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BREFS ET AUTRES

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23 août 2020

L'USAGE FIXANT LA REGLE

L'USAGE FIXANT LA REGLE

 

 

  1. Sans doute que chaque situation que nous vivons est porteuse de destin : après tout, tout peut arriver. Et c'est-y quoi donc que ce destin de notre être, que ce destin de l'être humain qui serait aussi le destin de chaque individu ?

  2. Le destin de chacun implique-t-il l'humanité toute entière ? Voilà le fondement de toutes les volontés de changer l'humain : religion, nazisme, communisme, fable du transhumanisme, mauvais cours de philosophie pour classe de terminale, pédagogisme et maintenant écologie politique.

  3. Heidegger citant Schelling : « Vouloir est l'Être originel ». Ce qui peut plaire au religieux. Tout dépend où l'on place cette volonté originelle. Curieux de constater que le genre zen se plaît à je ne sais quel non-vouloir, je ne sais quel retrait, je ne sais quel détachement du monde.

  4. La méditation est-elle l'expression d'une volonté de ne pas vouloir ? La décroissance est-elle une volonté de ne pas continuer à user du monde ? Je note que les vouloirs qui prétendent aux valeurs universelles séduisent les idéalistes et aiguisent les appétits de pouvoir.

  5. L'une des bases les plus solides du libéralisme, c'est qu'en théorie, il empêche que l'Etat prenne le pas sur l'initiative individuelle. Tandis que l'Etat totalitaire décide et que le citoyen obéit, l'Etat libéral incite, et c'est finalement le citoyen qui décide.

  6. Il y a-t-il réellement un principe du bonheur ? Ou le bonheur n'est-il qu'une plus-value, qu'un état d'esprit partagé par certains et inconnu des autres ? Le bonheur est-il une faculté individuelle comme le sont par exemple l'oreille absolue ou la mémoire des visages ?

  7. Etrange de constater que les politiques qui font la promotion du bonheur sont aussi les partisans d'un Etat fort, fût-il basé sur je ne sais quelle « constituante » et l'illusoire volonté d'un peuple qui n'existe pas.

  8. L'essentialisme de gauche consiste à penser qu'il y aurait un « peuple » qui, en raison de ses difficultés induites par les contingences de la société libérale, voterait « naturellement » à gauche. La montée de l'extrême-droite dans l'électorat dit « populaire » infirma cette croyance.

  9. Devant la montée des droites, le pédagogisme soutint l'idée que c'est en faisant accéder un maximum d'élèves à l'enseignement supérieur et en donnant à tous un accès à la « culture » que l'on lutterait efficacement contre l'extrémisme de droite : erreur grossière, la « culture » n'étant pas la morale, mais un ensemble de pratiques.

  10. On peut voir les débats récents sur la « culture » (les dénonciations d'appropriation culturelle, celle des auteurs prétendus « racistes », relativisation de la valeur des classiques, etc...) comme une tentative de réintroduction de la morale dans la culture. Cette moralisation de la culture, sans doute que l'extrême-gauche et l'écologie politique en rêvent. Elle ne pourra se faire, je pense, sans un retour délétère de la censure d'Etat.

  11. Pourrait-on dire que dans une société libérale, comme dans la pratique d'une langue, c'est l'usage qui fixe les règles cependant qu'un Etat totalitaire n'a de cesse de fixer des règles qui, changeant les usages, ont pour but de créer un « homme nouveau », un citoyen idéal ?

Patrice Houzeau
Malo, le 23 août 2020.

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22 août 2020

FOIN DES FICELLES

FOIN DES FICELLES

 

 

  1. La massification de l'enseignement supérieur, c'est bien souvent « la foire aux illusions », le « bûcher des vanités » et même parfois « on achève bien les chevaux ».

  2. « Peut-être si quelqu'un reçoit, comme Mrs Gonzales, la visitation de fantômes, sera-t-il possible d'éveiller l'intérêt d'autrui, surtout si on lui parle de lui-même. »
    (Leonora Carrington traduit par Henri Parisot, « Le Cornet acoustique »)

  3. Si soudain m'apparaissait quelque spectre d'épouvantable apparence, sans doute mon palpitant se pétrifierait dans ma poitrine. Mais si c'était le fantôme de mon amie, comme le fit jadis l'amour de Monsieur de Sainte-Colombe, alors la joie en mon âme se mêlerait à la mélancolie.

