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BREFS ET AUTRES

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11 décembre 2023

SOUS LE FIN SARGIN DU SOIR

SOUS LE FIN SARGIN DU SOIR

« J'avais quitté mes cousines vers la tombée du soir pour rentrer rue de Crosne, où je pensais que maman m'attendait ; mais je trouvai la maison vide. »
(André Gide, « Si le grain ne meurt »)

J'avais très fort scrogneuné ces temps-ci, même que j'avais
Quitté les rives de l'arssemelage (le réel, ses massacres, ses hypocrisies, ses collaborations me dégoûtant fort).
Mes esprits spatouillaient dans l'arvivance. Ayant oublié mes
Cousines, je ne fus pas invité à leurs mariages, et pas non plus à leurs funérailles.
Vers 18 heures, je m'abreuvois à la repentance des piteux plus ou moins décrépits et des piteuses plus ou moins décriées.
La fortune de certains de ces obscurs comprenants m'épate toujours. La
Tombée de la lustre à poils lourds ne me sarginna point (c'est qu'on est en décembre aussi, c'est normal que ça sarginne bien un peu).
Du sargin fin qui filait dans l'air, je ne m'occupais donc point et le
Soir me vit rentrer (ce qui est toujours étonnant, ça, que le soir aye des euyes)
Pour écouter la très bonne musique de Grégory Porter sur France Inter.
Rentrer chez soi et entendre à la radio une heure de Grégory Porter, - oh le jazz fringant élégant dis -, voilà qui vous ravigote, que ce soye
Rue Machin-de-la-Mer-Folle comme avenue Eclaté-au-Sol ;
De cela, nous ne nous arvigourons point nous autres. Nous savons. Quant à la rue de
Crosne, je m'en rafafouille (mais c'est tout à fait subjectif).
Où dis-je que je me pensa. C'est que défois
Je me pense des biduleries étranges. Je
Pensais, - faut bien, sinon ça fait des trous -, que la politique est une comédie et que Darmanin avec un nez de clown ah oui mais non Darmanin est un type très bien (il est ministre) tandis que voyez Depardieu il est porcin et Poutine dictateur alors hein
(Que je me foute de Darmanin, de Depardieu, de Poutine, ne fait, je crois aucun doute pour personne). Quant à
Maman, elle ne
M'attendait pas, puisqu'elle est morte.
Mais ne voulant point violoner dans les asperges, je
Trouvai un exemplaire du rock n' ironique « New Boots and Panties », de Ian Dury, et derechponk l'écoutai.
La maison était vide. D'ailleurs il n'y a plus de
Maison. Il n'y a plus que le
Vide où je tournoille de ma bouille à poissons.

Note : je vais m'écouter « Chacun fait c'qui lui plaît », de Chagrin d'Amour. Ça m'rappelle la gouleyance du début des années 80, les gauluches, les demis de bière ordinaire, les demis de bière spé, les tiffs à l'américaine. C'est pas un chef d’œuvre, c'est de la nostalgie.

Note 2 sous le fin sargin du soir (ce qu'il y a quand il ne pleut ni ne neige, ni ne vente, que le temps est doux et qu'on est inquiet quand même) : dans le conflit Israëlo-Hamas, se pourrait-il que le fracas des armes ait fait taire pour longtemps, je le crains, la parole de Dieu ?

Patrice Houzeau
Malo, le 11 décembre 2023.

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11 décembre 2023

QUAND JE SCROGNEUNE QU’ON ME FICHE LA PAIX

QUAND JE SCROGNEUNE QU’ON ME FICHE LA PAIX

« Quand je frappai la manche, ce fut tout à fait comme si je touchais un bras. Et il n’y avait pourtant pas de bras ! Pas l’ombre de bras ! »
(H.G. Wells traduit par Achille Laurent, « L’Homme invisible » [Cuss])

Quand je scrogneune, qu’on me fiche la paix surtout si en plus
Je sgrabouille ce qui m’arrive souvent quand je scrogneune et quand je
Frappai la gourdouilloute (ah la gourdouilloute alors) elle me
La langue-tira, ce qui est très scrafullant, vous en conviendrez. La
Manche, puisqu’il s’agit d’elle, je m’en fichois le doigt dans l’oille en pot (c'est une potée, savez-vous)
Ce qui est tout à fait à ne pas faire (ah ça je sais).
Fut-ce sriffulant soudain du genre hareng saur qui sriffule au bout de sa ficelle ? Oui ce fut-ce.
Tout contrarié que je scrogneunais zalors je pensais
A Nina, à Ninon, à Nini et tout un tas d’autres nénettes, mais je savais bien qu’elles ne me calculaient pas plus qu’un rein (C’est un
Fait aussi évident que dans le conflit russo-ukrainien l’agresseur est la Russie de Poutine et l’agressée l’Ukraine qui tend, dit-on, à la démocratie cependant que Poutine poutine de la tête.)
Comme les gradayas yactouvaient (yaya yoyotaient-ils généralement),
Si j’en curgnotte un, il va scrollarer hard, le gradaya là.
Je sgrabouille, je vous l’ai tantôt signifié, donc voilà ce que je me conférençois existentiellement. Comme je
Touchais le blomb du fond des lierrogloutances,
Un max de tronches de zarpètes se foutoit ma gueule. Le
Bras me tournait vengeur et le glaive marsouillait grave ;
Et pourtant je panotte comme on n’en fait plus.
Il n’y avait aucun darksidegemoune là-dedans
N’y avait nulle cheveluresque élucubrante N’y
Avait nulle pinkfloyderie effervescente
Pourtant, Macron, hein, Macron me disais-je, inquiet des futurs.
Pas un truculle ne hantait les rues désertes dures et froides. Pas
Un knifflard ne sortait son bayord. Pas un
Bras ne se montra au bout de la manche.
Pas une fraise ne frétilla au bout d’un depardieu gras. Pas
L’ombre d’une draculesque d’une vampirate évanescente d’une mélenchonnoise à verbiage cherchant noise.
De réfléchissage je me sombrai la grenadine à moustache. Je repris mon
Bras. Déjà qu’ils m’avaient bouffé une main, les affamés là.

