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BREFS ET AUTRES

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7 mars 2023

GARE, GARS MÊLE ET AUTRES PELLES

GARE, GARS MÊLE ET AUTRES PELLES

1.
Gare ! gars, mêle-toi à la foule, rends-toi invisible, si tu veux échapper à l'homme en noir !

2.
J'aime beaucoup le Lucky Luke de Morris et Goscinny. L'humour absurde, on en trouve pas mal d’exemples dans les albums de la série. Ainsi, dans « Jesse James », Jolly Jumper jouant aux échecs avec « l'homme qui tire plus vite que son ombre ». Etonnement d'un témoin et double remarque du Juge de Nothing Gulch : « il joue un peu lentement mais là n'est pas la question... » ; deux planches plus tard : « C'est incroyable qu'un cheval aussi lent aux échecs soit aussi rapide à la course. »

Dans « Jesse James », Jolly Jumper fume trop et il n'aime pas ça et fait le difficile quant au choix de ses fers. Il y a aussi un bandit, Jesse James, qui se prend pour Robin des Bois, mais confond partage des richesses (mal acquises) et confiscation (à main armée). Il forme un trio de grand chemin avec un cousin débile et un frangin qui fait des peseudo-citations de Shakespeare à tout bout de champ et de branche lorsque les bandits sont perchés.

Tout ça bien rythmé en cases dont certaines sont sans bord (l'album date de 1968, la bande dessinée commençait à expérimenter), personnages à trognes et pifs improbables, couleurs franches qui vous mettent souvent un groupe de bonshommes en bleu, en gris, en vert pâle quand ils ont peur.

3.
Vu « Aline », de Valérie Lemercier. Sympathique, comme le personnage central, Aline Dieu qui évoque la chanteuse Céline Dion, que l'on aime à croire aussi sympathique, franche et naturelle que son double de fiction. A voir aussi pour les répliques de maman Dieu, pleines de verve.

4.
Ai fini de lire « La Chèvre d'or », de Paul Arène (1889). Roman rapide (200 pages, chapitres très courts), style clair et concis, basé sur le mythe de la « chèvre d'or », mythe lié, si j'en crois Wikipédia, à l'occupation sarrasine de certaines parties de la Provence entre 730 et 973.

Je ne sais pas si ce roman est disponible en librairie. Si ce n'est pas le cas, « La Chèvre d'or » mériterait d'être réédité. Il fourmille de détails sur la Provence du 19ème siècle et charme par le conte, un brin naïf, le goût de l'énigme et de la chasse au trésor.

5. 
Alors comme ça, l'archiduchesse qui avait coutume de faire sécher à l’air sec ses chaussettes jusqu'à ce qu'elles fussent, ses chaussettes, sèches, sèches, archisèches, on l'a retrouvée, l’archiduchesse, desséchée, cadavérée cependant qu'au mur et au bout d'une ficelle se balançait quelque sardonique hareng saur.

6. 
Hector, t’as tort d’être tant porté sur la tortore car trop de tortore tue et tu dois donc, Hector, stopper tartares, tartines, gratin de pâtes, patates sautées, choucroutes et pâtés en croûte si dans l’trou tu veux pas chuter.

7. 
J'aime le son de batterie de Nick Mason dans « Cymbaline » (c'est de Pink Floyd) Je n'aime pas le son désagréable de Poutine (sale !) JaimeLeSonDlaBatterieDansLesDisquesDePinkFloyd JeNaimepasLaTêteALavrov MacabreTheClown macabre.

8. 
Paraît que Roger Waters a des tendances pro-russes et surtout anti-américaines. Bah on ne demande pas à Roger Waters s'il a des compétences en géopolitique, ni s'il pige que s'il est bien friqué, c'est grâce au vilain libéralisme, on lui demande de composer de bonnes chansons.

9.
Très tapant le soleil trop trempée la limace
TropTrempéeLaLimace Ah la malice dis et puis
Alice chuta chuta chuta S'artrouva Alice as'
Kip dans les étrangetés d'la logique et puis
As'kip paraît qu'i va neiger qu'ça va chuter
D'la neige Aujourd'hui grève & demain neige.

10.
SouventSouventSouventCoinCoin SouventSouvent
TchiiipTchiiipSouventSouvent TirrreliSouvent
SouventCroaCroa SouventCoinCoinCroaCroa j'me
Promène & j'entends des zoziaux dans m'tête.

11.
Ce n'est pas parce qu'il neige des bigoudis qu'il y a des têtes dessous. (proverbe merlan)

Patrice Houzeau
Malo, le 7 mars 2023.

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7 mars 2023

6 MARS 2023 BAKHMUT TIENT PRIGOJINE RÂLE

6 MARS 2023 BAKHMUT TIENT PRIGOJINE RÂLE

1.
6 mars 2023. Il se dit en Occident que Bakhmut tient, que soldats russes et mercenaires de Wagner se font décimer, que Prigojine serait toujours aussi remonté contre l'Etat-major Choïgou/Guerassimov et parlerait même de « trahison ». 1 euro = 80,67 roubles.

2.
Plus la sale guerre en Ukraine durera, plus grands seront les risques de récession mondiale et de troubles en Occident. Les Etats-unis et l'UE n'ont pas d'autre choix que d'aider l'Ukraine à battre Poutine. Une victoire rapide fera taire fachos et staliniens.

