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BREFS ET AUTRES

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12 septembre 2020

ET MAINTENANT VOUS ME REMETTEZ

                        ET MAINTENANT VOUS ME REMETTEZ ?

 

      1. Vous me devinez... qu'j'soye dans l'ombre... noyé ténèbre... i cause avec Watson, le grand perspicace... l’œil dans le bocal... le voyeur de l'invisible, d'la « suite extraordinaire » à coordonner, à en pincer le fil... comme à violon... s'y raccrocher.

      2. Machin parti, Machine partie... du cœur entre ces deux là, puis du couteau... du farouche, de l'ardent... C'est pas qu'dans le sang se déploierait du paysage à tourmente, arbres à chevelures tordues s'élançant dans le vent... non juste du nerveux, du biochimique...

      3. Sa disparition l'excita terriblement puce, grande sauterelle à ressorts, la trépidante... à l'huche fatale, la mare au diable, à l'étrange le sac à malices... le cœur du problème, l'a dans la tête le grand perspicace, à dépecer, désosser, disséquer, le mystère c'est l'humain.

      4. Le mystère c'est d'l'humain... dans l'visage, le point de départ... ça fait tout ça le visage... le reste c'est de la viande... appât sanglant... le diable pêche dans l'invisible... d'la mare aux âmes qu'il les sort, ses vifs, bipèdes à tourmentes, grappes d'yeux.

      5. Y a toujours du papier à voir... la consultation des noms... le réel c'est du dictionnaire dans tous les sens i part... d'l'essentiel papier, capital papier... note les rituels, tout l'absurde des répétitions nécessaires... l'archive humain... l'histoire, ce mensonge.

      6. La grande consultation des noms... faut pas s'gourer dans la traduction, qu'on fait qu'ça pourtant, qu'les gens du réel i partent dans tous les sens... sont pleins d'couteaux au jardin... du fait divers en attente... du sociologique... du drame... du pas racontable.

      7. Dans la semaine, j'entends pas dire des chevaux mutilés... massacre des innocents... Les salopards meurtrillent le week-end... doivent avoir du boulot la semaine, une famille même... de grands trous déjà... dans leur corps, morts qui marchent, humaine crevance.

      8. L’œil file dans la nuit... i les retrouve toujours... mort ou vif, le salopard pèse rien qu'l’œil filoche... Savez pas, savez rien... L’œil c'est ni dieu ni diable... c'est d'l'énergie pure, neutre, d'l'affect au-delà... du fatal vital... i pardonne pas car l'a rien à pardonner.

      9. Savez pas savez rien... Croyez pas en l’œil ? Zavez tort... L’œil, c'est d'la tête d'insecte à cent mille mirettes... fonce dans les atmosphères... aussi technique qu'la guêpe ou l'araignée... Vous rejoindra tôt ou tard, salopards creveurs de chevaux... vous empoisonnera la bidoche, vous perdra d'la tête, serez cafouilleux à jamais, zoné mitonné juté viande à zonzon, à crache-jus, garage à zôtres, œil vous même oignon tout crevé.

      10. Paraîtrait qu'i vont par deux, les meutrilleurs de chevaux... Pas des fous alors... le total braque frappe tout seul généralement Zamis à s'marier... paxés perhaps... Quatre couilles dans le lit... possible... Y a beaucoup d'invertis à l'extrême-droite... r'marquez y en a partout...

      11. Le style doit trancher vif... Sinon plus qu'à faire de la broderie... du tricot Goncourt... d'la bonne pensance France Inter... couteau le style, flèche... hameçon à idées, poissons bizarres d'la gueule qu'apparaissent dans l'aquarium à conjectures.

      12. La vie est violente comme disait l'autre étoilé d'la tempe lui ou un autre, un particulier quoi... Le style itou... Les écrivains sont des assassins tranquilles... vous tuent avec vos noms, vous crachent du lucide à la face, z'en r'demandez, lecteurs, victimes.

                   Patrice Houzeau
                        Malo, le 12 septembre 2020

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6 septembre 2020

LES YEUX VOUS TROUVENT

LES YEUX VOUS TROUVENT

 

  1. Je ne regarde pas les gens quand je les croise
    Ils vont m'envoyer leur pensées
    Vont me télépather me téléattraper me télérapter
    Je ne regarde pas les yeux qui flottent dans la rue.

