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BREFS ET AUTRES

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24 juillet 2020

CHRONIQUE DU 24 JUILLET II

CHRONIQUE DU 24 JUILLET II

 

 

  1. « Le sujet qui n'est pas en rébellion doit pouvoir admettre que son souverain ne veut pas lui faire d'injustice. »
    (Kant traduit par Guillermit, « Théorie et pratique »)

  2. Que, comme l'écrit Kant, « le sujet doit pouvoir admettre que son souverain ne veut pas lui faire d'injustice » suppose une confiance dans le jugement du souverain dont, en dehors des recours judiciaires, seule la liberté d'expression peut débattre.

  3. Concrètement, depuis plusieurs années grandit dans l'opinion publique le sentiment que les gouvernements successifs agissent sciemment contre l'intérêt du peuple. Autrement dit, le sujet considère de plus en plus souvent que le souverain agit de façon malveillante. D'où le fait qu'il est courant actuellement de voir l'homme confondu avec sa fonction : d'où des agressions commises sur des élus, et parfois une détestation assumée de la personne même d'Emmanuel Macron.

  4. La position de La France Insoumise est intéressante car elle ne met pas en cause directement le souverain (en dehors du jeu de postures habituel à la « Société du Spectacle »), mais les institutions de la Vème République, lesquelles sont ainsi jugées comme étant hyper-présidentielles.

  5. Contestant l'hyper-présidentialisation de la Vème République, La France Insoumise en appelle donc à une VIème République, qui, d'après ce que je comprends, serait fondée sur une assemblée de type « constituante » révocable par les électeurs : sous quelles conditions ?

  6. Il est cependant que les Français sont loin de plébisciter les idées de La France Insoumise tout en marquant, à chaque élection, leur défiance envers les partis politiques et leurs élus soit en pratiquant le « dégagisme » (ce qui a permis l'élection de Macron), soit en s'abstenant.

  7. L'élément principal que nous devons retenir est le suivant : depuis 1973, le monde est plongé dans un crise économique qui ne cesse, cycle après cycle, de s'aggraver cependant que viennent s'y ajouter crise climatique et crise sanitaire. Ce sont les estomacs vides qui font les Révolutions, nul besoin de sortir de Sciences Po ou de l'ENA pour comprendre cela.

  8. Or, cette défiance de plus en plus nettement exprimée des Français envers leurs gouvernants masque une angoisse plus profonde : et si les générations à venir connaissaient à nouveau ce que les générations plus anciennes ont connu : chômage, précarité, misère, voire les Etats en guerre ?

  9. Soyons honnêtes : j'admire cette volonté de se divertir que les Français manifestent en allant encore au restaurant, ou au bord de la plage, ou chez eux devant des séries qui font passer le temps, ou écoutant d'illustres inconnus disserter à n'en plus finir sur les mérites d'une série de science-fiction. Cette volonté est fascinante mais ce goût du divertissement pourrait ressembler de plus en plus à de l'inconscience.

  10. Il me semble parfois que nous sommes dans l’œil du cyclone, que nous attendons une deuxième vague de pandémie et donc une aggravation de la crise économique en se disant : on verra bien. Mais je crains que ce « on verra bien »  soit suivi de beaucoup de désillusions, de frustrations, de colères et d'une défiance encore plus grande envers des dirigeants qui sont désormais rentrés dans une ère du soupçon qui ne me semble pas prête de s'arrêter.

  11. Certes, on me rétorquera que le monde de 1945 était dans un état bien pire (et même au bord d'une 3ème guerre mondiale) mais la nécessité de reconstruire et le faible coût des matières premières ont assuré la prospérité du Monde Libre. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, d'autant que le problème de la rareté naturelle des ressources et celui des pressions migratoires se font de plus en plus aigus.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 24 juillet 2020.

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24 juillet 2020

CHRONIQUE DU 24 JUILLET 2020

CHRONIQUE DU 24 JUILLET 2020

 

 

  1. Serait pas question d'un impôt européen (rapport au « pognon de dingue » que l'UE doit débloquer pour payer la conception technocratique de la santé du gouvernement français par exemple), mais de taxes aux frontières européennes, et donc quoi qu'on fait avec les traités de libre-échange, des confettis ?

  2. En ce moment, ceux qui boursicotent doivent avoir le cœur bien accroché, les nerfs d'Edouard Philippe et la perspicacité de Sherlock Holmes, car vu qu'l'Covid revient sur son grand cheval macabre, j'parierais pas trop sur l'avenir de certaines entreprises, moi.

