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BREFS ET AUTRES

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24 novembre 2023

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE

BRUISSEMENT MOQUEUR DE LA GRAMMAIRE
(En feuilletant une « grammaire anglaise » de poche, collectif, Nathan, 1992)

1.
« He has known the Martins for several years. »
C'est-à-dire qu'il croyait connaître les Martin depuis plusieurs années, jusqu'à ce que...

2.
« You are not to tell him. »
Non, tu ne dois pas le lui dire. Surtout, depuis qu'il s'est procuré une hache.

3.
Juxtaposés, les deux exemples de grammaire « an ugly long dress » et « a large french house » vous font un croquis amusant, qui pourrait figurer quelque impression fugace dans la tête d'un personnage.

4.
« Look at that tall girl ! »
Je me demande la tête qu'elle a.

5.
« There were two people in the room. »
C'était Toto. Toto pas mort et Toto mort. En effet, Toto, ayant viré fada, se prenait pour le chat de Schrödinger.

6.
« He saw Sonia enter the house »
Notons qu'il ne sait pas du tout qui est Sonia et je me demande bien quel sens a pour lui le mot « maison ».
Quant aux raisons pour lesquelles Sonia a éprouvé le besoin d'enterrer la maison, je pense qu'elles sont principalement d'ordre linguistiques.

7.
« He's been following me since the station . »
Il me suit depuis la gare. Je l'ai bien reconnu, allez, même s'il a changé plusieurs fois de tête, de vêtements, et qu'il s'est laissé pousser la barbe en changeant de robe.

8.
« Tom has been painting the door, that's why there's paint all over the place. »
Je me demande pourquoi les auteurs d'une « grammaire anglaise de poche » ont demandé à ce grand maladroit de Tom de repeindre la porte.

9.
« He couldn't tell me the time. He had lost his watch. »
Il ne pouvait pas me donner l'heure. Il avait perdu sa montre, à laquelle il manquait le bras. Quant à sa jambe de bois, qu'en avait-il fait ? Pour ce qui est de sa tête, n'en parlons pas.

10.
« John said/thought/knew/was sure/felt that Mary was displeased. »
Il était donc clair pour John que Mary était mécontente. Du reste, elle s'était procuré une hache.

11.
« It is a portrait he is very proud of. »
Mais je pense qu'il sera déçu par les réactions des visiteurs lorsqu'ils poseront les yeux sur ce portrait de l'homme invisible sur fond de champ de neige.

12.
« Nobody ever understood why she decided to go to the United States. »
Surtout pour enseigner le néerlandais à Coudekerque-Branche.

13.
« The other three days were rainy. »
Les trois autres jours ont été pluvieux. Au quatrième, nous coassâmes.

14.
« Brahm's First Concerto, which we heard in London, was composed in 1858. »
Si vous vous imaginez que, pour justifier un exemple de grammaire, je vais aller à Londres écouter le Premier Concerto de Brahms, faut quand même pas pousser la garagluche dans les pissenlits (c'est une image). D'ailleurs, c'est comme moi, la semaine dernière, j'ai fait un coq au vin. Mais ce n'était pas la première fois.

15.
« There must have been a lot of fog... »
Ce fut la première pensée qui lui vint à l'esprit à la vue de tous ces nuages blancs sur lesquels de petits êtres ailés gambadaient en sifflotant des cantiques.

16.
« This crossroads is dangerous. »
Ce carrefour est dangereux. Surtout depuis que certaines nuits la Dame Blanche vient s'y promener comme un politique dans l'honnêteté.

17.
Si lundi matin, un ou une collègue m'accueille en me demandant : « Have you ever eaten fried grasshoppers ? », je commencerai sérieusement à m'interroger sur les vertus divinatoires des grammaires anglaises de poche à l'usage de moi-même.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

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24 novembre 2023

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

ET TU N'ES PAS UN CHAT CAR JE NE SUIS PAS CHIEN

1.
« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
(Corneille, « Le Cid », v.1529 [Rodrigue])

« Non, non, en ce combat, quoi que vous vouliez croire, »
Vous ne pourrez conduire en vous mettant à boire.

2.
« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
(Corneille, « Le Cid », v.1499 [Rodrigue])

« Je vais lui présenter mon estomac ouvert, »
Qu'il dit, le Cid... Mais ce n'est pas son stomack, non,
Qu'il va à je ne sais qui présenter ouvert,
Mais sa poitrine, avec son cœur et ses poumons.

3.
« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
(Corneille, « Le Cid », v.1802 [Chimène])

« Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire. »
Ah ça, quand trop on parle, il faut s'attendre au pire.

4.
« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville »
(Corneille, « Le Cid », v.1010 [Don Diègue])

« Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : »
Eh oui, que voulez-vous, ce n'est jamais qu'en ville
Que je trouve les trucs, les machins et les choses
Dont je me sers pour en faire encor, hein, des choses.

5.
« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
(Corneille, « Le Cid », v.289-90 [Don Diègue])

« Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge. »
Et veille bien à me rapporter des oranges ;
J'en ferai des jus car c'est bon, le jus d'orange.

6.
« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
(Corneille, « Le Cid », v.642 [Don Fernand])

« Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. »
Décapité, dis-tu ? Décapité... Quel coup !
Et qu'ils sont douze qui eurent la tête cou-
pée ? Un capitaine et douze moines... Ça fait
Combien de morts alors, combien de morts ça fait ?

