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BREFS ET AUTRES

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8 août 2023

UN BRUIT DE GALOPADE

UN BRUIT DE GALOPADE

« Un bruit de galopade » je lis ça au chapitre 4 de « Enquête dans le brouillard », de « Elizabeth George », même que la faiseuse de ce
Bruit de « galopade » s'appelle Danny, et c'est donc dans un bruit
De galopade qu'elle surgit dans le chapitre.
Galopade, c'est un mot que l'on n'entend plus guère qui
Retentit sans doute encore dans les couloirs des écoles et les cours de récréation, que ça me fait penser au mot « galopin », qu'on n'entend plus non plus.
Et donc Danny galope, rapportant des « pantoufles ».
Une drôle d'histoire de fantôme qu'elle va raconter dans la suite du chapitre, la
Jeune Danny, « c'est toujours la nuit que le nouveau-né crie dans l'abbaye », qu'elle dit, la
Fille, même qu'elle l'a entendu, « il y a trois ans », et qu'elle n'est « pas près de l'oublier ! ».
D'environ dix-neuf ans, la Danny (je me demande si ce n'est pas
Dix-neuf parapluies, qu'il aurait perdus, mon oncle, depuis le temps que je vous en cause) ; le roman d'Elizabeth George a été publié en 1988 aux Etats-Unis sous le titre « A Great Deliverance » et en 1990 en France, que les
Ans passent, et elle a toujours dix-neuf ans, la jeune fille
« Aux cheveux tout ébouriffés », que des
Cheveux tout ébouriffés, ça va bien avec les jeunes filles des romans policiers à énigme, et « Enquête dans le brouillard », c'est du
Tout bon dans le genre. Sont
Ébouriffés aussi du capillaire, sur les photos, les musiciens de rock des années 70, genre Led Zeppelin, voyez. Donc, Danny
S'encadra « sur le seuil » parce que si elle s'était encadrée
Sur « un coup de dés jamais n'abolira le hasard », comme dit
Le poème de Mallarmé, on aurait été au
Seuil de quelque chose que je renoncerais alors à expliquer.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 août 2023.

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8 août 2023

ET DIEU DANS TOUS CES CRIMES ?

ET DIEU DANS TOUS CES CRIMES ?

Le chapitre 3 de « Enquête dans le brouillard », de Elizabeth George, commence par un corps sans tête. C'est même la première phrase du chapitre : « Le corps n'avait pas de tête. ». Donc voilà.

Dans l'histoire, il y a un prêtre, le père Hart. Dieu est censé ne pas être trop loin donc, mais on ne peut jurer de rien. Les romans policiers, c'est quand même basés sur le non respect des commandements, en particulier le « Tu ne tueras point. » C'est pour ça que, prêtre ou pas, l'idée de Dieu a aussi à voir avec les romans policiers.

En Dieu, je n'y crois pas trop ; par contre, l'idée de Dieu n'est pas une question de croyance : elle est partout, subconsciente : tout à coup, elle éclate, et en général, ce n'est pas bon signe.

Quand on y réfléchit entre deux sandwichs au pâté, on est bien obligé de se dire que l'Histoire des humains nous autres, elle est quand même pleine de meurtres et d'assassinats. C'est la loi du nombre, voyez : je ne sais pas si les taux de tuerie augmentent, mais vu qu'on est de plus en plus nombreux, statistiquement, il y a de plus en plus d'assassins, de victimes, d'horreurs, sans compter les grands massacreurs étatiques dans le genre George W. Bush ou Poutine.

Dans l'histoire composée par Elizabeth George, il y a quelqu'un qui, dès le chapitre 3, se dit responsable de la décapitation : « C'est moi qui ai fait ça et je ne regrette rien », dit-elle. Donc, la coupable serait tout de suite désignée, mais ce serait quand même étonnant qu'ça soit si simple. Ça promet du trouble.

Le chien « s'entendait bien avec le canard ». Il était donc bien nourri. Barbara boit du tonic et Lynley du whisky. Plus tard, Barbara achète des pêches, ce qui me fait penser à cette publicité où l'on voit une jolie fille (ah oui!) d'autant plus suer sur ses dossiers (il n'y a pas d'ordinateur, on dirait une pub des années 80, ça joue sur la nostalgie, s'te pub) que c'est l'été ; sur l'écran, nos yeux fascinés lisent alors « Barbara bûche au boulot », et elle sue et souffle, la Barbara brune en chemise blanche ; après, on lui tend une bouteille de je ne sais plus quoi ; la publicité, ça marche pas toujours, je me souviens toujours de la fille (elle est jolie, ah oui!) et pas de la marque de la boisson pétillante, même que ça la met en joie, la « Barbara bûche au boulot » là, comme, à l'idée d'un coq au vin, s'éclaire ma pomme.

