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BREFS ET AUTRES

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15 mai 2023

DES MARGUERITES DES BARGEASQUES ET DES SOURIS

DES MARGUERITES DES BARGEASQUES ET DES SOURIS

1.
Jean-Pierre Mocky, « Les Compagnons de la marguerite » (1967). Comédie. Variations sur le libertinage. C'est en noir et blanc, ça nostalgise, d'autant que c'est avec Francis Blanche, et donc dans le comique, l'absurde, le cocasse qu'ça fait d'la souvenance. Un film sur le faux qui se substitue au vrai et qui s'épidémise because ça arrange bien des gens d'avoir soudainement des registres qui ne disent plus ce qu'ils disaient hier. C'est donc aussi une histoire de faussaire, et donc, et fatalement, de policiers, ce qui entraîne la création d'une société secrète (d'où le titre).

Il y a des policiers en deudeuche (la 2 chevaux Citroën), la musique est de Gérard Calvi et Michel Serrault y est épatant. La scène avec les policiers à buste de Marianne en plâtre est marrante dans le genre dérision potache pas bien méchante, allez, surtout si on pense à toutes les saloperies que, sous prétexte de satire, les zozos d'la téloche des années 2020 balancent sans honte, et sans talent.

La scène de l'inspecteur Leloup de « la brigade des us et coutumes » [Francis Blanche] en robe de mariée « tapant la belote », la clope au bec, ainsi que la déposition finale au tribunal du même Leloup valent leur pesant de réformes du baccalauréat (puisqu'on cause stupidités). Ah ça, Pas facile à attraper, le Matou.

Citation :
« Quand le bien-pensant parle, on entend l'âne qui brait, disait Saint Louis, roi de France » [Matouzec, interprété par Claude Rich].
Remarque : les dialogues sont de Alain Moury caramelle (et nougat) Wikipédia et je ne sais pas qui c'est.

On me signale que Alain Moury serait un pseudonyme de Frédéric Dard. Cela ne m'étonnerait pas. Les univers de Mocky et de Dard étant proches dans le loufoque et la moquerie.

2.
Jean-Pierre Mocky, « La Grande frousse » (1964). Comédie genre humour noir et bizarreries diverses. Au générique, zavez trois cavaliers à cape noire chapeau noir chevaux blancs. Y a une chanson où on entend « Hélas, hélas, fatalitas ! ». L'inspecteur Triquet (interprété par Bourvil) fait parfois des p'tits sauts à la Bourvil, et a le cœur tendre à s'émouvoir d'un cou coupé (on coupait encore à la guillotine à cette époque).

J'aime beaucoup la scène de l'arrivée nocturne de Triquet dans la ville pleine de vent et de peur (le scénario est une adaptation de « La Cité de l'indicible peur », de Jean Ray). La peur vient de la bargeasque (une « bête » locale, prédatrice et nocturne), et la ville semble un bourg médiéval agrémenté de quelques magasins modernes.

Le décalé et observateur Monsieur Franqui (joué par Francis Blanche) idolâtre « Madame Urodèle », un mannequin à la tranchante – et une tranchante, c'est fait pour trancher ; la musique est de Gérard Calvi et Livina (Véronique Nordey), la secrétaire du maire (si accueillant et rassurant, le maire) est bien jolie quoique fort blanche et c'est forcé puisque c'est en noir et blanc.

Chasse à la bécasse, aux faux billets, à Mickey (le faussaire faussant compagnie), à la bargeasque, à l'assassin (défois que les gens, ils auraient beau être que des sans-vie, que ça vous tuerait quand même au cinéma), chasse dans le brouillard, chasse au fou que défois, voyez, y en a des bipèdes, zont l'air normal mais en fait ils se promènent la nuit déguisés en on ne sait quoi et parfois même le jour, et y en a aussi on croit que leur femme est partie mais en fait « oh, on était méchant ! » dit le brigadier Loupiac (Jean Poiret).

Triquet cherche Mickey et trouve une souris.

Citation : « Ah c'est vrai, vous êtes pistonné, vous, vous êtes un bourgeois, tandis que moi, j'me suis fait moi-même, je suis un no man's land. » [l'inspecteur Virgus, interprété par Marcel Pérès, à Triquet].
Paraît que les dialogues sont de Raymond Queneau.

Patrice Houzeau
Malo, le 15 mai 2023.

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14 mai 2023

UN GRAIN ARRIVANT

UN GRAIN ARRIVANT

(Zigouigouis d'bouts d'phrases du Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer.)

