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BREFS ET AUTRES

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25 juin 2025

JAMAIS JUSQU'AU BOUT

JAMAIS JUSQU'AU BOUT

 

« Des rêves couraient devant Folavril ; au passage, elle y accrochait ses yeux ; paresseuse, elle ne les suivait jamais jusqu’au bout. »
(Boris Vian, « L'Herbe rouge »)

 

1.
Les rêves courent vite ; on s'épuiserait, s'essoufflerait, s'éreinterait à vouloir les rattraper. Aussi, nous contentons-nous.

 

2.
Ne parlez à votre tête qu'avec l'accord de vos genoux.

 

3.
En folavril, ne te découvre pas d'un fol fil ; en mai, parfois le sorbet.

 

4.
Prière de ne pas jeter ses noyaux de cerises sur le crâne des députés.

 

5.
Ce n'est pas au passage que l'on attrape comètes et comédies.

 

6.
Cela fait longtemps que je n'ai jamais joué au yo-yo, au piano, à la guitare, ni mangé de tarte au riz.

 

7.
N’accrochez pas vos yeux n'importe où ; on pourrait vous voir.

 

8.
Inutile de siffler, il reviendra tout seul, le soir, comme tous les soirs, le soir, hein le soir, qu'il reviendra tout seul, le soir.

 

9.
Combien de poissons se cachent-ils sous la peau des langues ?

 

10.
Les linguistes bien sûr que lorsqu’ils l'ont donnée au chat, les voilà parfois qu'ils doutent, errent, tanguent.

 

11.
« Paresseuse, c'est la ouate qu'elle préfère » ou quelque chose comme ça, est un truc d'une chanson d'il y a quelques années (en tout cas, bien avant que Macron vienne nous casser les pieds), ritournelle dont j'ai à peu près tout oublié, sinon qu'elle fut joliment indolente, joliment sotte, joliment agréable. 

 

 

12.
Il est généralement conseillé de ne pas suivre les ânes jusqu'au bout, surtout s'ils font de la politique.

 

13.
Je constate que dans le cas de Paul Claudel, on ignore encore le point de vue du pilier de Notre-Dame.

 

14.
Méfiez-vous des gens, parfois, il y en a qui sont vivants.

 

15.
Juin 2025, dans l'éducation nationale, aura été le mois de l'échec cuisant d'une bidulerie technocratique de plus, le « parcours Y », merveille de sottise et d'ineptes éléments de langage. Comme prévu, les élèves des LP ont fui cette ânerie en courant.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 25 juin 2025

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21 juin 2025

MA VERITABLE ADRESSE

MA VERITABLE ADRESSE
 

 

« Je suis tellement dans la lune, je donnai au chauffeur ma véritable adresse, juste par habitude et tout. »
(Salinger, « L’Attrape-cœurs », trad. Jean-Baptiste Rossi [le narrateur]) 
 

 

Je m'écoute du Charlie Mingus parce que j’aime bien le jazz aventureux de Charlie Mingus il y en a qui préfèrent le foie de veau moi je veux bien mais question jazz le foie de veau ça se discute Après je
Suis pas tellement (suis-je pas tellement ?) j'écoute des tas de trucs dans le genre pop rock variétés internationales, des vieux Johnny Mathis, du Duke Ellington, les Beatles, Zappa, Charlebois et Nina Hagen et aussi du blues mais le jazz c'est quand même la reine des musiques 
Tellement c'est beau et complexe Après c'est surtout tellement
Dans la lune que je suis que Zut me dit toujours eh oh à quoi tu là qu't'es tout parti
La lune que j'écoute aussi défois le Dark Side of the Moon du Pink Floyd et bien sûr, le morceau Eclipse qu'à propos de
Lune et de Charlie Mingus je l'ai souvent écouté ah oui
Je l'ai souvent écouté « Eclipse » (de l’album Pre Bird) que je vous en cite le   début : « Eclipse, when the moon meets the sun / Eclipse, / these bodies become as one ») Je
Donnai ma langue au chat parce que je m’étais posé une question.