  3. Entendu sur France Info que certains turbos de chez Renault, i chaufferaient un peu trop qu'ça pourrait causer des accidents. Rassurez-moi, s'raient pas fabriqués en Chine défois... Ou alors, zont des ingénieurs un peu nuls, ah si, ça arrive même dans notre merveilleux système éducatif à Blanquer ce génie, ou alors, c'est du sabotage industriel, ah si, ça arrive aussi.

  4. Entendu que Laurent Joffrin, pas moins sot qu'un autre remarquez, voulait créer un mouvement de gauche de gouvernement genre c'est pas assez le foutoir à gauche comme ça qu'on en rajoute une couche. Paraît qu'ça n'a rien à voir avec un éventuel retour de Hollande et de sa « présidence normale » que plus personne n'en voulait au bout de trois ans.

  5. Comment ça s'fait qu'on en est arrivé à un système où on bouffe du politique matin, midi et soir ? Est-ce que qu'on s'rait pas dans une sorte de politocratie défois ; c'est pas-t-y ça la modernité complexe à Macron, le pouvoir aux grandes gueules et aux bricoleux, la tyrannie des zozos ?

  6. Paraît que Patrick Balkany a été encore mis en examen pour chaipaquoijmenfous. Bah, ça lui fait une occupation, à pépé là, entre deux séances de Zumba des rues, i voit des gens (juges, avocats, journalistes, avocats, juges, médecins, journalistes etc...) A son âge, faut savoir s'occuper.

  7. Défois, j'ai des remords que j'me dis, c'est pas bien d'se moquer que Macron aussi il a un cœur et Darmanin aussi, et des parents qu'c'est bien triste allez, mais quand je vois ce qu'ils peuvent se mettre dans les poches tandis que tant de gens rament je me dis qu'ils aillent se faire...

  8. Entendu à la radio qu'les Chinois des ambassades et consulats i zouvraient plein de comptes sur les réseaux sociaux histoire de faire d'la pub pour le pays du pangolin farceur. Ça m'fait penser au film « Les Barbouzes » avec plein d'yeux chinois qui observent tous les autres (des espions, rien que des espions sauf le Français qui lui est un contre-espion).

  9. On rigole, on rigole, mais un film comme « Les Barbouzes » de Georges Lautner (film culte dans le genre farce et fantaisie), i s'rait plus possible aujourd'hui, Lautner croulerait sous les procès. Non, maintenant faut faire dans le drame dardennien ou le consensuel bisounours (tout le monde il est égaux sauf les méchants évidemment).

  10. Y a une vague histoire de fourchette et de prison que j'ai pas bien compris qu'un condamné célèbre comme un gangster menaçait un autre avec une fourchette si celui-ci ne lui faisait pas euh... Voyez qu'les Chinois ont raison, tout ça n'arriverait pas si nous mangions tous avec des baguettes.

  11. Et pendant ce temps-là qu'on discute, un soldat français s'est fait tuer, le 23 juillet 2020, au Mali, lors d'un affrontement avec je ne sais qui de terroriste, et vous verrez que si ça continue, les Etats, si ce n'est pas déjà le cas, vont employer des armées privées.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 24 juillet 2020.

24 juillet 2020

NOTES SUR UN VERS DE MICHEL HOUELLEBECQ

NOTES SUR UN VERS DE MICHEL HOUELLEBECQ

 

 

 

  1. « Ma sœur était très laide à l'âge de dix-sept ans, »
    (Michel Houellebecq, « La Poursuite du bonheur » [le narrateur])

  2. Que signifie « être très laide à l'âge de dix-sept ans » ? Ce vers de Michel Houellebecq suppose un monde d'illusions, de déceptions, de frustrations et il est notable que quelques mots simples donnent ainsi à songer. Je note aussi que les gens sont souvent plus forts qu'on croit.

  3. Que signifie qu'un narrateur écrive « ma sœur était très laide » ? Il s'agit de poésie et l'on fait donc facilement la confusion entre auteur et narrateur. Il n'en reste pas moins que la poésie ici se livre au discours de l'intime.

  4. En parlant des gens, qu'appelle-t-on laideur ? Qu'importe que l'on considère la beauté physique comme en soi ou relative aux conditionnements de notre programmation sociale, nous vivons en considérant que telle personne est agréable à regarder et que telle autre non.

