettraient bientôt fin aux démocraties et ouvriraient la porte aux grands massacres institutionnels.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 octobre 2020.

3 octobre 2020

AFFAIRES ETRANGERES

AFFAIRES ETRANGERES

 

  1. J'entends annoncer l'émission de Christine Ockrent, « Affaires étrangères » et songe qu'il n'est jamais d'affaires qu'étrangères, tant le plus lointain comme le plus proche me semblent si souvent inconnus.

  2. Nous croyons connaître alors que nous ne faisons que reconnaître quelque pâle reflet de nous-même, pour lequel parfois nous nous enthousiasmons bêtement.

  3. Je suppose qu'en ces temps de n'importe quoi exacerbé, il n'est d'économiste qu'atterré. Je suppose itou qu'ils s'atterrent de même, nos grands spéculateurs.

  4. En ce moment, je ne mettrai pas un kopeck sur un cheval politique, quel qu'il soit. M'ont tout l'air d'aller à un abattoir dont ils n'ont même pas idée. Sans parler de ces dadas des extrêmes confins qui courent la place, et non la gagne.

  5. Depuis qu'un documentaire d'Arte me confirma tout le biscornu de la physique quantique, je ne regarde plus les chats de la même façon. J'ai l'impression qu'ils clignotent.

  6. Le réel serait-il l'infini clignotement des paupières d'un dieu ivre de fatigue ?

  7. Le réel serait-il l'infini d'un en même temps de oui, de non, de peut-être, de 1, de 0 et de 01 ?

  8. La politique sans scandale ? Un crime sans cadavre.

  9. Hypothèse complotiste que je partage pas, mais c'est curieux : on fait courir un virus décimant, puis on t'invente un vaccin qu'on fait courir itou. C'est-y ainsi qu'on dépeuplerait le surnombre ? Un auteur de SF n'aurait pas trouvé mieux.

  10. C'est parce le whisky « n'a jamais été carmin, que je sache » rappelle « San-Antonio chez les mac » que quelques « taches en forme d'étoile » aperçues dans un « entrepôt souterrain » font « tiquer » le chéri de ces dames et prince de la jactance.

  11. J'entends ce samedi 3 octobre 2020 une annonce (celle d'une émission) présentant les marchands d'armes comme étant les « vrais pères fondateurs de l'Amérique ». Cette lucidité devrait me désespérer, elle m'enchante, et quelque caporal ricane dans l'ironie qui me sert de caboche.

  12. En dehors de l'humain, dans le réel sans nous, il n'y a pas de grand, de petit, de rond ou de carré, d'infini ou de fini, ni temps, ni forme, il n'y a que l'indéterminé, l'être sans l'étant, le néant à matière.

Patrice Houzeau
Malo, le 3 octobre 2020.

3 octobre 2020

ON POUSSE AU MASQUE

ON POUSSE AU MASQUE

 

 

  1. On pousse à ce que nous soyons masqués, tous et partout. La consommation d'alcool est maintenant limitée. Je m'attends à ce que la fumée de cigarette soit à son tout accusée de propager le virus. Je regarde s'éloigner le fantôme de la liberté.

  2. S'il s'avère que la fumée de cigarette propage le virus en cours, je suppose que quelque farceur remplacera bientôt le chameau de Camel et la gitane bleue par la silhouette façon radio des poumons du célèbre pangolin.

  3. C'est « voilée » dans une effrayante « obscurité » que Heidegger, dans « Qu'appelle-t-on penser ? » désigne « L'éternel retour du même » nietzschéen. Les mots masquant les choses, il est donc que l'innommable dans la langue menace de nous sauter à la gorge.

  4. Un repas du petit Jacques Vingtras de Jules Vallès qui n'ose pas demander de pain et donc, « le veau et le poisson se rencontrent dans [son] estomac sur une mer de sauce et se livrent un combat acharné. » Quelque veau marin sans doute.

  5. Dans ses « Investigations philosophiques », Wittgenstein traduit par Klossowski constate que la proposition « Ce corps a de l'extension » constitue un non-sens. Il est vrai que « ce corps élastique a de l'extension » semble pléonastique.