1.
« Un grain arrivant... », cause marine... c'est ça, grain... y a aussi grain de beauté et aussi grain de riz, autre chose... « maître après dieu -... » cause navire, capitaine et commandant... comment s'appelait-t-il déjà ce célèbre amiral des Provinces-Unies ?... de Ruyter, c'est ça... son nom est cité dans « le Crabe-tambour », à propos des navires français qui portèrent le nom d'Éole.

2.
« J'avais choisi mon peuple... » qu'il rizière le narrateur du Crabe-tambour... C'est qu'il y en a des peuples... « J'avais choisi ma vie... », ça c'est ce qu'on se dit... Choisit-on jamais quoi que ce soit ? Ni son nom, ni son dieu... qu'si ça s'trouve, nous choisissons ce que nous avons déjà choisi.

3.
« épouvantail surgi de mon passé... »... qu'il revenante le narrateur du Crabe-tambour… le frère d’armes retrouvé au coin de la rue… pas brillant devenu le rescapé…

4.
Ah tiens, j'écoute du rock progressif, un groupe allemand du nom de « Polytoxicomane Philharmonie »... « Je file comme un crabe vers son trou... » crabelette le narrateur du Crabe-tambour... « Psycho Erectus », c'est le nom de l'album des saxons planants... du coup, forcé que ma caboche se projette la choucroute volante filant dans l'espace et croisant des fusées en forme de bouteilles de bière... Dans le film tiré du roman, le Kashmir de Led Zeppelin qu’on entend...

5.
« Nuit. Pluie. Un ciel rouge... »... Notation… les lumières de la ville...« Parmi ceux qui survécurent un grand nombre oublièrent qu'il y avait eu ordre du roi et pensèrent qu'ils étaient là par hasard … »… phrase… histoire… dans « Le Crabe-tambour »... plein d’histoires... bouche et caboche… pleines de signes et de gwin ru… un tissu d'histoires, ce roman (c'est aussi la qualité du film).

6.
« des instructions... dans une langue incompréhensible... », c'est ce qu'on croit comprendre, et nous faisons ce qui nous est demandé, alors même que les instructions, les ordres, demandes, injonctions, prières demandent autre chose, tout autre chose.

7.
« on l'appelait le crabe-tambour !... »… le narrateur, au fil du voyage, il en rencontre des gens qui l’ont connu, le capitaine Willsdorff… tous ces gens, Seigneur, tous ces gens morts en Indochine, en Algérie… Nous, en France, nous sommes le 13 mai 2023, je regarde les chansons futiles et braillantes et bruyantes de l’Eurovision avec leur parfum de sophistication et leurs gymnastiques chorégraphiées (me semble qu’il y a du progrès dans leur moule à asperges à paillettes, on a vu pire, bien pire, certaines années)…

Essentielle, la ritournelle, essentielle… aussi essentielle que la mode, le maquillage, le cinoche, les cafés, les restaurants, les magazines et les people… l’illusion d’une autre vie, d’un monde cabaret, et beaucoup de travail… Let’s celebrate…

8.
« J'ai l'impression que son silence me juge… » Je ne sais plus qui confesse ça dans le Crabe-tambour… peu importe… le silence est un juge très certain. Celui du Commandeur, ou alors le moulin des rumeurs, quand il n’est pas si silencieux, le silence…

9.
« Alors du fond de quelque nulle par éclatait le son du cor... »… de là, « du fond de quelque nulle part » , qu’ça vient… gestion des nulle part de partout… modernité qu’ça cavale, des rues d’la soif qui s’allongent, labyrinthant jusqu’aux confins, passants, vitrines, ateliers, entrepôts, usines, cités-dortoirs et les ports qui gonflent et enflent, bucs d’ogres.

10.
Dans les nouvelles d’épouvante, c’est « de sa main morte, gantée de cuir » que le revenant prend le vivant à la gorge. Ou alors, c'est la « main morte, gantée de cuir » du commandant de l'Eole dans « Le Crabe-tambour », de Pierre Schoendoerffer.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 mai 2023.

11 mai 2023

S'AGIT DE RETROUVER UN RYTHME

S'AGIT DE RETROUVER UN RYTHME

1.
Robert-Louis Stevenson, « L'île au trésor » traduit par Déodat Serval (1885). L'enfant et la violence. Romanesque ici. Je me demande comment Stevenson s'y prend pour, en ce début désespérant de 21ème siècle, nous intéresser encore à une histoire de marins, de pirates et de chasse au trésor. Archétype ? Efficacité d'un style à la fois fluide et dépaysant (termes de marine, dialogues nourris d'expressions imagées,...) ? Intelligence de la construction narrative ? Nostalgie des stéréotypes (ah ça, Long John Silver, sa béquille et son perroquet sur l'épaule, quelle trouvaille!) ? complexité des personnages ? Je ne sais pas, mais sur moi, en tout cas, cette histoire pleine de bateaux, de combats, de blessés, de morts, d'honneur et de trahisons, fonctionne et continue à me plaire.