  5. Je note qu'en matière d'esthétique nos goûts changent en même temps que change notre langue. Peut-on considérer que le français des classiques, le français du grand style des XVII et XVIIIème était porteur d'un goût supérieur à celui que sous-entend notre français moderne ?

  6. Le français du grand style est beau en l'usage qu'il fait des règles et des mots ; c'est une manière de jouer joliment des signifiants, cependant que les signifiés vivaient leur vie dans un réel dont nous sommes les héritiers et les critiques.

  7. Que le français du grand style soit beau est un jugement, je crois, largement répandu cependant que d'ici un siècle ou deux, il n'apparaîtra sans doute ni beau, ni laid mais « objet d'étude » à la manière dont nous lisons le français des romans de Chrétien de Troyes.

  8. On pourrait sans doute reprocher aux pouvoirs publics de laisser le français se dégrader ; écrivant cela, je pense à ce français des « éléments de langage » et des expressions anglo-saxonnes qui semble tant réjouir les veaux du pré politique.

  9. Que l'on reproche au gouvernement de ne plus se soucier du maintien d'un français de qualité, fait de la langue un enjeu politique et nous n'oublions pas que si le grand style fut la langue de la noblesse (du Roi comme de La Fronde), il fut aussi la langue de Voltaire et de Rousseau.

  10. Considérer la langue comme un enjeu politique ne légitime-t-il pas que soient étudiés de près la langue technocratique de Macron and Co, la novlangue tant pédagogiste que ministérielle ainsi que les pré-supposés et les connotations du lexique des extrêmes.

  11. Si la langue est un enjeu politique, le ministère de l'éducation nationale ne serait-il pas bien inspiré d'augmenter à tous les niveaux le nombre d'heures de français, au lieu d'en faire parfois un simple auxiliaire d'un enseignement qui n'a parfois que l'apparence d'être professionnel ?

  12. Le constat de cette dégradation du français explique-t-il la prudence de l'Académie française dans ses recommandations et sa défiance envers les différentes réformes de l'orthographe qui, étant donné l'appauvrissement des lexiques, nous semblent souvent malvenues ? L'usage ne précéderait-il plus la norme ?

     

Patrice Houzeau
Malo, le 24 juillet 2020.

23 juillet 2020

DU DESIR DE CONNAÎTRE

DU DESIR DE CONNAÎTRE

 

 

  1. L'humain défois il exagère tant i s'plaint qu'on dirait qu'il va mourir et puis après ah ça on n'les entend plus s'plaindre tant ils sont morts.

  2. « Or, comment ne s'agirait-il pas de quelqu'un rempli du désir de connaître, celui qui par la connaissance et par l'ignorance peut distinguer le prochain de l'étranger ? »
    (Platon traduit par Georges Leroux, La République, II)

  3. Le « désir de connaître » distingue-t-il l'humain de l'animal ? Et si chacun a pu observer combien nos animaux domestiques peuvent se montrer curieux, renifleurs et explorateurs, on exagérerait sans doute en estimant les animaux capables de problématiser.

  4. Le « désir de connaître » est-il partagé par tous ? On met souvent en avant que ce « désir de connaître » serait naturel puisque présent, nous dit-on, chez tous les bambins. Si ce « désir de connaître » est naturel, peut-on dire qu'il relève de l'espèce comme la curiosité de l'animal manifeste l'être au monde de son espèce ?

  5. Serait-il possible que, par une éducation particulièrement fine et attentive, cette faculté puisse se développer de sorte que la plupart des enfants, en grandissant, transforment cette faculté en qualité et ainsi progressent beaucoup mieux qu'actuellement dans leurs études ? Ou ce « désir de connaître » remarqué chez les bambins n'est-il jamais qu'une manifestation de l'espèce au même titre que chats et chiens se montrent curieux de leur environnement ?

  6. Si ce « désir de connaître » remarqué chez les bambins n'est jamais qu'une manifestation de la façon dont l'humain réagit à son environnement, ne faudrait-il pas dès lors distinguer ce qui relève de la curiosité enfantine et ce qui relève de la volonté de savoir qui anime les adultes ? Qu'en est-il dès lors des curiosités adolescentes ?

