POUTINE POURRAIT-IL NOUS DETRUIRE ?
POUTINE POURRAIT-IL NOUS DETRUIRE ?
1.
Je lis, je cite, que « Poutine veut détruire l’OTAN ». La question est donc comment ? Une offensive militaire contre l’Occident est difficile à imaginer. Visiblement, Poutine n’en a pas, à lui seul, les moyens. Peut-être la Russie tente-t-elle de déstabiliser la coalition des démocraties libérales en favorisant, voire subventionnant, des oppositions politiques, en pratiquant l’entrisme au sein des institutions, en cherchant à influer sur nos élections, bref, Poutine tente-t-il de contrôler l’avenir de nos démocraties ?
Certains observateurs minimisent cette influence et mettent plutôt l’accent sur les difficultés des classes moyennes et des salariés précaires pour expliquer cette grande tentation du populisme qui, depuis quelques années, s’est emparée de l’Occident, à commencer par les Etats-Unis eux-mêmes.
D’autres, au contraire, affirment que les réseaux pro-Poutine sont nombreux et influents, que le poison s’est répandu dans toutes les classes de la société et dans toutes les institutions, et que certains partis politiques ne sont jamais que des officines toutes prêtes à collaborer avec l’effort de guerre russo-poutinien dans sa volonté de détruire la démocratie occidentale au profit d’un empire eurasiate qui, en fin de compte, si on suit la logique de certains idéologues troubles, et soyons clairs, traîtres à leur patrie, pourrait s’étendre d’un bien au-delà de l’Oural jusqu’au Finistère.
2.
L'édito, signé Eric Chol et Etienne Girard, que « L’Express » publie ce jeudi 15 février 2024, a le mérite de mettre le point sur le i de faucille et l'accent circonflexe sur le î de « traître ». « Traître à la France qui pendant trente-cinq ans, a émargé au KGB » peut-on y lire à propos de Philippe Grumbach. Et Chol et Girard de rappeler les soupçons qui ont pesé sur l'étrange Charles Hernu (qui fut tout de même ministre de la Défense sous François Mitterrand ; ceci dit, l'affaire est complexe et je devrais écrire « les affaires Hernu » tant le bonhomme semble avoir été la cible d'un tas de gens plus ou moins troubles). Soupçons sur Charles Hernu (dont le nom est aussi lié à la plutôt tordue, voire stupide, mais sanglante affaire « Rainbow Warrior ») mais aussi sur Claude Estier, (autre figure du socialisme mitterrandiste et là, cela semble plus sérieux). Quant aux soupçons sur le journaliste Jean Clémentin, qui travaillait au « Canard enchaîné », il semble que beaucoup considèrent qu'ils étaient fondés. Époque révolue ? Sans doute. Le parti socialiste français a tellement accumulé de casseroles qu'il est en passe de se dissoudre dans la nébuleuse des gauches françaises. Hernu, Estier, Clémentin et Grumbach ont tous passé l'arme à gauche (j'assume le mauvais goût de l’expression), mais je ne peux m'empêcher de me demander qui sont les actuels « traîtres à la France » qui, soit dans les médias, soit dans nos institutions, travaillent secrètement pour la Russie de Poutine ?
3.
La mort d'Alexeï Navalny n'est pas une si bonne nouvelle pour Poutine. Certes, on ne s'attend pas en Occident à ce que cette mort provoque la chute du despote actuel et de sa clique. Mais par son courage et sa détermination, Alexeï Navalny est maintenant rentré dans l'histoire des victimes de la barbarie poutinienne. Il est à penser que, même si, pour l'heure, ils serrent les dents, les poings, se taisent, il est à penser que beaucoup de Russes ne l'oublieront pas. Le plus fort n’exerce jamais son prétendu droit que jusqu'à ce qu'un plus fort ou plus rusé y mette un terme.
Patrice Houzeau
Malo, le 18 février 2024.