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BREFS ET AUTRES

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18 juillet 2020

EN CETTE BATAILLE

EN CETTE BATAILLE

 

 

  1. Je ne comprends pas pourquoi le président Macron ne procède pas à la dissolution de l'Assemblée. Il en résulterait une majorité probable des Républicains. Malgré un gouvernement de droite, il resterait Président, ce qui lui permettrait d'adopter une posture de sphinx (plus ou moins jupitérien). Il planerait au-dessus des partis et des basses contingences de la vie ordinaire des gouvernements. De quoi attendre sa réélection (il passe bien à l'international) en jouant les juges de paix.

  2. « Plusieurs se sont imaginé des républiques et des Principautés qui n'ont jamais existé », écrit Machiavel traduit par Barincou. Ces Républiques exemplaires, ces Principautés merveilleuses, certains en rêvent encore, pour le plus grand malheur de l'humanité.

  3. « Mais il y a un tel écart entre la façon dont on vit et celle dont on devrait vivre, que celui qui abandonnera ce qui se fait pour cela qui devrait se faire, il apprend plutôt à se perdre qu'à se conserver », a écrit Machiavel. Dans cette bataille infinie là, celle des désirs, la chimère de l'utopie dévore bien des rêveurs.

  4. Défois, la porte, elle est fermée, on comprend pas pourquoi : « Un flot de jour entra. Je m'élançai sur la porte par où cet être était parti. Je la trouvai fermée et inébranlable. » (Maupassant, « Apparition » [le narrateur])

  5. Ce que nous cherchons, ce dont nous avons la nostalgie, c'est ce fugace moment d'exaltation qui précède l'hybris.

  6. Quand on prend des vers pour des larmes, on pleure pour un rien, vaut mieux pas s'adonner à la poésie : « Et les vers de Villon me montèrent aux lèvres, ainsi qu'un sanglot » (Maupassant, « La Chevelure » [le narrateur])

  7. Défois les gens i rient de choses qu'on comprend pas et plus i comprennent qu'on comprend pas, plus i s'marrent : « Quand je relevai les yeux après avoir lu ce message énigmatique, je vis Holmes glousser de joie. » (Conan Doyle traduit par Bernard Tourville, « Le Gloria Scott » [Watson])

  8. Tiens, c'est amusant, dans cette phrase d'Exbrayat, tous les prénoms commencent par « F » : « Félicité marchait en tête suivie de Fabienne et Florence allant côte à côte, Fulvie ensuite et Fanny fermait la marche en compagnie de François. » (Exbrayat, « Félicité de la Crois-Rousse »)

  9. Défois les parfums vous revenant à l'esprit sont si forts qu'on croirait sentir des fantômes.

  10. Défois les gens ont des sourires de cadeau empoisonné. On dirait des politiques, ou des banquiers.

  11. « L'Etat, c'est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l'Etat, je suis le Peuple. » Chaque fois que je lis cette phrase de Nietzsche, je me vois dans la tête la massive statuette, forgée dans un métal inconnu et sombre, de quelque dieu ancien et maléfique (ça s'voit à la gueule qu'il fait) d'une nouvelle de Lovecraft.

  12. Les mathématiques sont une stratégie, qu'on peut compter les morts avec : « - Statuerons-nous, alors, dis-je, en disant que c'est un enseignement des plus nécessaires à l'homme de guerre que de pouvoir calculer et compter ? » (Platon traduit par Georges Leroux, « La République », VII)

    Patrice Houzeau
    Malo, le 18 juillet 2020.

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17 juillet 2020

CE QUI EST VRAI N'EST PAS FORCEMENT REEL

CE QUI EST VRAI N'EST PAS TOUJOURS REEL

 

 

  1. Un mur zébré d'ombres ; deux personnages à voix basse. L'un porte soie, velours et or ; l'autre une veste et des trous. Leurs yeux brillent ; tous deux ont dague au côté. Sur le mur, tout à senestre, une affiche déchirée proclame : Les serments dans la n... se diss ..vent s...vent.