 

Au chat donc ma langue et quant au
Chauffeur s'il avait une tête de chat ça je ne m'en souviens pas de
Ma véritable adresse - mon avis est que je me pose défois trop de questions ; donc j'ai beaucoup de langues perdues – ma 
Véritable adresse celle où j'ai situé ma boucle actuelle mon 
Adresse quoi je sais pas si elle existe sur la Lune ou sur Mars mais
Juste je suis distrait et ma pensée flotte
Par monts et merveilles que c'est donc par
Habitude qu'un chat passant par là 
Et hop j'ai plus d'langue 
Tout muet soudain me demandant qu'est-ce que je disais déjà.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2025

21 juin 2025

IL S'ARRACHA A CES LIEUX

IL S'ARRACHA A CES LIEUX

 

« Il s'arracha à ces lieux et rentra dans la maison, non plus en frôlant la muraille mais en traversant la neige au beau milieu de la cour. » 
(Kafka, « Le Château », trad. A. Vialatte).  

 

Il de la page 159
S'arracha et je ne sais pas s'il eut mal à s’arracher comme ça parce que défois qu'on s'arrache ça ouillouillouille qu'on s’arracha
A ces lieux et ça non plus je ne le sais pas si c'était bons ou mauvais lieux (j'écoute ce bon vieux « Every Day I Have the Blues » par Count Basie) des filles passent en noir et blanc dans ma mémoire il y a la mer de la musique plein la plage et de la revenance qu'il pleut.  

 

Ces doigts je ne me les couperai pas, parce que ce sont mes doigts et ces
Lieux je ne les hanterai pas, parce qu'ils ne sont pas de ma boucle.
Et j'écoute aussi l’album « Angstlos », qui, à mon sens, est un des meilleurs albums de Nina Hagen, qu'à l’époque j'avais fait la moue parce que c’était plus du tout rock n' roll guitare-basse-batterie mais très électro avant l'heure (et marrant et baroque), mais bien fichu complexe et cette virtuosité étopatante de la voix de Nina Hagen ah la la pendant ce temps là que le pronom personnel de la page 159
Rentra dans la maison comme cézigue entre dans un café parce que cézigue quand il a des sous aime à entrer
Dans les cafés où il boit de la bière en contemplant vaguement la comédie que se jouent les vivants pour se prouver qu'ils sont encore vivants (et là, je pense qu'il y a bien des pays où l'on n'est pas aussi libre qu'en France de rentrer dans les cafés boire de la bière en racontant les âneries qui font de nous des citoyens ordinaires) mais revenons à notre personnage de la page 159 que lui il rentra dans
La maison et je ne sais pas si cette maison était hantée ou pas que d'une certaine manière les textes de Kafka ne sont-ils pas hantés par le fantôme de la liberté ? (bah le lieu commun dis) donc dans la
Maison il rentra pour y continuer son histoire dont je ne sais plus grand chose parce qu'il faudrait que je relise « Le Château ».

 

Non, ces doigts je ne me les couperai pas, parce que ce sont mes doigts et ces lieux je ne les hanterai pas non
Plus, parce qu'ils ne sont pas de ma boucle.

 

En juin 2025 il fait très chaud en France et on dit que c’est une conséquence du réchauffement climatique et c'est en
Frôlant des températures à s'énerver pour un oui un non que l'on commence à piger que les prochaines années pourraient être pénibles pour un tas de raisons. 

 

La canicule attendait pour nous sauter à la gorge semblait-il La
Muraille moi non plus je ne la frôle pas défois que des mains en jailliraient pour m'attraper.

 

Mais que dis-je que fis-je qu'écrivé-je 
En entendant Nina Hagen chanter « The Change » (« Yes, we have to do the Change /  We have to do the Change /  We have to do the Change »)
Traversant la rue il ne vit pas que 
La neige (la neige me flanque défois la caboche de cette longue jeune fille en chemise blanche et tresse noire) la
Neige est pleine de revenantes (que l'on croise parfois sur des pochettes de disques des albums de bande dessinée des magazines).