  2. Vais bientôt rentrer chez moi
    Faut que j'me méfie de l'autre assoiffée mon ombre
    Défois mon ombre me fourvoie veut que j'me noie
    Dans un bocal à pensées circulaires
    Un aquarium à trognes.

  3. Je ne suis pas tombé dans l'escalier
    Ma tête ne s'est pas brisée
    Il ne s'en est pas échappé des lézards
    Ce n'est pas mon sang qui a coulé
    A flanqué le feu à la baraque.

  4. Je n'ai pas la tête en forme d’œil géant
    Je n'ai pas la tête en forme d’œuf du serpent
    Je n'ai pas la télé dans ma tête
    Ce n'est pas la télé qui m'a dit
    De faire ce que je n'aurais pas dû.

  5. Il faut faire attention aux soucoupes volantes
    Les soucoupes volantes renversent le café
    Dans le ciel qui devient tout brun
    C'est la faute aux petits gris à gros yeux
    C'est la faute à leur musique de Résidents
    Si le jour tous les jours i tombe dans le puits.

  6. A force de chuter je vais finir par m'écraser
    Sur le tapis du salon il y a déjà mon père
    Il y a déjà ma mère et tous ceux qui
    Tous ceux qui tous ceux qui ont fini par s'écraser
    Sur le tapis du salon et sa faune impalpable.

  7. J'ai perdu ma biscotte et suis resté avec le couteau
    Ça n'excuse pas la gorge ça explique
    Quand je perds ma biscotte tout se complique
    Y a des biscottes plein la rue elles me narguent
    Font rien qu'à me narguer me moquer me casser
    Faut que j'les rattrape.

  8. Défois on cause de l'autre et de soi
    On croit qu'on dit qu'on dit rien
    On croit qu'on sait qu'on sait rien
    Un chien passe dans la rue avec un chapeau
    Il vous salue bien bas et du chapeau sort un lapin
    Qui vient vous trancher la tête avec sa hache sa hache sa hache.

  9. Défois grosse tête fêlée
    Défois la lune elle s'ouvre et à flots
    En sort des araignées à flots à flots à flots
    Chutent sur la terre vous mouchent dans leurs toiles
    On n'en parle pas on parle d'autres tremblements.

  10. Nous vivons masqués
    Nous nous reconnaissons aux yeux
    Jamais les yeux n'ont vu tant de yeux
    Quand nous ôterons nos masques
    Nous redeviendrons des lézards.

  11. Le Virus est peut-être un dieu
    Echappé d'une chanson des Résidents
    Peut-être le dieu Virüs fut-il révélé par Magma
    Peut-être Magma révèle-t-il tous les noms
    De tous les dieux qui se répandent dans le monde.

  12. Des êtres mutilent des chevaux
    On dit qu'ils connaissent les chevaux
    On dit qu'ils ne sont pas sans force
    Peut-être que certains de ces êtres finiront dans le néant
    Un gros trou dans leur corps.

  13. L'ombre est pleine d'yeux
    Il ne faut pas les chercher
    Quand les yeux ont à faire avec vous, les yeux vous trouvent, vous fixent, vous épinglent
    Vous finissez brûlés par la flamme que vous hantez.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 6 septembre 2020

25 août 2020

ELECTIONS PIEGE A SPECTRES

ELECTIONS PIEGE A SPECTRES

 

 

  1. « La zone Méditerranée sera le défi des prochaines années, tant les facteurs de crise qui s'y conjuguent sont nombreux (…) C'est pourquoi j'appelle au développement d'une véritable politique européenne pour la Méditerranée. » (Emmanuel Macron cité par « Le Point », 20/08/2020).

  2. Selon « Le Point » du 20/08/2020, Jean-Luc Mélenchon aurait déclaré en juin 2020 : « Je dois être un des rares personnages de ce pays qui est monté dans un train dont il n'arrive pas à descendre. » C'est que l'on ne voit pas qui aurait la maîtrise nécessaire pour la conduire, la LFI.

  3. Je ne suis pas « insoumis », et pas même de gauche, mais il faut bien avouer que Jean-Luc Mélenchon est un orateur hors pair. Que l'extrême-gauche soit rassemblée dans la LFI est une bonne chose pour la démocratie. On a tout à craindre des clandestinités.