Note : 10 décembre 2023. Sur LCI, l’émission « L’évènement du dimanche », Xavier Bertrand estime que la fermeture de l’usine « Prysmian-Draka » de Calais est un « scandale ».

Patrice Houzeau
Malo, le 10 décembre 2023.

10 décembre 2023

SANS TÊTE ON SE NOIE DANS UN VERRE D’EAU

SANS TÊTE ON SE NOIE DANS UN VERRE D’EAU

« Kemp se tenait au milieu de la chambre, les yeux fixés sur ce mannequin sans tête. »
(H.G. Wells traduit par Achille Laurent, « L’Homme invisible »)

Kemp est un personnage du roman « L’Homme invisible » de l’écrivain britannique Herbert George Wells (1866-1946). C’est pour cela qu’il se tient au milieu de la chambre dans la citation qui ne pourrait commencer par « l’éléphant effervescent se tenait au milieu de la chambre » sans que la narration en soit perturbée.

Se est un pronom personnel réfléchi comme dans « il se tenait » ; « il se rasait » ; « il se disait ». Qu’il soit réfléchi ne veut pas dire qu’il serait capable à lui seul de résoudre les énigmes à Sherlock Holmes ou qu’il serait très difficile à battre aux échecs. Non, « se » a pour cela besoin d’un pronom personnel sujet et de solides références dans le réel. La forme

Tenait est un imparfait du verbe « tenir ». On dit d’ailleurs que le mot « tennis » vient de la prononciation anglaise du français « tenez », terme du jeu appelé jeu de paume, et non tarte aux pommes, c’est une évidence.

Au est une contraction de la préposition « à » et de l’article défini « le ». Ainsi l’on dit « je vais au marché », mais « je vais chez le docteur » ; « je vais à la boulangerie » mais je vais « chez le coiffeur ». « Je vais chez le boulanger » est inusité. Je vais aux toilettes est une nécessité. Je vais au travail aussi.

Milieu est un mot qui désigne une partie à égale distance des extrémités (c’est pour cela qu’on dit mi-lieu, à la moitié du lieu). « C’est au milieu de la nuit qu’il s’aperçut qu’il faisait jour » est une phrase dont on peut se demander si elle a un sens. De la séquence

De la chambre, on peut dire que le mot « chambre » vient du bas latin « camera ». Dans le film « Rendez-vous avec la Mort », avec Peter Ustinov dans le rôle d’Hercule Poirot, il y a un personnage qui dit : « Je n’oublie jamais rien… Qu’il s’agisse d’un acte, d’un nom, ou d’un visage… ». Je ne suis même plus très sûr de ce que je viens d’entendre parce que moi, j’ai une très grande faculté d’oubli. Ce qui me rappelle l’expression « camera obscura » qui est, - Wikipedia nous éclaire sur ce point -, « un instrument optique qui permet d’obtenir une projection de la lumière sur une surface plane ».

Les yeux fixés, qu’il avait Kemp ; on peut donc dire qu’il n’était pas aveugle. En français, on a « les yeux fixés sur » quelqu’un ou quelque chose, ne serait-ce que le vide. Ecrire « il avait les yeux fixés » sans ajouter de complément pourrait paraître étrange, sauf dans le cas où on écrirait « la marionnette avait maintenant les yeux fixés ».

Sur est une préposition spatiale. Sans préposition spatiale, le réel serait très étrange : « je m’allonge le lit » ; « il pose le dossier le bureau » ; « il a les yeux fixés ce mannequin sans tête ». Pour cela, on emploie donc les prépositions spatiales. Cela permet donc de manger tranquillement la part de tarte aux pommes qui est dans l’assiette.

Ce est un adjectif démonstratif comme dans « ces chaussettes, qui sont celles de l’archiduchesse, sont sèches, archisèches ainsi que sont secs ce saucisson et ce hareng saur, lequel, assurément, se balance au bout de sa ficelle ».

Mannequin vient du néerlandais « mannekijn » ou « manneken », c’est-à-dire « petit homme, figurine ». Ce serait lié à la haute couture des Flandres du Moyen-Age et à l’interdiction qui y était faite aux femmes de se donner en spectacle. Dans nos sociétés modernes, les mannequins ont longtemps incarné un idéal esthétique, voire un idéal d’élégance, c’est d’ailleurs toute une industrie.

