DES MARGUERITES DES BARGEASQUES ET DES SOURIS
DES MARGUERITES DES BARGEASQUES ET DES SOURIS
1.
Jean-Pierre Mocky, « Les Compagnons de la marguerite » (1967). Comédie. Variations sur le libertinage. C'est en noir et blanc, ça nostalgise, d'autant que c'est avec Francis Blanche, et donc dans le comique, l'absurde, le cocasse qu'ça fait d'la souvenance. Un film sur le faux qui se substitue au vrai et qui s'épidémise because ça arrange bien des gens d'avoir soudainement des registres qui ne disent plus ce qu'ils disaient hier. C'est donc aussi une histoire de faussaire, et donc, et fatalement, de policiers, ce qui entraîne la création d'une société secrète (d'où le titre).
Il y a des policiers en deudeuche (la 2 chevaux Citroën), la musique est de Gérard Calvi et Michel Serrault y est épatant. La scène avec les policiers à buste de Marianne en plâtre est marrante dans le genre dérision potache pas bien méchante, allez, surtout si on pense à toutes les saloperies que, sous prétexte de satire, les zozos d'la téloche des années 2020 balancent sans honte, et sans talent.
La scène de l'inspecteur Leloup de « la brigade des us et coutumes » [Francis Blanche] en robe de mariée « tapant la belote », la clope au bec, ainsi que la déposition finale au tribunal du même Leloup valent leur pesant de réformes du baccalauréat (puisqu'on cause stupidités). Ah ça, Pas facile à attraper, le Matou.
Citation :
« Quand le bien-pensant parle, on entend l'âne qui brait, disait Saint Louis, roi de France » [Matouzec, interprété par Claude Rich].
Remarque : les dialogues sont de Alain Moury caramelle (et nougat) Wikipédia et je ne sais pas qui c'est.
On me signale que Alain Moury serait un pseudonyme de Frédéric Dard. Cela ne m'étonnerait pas. Les univers de Mocky et de Dard étant proches dans le loufoque et la moquerie.
2.
Jean-Pierre Mocky, « La Grande frousse » (1964). Comédie genre humour noir et bizarreries diverses. Au générique, zavez trois cavaliers à cape noire chapeau noir chevaux blancs. Y a une chanson où on entend « Hélas, hélas, fatalitas ! ». L'inspecteur Triquet (interprété par Bourvil) fait parfois des p'tits sauts à la Bourvil, et a le cœur tendre à s'émouvoir d'un cou coupé (on coupait encore à la guillotine à cette époque).
J'aime beaucoup la scène de l'arrivée nocturne de Triquet dans la ville pleine de vent et de peur (le scénario est une adaptation de « La Cité de l'indicible peur », de Jean Ray). La peur vient de la bargeasque (une « bête » locale, prédatrice et nocturne), et la ville semble un bourg médiéval agrémenté de quelques magasins modernes.
Le décalé et observateur Monsieur Franqui (joué par Francis Blanche) idolâtre « Madame Urodèle », un mannequin à la tranchante – et une tranchante, c'est fait pour trancher ; la musique est de Gérard Calvi et Livina (Véronique Nordey), la secrétaire du maire (si accueillant et rassurant, le maire) est bien jolie quoique fort blanche et c'est forcé puisque c'est en noir et blanc.
Chasse à la bécasse, aux faux billets, à Mickey (le faussaire faussant compagnie), à la bargeasque, à l'assassin (défois que les gens, ils auraient beau être que des sans-vie, que ça vous tuerait quand même au cinéma), chasse dans le brouillard, chasse au fou que défois, voyez, y en a des bipèdes, zont l'air normal mais en fait ils se promènent la nuit déguisés en on ne sait quoi et parfois même le jour, et y en a aussi on croit que leur femme est partie mais en fait « oh, on était méchant ! » dit le brigadier Loupiac (Jean Poiret).
Triquet cherche Mickey et trouve une souris.
Citation : « Ah c'est vrai, vous êtes pistonné, vous, vous êtes un bourgeois, tandis que moi, j'me suis fait moi-même, je suis un no man's land. » [l'inspecteur Virgus, interprété par Marcel Pérès, à Triquet].
Paraît que les dialogues sont de Raymond Queneau.
Patrice Houzeau
Malo, le 15 mai 2023.