  2. Dans un paysage de ronces, de terre jaune, de poudre, la bête aux ailes repliées et à la longue queue d'écailles verdâtres ouvre une gueule aux dents acérées. Sur une pierre, des lettres maladroitement gravées : « La chose avant le nom n'existe pas encore. »

  3. Une pièce vide aux murs blancs. Un être (aussi bien Zut que ma pomme, ou l'autre, cet étranger) y réfléchit. Par l'unique fenêtre, on voit passer des feuilles d'arbre, un parapluie, au loin quelque goret volant.

  4. Sur les flots gris, quelque frêle esquif. La silhouette fine et longue d'une jeune fille. Elle pleure et s'adresse à la Vierge. Au loin, on devine les côtes d'une nation hérissée de lances.

  5. Le merveilleux est l'irruption de la synchronie singulière dans la banalité de la diachronie. Le miracle est l'irruption de cette singularité dans une diachronie en péril.

  6. Fées et enchanteurs étant eux-mêmes des figures du merveilleux, le merveilleux est en soi, sans auteur, cependant que le Christ, la Vierge Marie, les saints ne sont pas en eux-mêmes miraculeux, mais source de miracles. C'est là le mystère de la foi.

  7. On notera que l'on prie la Vierge et les saints d'intercéder en notre faveur, mais on ne prie pas le Christ, et c'est à Dieu alors qu'on s'adresse directement, en utilisant souvent les mots de « Seigneur, mon Dieu ».

  8. Même s'il use souvent de l'énigme, le merveilleux est sans mystère, et se déploie comme se déploie un éventail richement orné. C'est un spectacle, une féerie, au contraire du miraculeux qui reste sans autre explication que la présence de Dieu au cœur de l'humain.

  9. Quelle est la vérité du dragon ? Ses ailes, sa longue queue, ses écailles de serpent, les flammes qu'il crache, sa fonction de gardien de trésor et d'adversaire de chevalier. Cependant qu'il n'est pas réel, le dragon a une vérité. Ce qui est vrai n'est pas toujours réel.

  10. Défois, y a des gens, le président il en fait des ministres mès les gens i disent qui zont fait ci ou ça qu'il y a des enquetes en court qu'il est pas bien le ministre genre d'avoir couché avec une femme en échange de son influence ça fet des affaires bizarres du tintouin.

  11. A minima, l'affaire Darmanin, c'est du bizarre et de l'inconséquent. Etait-ce bien le moment pour Macron d'aller dans le bizarre en nommant un ministre (de l'Intérieur quand même) peut-être pas coupable mais en tout cas un peu trop sensible au radada canaille ?
    Il est possible que Darmanin soit tombé dans un piège. Ce qui, en fait, n'arrange pas vraiment son image, et cette faiblesse (a minima sa naïveté, sinon une certaine corruptibilité) devrait l'écarter de tout poste touchant à la sécurité des Français.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 17 juillet 2020.

15 juillet 2020

BREFS DE COMBAT DU 15 JUILLET 2020

BREFS DE COMBAT DU 15 JUILLET 2020

 

 

  1. L'extrême-gauche française ne s'est jamais consolée d'avoir été évincée de l'histoire de la Révolution Française. Aussi, fantôme bloqué dans sa synchronie, tente-t-elle régulièrement de reconstituer une situation pré-révolutionnaire.

  2. Il se pourrait que, faute d'adversaire crédible, Macron l'emporte aux présidentielles de 2022. Personne à gauche, personne à droite, personne chez les écologistes ; la peur de voir l'emporter un parti extrémiste fera le reste.

  3. Je l'avoue, je ferai comme beaucoup de Français : si ni la gauche, ni la droite classique ne présentent de candidat crédible, ne croyant ni aux extrêmes, ni aux écologistes (en tout cas, pas au niveau national), bien que n'appréciant guère son moralisme de banquier, je soutiendrai Macron.

  4. Il semble peu crédible que le Parti Socialiste s'entende à la fois avec La France Insoumise, les Ecologistes et les Communistes. Une plate-forme commune les mènerait peut-être au pouvoir mais tiendrait encore moins longtemps que l'union PC-PS de 1981.