Sans est une préposition qui exprime l’absence ou le manque. Avoir les yeux fixés sur un mannequin sans

Tête peut ainsi traduire un certain étonnement, une fascination peut-être. « Quand on n’a pas de tête, il faut des jambes », dit-on communément quand on a oublié sa tarte aux pommes chez le boucher, parce qu’il n’y avait plus de paupiettes et qu’ça nous a perturbé parce que, sans tête, on se noie souvent dans un verre d’eau.

Patrice Houzeau
Malo, le 10 décembre 2023.

9 décembre 2023

AH ! ET PUIS ZUT POUR TOUT

AH ! ET PUIS ZUT POUR TOUT

« - Ah ! et puis zut pour tout ! »
(dit un personnage du roman « Le Flux et le reflux d'Agatha Christie)

Ah ! est une onomatopée. Elle est donc suivie d'un point d’exclamation signalétique et ad hoc. Ah ! fis-je, Poutine est encore vivant et l'Ukraine toujours pas libérée des griffes de l'envahisseur russe. Eh bien merde, et merde, et merde alors !

Et puis, déçu de l'Occident, je me mis à écouter « New Boots And Panties !! », de Ian Dury (12 mai 1942- 27 mars 2000) et ses Blockheads, qui est un de mes albums préférés. Paraît que Ian Dury y balance pas mal d'inconvenances. Peut-être, mais la musique y est foutrement bonne.

Puis est une conjonction de coordination. On ne peut donc pas tomber dedans, sauf à être doté d'un sens très particulier de la syntaxe du français.

Zut est mon amie. Et elle vous dit Zut.

Pour en revenir à Ian Dury And The Blockheads, ma chanson préférée sur l'album « New Boots and Panties !! » est « Sweet Gene Vincent » que je vous en cite un couplet :
« Sweet Gene Vincent
There's one in every town
And the devil drives 'till the hearse arrives
And you lay the pistol down »

Tout comme dans « tout est bien qui finit bien », ce qui est complètement faux vu que tout est chien qui ne vaut rien. Il

Dit aussi – c'est moi qui cause - que tout est foutraque qui finit mal.

Un est « l'entier naturel représentant une entité seule. » Un schtroumpf, un poutine, un depardieu, un con, un porc. Ça fait déjà du monde, et beaucoup de n'importe quoi. Le mot

Personnage est souvent suivi du complément « de fiction », ce qui en fait un être imaginaire. Comme Dieu. Cela n'empêche nullement ce dernier d’exercer une influence néfaste sur les peuples.

Du est un article. Dans « il se sert du téléphone pour appeler l'au-delà », du est un article défini contracté (mis pour « de le ») tandis que dans « il boit du rhum en écoutant Ian Dury et ses Blockheads », du est partitif. Ce qui n'empêchera pas le rédacteur de ces lignes d'être bourré s'il continue à boire du rhum en écoutant du Ian Dury. Le mot

Roman désigne depuis le moyen-âge un texte de fiction composé en langue romane. On ne peut pas confondre le mot « roman » avec le mot « camembert ». Du reste, personne n'a jamais écrit de texte narratif en langue camembert, même électrique.

Le est un déterminant défini d'un groupe nominal. Avec une ironie toute particulière, le dictionnaire Larousse donne les exemples suivants : « L'homme est mortel. » « La voiture démarre. » Le mot

Flux est « un emprunt savant », nous ammareye Wikipédia, » du 14ème siècle au latin « fluxus » qui signifie « écoulement ». Je précise que le verbe ammareyer est un emprunt même pas savant à que dalle. Quant aux amarelles, ce sont des cerises acides à « chair molle et jus incolore » lisé-je sur les sites qui s'autorisent.

Et figurez-vous que j'écoute toujours « New Boots and Panties !! », qu'il pleut et vente, que je sirote du rhum et me dis que je vieillis.

Le, comme nous l'avons vu, est un déterminant masculin. Ainsi, il ne faut pas dire « le lune », mais « la moustache », et pas non plus « la Depardieu », parce qu'il serait vexé. Le mot

Reflux est le second terme de l’expression « Le flux et le reflux » qui donne son titre à la traduction française d'un roman d'Agatha Christie dont le titre original est « Taken at the Flood » en Angleterre et « There is a Tide » aux Etats-Unis où il fut d'abord publié en 1948. C'est un roman avec Hercule Poirot. Par contre, nulle trace d'éléphant effervescent.

d' est élidé alors que la France est profonde et la gorge irritée.

Agatha est un prénom qui me fait toujours penser à la tarte aux pommes depuis que je suis tombé amoureux (c'était il y a longtemps) d'une Agatha qui ne faisait jamais de tarte aux pommes. Ce qui, comme on se l'imagine, me contristait.

Christie est le nom d'auteur d'Agatha Mary Clarissa Miller (15 septembre 1890 – 12 janvier 1976) qui créa les personnages de Hercule Poirot et de Miss Marple. Quant aux rapports entretenus par l'auteur du chef-d’œuvre « Le Meurtre de Roger Ackroyd » avec la tarte aux pommes, je n'en sais fichtrement rien.