  4. La fille, quoique farfelue, était fière et fine. Claire et colorée, elle était férue des crépuscules. Merlin l'Enchanteur les avait-il parsemées de poussières stellaires, y avait-il émietté quelques merveilles, pour que ses mirettes ainsi brillassent ?

  5. Le fantôme de l'antique maître d'hôtel du vieux manoir annonça pour le lendemain soir un concert de clavecin par quelque squelette virtuose. Quant à moi, je m'échinais à comprendre ce que cette clavicule faisait là. Les araignées des coins accordaient leurs violons.

  6. Les murs ayant maintenant des yeux et des oreilles, il ne leur manque plus que la parole pour nous ordonner. Encore que d'une certaine manière, l'impératif d'la connexion fatale au reste des bipèdes à cerveau aléatoire, hein.

  7. En septembre, des masques risquent de tomber. En septembre, verra-t-on de nouveau jaunes et bleus se taper dessus ? Si rien ne change, à Minsk, l'hiver risque d'être très long.

  8. Les marxistes ont cru pouvoir tuer Dieu ; ils semblent qu'ils l'aient seulement anesthésié et qu'il se réveille, et de fort méchante humeur encore.

  9. En théorie, difficile d'associer soumission houellebecquienne et France Insoumise pourtant qu'on dit. « Who'll stop the rain » n'est pas une chanson très écoutée en ce moment.

  10. Ce barde fut-il imberbe ou porta-t-il la longue barbe des enchanteurs d'antan, ce barde qui battant la campagne cherchait abri, bicoque, baraque, auberge, quelque bergerie où poser son barda, ce barde fut battu à mort par quelques gueux dégoûtants gueulards. Cela arrive parfois.

  11. Où sont ces zoziaux querelleurs, ces zoziaux noiseurs ? Font les bateleurs, chantent leur comédie. Unissons-nous camarades, aiguisons nos couteaux de carton. Nous ne prendrons pas le pouvoir, il est au voisin. Nous en aurons des choux et du lard puisque la voisine est en cuisine.

  12. Comme beaucoup, je fus moi aussi tenté par l'ailleurs à illusions, l'extension d'la Providence verticale. Et puis j'appris que jadis je serais mort si un chirurgien n'était pas revenu des Amériques avec une méthode qui me sauva. Foin des ficelles et des rouges fantoches.

  13. Qu'est-ce que les extra-terrestres préparent ? Du thé peut-être ? Du riz cantonnais ? Quant aux ailleurs à illusions, ils parsèment le ciel d'idées de constituante. Ah les songeurs zoziaux ! Ah les fourgue-rêves ! Ah comédie, dés pipés, fête à la citrouille ! A la pomme verte !

    Patrice Houzeau
    Malo, le 22 août 2020.

13 août 2020

LE PLASTIQUE C'EST PRATIQUE MAIS C'EST TRAGIQUE

LE PLASTIQUE C'EST PRATIQUE MAIS C'EST TRAGIQUE

 

 

  1. « L'assertion que les Ghlianes doivent faire des trous dans les bancs sur lesquels ils s'assoient, afin d'avoir place pour leur queue, nous porte à douter que l'auteur ait jamais observé un chien ou un singe sur un plancher. »
    (Jean-Charles Houzeau, « Etude sur les facultés mentales des animaux comparées à celles de l'homme »)

  2. Certaines pièces sont si terribles qu'on en sort que tout mort. Certaines choses ont une force qui leur est propre, qu'ça vous frappe donc. Certaines pièces, les choses y ont une de ces forces (la force des choses hein) que même tout seul on en sort que tout mort. C'est un mystère.

  3. Les choses boitent qu'ça s'emboite mal ; de boiterie en boiterie, y a plein d'boîtes qui déboîtent. Du coup, on s'boissonne, on boit d'la bière en boîte, d'la bibine en bouteille ; on s'maboule le bocal, on bégaie, bafouille, pis qu'on tombe.

  4. Défois, y a des trucs, tout un tas d'trucs qui le tracassent, des mystères terrestres et des futurs turlupinants, l'apocalypse climatique, le surnombre engloutissant, la dictature des sachants, le pangolin virulent, aussi le plastique, qu'est bien pratique mais très tragique.

  5. La France est une naine très râleuse, très agitée et très opiniâtre que les géants observent en se demandant ce qu'elle va bien pouvoir encore inventer.

  6. Les autres, i savent jamais quel sphinx zavez en tête et vous, vous ne savez pas non plus quels sont les lutins bavards qui discutent le bout de gras dedans leur caboche.