  5. Si le gouvernement Castex n'arrive pas rester soudé devant les problèmes qui seront plus aigus encore à la rentrée de septembre 2020, il n'y aura sans doute pas de gouvernement Castex II, et le président Macron sera alors obligé de dissoudre l'Assemblée nationale.

  6. Prolongation de la crise sanitaire, hausse du chômage, pression migratoire, déqualification des diplômes, montée de l'insécurité, pression des communautarismes, crise économique mondiale, tensions internationales, paupérisation, crise environnementale, si le président Macron surmonte tout cela, il aura gagné ses galons de Chef d'Etat.

  7. Prolongation de la crise sanitaire, hausse du chômage, pression migratoire, déqualification des diplômes, montée de l'insécurité, pression des communautarismes, crise économique mondiale, tensions internationales, paupérisation, crise environnementale, franchement, à gauche comme à droite, voyez-vous un gouvernement capable de faire face efficacement à l'ensemble de ces difficultés ?

  8. Se pourrait-il que l'aggravation, non pas de la crise, mais des crises multiples et diverses ne soit en fait qu'une lente détérioration des conditions de l'humain qui n'aurait qu'une seule cause : la surpopulation ?

  9. Se pourrait-il que l'espèce humaine, à l'instar d'autres espèces, ne soit pas capable de réguler sa population et finisse donc par disparaître, éliminée par les virus que la mondialisation fait fatalement circuler ?

  10. Se pourrait-il que l'usage obligatoire du masque dans les lieux clos ressuscite des règles de politesse et de savoir-vivre depuis longtemps perdues ? Bah non, la passion latine de l'hyperbole et du théâtre a tué depuis longtemps la vieille France de nos aïeux, qui n'est sans doute qu'un songe.

  11. En 1970, 20% des élèves français arrivaient en terminale. Il y eut cette année-là 67,2 % d'admis. En 2019, le taux de réussite fut de 88,1% et l'on est maintenant à quasiment 80% d'une génération arrivant en terminale. Louons nos politiques qui ont su transformer presque tout les petits Français en petits génies capables de suivre des études supérieures, et plaignons nos universités.

  12. Le problème de la massification de l'enseignement supérieur, c'est qu'il faudra bientôt expliquer à tant de diplômés pourquoi, malgré de longues années passées à hanter amphithéâtres, TD, stages et autres, ils n'ont pas tous le droit à un CDI payé 2000 euros par mois.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 juillet 2020.

15 juillet 2020

UNE POIGNEE DE PETITES HANTISES

UNE POIGNEE DE PETITES HANTISES

 

 

  1. Qu'une porte soit fermée clôt l'espace et signifie que nul n'entre s'il n'est déjà entré ou plus tard, à moins que n'entre l'invisible traversant la matière.

  2. Qu'une porte soit ouverte ouvre l'espace et signifie que quelqu'un, peut-être, entre ou vient d'entrer ou sur le point, à moins que n'entre l'invisible pour lequel il importe nullement que porte soit fermée ou ouverte.

  3. Qu'une fenêtre se mette à penser et à révéler à haute et claire voix ce qu'elle voit n'implique pas que toutes les fenêtres soient dotées des mêmes facultés. On dira alors que cette fenêtre est envoûtée, ensorcelée, hantée.

  4. Pascal Quignard dans « L'Enfant d'Ingolstadt » écrit que « l'écrit met au silence la langue parlée ». On peut voir dans cette affirmation un écho à l'ancienne croyance selon laquelle les livres étaient faits de bouches cousues.

  5. Que l'écrit mette « au silence la langue parlée », comme le signale Pascal Quignard, relève d'un enchantement bien particulier. Certains croient que par l'intercession de sainte Parola ce charme peut être rompu et qu'un livre peut se mettre à parler aussi bien qu'une fenêtre.
    On notera cependant que ce recours est fort peu usité, car assez bruyant, d'autant que les auteurs ne sont pas toujours les bons lecteurs de leurs œuvres, et qu'il est un moyen moins surnaturel d'éveiller les syllabes et qui consiste à lire soi-même à voix haute.