Entre-temps, le nom de la marque d'eau gazeuse m'est revenu. Ce que c'est quand même que de nous.

A la page 48 de l'édition Pocket n°4056 de « Enquête dans le brouillard », Elizabeth George a des considérations sociologiques sur les quartiers aisés et les quartiers pauvres : d'un côté, « trottoirs impeccables » et « jardins tirés au cordeau » ; de l'autre, « jardins livrés à eux-mêmes » et « trottoirs jonchés de saletés ». Eh oui.

Page 51, cette expression terrible : le « baiser vampirique de la leucémie ».

Patrice Houzeau
Malo, le 8 août 2023.

7 août 2023

LE MAGNIFIQUE OU LE YOYO DU SCRIBE

LE MAGNIFIQUE OU LE YOYO DU SCRIBE

Le film « Le Magnifique », de Philippe de Broca, avec Jean-Paul Belmondo (chouette-chouette !) commence au Mexique et dans une cabine téléphonique, qu'il n'y a pas besoin d'aller au Mexique pour téléphoner, surtout que, d'après le film, on peut s'y faire dévorer par un requin des cabines et finir recyclé dans la grande distribution. Affreux, dis, comme une macronie.

J'aime bien aussi parce qu'on y entend des trompettes dans le genre des musiques folkloriques qu'on dit que c'est mexicain qu'alors que si ça se trouve, ça a été composé par un Albert Berbla de chez les 1er prix du Conservatoire Supérieur de Paris et autres auteurs de nombreux jingles pour la radio.

De toute façon, ne parlant ni espagnol, ni jouant de la trompette, moi ce que je vous en dis, c'est que j'ai mangé des pâtes. Bon, là-dessus, la musique est de Claude Bolling, et ça c'est bien, parce que j'aime bien les pâtes et Claude Bolling.

J'aime bien les films comiques, ça me change des films que je ne regarde pas.

Il est question « d'un pain de campagne sous le bras », mais il n'y a pas de pain de campagne sous le bras, et ça, voyez, c'est signifiant, qu'à mon avis, le scénariste, en pondant son chef d’œuvre de culture populaire, il aura eu soudain une petite faim (les émotions scénaristiques, ça creuse) et se sera fait un sandwich avec son pain de campagne là que ça ne m'étonnerait pas. D'ailleurs, pas plus le « pain de campagne sous le bras » que « la prune du Japon » du film « Mystery Train » ne sont coupables.

Il y a aussi la jolie Jacqueline Bisset, et ça c'est bien parce que j'aime bien les pâtes, Claude Bolling et Jean-Paul Belmondo.

Donc, « la petite mariée », comme dit Bob Saint-Clar (non, ce n'est pas un disc-jokey mais wikipédia nous sample que le DJ Bob Sinclar aurait choisi ce pseudo en hommage au personnage du film), l'avait du poil aux pattes, la « petite mariée », et portait la moustache que portent les moustachus quand ils portent la moustache, sinon, ce sont de faux moustachus, et c'est inquiétant.

Citation parce que quand même : « A qui Rodriguez téléphonait-il lorsque le requin est entré dans la cabine ? » se demande Bob Saint-Clar qu'à votre avis, hein, lorsque le requin est entré dans la cabine, Rodriguez téléphonait-il à :
- Donald Trump ?
- Collins, l'attaché militaire de l'ambassade ?
- A la boulangerie du coin, pour réserver un pain de campagne ?

Amis de l'ésotérisme, de l'occultisme, des pas dans le couloir et des coups dans le mur, je viens de m'apercevoir qu'à 19 minutes et 33 secondes du début du film « Le Magnifique », la femme de ménage, qui s'appelle Madame Berger (!), franchit une porte spatio-temporelle sur une plage du Mexique là-bas pour pénétrer dans un appartement en plein Paris où vit et œuvre un scribe du nom de François Merlin ! L'allusion est évidente : François est donc aussi françois que Merlin est enchanteur.

Ah tiens, il pleut dans le film. J'aime bien. Je me demande s'il arrive qu'au cinéma, la pluie jouât faux. Là, on voit bien les carreaux pleins de bouillon. Dans la nuit du 5 au 6 août 2023, ici, il a fait un vent à décorner un troupeau d'électeurs.

C'est pourtant vrai que les hélicoptères des films des seventies pleines de promesses (eh oui), ça vous vrombit façon gros moustique. Il y a un temple genre aztèco-sacrificateur, mais on voit que le ménage y est fait régulièrement. Pas de toiles d'araignée, pas de squelettes apparents et comme laissés à l'abandon, les rats sont en cage et le scribe au travail.

Dans la scène du temple (vous vous rappelez, « le rat aux dents imprégnées de cyanure », tout ça), la musique rappelle les ronflonflons trombonants des musiques au mètre que pondaient les studios d'Hollywood.