  6. Il y a tellement de sens qui de partout nous assaillent, que tous ces sens allant dans chaque contraire, finissent par constituer l'infini du non-sens originel. « Tout ça pour ça ! » finira pas se dire quelque dieu fataliste et notre non-sort sera scellé.

  7. C'est par l'expression « oreille géante » que Guy Tarade, dans « Soucoupes volantes et civilisations d'outre-espace », désigna je ne sais quel dispositif qui, dit-il, permit aux Américains d'accéder aux « murmures de la planète Vénus. » Y croyons-nous ?

  8. J'apprécie ce dizain de Saint-Gelais où quelque philosophe farceur et cynique promet de montrer le Diable à tout le monde et ouvrant sa bourse « large et profonde » constate que c'est bien le diable « d'ouvrir sa bourse et ne rien voir dedans. »

  9. Le Diable, c'est le manque. Nous peuplons ce vide de gargouilles grimaçantes, cependant qu'il n'est jamais, l'illustre polyglotte, qu'un infini de masques se masquant l'un l'autre jusqu'à la consommation du rien.

  10. Dans le bref « Labyrinthe », Henri Michaux imagine que « La prison ouvre sur une prison » et « Le couloir ouvre un autre couloir ». Qu'est-ce qu'un labyrinthe, sinon un grand nulle-part. Et c'est dans ce grand nulle-part que nous nous trouvons.

  11. J'apprends par une note de bas de page qui figure dans une édition de « La Manekine » (Stock, Coll. Moyen-Age, 1995, p.144) que girafe et ours marcheraient eux aussi à l'amble. Ce défilé d'animaux dans ma tête me fait sourire.

  12. C'est par la drolatique répétition du verbe « comprendre » que Michel de Ghelderode, dans « La Balade du Grand Macabre » nous rappelle qu'il « faut comprendre qu'il n'y a rien à comprendre et se contenter de comprendre »

    Patrice Houzeau
    Malo, le 3 octobre 2020..

 

 

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3 octobre 2020

CE N'EST QUE LE BOIS DU SIEGE

CE N'EST QUE LE BOIS DU SIEGE

 

  1. Ce n'est que « le bois du siège » d'un « fauteuil vide » que rencontra le narrateur de la nouvelle « Lui ? » de Maupassant, alors qu'il croyait y trouver un de ses amis venus pour le voir.

  2. Dans la traduction française (réalisée par Michel Le Houbie) de « Cinq petits cochons » d'Agatha Christie, Hercule Poirot « s'abstint de parler de ce livre fantôme. » Les livres seraient-ils hantés par d'autres livres - des livres fantômes -, de même que nous sommes hantés par d'autres dieux ?

  3. Je me demande si ces vers de Houellebecq (« Comme un poisson de mer vidé, / J'ai donné mes organes aux bêtes / Mes intestins écartelés / Sont très loin, déjà, de ma tête ») n'ont pas un sens bougrement érotique, sinon, peut-être le dit d'un spectre ?

  4. Dans Spinoza, je lis que les humains sont poussés, au lieu de combattre pour leur liberté, à « combattre pour leur servitude » par la tromperie qui consiste à croire qu'il existât un dieu qui leur accorderait le « salut » pour le sang versé et leur vie sacrifiée.

  5. Dans le poème « Signe » d'Apollinaire, le narrateur explique qu'il « regrette chacun des baisers » qu'il donne, puis il compare les feuilles mortes aux « mains des amantes d'antan ». J'apprécie ces syllabes longues qui rappellent le vent (« Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol ») comme si voué au rappel, le vent

  6. Dans « La République » traduit par Georges Leroux, Platon exprime l'idée que les ambitieux tyranniques adoptent « tous les comportements qui les feraient passer pour des proches puis, une fois leur but atteint, se comportent comme des étrangers. »

  7. Dans la nouvelle « Le pensionnaire en traitement », de Conan Doyle, du fait que « c'est alors que les cigares ont été fumés » Sherlock Holmes déduit que la « délibération a dû se prolonger quelque temps ». Impossible de penser à Holmes sans penser à la fumée : pipe, cigare, fog londonien, brumes du mystère...