  6. Dans le second intermède du deuxième acte de « La Balade du Grand Macabre » de Ghelderode, le Chœur dit : « Nous ne craignons pas d'être morts, nous redoutons de ne plus vivre. » C'est là propos de spectre, aussi étranger aux morts qu'il l'est aux vivants.

  7. « J'allai, entraîné par le squelette du hareng saur que j'avais grignoté peu à peu, devenant à mon tour un décharné ambulant qui faisait aboyer les chiens et frissonner les femmes enceintes. »
    (Michel de Ghelderode, « La Balade du Grand Macabre », [Nekrozotar])

  8. Il y eut quelques initiés pour représenter le Temps sous la forme d'un hareng saur se balançant au bout d'une ficelle. Charles Cros consacra un poème à cette croyance.

  9. Si ça se trouve, les extra-terrestres qui passent par chez nous ne nous voient que sous la forme d'ombres errantes dans les ruines de nos civilisations disparues depuis quelques antiquités déjà.

  10. Il arrive qu'un visage bien vivant apparaisse dans l'assiette. Si sa bouche s'ouvre, méfiez-vous, c'est qu'elle s'apprête à vomir les couleuvres que jadis vous lui avez fait avaler.

  11. Pascal Quignard dans « L'Enfant d'Ingolstadt » rappelle que « les hommes de l'Antiquité criaient très fort trois fois le nom du mort dans la chambre silencieuse où son corps avait été allongé. » C'est ainsi qu'il semble parfois que l'on nous appelle.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 juillet 2020.

14 juillet 2020

CHRONIQUE DU 14 JUILLET 2020

CHRONIQUE DU 14 JUILLET 2020

 

 

  1. « Pas un chemin de la pensée, pas même celui de la Métaphysique, ne part de l'être humain et de là ne s'élève à l'Être, ou inversement ne part de l'Être pour revenir ensuite à l'homme. »
    (Heidegger traduit par Aloys Becker et Gérard Granel, « Qu'appelle-t-on penser ? »)

  2. On peut penser façon sceptique
    que jamais bien qu'on ne cesse
    de ratiociner & de techniciser
    l'être humain on n'en arrive à
    l'Être et jamais divagant dans
    l'Être on n'arrive à le penser
    l'humain ce rêveur st'assassin

  3. L'humain, cette boucherie pensante.

  4. On disait le 14 juillet 2020 que Hong-Kong était une démocratie qui, depuis la promulgation de la loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, était en passe de devenir une dictature.

  5. Même si Macron arrivait à redresser une économie maintenant chancelante, étant donné l'état d'incurie dans lequel le secteur hospitalier a été si longtemps laissé, tout ce que peut faire notre gouvernement n'est jamais que réparation de dommages qu'il a lui-même causés.

  6. Durant la crise du Covid, beaucoup dénoncèrent l'hyper-bureaucratie à l’œuvre dans les hôpitaux publics. On disait qu'il y avait autant d'administratifs que de médecins et qu'en France, pour 800 000 soignants, il y avait 145 000 administratifs. (source : France Info, Thomas Pontillon).

  7. L'erreur de considérer la Guyane comme une île peut peut-être s'expliquer par le fait que comme ils n'écrivent pas leurs discours eux-mêmes (eh non) et qu'ils ne font pas toujours attention à ce qu'ils lisent (eh oui), nos politiques en arrivent donc à débiter des sottises.

  8. A tous ceux qui pensent que chaque citoyen, quelque soit sa situation, devrait, si peu que ce fût, payer des impôts, je n'ai à répondre que ceci : fichez la paix aux pauvres.

  9. A tous ceux qui pensent que chaque citoyen devrait être mis dans l'obligation de voter, je n'ai à répondre que ceci : personne ne peut m'obliger à voter pour quelqu'un qui m'est radicalement étranger.

  10. Certains disent que lors de ses phases, la lune se dissout en partie, ne laissant qu'un mince croissant, et se dissolvant, elle s'immisce dans l'air et descend jusqu'à nous où, pénétrant par les narines, elle s'infiltre dans certains esprits.
    Lorsque la lune est pleine, qu'elle s'est reconstituée, les esprits, soudain privés de leur drogue nocturne, s'affolent. C'est l'heure redoutable des lunatiques.