3.
On prête à Prigojjine cette prophétie : « Si Wagner se retire [de Bakhmut], tout le front s'effondrera ». Le problème, c'est que Prigojine ne peut pas se retirer. Poutine ne le lui pardonnerait pas. Conclusion : Wagner est obligé d'avancer ou de périr.

Arrogance de Prigojine prétendant que ses mercenaires prendraient Bakhmut ? Impatience de Poutine ? Déception ? Ressentiment de l'armée russe ? On dit que Wagner perd beaucoup d'hommes et aurait du mal à recruter. Le piège se referme-t-il sur Pirgojine ?

4.
Ah oui j'avais oublié la dernière ânerie du Ministère de l'Education Nationale : le « Pacte ». Je soupçonne Pap Ndiaye de vouloir faire mieux que Blanquer dans le n'importe quoi façon je réforme parce qu'il faut bien réformer pour plaire au grand Macron Reformator.

Inutile de préciser que si ni réforme des retraites, ni SNU (l'Etat éducateur universel, décidément non), ni « Pacte » (ils se croient dans un film, ma parole !) ne passent, Macron devra bien se résoudre à dissoudre.

Je n'aime guère l'appellation « Pacte » donnée par le Ministère de l'Education Nationale aux nouvelles missions proposées aux enseignants. Il y a de l'allégeance là-dedans. Je ne serais pas étonné que s'y ajoutent des restrictions au droit à l’expression, voire au droit de grève.

5.
Il est que certains sont plus anti-américains que pro-Poutine. Le problème, c'est que lorsque des gens meurent par milliers, il faut choisir son camp. Fustiger l'aide américaine à l'Ukraine et blâmer les « erreurs » de Poutine, c'est un peu léger. Concrètement, ça revient à faire le jeu de la Russie.

De plus, en ce qui concerne les « erreurs » de Poutine, cette sale guerre que l'autocrate russe mène en Ukraine n'est-elle pas plutôt une étape de cette suite de guerres menées par la Russie en Tchétchénie, en Géorgie, dans le Donbass, et qui ont pour objectif de reprendre ce qui a été perdu lors de la dislocation de l'URSS ?

6.
Il faudra un jour qu'un gouvernement un peu courageux s'attaque réellement au trafic de stupéfiants qui commence à faire beaucoup de victimes (les drogués, mais aussi les naïfs qui croient s'y enrichir et qui finissent enterrés dans des forêts).

7.
Je n'apprécie guère le président Macron. Son recours constant à la technocratie, sa complaisance envers des gens douteux (Benalla, Solère,...), le désastreux et autoritaire confinement de mars 2020, autant d’éléments à charge et je ne regretterai pas son départ. Sauf pour le soutien de la France à l'Ukraine, car l'atlantisme de Macron est ici salutaire et je crains, hélas, que son successeur ne soit pas aussi anti-Poutine qu'il le faudrait.

8.
Beaucoup de pro-Poutine ne croient pas en l'efficacité du vaccin anti-covid (d'autant qu'il est américain), certains même de ces cornes d'aurochs ne croient même pas en la létalité du covid. Inutile de leur dire qu'au 7 mars 2023, les cas confirmés sont en nette hausse en Russie (plus de 13 000 cas en moyenne sur ces 7 jours), ils ne le croiraient pas.

9.
Une thèse complotiste aperçue : « Fillon était pro-russe. L'OTAN et/ou CIA l'ont fait chuter en 2017 pour imposer Macron ». Je ne me souviens pas que Fillon avait la réputation d'être pro-russe en 2017, d'autant qu'à mon avis, Fillon, comme Shröder, sont surtout Pro-leur-gueule.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 mars 2023.

6 mars 2023

CORNICHON SE TRADUISANT PAR GHERKIN

CORNICHON SE TRADUISANT PAR GHERKIN

1.
« par exemple, - l'âme, à ce qu'ils croyaient, - je cite les termes d'un subtil et intelligent Parisien, - ne demeure qu'une seule fois dans un corps sensible. Ainsi, un cheval, un chien, un homme même, ne sont que la ressemblance illusoire de ces êtres. »
(Edgar Poe adapté par Baudelaire, « Metzengerstein »)

Les choses se ressemblent-elles ? La banane est-elle la banane telle que je la vois ou un étant qui se transforme x fois par seconde ? Le réel est-il une série grouillante et infinie de métamorphoses dont l’œil ne percevrait qu'une infime partie ? C'est-y pas qu'nous grouillons ?

2.
« The rich although faded tapestry hangings which swung gloomily upon the walls, represented the shadowy and majestic forms of a thousand illustrious ancestors. »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« La tenture de tapisserie, riche, quoique fanée, qui pendait mélancoliquement aux murs, représentait les figures fantastiques et majestueuses de mille ancêtres illustres. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis que « shadowy and majestic » est traduit par « fantastiques et majestueuses » puisqu'il s'agit de « figures ».

S'il avait été question de dés à coudre, Baudelaire aurait écrit « fantastiques et majestueux ».

Ceci dit, il est rare que l'on ait pour ancêtres des dés à coudre. Remarquez que la tapisserie aurait pu représenter les « figures fantastiques et majestueuses de mille ancêtres illustres » avec dés à coudre. Ce qui aurait été curieux, aussi curieux que la rencontre du spectre d'un cornet acoustique avec la peintre Leonora Carrington.