Note : Depardieu serait-il un provocateur qui a perdu le sens de la nuance, un allumé du verbe que l'hybris ne maintient plus dans une ironie acceptable, un homme blessé qui ne sait plus où il en est et qui dit n'importe quoi, ou un porc, voire un voyou ou un prédateur ? L'avenir nous le dira.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 décembre 2023.

 

2 décembre 2023

DE L'INEXISTENCE DE LA CHEVALIERE A LA SAUCISSE

DE L'INEXISTENCE DE LA CHEVALIERE A LA SAUCISSE

« Elle s'aperçut avec chagrin que ce qui dominait en elle, en ce moment, ce n'était point un sentiment de reconnaissance, mais l'orgueil un peu méprisant que lui inspirait un trop facile triomphe. »
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie, « Le Flux et le reflux »)

Elle – et si c'était un chevalier ? - disons la chevalière alors.
S'aperçut donc, la chevalière,
Avec chagrin, - et si ce n'était pas du chagrin mais une saucisse. Nous dirons alors, la chevalière et sa saucisse s'aperçurent sans
Chagrin (il n'était pas là ce jour-là)
Que ce qui dominait – et si rien de
Ce qui dominait en elle n'était prouvé (après tout, qu'en savons-nous?) ; et si rien de ce
Qui était en elle n'était dominant, mais se racontait des histoires idiotes et que couic donc ne
Dominait en elle, que le murmure confus d'une histoire de Toto.
En elle ? Rien que les sottises à Toto. En
Elle, la chevalière, rien que du Toto. Du Toto. Du Toto.
En ce moment, d'ailleurs, la chevalière, savez-vous ce qu'en
Ce moment, elle faisait, hein, la chevalière, en ce
Moment, quoi qu'elle faisait, la chevalière ? Vous savez, vous ? Moi pas.
Ce n'était point un sentiment en tout cas qui en elle dominait (et si ce n'était point un sentiment mais une machine à gifler ?). Nous dirons alors que ce qui dominait en elle, c'était le murmure confus d'une histoire de Toto accompagné d'une machine à gifler.
N'était-ce point la machine à gifler que son oncle lui avait achetée ?
Point du tout, c'était son cousin Lancelot qui la lui avait achetée.
Un cousin Lancelot, c'est quand même bien utile, surtout si on a besoin d'une machine à gifler. Quant au
Sentiment, par égard pour sa saucisse, la chevalière s'en abstenait assez ordinairement et semblait aussi froide qu'une photographie
De machine à coudre. Par contre, elle avait de la
Reconnaissance et louait fort son cousin Lancelot pour sa libéralité.
Mais l'orgueil (et ce n'était pas de l'orgueil puisque c'était un train arrivant en gare).
L'orgueil arrivait et elle ne devait pas le manquer.
Un souci ce serait si il advenait qu'elle le manquât, cet orgueil.
Peu alors serait-elle fière, la chevalière sans orgueil.
Méprisant alors qu'il serait le cousin Lancelot si elle manquait son orgueil.
Que ferait-elle alors ? Irait-elle noyer son chagrin (alors revenu au grand galop) dans quelque bar de ce côté du monde et de la gare ?
Lui viendrait-il des idées suicidaires ? Déjà qu'elle
Inspirait rien du tout qu'elle inspirait la chevalière à la saucisse.
Un grand vide autour d'elle, sur elle et en elle, car
Trop pas du tout qu'elle existait, la chevalière à la saucisse.
Facile ça, en attendant le train de s'inventer des histoires idiotes de chevalière hein, et vous croyez quoi ? Que l'on va vous porter en
Triomphe parce que votre caboche tisse du non-sens comme une montre pond des minutes ? Allez donc manger votre saucisse, et fichez-nous la paix ; nous avons, nous, des guerres à mener.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 décembre 2023.

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27 novembre 2023

DES MILLE FACES DU MALEFICE

DES MILLE FACES DU MALEFICE

1.
Paru aux éditions du Masque en 1997, « Le Château des poisons », de Serge Brussolo, est un roman noir dans un moyen-âge d'aventures. Pour ma part, je l'ai lu avec plaisir, - c'est-à-dire que j'ai fini par me laisser prendre par l'intrigue (qui vaut ce qu'elle vaut et peu m'importe) mais surtout par une langue de conteur habile. Pas de la grande littérature, mais du bon travail de romancier de genre, du travail de professionnel.

2.
« Pourtant, ils se contentèrent de grignoter, travaillés par une sourde angoisse. »
(Serge Brussolo, « Le Château des poisons »)

Je comprends ça. Moi aussi ça me fait pareil quand je sais que si je ne fais pas ce que je dois faire (et que je ne fais pas), je risque bien que l'on finisse par savoir que je n'ai pas fait ce que je devais faire (et que je n'ai pas fait), tout en sachant que ce que je dois faire (et que je ne fais pas), je finirai quand même par le faire (ou pas).

3.
« A présent, on emmenait les moutons et les vaches paître beaucoup plus loin, avec l'espoir que la bête méhaignée se contenterait de multiplier ses bouffonneries mortelles loin de la cité. »
(Serge Brussolo, « Le Château des poisons »)

Il ne faut pas initier les bêtes méhaignées à l'art de l'hypnose. Elles exercent ensuite leur talent sur les moutons, les vaches et quoi encore et ça vous fait des résultats catastrophiques aux élections.