  11. Certains, en ce 14 juillet 2020, disaient que le président Macron tentait de récupérer le jour de la fête nationale afin d'estomper la très mauvaise impression produite par les manques et les mensonges de l'Etat lors de la crise du Covid.

  12. La politique est l'art de faire croire que des gens radicalement étrangers les uns pour les autres pourraient vivre ensemble et constituer une nation. Cette fiction ne tient qu'en période de plein emploi ; en période de crise, elle n'est sauvée que par quelques-uns.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 juillet 2020.

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13 juillet 2020

AVANT D'PASSER A L'ACTE LE LUTIN

AVANT D'PASSER A L'ACTE LE LUTIN

 

 

 

  1. Lu l'album « Sigurd », tome VI de la
    série « Les Tours de Bois-Maury » de
    Hermann qu'ça débute par d'la vision
    d'apparitions chauve-souris barge ça
    va sur la mer ça la barge pis cheval
    blanc portant joyau sur son front je
    m'dis qu'le passé c'est du retour de
    revenances qu'le présent leur permet
    encor d'se manifester dans l'bizarre

  2. « Les idées, comme des boucs étaient dressées les unes contre les autres. »
    (Henri Michaux, « La marche dans le tunnel »)

  3. « Les idées, comme des boucs étaient
    dressées les unes contre les autres»
    dit dans La marche dans le tunnel le
    poète Henri Michaux que les boucs oh
    oui qu'ça vous fonce dessus qu'si on
    i songe c'est politique en diable ça
    les boucs dans le genre radical même

  4. Les idées mèneraient-elles le monde?
    Ou alors les idées les alibis de nos
    intérêts qu'elles sont les idées que
    je me pensais en penchant la tête et
    me disant comme elle est bien pleine
    la poubelle faut qu'j'la vide tandis
    qu'elles sortent des murs les ombres

  5. « Le poste de machin semble très convoité
    à la tête de » que j'entends à la radio &
    moi entendant cela je me dis la politique
    c'est pareil que la vie d'pousse-toi-d'là
    -que-j'm'y-mets qu'il y a partout qu'donc
    ça doit être pour ça qu'on vote pour tant
    de gens aussi idéalement menteurs qu'nous

  6. Entendu dire que parfois pendant ses cours
    ce grand philosophe de la Logique aussi du
    Langage disait défois qu'idiot i s'sentait
    C'est que défois la machine a patine kelle
    se met à chantonner des comptines é défois
    qu'c'est juste une présence bouche bée pis
    qu'rien qu'en sort qu'on est juste là nul.

  7. Défois moi aussi j'me sens stupide même que
    je me relis que je me dis qu'c'est pas bien
    écrit cé koi toutes ces conneries et j'm'en
    veux j'me dis qu'j'devrais faire mieux puis
    là en général m'arrive dans la caboche c'te
    troupe de gnomes qui chantent des comptines
    bavaroises qu'j'ai envie d'boire d'la bière

  8. « Mais vous êtes aussi réel que je le suis, lui disais-je. O Simon, pourquoi êtes-vous mort avant d'avoir pu me dire de quoi il s'agit ? Simon, à quoi cela ressemble-t-il, d'être mort ? »
    (Leonora Carrington traduit par Henri Parisot, « Le Cornet acoustique » [la narratrice])

  9. Mais vous êtes aussi réel que je le suis,
    lui disais-je.O Simon, pourquoi êtes-vous
    mort avant que d'avoir pu me dire de quoi
    il s'agit? » qu'elle demande dans l'roman
    étonnant à Leonora Carrington « Le Cornet
    acoustique » que si ça s'trouve les Morts
    si on leur demandait quoiquesse d'l'autre
    côté i s'gondoleraient d'l'ectoplasme pis
    s'frottant le vide orbital i répondraient
    Tu crois quoi toi je te dis moi k'tout ça
    pour ça L'au-delà c'est de l'escroquerie.