 

Au soleil qu'ils vont les gens à la plage sur la digue il fait chaud il fait
Beau ils se sentent alors au 
Milieu du monde l'Occident riche prospère fragile lézardé assiégé.

 

De ce mois de juin 2025 que retiendrons-nous ? Qu'Israël a vaincu
La république islamique d’Iran et ses mollahs assassins ? Qu'en France  certains à droite font la
Cour à l’extrême-droite pendant que d'autres se demandent quand ils vont enfin pouvoir trahir le président Macron de moins en moins populaire, de moins en moins écouté.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 juin 2025

14 juin 2025

PLUS IL Y A DE FOUS PLUS ÇA S'TUE

PLUS IL Y A DE FOUS PLUS ÇA S'TUE

 

1.
Il suffit d'écouter la radio pour comprendre que la paix perpétuelle n'est pas pour demain. Nous serons tous morts avant en vertu du principe que plus il y  a de fous, plus ça s'tue.

 

2.
« Le fantôme se dressa d'un bond, avec un hurlement sauvage de colère, et les traversa comme une brume, éteignant en passant la bougie de Washington Otis, ce qui les laissa tous dans l'obscurité complète. »
(Oscar Wilde traduit par Jules Castier, « Le Fantôme de Canterville »)

 

Les fantômes se dressent d'un bond - Si les hurlements ne sont pas sauvages, alors que sont-ils ? - Le réel est traversé de brumes ; il se pourrait même que le réel soit une brume - Qui se nomme Washington est appelé Washington – Nous sommes tellement habitués à l'obscurité que nous l'appelons lumière. 

 

3.
« Durant cinq jours, il garda la chambre, et se décida enfin à abandonner la question de la tache de sang sur le parquet de la bibliothèque. » 
(Oscar Wilde, « Le Fantôme de Canterville »)

 

Si on garde la chambre cinq jours, doit-on payer la semaine ? Que deviennent les questions abandonnées ? Y a-t-il un asile des questions abandonnées ? Y a-t-il des réponses orphelines ? Est-ce en relisant « Le Fantôme de Canterville » qu'Agatha Christie eut l'idée du « Cadavre dans la bibliothèque » ? 

 

4.
« Il était assis à la fenêtre, observant l'or en ruine des feuilles jaunissantes tourbillonner dans l'air, et les feuilles rouges danser follement dans la longue avenue. »
(Oscar Wilde, « Le Fantôme de Canterville »)

 

Ce n'est pas parce que l'on est assis à la fenêtre que l'on peut prédire l'avenir ; on peut tout de même dire s'il pleut. 
Si les feuilles jaunissent, c'est que le temps passe et que je suis en retard.
Non, ce matin, aucun essaim d'éléphants ne tourbillonna dans l'air.
Les feuilles rouges ne sont pas timides.
On ne danse follement dans la longue avenue que si on est autorisé à danser follement dans la longue avenue, le maître des feuilles y veille jalousement.

 

5.
« - Oh ! comme je déteste la sévérité facile de l'éthique abstraite ! » dit le Fantôme de Canterville à la petite jeune fille.
L'humour de Oscar Wilde nous console de bien des Angleterres.

 

6.
Je mourrai d'une tumeur par amour immodéré du jeu de mots stupide.

 

7.
« Une fois à New York, vous aurez certainement beaucoup de succès. Je connais des tas de gens qui donneraient cent mille dollars pour avoir un grand-père, et bien plus encore pour avoir un fantôme de famille. »
(Oscar Wilde, « Le Fantôme de Canterville », [Virginia])

 

Jamais je ne dirai « Une fois à New York, je » .
Nina Hagen a eu beaucoup de succès avec son rock insolent et sa voix virtuose.
Moi aussi, je connais des tas de gens mais pas un qui pourrait débourser cent mille dollars pour quoi que ce soit.
Je n'ai pas connu mon grand-père paternel ; les nazis l'ont assassiné.
Comme toutes les familles, la mienne a ses fantômes.
L'usage des fantômes est une nécessité familiale.
J'ai fui les miens ; ils n'en sont pas moins puissants pour autant.
J'écoute Nina Hagen en buvant de la bière rouge.