7.
« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse »
(Corneille, « Le Cid », v.1001 [Don Diègue])

« Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : »
Et c'est bien trop souvent que nous serrons les fesses.

8.
« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
(Corneille, « Le Cid », v.1019 [Don Diègue])

« Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison. »
Y a trop d'macchabs, et trop d'placards ! Alors, c'est bon,
Au vert que j'vais aller cueillir des champignons.

9.
« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
(Corneille, « Le Cid », v.1555 [Chimène])

« Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris, »
Bois un coup, ça ira mieux. Bois donc, je t'en prie ;
J'ai faim, je veux manger et faut qu'tu sois parti ;
De frites j'ai envie, et de poulet rôti,
Et pas, mon couillon, de tes yeux de merlan frit.

10.
« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, »
(Corneille, « Le Cid », v.1743 [Don Fernand])

« Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort. »
Non, le mort n'est pas mort, et oui, il bande encore.

11.
« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
(Corneille, « Le Cid », v.1191 [Chimène])

« Ah ! ce n'est pas à moi d'avoir tant de bonté ; »
Et puis vous le savez que j'ai déjà donné.

12.
« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens »
(Corneille, « Le Cid », v.1031 [Don Diègue])

« C'est d’eux que tu descends, c'est de moi que tu viens : »
Et tu n'es pas un chat car je ne suis pas chien.

13.
Nicolas Sarkozy se voit en leader politique « dynamique et responsable. »
Je le vois plutôt en énervé inconséquent.
Nicolas Sarkozy s'aime beaucoup, je crois.

Patrice Houzeau
Malo, le 24 novembre 2023.

22 novembre 2023

MAIS LES CONTES SONT CRUELS

MAIS LES CONTES SONT CRUELS
(Notes sur une relecture, des années après, de « Un Taxi mauve », de Michel Déon).

« Un Taxi mauve », de Michel Déon n'est pas un grand roman, au sens où « Voyage au bout de la nuit », « La Route des Flandres », « Le Château » ou encore les romans de Proust et de Faulkner sont des œuvres qui changèrent à jamais le paysage romanesque, mais j'y suis affectivement attaché, comme à un souvenir d'adolescence, aussi clair et précis dans ma mémoire que la couverture d'un magazine posé devant moi et que je viens d'acheter.
Prétextant un devoir urgent et difficile à rendre pour le lendemain, je passai une soirée dont je me souviens encore, près du radiateur et du poste de radio, à dévorer ce « taxi mauve » cependant qu'à l'étage invités - qui étaient-ils ? Aucune idée -, et les gens aimables qui furent mes parent engloutissaient je ne sais quoi en parlant d'on ne sait qui.
Depuis, j'ai pour ce roman les yeux de la nostalgie.

L'action se passe en Irlande. Une Irlande de roman. Michel Déon vécut en Irlande. Mais l'Irlande du bouquin a un réel parfum de fiction, de « solitude des longues courses », de « pluie battante » et de « rafales de vent glacé » dans des paysages déserts où l'on entend parfois des coups de fusil (c'est qu'on y tire la bécasse), une Irlande de maquignons et de chiens de chasse, pleine de bars et d'églises, d'Irlandais tantôt bigots, tantôt alcooliques (voire les deux), parfois bagarreurs, parfois excentriques ou étonnamment secrets. Michel Déon a vécu en Irlande, mais cette Irlande hantée par un taxi mauve me semble aussi peu réelle que la chevalerie de la légende arthurienne. Irlande fantasmée, Irlande de syllabes, Irlande pour lecteurs, de toute façon, je n'irai jamais vérifier. Et puis nous sommes en 2023. « Un Taxi mauve » a été publié en 1973 et fait allusion à des événements de l'époque : premiers pas sur la Lune, attentats commis par l'IRA, manifestations contre la guerre du Vietnam... Cette Irlande contée par Déon, si elle a existé, n’existe sans doute plus que dans l'imagination des scénaristes.

Le narrateur écrit, quoiqu'il confesse : « je n'ose pas dire un livre tant mon inexpérience en ce domaine est totale ». Ce qu'il raconte est censé avoir été vécu. C'est de la légende. Du reste, le réel s'en fiche. « - Eh quoi, mon cher, vous avez écrit un livre ! Comme une postière hystérique ! » lui balance son ami Seamus. Un auteur que j'ai connu employait le verbe « pondre ».
Je me demande souvent ce que pèsent réellement les livres ? Pas grand chose pour la plupart. Peut-être quelques-uns, en ce sens qu'ils pourraient être assez profonds et lucides pour imprégner l'esprit d'un grand manieur de réel. Et encore n'y suffisent-ils à eux-seuls. Il y faut aussi une éducation, un milieu, une volonté. Ceci dit, que serait la France sans Molière, Hugo et Balzac ? Que serait l'Angleterre sans Shakespeare, Dickens et Conan Doyle ? Assez différentes, je pense.