  4. D'après Nathalie Schuck dans « Le Point » du 20/08/2020, François Hollande aurait un jour dit : « La Grande Faucheuse hante l'Elysée ». Je ne savais pas l'ex-président si élégiaque. Du reste, j'imagine assez l'Elysée hanté de spectres aux regards perçants et pleins de visions.

  5. « Il y a des mesures simples à prendre, comme celle de donner au préfet le pouvoir de retirer des agréments à des associations où se regroupent des personnes radicalisées. »(Eric Diard, propos repris par « Le Point » du 20/08/2020). Intéressant. Qu'en pensent les juristes ?

  6. Nous entrons dans une société de l'esprit de sérieux, et donc dans une société de la dénonciation de qui dérogerait à cet esprit de sérieux, et donc dans une société de la surveillance généralisée. Y a plein d'yeux partout ; i s'multiplient ; vient le temps de l'hallucination collective.

  7. « Et cependant nous assistons à un étrange renversement : l'homme ne peut vivre sans sacré ; il reporte son sens du sacré sur cela même qui a détruit tout ce qui en était l'objet : sur la technique. »
    (Jacques Ellul, « la Technique ou l'Enjeu du siècle »).

    La technocratie tend à faire de l'humain une technique en soi : ainsi, les spécialistes des « Sciences de l'Education » voient en chaque enfant, voire en chaque individu, une éducabilité. J'appréhende le cocktail « étatisme – pédagogisme – écologie politique ».

  8. « Le taoïsme, lui, privilégie l'auto-organisation des choses comme des gens. » (Eric Nelson, propos recueilli dans « Le Point Références, « L'Homme et la Nature »). Le taoïsme serait-il un libéralisme ? Existerait-il une « main invisible du Tao » ?

  9. « N'importe quel imbécile est capable de détruire des arbres. Ils ne peuvent pas s'enfuir, et s'ils le pouvaient, ils seraient détruits malgré tout - » (John Muir traduit par André Fayot, « Célébrations de la nature »). C'est ce qui arrive à bien des humains, « détruits malgré tout. »

  10. « Il demeure invisible, cela n'empêche qu'il y soit. » (Maupassant, « Lui ? »). Qui ça, lui ? L'être, aussi invisible que le cadavre dans le placard et dont nous nous apercevons, une fois la porte ouverte, que ce cadavre a disparu.

  11. Nous croyons voter, et ce sont nos fantômes qui élisent nos illusions.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 août 2020.

25 août 2020

CHERCHER DES HISTOIRES

FAIRE DES HISTOIRES

 

 

  1. « Il n'existe pas une règle universelle pour être heureux, alors qu'il existe une seule loi morale valable pour chacun. »
    (Octave Larmagnac-Matheron à propos de Kant, « La colombe privée d'air » in « Philosophie Magazine Hors-Série n°45, « Platon »)

  2. Le bonheur est affaire individuelle, et peut-être même affaire d'aptitude de l'individu à être plus ou moins heureux : on peut se complaire dans un certain « malheur », et l'on sait assez qu'il existe ce que l'on appelle des « personnes à problèmes » ou « qui font des histoires ».

  3. L'expression « faire des histoires » est intéressante en ce qu'elle rappelle, en creux, que « les peuples heureux n'ont pas d'Histoire ». Quel malin génie a donc poussé Bonaparte à assumer cette tragédie que fut pour lui-même et pour tous les soldats tombés au champ de bataille ce que nous appelons « épopée » et dont nous avons fait une légende ?

  4. Peut-on comparer le malin génie de Bonaparte qui plongea l'Europe dans la guerre au mauvais esprit de ceux qui, assez systématiquement, « cherchent des histoires » ? Est-ce affaire de mesure, de niveau, et l'humain, quel que soit son rang, passerait-il son temps à chercher querelle au réel ?

  5. Je note que cette aptitude humaine à « chercher des histoires », et donc son propre malheur, est actuellement dénoncée comme étant non-naturelle, et donc à proscrire, ou même à sublimer (est-ce aussi à cela que sert la résilience?) par l'écologie politique et un humanisme mal compris.

  6. Que l'aptitude humaine à « chercher des histoires » soit non-naturelle, j'en suis d'accord : l'Histoire est avant tout une histoire des cultures, des comportements, des contingences, des déterminismes. En quoi cela est-il condamnable ? Certes, on commence à s'en douter, l'Histoire pourrait mal finir et l'humain n'aura pas raison de l'humain. Outre que le pire ne soit pas toujours sûr, où est-il écrit que l'espèce humaine aurait vocation à perdurer jusqu'à l'extinction du soleil ?