 

8.
Il va de soi que Israël (qui est grand comme deux départements français, je le rappelle) n'a pas vocation à supporter une menace permanente qui pourrait quelque jour l'anéantir sous les yeux effarés de l'Occident timoré.

 

9.
Le 13 juin 2025, Israël a commencé à annihiler la menace nucléaire que l'Iran des mollahs fait peser sur le monde libre. Cris d'orfraie chez Mélenchon et ses abonnés. Réticences ambassadrices. Ne soyons pas hypocrites, Tsahal en débarrassant le monde du Hamas, du Hezbollah et de la menace iranienne fait certes un drôle de sale boulot, mais rend service à l'Occident.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 14 juin 2025

14 juin 2025

CE QUI FUT NE GRATTERA PLUS DE MOULES

CE QUI FUT NE GRATTERA PLUS DE MOULES

 

« Et je ne vois pas pourquoi ce qui fut possible en musique serait impossible en littérature... »
(André Gide, « Les Faux-monnayeurs » [Edouard])

 

Et comme je commençais à m'escargasser la cafetière
Je me rendis compte que le démon de l’exagération avait pris ma fourchette
Ne pensez pas à mal de ma pomme je fais ce que je pouille je ne
Vois que Charybde en Scylla charades en syllabes charpie en Syrie et v'là qu'ça méchouille méchamment
Pas d'autre issue que de bricoler en bafouillerie 
Pourquoi vivre si ce n'est pour ce je ne sais quoi dont on ne saurait dire qu'en fait c'est presque rien qu'c'est mes couilles.

 

Ce truc d'idéal je lui donne pas ma grenouille de toute façon elle est vide
Qui sait comment ça s'grouille et dégrouille et dérouille la foule ce qui
Fut jamais plus ne grattera de moules ne reconstruira Gaza ne rêvera de terre promise.

 

Possible que Gaza disparaisse tout à fait et qu’Israël repousse ainsi un peu plus une menace permanente (comment dès lors reconnaître un état palestinien si ce n'est par pure hypocrisie européenne ?).
 

 

En politique je suis nouille mais je sais que les couteaux s’aiguisent (cela fait longtemps que je le dis) La
Musique console (Nina Hagen a-t-elle fait avec sa voix ce que Jimi Hendrix a fait avec sa guitare ?) ; la littérature aussi, « les surveillantes envolées » ; ai expliqué aujourd'hui à une élève à quel point cette économie stylistique à l’œuvre dans « Le Ravissement de Lol V. Stein », de Marguerite Duras était précieuse. L'apprenante
Serait bien inspirée de s'en inspirer, à condition que les cochons ne la bousillent pas.

 

 

Impossible n'est pas françouille et je mange des nouilles ou de la semoule avec  légumes pas chers en bocal pour le couscous
En bref je rame (et rime vaguement) mais pas plus que beaucoup de mes contemporains heureusement il y a la
Littérature et ses fantômes (ah la la l’hôpital).

 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 12 juin 2025 

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13 juin 2025

RECIT DE E

RECIT DE E

 

Avant-propos  Ce texte n'est pas de moi. Il est d'une personne qui m'a autorisé à le publier. Je l'en remercie.

 

« J’ai fait un rêve un peu particulier.

 

Je sortais du collège à 17 heures.
Il commence à faire nuit.
J’étais en jogging (retenez bien ce détail)
Je me dirige vers un arrêt de bus.
Le bus arrive.
Je monte dedans.
Un homme.
Dans le bus.
Il me regarde.
Stress.