3.
« The longer he gazed the more absorbing became the spell – the more impossible dit it appear that he could ever withdraw his glance from the fascination of that tapestry. » 
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« Plus il contemplait, plus absorbant devenait le charme, - plus il lui paraissait impossible d'arracher son regard à la fascination de cette tapisserie. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Baudelaire traduit « withdraw his glance from the fascination of that tapestry » par « arracher son regard à la fascination de cette tapisserie », ce qui se justifie puisqu'il n'est, dans cette phrase, pas question de dé à coudre (thimble) ni de chameau (camel).

Si l'on « arrache son regard à la fascination d'une tapisserie » ou de tout autre chose (d'un jardin, d'un jambon-beurre, d'un jamais, toujours, je-ne-sais-quoi, jambe, jarretière, jolie jeune fille...), la fascination en est-elle aveuglée et se met-elle à errer, hagarde et échevelée, de par le monde en quête d'un autre regard à fasciner ?

4.
« I-n-d-e-e-d- ! » ejaculated the Baron, as if slowly and deliberatly impressed with the truth of some exciting idea. »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« - En... vé... ri... té... ! - exclama le baron, comme impressionné lentement et graduellement par quelque évidence mystérieuse. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis sur internet que le Cambridge Dictionary donne au verbe anglais « ejaculate » le sens aussi de « to shout or say something suddenly » ce qui ne vous interdit pas de prendre le café avec du sucre, ni de le boire en contemplant la course des nuages en forme de chevaux. Je dis ça parce qu'il est question, dans le « Metzengerstein » d'Edgar Poe, d'un « cheval », d'un cheval fantastique. S'il s'était agi d'un bocal, vous auriez contemplé des nuages en forme de bocaux ; d'un cardinal, des cardinaux ; d'un vitrail, des vitraux ; d'une bataille, des bateaux mais je dis pour faire rire dans les vals et les vaux.

5.
« In the glare of noon – at the dead hour of night – in sickness or in health – in calm or in tempest – the young Metzengerstein seemed rivetted to the saddle of that colossal horse,... »
(Edgar Poe, « Metzengerstein »)

« Dans l'éblouissement du midi, - aux heures profondes de la nuit, - malade ou bien portant, - dans le calme ou dans la tempête, le jeune Metzengerstein semblait cloué à la selle du cheval colossal... ».
(Edgar Poe traduit par Baudelaire)

Je lis que l'adjectif anglais « colossal » se traduit par le français « colossal ». Etant une colossale poutre dans la langue des Beatles et des Doors (et ça m'amuse que Scarabées et Portes parlassent la même langue), ça me rassure un peu de le savoir, même si c'est peu, si peu.

J'ai appris récemment que l’expression « mettre quelqu'un sur un piédestal » se traduit en anglais par « put someone on a pedestal » et que, voyez, « cornichon » se traduit par « gherkin », même qu'il est souvent « pickled », « preserved in vinegar ». Ah oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 mars 2023.   

5 mars 2023

SUR LE DOS DE QUI CES ECONOMIES ?

SUR LE DOS DE QUI CES ECONOMIES ?

1.
Je pense, comme le gouvernement, que la Réforme des retraites permettra de faire des économies, reste à savoir sur le dos de qui.

2.
Je pense, comme le gouvernement, que la Réforme des retraites permettra d'accroître la production de richesses. Euh... pas si sûr, si l'on continue à créer des emplois bidons d'administrateurs dans le secteur public. Un hôpital, le covid l'a prouvé, a plus besoin d'une bonne infirmière que d'un spécialiste du tableau excel (ah ces diplômés des universités et de Sciences Po dont on ne sait que faire). L'éducation nationale croule sous le poids des missions, commissions et moult expertises aussi inutiles que trissotines cependant que des classes restent assez désespérément sans professeur. M'est avis que c'est kif-kif-macronot dans la Justice et la Défense.

3.
Travailler plus longtemps pour faire des économies qui serviront à payer les gentils organisateurs et gentils animateurs du SNU et autres apprenances résilientes, désolé, mais non.

4.
Une élève de retour de stage : « Oui, c'était bien, mais à la fin, euh, c'était long » « Bin oui, lui fis-je, mais là vous avez fait trois semaines, dites-vous bien que vous ferez ce métier pendant trente ans. » « Ah mais moi, ce n'est pas ça que je veux faire. » Le quotidien des LP.

5.
On ne m’enlèvera pas de l'esprit que la réforme des retraites est l'un des moyens dont Macron dispose pour tenter de combler la dette induite par le « quoi qu'il en coûte » de la crise Covid, lui-même induit par l'irresponsabilité de nos technocrates.

6.
Hashtag « Le7MarsJeBosse ». Comme je suis taquin, je rappelle donc cette réplique d'un sketch de Coluche : « Allez va bosser va, la France a besoin de toi ! Tu y diras qu'elle m'attende pas, j'vais être en retard aujourd'hui hein ! ».

7.
Le gouvernement, qui répète que le 7 mars, c'est la France qui se lève tôt pour ne pas gagner grand chose qui va être bloquée par les grèves, n'a qu'en partie raison. Grands patrons et profiteurs de crise, si les grèves sont reconduites, sûr qu'ils vont aller gueuler en coulisses que la prochaine fois, vus la chienlit et le pognon paumé, ils soutiendront Le Pen ou Zemmour. C'est ça, voyez, qui panique réellement le gouvernement.