  7. Si je considère que le « désir de connaître » est une qualité développée chez certains adultes, cette qualité est-elle suffisante à expliquer la naissance et le développement de tant de civilisations complexes qui ont mené le monde là où il en est, c'est-à-dire au bord du gouffre, (je dis ça bien sûr car je suis ironique) ?

  8. Si je considère que le « désir de connaître » est une qualité développée chez certains adultes, est-ce par absence de « désir de connaître » que certaines sociétés, dites « primitives », n'ont pas varié depuis des siècles dans leur mœurs, leurs coutumes, leurs techniques ? Serait-il que ce « désir de connaître » créateur de civilisation soit purement culturel et ne soit fondé que sur les ressources de la langue ?

  9. L'humain est-il aussi paresseux qu'ingénieux, et ayant à sa disposition la clé merveilleuse d'une langue productrice de savoirs, est-ce volontairement que la plupart des adultes laissent à d'autres (savants et ingénieurs) le soin de créer les outils nécessaires au progrès de la civilisation, laquelle est comme on sait, au bord du gouffre ?

  10. Le fait que les structures sociales laissent à certains le soin d'inventer et de créer tandis que la majorité est vouée à exécuter est-il lié aux structures de nos langues ? A notre histoire ? A l'inconscient collectif ? A la politique et au développement du capitalisme ?

  11. Pourquoi est-ce que je lis dans cette phrase de Platon cette antinomie : « celui qui par la connaissance et par l'ignorance peut distinguer le prochain de l'étranger » ? Pour ma part et avec ma mauvaise foi habituelle, je lis « volonté de ne pas savoir » et donc « indifférence ».

  12. Comment pouvons-nous distinguer le « prochain » de « l'étranger » ? Le fait de connaître quelqu'un suffit-il pour le considérer comme notre « prochain » ?

  13. Pour ce qui est de l'étranger, par définition, nous ne le connaissons pas. Dès lors, est-ce un mal en soi de ne pas éprouver la volonté de connaître celui qui nous est étranger ? Autrement dit, pouvons-nous revendiquer un droit à l'indifférence ?

Patrice Houzeau
Malo, le 23 juillet 2020.

22 juillet 2020

A QUOI NOUS PREPARONS NOUS

A QUOI NOUS PREPARONS-NOUS ?

 

  1. Les universalistes me semblent parfois des gens qui prenant les humains pour des sacs tentent d'y introduire coûte que coûte des impératifs catégoriques qui ne sont légitimes que par la subtilité de la langue allemande à produire des arguments.

  2. Je me demande si l'écologie politique s'estime compétente en matière de culture. Disons que ne m'étonnerait aucunement qu'au nom d'on ne sait quel état d'urgence sanitaire des pratiques culturelles, une gouvernance écologiste en vienne à censurer « mauvais genres » et auteurs sulfureux.

  3. Peut-on dire qu'avec le Covid, la nature nous envoie un « message », voire un « ultimatum » ? La nature dialogue-t-elle avec l'humain, ou n'est-ce pas plutôt que la pandémie oblige les humains à se poser des questions, c'est-à-dire à dialoguer avec eux-mêmes ?

  4. Est-ce que tous les Français qui votent à gauche sont de gauche ? L'élection de François Mitterrand en 1981 a-t-elle signifié que les idées de gauche étaient désormais largement répandues en France, ou a-t-elle seulement prouvé que l'opinion était changeante et influençable ?

  5. « La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants. »
    (Karl Marx, « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte »)

  6. Ne sommes-nous que ce que nos ancêtres furent ? Les structures sociales perdurent-elles à travers les siècles, ne changeant jamais que d'apparence, voire de nom ? La technocratie, sous couvert de modernité, a-t-elle pour fonction de masquer la persistance des inégalités et la continuité de la lutte des classes ?

  7. A quoi préparons-nous les générations en formation ? A une réorganisation de la Triade et au maintien d'un ordre mondial basé sur une gestion toujours plus rationnelle des ressources ? A l'illusion des fédéralismes ? A maintenir l'asymétrie des inévitables conflits à venir ?

  8. « La tradition de toutes les générations mortes » évoquée par Karl Marx, est-ce l'ensemble des structures sociales qui influencent nos choix et guident nos vies de sorte que nous croyant libres, nous repassons « librement » par les mêmes opinions et les mêmes chemins que nos parents.