  10. Moi je pense que le lutin armé d'un couteau
    qu'y a parfois dans la tête des gens bin il
    n'y a pas qu'le lutin aussi du labyrinthe y
    a et qu'c'est même pour ça qu'le lutin faut
    qu'il le retrouve son chemin dans le dédale
    & sans s'faire bouffer par l'aut' Minotaure
    là qu'en fin de compte il en met parfois du
    long temps le lutin avant d'passer à l'acte

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juillet 2020.

12 juillet 2020

VERS LA CORNICHONIFICATION

VERS LA CORNICHONIFICATION

 

 

  1. Des fois on croit mais en fait non qu'on s'dit tant pis.

  2. Si le verbe « éléphanter » signifiait « adorer son dieu », à coup sûr, le Créateur aurait été représenté avec une trompe.

  3. Nous sommes soudain dans la considération. C'est le moment à soi des questions. Qui fut réellement ce cadavre ?

  4. L'être qui parle dans les poèmes de Henri Michaux imagine qu'aux « approches de la mort », il serait possible de « réduire » les « êtres » à « une sorte d'alphabet qui eût pu servir dans l'autre monde, dans n'importe quel monde. »

  5. Il y a aussi « le regard de mort » qu'elles ont les bêtes (surtout les « félins et les rapaces » écrit Pascal Quignard) que j'ajoute celui des cornichons sauvages à yeux vifs, les féroces cornichœils qui vous dévorent le jambon avant même que vous ayez sorti la moutarde.

  6. A force de beugler « Eye Of The Tiger », on finit par tomber dans le yaourt.

  7. Selon les disciples du culte du Livre-Labyrinthe, il arrive que dans certaines circonstances, certains lecteurs initiés chutent dans le livre ouvert. Devenus purs points de vue internes, ils errent sans fin dans le labyrinthe des lignes et des sens, découvrant ainsi les livres du Livre.

  8. Si j'en crois « le Maître de Ho » dont Henri Michaux rapporta les propos, si nous ignorons tout des gens de la « Terre creuse », c'est que :
    « Rien ne débouche nulle part
    Les siècles aussi vivent sous terre, dit le Maître de Ho. »
    (Henri Michaux, « Labyrinthe »)

  9. Si nous considérons que le réel est une suite de postures, la fin subjective du réel est donc la fin des postures, et la Mort une imposture.

  10. Non, je ne pense pas que certains romans policiers actuels, qui vous font leurs 836 pages comme vous faites du café, soient composés par des équipages d'extra-terrestres échoués sur Terre et réduits en esclavage par de grands gutturaux blonds aux yeux bleus.

  11. Je ne doute pas par contre, à voir la façon dont le grand Touci-touça évolue, que les cornichons à yeux vifs, les féroces cornichœils ne se contentent plus de jambon et en soient venus à parasiter les cervelles de bon nombre de nos frères humains.

  12. Alors, le Maître dit : « Nous allons vers la grande Cornichonification de toute chose, car il est écrit que dès que l'on commence un jeu de cornichon, il n'y a pas de raison pour que cela s'arrête. En vérité, je vous le dis, nous finirons dans le vinaigre. »

    Patrice Houzeau
    Malo, le 12 juillet 2020.

12 juillet 2020

DEJA LES FLAMMES DEVORENT THEBES

DEJA LES FLAMMES DEVORENT THEBES

 

 

  1. « Dans un camp à moi, je tiens prisonniers des nobles. Pourquoi ? En otages. Pourquoi en otages ? Parce que. »
    (Henri Michaux, « Dans mon camp »)

  2. Une boîte me tient enfermé. Personne ne la voit et tout le monde me croit aussi visible que l'homme de la rue. Mais parfois, je l'ouvre et tel un diable je jaillis. Personne ne m'en fait jamais la remarque.

  3. « Au contact mortel de ce regard de glace, tout ce qui n'est pas essentiel disparut. »
    (Henri Michaux, « Alphabet »)

  4. Il est certainement qu'au cours de l'existence, beaucoup rencontrent plusieurs fois le « regard de glace » du péril imminent. L'invisible se rappelant à nous, il abolit instantanément tout ce qui n'est pas essentiel jusqu'à parfois, notre présence sur terre.