Comme dans bien des cas, ce n'est pas le narrateur qui est au centre du livre. Pour ma part, il m'agacerait parfois : les rêves dont il fait la relation à plusieurs reprises, franchement, je m'en fiche. D'ailleurs, ma lecture les a abrégés en sautant – hop là – les paragraphes. Et pourtant, le narrateur le sait qui commence un chapitre par « Il n'est pas de plus grands fâcheux que ceux qui entreprennent de raconter leurs rêves ». Je confirme.
Ce que l'on peut dire, sans trahir les secrets de l'intrigue, c'est que le narrateur, à la fin du bouquin, il est désillusionné. Mais il se fait une raison (faut toujours se faire une raison). C'est que les gens, si, à l'aune de nos sottes espérances, sont souvent décevants, ils sont aussi complexes, les gens. Ainsi, « il n'y a peut-être de clarté que dans les personnages imaginaires », conclut philosophiquement le narrateur avant d'aller « dans le Kerry qui est si beau, et puis ailleurs ensuite, je ne sais où, pour recommencer une vie. »

Le personnage central du livre est un duo, un drôle de duo formé par un certain Taubelman et sa supposée fille, Anne.
Taubelman est un ogre et un conteur. il y a chez lui, dit le narrateur « un goût des mots pour les mots, une sorte de musique pour l'argot et la préciosité, qui est impossible à rendre en français par écrit. » L'auteur avoue son impuissance : la littérature serait impuissante à rendre compte de la richesse verbale dont sont capables certains conteurs. Du reste, le réel est en lui-même un formidable puits à histoires. Et cela fait belle lurette que nous savons que la littérature ne sait ni ne peut rendre réellement compte du réel. Il ne peut que l'évoquer, et l'évoquant, il le constitue. C'est quelque chose.
Si Taubelman est bavard, Anne est muette.
Anne est jeune (« entre vingt et vingt-cinq ans, probablement », répond le narrateur à l'infirmière, car l'intrigue veut que Anne se retrouve parfois hospitalisée).
Anne est gracieuse et cavalière. « Comme nous étions en lisière d'un bois, elle ne nous vit pas, et nous pûmes la contempler à loisir, admirer son buste droit, la douceur et la fermeté de sa main, la grâce de son port de tête. » Le narrateur rappelle à plusieurs reprises que la chevelure de la jeune femme est particulièrement belle, « féerique », écrit-il.
Mais les contes sont cruels. Et bientôt questions et doutes affluent : Taubelman est-il bien Taubelman ? Anne est-elle bien sa fille ? D'où vient son mutisme ? Que cherchent-ils à ou à ne pas ? Pourquoi se sont-ils installés dans ce qui semble un bout du monde ?
Un bout du monde... C'est de ça qu'ça cause, voyez, des bouts du monde, la littérature, les bouquins, les gens, l'Irlande qu’existe pas, l'Irlande qu’existe, tout ça. Le reste, c'est de l'au-delà.

Michel Déon fut un écrivain classé à droite, apparenté aux « Hussards », nous iriche Wikipédia ; plus ou moins proche aussi, le Déon, dit-on, de Jean Raspail. Plus guère de gens pour savoir ce que sont-ce, les Hussards. Personnellement, m'en fiche. Il est vrai que certaines réflexions du roman me rappellent des idées que j'eus jadis. Et puis le goût de la liberté individuelle, l'ironie, la fascination pour ceux qui vont dans le monde, « ne rendant de comptes à personne, forme suprême de la liberté »... Ouais, c'est bien ce que je disais, de la littérature, du conte quoi.

Patrice Houzeau
Malo, le 22 novembre 2023.

21 novembre 2023

FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE

FEUILLETANT LE CHIEN JAUNE UN MATIN DE NOVEMBRE AVEC PLUIE

1.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, Maigret va « se camper », c'est qu'il se pose là, devant les choses et les êtres.
Maigret retient « par la manche ». Éviter que le réel s'échappe. Ce que Maigret retient, c'est le sens. Eviter sa dissolution, sa perte dans la lessiveuse.
Maigret « remarque ». C'est un œil. Un œil dans un corps massif.

2.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a une « fille de salle ». Elle s'appelle Emma. Elle « s'avance », pour prendre les commandes. Elle est dans sa fonction et inscrit le texte dans une réalité objective, visible par tous.
Emma a « vingt-quatre ans ». Au chapitre II du roman, l'auteur en dresse un portrait rapide. On trouve ainsi cette notation typique du vaguement glauque et du banalement humain qui imprègne la fameuse atmosphère Simenon, je cite :
« Elle était anémique. Sa poitrine plate n'était pas faite pour éveiller la sensualité. Néanmoins, elle attirait, par ce qu'il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif. »

3.
Je me demande si le génie de Simenon ne réside pas dans ce tour de force de présenter, de manière parfois assez behavioriste, une réalité objectivement glauque et, phrase après phrase, notation après notation, dans un style quasi journalistique, d'en faire jaillir une subjectivité transcendante.

4.
Dans « Le Chien jaune », de Simenon, il y a un chien, « qui semble n'avoir pas de maître et que l'on rencontre à chaque nouveau malheur. » C'est ce que Maigret lit dans un journal local.
Le chien jaune « fait peur ». Au chapitre IV, des adolescents le blessent en lui lançant des pierres. Les romans de Simenon mettent en scène le mal dans sa quotidienneté. Les gens ne sont pas des monstres, mais peuvent être violents et irrationnels, jusqu'au meurtre. C'est cela qui est monstrueux. Et c'est ce que montre Simenon.

5.
« une tempête » ;« le vent » ; « Dans les rues, quelques parapluies, des cirés fuyant au ras des maisons ». Intempéries. L'action du roman se situe à Concarneau. Un temps pluvieux est donc de mise. Un temps de chien, et même de « chien jaune ».
Simenon est un auteur qui a l’œil, l’œil cinématographique. Au chapitre III, cette suite de traits : « Un vent violent balaie la rue. Éclairage glauque. Volets qui claquent. Tourbillons de poussière. Larges gouttes d'eau. »
Notons que le vent balaie imparfait et passé simple, temps privilégiés du narratif simenonien. Le vent est un présent, une actualisation du temps (cf l'incipit  : « C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. »)
Le soleil pourtant n'est pas absent. Il accompagne parfois l'humeur de Maigret et la « magie du soleil », le « clair drapeau français », le « mur ruisselant de lumière » d'une gendarmerie évoquent soudain « une allégresse de 14 juillet. » Il est que le dénouement est proche.