8.
Alors comme ça, la Russie à Poutine vole des enfants à l'Ukraine. Vous trouvez ça normal, vous, Onfray, Arno Klarsfeld ? Je ne pose pas la question à Régis Le Sommier, il est très vraisemblable qu'il ait été, comme on disait pendant la guerre froide, « retourné ».

Quant aux apprentis collabos pro-Poutine sur Twitter, je ne discute pas, je bloque. Qu'ils restent à baver entre eux.

9.
Quelque chose me dit que la fameuse monnaie des BRICS initiée par Poutine The Looser et basée sur les rouble-yuan-roupie-rial iranien-scoubidou-russian porn et gazorouble est morte dans l’œuf. L'Occident ne peut pas perdre et donc l'Ukraine vaincra.

10.
Certains libéraux sont amusants. Ils ne cessent de rappeler que l'individu prime et que la fortune étant due au talent, elle est donc légitime. Je suis d'accord mais je note que lorsque les Français sans fortune s'inquiètent de leur retraite et font grève, les mêmes libéraux en appellent au collectif. Etrange.

11.
Au fond, c'est la Chine qui a les cartes en main. Soit elle continue à commercer et à travailler avec l'Occident, soit elle mise sur le marché africain, lance un plan façon plan Marshall en faveur de l'Afrique et initie un monde basé sur la croissance de l'Eurasie et de l'Afrique.

Si la Chine choisit l'option africaine, elle pourrait se lancer dans une troisième guerre mondiale aux côtés de Poutine. Si elle choisit l'option occidentale, elle soutiendra Poutine diplomatiquement, mais le laissera s'enliser dans sa sale guerre en Ukraine.

Les rêveurs qui pensent que la Chine pourrait à la fois aider au développement de l'Afrique et continuer à travailler avec l'Occident oublient juste que ni l'Asie, ni la Russie, ni l'Occident n'ont intérêt à voir l'Afrique se développer et devenir réellement indépendante.

Possible que la Chine continue à travailler avec l'Occident, laisse Poutine s'enliser dans sa sale guerre en Ukraine et que, lorsque la Russie sera trop faible pour réagir, finance des guérillas africaines pro-chinoises et surtout anti-Wagner.

12.
Ce n’est pas la première fois que j’entends dire qu’en France, la productivité serait en baisse. Or, le nombre de créations d’emplois augmente. Sur LCI, Christian Saint-Etienne évoque une baisse de la productivité qui serait en partie le résultat d’une prise en compte dans les chiffres des heures effectuées par un nombre de plus en plus important d’apprentis.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 mars 2023.

5 mars 2023

EN ATTENDANT LA GREVE DU 7 MARS 2023

EN ATTENDANT LA GREVE DU 7 MARS 2023     

1.
C’est évident : si la grève du 7 mars n’aboutit pas à un blocage du pays et à des grèves reconductibles, le gouvernement saura que la réforme des retraites passera. Tout se jouera probablement ce mardi 7 mars 2023.

2.
Je constate que l’adjectif « résilient » tend à remplacer dans bien des énoncés l’adjectif « performant », et surtout l’adjectif « efficace ». L’adjectif « résilient » se fait alors, à mon sens, euphémistique. Ainsi, j’ai noté l’évocation de « systèmes de santé plus résilients ».

La résilience, nouvelle tarte à la crème. Tout semble voué à la résilience. Ça ne veut rien dire sauf que la technocratie estimant que la société française n’est pas assez productive,  prétend convaincre les Français d’être plus résilients dans leurs pratiques, d’être plus « positifs », comprenez « dociles ».

3.
Le message des Français au président Macron est pourtant clair. Macron a été réélu pour continuer à contrecarrer l’extrême-droite et l’extrême-gauche, pour continuer à soutenir l’Ukraine contre Poutine, pour réparer les défaillances de son premier quinquennat : la sotte réforme Blanquer par exemple, et reprendre les investissements dans les secteurs de la santé, de la justice, de la défense…, pas pour enquiquiner les Français avec des réformes dont ils ne veulent pas.

4.
5 mars 2023. J’apprends par CNews que la fameuse « lettre électronique » de La Poste fait « flop » et qu’elle « pourrait même être abandonnée ». Si tel est le cas, bravo donc aux technocrates qui ont mis au point cette nouvelle « résilience » sans prendre en compte que les Français commencent à être gavés de la numérisation à marche forcée de tout et de n’importe quoi.

5.
Grève 7 mars 2023. Ce n’est certainement pas en jetant l’opprobre sur les grévistes à venir que le gouvernement va apaiser les tensions. Les grèves sont un moyen très dur de se faire entendre, mais elles sont ici légitimes. Surtout depuis que les Français ont compris que le gouvernement avait tenté, avec les fameux « 1200 euros » de pension minimum, de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Il faut aussi que le gouvernement comprenne que cette opposition à la réforme des retraites cristallise les mécontentements : inflation, crise énergétique, défaillances des secteurs de la santé (on évoque des morts faute de prise en compte par les urgences…), de la justice (violences en hausse, féminicides etc…), de la défense (avons-nous encore une armée ?), de l’éducation (diplômes dévalorisés, universités pleines à craquer), de la formation (pas assez de chauffeurs, d’infirmiers, de cuisiniers, de serveurs, et il semble que l’on s’apprête à pourvoir les postes vacants avec des migrants, comme s’il n’y avait pas assez de chômage en France, comme si les Lycées professionnels n’existaient pas…).