Citation :
« - Jim, dit-il enfin, tu as vu ce marin de tantôt ?
- Chien-Noir ?
- Oui ! Chien-Noir !... C'en est un mauvais, mais ceux qui l'ont envoyé sont pires. Voilà. Si je ne parviens pas à m'en aller, et qu'ils me flanquent la tache noire, rappelle-toi qu'ils en veulent à mon vieux coffre de mer. »
(Stevenson, « L'île au trésor », chapitre III [Billy Bones])

Et bien sûr, le fameux bout d'chanson qui revient :

« Nous étions quinze sur le coffre du mort !...
Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum !
La boisson et le diable ont expédié les autres,
Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum ! »

L'original dit :

« Fifteen men on the dead man's chest -
Yo-ho-ho and a bottle of rum !
Drink and the devil had done for the rest -
Yo-ho-ho and a bottle of rum ! »

2.
Frank Le Gall : « La Maison dans l’île » (1994, Dupuis). Bande dessinée. Récit onirique. La ligne claire est propice à l'évocation du rêve qui se présente d'abord sous forme d'énigmes. L'enchaînement des réflexions du personnage principal (Tintin dans « L’Étoile mystérieuse », Théodore Poussin dans « La Maison dans l'île ») donne une apparence de logique à cette suite d'étrangetés. Tout est dans l'atmosphère. J'apprécie l'univers des aventures de Théodore Poussin : Mystère, action, tout ça très fluide et lisible. La mouette est amusante.

3.
James Cain, « Le Facteur sonne toujours deux fois », traduit par Sabine Berritz. (Le Livre de Poche). Roman noir. Efficace. L'itinéraire d'un loser du type vagabond dangereux raconté à la première personne. Rédemption impossible. Aussi bref que coup-de-poing. Il est aussi question de chameau, de chat et de puma.

« - Encore une fois, écoute-moi bien. Ce que je veux, c'est partir. Je veux m'en aller loin d'ici. Je ne veux plus voir, à chaque instant, l'ombre de ce sacré Grec qui me saute dessus, j'entends l'écho de sa voix dans mes rêves et je tressaille chaque fois qu'à la T.S.F. j'entends une guitare. Il faut que je parte, comprends-tu ? Je veux partir, sinon je deviens timbré. »
(chapitre XIII [le narrateur])

4.
André Hardellet, « Poème », in « La Cité Montgol » (Poésie/Gallimard n°324). Le poème se relit comme on réécoute une musique. S'agit de retrouver un rythme, une image, le parfum d'une fille en noir, l'énigme de la chambre perdue...

Quelques phrases constituent ce « Poème » de André Hardellet, associations rêveuses (Rimbaud en eut de fameuses).

« Le mystère – c'est la voix étouffée des ramoneurs derrière les murs et le parcours de la Grange-Batelière sous l'Opéra. »

Je causais tantôt de L'île au trésor, roman d'initiation (si l'on veut) ; celle-ci amuse :
« L'Île-au-Trésor – c'est la touffe de parfums entre tes cuisses – salées. »

Et bien sûr, l'ironie légère :

« La plus belle récompense de l'homme – c'est encore son sommeil.

Et le mien tarde bien à venir. »

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mai 2023.

11 mai 2023

EN ATTENDANT LA REINDUSTRIALISATION QU'IL DIT MACRON

EN ATTENDANT LA REINDUSTRIALISATION QU'IL DIT MACRON

1.
Les enseignants d'il y a 40 ou 50 ans n'étaient pas moins sots que les enseignants actuels mais ils étaient plus respectés.

Il me semble aussi qu'ils avaient généralement plus de quant-à-soi (mais je n'en suis pas si sûr).

Ils avaient aussi, me semble-t-il, beaucoup plus de liberté pédagogique et les programmes avaient au moins l'apparence de la logique cependant que les réformes de ces dix dernières années (de Peillon à Blanquer) leur font faire à peu près n'importe quoi.

2.
En français comme il se doit (d'honneur), on ne dit pas « nique ta mère ! » mais : Auriez-vous l'obligeance de signifier à Madame votre mère qu'il serait opportun qu'elle rendît un peu plus souvent visite à son amant, ce qui aurait pour effet d'éviter l'inceste qui, à voir votre figure, ne peut, hélas, que paraître inéluctable ?