 

Arrêt suivant.
Je descends du bus.
Cet homme étrange descend également.
Il me suit.
Je me retourne.
Il me suit.
Début de panique.
Je marche plus vite.
J’accélère le pas.
Je marche plus vite.
Il me suit.
Toujours.
Je cours.
Je cours.
Je ne m’arrête pas.
Je ne sais pas où je vais.
Je ne m’arrête pas.

 

J’arrive dans  une ruelle un peu à l’américaine.
Un peu comme à l’arrière des restaurants en Amérique.
L’arrière des restaurants dans les séries américaines.
Cette ruelle est piégée.

 

Cette ruelle est piégée.
Fils et toiles d’araignée.
Je passe en dessous.
Je rampe.
Je me relève..
En face, une porte.
J’ouvre la porte.
Magie.

 

Magie.
Je me retrouve en hauteur.
J’étais au sol.
Je me retrouve en hauteur.
Je regarde en bas.
Je vois un marché de Noël.

 

Je descends les escaliers.
Impression 3D.
Accordéon.
Mon père tient un stand de saucissons.
Mon père dit
« Coucou ma puce, tu veux goûter mes saucissons ? »
Je dis
Papa j'ai pas le temps je dois y aller.
Je continue mon chemin. 
Je cours.

 

Et là encore...
Une porte.
Je l'ouvre.
J'arrive comme par magie
Une fête
Halloween
Les gens dansent et chantent
J’essaye de traverser 
Je veux sortir
Mais je ne sais pas où est la porte
Je vois un vigile
Je vais le voir
Je lui demande « Où est la sortie ? »
Il me dit  « Je vais te la montrer mais avant il faut que tu regardes une vidéo. »
Je regarde la vidéo.
La vidéo devrait normalement faire peur.
La vidéo devrait normalement faire peur.
La vidéo devrait normalement faire peur.
Je n'ai pas peur.
Je m'en fous.
Je veux sortir.

 

La vidéo est terminée.
Au monsieur de la sécurité je redemande Où est la sortie ?
Il me demande d'attendre un peu
De rester à ma place.
J’attends.
J’attends.
Il ouvre la porte.
Regarde à gauche.
Et derrière se cache quelqu'un.
Et derrière se cache quelqu'un.
Et derrière se cache quelqu'un.
Il lui disait s'il était prêt.

 

Le vigile 
Un sourire au coin des lèvres
Me confirme que je peux sortir.
Je sors.
L'homme me fait peur
Je n'ai toujours pas peur.
L'homme me fait peur
Je n'ai toujours pas peur.
L'homme me fait peur
Je n'ai toujours pas peur.

 

Je le regarde très mal.
Passer de la nuit au soleil fait mal aux yeux.
J'adapte mes yeux à la lumière.

 

Je vois à ma droite un garçon assis par terre.
Il pleure.
(Vous vous souvenez de ma tenue du début lorsque je sortais de la fête ?)
Je me retrouve en robe.
En robe marron moulante.
J'arrive vers ce garçon
Il pleure.
Je m’accroupis.
Je lui demande pourquoi il pleure.
Il me répond. 
Il pleure.
Une fille n'a pas voulu lui passer son wifi.
Il voulait jouer.
Je veux rigoler.
Je m’abstiens.

 

Je lui demande Qui sont les filles ?.
Il en pointe une du doigt.
Veste de cuir marron.
Une autre en chemise blanche.
Et c’était celle à la veste en cuir.
Et c’était celle à la veste en cuir.
Et c’était celle à la veste en cuir.

 

Je vais la voir
Je lui demande « C'est quoi ton problème ? »
Pourquoi n'-t-elle pas voulu passer son wifi ?
Elle me dit qu'elle n'en avait pas envie.
Je m'énerve.
Je me bats avec elle.