  7. Peut-on dépasser l'opposition entre universalité de l'impératif catégorique du « devoir moral » et relativité des bonheurs humains ? En fait, il semble que c'est justement dans cette opposition que l'humain fait l'Histoire. Je vis en cherchant à concilier morale commune et mon propre « bonheur ». Le réel me résistant, j'entre donc en conflit, non pas avec moi-même, mais avec le réel. Bref, je me bats et me débats.

  8. Sans doute n'y a-t-il pas de peuple heureux puisqu'il ne peut y avoir d'humain sans tension avec le réel. La société dite « primitive », que d'aimables zozos nous présentent parfois comme un éventuel modèle de vie « naturelle », finit toujours par être menacée (par un virus, une autre société, la mondialisation induite par le surnombre, etc...)

  9. A force de chercher des histoires, nous finissons par les écrire. Et c'est ainsi que nous lisons l'Histoire, y cherchant toujours plus profondément une lumière des événements qui éclairerait une vérité qui toujours nous échappe.

  10. « La chose même qui est désignée sous le titre de « L'éternel retour du même » est voilée dans une obscurité devant quoi même Nietzsche devait reculer de frayeur. »
    (Heidegger traduit par Becker et Granel, « Qu'appelle-t-on penser ? »)

  11. L'intuition nietzschéenne est féconde : que l'Histoire soit un « éternel retour du même » implique que l'humain est cet « éternel retour ». « Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change » a écrit Mallarmé. L'humain est un faiseur d'histoires, et donc un créateur de mythes. Et c'est de la main de son propre mythe que l'humain mourra.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 août 2020

25 août 2020

CHRONIQUE DU 25 AOÛT 2020

CHRONIQUE DU 25 AOÛT 2020

 

 

  1. Expérience de pensée : LFI gagne les présidentielles 2022 et met en place une assemblée constituante. Par qui sera-t-elle constituée ? Comment seront choisis ses membres ? Qui en contrôlera l'indépendance ? N'y a-t-il pas un risque qu'elle soit encadrée, influencée, manipulée par les cadres de la LFI ?

  2. Expérience de pensée : LFI gagne en 2022 et met en place sa planification à destination des PME. Qui seront les donneurs d'ordres ? Si les grandes entreprises sont nationalisées, ce sera donc l'Etat. Autrement dit, les PME travailleront pour l'Etat : et donc qui garantira les paiements ?

  3. Expérience de pensée : LFI gagne en 2022 et met en place sa planification à destination des PME. Qui garantira l'objectivité de l'Etat donneur d'ordres (via les grandes entreprises nationalisées) dans le choix de ses entreprises partenaires ? N'y a-t-il pas là un risque de clientélisme ? L'Etat ne serait-il pas dès lors tenté de travailler avec des entreprises sympathisantes de la LFI ? D'où d'éventuels conflits d'intérêts.

  4. Je me félicite que La France Insoumise et le Rassemblement National existent : tant que leurs militants respectifs écoutent leurs chefs, ils résistent pour l'instant à la tentation de je ne sais quelle action directe. L'Etat aurait voulu que cela soit ainsi qu'il n'aurait pas procédé autrement qu'en favorisant la création de ces partis-entreprises, lesquels n'ont aucune chance d'arriver au pouvoir. Leurs dirigeants le savent parfaitement.

    On peut ainsi comprendre le refus des Gilets Jaunes de se constituer en parti par la crainte d'être institutionnalisé, soumis à l'autorité d'un chef charismatique (ce que sont Mélenchon et Marine Le Pen) : le mouvement des Gilets Jaunes tient à sa nature anarchique.

  5. Qui ne fait pas partie de la communauté nationale et qui commet des délits sur le territoire national devrait s'attendre à être expulsé de ce territoire. Ce n'est pas une « double peine », c'est juste de la logique.Ce qui n'exclut pas le droit d'être défendu par un avocat. Et c'est donc à la justice qu'il incombe, en dernière instance, de trancher.