3.
Donc si Zemmour est un nain, Dupont-Aignan est un demi-nain, Philippot un tiers de nain et Asselineau une flaque, dites, j'ai pas bon dans les proportions de l'union des droites pétainistes subventionnées par le Roi des nains, sa petitesse Vladimir Poutine ?

4.
Je n'apprécie pas les propos de René Chiche (je les trouve pétainistes et je ne porte pas Pétain dans mon cœur) mais s'il est vrai que Chiche a été suspendu sans solde (donc sans la moitié de son traitement, ce qui serait attendu), alors c'est une infamie égale à la suspension sans traitement des soignants réfractaires au vaccin. On ne prive pas quelqu'un de ressources, c'est un principe.

Si René Chiche est suspendu mais continue à percevoir la moitié de son traitement , alors, je n'ai rien à reprocher au ministère. Comme je l'ai dit, je n'apprécie pas les propos pétainistes de René Chiche ; sa suspension en elle-même me laisse froid.

5.
Ce n'est pas un « passage anal » que l'on reproche au dernier bouquin de Bruno Le Maire, mais un passage banal. Vulgairement banal.

6.
Quel est le but de Raffarin ? Défendre Macron qu'il sait influençable et donc perméable aux chants des sirènes chinoises ? Je m'interroge. Quant aux élèves des Lycées professionnels, je vais le rassurer tout de suite : ils n'en ont rien à fiche de Macron. Beaucoup votent Le Pen, d'autres Mélenchon.

7.
Quand je contemple le zoo qu'est la vie politique française actuelle, vous comprendrez que je ne suis pas prêt de voter. Je note cependant que toutes ces féeries nous coûtent, comme dit l'autre, un pognon de dingue.

Et s'agit de l'élite du monde occidental (ah l'ENA, oh Sciences Po !). Zimaginez les politiques russes et ceux des pays à moindre exigence de représentativité démocratique. Et vous pensez sérieusement que ce monde pourra longtemps continuer ainsi, avec 8 milliards de bipèdes ?

8.
Le « Pacte » avec primes à Pap Ndiaye, ce sont les obligations de service sans primes de demain. Enseignants, méfiez-vous. Zont fait pareil avec l'introduction du contrôle continu dans les LP ; des primes pendant quelques années et puis nada... sauf des injonctions.

Possible que Pap Ndiaye échoue. Le sait sans doute déjà. Il fera comme Blanquer ; un petit tour en politique (histoire de mettre des sous de côté et de se faire des relations – ça peut être utile), puis il retournera à sa carrière (peut-être un bouquin que personne ne lira).

Dans un tweet sur le fil de Pap Ndiaye, parmi les nouvelles missions que les enseignants pourront (devront?) accepter, il est question de « face-à-face pédagogique ». Est-ce une périphrase pour « heure de cours » ? ou s'agit-il d'autre chose (« atelier de communication interactive », « méthodologie bienveillante », remplacement-garderie, chef d'oeuvre inachevé, recherches sur internet, co-intervention modulaire... ????)

9.
Comment qu'on va faire qu'avec notre dette publique là qu'il paraît que tous les ministères doivent faire des économies et qu'en même temps, faut réinvestir dans l'hôpital, dans l'éducation, dans la défense, la justice... Euh, n'y-a-t-il point dichotomie ? Bah, je suis bien tranquille, grâce à sa formidable pensée complexe, le président macron va tout bien nous espliquer, et ça va se finir comme d'habitude depuis 2018 : noms d’oiseaux, casserolades, lacrymos.

10.
11 mai 2023 : annonces volontaristes du président Macron sur la réindustrialisation : s'agit de faciliter les implantations, initier un nouveau crédit d'impôt, freiner l'adoption de certaines normes européennes,.. Objectif : augmenter rapidement le volume d'heures de travail et la production de richesses.

Ce que veut le président Macron, c'est endiguer le déclin économique de la France (très endettée) afin qu'elle puisse garder son rang de grande puissance.

Peut-il y arriver ? Sans doute, mais ne rêvons pas, cela se fera au prix de nombreux sacrifices sociaux (réforme des retraites, de l'assurance-chômage,...), sociétaux (abandon progressif de certaines missions du service public et transfert dans le privé, cf l'avenir problématique des LP publics), environnementaux et moraux (certaines implantations étant vouées à devenir de piteux scandales politico-financiers d'ici plusieurs années, c'est la loi du genre).

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mai 2023. 

11 mai 2023

EN ATTENDANT LES STORM SHADOW

EN ATTENDANT LES STORM SHADOW

1.
9 mai 2023. J'entends à la radio que l'Assemblée nationale s'apprêterait à inscrire le groupe Wagner sur la liste des organisations terroristes. Ce serait une bonne mesure (la France doit choisir son camp et s'y tenir).