  9. A quoi préparons-nous les générations en formation ? A « inverser la pyramide sociale » ? A la secte universelle, communautaire et égalitaire ? A la « fin de l'Histoire » ou au déclin de la civilisation judéo-chrétienne au profit d'un monde partagé par les Orients ?

  10. A quoi préparons-nous les générations en formation ? A la disparition progressive de l'humanité en proie aux pandémies, au réchauffement climatique et à la surpopulation ? A la victoire d'un monde sur un autre ?

  11. L'humain est-il la répétition de l'humain ? Le transhumanisme n'est-il qu'une fiction destinée à attirer les capitaux d'investisseurs privés et naïfs ? La multiplication de l'humain et la surpopulation qui en découle sont-elles inscrites dans le destin génétique de l'humanité ?

    Patrice Houzeau
    Malo, le 22 juillet 2020.

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22 juillet 2020

DU REEL DU VRAI ET DE LA FICTION GRAMMATICALE

DU REEL DU VRAI ET DE LA FICTION GRAMMATICALE

 

 

  1. « n'êtes-vous pas au fond en train de dire que tout, le comportement humain mis à part, n'est que fiction ? » - Quand je parle d'une fiction, c'est d'une fiction grammaticale. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques » 307)

  2. Dans quelle mesure fait-on preuve de mauvaise foi lorsqu'on dit que « tout est fiction » ? Peut-on supposer qu'un fait échappe à l'alternative du vrai et du faux pour rentrer dans celle du réel et de l'imaginaire ?

  3. Lorsque l'on écrit qu'un fait est avéré, parlons-nous du fait en soi ou du fait qu'il est vrai que le fait a été constaté ? Autrement dit, le fait en-soi, - le fait pur - existe-t-il ou n'est-il avéré que par la perception que nous en avons ? Autrement dit, le réel a-t-il un sens en soi ?

  4. Dans quelle mesure le comportement humain relève-t-il, ou non, de la fiction ? Puis-je expliquer les comportements du passé ? Comment expliquer une décision apparemment illogique ? L'Histoire peut-elle s'expliquer, ou n'est-elle qu'une nuit ?

  5. Comment expliquer toute décision humaine autrement que par des hypothèses ? L'ensemble des actions que nous appelons l'Histoire des humains est-il un ensemble de faits que nous ne pouvons expliquer que par des si et des peut-être ? L' Histoire est-elle hypothétique ?

  6. Lorsque j'ai recours à l'éthique pour juger d'un comportement, fais-je appel à la catégorie du « vrai » ou à celle du « réel » ? Autrement dit, est-ce que je juge en fonction de ce que devrait être le réel, ou mon jugement se base-t-il sur ce que je perçois du réel ?

  7. Si j'ai recours à la catégorie du « vrai » pour juger moralement un comportement du passé, suis-je un idéaliste ? Si j'ai recours à la catégorie du réel, suis-je un réaliste, un pragmatique ? Le monde politique se partage-t-il entre idéalistes et réalistes ?

  8. L'idéalisme est-il un universalisme ? Comment dès lors ne pas céder à l'essentialisme ? Est-ce dans cet essentialisme que les droits dits « naturels » puisent leur légitimité ? A contrario, le réalisme est-il un relativisme ? Ce relativisme est-il le fondement de « l'esprit des lois » ?

  9. Peut-on supposer que tout discours sur l'humain repose sur une « fiction grammaticale » ? Que ce n'est jamais qu'en fonction des structures d'une langue que nous jugeons des autres ?

  10. Dès lors, peut-on supposer sans mauvaise foi qu'une langue pourrait à la fois rendre compte du fait en soi et juger éthiquement de l'acte ? La Justice n'est-elle qu'un roman ? Et le débat contradictoire n'est-il qu'une scène de théâtre ?

  11. N'est-il pas vrai que c'est en jugeant en fonction du réel que nous sommes peut-être le moins injuste cependant que juger en fonction d'un vrai idéal revient à aveugler le réel par une lumière beaucoup trop intense pour la pauvre humanité que nous constituons ?

    Patrice Houzeau
    Malo, le 22 juillet 2020

22 juillet 2020

QUELQUES QUESTIONS SUR VIOLENCE ET MECHANCETE

QUELQUES QUESTIONS SUR VIOLENCE ET MECHANCETE

 

 

  1. « - Je veux dire, précisa Poirot, qu'aussi longtemps que vous ne savez pas très exactement quel genre de personne était la victime, vous avez peu de chance de comprendre pourquoi un crime a été commis. »
    (Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons »)

  2. Que signifie « savoir très exactement » ? Peut-on jamais savoir « très exactement quel genre de personne était une victime » ? Qu'est-ce qu'un « genre de personne » ?