  8. Je remarque assez sottement la paronymie de « fog » et de « frog », et ne doute pas qu'il existe quelque rime anglaise assez fantaisiste pour s'amuser des déambulations de quelque grenouille dans le brouillard de Londres.

  9. J'aime bien, qui orne cette édition de poche des « Souvenirs de Sherlock Holmes » ce visage de jeune femme aux cils dessinés, yeux clairs, bijoux quelque peu pacotille dorée, main qui semble vouloir écarter, robe à pois blancs et qui, sous la forme d'un puzzle reconstitué, tenta tant de lecteurs d'antan.

  10. Si le moral était liquide, sans doute les trottoirs de France seraient couverts de flaques.

  11. Dans « Le Cornet acoustique » de Leonora Carrington, la narratrice croit entendre « instable » alors que la Marquise dit « inexplicable ». La narratrice parle du temps qu'elle n'a « jamais vu aussi instable à cette époque-ci de l'année » tandis que la Marquise s'étonne qu'à onze heures du matin, « le soleil n'est pas encore levé ! ».

Patrice Houzeau
Malo, le 3 octobre 2020.

19 septembre 2020

VERS LA (DIS)SOLUTION ALGORITHME

                                VERS LA (DIS)SOLUTION ALGORITHME

 

        1. « Déploiement irrésistible » écrit Heidegger... celui du « cerveau électronique »... Aux robots, le monde... A la machine fait tout... Chômeur l'humain... Ça le tourmente... pour les sous, d'abord, et puis pour son être, devient tout vacant... le vide gagne... le désert.

        2. Le plus vicelard, c'est d'habituer les gens à plus bosser... Les machines le font, à quoi bon turbiner... face à son vide originel se retrouve l'humain... face à ses autres... travaillé fantôme... la chimère s'agite, ectoplasme dans le bocal, gueule néant, mort qui marche, avec son couteau.

        3. Le surnombre tue le boulot... Je les vois venir les grandes machineries massacrantes... La dépopulation par la technique... Tout très rationnel... Y aura toujours une explication... conflit ethnique, virus, idiote mode, mauvaise habitude, loi des séries, peau de banane, gourance nucléaire, trou dans la coque, glouglou l'homme...

        4. Chuis pourtant pas client des complotismes... je me demande quand même comment qu'il va faire l'humain pour le gérer, son surnombre... va sous-traiter le problème à la au-delà du bien et du mal machine... le computer gestionnaire d'âmes... la solution algorithme.

        5. Les gens à force de plus les faire travailler, deviennent pas si fainéants, tournent malsains surtout... La civilisation des loisirs, ah le mensonge... rien faire, c'est mal faire... du coup, i s'effiloche, le citoyen, i gueule aigre aux carrefours, i montre la fourche.

        6. Comment les faire tenir tranquilles, tous ces spoliés du boulot, tous ces remplacés des machines ?... Pain, cirque, religion, ordre moral... Faut leur faire peur susurre le conseiller sciences po (de vin)... Sortez plus, les gens, y a du virus, du pas sécure estranger qu'on fait venir pour.

        7. Après y a les grands mages, les philosophes, les apôtres du méditatif, les introspecteurs... Zen et yoga le monde... Pendant ce temps là on pense pas... On se justifie le nombril, on sublime son être, ce bout de viande... Le monde s'écroule ? Méditez ! Zêtes beau !

        8. Tout jobloss, l'humain... dépouillé de ce qui le constitue... On lui refourgue des écrans avec des vrais menteurs dedans, des diplômes pour rire, des apprenances citoyennes, des clubs de l'extrême, des universités, des bienveillances... Zêtes plus travailleur, ouvrier, artisan, paysan, zêtes Citoyen ! Citoyens de tous les pays, soumettez-vous ! Le Grand Bienveillant veille sur vous !

        9. Zêtes plus enseignant, zêtes passeur de diplômes, inverseur de classes, bricoleur de distanciel, positiveur d'âneries, promoteur d'incompétences, chefaillon du chef d’œuvre, censeur des caractères, chasseur des mauvais esprits, c'est plus l'école, c'est le temple citoyen ! La dévotion à Sainte Bienveillance Moraline...