6.
Qu’elle soit juste ou pas, le gouvernement a, et aura du mal, à convaincre les Français de la légitimité de sa réforme des retraites et cela, pour une seule raison : les Français ne croient plus en la sincérité de leur président.

7.
Michel Onfray : Philosophe bavard ? Bavard philosophe ? ou bavard tout court ?

8.
Ai entendu dire que la France était championne d’Europe quant au nombre de ses ronds-points et au nombre de ses supermarchés. Si tel est cas, y a quoi derrière ? Nécessité de faire travailler des entreprises en manque de commandes ? Corruption ? Les deux ?

9.
Une relance de la politique nataliste en France ? Pour quoi faire ? Ne sommes-nous déjà pas trop nombreux sur cette terre vouée aux conflits, aux virus, aux violences, au pourrissement inéluctable ?

Patrice Houzeau
Malo, le 5 mars 2023.

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4 mars 2023

PENDANT QUE SE BALANCE LE GRAND HARENG-SAUR DE L'HISTOIRE

PENDANT QUE SE BALANCE LE GRAND HARENG-SAUR DE L'HISTOIRE

1.
La nuit ne rit pas. D'ailleurs, je ne vois pas la nuit avoir des envies de rigolade.
Je ris parfois. C'est qu'il y a des films comiques.
Je ne regarde jamais de films comiques en mangeant des crêpes. On ne sait jamais, des fois qu'elles se mettraient à se tordre et à s'esclaffer.

2.
Passe un rhinocéros. J'boirais bien une bière.
Ces deux propositions constituent un ensemble de douze syllabes. Je pourrais en faire un vers dans un poème qui parlerait de rhinocéros et de bière. Je n'en ai pas envie ; je contemple mon chien qui ronge son os.

3.
3 mars 2023. Une vidéo tournant sur twitter montrant Lavrov expliquant que la Russie essayait d'arrêter en Ukraine une guerre qui aurait été déclenchée contre elle et provoquant ainsi les rires du public de New Delhi, prouve indéniablement que Sergueï Lavrov est le plus grand clown de la scène diplomatique internationale. Avec sa tête à faire pleuvoir et le pince-sans-rire de sa distinction de cireur de bottes poutiniennes, cet homme sait faire rire, quand il ne fait pas pleurer.

4.
« - Raison de plus pour qu'on croie que tu fais le tapin, s'esclama Gabriel épouvanté. Surtout avec tes bloudjinnzes. Y a des amateurs.
- Y a des amateurs de tout, dit Fédor Balanovitch en homme qui connaît la vie. »
(Raymond Queneau, « Zazie dans le métro »)

D'une manière générale, la vie est pleine d'amateurs. Certes, ils exercent, - pas tous – une profession, mais ils n'en restent pas moins dans la plupart des domaines des amateurs. Il y a des peintres, des musiciens, des politiques amateurs. Ils ont parfois un certain talent. Mais ce talent disparaît avec eux, et parfois, c'est dommage, mais c'est sans doute qu'ils avaient autre chose à faire. Restent quelques temps le tableau de l'oncle Arthur (une vue avec vaches d'un bout du coin de là-bas) et quelques vieilles coupures de presse. Par contre, je reprendrais bien de la tarte au riz.

5.
Le crétin professionnel ne se distingue du crétin amateur que par son pouvoir de nuisance. Et encore, certains crétins amateurs ont dépassé le stade du professionnel pour très vite accéder au stade de virtuose, de Grand Maître en crétinerie.

6.
Je ne sais pas si c'est vrai mais, selon un article du Point, du jeudi 2 février 2023 (p.24) : « Si un virus de grippe aviaire déclenche une épidémie dans un élevage de visons en Espagne, la propagation à l'homme est à craindre. » Qu'en pensez-t'ils-nous-vous-tu ?

Le mot « virus » signifie en latin « poison, toxine ». C'est donc un poison invisible. Il semble qu'il y ait débat sur la nature des virus : organismes vivants ou pas ? C'est que le réel grouille. Nous grouillons. Sous nos pieds, les rats grouillent. Les tueurs grouillent en Ukraine, en Afrique, dans l'enfer des faits divers. Le grouillement aura la peau de l'humain, aussi sûrement que Poutine a les valets les mieux payés du monde : ils ont pour nom : Lavrov, Choïgou, Guerassimov, Peskov, Medvedev, ecterov.

7.
« Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile
Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor ! »
(Baudelaire, « Le cygne », v.49-50).

« Dans » est une préposition qui signale que quelque chose peut servir de contenant. « Mais qu'est-ce que tu as dans la tête ? », « Mais tu n'as rien dans le crâne, ma parole ! »  sont des phrases qui, employant la préposition « dans », nous renvoient à ce creux qui nous définit et où nous fourrons tout ce dont on dit parfois : « Je me demande où il va chercher tout ça. »

8.
Le complotisme fonctionne sur l'idée que s'il n'y a rien à voir là où on s'attendrait à voir quelque chose, c'est que ce quelque chose est caché, occulté, dissimulé. On s'attendait à voir une soucoupe volante (puisque quelqu'un de « bien informé » l'aurait déclaré), et ce n'est qu'un prototype de ballon espion, c'est donc que l'on nous cache que les aliens sont sans doute déjà parmi nous. J'ai toujours pensé que les bananes étaient hantées par des esprits pervers. Je n'en ai jamais trouvés, mais je remarque que l'on ne nous dit pas tout sur les bananes, ni sur les politiques perchés.