  7. Nous ne vivons plus dans la polysémie, mais dans l'hypersémie : dans chaque événement chacun trouve le sens qui lui convient. Y a tellement d'sens partout que ça n'a plus de sens.

  8. Viens d'entendre sur France Inter, ce jeudi 13 août 2020, cette expression infiniment risible pour désigner l'âme : notre « écologie intérieure ». Effrayant. Si l'écologie politique arrivait à ses fins, nul doute que l'on en viendrait vite à la dictature des psys de toutes sortes.

  9. Si zébré cinglé j'finissais zinzin au zonzon des azimutés, hallucinerai-je lorsque zieutant vers l'ailleurs sibyllin, je verrai dans l'azur Zut et Zazie – ô zézayantes ! - flotter en robes de neige ?

  10. Je demande à ma mémoire où j'ai laissé mon amour, ma mie, et quelles merveilles ai-je manqué en ces miroirs, puis quelles sont ces momeries de momies et de mimes à grimaces, où je me mire en mon sommeil.

  11. Lors qu'il songeait aux secrets que recèlent les choses et qui parfois nous sautent aux yeux, ou à la gorge, c'est aux serpents sifflants de ses mèches bleues qu'il reconnut la Mélusine de Labisse.

Patrice Houzeau
Malo, le 13 août 2020.

11 août 2020

D'UN FAUDRAIT FAIRE L'AUTRE

D'UN FAUDRAIT FAIRE L'AUTRE

 

 

  1. Cela fait longtemps que j'ai dit je t'espère ;
    Il me semblait sans toi manquer d'oxygène ;
    Cela fait si longtemps que je t'ai dit je t'espère,
    Que te voilà fantôme et donc plus un problème.

  2. A passer repasser sous le ciel bleu avec sa tête entêtée hantée de pensées et des fugaces rêve-t-on de vert qu'on est dans le gris, mais du vert y en a tout d'même un peu et puis y a la mer et le vert des diabolos menthe et des Get 27 qu'on boit au bar tabac du coin.

  3. A passer repasser sous le ciel bleu on pense que nos morts ne le verront plus jamais, le ciel bleu, ni les oiseaux noirs et blanc s'envolant des fronts verts, qu'on se sent soudain un cœur une tête et toutes ces veines et la chaleur qui vous enveloppe, vous colle au corps.

  4. « Qui s'approche de moi, qui me regarde en face »
    (Michel Houllebecq, « Derniers temps »)

    C'est la Mort, c'est la Mort qui vous efface de votre espace.

  5. Qui s'approche de moi y a kekchoz qui cloche kekchoz de louche qui s'approche de moi et me regarde en face avec des yeux qui voient comme loin, loin derrière moi qui s'approche de moi et me traverse comme si j'étais transparent translucide du vide du vide du vide.

  6. Loin derrière moi qui s'approche de moi... Bien le bonjour, « Monsieur mon passé » ! comme il l'appelait, Léo Ferré, qu'est passé lui aussi qu'c'est bien dommage.

  7. Quand j'étais au collège, je préférais écouter des chansons plutôt que d'apprendre mes leçons. Maintenant que j'en refourgue moi aussi aux élèves des leçons , je me demande s'ils écoutent encore des chansons sont plus les mêmes sons sont plus les mêmes bref, passons.

  8. Défois, un verre de vin blanc bien frais, une chanson de Léo Ferré et le monde i s'fait tout léger qu'on dirait qu'le temps sonne enfin juste, pis le disque i s'termine et la bouteille, elle est vide qu'on s'sent bien lourd qu'on va s'couquer, « dodo la boule »...

  9. « Je suis peut-être mort, je ne sais pas » écrit Michel Houellebecq qui confirme ainsi, qu'en vertu du « cogito ergo sum » cartésien, on peut bien être sans exister. Le sentiment est bien connu, que l'on appelle « malaise existentiel », qu'il nous semble qu'on passe à côté.

  10. A ce malaise existentiel, Houellebecq répond lui-même en notant : « Il y a quelque chose qu'il faudrait faire, que je ne fais pas. » C'est dans ce faudrait faire que l'on se flanque tout le temps, courant de faudrait faire en faudrait faire jusqu'à ce que tout se défasse.

  11. C'est dans ce faudrait faire que l'on se flanque tout le temps, courant de faudrait faire en faudrait faire, en faisant de son mieux et avec ce sentiment que l'on pourrait mieux faire, que l'on aurait dû mieux faire, mais que, quoi qu'on fasse, ce qui est fait et fait et ne saurait se défaire.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 août 2020.