Réaction d'une voix des Renseignements : cela risquerait d'aggraver les tensions entre la France et certains pays africains. Tu parles, Charles ! Les dirigeants africains qui tournent le dos à la France et font appel à Wagner savent très bien ce qu'ils font. Ne pas montrer notre désapprobation serait, au contraire, un signe de faiblesse.

2.
Courant février 2023, Prigojine affirmait que Bakhmut ne serait pas prise par les forces russes et la soldatesque à gages de Wagner avant mars, voire mi-avril. Au 9 mai 2023, le Kremlin ne crie pas vraiment victoire et Bakhmut n'est toujours pas sous contrôle...

Hypothèse : Possible que le message de l'Etat-major russe à Prigojine soit : nous ne voulons pas vous aider pas et freinerons le plus possible toute aide que l'on exigera de nous. Si tel est le cas, cela peut susciter des interrogations sur l'état d'esprit actuel de l'armée russe.

3.
9 mai 2023. Paraît que Bercy a fait savoir qu'il allait intensifier ses contrôles fiscaux en direction des « ultra-riches ». Le problème, c'est qu'à l'effectivité de ces contrôles, on n'y croit pas vraiment. Ça sent l'effet d'annonce et la poudre de perlimpinpin à plein nez.

A moins que ces contrôles visent particulièrement entreprises et gens aisés et très aisés en lien et favorables à la Russie poutinienne... Ce qui ne m'étonnerait pas.

4.
La Russie fait 17 millions de km² et compte 144 millions d'habitants. Développer un pays aussi immense demande des investissements gigantesques. Il se dit que corruption et affairisme captent une bonne partie des capitaux nécessaires et seraient une des causes des étranges déboires de l'armée russe en Ukraine. Poutine ne peut donc qu'accepter de perdre sa guerre ou précipiter l'Europe dans un brasier qui mènera la Russie à sa perte.

5.
10 mai 2023. Plusieurs vidéos apparaissent sur twitter qui montreraient des suicides de soldats russes sur le front. Cela commencerait-il à sentir la fin pour « l'opération spéciale » de Poutine en Ukraine ? Étrangement, le rouble semble se stabiliser et les indices boursiers russes remontent...

Embellie ? Mesures techniques ? Anticipation par la finance russe d’événements cruciaux pour l'avenir de la Fédération de Russie ?

6.
11 mai 2023. La livraison par la Grande-Bretagne de missiles Storm Shadow (portée : 250 km, dit-on) est un indice de plus que l'Occident croit en la victoire de l'Ukraine.

Patrice Houzeau
Malo, le 11 mai 2023.

 

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10 mai 2023

POUR SALUER TRISTAN CORBIERE

POUR SALUER TRISTAN CORBIERE

« Sicelides Musae, paulo majora canamus. »
(Virgile cité par Tristan Corbière)

« Muses de Sicile, chantons des choses un peu plus élevées. »

Et toi, na ! Âge et trois monts ; - Jésus ? Je veux, neveu !
Ça s'use le V (pas çui des victoires mais çui qui : a-t-il beaucoup baisé?)
Taich'-tu oh jeunot, tu ne connais pas les fleuves, ni les meuh
Qu'épluche l'âme fritée, écœurée, froissée, frissonnée...

Qu'étoile me pare, ô conne était mon âme !
Pourri ? Qu'est-ce que c'est (susurre mon âme bourvil) ? L'âge ? L'âme ?
Youkaïdi-youkaïda ! si on a une - ah on s'ra sauvé eh pardi, par l'âme !
Etudies-tu les fées (filles magiques!) ; l'as-tu mise à rêver, ton âme ?

Jaunerie épicétou ! Doux temps ? Sang coule...
Tu ris des chakras et des crachats aussi, tiens, c'est sain !
La voilà, cool, l'âme saoule, un peu qu'tu coules,
Vieux feuilleton, sec croûton, ancré, sans un !

Cochons ensemble ! C'est bien ça, camarades ?
Monte là ! C'est du flan sur du flan, râlade et grouic politique !
Paix, les hommes, ô frères ! N'est-ce pas la Camarde
Qui prévaut ? Le Temps nous le rappelle-t-y, qui toque et – couic !

Note : Jaunerie épicétou, épicéqu'tu tousses !

Patrice Houzeau
Malo, le 10 mai 2023.

9 mai 2023

LES MOTS EMBELLISSENT (C'est où ?)

LES MOTS EMBELLISSENT (C'est où?)