6.
21 novembre 2023. Plus la sale guerre de Poutine en Ukraine s'enlise, plus je pense que l'Occident a été lâche. Si, dès le début, l'espace aérien ukrainien avait été décrété « no-fly zone », je pense que Poutine aurait rapidement reculé. Qu'auraient décidé Churchill et Kennedy (je pense à la crise de Cuba) ? Avons-nous eu peur d'une apocalypse nucléaire ? Avons-nous pensé que Poutine était assez fou pour ? Avons-nous craint que la Chine nous tombe sur la tête ?
N.B : Je me rends compte que j'ai un peu abusé du verbe « penser ». Ce qui me laisse songeur.

Patrice Houzeau
Malo, le 21 novembre 2023.

20 novembre 2023

LA VERITE EST AILLEURS ET MOI AUSSI

LA VERITE EST AILLEURS ET MOI AUSSI

1.
Les bons comtes font les bons amis quand ils ne se disputent pas avec les marquis.

2.
Le Mont-Blanc (dont la hauteur est en 2023 de 4805, 59 mètres, soit 2,22 mètres de moins qu'en 2021) est en fait une pyramide déguisée en pic de montagne. Ce qui prouve que les Égyptiens de l'Antiquité étaient de fameux alpinistes. #LaVéritéEstDansLaMontagne

3.
Les personnes qui ne croient pas aux OVNI et qui sont enlevées par des extra-terrestres sont-elles en fait victimes d'auto-abduction ?

4.
Étrange. Personne n'a jusqu'ici fait le lien évident entre le monstre du Loch Ness, la pandémie du Covid, les lignes de Nazca, les OVNI et les apparitions de Luc Ferry dans nos étranges lucarnes (des milliers de témoins !).

5.
Lorsque Tertullien n'a pas écrit : « Credo quia absurdum est », il n'a certainement pas cru si bien dire.

6.
Nous savons de source aussi sûre que les sources de Régis de Castelnau que le monstre du Loch Ness est un sous-marin allemand de la première guerre mondiale (un U-Boot !). Son équipage est plus ou moins régulièrement renouvelé par une secte de nostalgiques de la cinquième colonne.

7.
Avez-vous remarqué qu'il y a tout de même pas mal d’ex-militaires (gendarmes, pilotes de chasse, membres de services plus ou moins secrets,...) qui racontent publiquement bien des trucs et ficelles sur les OVNI ?

8.
Lorsqu'en 1763, le gouverneur de la Californie du Nord, Arthur Dobbs, révèle au public l’existence de la plante qu'il appelle lui-même : « attrape-mouches sensible », rien ne m'empêchera de penser que cette « plante » était un extra-terrestre invasif.

9.
Entendu dans une vidéo que le Vatican détiendrait un morceau de PAN qui se serait crashé dans l'Italie d'après-guerre. Du coup, je me demande s'ils sont bien tous humains, les serviteurs du Seigneur, là, ou si... hein ?

10.
Certains sous-entendent que ce n'est qu'apparemment que la monnaie officielle de la Russie s'appelle « rouble ». Son véritable nom serait plutôt « pot-de-vin ».

11.
La Lune est creuse. D'ailleurs, elle a enfanté la Terre.

12.
Tout le monde sait que les paroles des chansons de Claude François étaient codées. D'où, peut-être, la disparition prématurée de l'interprète de « Alexandrie Alexandra ». On en parlé, hein déjà, des secrets de l’Égypte antique. #LaVéritéEstUneChansonFolle

13.
Dans les cours de mathématiques, 26² = 676 mais dans le monde réel, 26² = 676 était le véritable nom de l'homme qui se faisait appeler Arthur Hifairaire (oui, c'est rare) et qui vendit des années durant des aspirateurs. D'où venait-il réellement ?

14.
Arthur Conan Doyle a soigneusement travesti la réalité. Mais quand on lit attentivement son œuvre (surtout si on n'a que ça à faire), il devient évident que le véritable détective est le chien des Baskerville, tantôt déguisé en docteur Watson, tantôt en Mrs Hudson. #LaVéritéFumeLaPipe

15.
Si la Justice américaine n'empêche pas Donald Trump de se présenter aux élections de 2024 et si le blond bavard beuglant est élu, alors plus aucun doute ne sera permis : les extra-terrestres auront gagné.

Patrice Houzeau
Malo, le 20 novembre 2023.

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19 novembre 2023

DEFOIS ÇA VEUT BIEN DIRE CE QUE ÇA NE DIT PAS

DEFOIS ÇA VEUT BIEN DIRE CE QUE ÇA NE DIT PAS

1.
Wikipédia nous électrise que cette galette énergique aurait été enregistrée en « deux semaines au Toe Rag Studio de Londres sur du matériel vintage ». Story-telling ou vérité, je ne sais pas, mais ça ne m'étonnerait pas tant l'album semble bouillonner d'une énergie brute, d'une effervescence juvénile, cependant que l'on n'y trouve pas la moindre trace de Sherlock Holmes. Ou alors, c'est que je n'ai pas bien compris les paroles, et notez que n'est pas pour autant que ce n'est pas un de mes albums préférés dans le genre musique énervée garage rock.