4.
Dans « Le Château des poisons », de Serge Brussolo, il est question d'un « en ces temps-là, il portait un autre nom : Jehan. » La première forme verbale du roman qui lui est attribuée est « il rêvait ».
Il est question aussi de « la peau verte de la plaine » que « charges et contre-charges » avait arrachée. C'est qu'on s'y bataille because qu'on est lisant une histoire qui se passe au moyen-âge. Je note que cette « peau de la plaine », on la retrouve au chapitre 10 dans le discours d'un « illuminé » qui disait qu'il « avait vu une armée de moines fantômes sortir de la forêt pour creuser des tombes (…) tout autour de la ville. »
Il est question d'un jeune et d'un vieux routier, de noces sans aucun doute fatales pour la mariée, noces maudites d'un ladre dit-on (comprenez « lépreux ») et d'une pucelle de quinze ans, d'un moine antipathique, sournois et ambitieux, de reliques et de fausses reliques, d'un « secret » qui est « comme une maladie », c'est la « trobairitz » qui dit cela. Elle s'appelle Irana. Aussi d'un « problème » à « étudier calmement comme lorsqu'on joue aux tables ou aux échecs »  même qu'en consultant internet, j'apprends qu'il il y eut, au moyen-âge des jeux de tables qui s'appelaient « Quinze Tables », « Douze Chiens » ou « Douze Frères », « Doublet », « La Faille », « Toutes Tables », « Paume carie », et « Baralie », et « Mylis »... Aussi d'une langue clouée, d'un « mystère de la statue disparue, d'un ermite envolé », de « loups » qui « n'ont pas cessé de tourner autour de la colline toute la nuit », d'un empoisonnement lors d'un banquet, d'un « Tanquam Magister » (y en a, i doutent de rien), d'un « Ipse venena bibas » (« Bois toi-même tes poisons ! »), d'un perroquet accusé de meurtre, d'une consultation d'alchimiste, d'une malédiction sur le bûcher (ce qui rappelle la malédiction qui aurait été lancée par le dernier grand maître de l'ordre du Temple, Jacques de Molay, le 19 mars 1314, même que c'est écrit dans « Les Rois maudits », la saga médiévalesque à Maurice Druon), d'une bête morte et qui revient « torte », pis qui parle, de quantités de morts subites, d'un mal invisible, d'une « maison mystérieuse » pleine de tentations, d'un amoureux transi, d'une ordalie, d'une femme d'une « grande beauté », d'une chasse à la « bête méhaignée sortie des enfers », d'un complot, de tourments et d’aveux, d'un suicide (quel dommage et quel gâchis), d'un amour impossible, d'un « père rouquin », d'une vengeance, de désillusions, et de style car, ce n'est pas la première fois que je le dis : Serge Brussolo sait écrire, sait vraiment écrire.

Citation :
« Vous et moi, qui avons beaucoup tué, et dans des conditions effroyables, savons bien qu'à force de combattre le dragon, le plus gentil des preux devient dragon lui-même. »
(Serge Brussolo, « le Château des poisons », chapitre 14, [un chevalier]).

Patrice Houzeau
26 novembre 2023.

27 novembre 2023

DU CÔTE A CÔTE AU FACE A FACE

DU CÔTE A CÔTE AU FACE A FACE

1.
24 novembre 2023. Le rouble recommence à s'effriter face à l'euro et au dollar. Indices RTSI et MOEX en baisse tandis que certains s'interrogent sur le crédit que l'on peut accorder aux chiffres de Rosstat (service russe des statistiques).
La rumeur persistante de la mort de Poutine est idiote. Mais tout aussi idiote la rumeur d'une victoire prochaine des Russes en Ukraine et aussi sotte la rumeur d'une économie russe résistant aux sanctions.

2.
Si l'idée de Mélenchon est, par ses outrances, de laisser Marine Le Pen arriver au pouvoir en 2027 et de spéculer sur un éventuel chaos qui en résulterait, cette idée pourrait être fatale à l’extrême-gauche car, en cas de victoire de l’extrême-droite, soit :
- Marine Le Pen mène une politique très très très à droite et il s'ensuivrait des troubles bien plus férocement réprimés encore que pendant la crise des Gilets Jaunes. Ce qui pourrait tourner très mal pour la LFI ;
soit :
- Marine Le Pen, faute d'une majorité suffisante à l'Assemblée, est obligée de gouverner avec les Républicains, et dès lors, les troubles seraient moindres et la voix de l’extrême-gauche resterait minoritaire (sauf dans certaines universités et quartiers) ;
soit encore :
- Marine Le Pen, en bonne héritière, ne veut pas du pouvoir et se débrouillera pour perdre une fois de plus, à moins qu'elle décide de gouverner de façon réaliste et d'en appeler rapidement à une union des droites républicaines, aux dépens, bien sûr, des éléments les plus extrémistes de son parti.