9.
« Le Point » du 2 février 2023, p.44 :
« Ce mont pelé qui domine la ville kurde syrienne de Kobané est abandonné au vent glacial et aux chiens errants. »
(Guillaume Perrier)

Le verbe « errer » vient du bas-latin « iterare » qui signifiait « voyager ». Il y a des chats, des chiens, des gens, des peuples, des esprits errants. Jadis, il y eut même des chevaliers errants. Les chapeaux errants sont plus rares, ou alors c'est qu'il y a quelqu'un dessous. Si vous croisez un manteau errant sans personne dedans, vous venez de croiser l'homme invisible.

10.
Si Cicéron, cependant que César césarisait et que se balance le grand hareng-saur de l'Histoire, n'avait point tant cicéronné, Cicéron n'aurait jamais été Cicéron, mais comme, cependant que César césarisait et que se balance le grand hareng-saur de l'Histoire, Cicéron cicéronnait, Cicéron est devenu Cicéron, mais pas Poincaré.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 mars 2023.

4 mars 2023

ET TOUTES CES SORTES DE MÂCHOIRES

ET TOUTES CES SORTES DE MÂCHOIRES

1.
« Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps. »
(Baudelaire, « La servante au grand cœur... »)

Certes est un adverbe. Il est donc invariable. Si Baudelaire l'écrit sans « s », c'est pour gagner une syllabe. Baudelaire se fiche-t-il du monde ? Sans doute, mais ce n'est pas à ça qu'on reconnaît le baudelaire. Du reste, il n'a jamais existé qu'un cas de baudelairisme avéré, et ce fut entre 1821 et 1867. Il fut beaucoup copié, jamais ressuscité.

2.
« Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige. »
(Baudelaire, « Harmonie du soir »)

Wikipédia dit du Soleil qu'il est « l'étoile du Système solaire » et qu'il est une « étoile de type naine jaune ». Le Soleil n'a pas toujours existé (il aurait près de 5 milliards d'années, papy Fiat Lux). Avant d'être une naine jaune, il ne fut ni géant vert, ni léopard tacheté.

Je ne pense pas non plus que le Soleil fut d'abord une pierre qui roule pis qui chantait du blues avant de s'enflammer comme une guitare qui tombe amoureuse d'une mandoline. D'ailleurs je ne me pose pas la question de l'origine du Soleil. Pas aujourd'hui, et surtout pas en mangeant des saucisses.

Le Soleil peut-il se noyer ? Tout dépend du sens que l'on donne au pronominal « se noyer ». Si, écrivant que « le soleil s'est noyé » vous voulez dire que le Soleil interprète l'air de la Reine de la nuit (« Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen », « L'infernale vengeance brûle dans mon cœur »), c'est que vous ne connaissez pas le sens exact du verbe « se noyer ». Remarquez qu'alors Baudelaire aurait pu écrire : « Le soleil s'est noyé dans son chant qui se fige ».

3.
L'oubli est un processus qui fait qu'on se souvient pas, qu'on ne se rappelle pas. Ne pouvant se joindre, le frappé d'oubli en conclut qu'il est absent. Il saisit qu'il est tombé dans un trou de mémoire, lequel pourrait s'élargir, devenir gouffre, l'engloutir comme une bouche s'ouvrant dans le temps. Baudelaire dans ce vers : « Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde » imagine donc qu'on pourrait faire de l'oubli son lit. Pour ce qui est du requin, je me le visualise bien dans un lit, mais ça fait tout de même très bande dessinée. C'est tout de même l'onde qui lui convient le mieux au requin, ou la finance, la politique et toutes ces sortes de mâchoires. Et s'il se met à ronronner et à réclamer des caresses, c'est que ce n'est pas un requin.

4.
« Nous avons salué des idoles à trompe ; »
(Baudelaire, « Le voyage »)

Les idoles sont des représentations. Qu'elles soient religieuses ou séculières, elles se basent sur l'apparence et donc sur l'illusion. Chacun étant l'illusion de l'autre, ces illusions nous constituent en tant qu'êtres imaginaires. La fiction est une idolâtrie en ce sens qu'il y a autant de différence entre la représentation du réel et la manière dont il nous tombe dessus qu'entre la représentation d'un dieu et la façon dont il n’existe pas.

Que l'être du réel se manifeste à nous, - on appelle cela tragédie, ou drame (le réel s'imposant à la conscience par l'évidence de sa violence), et la fiction soudain devient insupportable, et l'autre un péril imminent. Le but du social est d'éteindre cet incendie et de substituer à la fiction devenue toxique une fiction nouvelle, que l'on appelle « modernité ».

5.
« 
Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.) »
(Baudelaire, « L'horloge »)

Ce qui existe n'est pas le temps, mais la représentation du temps. Cette fiction utile nous rappelle que nous sommes voués à la disparition. Elle est aussi universelle que la pluralité des langues et je ne sais pas s'il pourrait exister une société humaine sans représentation du temps, laquelle se fait par le langage. Le temps est une production linguistique, une grammaire. L'absolu des temps est un monothéisme, et les dieux des grammaticaux. Je me demande pourquoi j'ai soudainement envie de confiture d'abricots.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 mars 2023.