 

Patrice Houzeau

Malo, le 25 août 2020

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23 août 2020

L'USAGE FIXANT LA REGLE

L'USAGE FIXANT LA REGLE

 

 

  1. Sans doute que chaque situation que nous vivons est porteuse de destin : après tout, tout peut arriver. Et c'est-y quoi donc que ce destin de notre être, que ce destin de l'être humain qui serait aussi le destin de chaque individu ?

  2. Le destin de chacun implique-t-il l'humanité toute entière ? Voilà le fondement de toutes les volontés de changer l'humain : religion, nazisme, communisme, fable du transhumanisme, mauvais cours de philosophie pour classe de terminale, pédagogisme et maintenant écologie politique.

  3. Heidegger citant Schelling : « Vouloir est l'Être originel ». Ce qui peut plaire au religieux. Tout dépend où l'on place cette volonté originelle. Curieux de constater que le genre zen se plaît à je ne sais quel non-vouloir, je ne sais quel retrait, je ne sais quel détachement du monde.

  4. La méditation est-elle l'expression d'une volonté de ne pas vouloir ? La décroissance est-elle une volonté de ne pas continuer à user du monde ? Je note que les vouloirs qui prétendent aux valeurs universelles séduisent les idéalistes et aiguisent les appétits de pouvoir.

  5. L'une des bases les plus solides du libéralisme, c'est qu'en théorie, il empêche que l'Etat prenne le pas sur l'initiative individuelle. Tandis que l'Etat totalitaire décide et que le citoyen obéit, l'Etat libéral incite, et c'est finalement le citoyen qui décide.

  6. Il y a-t-il réellement un principe du bonheur ? Ou le bonheur n'est-il qu'une plus-value, qu'un état d'esprit partagé par certains et inconnu des autres ? Le bonheur est-il une faculté individuelle comme le sont par exemple l'oreille absolue ou la mémoire des visages ?

  7. Etrange de constater que les politiques qui font la promotion du bonheur sont aussi les partisans d'un Etat fort, fût-il basé sur je ne sais quelle « constituante » et l'illusoire volonté d'un peuple qui n'existe pas.

  8. L'essentialisme de gauche consiste à penser qu'il y aurait un « peuple » qui, en raison de ses difficultés induites par les contingences de la société libérale, voterait « naturellement » à gauche. La montée de l'extrême-droite dans l'électorat dit « populaire » infirma cette croyance.

  9. Devant la montée des droites, le pédagogisme soutint l'idée que c'est en faisant accéder un maximum d'élèves à l'enseignement supérieur et en donnant à tous un accès à la « culture » que l'on lutterait efficacement contre l'extrémisme de droite : erreur grossière, la « culture » n'étant pas la morale, mais un ensemble de pratiques.

  10. On peut voir les débats récents sur la « culture » (les dénonciations d'appropriation culturelle, celle des auteurs prétendus « racistes », relativisation de la valeur des classiques, etc...) comme une tentative de réintroduction de la morale dans la culture. Cette moralisation de la culture, sans doute que l'extrême-gauche et l'écologie politique en rêvent. Elle ne pourra se faire, je pense, sans un retour délétère de la censure d'Etat.

  11. Pourrait-on dire que dans une société libérale, comme dans la pratique d'une langue, c'est l'usage qui fixe les règles cependant qu'un Etat totalitaire n'a de cesse de fixer des règles qui, changeant les usages, ont pour but de créer un « homme nouveau », un citoyen idéal ?

Patrice Houzeau
Malo, le 23 août 2020.

22 août 2020

FOIN DES FICELLES

FOIN DES FICELLES

 

 

  1. La massification de l'enseignement supérieur, c'est bien souvent « la foire aux illusions », le « bûcher des vanités » et même parfois « on achève bien les chevaux ».

  2. « Peut-être si quelqu'un reçoit, comme Mrs Gonzales, la visitation de fantômes, sera-t-il possible d'éveiller l'intérêt d'autrui, surtout si on lui parle de lui-même. »
    (Leonora Carrington traduit par Henri Parisot, « Le Cornet acoustique »)

  3. Si soudain m'apparaissait quelque spectre d'épouvantable apparence, sans doute mon palpitant se pétrifierait dans ma poitrine. Mais si c'était le fantôme de mon amie, comme le fit jadis l'amour de Monsieur de Sainte-Colombe, alors la joie en mon âme se mêlerait à la mélancolie.