3.
La natalité restant toujours aussi faible en Russie (1,5 enfant par femme), il est à craindre que Poutine et ses successeurs ne cessent pas de sitôt d’exercer leurs pressions sur l'Ouest, et tentent ainsi d'augmenter le nombre de leurs États satellites, au risque de déclencher des conflits meurtriers, et cela dans l'espoir insensé d'une restauration d'un empire dont ils ne pourraient pourtant pas espérer des taux de fécondité supérieurs à celui des Russes.
La Russie se dépeuple. Poutine s'en désespère et ne veut pas comprendre que les Russes, en ne faisant pas d'enfants, expriment un malaise dont il ne se rend, semble-t-il, même pas compte. En outre, la sale guerre de Poutine en Ukraine perdurant, il ne serait pas surprenant que beaucoup de jeunes Russes envisagent de s’exiler.

4.
Le mot « abricot », ce serait au 16ème siècle qu'il apparaît dans le français tel qu'on le parla. Il viendrait de l'espagnol « albaricoque », du portugais « albricoque », du catalan « albercoc ». Il vient aussi du marché quand on en achète, des abricots.
Ces mots viendraient eux-mêmes de l'arabe « al-barquq » (avec un « u » long ?) et l'arabe le tiendrait du grec « praekokion », qui le tiendrait du latin « praecoquus », qui signifiait « précoce ».
Sinon, j'ai eu une tante qui, le dimanche, faisait des tartes aux abricots.
Je pense que beaucoup de mères et de tantes ont fait, le dimanche, des tartes aux abricots.
Je ne sais pas s'il y en a autant qu'antan, de tantes et de mères qui, le dimanche, font des tartes aux abricots.
Zut fait parfois du boudin. Ce n'est pas la même chose et ce n'est pas forcément le dimanche.
Ma pomme, je fais ce que je peux, mais ça n'a pas le même effet que la tarte aux abricots.
Le mot « abricot », dans les romans licencieux, parfois désigne le sexe féminin.
Les expressions « dugland » et « tête de gland » ne sont guère élogieuses. Elles sont employées pour désigner l'incapacité qu'ont certains bipèdes mâles à comprendre et gérer une situation. Les têtes de gland sont légion. C'est une constatation.

5.
25 novembre 2023. Mort de Gérard Collomb. Rappel sur France Inter de cette phrase souvent relayée sur les replis identitaires et les dérives communautaristes  : « Aujourd'hui, on vit côte à côte ; je crains que demain, on vive face à face. » et, le 26, ce commentaire du chroniqueur : « Comme si ce qu'il avait vu au pouvoir, place Beauvau, l'avait effrayé ».

Patrice Houzeau
Malo, le 26 novembre 2023.

24 novembre 2023

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE
(En feuilletant une « grammaire anglaise » de poche, collectif, Nathan, 1992)

1.
« He has known the Martins for several years. »
C'est-à-dire qu'il croyait connaître les Martin depuis plusieurs années, jusqu'à ce que...

2.
« You are not to tell him. »
Non, tu ne dois pas le lui dire. Surtout, depuis qu'il s'est procuré une hache.

3.
Juxtaposés, les deux exemples de grammaire « an ugly long dress » et « a large french house » vous font un croquis amusant, qui pourrait figurer quelque impression fugace dans la tête d'un personnage.

4.
« Look at that tall girl ! »
Je me demande la tête qu'elle a.

5.
« There were two people in the room. »
C'était Toto. Toto pas mort et Toto mort. En effet, Toto, ayant viré fada, se prenait pour le chat de Schrödinger.

6.
« He saw Sonia enter the house »
Notons qu'il ne sait pas du tout qui est Sonia et je me demande bien quel sens a pour lui le mot « maison ».
Quant aux raisons pour lesquelles Sonia a éprouvé le besoin d'enterrer la maison, je pense qu'elles sont principalement d'ordre linguistiques.

7.
« He's been following me since the station . »
Il me suit depuis la gare. Je l'ai bien reconnu, allez, même s'il a changé plusieurs fois de tête, de vêtements, et qu'il s'est laissé pousser la barbe en changeant de robe.

8.
« Tom has been painting the door, that's why there's paint all over the place. »
Je me demande pourquoi les auteurs d'une « grammaire anglaise de poche » ont demandé à ce grand maladroit de Tom de repeindre la porte.

9.
« He couldn't tell me the time. He had lost his watch. »
Il ne pouvait pas me donner l'heure. Il avait perdu sa montre, à laquelle il manquait le bras. Quant à sa jambe de bois, qu'en avait-il fait ? Pour ce qui est de sa tête, n'en parlons pas.

10.
« John said/thought/knew/was sure/felt that Mary was displeased. »
Il était donc clair pour John que Mary était mécontente. Du reste, elle s'était procuré une hache.

11.
« It is a portrait he is very proud of. »
Mais je pense qu'il sera déçu par les réactions des visiteurs lorsqu'ils poseront les yeux sur ce portrait de l'homme invisible sur fond de champ de neige.

12.
« Nobody ever understood why she decided to go to the United States. »
Surtout pour enseigner le néerlandais à Coudekerque-Branche.

13.
« The other three days were rainy. »
Les trois autres jours ont été pluvieux. Au quatrième, nous coassâmes.

14.
« Brahm's First Concerto, which we heard in London, was composed in 1858. »
Si vous vous imaginez que, pour justifier un exemple de grammaire, je vais aller à Londres écouter le Premier Concerto de Brahms, faut quand même pas pousser la garagluche dans les pissenlits (c'est une image). D'ailleurs, c'est comme moi, la semaine dernière, j'ai fait un coq au vin. Mais ce n'était pas la première fois.