3 mars 2023

LES CHOUCROUTES VOLANTES NE JOUENT PAS DE KRAUTROCK

LES CHOUCROUTES VOLANTES NE JOUENT PAS DE KRAUTROCK

1.
« - Voilà encore une de vos idées bizarres, - dit le préfet, qui avait la manie d'appeler bizarres toutes les choses situées au-delà de sa compréhension, et qui vivait ainsi au milieu d'une immense légion de bizarreries. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée »)

Littré fait venir le mot bizarre de l'espagnol « bizarro » et le français lui donna alors le sens de « vaillant, brave » et Larousse de l'italien « bizarro », qui signifiait « extravagant ». Parfois, cultivant le bizarre, je pensais aux choucroutes volantes.

Les choucroutes volantes ne jouent pas de krautrock et ne répètent donc pas le mot « bizarre » pendant des minutes longues comme des chapelets de saucisses, genre :

Comme c'est bizarre très bizarre ce blizzard
Qui souffle dans les gares Des gens bizarres
S'y croisent Rendez-vous au prochain bizarre
Trans-Europe Bizarre... Trans-Europe Bizarre

Il m'arrive moi aussi d'écouter du krautrock. Par contre, les saucisses, je les mange.

2.
« Il y a dans chaque pièce une certaine quantité de volumes et de surfaces dont on peut se rendre compte. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Le préfet de police])

Les mots « volumes » et « surfaces » m'évoquent la géométrie et la craie. La géométrie dit que « le carré du plus long côté, l'hypoténuse, d'un triangle rectangle, est égal à la somme des carrés des deux autres côtés.» On appelle cela le théorème de Pythagore.

Je n'ai connu aucune craie qui s'appelât « Pythagore » cependant qu'après leur passage, on devait essuyer le tableau.

Du reste, élève peu soucieux des leçons, j'avais beau fixer du regard, comme si je voulais l'hypnotiser, la craie, la craie là, la craie posée sur la plate barre métallique, là, sous le tableau muet, pas moyen de m'en souvenir du théorème à l'autre Grec.

3.
« C'est simplement – dis-je – une identification de l'intellect de notre raisonneur avec celui de son adversaire. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Le narrateur])

L'intellect est la faculté de comprendre le fonctionnement de cet engrenage de causes et d'effets que l'on appelle « réel ». Les pierres n'ont pas d'intellect, mais ce n'est pas à ça qu'on les reconnaît.

Lorsque l'on comprend comment fonctionne cette machine affective que l'on appelle « autrui », on peut, dit-on, prévoir ses actions et réactions. S'il achète des frites, c'est qu'il a envie de manger des frites. Il est rare que quelqu'un achète une barquette de frites pour lui faire une déclaration d'amour.

Les pierres sont dénuées d'intellect et ne mangent pas de frites, mais ce n'est pas à ça qu'on les reconnaît.

4.
« Ce qui est vrai d'un rapport de forme ou de quantité est souvent une grossière erreur relativement à la morale, par exemple. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « La lettre volée » [Dupin])

Peut-on quantifier la morale ? Peut-on mettre l'éthique en équations ? L'universalisme moralisateur a de ces airs parfois de vouloir établir une science de la morale. Cela ne m'empêche pas de les manger, les saucisses.

5.
Dormir, que l'on trouve par exemple dans ce vers de Baudelaire : « Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde », est très calme comme verbe. Du 3ème groupe, et avec un participe passé invariable, le verbe « dormir » n'est pas une terre de contrastes. D'usage aussi courant que le mensonge en politique, il a comme synonyme familier le verbe « pioncer ». Un verbe qui évoque le repos donc, bien que, parfois, il soit modulé par le complément « d'un sommeil agité ».

Patrice Houzeau
Malo, le 3 mars 2023.

28 février 2023

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI CE THEÂTRE ?

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI CE THEÂTRE ?

1.
« J'ai les yeux de l'épervier pour le jour, du hibou pour la nuit... et du bouc pour les rêves... »
(Patrick Cothias, André Juillard, « La Marque du Condor », « Les Sept Vies de l'épervier », tome VII, pl. 3 [Baragouine])

Je lis que dans la Chine ancienne l'épervier symbolisait l'automne. En anglais, « épervier » se dit « sparrowhawk ». L'épervier ne pratique pas le saxophone. Il est cependant très rapide et aurait fait merveille dans le be-bop. Il arrive que l'épervier manie l'épée ; mais c'est qu'il est alors un pseudonyme.

2.
« J'ai dû argumenter avec quelques cerbères qui ont fini par admettre mes raisons... »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 7 [Masque-rouge])

Dans la mythologie grecque, Cerbère était le chien polycéphale qui gardait l'entrée des Enfers. Lui non plus n'a aucune pratique connue du saxophone. Son nom est utilisé pour désigner des gardes peu avenants. Le cerbère est donc fort utile si vous voulez que l'on vous fiche la paix. Il faut cependant le nourrir. Ce qui peut vous coûter un bras, d'autant que le cerbère ne se fournit pas au détail, mais en équipe, contrairement au Cerbère mythologique qui avait toutes ses têtes sur un même corps, et donc ne s'absentait jamais pour aller mener une vie de famille.

Dans la bande dessinée, les « raisons » de Masque-rouge peuvent être aussi vives et tranchantes qu'un épervier fondant sur sa proie, qu'une ritournelle frappant une oreille, qu'une réplique du théâtre de Molière.