  4. La fille, quoique farfelue, était fière et fine. Claire et colorée, elle était férue des crépuscules. Merlin l'Enchanteur les avait-il parsemées de poussières stellaires, y avait-il émietté quelques merveilles, pour que ses mirettes ainsi brillassent ?

  5. Le fantôme de l'antique maître d'hôtel du vieux manoir annonça pour le lendemain soir un concert de clavecin par quelque squelette virtuose. Quant à moi, je m'échinais à comprendre ce que cette clavicule faisait là. Les araignées des coins accordaient leurs violons.

  6. Les murs ayant maintenant des yeux et des oreilles, il ne leur manque plus que la parole pour nous ordonner. Encore que d'une certaine manière, l'impératif d'la connexion fatale au reste des bipèdes à cerveau aléatoire, hein.

  7. En septembre, des masques risquent de tomber. En septembre, verra-t-on de nouveau jaunes et bleus se taper dessus ? Si rien ne change, à Minsk, l'hiver risque d'être très long.

  8. Les marxistes ont cru pouvoir tuer Dieu ; ils semblent qu'ils l'aient seulement anesthésié et qu'il se réveille, et de fort méchante humeur encore.

  9. En théorie, difficile d'associer soumission houellebecquienne et France Insoumise pourtant qu'on dit. « Who'll stop the rain » n'est pas une chanson très écoutée en ce moment.

  10. Ce barde fut-il imberbe ou porta-t-il la longue barbe des enchanteurs d'antan, ce barde qui battant la campagne cherchait abri, bicoque, baraque, auberge, quelque bergerie où poser son barda, ce barde fut battu à mort par quelques gueux dégoûtants gueulards. Cela arrive parfois.

  11. Où sont ces zoziaux querelleurs, ces zoziaux noiseurs ? Font les bateleurs, chantent leur comédie. Unissons-nous camarades, aiguisons nos couteaux de carton. Nous ne prendrons pas le pouvoir, il est au voisin. Nous en aurons des choux et du lard puisque la voisine est en cuisine.

  12. Comme beaucoup, je fus moi aussi tenté par l'ailleurs à illusions, l'extension d'la Providence verticale. Et puis j'appris que jadis je serais mort si un chirurgien n'était pas revenu des Amériques avec une méthode qui me sauva. Foin des ficelles et des rouges fantoches.

  13. Qu'est-ce que les extra-terrestres préparent ? Du thé peut-être ? Du riz cantonnais ? Quant aux ailleurs à illusions, ils parsèment le ciel d'idées de constituante. Ah les songeurs zoziaux ! Ah les fourgue-rêves ! Ah comédie, dés pipés, fête à la citrouille ! A la pomme verte !

    Patrice Houzeau
    Malo, le 22 août 2020.

13 août 2020

LE PLASTIQUE C'EST PRATIQUE MAIS C'EST TRAGIQUE

LE PLASTIQUE C'EST PRATIQUE MAIS C'EST TRAGIQUE

 

 

  1. « L'assertion que les Ghlianes doivent faire des trous dans les bancs sur lesquels ils s'assoient, afin d'avoir place pour leur queue, nous porte à douter que l'auteur ait jamais observé un chien ou un singe sur un plancher. »
    (Jean-Charles Houzeau, « Etude sur les facultés mentales des animaux comparées à celles de l'homme »)

  2. Certaines pièces sont si terribles qu'on en sort que tout mort. Certaines choses ont une force qui leur est propre, qu'ça vous frappe donc. Certaines pièces, les choses y ont une de ces forces (la force des choses hein) que même tout seul on en sort que tout mort. C'est un mystère.

  3. Les choses boitent qu'ça s'emboite mal ; de boiterie en boiterie, y a plein d'boîtes qui déboîtent. Du coup, on s'boissonne, on boit d'la bière en boîte, d'la bibine en bouteille ; on s'maboule le bocal, on bégaie, bafouille, pis qu'on tombe.

  4. Défois, y a des trucs, tout un tas d'trucs qui le tracassent, des mystères terrestres et des futurs turlupinants, l'apocalypse climatique, le surnombre engloutissant, la dictature des sachants, le pangolin virulent, aussi le plastique, qu'est bien pratique mais très tragique.

  5. La France est une naine très râleuse, très agitée et très opiniâtre que les géants observent en se demandant ce qu'elle va bien pouvoir encore inventer.