15.
« There must have been a lot of fog... »
Ce fut la première pensée qui lui vint à l'esprit à la vue de tous ces nuages blancs sur lesquels de petits êtres ailés gambadaient en sifflotant des cantiques.

16.
« This crossroads is dangerous. »
Ce carrefour est dangereux. Surtout depuis que certaines nuits la Dame Blanche vient s'y promener comme un politique dans l'honnêteté.

17.
Si lundi matin, un ou une collègue m'accueille en me demandant : « Have you ever eaten fried grasshoppers ? », je commencerai sérieusement à m'interroger sur les vertus divinatoires des grammaires anglaises de poche à l'usage de moi-même.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

24 novembre 2023

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

1.
« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
(Corneille, « Le Cid », v.1529 [Rodrigue])

« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
Vous ne pourrez conduire en vous mettant à boire.

2.
« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
(Corneille, « Le Cid », v.1499 [Rodrigue])

« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
Qu'il dit, le Cid... Mais ce n'est pas son stomack, non,
Qu'il va à je ne sais qui présenter ouvert,
Mais sa poitrine, avec son cœur et ses poumons.

3.
« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
(Corneille, « Le Cid », v.1802 [Chimène])

« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
Ah ça, quand trop on parle, il faut s'attendre au pire.

4.
« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville »
(Corneille, « Le Cid », v.1010 [Don Diègue])

« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : »
Eh oui, que voulez-vous, ce n'est jamais qu'en ville
Que je trouve les trucs, les machins et les choses
Dont je me sers pour en faire encor, hein, des choses.

5.
« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
(Corneille, « Le Cid », v.289-90 [Don Diègue])

« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
Et veille bien à me rapporter des oranges ;
J'en ferai des jus car c'est bon, le jus d'orange.

6.
« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
(Corneille, « Le Cid », v.642 [Don Fernand])

« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
Décapité, dis-tu ? Décapité... Quel coup !
Et qu'ils sont douze qui eurent la tête cou-
pée ? Un capitaine et douze moines... Ça fait
Combien de morts alors, combien de morts ça fait ?

7.
« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse »
(Corneille, « Le Cid », v.1001 [Don Diègue])

« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : »
Et c'est bien trop souvent que nous serrons les fesses.

8.
« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
(Corneille, « Le Cid », v.1019 [Don Diègue])

« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
Y a trop d'macchabs, et trop d'placards ! Alors, c'est bon,
Au vert que j'vais aller cueillir des champignons.

9.
« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
(Corneille, « Le Cid », v.1555 [Chimène])

« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
Bois un coup, ça ira mieux. Bois donc, je t'en prie ;
J'ai faim, je veux manger et faut qu'tu sois parti ;
De frites j'ai envie, et de poulet rôti,
Et pas, mon couillon, de tes yeux de merlan frit.

10.
« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, »
(Corneille, « Le Cid », v.1743 [Don Fernand])

« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort. »
Non, le mort n'est pas mort, et oui, il bande encore.

11.
« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
(Corneille, « Le Cid », v.1191 [Chimène])

« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
Et puis vous le savez que j'ai déjà donné.

12.
« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens »
(Corneille, « Le Cid », v.1031 [Don Diègue])

« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens : »
Et tu n'es pas un chat car je ne suis pas chien.

13.
Nicolas Sarkozy se voit en leader politique « dynamique et responsable. »
Je le vois plutôt en énervé inconséquent.
Nicolas Sarkozy s'aime beaucoup, je crois.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

22 novembre 2023

MAIS LES CONTES SONT CRUELS

MAIS LES CONTES SONT CRUELS
(Notes sur une relecture, des années après, de « Un Taxi mauve », de Michel Déon).

« Un Taxi mauve », de Michel Déon n'est pas un grand roman, au sens où « Voyage au bout de la nuit », « La Route des Flandres », « Le Château » ou encore les romans de Proust et de Faulkner sont des œuvres qui changèrent à jamais le paysage romanesque, mais j'y suis affectivement attaché, comme à un souvenir d'adolescence, aussi clair et précis dans ma mémoire que la couverture d'un magazine posé devant moi et que je viens d'acheter.
Prétextant un devoir urgent et difficile à rendre pour le lendemain, je passai une soirée dont je me souviens encore, près du radiateur et du poste de radio, à dévorer ce « taxi mauve » cependant qu'à l'étage invités - qui étaient-ils ? Aucune idée -, et les gens aimables qui furent mes parent engloutissaient je ne sais quoi en parlant d'on ne sait qui.
Depuis, j'ai pour ce roman les yeux de la nostalgie.