        10. Y a ceux qui s'agitent morts sans job, puis y a ceux qu'on exténue, les pas assez nombreux dans les services, les hôpitaux, les casernes, les tribunaux, les écoles... Pendant ce temps là, les experts nous chantent des chansons sur les masques, les tests, ya ka bossé pi pas trainé zouké samusé.

        11. J'oublie pas ma pomme, le coup des masques fantômes... C'était bien la peine de chanter le monde va mieux qu'on gagne des sous si c'est pour retomber pire qu'avant because les hauts fonctionnaires ont pas fait leur boulot. Non, politique, Macron (ou autre zozo kif-kif), j'oublie pas.

                                   Patrice Houzeau
                                Malo, le 19 septembre 2020

17 septembre 2020

CHRONIQUE DU 17 SEPTEMBRE 2020

CHRONIQUE DU 17 SEPTEMBRE 2020

 

 

  1. Quand même évident que le gouvernement tente l'immunité collective à gestes barrières... Simplement, on le dit pas, et ça s'appelle l'hypocrisie... Qu'un nouveau confinement plomberait définitif notre économie qu'a pas ces temps-ci trop l'moral ... Du coup, on bricole dans le pourvu que.

  2. Moi itou pas trop l'moral, mais ma pomme, le comment que j'vas faire, c'est structurel... Alors j'misanthrope qu'les temps changent qu'on y croit plus tellement à une fin politique de l'Histoire, qu'on pressent qu'ce sera bêtement organique, surnombre, famines, massacres.

  3. Je me souviens d'un épisode de Kaamelott qu'Arthur y demande à Léodagant de pas trop sourire rapport qu'ça en devient malsain... Les politiques aussi font dans l'sourire et la bienveillance qui cachent mal leurs dents de loup qu'le roi Arthur avait raison, c'est flippant...

  4. Défois, un fonctionnaire auquel on donne des responsabilités, i s'met à psychoter... Un fonctionnaire, c'est fait pour fonctionner, pas pour décider... Le plus drôle, ce sont les fonctionnaires qui se donnent l'air de décider alors qu'ils ne font rien d'autre que de fonctionner, et même pas toujours très bien, défois.

  5. Je regrette la craie de mes débuts qu'j'm'en mettais partout mais c'était pratique alors que les tableaux blancs là au bout de quinze jours, le marqueur marque pâle pis chais pas trop si ces machins en plastoc à genre d'encre sont plus écolo-responsables qu'la bonne vieille craie de nos maîtres.

  6. Le truc, c'est de résister à soi-même... de pas s'glisser dans sa pente... Avec les temps qui s'carambolent crise et virus, va falloir s'résister, éviter qu'la psychose commune vous contagiole... pas s'laisser avoir par les sirènes... faut penser tarte à la crème... Enfarinés sont tous...

  7. Dans mon bahut, j'ai dû être le seul (ou à peu près) aujourd'hui à faire grève... Après, les collègues continueront à geindre et râler... De gauche en plus, que moi j'y suis pas de gauche qu'j'ai fait grève quand même, rapport que la réforme Blanquer, c'est rien qu'nauséeux salami.

  8. Y a plus d'élèves, y a plus qu'des abonnés à l'apprenance obligatoire... A la fin, on leur donne un bout de papier (un diplôme ça s'appelle) qui leur donne le droit d'aller s'abonner dans un supérieur massifiant, en attendant qu'le chômage n'en finisse pas de plus descendre.

  9. L'avenir du monde, je le vois assez servitude écarlate : une technocratie doublée d'une théocratie... Question de natalités, de surnombre et de pressions migratoires qu'l'Occident va finir dans la semoule... Après, c'est pas pour tout d'suite j's'rai mort avant qu'on la sent quand même bien venir, la grande soumission.

  10. Le problème, c'est pas le grand remplacement, on n'y coupera pas (question de natalités) et une fois qu'ce sera fait, on verra qu'la démocratie ne fut qu'une parenthèse. Le problème c'est la somme des petits remplacements qui l'annoncent, le changement de paradigme (comme disent les cons à diplômes).