  6. Les autres, i savent jamais quel sphinx zavez en tête et vous, vous ne savez pas non plus quels sont les lutins bavards qui discutent le bout de gras dedans leur caboche.

  7. Nous ne vivons plus dans la polysémie, mais dans l'hypersémie : dans chaque événement chacun trouve le sens qui lui convient. Y a tellement d'sens partout que ça n'a plus de sens.

  8. Viens d'entendre sur France Inter, ce jeudi 13 août 2020, cette expression infiniment risible pour désigner l'âme : notre « écologie intérieure ». Effrayant. Si l'écologie politique arrivait à ses fins, nul doute que l'on en viendrait vite à la dictature des psys de toutes sortes.

  9. Si zébré cinglé j'finissais zinzin au zonzon des azimutés, hallucinerai-je lorsque zieutant vers l'ailleurs sibyllin, je verrai dans l'azur Zut et Zazie – ô zézayantes ! - flotter en robes de neige ?

  10. Je demande à ma mémoire où j'ai laissé mon amour, ma mie, et quelles merveilles ai-je manqué en ces miroirs, puis quelles sont ces momeries de momies et de mimes à grimaces, où je me mire en mon sommeil.

  11. Lors qu'il songeait aux secrets que recèlent les choses et qui parfois nous sautent aux yeux, ou à la gorge, c'est aux serpents sifflants de ses mèches bleues qu'il reconnut la Mélusine de Labisse.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 août 2020.

11 août 2020

D'UN FAUDRAIT FAIRE L'AUTRE

D'UN FAUDRAIT FAIRE L'AUTRE

 

 

  1. Cela fait longtemps que j'ai dit je t'espère ;
    Il me semblait sans toi manquer d'oxygène ;
    Cela fait si longtemps que je t'ai dit je t'espère,
    Que te voilà fantôme et donc plus un problème.

  2. A passer repasser sous le ciel bleu avec sa tête entêtée hantée de pensées et des fugaces rêve-t-on de vert qu'on est dans le gris, mais du vert y en a tout d'même un peu et puis y a la mer et le vert des diabolos menthe et des Get 27 qu'on boit au bar tabac du coin.

  3. A passer repasser sous le ciel bleu on pense que nos morts ne le verront plus jamais, le ciel bleu, ni les oiseaux noirs et blanc s'envolant des fronts verts, qu'on se sent soudain un cœur une tête et toutes ces veines et la chaleur qui vous enveloppe, vous colle au corps.

  4. « Qui s'approche de moi, qui me regarde en face »
    (Michel Houllebecq, « Derniers temps »)

    C'est la Mort, c'est la Mort qui vous efface de votre espace.

  5. Qui s'approche de moi y a kekchoz qui cloche kekchoz de louche qui s'approche de moi et me regarde en face avec des yeux qui voient comme loin, loin derrière moi qui s'approche de moi et me traverse comme si j'étais transparent translucide du vide du vide du vide.

  6. Loin derrière moi qui s'approche de moi... Bien le bonjour, « Monsieur mon passé » ! comme il l'appelait, Léo Ferré, qu'est passé lui aussi qu'c'est bien dommage.

  7. Quand j'étais au collège, je préférais écouter des chansons plutôt que d'apprendre mes leçons. Maintenant que j'en refourgue moi aussi aux élèves des leçons , je me demande s'ils écoutent encore des chansons sont plus les mêmes sons sont plus les mêmes bref, passons.

  8. Défois, un verre de vin blanc bien frais, une chanson de Léo Ferré et le monde i s'fait tout léger qu'on dirait qu'le temps sonne enfin juste, pis le disque i s'termine et la bouteille, elle est vide qu'on s'sent bien lourd qu'on va s'couquer, « dodo la boule »...

  9. « Je suis peut-être mort, je ne sais pas » écrit Michel Houellebecq qui confirme ainsi, qu'en vertu du « cogito ergo sum » cartésien, on peut bien être sans exister. Le sentiment est bien connu, que l'on appelle « malaise existentiel », qu'il nous semble qu'on passe à côté.

  10. A ce malaise existentiel, Houellebecq répond lui-même en notant : « Il y a quelque chose qu'il faudrait faire, que je ne fais pas. » C'est dans ce faudrait faire que l'on se flanque tout le temps, courant de faudrait faire en faudrait faire jusqu'à ce que tout se défasse.