9 août 2020

YAKEKCHOZKSACACHKEKCHOZ

YAKEKCHOZKSACACHKEKCHOZ

 

  1. Défois qu'il y aurait d'la super-logique là-d'dans, un genre d'imagination poussée au bout d'la nuit des êtres pis qu'on y voit quoi, les flammes de l'enfer qu'on s'est allumé, avant le grand rien dans le grand tout.

  2. Défois je me dis doit y avoir quelque chose comme un signe, là, sur le front des possédés du complot, ou bien des initiés du Yakekchozksacachkekchoz. Mais non y a rien. Zont l'air aussi qu'les autres. Sauf les fantômes qu'ont même pas d'front défois.

  3. « Il est des histoires habillées de fiction qui ont dû s'en dépouiller à mesure qu'elles furent contées, quitte à atteindre alors une déconcertante réalité. »
    (Jean Ray, « Saint-Judas-de-la-Nuit »)

De telles histoires n'existent que parce qu'il y a des vérités cachées que nous ne pouvons pas révéler sans risquer que des mains sortent de l'ombre pour nous étrangler. Nous le savons tous, nous, les êtres sans cou.

4. Je suis choqué d'apprendre par la lecture de l'opus « Saint-Judas-de-la-Nuit », de l'Initié Jean Ray que les « docteurs ès sciences occultes » se moquassent des écrits de Jude Stein von Ziegenfelzen, « bien qu'il se prétendît la réincarnation de saint Jude, donc le cousin de Jésus ».

5. Y a vraiment des gens, i croient tellement à rien que le jour où ils disparaîtront, vous verrez qu'ils ne croiront même pas à leur propre fantôme.

6. Défois qu'un artiste de l'art brut se mettrait à « illuminer d'énormes escargots brillants comme le feu, » et puis tout des mômes là accompagnés de féroces clebs dans de grands vertiges querelleurs « d'insectes ailés et rampants ». Jean Ray, cet imagier.

7. Quant aux « statues des douze apôtres aux visages rêveurs ou menaçants » qu'évoque Jean Ray, je me demande pourquoi « douze » genre les douze mois de l'année, les douze tribus, le « Majestic Twelve », les douze cheveux d'la tête à Mathieu, les piles de douze de galettes du nouvel an que ma mère cuisait chaque 1er janvier...

8. Je pense que Jean Ray a raison, cette colonie de « figures nues de sirènes, aux formes allongées et fuyantes » évoque bien sûr les « pensées de tentation » qui traînent dans les cervelles de ceux qui délaissent les écritures initiées pour le monde des apparences.

9. « Nous avons, sur le rivage de l'inconnu, trouvé l'empreinte d'un pied étrange. Nous avons, à ce sujet, édifié de savantes théories. Enfin, nous avons réussi à reconstituer la créature qui a laissé cette empreinte ; et voilà que nous reconnaissons que c'est l'empreinte de notre pied ! » (J.A. Eddington cité par Jean Ray)

Défois on croit qu'c'est la lune, qu'c'est juste notre nombril.

Défois on croit qu'c'est des extra-terrestres, qu'c'est juste l'armée des Etats-Unis.

10. « Un nichet est un œuf factice que l'on met dans un nid pour que les poules y aillent pondre », nous apprend Jean Ray. C'est ainsi que bien des écrits mystérieux sont en fait des nichets, des légendes créées afin que certains auteurs y ajoutent d'autres vérités, tout aussi étranges.

11. Dans une page de Jean Ray, cette moquerie d'ivrogne :

« Moi j'le dis pas tout bas,
   En Carême, évêque mange gras ! »

Je ne peux pas résister à la tentation de citer : c'est trop amusant.

12. « L'affaire de l'abbaye condamnée » ai-je trouvé chez Jean Ray, ah les églises maudites, les couvents à possédées façon Loudun, vieilles sorcelleries politiques, qu'le démon a déserté l'Occident, car maintenant, le Satan des gens, c'est l'argent qu'ils disent, le libéralisme.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 août 2020.

 

 

 

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8 août 2020

AH OUI LA Y A QUELQUE CHOSE

AH OUI LA Y A QUELQUE CHOSE

 

  1. Zut se dit qu'ça cache queque chose qu'ça cache queque chose qu'ça cache queque chose qu'ça cache queque chose pis Zut se dit qu'elle devrait arrêter de se dire qu'ça cache queque chose qu'ça cache queque chose qu'ça cache queque chose.