 

Et là de loin
Qu'arrive-t-il ?
Une voiture droit sur nous.
On est dos à dos.
Le garçon me tient la main.
La voiture tourne en rond.
La voiture tourne en rond.
La voiture tourne en rond.
Autour de nous.
Elle fait de la fumée.
Elle veut nous aveugler.
La voiture s'arrête devant moi et la fumée part.
Je m’approche.
Je toque à la vitre.
La vitre se baisse.
Ma sœur au volant.
Je demande à ma sœur « A qui est cette voiture ? »
Elle me dit « Je l'ai volée. »
Elle me dit « J'ai tué l'homme Il te suivait »
Je lui demande Comment tu as fait ?
Elle me dit je l'ai forcé à rentrer dans le coffre.
Elle me dit j'ai tiré partout sur son corps.
2 dans le corps.
1 dans la tête.
Je dis à ma sœur que je l'aime.
Elle nous raccompagne.
Nous partons. »

13 juin 2025

ELLE DIT TOUT CELA SANS SE RETOURNER

ELLE DIT TOUT CELA SANS SE RETOURNER

 

« Elle dit tout cela sans se retourner, tout en continuant d'arranger ses cheveux rebelles »
(André Gide, « Les Faux-monnayeurs » [le narrateur])

 

Elle est un pronom personnel. Un pronom personnel masque bien des êtres surtout si on ne comprend pas ce qu'on lit. Elle 
Dit. Le verbe dire est un verbe introducteur de parole (il n'est pas forcé de dire la vérité). 

 

Tout, ici, désigne tout ce qu'elle dit mais je ne sais pas ce qu'en l’occurrence Zut dit ; je ne sais d’ailleurs pas si Zut sait bien ce qu'elle dit. Vous me direz
Cela ne vaut pas un bon vieux disque des Rolling Stones et vous aurez raison ; c'est d’ailleurs pour cela que je ne fais pas de musique.

 

Sans est employé dans des expressions comme sans attendre, sans blague, sans déconner, sans un sou, sans un sourire, sans même un soupir, il ouvrit la porte du frigo et prit deux œufs pour se les faire cuire.
 

 

Se retourner est une façon d'être dans l'espace défois on se retourne, surtout si on a l'impression que mais défois c'est juste pour se
Retourner parce que.

 

Tout dans « tout en continuant » est un adverbe d'intensité mais il n'est pas forcément caféiné (vous n'êtes donc pas obligé d'apporter du sucre).

 

En égyptologie je ne vaux pas un clou mais personne ne m'a jamais confondu avec un égyptologue. C'est en
Continuant à écrire que je me rends compte que je n'ai rien à dire et que je n'ai pas envie d'avoir quelque chose à dire (lequel est un verbe du troisième groupe).

 

D’arranger, ce qui est une manière de dire que le réel est quelque chose qu'il convient d’arranger car si on ne se décide pas à
Arranger les choses qui constituent le réel, c'est pas que les choses alors ne sont plus les choses et le réel plus le réel mais quel bordel !

 

Ses est un adjectif possessif et on comprend donc que Zut a des 
Cheveux puisque c'est lorsque Zut dit des choses « sans se retourner, tout en continuant d’arranger ses cheveux rebelles », que je me dis que Zut n'a que fort peu de rapport avec la cantatrice chauve. Que les cheveux de Zut soient 
Rebelles ne m'étonne pas et les politiques devraient un peu plus se méfier des révolutions capillaires. Le jour où les cantatrices chauves se révolteront, elles ne couperont pas les cheveux en quatre et je vous prédis que bien des moumoutes finiront dans la soupe à l'oignon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 13 juin 2025

9 juin 2025

FAUT FAIRE ATTENTION A SES CORNICHONS

FAUT FAIRE ATTENTION A SES CORNICHONS

 

Faut faire attention à ses cornichons
Ne pas laisser ses cornichons traîner
N'importe où ne pas les perdre de vue
Ses cornichons ses cornichons ses cornichons
Surtout si on veut les manger avec du jambon
Du jambon du pâté du saucisson du jambon pis
Des tomates pâté jambon & la cousine Marion.