L'album « Elephant », des White Stripes, publié en 2003, commence par l'étonnant et fameux « Seven Nation Army ». Cette sauterie picaristique (l'adjectif « picaristique » n’existe pas, mais il veut bien dire ce qu'il ne dit pas) a-t-elle un rapport avec les films « L'Armée des Douze Singes », « Les Sept Mercenaires », « Les Septs Samouraïs », « Les 101 Dalmatiens », the Salvation Army, le parapluie de mon oncle, la toujours vague récente d'OVNIS, la machine à coudre de ma tante, la tarte aux abricots ? Je n'en suis pas certain.

En outre, le caractère hermético-allusif des paroles écrites par Jack White ne nous renseigne guère. C'est que les anglo-saxons ont tendance à composer des lyrics où le sens semble parfois moins importer que les sons et les rythmes que les mots produisent. Y est-il question de vengeance ? En tout cas, y a d'la menace. Y a qu'à voir le dernier vers (non, je n'ai pas dit « boire le dernier verre »), je cite :

« And the stains coming from my blood tell me to go back home ».

Il est y aussi question des « chiens de l'Enfer » (« the hounds of Hell »), du « Seigneur », de Wichita (c'est dans le Kansas) et d'opéra. On dirait une version hallucinée du « Alligator(s) 427 », de Hubert-Félix Thiéfaine.

Le clip « officiel » du tube reprend le code couleur du duo Jack et Meg White : noir, rouge, blanc. C'est fignolé, géométrique, moderne et photogénique. Y a un ordre serré de squelettes dedans. Meg White tape et frappe et frappe et tape because c'est la batteuse. Jack White riffe et épate avec cette ligne qu'on croirait de la basse mais paraît qu'c'en est pas.

2.
Dans le genre hermético-allusif, il y a itou l'assez expérimental « Down By The Water », de PJ Harvey (sur l'album « To Bring You My Love », 1995). Wikipédia nous approfondit que les paroles seraient inspirées par le classique du folk « Salty Dog Blues ». J'y ai jeté une oreille (la version de Leadbelly épate fort et la chanson d'un bluegrass entraînant qui ravigote).

Apparemment, « Salty Dog » « is an old slang term » qu'on pourrait peut-être traduire par « (vieux) loup de mer ». Mais rien n'est moins concombre.

Il est que dans la coda, PJ Harvey susurre ces mots :

« Little fish, big fish, swimming in the water,
Come back here, man, gimme my daughter »,

paroles quasi identiques à l'un des couplets du « Salty Dog Blues » traditionnel,

« Lil' fish, big fish, swimming in the water,
Come on here and give me my quarter ».

Quant au sens, je me suis d'abord perdu en confitures (parce que je n'ai pas retrouvé tout de suite le mot « conjectures) et je n'en sais pas plus qu'une boîte à œufs. Le texte de PJ Harvey évoquerait une mère qui vient de tenter de noyer sa fille et qui aurait tenté ensuite de la sauver, elle ou une autre... On serait loin donc du « Salty Dog Blues » traditionnel.

Vers courts. Pas un mot de trop. De la belle ouvrage.

Tout ça pour dire que PJ Harvey est une artiste qui sait s'inspirer, ce que confirme aussi la musique de « Down By Water », lancinante et distanciée (grâce notamment à la ponctuation assurée par un ensemble violon-altos-violoncelle, une voix qui fait chœur et écho, des percussions exotico-dansantes et l'effet bruitiste produit par un synthétiseur).
Distanciation aussi le trémoussement de PJ Harvey dans le clip officiel de la chanson. Sensuelle en robe rouge, battant des cils, mimant l'allumeuse, en contraste avec le même personnage – bin oui, c'est du théâtre – s'enfonçant, se débattant dans l'eau.
« Oh help me jesus
Come through this storm »
(PJ Harvey, « Down By The Water »)

3.
Qu'importe le sénateur Joël Guerriau. S'il est reconnu coupable, il devrait ne plus pouvoir remettre les pieds au Sénat et être déclaré inéligible de manière à ce qu'il ne puisse plus utiliser l'argent de l'Etat à on ne sait quel usage de stupéfiants.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 novembre 2023.

19 novembre 2023

J'AI BIEN CONNU UN HARENG-SAUR MAIS IL NE DONNAIT PAS L'HEURE

J'AI BIEN CONNU UN HARENG-SAUR MAIS IL NE DONNAIT PAS L'HEURE

« Vous connaissez cette bête ?...
- Je ne l'ai jamais vue...
- Sans doute un chien de bateau... »
(Simenon, « Le Chien jaune », chapitre 1)

Au chapitre 1 du roman « Le Chien jaune », de Simenon, on trouve l'évocation de Concarneau « désert » parce qu'il est tard. « Le Chien jaune » a été publié en 1931 (en moins 20 donc avant la naissance de JLM, le Grand Insoumis). Est-ce que je me demande si aujourd'hui Concarneau est désert aussi parce qu'il est tard ? Non.

Ensuite, il y a du bateau. Avec des « poulies » qui « grincent » et un « foc mal cargué qui claque au vent ». Moi, ça ne me dit rien, parce que je ne suis jamais monté sur un bateau et que je suis veau en vocabulaire marin. J'ai pris une fois le ferry. C'était il y a longtemps et moi-même, voyez, je m'en fous.