1.
Agatha Christie, « La Maison du péril » (Club des masques n°152, traduit par Louis Postif). Ce « Peril at End House » de 1932 est un de mes Agatha Christie préférés, pour la personnalité de Nick Buckley, qui, - j'étais alors adolescent niais -, me parut si délicieusement moderne et attrayante. Il est question d'attachement à une vieille maison, d'aviateur disparu, de châle fatal, d'un testament introuvable, de l'ironie d'une boîte de chocolats et de son double, d'une séance de spiritisme. L'épisode de la série « Les Petits Meurtres d'Agatha Christie » qui en fut tiré (avec Antoine Duléry et Marius Colucci) est pas mal lui aussi, mais en nettement moins machiavélique.

Citation :
«  - Poirot ! m'écriai-je, j'ai réfléchi.
- Félicitations, mon cher ; c'est un excellent exercice, je ne saurais trop vous engager à continuer. »
(« La Maison du péril », début du chapitre II [Hastings])

2.
Jacques Martin, « Le Dieu sauvage » (Alix, #9, 1970). Bande dessinée, Un bon album de péplum. Où l'on comprend que le dieu en soi n'a rien de surnaturel et que c'est l'image qu'on en donne qui fait la force des croyances. Atmosphère à mystère donc à cause de la statue de « l'étrange idole » qui, page 18 (édition Casterman) « fait son entrée dans le temple ». Page 14, Alix la trouve « insolite », cette statue, au « corps fait d'un alliage » qu'il ne connaît pas et qui, page 26, s'illumine d'une « étrange lueur ». Il est question aussi de miracles, de mauvais augure, d'une tempête de sable, de la résistance des Cyrénéens à la colonisation romaine, de tragédie, de la mort d'une reine, de la ruine d'une cité, et d'un « sourire indéfinissable ».

3.
Bien joli, ce récit du « Madame Chrysanthème » de Pierre Loti (1888). Joli et d'une singulière profondeur. Chapitres très brefs (de deux à six pages), poème en prose ; journalisme d'art ; beaucoup d'humour et de mélancolie. Ce livre autobiographique (sur Wikipédia, à la notice « Madame Chrysanthème », on trouve une photo qu'ayant lu le livre, on peut trouver émouvante) se situe au Japon. Mariage arrangé et provisoire (le temps du séjour de l'officier français à Nagasaki). Multitude de détails sur la vie quotidienne des Japonais de la fin du 19ème siècle vue par un Français.

« Ici, au contraire, les mots, justes cependant, sont trop grands, trop vibrants toujours : les mots embellissent. Je me fais l'effet de jouer pour moi-même quelque comédie bien piètre, bien banale, et, quand, j'essaie de prendre au sérieux mon ménage, je vois se dresser en dérision devant moi la figure de M. Kangourou, agent matrimonial, à qui je dois mon bonheur. »
(Pierre Loti, « Madame Chrysanthème », chapitre VIII)

Autre citation :
« On vend aussi toute sorte d'instruments de musique ; beaucoup de ces trompettes en cristal dont le son est si étrange, mais d'énormes, ce soir : deux mètres de long pour le moins : le bruit qu'elles font ne ressemble plus à rien de connu ; on croirait entendre au milieu de la foule des dindons gigantesques, gloussant pour faire peur. »
(Pierre Loti, « Madame Chrysanthème », chapitre XXXIV)

4.
Apollinaire, « Clotilde », in « Alcools ». Pour sa brièveté, trois quatrains en vers de 7 syllabes, et parce qu'il évoque la mélancolie, « entre l'amour et le dédain », du marcheur amoureux, du marcheur, du marcheur, du passant, j'aime bien le « Clotilde » d'Apollinaire.

« L'anémone et l'ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l'amour et le dédain »

J'aime aussi cette notation de rien, le passage de nos ombres qui ne tiennent qu'au soleil, et qui, comme lui, sont vouées à disparaître.

« Il y vient aussi nos ombres
Que la nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombres
Avec elles disparaîtra »

Cette image aussi : cheveux des nymphes... font des lignes... ce sont les « eaux vives » tandis que siffle à la rime le son « v ».

« Les déités des eaux vives
Laissent couler leurs cheveux
Passe il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux ».

Patrice Houzeau
Malo, le 9 mai 2023.

8 mai 2023

QUOI QU'IL EN SOIT ET QUOI QU'IL EN COÛTE

QUOI QU'IL EN SOIT ET QUOI QU'IL EN COÛTE

1.
Selon Wikipédia, l’hermine que tient la Dame du célèbre tableau de Léonard de Vinci serait en fait un furet albinos.
Moi, je ne sais pas.