  11. Après l'Histoire, c'est du cosmopolitisme, autant multiculturel que guerrier, de l'invasion tout l'temps partout, tous cousins par le sang versé... Faut le dire, c'est tout, mais de là à penser qu'ça puisse se faire pacifiquement, faut vraiment êt' naïf comme la pédagogie...

  12. D'après sque j'entends, dans certaines universités, y a comme du désarroi... Y en a i savent plus dans quoi ils sont inscrits, ni s'ils sont inscrits, ni si leur année sera validée... Les profs quittent plus leur distanciel... vont finir par y faire des claquettes, ou des crêpes.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 septembre 2020.

17 septembre 2020

S'IL Y A QUELQUE CHOSE

S'IL Y A QUELQUE CHOSE

 

  1. L'a raison, l'autre Boris d'l'agile Trompinette qu'on est de moins en moins libéral et de plus en plus conservateur... Le surnombre qui veut ça... Question d'ordre pis de santé publiques... Qu'on nous cherche des noises avec le tabac, l'alcool, le bifteck-frites... L'ordre citoyen écolo-responsable veille.

  2. J'ai bien aimé le feuilleton « La Garçonne » avec Laura Smet en Antoine Chaipluquak mais bien, bien, ah oui bien... Convaincante, Laura Smet en inspecteur de l'entre-deux guerres, entre gueules cassées et bal des folles... pas si troublante, mais intéressante... Ah la corruption d'alors ! Quel vertige ! Pas comparable avec aujourd'hui ! Fini tout ça, comme me disait un collègue socialiste (y en eut beaucoup chez les profs à belle âme) avant qu'affaires, bricolages et sottises surdiplômées la coulent, la rose...

  3. Paraît que la Grèce commanderait je ne sais combien de « Rafale » à la France... Rapport (et c'est pas neuf) à la Turquie... Yes, we can comme dirait l'autre j'aurais voulu mais j'ai pas pu...Les affaires reprennent... Blanquer pourra payer les profs et les pots cassés de sa sotte réforme.

  4. Je me souviens de l'autre là critiqueur sur les ondes françoises comme quoi Rimbaud (bouh le voyou) ne la chantoit point assez, la vie, la foi en l'avenir de l'homme, de l'humain et du PSU... Ah le beau zesprit ! Ah l'humaniste contondant ! De la tombe où vous squelettez, le voyez-vous, cher Maître, tout le radieux d'l'avenir de maintenant ?

  5. Moi, perso, Rimbaud, je m'en fous... L'a vécu sa vie, ni pire, ni meilleure que la plupart des gaziers de son temps... Mais sa poésie, faut vraiment avoir d'l'inspection académique plein la mirette pour pas en voir la beauté, zavez qu'à relire, vous verrez.

  6. J'aime bien sa poésie ivre, au Rimbaud, celle des Vers Nouveaux... « Banc vert où chante au paradis d'orage »... le dérisoire familier et les grandes énergies voyageuses... « Sur la guitare, la blanche Irlandaise »... les naïves à refrain et couplets disent-elles le monde ? Je sais pas, mais elles le font bien.

  7. « Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays » écrit Rimbaud... là, i restera plus que la matière et plus personne pour se demander s'il y a quelque chose ou bien plutôt rien.

  8. On commençait à les voir bien s'allonger les visages... qu'la crise en finissait pas de commencer... calmer le jeu qu'il s'efforçait, le gouvernement (celui qu'avait pas prévu les masques) ... On s'attendait à de l'imprévisible... devaient phosphorer les ministres...

  9. Force saucissonnage, La réforme Blanquer dans le français des LP, qu'on jongle des matières. L'organisation du salami... Les apprenants y paument leur apprenance ; les enseignants y testent leur patience... Les chefs i cheffent avec plus ou moins d'enthousiasme... A peine sorti d'l'atelier des têtes pensantes qu'il sent déjà le sapin, le pipeau d'sa réforme à Blanquer la musique là.

  10. Entre cours de français, co-intervention, chef d’œuvre, consolidation, AP, orientation, histoire-géo, les apprenants s'y retrouvent de moins en moins... les allophones (y en a d'plus en plus) se grattent... Déjà qu'dans les LP, l'organisation n'est pas le point fort des élèves... La réforme salami Blanquer cherche l'embrouille...