Puis peut-être qu'il y aurait « un bruit étranger à la tempête ». Comme « Le Chien jaune » est un roman policier, voilà qui met la puce à l'oreille. Ça va-t-y saigner ? La Mort assassine est-elle au rendez-vous ? Et si Nina Hagen avait été un garçon, se serait-il appelé Nino Hagen, dans le pop/rock là ?

L'auteur évoque un « ordre chronologique rigoureux ». C'est bien utile, ça, un ordre chronologique rigoureux. Ça empêche de mettre la charrue avant les bœufs, les résultats des examens avant que les candidats œuvrent et composent, le zéro avant l'infini (j'ai le vague sentiment que ce que je viens d'écrire n'a pas plus de sens que le soliloque d'une plaquette de beurre dans un frigidaire).

Comme « tout le monde a reconnu le blessé », le blessé n'est pas un inconnu. On ne peut pas se tromper sur ce point. A moins que les apparences soient trompeuses – un masque ? Comme dans Fantômas ? - et que les Beatles étaient cinq alors qu'ils étaient quatre. Mais alors, comment ont-ils fait pour qu'on les surnomme les « Fab Four » ?
La preuve de ce que j'avance ? Voici : contrairement à ce que l'on a colporté il y a quelques années, Paul McCartney n'est pas mort en 1966. Il y avait donc John, George, Ringo, Paul vivant et Paul pas mort. Alors quoi. Je dirai même plus : comme John et George ne sont maintenant plus de ce monde, les Beatles sont donc trois. Et le fait que le groupe se soit dissous en 1970 ne change rien à l'affaire. Vous 'avez qu'à demander à Lady Madonna.

Une « fille de salle éclate d'un rire nerveux ». C'est que le réel devient ridiculement absurde aussi. Du reste, vous remarquerez que le réel des fictions n'est pas moins absurde que le réel où qu'on patauge. Ah ça, t'as pas fini de te détériorer le système, la fille de salle, avec toutes ces incongruités meurtrières là.

Apparition du « chien jaune ». Comme personne ne le connaît, personne ne le salue. D'ailleurs, il ne répond pas. Il ne fume même pas la pipe. Un étranger quoi.

Plus tard, ce fut un autre chapitre. Un jeune inspecteur attire l'attention de Maigret sur la nécessité des « empreintes ». Maigret fume la pipe. Tout le monde le sait. Et, bien sûr, si Maigret avait sucé des sucettes, comme Kojak, dans la série policière éponyme du début des années 70 qu'on regardait à la télé en mangeant des gaufres quand ma mère faisait des gaufres, eh bien, la fameuse atmosphère à la Simenon aurait été assez différente.

Le pharmacien évoque aussi la nécessité « d'analyser le contenu de toutes les bouteilles ». Ce qui n'arrange pas le patron. C'est que les gens boivent aussi. Y en a même qui surtout boivent. J'ai bien connu un hareng-saur mais il ne donnait pas l'heure.

Patrice Houzeau
Malo, le 19 novembre 2023.

18 novembre 2023

ET DE TES GENOUX VOIS-TU L'AVEUGLE S'EN FOUT

ET DE TES GENOUX VOIS-TU L'AVEUGLE S'EN FOUT

« Vérité, mensonge, certitude, incertitude...
Cet aveugle là-bas sur la route connaît aussi ces paroles. »
(Fernando Pessoa)

J'aime bien Fernando Pessoa pour la philosophie que l'on trouve dans ses poèmes. Certes, c'est pas Sartre, pas Heidegger, et pas alambiqué, pas le genre énigme à profondeur qu'affectionnait René Char (enfin, euh, ça dépend, la poésie charresque, parfois, n'est guère plus profonde qu'un doigt de porto ; par contre, ça, elle énigmatise, étrangéise, vous perlimpinpine le cogito, même que défois on comprend rien, mais c'est beau, souvent, la poésie de René Char).

Garouffons (le verbe « garouffer » n’existe pas, mais je l'aime bien), garouffons donc ce texte de Pessoa tiré de « Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes d'Alberto Caeiro » (traduction : Armand Guibert) et qui commence par les mots « Vérité, mensonge, certitude, incertitude... ». Déjà, lecteur, te voilà pensif alors que la pluie tombe, que les chats et les araignées rentrent se mettre au chaud puisque l'hiver, et toutes ses contrariétés, va bientôt pointer sa fraise gelée.

Ensuite, sur la « route », il y a un « aveugle ». C'est symbolique, chuis sûr. Sinon pourquoi pas un accordéoniste, une girafe, un coin-coin dandinant, ou Zut encore, chantant une vieille chanson de dans le temps de chez nous qu'on n'y était pas mais ça vous fait d'la nostalgie quand même allez...

Quant au narrateur, il est sur une « haute marche ».. Où ? Je ne sais pas. Sur le devant de sa porte peut-être ? Il a les « genoux croisés » avec dessus, ses mains, qu'il « serre ». Je ne sais pas ce que cette pose signifie mais on voit bien qu'il n'est pas en train de charger, sabre au clair, dans le fracas et l'effroi d'une bataille napoléonienne.

On peut penser qu'il pense, le narrateur là, sur sa « haute marche » avec ses « mains serrées ». Il pense sans doute à « vérité, mensonge, certitude, incertitude », vu qu'il en cause, même qu'il doit se demander si « tout revient-il au même ? », et si le Vrai et le Faux ne seraient jamais que des mots qu'on utilise pour se donner l'illusion que le réel a un sens, alors qu'on sait bien qu'il n'y a pas plus de sens en-soi que de dieu bienveillant au plus haut des cieux et dans on ne sait quelle éternité (celle qu'on croit qu'elle existe parce qu'on peut le dire).