  3. Se poser la question du « genre d'une personne », n'est-ce pas supposer une typologie des genres de personnes ? Si l'on considère qu'il y a un genre de personne exposée à être assassinée, de combien de sous-catégories ce genre est-il composé ?

  4. Quand augmente le nombre d'assassinats dans une population de personnes a priori peu exposées au risque d'être assassinées, le sentiment d'insécurité s'accroît-il ?

  5. Peut-on toujours « comprendre pourquoi un crime a été commis » ? Est-ce qu'il est toujours nécessaire de savoir « quel genre de personne était la victime » pour comprendre pourquoi elle a été assassinée ?

  6. Dans le cas des tueurs en série, est-il suffisant de comprendre quel genre de personnes étaient ses proies pour comprendre la mentalité du prédateur, ou le genre des victimes n'est-il qu'un paramètre parmi une foule d'autres définissant le profil singulier du meurtrier ?

  7. « En général, ils ne sont pas méchants, mais il ne faut pas leur demander d'être idéalistes ! »
    (Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons », [Poirot])

  8. Que signifie l'expression « en général » ? Ne se trompe-t-on pas à chaque fois que l'on fait une généralité ? La sociologie consiste-t-elle à débattre infiniment subtilement de généralités ? Existe-t-il une sociologie des sociologues ?

  9. Est-ce que cela a un sens de se demander si les humains sont « méchants » ? Affirmer que les gens, « en général ne sont pas méchants », n'est-ce pas faire preuve d'idéalisme ? Ou en tout cas de naïveté ? Qu'est-ce que la méchanceté ?

  10. Peut-on définir la méchanceté comme étant la manifestation de nuire volontairement à autrui ? La méchanceté est-elle un motif suffisant pour juger d'une mauvaise action ? Un marchand d'armes est-il quelqu'un de méchant ?

  11. La bienveillance peut-elle coexister dans une même personne avec une très grande violence, ou une très grande méchanceté ? S'il s'avère qu'un tueur en série n'est que méchanceté dans la totalité de son comportement, doit-on encore le considérer comme un être humain ?

  12. S'il s'avère qu'un tueur en série n'est que méchanceté dans la totalité de son comportement, et qu'il ne semble pas qu'il puisse jamais s'amender, doit-on absolument le maintenir en vie dans quelque prison alors que tant de gens honnêtes ont de plus en plus de mal à vivre ?

  13. Pourquoi la peine capitale apparaît-elle comme un marqueur de droite ? N'y a-t-il pas à gauche des gens favorables à la peine de mort ?

Patrice Houzeau
Malo, le 22 juillet 2020.

20 juillet 2020

EN HUMANT

EN HUMANT

 

  1. Comme il me semblait qu'elle me regardait, je lui fis un clin d’œil. Elle ne me répondit qu'avec la froideur appuyée de son regard. Non, mais dis, quelle mijaurée, la Lune.

  2. « Quelle est la cause de cette merveille ? Ce n'est pas la force ; les sujets sont toujours les plus forts. Ce ne peut donc être que l'opinion. »
    (David Hume, « Essais politiques »)

  3. Ce matin, en plus du quotidien qui me relate les exploits fabuleux de mes contemporains dans l'art de se mettre dedans jusqu'au cou, j'ai acheté un œil afin, comme dit Hume, de contempler « les choses humaines d'un œil philosophique. »

  4. Cet œil prodigieux me fit voir que ce n'est qu'à un petit nombre de zigotos que le plus grand nombre de zigotos obéit ; il me fit voir que j'écrivais aussi ce que Hume déjà avait écrit, mais lui ne disait point « zigotos », aussi que je devais racheter du pain.

  5. Donc, « le grand nombre est gouverné par le petit », qu'on se demande s'ils ne font pas un peu semblant défois d'obéir, même que, vu défois c'que ça donne, on a l'impression que les grands Zôtres là, i font semblant de gouverner.

  6. Du coup qu'ils obéissent, les zigotos du grand nombre, ils font des sacrifices (à commencer par celui de leur temps qu'ils travaillent et puis de leur argent qu'ils paient des impôts) qu'ça va jusqu'à donner sa vie pour la patrie et les marchands de canons.