 

Faut faire attention à ses cornichons
Ne pas laisser ses cornichons traîner
A boire fumer n'importe quoi qu'on ne
Sait pas jusqu'où les cornichons hein
Les cornichons les cornichons les cornichons
Sait pas les cornichons hein jusqu'où 
Ça peut aller qu'vous les retrouvez découpés
Fendus en deux en rondelles les cornichons &
Qu'on ne retrouve plus la cousine Marion pas
Son pâté ni jambon ni chaussons ni pantalon.

 

Faut faire attention à ses cornichons
Défois qu'le Poutine les croquerait &
Défois qu'Mélenchon les croquerait ou
Marine ou Bardella ou Zemmour ou bien
Macron que plein sa Macronie qu'il en
A plein ses tiroirs ses ministères et
Des fameux des vinaigrés des hauteurs 
Des grandes écoles des grandes écoles des grandes écoles
Que moi j'm'en fous de Macron & d'ses
Cornichons cause je préfère les chansons à Jim Morriçon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juin 2025.

8 juin 2025

CRAPAUD MA POMME DE L'ANNEE DU CHAT

CRAPAUD MA POMME DE L'ANNEE DU CHAT

 

« Je n'ai pas de photographie... Mon mari ne parlait presque jamais de cette période de sa vie... » 
(Simenon, « Monsieur Gallet décédé », ch. 8 [Madame Gallet])

 

Je prends une page de Simenon au hasard. Je
N'ai pas plus de raisons d'ouvrir ce roman (« Monsieur Gallet décédé ») plutôt que « Le Chien jaune », « La Nuit du carrefour » ou « Le Passager du Polarlys »,
Pas plus de raisons et je retrouve dans cette page (la 121 de l'édition Presses Pocket des années où l'on trouvait les romans
De Simenon dans toutes les gares) cette écriture blanche, sans effet particulier, cette écriture efficace et directe et dont le sujet est le non-dit. Je prends une page de Simenon au hasard. A la radio, on cause politique, baisse, c'est-à-dire en fait stabilisation de la dépense publique ; on évoque aussi le recul de l'âge de la retraite. Madame Gallet n'a pas de
Photographie de son mari du temps où il vivait en Indochine. 
Mon temps passe. Les temps à venir ne me semblent guère folichons. Remarquez que je dis ça comme je dirais j'aime bien les cornichons. Le
Mari de Madame Gallet a vécu en Indochine « avant son mariage » ; cela intéresse le commissaire Maigret qui tente de se faire une idée plus précise de la personnalité de l’assassiné Émile Gallet. Il
Ne « parlait presque jamais de cette période de sa vie », dit Madame Gallet.
Parlait-il, au moins, cet Émile Gallet ? Etait-il un taiseux ? Avait-il quelque chose à cacher ? C'est aussi le
« Presque-rien et le Je-ne-sais-quoi » qu'elle évoque l’écriture blanche de Simenon. Du
Jamais ça n'aurait dû arriver et qui arrive pourtant.
De la fatale, l’humanité.
Cette vie de tous les jours d'où jaillissent soudain des spectres. Le mot
Période me permet d'introduire cette citation de Jean Rostand : « L'année du crapaud se distingue en trois périodes distinctes de longueur inégale.»
De cette citation je n'ai rien à dire, sauf qu'elle m'amuse (un rien m'amuse) et me rappelle la chanson « The Year of the Cat » de Al Stewart (je cite : « On  a morning from a Bogart movie / In a country where they turn back time / You go strolling through the crowd like Peter Lorre / Contemplating a crime »).
Sa chanson, à Al Stewart, elle fut fameuse, de ce genre de chanson que longtemps dans sa
Vie, on s'en souvient, hein qu'on s'en souvient, dis, crapaud ma pomme, de l'année du chat.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 8 juin 2025.

1 juin 2025

ZUT IL EST DEJA L'HEURE DE SE DIRE 

ZUT IL EST DEJA L'HEURE DE SE DIRE 

 

1.
« Stène rongeait son frein. Le duc lui avait bien recommandé de se taire, comme il voyageait maintenant accompagné d'une suite nombreuse et qu'il ne voulait pas qu'à ce propos on jasât. »
(Raymond Queneau, « Les Fleurs bleues »)

 

J’aime bien moi qu'on jasât, surtout s'il y a la trompette à Louis Armstrong dedans.