  2. Zut se dit que défois on a des sentiments intimes qu'on peut pas les dire qu'c'est pour ça qu'ils sont intimes sinon ça effraie le monde ça malaise le monde que si les sentiments intimes i sortaient comme i sont de la bouche ça ferait du pire bien pire que c'est déjà pire que ça.

  3. Zut se dit que défois on a des poings en nous ils se serrent mais faut pas qu'ils sortent de la poche qu'on a en dedans sinon ça ferait du grabuge pire que c'est déjà tout grabugeant nauséant le monde.

  4. Zut se dit défois que dieu, c'est une farce que dieu nous fait pour nous faire croire que dieu n'existe pas, ou qu'il existe. Zut ne sait pas trop.

  5. Zut se dit que les gens i s'rendent pas compte ou qu'ils font semblant de rien, c'est quelque chose quand même se dit Zut qui va au marché où les gens disent que les gens i s'rendent pas compte ou alors c'est qu'ils veulent pas, qu'c'est quelque chose quand même.

  6. Que le pire soit certain, nous en sommes tous certains. La seule chose qu'on s'demande, c'est le moment où le pire cessera d'être certain pour être arrivé, genre catastrophe, fin de la civilisation, fin des temps et tout ça qu'on voit dans des films qu'on a même plus envie de voir.

  7. « Je veux réellement faire revivre le passé » dit Hercule Poirot dans l'Agatha Christie que Zut est en train de lire (Zut aime beaucoup Agatha Christie) qu'elle se dit que « faire revivre le passé », c'est faire revenir le passé dans le présent, se faire hanter.

  8. Zut se dit qu'elle ne peut pas attraper le Covid, mais qu'elle peut en mourir quand même.

  9. Zut contemple les hachures qu'ça fait comme si on avait coupé le temps en morceaux qu'il continue à couler mais en une infinité de traits qui peut-être cachent d'autres traits où qu'en ces traits d'autres traits, qu'en ces bouts d'infinis d'autres infinis, tout hachés.

  10. Zut supporte mal la chaleur. Ça lui fait comme dans l'album de Tintin qu'le monde fond, qu'le temps fond, qu'ça la rend pessimiste, Zut, qu'elle se dit qu'heureusement y a les diabolos menthe et l'eau fraîche la nuit quand elle ne dort pas pis qu'le monde i brûle de partout.

  11. Zut se dit que c'est curieux quand même quand on dit ah oui, là, il y a quelque chose que déjà il y a le quelque chose plutôt que rien mais qu'en plus, ce quelque chose plutôt que rien est plein de quelque chose, un genre d'être que tu peux courir pour le définir, i s'rétracte, ou s'dilue, bizarre.

    Patrice Houzeau
    Malo, le 8 août 2020.

7 août 2020

ZUTISMES DU 7 AOÛT QU'IL FAIT CHAUD

ZUTISMES DU 7 AOÛT QU'IL FAIT CHAUD

 

  1. Zut se dit que Twitter, parfois, c'est comme le bar du coin, mais la bière est moins chère, parce qu'on l'achète au supermarché.

  2. Zut se dit qu'elle est sur terre. Que ce n'est pas d'l'irréel que, d'aventure, parfois elle en aurait marre, qu'elle s'amarre, mais ça ne durerait pas, se dit Zut, des choses surgiraient d'autres mystères.

  3. Zut se dit que « des choses surgiraient d'autres mystères » est une drôle de phrase parce qu'on ne sait pas si ce sont les choses qui surgissent ou les mystères. C'est que je ne peux pas décider, dit Zut qui trouve ça énigmatique.

  4. Zut défois s'imagine des histoires qui commencent toujours par un sentier d'où débarquent d'autres mystères, d'autres masques, d'autres drames splendides comme des affiches. Le sentier est entre elle et une forêt profonde où elle ne va jamais. C'est là qu'ils naissent.

  5. Zut ne cherche pas à faire comprendre comment elle voit les choses. Il y a tellement de phrases de partout qui disent comment on voit les choses. Zut en connaît certaines, mais il y en a tellement, à l'infini des lèvres se dit Zut, dont beaucoup d'énigmatiques.

  6. Zut pense que les choses ne sont qu'en partie ce qu'on en dit. Des moitiés de visages dans des miroirs coupés d'ombre.

  7. Zut se dit qu'elle est un morceau fini d'un nombre infini de séries infinies. Les objets aussi. Tout en fait, mais cela a-t-il un sens que tout soit fini dans un nombre infini de séries infinies ?