  7. Vous me direz qu'c'est par le travail et l'argent que le plus grand nombre arrive à vivre plus ou moins bien mais que, maintenant, en plus, on a du virus dans l'genre qu'on la trouverait c'te histoire dans un roman, on n'y croirait pas.

  8. Donc avec le virus qui commence un peu à bien le décimer, l'humain, de ci jusqu'à l'au-delà, qu'on se souvient des masques mystérieusement dissous dans l'air de rien, m'étonnerait pas qu'ça rue un peu dans les branches du cocotier à faire tomber les technocrates.

  9. Pis encore, avec la rareté naturelle, la rareté du boulot, la difficulté de gagner sa vie, les conflits de toutes sortes qui nous menacent, et la loterie d'la mort Covid là, comment ça s'fait-y qu'on aille pas reprendre la Bastille qu'on est les plus nombreux alors donc hein ?

  10. Bon, Hume vous donne la réponse parce que, depuis tout à l'heure, j'vous machine du Hume comme si je l'avais lu, je cite : « C'est sur l'opinion que tout gouvernement est fondé, le plus despotique et le plus militaire aussi bien que le plus populaire et le plus libre. »

  11. Faut dire aussi que l'ingénierie sociale sait tout à fait comment diviser tout notre petit monde là que les gens i font rien qu'à vouloir toujours mieux que les autres qu'on en est très fier du petit qui a une très bonne place dans un laboratoire qui travaille à on n'sait quoi de bien létal là.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 20 juillet 2020.

20 juillet 2020

CHAPITRE DANS UN FAUTEUIL ET FUMANT LA PIPE

CHAPITRE DANS UN FAUTEUIL ET FUMANT LA PIPE

 

« Ces yeux immenses qui le regardaient, que disaient-ils ? »
(Agatha Christie traduit par Michel le Houbie, « Cinq petits cochons »)

 

  1. Dans un fauteil, pates croisées, un chat fume la pipe ; ses yeux perçans scrutent par la fenêtre la mer dérolant ses chevlures amêlées. Le soir cligne ses escrimes la lune semble déjà visage rond tâché de rousseurs Y a aussi la mort (en plus des noyés je dis ça à cause des chevelures).

  2. Comme il avait une voix sourde, il murmura :
    - Elle était si jeune !
    Oui, vraiment si dommage d'être si jeune et de se retrouver si vite squelette dans son placard. Son esprit planait-il encore au moins, ou fust-elle déjà dans le puis sans fon et sans parois ?

3. Il approuva. Le chat dans le fauteil scrutait toujour la mer de moins en moins visible à mesure qu'ombres la mangeoient genre on mange un plateau de fruits de mer que c'est exactement un genre à me boutonner la face pis à m'vaguer l'existant que j'me dis Ah tiens ça va pas.

4. Il songea que « si jeune » était bien gentil qu'il y avait plein d'innocence et de naïveté, et d'enthousiasme encore dans ce mot. Alors entrèrent dans la pièce kelkes jouvenceaux et jouvencelles très énervés brailleurs débraillés exigeant du vin et des danses et jouant à couteau.

5. Comme il, le sceptique (c'était son métier de remettre tout en doute, le réel ne se ressemblant jamais) le suivit. Il se réjoïst à l'idée de, tout en se demandant ce qu'était devenue la fillette prodigieuse et superbe et aussi les roses oiseaux qui oiselaient jadis emmi les roseaux.

6. Comme s'il avait entendu la voix dans la nuit qui murmure mystérieusement le prénom d'une adolescente vouée à l'hémoglobine des films d'horreur, il se retourna sur la Beauté, qu'il trouva amère et qu'il injuria, mais à voix muette afin de n'offusquer nul spectre d'esthète.

7. Après s'être retourné sur la Beauté, il se retourna sur le tableau, « une dernière fois »,pensa-t-il parce qu'il savait (il avait lu le scénario) que l'assassin des tableaux viendrait cette nuit même et lacérerait le beau et énigmatique visage de la Dame du temps des Dames du temps jadis.

8. Il contempla l’œil immense (elle était borgne) qui, come font tous yeux, le regardait, - du coup, s'était muni depuis longtemps d'un détourneur de regards, afin de passer inaperçu quan son scepticisme professionnel l'obligeait à pénétrer dans une histoire qui n'était pas la sienne.