L'action se passe en Irlande. Une Irlande de roman. Michel Déon vécut en Irlande. Mais l'Irlande du bouquin a un réel parfum de fiction, de « solitude des longues courses », de « pluie battante » et de « rafales de vent glacé » dans des paysages déserts où l'on entend parfois des coups de fusil (c'est qu'on y tire la bécasse), une Irlande de maquignons et de chiens de chasse, pleine de bars et d'églises, d'Irlandais tantôt bigots, tantôt alcooliques (voire les deux), parfois bagarreurs, parfois excentriques ou étonnamment secrets. Michel Déon a vécu en Irlande, mais cette Irlande hantée par un taxi mauve me semble aussi peu réelle que la chevalerie de la légende arthurienne. Irlande fantasmée, Irlande de syllabes, Irlande pour lecteurs, de toute façon, je n'irai jamais vérifier. Et puis nous sommes en 2023. « Un Taxi mauve » a été publié en 1973 et fait allusion à des événements de l'époque : premiers pas sur la Lune, attentats commis par l'IRA, manifestations contre la guerre du Vietnam... Cette Irlande contée par Déon, si elle a existé, n’existe sans doute plus que dans l'imagination des scénaristes.

Le narrateur écrit, quoiqu'il confesse : « je n'ose pas dire un livre tant mon inexpérience en ce domaine est totale ». Ce qu'il raconte est censé avoir été vécu. C'est de la légende. Du reste, le réel s'en fiche. « - Eh quoi, mon cher, vous avez écrit un livre ! Comme une postière hystérique ! » lui balance son ami Seamus. Un auteur que j'ai connu employait le verbe « pondre ».
Je me demande souvent ce que pèsent réellement les livres ? Pas grand chose pour la plupart. Peut-être quelques-uns, en ce sens qu'ils pourraient être assez profonds et lucides pour imprégner l'esprit d'un grand manieur de réel. Et encore n'y suffisent-ils à eux-seuls. Il y faut aussi une éducation, un milieu, une volonté. Ceci dit, que serait la France sans Molière, Hugo et Balzac ? Que serait l'Angleterre sans Shakespeare, Dickens et Conan Doyle ? Assez différentes, je pense.

Comme dans bien des cas, ce n'est pas le narrateur qui est au centre du livre. Pour ma part, il m'agacerait parfois : les rêves dont il fait la relation à plusieurs reprises, franchement, je m'en fiche. D'ailleurs, ma lecture les a abrégés en sautant – hop là – les paragraphes. Et pourtant, le narrateur le sait qui commence un chapitre par « Il n'est pas de plus grands fâcheux que ceux qui entreprennent de raconter leurs rêves ». Je confirme.
Ce que l'on peut dire, sans trahir les secrets de l'intrigue, c'est que le narrateur, à la fin du bouquin, il est désillusionné. Mais il se fait une raison (faut toujours se faire une raison). C'est que les gens, si, à l'aune de nos sottes espérances, sont souvent décevants, ils sont aussi complexes, les gens. Ainsi, « il n'y a peut-être de clarté que dans les personnages imaginaires », conclut philosophiquement le narrateur avant d'aller « dans le Kerry qui est si beau, et puis ailleurs ensuite, je ne sais où, pour recommencer une vie. »

Le personnage central du livre est un duo, un drôle de duo formé par un certain Taubelman et sa supposée fille, Anne.
Taubelman est un ogre et un conteur. il y a chez lui, dit le narrateur « un goût des mots pour les mots, une sorte de musique pour l'argot et la préciosité, qui est impossible à rendre en français par écrit. » L'auteur avoue son impuissance : la littérature serait impuissante à rendre compte de la richesse verbale dont sont capables certains conteurs. Du reste, le réel est en lui-même un formidable puits à histoires. Et cela fait belle lurette que nous savons que la littérature ne sait ni ne peut rendre réellement compte du réel. Il ne peut que l'évoquer, et l'évoquant, il le constitue. C'est quelque chose.
Si Taubelman est bavard, Anne est muette.
Anne est jeune (« entre vingt et vingt-cinq ans, probablement », répond le narrateur à l'infirmière, car l'intrigue veut que Anne se retrouve parfois hospitalisée).
Anne est gracieuse et cavalière. « Comme nous étions en lisière d'un bois, elle ne nous vit pas, et nous pûmes la contempler à loisir, admirer son buste droit, la douceur et la fermeté de sa main, la grâce de son port de tête. » Le narrateur rappelle à plusieurs reprises que la chevelure de la jeune femme est particulièrement belle, « féerique », écrit-il.
Mais les contes sont cruels. Et bientôt questions et doutes affluent : Taubelman est-il bien Taubelman ? Anne est-elle bien sa fille ? D'où vient son mutisme ? Que cherchent-ils à ou à ne pas ? Pourquoi se sont-ils installés dans ce qui semble un bout du monde ?
Un bout du monde... C'est de ça qu'ça cause, voyez, des bouts du monde, la littérature, les bouquins, les gens, l'Irlande qu’existe pas, l'Irlande qu’existe, tout ça. Le reste, c'est de l'au-delà.

Michel Déon fut un écrivain classé à droite, apparenté aux « Hussards », nous iriche Wikipédia ; plus ou moins proche aussi, le Déon, dit-on, de Jean Raspail. Plus guère de gens pour savoir ce que sont-ce, les Hussards. Personnellement, m'en fiche. Il est vrai que certaines réflexions du roman me rappellent des idées que j'eus jadis. Et puis le goût de la liberté individuelle, l'ironie, la fascination pour ceux qui vont dans le monde, « ne rendant de comptes à personne, forme suprême de la liberté »... Ouais, c'est bien ce que je disais, de la littérature, du conte quoi.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 novembre 2023.

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