D'ailleurs, voyez : le narrateur a « décroisé les mains ». L'aveugle, lui, n'a rien vu. Vous me direz que l'aveugle ne savait pas que le narrateur avait les mains croisées sur « le plus haut » de ses « genoux ». N'empêche que « quelque chose a changé dans le cours de la réalité », note le narrateur et cela, - insistons sur ce point – si peu que ce fût. Pour l'aveugle, ça fait-y une différence ?

Du reste, nous savons bien, parce que nous regardons des documentaires sur Arte, que la matière gigote perpétuellement, frénésie, danse de saint-guy, ontologique tarentelle, et tout le tremblement. Le voyons-nous ? Non. Même que souvent, on dit : « C'est bien calme, aujourd'hui », alors que dans les herbes, des batailles homériques se déroulent, à grands coups de pinces et de sucs vénéneux, avec force démembrements, démantibulations, égorgements, éventrements, dévorations, accouplements, et qu'au cœur même de la matière, des tas de particules dont je ne retiens jamais les noms (parce que hein) filent dans tous les sens dans cet invisible infini que je sais pas comment qu'il s'appelle.

Et nous, pépère, fumant philosophiquement la pipe en pensant à Monique, nous ne voyons rien, nous ne nous doutons de rien, ô aveugles bipèdes que nous sommes !

Bon, pendant ce temps-là, l'aveugle, consultant sa montre, constate qu'il est déjà tard et qu'il a un bus à prendre, cependant que le narrateur considère que « ce n'est déjà plus la même heure, ni les mêmes gens, ni rien de pareil », même qu'il en tire la conclusion que « c'est cela, être réel. »

Et c'est ainsi que les saucissons séchèrent (et avec l'inflation, ce n'est pas près de s'arranger).

Patrice Houzeau
Malo, le 18 novembre 2023.

 

17 novembre 2023

NON CES CHANSONS NE PARLENT PAS DE SAUCISSES

NON CES CHANSONS NE PARLENT PAS DE SAUCISSES

1.
Les frères Mael sont américains et fondèrent en 1968 les « Sparks », nous étincelle Wikipédia, lequel « Sparks » est en 2023 toujours actif et depuis longtemps considéré comme un groupe majeur du pop/rock tendance ironie innovante. De la ritournelle électrique énervée dans ce « Amateur Hour » - il a le piano persifleur, Ron Mael - tiré de l'album « Kimono My House » (1974). La chanson parle des adolescents, des poils qui poussent, de la voix qui mue, de l'émotion virile à la vue des filles, je cite :

« Girls grow tops to go topless in
While we sit and count the hairs that blossom from our chins
Our voices change at a rapid pace
I could start a song at tenor and then end as bass »
(Ron et Russel Mael),

mais pas des saucisses, qu'elle charlotte la song, alors que hein n'est-il pas qu'il y en a, zont tout bien l'air grandes saucisses, grandes asperges, grands dépendeurs d'andouilles et autres grandes sauterelles.
Après, on vieillit, on n'a plus le temps d'écouter les Sparks ou de regarder la série animée « Daria », autre perle d'ironie, et on écoute les politiques nous recycler leurs sornettes à la télévision.

2.
Autres ironies innovantes, les chansons de Philippe Katerine et ici, le répétitif qui grince et sature « Après moi », tiré de l'album « Robots Après Tout » (2005). Le morceau est basé sur un dialogue soliste-chœur (Katerine en étrange professeur à répétitions (il me souvient alors d'un professeur d'anglais du collège Gérard Philippe, d'Hénin-Beaumont à la fin des années 70, adepte consciencieux du « repeat after me » continu, avec lequel j'ai fort peu appris et qui ne se prenait apparemment pas pour de la), s'adressant à une classe de mômes moqueurs donc, le narrateur du « Aprés moi » à Philippe Katerine nous rappelle que «Répétez après moi on est tous des imbéciles – on est tous des imbéciles » même que « Répète après nous t'as rien compris au film – T'as rien compris au film ». A écouter quand on se sent s'enfler du melon et autres péripéties égotistes.

3.
J'ai aussi mauvais goût. Ça doit être la raison – outre que j'aime les chanteuses jolies et dansantes – pour laquelle j'apprécie le « Can't Get You Out Of My Head », de Kylie Minogue, publié en 2001 et tiré de l'album « Fever ». C'est le genre de disco-électro-bidouillée pour teenagers que l'on ne peut guère écouter qu'en reluquant la vidéo, le visage lisse de Kylie Minogue (c'est un rôle, un métier que celui d'artiste du Show must go on), les jolis corps des danseuses et la souplesse des danseurs (c'est leur job) et honni soit qui mal y voye.
Tout est dit dans le titre, du « La la la / La la la-la la / La la la / La la la-la la » des premières mesures au « Set me free » à cheveux bouclés, pour en revenir au lancinant « I just can't get you out of my head / Boy, your loving is all I think about ». C'est pas du Claudel. On s'en fout. C'est de Cathy Dennis et de Rob Davis. Un truc amusant et très googuelien. A un moment, le texte, ça dit :

« Won't you stay ?
Won't you lay ?
Stay forever and ever
And ever and ever »

Ce que la machine traduit par :

« Ne resterez-vous pas ?
Ne voulez-vous pas pondre ? »

Ce qui donne à mon mauvais goût français une touche de surréalisme et un sens ironique à la ritournelle électro-pop.