  8. Zut défois voit disparaître le sens des choses. A quoi sert cet objet creux ? Peut-il contenir quelque chose et comment ce qu'il pourrait contenir ne s'échapperait-il pas ? Il suffit de le retourner et de voir qu'il est écrit dessus « Made in China ».

  9. Zut se dit qu'on n'attribue pas une sensation à une chose. Même quand les objets bougent tout seuls inexplicablement. Ce n'est pas la sensation qui les anime. Il doit y avoir derrière ces choses qui bougent autre chose, quelque chose de sensationnel et de terrible, un mystère dans une chambre jaune.

  10. Zut se dit qu'on n'est pas pareil avec un vivant qu'avec un mort. On ne peut rien dire à un mort. Défois qu'il reviendrait plus tard pour vous répondre parce que ça doit mettre du temps à parvenir là-bas. Zut parle aussi avec ses morts, elle qui parle si peu avec les vivants.

  11. « Ne pourrais-je imaginer que j'ai des douleurs effroyables et que je me transforme en pierre pendant qu'elles persistent ? Eh bien, comment puis-je savoir, les yeux fermés, si je n'ai pas été transformé en pierre ? »
    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 283)

  12. Zut se demande combien de fois elle a été transformée en pierre. C'était sans doute le temps où elle pouvait se faire aussi papier et ciseau. Zut se demande combien de temps elle a passé parmi les pierres et les herbes qui poussent entre elles.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 août 2020.

6 août 2020

DEFOIS ZUT SE DEMANDE

DEFOIS ZUT SE DEMANDE

 

 

  1. Le 4 août 2020, deux explosions détruisirent le port de Beyrouth. L'hypothèse de l'accident fut privilégiée, ce qui n'empêcha pas les haines de déferler sur les réseaux sociaux. Plutôt que d'accuser Israël ou le Hezbollah, plutôt que d'attiser les haines et agiter les fantoches du complotisme, il faudrait se poser des questions : Qui est le propriétaire de cet entrepôt ? Quelle était la nature des produits qui y étaient stockés ? Pourquoi étaient-ils là ? Cet entrepôt était-il assuré ? Par qui ? Qui est le responsable des risques industriels du port de Beyrouth ? Qui est le responsable de la sécurité civile ? Faudra-t-il une commission d'enquête internationale ?

  2. Je me demande si c'est le commerce mondial des armes qui s'appuie sur la religion, ou si c'est la religion - le communisme étant lui-même une sorte de religion - qui s'appuie sur le commerce mondial des armes. En tout cas, les deux me semblent intimement liés.

  3. Ni dieu, ni maître, sauf le métronome autonome.

  4. Zut s'interroge sur les événements, cherche le fil pour les dépeloter mais n'en trouve que des bouts, tout emmêlotés, des fois y a des ficelles, et même des câbles, mais ce ne sont même plus des mains qui les tiennent, juste quelques os. Il y a beaucoup de cendre.

  5. Zut voit des morts et des blessés dans la télé. Elle se dit que c'est dans la télé. C'est des morts et des blessés. C'est dans la télé mais c'est vrai. C'est loin aussi. Beyrouth, c'est loin. Pour l'instant, se dit Zut.

  6. Le monde, il est tellement douloureux qu'on a l'impression qu'il veut susciter en vous. C'est des gens dans le monde de la télé. Ils veulent susciter. Ils représentent le réel. Ils vous le montrent. Et ils parlent comme s'ils étaient le réel. C'est la télé.

  7. Défois ils représentent le réel. Ils vous le montrent et démontrent. Et ils parlent comme s'ils étaient le réel. Comme s'ils étaient eux le réel et le réel la représentation du réel. Défois ils parlent du réel que ça paraît même plus tellement réel, le réel, là, dans la télé où ils parlent.

  8. « - Quel est ton but en philosophie ? - Montrer à la mouche l'issue par où s'échapper de la bouteille à mouches. »

    (Wittgenstein traduit par Pierre Klossowski, « Investigations philosophiques », 309).

  9. Défois Zut déambule. Ça lui fait du kaléidoscope. Il y a des détails. Il y a des gens occupés. Pour le faire tourner, le kaléidoscope, y a des gens. Et puis dans le kaléidoscope, il y a des gens qui déambulent. Ils ne la connaissent pas, mais c'est avec Zut.

  10. Il ne suffit pas de dire que c'est vrai pour que ce soit vrai, se dit Zut. Il faut aussi que le réel coïncide avec le vrai qu'elle dit la télé avec toutes ses bouches. Défois c'est pas vrai ce qu'elles disent toutes les bouches de la télé. Défois c'est même pas réel. C'est juste le bruit du temps.