  11. C'est dans ce faudrait faire que l'on se flanque tout le temps, courant de faudrait faire en faudrait faire, en faisant de son mieux et avec ce sentiment que l'on pourrait mieux faire, que l'on aurait dû mieux faire, mais que, quoi qu'on fasse, ce qui est fait et fait et ne saurait se défaire.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 août 2020.

9 août 2020

YAKEKCHOZKSACACHKEKCHOZ

YAKEKCHOZKSACACHKEKCHOZ

 

  1. Défois qu'il y aurait d'la super-logique là-d'dans, un genre d'imagination poussée au bout d'la nuit des êtres pis qu'on y voit quoi, les flammes de l'enfer qu'on s'est allumé, avant le grand rien dans le grand tout.

  2. Défois je me dis doit y avoir quelque chose comme un signe, là, sur le front des possédés du complot, ou bien des initiés du Yakekchozksacachkekchoz. Mais non y a rien. Zont l'air aussi qu'les autres. Sauf les fantômes qu'ont même pas d'front défois.

  3. « Il est des histoires habillées de fiction qui ont dû s'en dépouiller à mesure qu'elles furent contées, quitte à atteindre alors une déconcertante réalité. »
    (Jean Ray, « Saint-Judas-de-la-Nuit »)

De telles histoires n'existent que parce qu'il y a des vérités cachées que nous ne pouvons pas révéler sans risquer que des mains sortent de l'ombre pour nous étrangler. Nous le savons tous, nous, les êtres sans cou.

4. Je suis choqué d'apprendre par la lecture de l'opus « Saint-Judas-de-la-Nuit », de l'Initié Jean Ray que les « docteurs ès sciences occultes » se moquassent des écrits de Jude Stein von Ziegenfelzen, « bien qu'il se prétendît la réincarnation de saint Jude, donc le cousin de Jésus ».

5. Y a vraiment des gens, i croient tellement à rien que le jour où ils disparaîtront, vous verrez qu'ils ne croiront même pas à leur propre fantôme.

6. Défois qu'un artiste de l'art brut se mettrait à « illuminer d'énormes escargots brillants comme le feu, » et puis tout des mômes là accompagnés de féroces clebs dans de grands vertiges querelleurs « d'insectes ailés et rampants ». Jean Ray, cet imagier.

7. Quant aux « statues des douze apôtres aux visages rêveurs ou menaçants » qu'évoque Jean Ray, je me demande pourquoi « douze » genre les douze mois de l'année, les douze tribus, le « Majestic Twelve », les douze cheveux d'la tête à Mathieu, les piles de douze de galettes du nouvel an que ma mère cuisait chaque 1er janvier...

8. Je pense que Jean Ray a raison, cette colonie de « figures nues de sirènes, aux formes allongées et fuyantes » évoque bien sûr les « pensées de tentation » qui traînent dans les cervelles de ceux qui délaissent les écritures initiées pour le monde des apparences.

9. « Nous avons, sur le rivage de l'inconnu, trouvé l'empreinte d'un pied étrange. Nous avons, à ce sujet, édifié de savantes théories. Enfin, nous avons réussi à reconstituer la créature qui a laissé cette empreinte ; et voilà que nous reconnaissons que c'est l'empreinte de notre pied ! » (J.A. Eddington cité par Jean Ray)

Défois on croit qu'c'est la lune, qu'c'est juste notre nombril.

Défois on croit qu'c'est des extra-terrestres, qu'c'est juste l'armée des Etats-Unis.

10. « Un nichet est un œuf factice que l'on met dans un nid pour que les poules y aillent pondre », nous apprend Jean Ray. C'est ainsi que bien des écrits mystérieux sont en fait des nichets, des légendes créées afin que certains auteurs y ajoutent d'autres vérités, tout aussi étranges.

11. Dans une page de Jean Ray, cette moquerie d'ivrogne :

« Moi j'le dis pas tout bas,
   En Carême, évêque mange gras ! »

Je ne peux pas résister à la tentation de citer : c'est trop amusant.

12. « L'affaire de l'abbaye condamnée » ai-je trouvé chez Jean Ray, ah les églises maudites, les couvents à possédées façon Loudun, vieilles sorcelleries politiques, qu'le démon a déserté l'Occident, car maintenant, le Satan des gens, c'est l'argent qu'ils disent, le libéralisme.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 août 2020.

 

 

 

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