Le furet albinos est « blanc aux yeux rouges et au nez rose », et s’il n’est pas « blanc aux yeux rouges et au nez rose », ce n’est pas un furet albinos mais un furet putoisé. Ce n’est pas non plus un morceau d’emmenthal, ni un pirate des Caraïbes, ni un laitier qui a beaucoup pleuré.

On ne fait pas de frites avec un furet car nul furet ne fait de frites, sinon cela s’appelle une friteuse. Si c’est pour le café, c’est une cafetière : si c’est pour le fracas, c’est la foudre et si c’est pour la pêche, il faut une canne à.

Le nom « furet » vient du latin « fur » qui signifie « voleur ». Le furet ne fait pourtant pas de politique.

Le furet a été l’alibi d’une contrepèterie persiffleuse et raille-le-ratichon bien connue, mais que je cite quand même :

« Il court, il court, le furet,
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet,
Le furet du bois joli. ».

Dans la nouvelle « Sredni Vashtar » de l’écrivain anglais Saki (1870-1916), un furet joue dans l’imaginaire d’un petit garçon de dix ans le rôle d’une divinité féroce et impatiente.

Mon oncle n’a pas de furet, mais il oublie souvent son parapluie.

2.
Pour faire une omelette, il faut des œufs. Pour avoir des œufs, il faut des poules, et donc un poulailler. Il y a aussi la supérette du coin.

L’omelette dite « Renaissance », ou encore « La Macronienne » se fait avec des œufs qui coûtent de plus en plus cher. Certains, comme Bruno Le Maire, l’aiment « dilatée comme jamais ».

Pour faire une omelette, il faut savoir casser des œufs. C’est ce que démontre la politique du président Macron, qui réussit ce tour de force de casser de plus en plus d’œufs pour des omelettes de plus en plus petites.

L’omelette, quand elle est bien baveuse, est parfaitement politique. Ce n’est d’ailleurs pas pour Rien (c’est le nom de mon chien) que les technocrates sont appelés « têtes d’œufs ».

3.
Les grands intellectuels de gauche, dont on cause sur France Culture, il est de bon ton de les citer, et de faire savoir qu'on les connaît, ça peut aider en politique. Évidemment, on aura aussi le bon goût de ne pas s'en inspirer.

4.
Le piano est un instrument si nostalgique que défois j'ai l'impression qu'il va se mettre à déclamer d'la poésie dans une langue que je ne comprends pas, mais qu'ça sera bien émouvant tout d'même allez.

5.
D'une émission sur France Culture, je tire cette conclusion : on ne pourra réduire la dette publique française (2 950 milliards d'euros, 110 % du PIB) sans augmenter les impôts. On ne pourra pas, quoi qu'il en soit et quoi qu'il en coûte, réduire la dette en raison des problèmes liés aux changements climatiques en cours. Est-il à craindre que nous aillions, en dépit de ce que disent Macron et Le Maire, vers une augmentation des impôts et en même temps un alourdissement de la dette de l'Etat ?

Je n'en sais rien, mais je comprends mieux pourquoi tant de gens ont intérêt à minimiser les conséquences des changements climatiques (sans parler des autres soucis : surpopulation, agressivité de la Russie, circulation des virus, raréfaction des ressources, inflation...).

Si cette situation n'est pas propre à la France mais se mondialise, sont à craindre :

- troubles sociaux et radicalisation des politiques nationales
- tensions entre Occident et Eurasie, entre pays du Nord et pays du Sud
- résurgence du terrorisme international.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 mai 2023.

8 mai 2023

COMME ÇA DIT QU'C'EST

COMME ÇA DIT QU'C'EST

Il ne neige plus sur les bigoudis
Depuis longtemps des années ça
C’est une affaire de climat
Dis c’est-y vrai qu’on tagadi-tagada qu’on s’ra tous frits ?

J’vais boire un café
J’vais boire un whisky
Comme ça dit qu’c’est tout pourri
Laisse donc causer.

Il ne neige plus sur les bigoudis
Depuis longtemps des années si
Tombe kekchose c’est tuiles et soucis
Dis c’est-y vrai qu’on tagadi-tagada qu’on s’ra tous frits ?

Y a plus d’violon
Le rat l’a volé pi les chansons
Y a plus d’guitare plus d’swing plus d’violon
C’est l’fantôme à Léon qui joue d’l’accordéon.

J’vais boire un café
J’vais boire un cognac
Comme ça dit qu’tout s'détraque
Laisse donc causer.

Il ne neige plus sur les bigoudis
Depuis longtemps des années oh
Plus d’bonhomme pi plus d’chapeau
Dis c’est-y vrai qu’on tagadi-tagada qu’on s’ra tous frits ?