  11. Défois à la télé y a des produits que la télé elle dit que vous pouvez les acheter, ou même que vous devez les acheter car ce n'est pas possible de vivre sans portable ni ordinateur. Il y aussi des politiques. Zut se demande si eux aussi on peut ou on doit les acheter.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 juillet 2020.

5 août 2020

L'INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

L'INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

 

  1. Défois que circuleraient entre deux eaux, genre mauvais dans la rue, des couteaux à manche d'ivoire comme dans les romans policiers qu'on trouve sur les marchés aux puces qu'dorénavrant ça va être des marchés aux masques.

  2. Donc Holmes, un moment dans la nouvelle « Flamme d'argent », il trouve un « bistouri-cataracte » qu'on trouve tout dans les bouquins, surtout des mots, remarquez qu'un bistouri-cataracte, ça fait moins drôle que la main coupée à Cendrars, et tous les morts et les souffrances.

  3. Celui pour qui le réel est une suite de puzzles à résoudre, le paysage peut bien faire des claquettes en se faisant des œufs sur le plat, il s'en moque bien, tout plongé dans le lui-même de ses énigmes.

  4. Y a vraiment que Holmes pour se promener avec un fer à cheval dans la poche et dans des landes improbables que soudain tiens « les empreintes d'un cheval » voyons voir si ce fer est bien le fer qui fera l'affaire.

  5. Défois le diable qui s'balade dans l'air, en s'moment l'est très virulent, ch'cornu, pandémique et circulatoire, i vous souffle de « cacher le cheval » alors vous, vous cachez l'cheval, dans l'paysage qu'après ça vous fait des histoires de phrases à rhinocéros et de Wittgenstein.

  6. L'essentiel est d'avoir plus d'un tour dans son sac : un tour de cochon, un tour de piste, un tour de cartes, un tour de France (c'est joli et pis sportif), un tour du pâté d'maisons (avec ou sans toutou), un tour de clé, un tour de chant (c'est distrayant), et r'mets du riz, et fuis les rats.

  7. Défois y en a marre de se consacrer à des énigmes qu'on a qu'une seule envie, laisser Watson dans la contemplation de l'Angleterre, prendre le train de nuit et rentrer en France passqu'on n'est pas Sherlock Holmes non plus hein.

  8. « - Y a-t-il un autre point sur lequel vous désireriez attirer mon attention ?
       - Sur le bizarre incident du chien pendant la nuit.
       - Le chien ? Il n'y a eu aucun incident avec le chien pendant la nuit.
       - Voilà l'incident bizarre, justement ! » observa Sherlock Holmes. »
      (Conan Doyle traduit par Bernard Tourville, « Flamme d'argent »)

« un point sur lequel vous désireriez » : y a vraiment que dans les classiques anglais traduits en français que l'on trouve encore ce genre de forme à paniquer un troupeau de bacheliers nourris au lait du pédagogisme.

9) Il n'est pas recommandé de faire courir des choses trouvées « entre les mains d'un truqueur ». C'est des trucs à vous faire turlupiner par des lustucrus qui vous hurleront aux ouïes : « Edouctusorcetruc hein douctusorcetruc ? ».

10) Défois, il a raison, Holmes, « le véritable assassin se tient immédiatement derrière vous », que vous vous retournez, tiens l'est plus là, ou alors zêtes déjà mort.

11) Lorsque vous fûtes descendue,
      Il se trouve que vous me plûtes
      Que j'en suis tombé sul'...
      Flûte fit alors Zut on connaît la chute
     Vous feriez mieux de vous occuper de tous ces lustucrus qui lustucrutent sous votre lustre plutôt que de faire des rimes ridicules.

12) Le souci c'est ça susurra Suzy Holmes (si, si, c'est la nièce à Sherlock) supposant que l'un des deux, dont il manquait l'autre, s'était subrepticement approché de l'assiette afin d'y verser la potion à fataliser les intrigues.

13) Il est recommandé, si jamais vous conservez par devers vous « la main d'un mort », de bien vérifier qu'aucun « couteau bizarre » n'y pousse. Auquel cas, il vous faudra, dès que possible, invoquer l'esprit de Conan Doyle. Ce couteau lui appartient ; il l'a juste oublié dans votre mémoire de lecteur.