  5. Il arrive que celui qui se croit justicier dans les ténèbres aille consulter. Henri Michaux rappelle quelque part que cela peut finir mal, je cite : « La tête dans ses tarots mes chiens dévorent la cartomancienne. »

  6. La rumeur publique dénonçait le sphinx comme s'étant rendu coupable d'avoir, lorsqu'il n'était encore que provincial, échangé contre son influence des faveurs sexuelles avec quelque créature des nuits fauves. On parla de « viol ». On contesta sa nomination.

  7. Eu égard aux fermetures annoncées, les gens restaient étrangement calmes. Le Duc se demandait combien de couteaux pouvaient en venir aux mains et si son peuple, déjà réfractaire, n'était pas en passe de lui devenir aussi étranger qu'une horde du Vème siècle.

  8. On s'attendait à un nombre plus élevé que prévu d'apprenants. On s'attendait à un nombre plus élevé d'arrivants. Une poignée de scribes remarqua que les Savoirs tournaient sur leurs socles et, ostensiblement, tournaient le dos à la foule empressée et inutile.

  9. On disait le Prince de Macronie sensible aux attraits de la canaille. Déjà les services avaient dû débarrasser le palais d'un garde du corps un peu trop dominant. Et voilà qu'il nommait à des postes-clés des hommes dont une partie du peuple dénonçait l'hybris, sinon la loucherie.

  10. Je me demande combien de fois ces dernières années on a assassiné César.

  11. « Tout tombe, dit le Maître de Ho. Tout tombe, déjà tu erres dans les ruines de demain. »
    (Henri Michaux, « Les sphinx »)

  12. Que sont les bibliothèques, sinon des sphingeries ? Nous y consultons oracles imprimés et sibylles d'encre qui ne cessent de nous dire que tout est écrit et que les flammes déjà dévorent Thèbes.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 12 juillet 2020.

11 juillet 2020

QUI EST DONC CE DRAGON QUI NOUS ASPHYXIE

QUI EST DONC CE DRAGON QUI NOUS ASPHYXIE ?

 

 

  1. Nos imaginaires vivent avec nous. Nos cités sont hantées d'êtres ailés, nos demeures de dieux aux noms cachés, et d'étranges philosophes parlent par nos discours.

  2. Les anciens dieux, ceux que l'Unique a chassés, se raccrochent au réel. D'où ces murmures dans la nuit, ces coups dans les murs, ces visions fugitives, l'étrangeté de nos musiques et de nos légendes, ces énigmes qui tissent nos poèmes.

  3. « Les maisons sont comme des corps. Nous sommes reliés aux murs, aux toits et aux meubles, tout comme nous dépendons de nos foies, de nos squelettes, de notre chair et du flux de notre sang. »
    (Leonora Carrington traduit par Henri Parisot, « Le Cornet acoustique »)

  4. Se pourrait-il que, croyant vivre en nos maisons, ce soient nos maisons qui nous hantent ?

  5. L'Absolu est-il l'hybris de la conscience ? Les philosophes qui ont argumenté des cités idéales, et les politiques qui sur ces architectures impalpables ont bâti programmes et systèmes seraient donc très périlleux, à moins qu'ils fussent comédiens.

  6. Se pourrait-il que certaines créatures des ténèbres tentent de persister dans l'être en usurpant la langue des politiques ? Ou les ténèbres elles-mêmes ne sont-elles qu'une farce que le langage nous joue pour se moquer de nos prétentions à l'humain ?

  7. Je ne crois pas que l'empire des ténèbres soit une farce. Les Ténèbres sont bien trop puissantes et l'Histoire nous apprend qu'Elles ont pris bien des masques et inspiré à la crédule humanité bien des horreurs.

  8. Lorsque j'étais enfant, soudain nos maîtres d'école se mirent à parler une langue étrange où il n'était plus question de répartir des parts de tarte ou de compter des billes, mais de définir l'identité de « x » et de « y » à l'aide de formules qui me semblèrent tout à fait martiennes.

  9. Lovecraft, on le sait, n'a point vécu raisonnablement. Cependant, rien de plus rationnel que l'esprit de l'auteur de « L'appel de Cthulhu ». C'est tout à fait rationnellement – et peut-être sans même s'en douter - qu'il a préparé le surgissement des Autres Dieux dans nos modernes réalités.