4.
Dans le genre ironique, ai revu hier soir dans la lucarne à déconnes « Le Viager », l'épatant film de Pierre Tchernia (1972), avec Michel Serrault, Michel Galabru, Jean-Pierre Darras, Odette Laure et Rosy Varte. Les images évoquant la cinquième colonne de l'armée allemande avec son Otto à monocle déguisé en bonne sœur et la scène de l'avocat brouillon et embarrassé jouée par Jean Carmet reprenant sa plaidoirie par un « En ce temps-là, Cicéron disait à ses disciples » me gondolent toujours.

5.
Français, démocrate, libéral, j'espère donc que l'Ukraine finira par vaincre l'impérialisme poutino-russe. Je ne crois pas que cette espérance soit partagée par François Fillon, Nicolas Sarkozy et Gerhard Schröder. Ces gens, je n'aimerais pas leur serrer la main.

Patrice Houzeau
Malo, le 17 novembre 2023.

14 novembre 2023

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

LE PASSÉ AVEC DES PETITS OIGNONS

1.
« Qu'est ce que le présent ?
C'est une chose relative au passé et à l'avenir. »
(Fernando Pessoa traduit par Armand Guilbert, « Vis, dis-tu, dans le présent »)

On ne fait pas revenir le passé avec des petits oignons. C'est un truc à vous ramollir montres et horloges.

2.
« Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean -
parce qu'il n'est de Saint Jean que là où on le fête. »
(Fernando Pessoa, « Nuit de la Saint-Jean.. »)

Si vous êtes invité(e) à quelque fête, n'oubliez pas de prendre votre tête. On pourrait ne pas vous reconnaître et ne pas vous laisser rentrer.

3.
Ce n'est pas parce que 26² = 676 que cela doit vous empêcher d'aimer la tarte aux fraises.

4.
Ne mettez pas de crocodile dans vos pâtes au jambon, c'est dangereux.

5.
« Mais il me faut faire ma valise,
il faut absolument que je fasse ma valise,
ma valise.
Je ne puis emporter les chemises dans l'hypothèse et la valise dans la raison. »
(Pessoa, « Grands sont les déserts.. »)

Si, ouvrant votre valise, vous y trouvez quelque squelette, interrogez-vous sur la dernière fois où vous l'avez utilisée. C'était peut-être il y a longtemps, si longtemps.

6.
Non, on ne peut pas faire intervenir ni avions de chasse, ni hélicoptères de combat dans la bataille de Marignan (1515). Ce serait anachronique. Et même irrespectueux. Le fantôme de François 1er ne nous le pardonnerait pas.

7.
Avez-vous remarqué que l'appellation « Tintin et Milou » comporte 13 lettres ? Etonnez-vous après que le capitaine Haddock porte la barbe et que le professeur Tournesol soit à l'ouest.

8.
On ne fait d'omelette sans casser les oreilles de quelqu'un, surtout si l'on chante faux et fort.

9.
« tout miroirs ces boutiques-ci dans ces boutiques-là
la vitesse des autos à l'envers dans les glaces obliques des vitrines, »
(Pessoa, «Passage des heures »)

N'oubliez pas de laisser les heures passer. Sinon, ça fait des engorgements. Ça n'empêche pas d'aimer la tarte aux fraises, mais quand même.

10.
« En 1763, Arthur Dobbs, alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation plante carnivore. »
(Wikipédia, article « Plante carnivore »).

Ce n'est pas en agitant des bataillons de plantes carnivores que l'on fait son devoir de mathématiques. Une indigestion d'équations leur serait de toute façon fatale. Surtout si en même temps vous écoutez de la musique urticante.

11.
« Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d'autres instruments
et chantaient d'amour littérairement.
(Ensuite – moi je n'ai jamais lu Virgile ;
et pourquoi donc l'aurais-je lu?)
(Pessoa, «Le Gardeur de troupeaux »)

Invoquer, les nuits de pleine lune, le Gaffiot n'aide pas à réussir les doigts dans le nez thèmes et versions. Mais vous pouvez toujours manger une part de tarte aux fraises. Ça réconforte.

12.
Ce n'est pas le café du matin qui attire l'araignée du soir.

13.
Ne retournez pas les dés dans les plaies. Ça ne porte pas plus chance qu'une photo dédicacée de Laurent Wauquiez, et, en outre, ça pourrait s'infecter autant que s'infectent les prises de position de certains cadres de la Beuglerie Insoumise.

14.
Ne jetez pas vos politiques usagés dans des toiles d'araignée. Aucune Aranéide ne pourrait le supporter. Quant à vos couleuvres, elles finiront bien par passer, mais si, mais si...

15.
« Dans la rue pleine d'un soleil vague il y a des maisons arrêtées et des gens qui marchent. »
(Pessoa, « Demogorgon »)

Ce n'est pas parce que le soleil est « vague » que les maisons sont « arrêtées » et que les gens « marchent ». D'ailleurs, qui vous dit que ce ne sont pas les gens qui sont « arrêtés » dans leurs élans par des considérations diverses cependant que, sans même que l'on puisse s'en rendre compte, les maisons dansent une drôle de gigue ?

16.
Quand la nuit tombe, elle dit rarement ouille. Ce qui vous laisse tranquillement poursuivre la lecture de ce roman policier dont vous ne découvrirez jamais le coupable.

Patrice Houzeau
Malo, le 14 novembre 2023.

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