9. Il lui sembla que cet œil immense (elle était borgne) avait quelque chose à dire. Il attendit un instant. Puis comme rien ne vint que le bourdonnement ennuyé d'une mouche passant parci-parlà, il haussa les épaules et sortit.

10. Le petit boogie-woogie dans sa tête alluma quelques lampions qu'il se dit que ce qu'il avait à lui dire, l’œil immense (elle était borgne), pourrait-il le comprendre depuis le coup de lune que lui avait assené la lune dessus s'tiête un jour qu'il était encore plus sot que d'habitude.

11. Comme il ne comprenait rien de ce que l’œil immense (et bleu comme l'immense bleu du ciel quand il accepte d'être bleu) voulait lui dire et ne lui disait pas de sorte qu'il comprenait encore moins, il sortit s'acheter une baguette de pain et un recueil d'arguments platoniciens.

12. C'est en traversant la rue qu'un tremblement de trottoir le bouleversa tant qu'il en mourut, emportant dans la tombe le secret de ce que l’œil immense ne lui avait pas dit. Le chat et quelques dénoyés vinrent à l'enterrement. Au loin la mer enrolait.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 20 juillet 2020.

19 juillet 2020

I NOUS SCRUTENT

I NOUS SCRUTENT

 

  1. « Comme il s'avançait pour la saluer, il remarqua qu'elle le regardait avec une attention inhabituelle. Ces beaux yeux sombres l'étudiaient. Examen sérieux et qui se prolongeait. »
    (Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons »)

    Défois, des yeux, i nous scrutent comme s'ils voulaient voir à quel réel ils avaient affaire.

  2. Comme il, il remarqua qu'elle, alors il et s'prit une gifle. Bien fait pensa Zut.

  3. « Allais-je me trouver face à face avec une effroyable réalité, ou bien m'apercevoir que je rêvais ? »
    (Lovecraft traduit par Jacques Papy, « L'abîme du temps » [le narrateur])

    Et si je rêvais, allais-je me réveiller ?

  4. Si ça se trouve, les personnages de fiction étaient peut-être aussi réels que vous et moi, avant de tomber dans le rêve d'un auteur.

  5. Puisque les mathématiques relèvent du présent de vérité absolue, elles régissent aussi bien notre univers que tous ceux qui lui sont parallèles.

    « Des souvenirs confus se mêlaient à ses connaissances mathématiques ; il lui sembla qu'il détenait dans son subconscient les angles dont il avait besoin pour regagner le monde normal par ses propres moyens. »
    (Lovecraft traduit par Jacques Papy, « La maison de la sorcière »)

  6. Je me souviens d'un bouquiniste qui regrettait d'avoir à vendre tant de livres inutiles : soudainement, la matérialité de la littérature, cette vanité imprimée, cet infini d'histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres le saisissait dans son espace menacé par l'engorgement.

  7. Jadis, nos maîtres d'école nous mirent en garde contre la littérature de genre, la mauvaise littérature selon eux et nous moquions leurs préjugés et leur ignorance. Maintenant que les créatures envahissent et contaminent le réel, il est que nous rions de moins en moins.

  8. Que la plupart des gouvernements se soient laissé surprendre par la pandémie du Covid-19 pourrait relever d'une politique de l'acte manqué et l'inconscient des Etats exprimerait ainsi quelque volonté de contraindre toujours un peu plus l'individu.

  9. La tentation est une réification. On devient « tout chose » devant quelque chose dont le « charme » fait de vous « sa chose ».

    « Quelle singulière chose que la tentation ! On regarde un objet et, peu à peu, il vous séduit, vous trouble, vous envahit comme ferait un visage de femme. Son charme entre en vous,... »
    (Maupassant, « La Chevelure »)

  10. Le langage éveille des mondes oubliés et soudainement éclaire le passé d'une autre lumière.

    « Mais, il y a deux ans, comme j'assistais à la représentation d'une revue, elle me revint et j'en fus si surprise que je m'écriai à haute voix : « Oh ! Maintenant, je comprends ce qu'il y avait de drôle dans cette histoire de gâteau de riz ! »
    (Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Cinq petits cochons », [miss Warren])

  11. « Le peuple doit combattre pour sa loi comme pour ses remparts. » (Héraclite)
    « Si vis pacem, para bellum. »
    Et n'oublie pas de commander des masques à la Chine.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 juillet 2020.

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