3.
« - Êtes-vous le vrai Masque ?
- Êtes-vous le vrai roi ? »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 23 [Le roi et le masque])

Ce dialogue ne peut se concevoir que si on se demande si le roi est bien le roi ou l'apparence du roi, ou si Masque-rouge est bien Masque-rouge ou l'apparence de Masque-rouge, et si le roi est bien le roi et Masque-rouge est bien Masque-rouge, évidemment, c'est qu'il ne s'agit pas de Zoë et Tonio au Carnaval de Dunkerque.

4.
« Mon père disait que la sorcellerie est un mot bien commode pour juger toute chose qu'on ne peut expliquer... »
(Cothias et Juillard, « La Marque du Condor », pl. 27 [Louis XIII])

J'ignore si Louis XIII a jamais tenu ces propos. Il est cependant vrai que certaines personnalités influent sur les autres au point de troubler les existences. Ce n'est pas de la sorcellerie, c'est de la persuasion par la fascination. Il y a aussi la connaissance des plantes, des herbes, des propriétés de la nature et de leurs influences sur les vivants. Par contre, savoir préparer des frites, ou aller se faire cuire un œuf, ne relève aucunement de la sorcellerie.

5.
« - Pourquoi avez-vous choisi ce théâtre ? », demande L'Epervier au Condor. C'est que si nous nous plaisons sottement à comparer nos existences à des pièces, il est que rôle et masque n'ont que le temps de nos jours. La mort vient ; le masque tombe; le saxophone continue son solo et il n'y a plus de saxophoniste que ses os.

Patrice Houzeau
Malo, le 28 février 2023.

27 février 2023

CELA N'EMPÊCHE PAS D'AIMER LA CORNEMUSE

CELA N'EMPÊCHE PAS D'AIMER LA CORNEMUSE

1.
Merci mon Dieu, aujourd'hui non plus, Jésus ne m'est pas apparu.

2.
Parfois, foudre qui vous plante sur place, vous tétanise, vous cloue chez vous. Parfois, foudre lente qui s'insinue, vous décale, vous ralentit, vous dédale.

3.
Si les lapins avaient des fusils, ça ne s'appellerait pas la chasse, mais la guerre.

4.
Le 27 février 2023, il se dit que selon des sources américaines, la pandémie du Covid-19 serait la conséquence d'une fuite accidentelle du virus d'un laboratoire de Wuhan. C'est ça, les virus, vous ne pouvez pas les laisser seuls une minute, ils en profitent pour fuguer, et vont, courent, volent provoquer des accidents mortels qu'après ça, vous passez pour des je ne sais quoi dans le monde.

Ce qui me rappelle l'efficacité et la prévoyance de notre technocratie et administration qui s'est illustrée lors du scandale des masques (quel carnaval!).

5.
Il paraît que la dernière feuille de chou à la mode chez les pro-Poutine s'appelle « Omerta ». Le nom est en effet bien choisi pour désigner une bande d'écrivaillons qui relaient la propagande du mafieux du Kremlin.

6.
« Pour mieux s'imposer, la logique prend quelquefois les traits de l'absurde. »
(René Char, « Moulin premier », V)

Si l'on considère la logique comme une science qui définirait avec rigueur les règles formelles de la pensée, il est qu'en effet, si vous essayez de battre la fourchette avec l’œuf, vous n'arriverez pas y tremper vos frites.

C'est en voyant le Père Ubu préparer une omelette aux champignons que vous constaterez que certaines omelettes peuvent être mortelles. C'est là l'un des intérêts de l'absurde littéraire, il prévient des risques d'empoisonnement que le réel vous fait courir.

7.
Il faut toujours avoir un pied de rechange sur soi, des fois que, par inadvertance et malheur de nous, on en mettrait un dans une tombe.

8.
« Le loup a peur du violon », note Henri Michaux dans « Sous le phare obsédant de la peur ». Cela se comprend. Il se peut que le mot « violon » évoque ici la prison. Ceci dit, le violon retourné à l'état sauvage, le crin-crin farouche, oh le redoutable ! Avec ses coups d'archet aigres-rauques, ses rapides pis qui lancinent zinzinneries rythmées par des coups de guêtres spectrales, il vous ferait fuir le loup solitaire aussi sûrement qu'un macron des villes pourchassant la croissance sur son beau cheval Blabla fait fuir le fabuliste égaré.

9.
« Il s'éloigna le plus qu'il fut possible, pour n'être vu ni entendu de personne »
(Madame de La Fayette, « La Princesse de Clèves »)

Le mot « personne » vient du latin « persona », dérivé de « personare », qui signifie « résonner, retentir ». La « personna » était un masque de théâtre qui la faisait sonner, tiens, la voix de l'acteur. S'éloigner de manière à « n'être ni vu ni entendu de personne », c'est donc s'éloigner des masques, du théâtre, de la scène sur laquelle nous jouons nos personnages. Cela n'empêche pas d'aimer la cornemuse. C'est même un fort bon prétexte d'éloignement.

10.
« Dehors
La terre s'ouvre
L'homme est tué
L'air se referme »
(René Char, « Confronts »)

Il arrive que « l'air se referme ». Surtout quand il n'a plus rien à dire. Cela arrive juste après une mort violente. Il y a de la sidération dans l'air. Cela ne dure pas. Quelqu'un crie, surtout si, distrait, il a laissé son pied sous la trajectoire du marteau échappé, avec lequel il comptait accrocher ficelle et hareng saur.

Patrice Houzeau
Malo, le 27 février 2023.

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