14) Je ne sais pas si c'est une bonne idée de retirer son manteau alors qu'il pleut des phrases de partout. Je sais bien que c'est pour « être plus à l'aise », mais vous risquez bien d'être noyé dans le sens commun, d'être débordé par l'hyperbole, d'être étouffé par l'opinion. Allons, mon cher Watson, reprenons scalpel et bistouri et fichons l'camp de cette énigme.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 août 2020.

5 août 2020

EST-IL BIN QU'ÇA S'POURRAIT

EST-IL QUE BIN ÇA S'POURRAIT

 

 

  1. Est-il que la pandémie se poursuivant, les cartes du monde en soient redistribuées ? Est-il que la France recule à ce point dans le classement des puissances qu'elle doive renoncer un temps à son interventionnisme au profit d'une relance intérieure de son économie ?

  2. « Le gnôti seauton (« connais-toi toi-même) apparaît (…) dans le cadre plus général de l'epimeleia heautou (souci de soi-même) comme une des formes, comme une des conséquences, comme une sorte d'application concrète, précise et particulière de la règle générale : il faut que tu t'occupes de toi-même, il ne faut pas que tu t'oublies toi-même, il faut que tu prennes soin de toi-même. »
    (Michel Foucault, « L'Herméneutique du sujet », cours de 1981-1982 au Collège de France)

    Michel Foucault faisant remarquer que le gnôti seauton (« connais-toi toi-même ») socratique est une conséquence de l'epimeleia heautou (souci de soi-même) me donne à songer que c'est aussi dans cette reconnaissance antique du sujet que naît notre individualisme occidental. (cf Philosophie Magazine Hors-Série n°45, « Platon », p.69)

  3. « Les lettres sont encore visibles, mais étant donné leur demi-effacement et la couleur de votre peau tout autour, il est évident que vous avez tenté de les faire disparaître. »
    (Conan Doyle traduit par Bernard Tourville, « le Gloria Scott » [Holmes])

    Le présent est plein de disparitions. L'être du présent est la disparition, à commencer, car il est insaisissable, par celle du présent lui-même.

  4. « Il y a déjà longtemps que la rumeur s'est répandue, que l'étant était « en soi ». »
    (Heidegger traduit par Becker et Granel, « Qu'appelle-t-on penser ? »)

    Qu'est-ce que cet « en-soi », sinon un signifié, un référent indéfinissable ? La matière ? Mais nous ne pouvons jamais appréhender ce qu'est la matière que par des équations. L'humain est le fantôme de cet « en-soi » que le langage produit comme nous produisons nos légendes.

  5. L'hypothèse de l'univers parallèle inversé n'est pas nouvelle. Elle peut sembler logique pour ceux qui voient l'univers tel que nous le connaissons comme une projection d'une source lointaine. Il y aurait ainsi un univers en positif et un univers en négatif. Spéculation, expérience de pensée.

  6. Si on admet que l'on puisse remonter le temps, cela suppose-t-il la « présence » d'un univers parallèle ?

  7. Le verbe « être » hante la langue comme s'il voulait nous persuader que nous existons réellement.

  8. Est-ce que le verbe « être » a un sens en musique ? Est-ce que « être » en musique revient à affirmer le sujet (compositeur et virtuose) ? Un gouvernement anti-sujet, anti-singularité, qui considérerait la notion d'auteur comme un reliquat de « l'esprit petit-bourgeois » finirait-il par ne plus admettre qu'une musique programmée, une musique d'intelligence artificielle ?

  9. Parce que la technologie tend à remplacer la maîtrise humaine et la fierté de cette maîtrise, peut-on considérer que l'intelligence artificielle est un danger pour l'humanité ? Vivons-nous déjà sous la dictature des algorithmes ?

  10. Bien entendu, une bibliothèque n'arrête pas une division de panzers cependant que ce sont bien des ingénieurs qui conçoivent et chars d'assaut et toutes ces armes actuelles dont nous n'avons même pas idée, et que ce sont bien des stratèges qui en définissent l'emploi.

  11. Si l'on considère que les Etats-Unis ont, en matière d'armement et en moyenne, quinze ans d'avance sur le reste du monde, il ne me semble pas impossible que la base de Bentwaters disposât en 1980 de câbles nécessaires à quelque puissante connexion internet.

  12. Le populisme commence toujours par en appeler aux valeurs du respect (de la religion, des traditions, du « peuple », de la nature, etc...) pour légitimer la censure de tout humour d'abord, puis de toute critique de la religion, des partis du peuple, de l'écologie, des communautarismes, etc...

Patrice Houzeau
Malo, le 5 août 2020.

 

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