  11. Une élève de seconde en LP, pertinente à l'oral... Test de lecture... Cata l'anonne... Lunettes ? Nenni. Je l'interroge... me raconte ses dys- pis qu'elle fut mise dans une classe à moult autres dys, avec un des écoles expert habilité en apprenance du déchiffrement dys-... Comment qu'il fit ? Elle m'explique ; j'y reconnais les traits de la méthode globale... Du coup, la môme à quinze ans, sait pas tellement lire... 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 septembre 2020.

13 septembre 2020

CES SUICIDES LA LES GENS

        CES SUICIDES LA, LES GENS

 

  1. Le soir, l'obscur embrouillamini des cœurs au diapason des ombres qu'i s'met... Fait penser à ces bonshommes des dessins de Munoz et Sampayo, i passent griffonnés tout sombres avec des mots dans leur bulle, genre Haine Dégoût Vengeance bref le quotidien des trop nombreux.

  2. Y a bien des gens zont même plus envie d'gueuler... devinent vaguement qu'ça s'effrite un peu partout... peut bien faire bon, peut bien pleuvoir, peut bien dire blanc, dire noir... ça change rien... l'humanité va finir par hausser les épaules avant d'paniquer du troupeau.

  3. Comme quoi faudrait plus trop s'voir... aller au turbin ça oui mais sans trop rigoler dans les familles pis les potes tout ça distancié, masqué, méfiant, le monde merveilleux du surnombre mondialisé... chocs culturels, virus, petits et grands remplacements, chinois quoi, casse-tête.

  4. Faut quand même le faire pour s'intéresser aux gens, lesquels ne manquent jamais de s'intéresser à vous, à comment vous l'piquer vot' temps, vous pomper l'air, vous vider vos poches... Vous v'là fait, souris, fromage, piège à ressorts, couic.

  5. Chais pas trop squ'ils racontent... comme quoi rien ne serait jamais plus pareil... qu'on tirera les leçons... des clous oui ! on r'tirera des clous que le Crucifié il est mort quand même, pis la Croix l'a pas fini de nous courber l'échine... Jusqu'à la secte, tous fourmis croyeuses très laborieuses... Le monde de demain, le vivre ensemble, qu'on s'tutoie camarades collègues, la fourmilière à trous oui, la verte, la rouge, la patronale reconvertie fédérale et fraternelle et citoyenne.

  6. J'la pige pas trop cette histoire d’ « œil crevé » et de « fromage en tranches »... on dirait du biblique... Ce qui aigre m'amuse c'est les aliments gargouilleurs là, le monde c'est du stomaque... Dévoration, digestion, gastro, l'a bien compris ça Houellebecq.

  7. J'ai jamais trop pigé cette histoire d'amour et de sacrifice là... biochimique tout ça... bon, après les héros, c'est grand, c'est beau, c'est noble, mais c'est mort... restent crocodiles pleureurs, grands reconnaissants, exégètes, apologétiques et bouffeurs d'héritages.

  8. Ça m'épaterait qu'il y ait des gens dans l'invisible pour m'aimer... J'y crois pas cause que j'suis point si aimable... A mon avis, l'invisible, s'il existe, i nous crache à la gueule, i nous pisse, ou alors même pas, il nous longe nous zieute et hausse les épaules qu'on voit pas.

  9. Le monde c'est du désastre en attente... Jamais déçus qu'on est... Un virus par ci, un port qui saute par là, pis les petits et grands massacres de tous les jours lointains, même qu'on leur vend des armes pour l'alimenter, la pompe à fric, en zieutant les natalités catastrophes.

  10. Les humains c'est d'la nuit qui marche... on les distingue bien les bipèdes, c'est pas qu'dans l'ensemble ils soyent si remarquables, mais on a l'équipement oculaire pour... Pis dis, les innovateurs de stupidités, les électroniques assotés, les suicides là, sont quand même bien encombrants r'muants

  11. La mauvaise foi, tout môme que j'suis tombé dedans aussi sûr qu'un politique dans l'hypocrisie... Blason corbeau... C'est bien ça, revendiquer le corbeau dans un monde qui s'attriste.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 13 septembre 2020.

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