  10. Dans « Le Cornet acoustique » de Leonora Carrington, le « manuscrit du confesseur de l'Abbesse » mentionne que « des rumeurs souterraines nous parviennent encore ». Les partisans de la théorie de la « Terre creuse » y devineraient quelque peuple ancien et hermétique.

  11. En juillet 2020, il semble de plus en plus clair que nous ne sommes pas débarrassés du Covid et on nous avertit chaque jour d'un probable regain de vigueur du tueur invisible. Qui est donc ce dragon qui nous asphyxie ?

  12. Je me demande parfois si le réchauffement climatique et la fonte des glaces ne vont pas finir par libérer quelque virus d'un autre temps, quelque chose d'inimaginable qui s'abattra sur l'humanité comme les créatures visqueuses de l'autre côté des murs s'emparent de nos demeures.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 juillet 2020.

10 juillet 2020

QUE DANS LA PENSEE CELA SE PASSE DIFFEREMMENT

QUE DANS LA PENSEE CELA SE PASSE DIFFEREMMENT

 

 

  1. Lorsque Wittgenstein se demande quelle est la « différence entre les deux processus : Désirer que quelque chose arrive - et désirer que cette même chose n'arrive pas », le « et » de la traduction de Pierre Klossowski nous semble essentiel.

  2. Dans la même conscience deux désirs contraires : « Désirer que quelque chose arrive – et désirer que cette même chose n'arrive pas ». C'est exactement ce qui doit hanter la conscience de l'extraterrestre infiltré parmi nous et tombé amoureux d'une belle terrienne.

  3. Au paragraphe 548 de ses « Investigations philosophiques », cette remarque de Wittgenstein : « On entend que dans la pensée cela se passe différemment » indique assez l'existence d'un monde parallèle qui coïncide avec la pensée et se développe hors du réel commun.

  4. Chacun connaît l'énigme de la dernière proposition du Tractatus logico-philosophicus » de Wittgenstein : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » La phrase semble banale mais elle signifie évidemment que le réel en soi est aussi incommunicable que les noms des autres dieux.

  5. Un dieu vint et s'affirma comme le « Il n'y a qu'un seul dieu ». Dès lors, de par le monde, quelques maisons furent dépositaires de lourds secrets et d'événements inimaginables pour le commun des mortels. Jean Ray révéla une de ces maisons tourmentées dans un livre intitulé « Malpertuis ».

  6. Les morts ont-ils encore un nom ? C'est leur présence dans nos mémoires qui est encore nommée. Sinon, les morts oubliés ne sont même plus ombres en leur royaume ; ils ne sont plus que poussière que le vent sème dans l'infini de ce qui n'a plus de temps.

  7. « Mais dès lors que « Excalibur » est le nom d'un objet, cet objet n'existe plus, si « Excalibur » est brisée ; et, puisque alors aucun objet ne correspondrait au nom, ce nom même n'aurait point de signification. »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 39)

  8. Qu'une langue puisse être contaminée, jusqu'à en tomber malade, jusqu'à s'anémier, jusqu'à en mourir et disparaître, prouve sans nul doute que l'être se manifeste dans la langue comme les dieux perdus se manifestent dans leurs dernières demeures.

  9. Les humains tendent à l'universalité du code. C'est ainsi que certains espèrent se débarrasser des autres dieux qui ont fait demeure de la langue. Mais il semble que la hantise persiste dans l'être et contamine les machines.

  10. Wittgenstein fait souvent usage de ces propositions qui nous sont familières telles que : « Tandis que je lui parlais, je ne savais trop ce qui se passait dans sa tête. » (cf Investigations philosophiques, 427). Ce qui revient à évoquer ce monde de la pensée en soi, labyrinthique et parallèle.

  11. C'est de ce monde de la pensée en soi, labyrinthique et parallèle que nous viennent légendes, fantômes et autres dieux, lesquels pétrissent nos réels de leurs mains sans doigts, ni paume, ni poignet.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 juillet 2020.

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