Y a plus d’paix sur la terre aux gens de bonne volonté, y a plus
Qu’la face à Poutine aux actualités, pi qu’ça pue
Qu’en Europe ça s’mette à s’massacrer, dis à quoi c’est dû
Qu’on soit tagadi-tagada si bas rendus ?

J’vais boire un café
J’vais boire un coup d'gnôle
Comme ça dit qu’c’est tout guignol
Laisse donc causer.

Il ne neige plus sur les bigoudis
Depuis longtemps des années qu’avec ça
Tout coûte qu’ça fait des tracas
Dis c’est-y vrai qu’on tagadi-tagada qu’on s’ra tous frits ?

Patrice Houzeau
Malo, le 8 mai 2023.

7 mai 2023

POUR MOI UN MYSTERE EN SOI

POUR MOI UN MYSTERE EN SOI

1.
Hervé Le Tellier, « L’Anomalie » (Gallimard, 2020). Littéraire qu’au début, je me suis dit : c’est quoi, ces nouvelles avortées aux airs de travail appliqué d’auteur consciencieux, et puis, au milieu du roman, « l’Anomalie » vous rattrape. Et c’est marrant et vite intéressant (le chapitre des hypothèses et celui des réactions religieuses sont remarquables). Il est question de faille spatio-temporelle, de double et de beaucoup de koikis’passe là. « L'Anomalie » de Hervé Le Tellier, à mon sens, est déjà un classique, de la SF, de la littérature, de l'intelligence. Foisonnant, impressionnant, lucide.

Citation : 
« - Aspirant Wayne, votre mission consiste à capturer ce fauve, sans le blesser...
Le grand blond ouvre la chemise et de larges yeux étonnés.
- Mais... c'est une grenouille ?
- C'est un crapaud. Il s'appelle Betty, comme tout le monde. Ramenez-le-nous dans son vivarium. »
(Hervé Le Tellier, « L’Anomalie », p.236)

2.
Je ne sais pas si « Me semble que c’est facile » de Lisa Leblanc est la plus belle chanson d’amour de je ne sais où des quatre coins, mais me semble que c’est facile une très honnête et émouvante.

Citation :
« J’aime ben la personne que chu
Quand j’suis avec toi
Pi j’aime ben la personne que t’es
Quand t’es avec moi. »
Rangez vos orchestres, suffit d’une guitare.

3.
Simenon, « Les Scrupules de Maigret ». Un huis-clos de 1957. Il y est question de neurasthénie, de femmes, d'amants, de poison, de revolver, de petits trains électriques. Efficace. Bref. Professionnel.

« Ce qu'il avait à faire, cette fois, c'était, non pas reconstituer les faits et gestes d'un être humain, mais prévoir son comportement, ce qui était autrement difficile. »
(Simenon, « Les Scrupules de Maigret », chapitre VI)

4.
Philippe Sollers, « Légende » (folio n°7053) : Brillant carnet de notes. Vif, court (et c’est appréciable). Des considérations sur la pensée chinoise (personnellement, je m'en fous), sur l'alchimie (Breton, et aussi le fameux « Mystère des cathédrales », jadis évoqué par Pauwels et Bergier dans « Le Matin des magiciens »), Hugo (de belles pages), Rimbaud, les femmes, l'avenir du monde, la peinture, Mozart, l'Histoire, les changements sociétaux, d'autres choses encore et des indiscrétions, tout ça non sans élégance, ironie, provocation. Pas mal de citations. Je ne sais pas si elles sont exactes. Peu importe : personne ne demande à un livre de Sollers de dire la vérité.

Citation : « Et, d'ailleurs que faisait Rimbaud en Italie, à Milan, chez cette veuve charmante (« vedova ») qui a eu la gentillesse de l'accueillir, et à qui il enverra un exemplaire d'Une Saison en enfer ? »
(Philippe Sollers, « Légende », p.95)

Réponse du chroniqueur (ma servitude) : Chaipas, - des escalopes ?

Note : Ai cru percevoir quelque ironie à propos des étranges coups dans les murs que Victor Hugo prétend avoir parfois entendus. Sollers a tort : ces coups inexpliqués dans les murs, ces pas sans personne dans le couloir, sans personne dans les escaliers, ces petites anomalies du réel, je les ai connues aussi.

5.
La Neuvième Symphonie de Beethoven, épaté je suis chaque fois que je l'entends. Incomparable. Les musicologues expliquent sans doute de quoi est fait le génie de cette œuvre qui me semble échapper à toute classification. J'en suis, étant très poutre en tout, parfaitement incapable. Et peu m'importe. Cette œuvre prodigieuse est pour moi un mystère en soi.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 mai 2023.

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