 

2.
« J’appelle donc République tout État régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être : car alors seulement l'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain »
(Rousseau, « Du Contrat social », Livre II, ch. 6)

 

Ha ça, la légitimité, c'est quelque chose, quoiqu'elle soit très synchronique, la légitimité, qu'avec le temps, on se dit qu'ils n’étaient légitimes la plupart des grands du pouvoir que parce que les gens de leur temps les proclamaient  légitimes mais hein au final c'était souvent qu'une bande de sanglants sagouins.

 

3.
Se fourrer le doigt dans le nez en écoutant « Kashmir », de Led Zeppelin, ne rend pas la musique meilleure.

 

4.
On ne dit pas j’en veux pas à celle qui attend votre heure dans l’ombre (son couteau servira de toute façon).

 

5.
On ne pince pas un crabe même s’il est en train de vous voler les bijoux de la Castafiore.

 

6.
J’appelle mon chien. Il ne revient pas parce que je n’ai pas de chien. J’ai aussi une poêle à frire mais je ne la siffle jamais.

 

7.
Je ne pense pas que les guitares électriques des morceaux de Led Zeppelin déclament du Shakespeare.

 

8.
Lune de Chine ne mange pas plus de riz que lune de Maubeuge ne mange de frites.

 

9.
On ne trempe pas sa flûte à bec dans le vinaigre. Surtout s’il y a déjà ses doigts.

 

10.
Le panier a cassé tous ses œufs – Le buveur de vodka est dans la trappe à rats.

 

11.
« Je trace le signe et l'orage éclate, mais je le garde en main, il m'obéit. »
(André Hardellet, « Le charmeur d'orages »)

 

Il y en a comme ça, ils ont des pouvoirs on dit. Moi, des pouvoirs, j'en ai pas des pouvoirs. J'aurais aimé foudroyer avec les mots, mais non. Les grands auteurs foudroient avec les mots. Même si souvent leur foudre est lente quand même qu'elle foudroie.

 

12.
Il est curieux de constater que les bœufs ne jouent pas au football. Quant à la racaille, elle brûle des voitures et agresse les gens.

 

13.
Si vous avez un OVNI dans votre garage, ne le dites à personne. Si un matin, vous constatez que votre garage s’est volatilisé, au moins vous comprendrez pourquoi.

 

14.
Moi non plus, cher de gauche, je n’admets pas l'exploitation de l'homme par l'homme, d’autant que le contraire me semble tout autant condamnable. 

 

15.
Poutine ment. On dirait un soviétique, voire un dictateur russe.

 

16.
Il est très difficile de mettre un saxophone dans un serpent. Le contraire est possible mais avec tout un protocole et plan tordu dans la caboche.

 

17.
« Le plouc commence à cogiter. Turbine comme une marmite norvégienne. Tuff tuff, se met en route. Prêt pour l’ébullition. »
(Jean Vautrin, « Canicule »)

 

Méfiez-vous du plouc à pétoire ; défois c'est pas pour faire la conversation.

 

18.
Avez-vous remarqué que les gens qui ont l’habitude de commencer leurs phrases par « si je puis me permettre » se permettent en effet souvent bien des choses ?

 

19.
Il en était d’ailleurs aussi triste que son cheval dont il appréciait le gai babillage. Stèphe trottait de même dans le plus grand mutisme, ce qui ne le changeait d’ailleurs pas de sa réserve ordinaire. »
(Raymond Queneau, « Les Fleurs bleues »)

 

Cheval qui gaiement babille plaît aux filles qui itou gaiement babillent, mais ça ne se trouve pas sous le sabot d'un bœuf.

 

20.
Zut ! il est déjà l'heure de se dire qu'il est déjà l'heure. 

 

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juin 2025.

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