Autre citation parce que quand même : « Et Bob Saint-Clar, bondissant comme un fauve, échappe aux griffes de Karpov. » Ce qui devient quelques minutes plus tard : « Bob Saint-Clar, pagayant comme un fauve, échappe aux griffes de Karpov. » Puis, « un grand fauve en kimono ».

Le temps passe, la lampe descend.

Oh dis,, « Coucourrroucoucou, paloma ». Retour des sombreros chantants. Le film devient de plus en plus satirique, des ficelles et clichés de la paralittérature de mauvaise qualité (si, il en existe une bonne, et même une excellente), des snobs plus ou moins libertins, du baragouin sociologique auquel le scribe Merlin est confronté-toi-donc-tu-parles-trop.

Pourrait-on dire que « Le Magnifique » est un film sur le double imaginaire ? La projection de soi et des autres déterminée par les clichés de la culture de consommation courante : Merlin/Saint-Clar ; Christine/Tatiana ; Charron/Karpov ? J'en sais rien, cause que je n'en parle guère ni avec mon camembert, ni avec mon pain, mon beurre, mes pâtes, du double imaginaire là. Ah tiens, la femme de ménage est dans l'escalier.

Il est aussi que le film est un pied-de-nez au mythe de l'acteur identifié à un rôle : Vittorio Caprioli (dont la voix est doublée par Georges Aminel) joue l'éditeur cynique Charron et le bouffon chef des services secrets Karpov ; Jacqueline Bisset joue la hautaine Tatiana et l'étudiante Christine ; Jean-Paul Belmondo est aussi à l'aise dans le rôle de l'écrivain fauché et besogneux François Merlin que dans celui de la parodie de James Bond, Bob Saint-Clar.

Le scribe boit du café. Ça a un rapport avec Balzac. On entend la frappe de la machine à écrire. Un son du passé. C'est à ça qu'il sert, le cinéma, à préserver gestes et sons du passé alors que la réforme Blanquer, voyez, elle a servi à mettre encore un peu plus de bordel dans l'éducation nationale ; remarquez que le Pacte à Pap Ndiaye, lequel n'est même plus ministre, dans le genre sottise, s'annonce, lui aussi, très prometteur.

Le film s'achève dans le non-sens et le burlesque qui me rappelle la bagarre finale de « Zazie dans le métro », de Louis Malle. Une corneille passe. Je bâille et me suis amusé.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 août 2023.

6 août 2023

UN DEUX TROIS BROUILLARD

UN DEUX TROIS BROUILLARD

1.
En feuilletant le premier chapitre de « Enquête dans le brouillard », de Elizabeth George, traduit par Dominique Wattwiller (pocket n°4056), on trouve l’expression « une Salomé arthritique ». Du coup, ça let's dance point du tout.
Pas de pendu car ce n'est pas le nœud qui est coulant mais le nez de l'ecclésiastique.
Je ne savais point ce qu'est un « col romain », c'est le nom que l'on donne au col blanc des habits ecclésiastiques catholiques.

Il y a « une affaire de meurtre » ; normal puisque « Enquête dans le brouillard », c'est un roman policier : s'il s'était agi d'un roman de tarte aux fraises, il y aurait eu une affaire de tarte aux fraises. Vous me direz, l'instrument du crime pourrait être une tarte aux fraises empoisonnée. Et d'abord, avec tout ce brouillard, est-on sûr que c'est bien une tarte aux fraises ?

« Une brune exotique au teint mat ». Ce qui me fait penser que dans le film « Mystery Train », de Jim Jarmusch (Etats-Unis, 1989), il y a une jeune japonaise, Mitsuko, et son boyfriend, Jun, qui viennent à Memphis (Tennessee) pour visiter Graceland et le Sun Studio (ça a un rapport avec Elvis Presley et le rock n' roll). Il y a aussi une « prune du Japon ». Le personnage interprété par Screamin' Jay Hawkins va la manger, mais ce n'est pas elle la meurtrière. A la fin du chapitre I de « Enquête dans le brouillard », on sait que quelqu'un a trouvé un corps.

2.
Dans le chapitre II, une certaine Barbara semble avoir un fichu caractère.
Un reflet injurié. J'aime bien l'idée du reflet injurié, genre : il était suivi par un reflet injurié aussi sûrement que le dos d'un assassiné est suivi par un couteau (à condition bien sûr qu'il n'ait pas été assassiné par une tarte aux fraises empoisonnée, quoiqu'on peut supposer un crime où quelqu'un est d'abord assassiné par une tarte aux fraises avant d'être poignardé par un couteau trompeur, ou étourdi).

De « grandes enjambées vers l'ascenseur ». Je ne sais plus à qui appartiennent ces jambes. Je ne pense pas que ces jambes puissent se déplacer toutes seules, cependant que le haut du corps est resté en arrière à se rafraîchir le visage ou à jouer avec les ciseaux de l'avant-garde cinématographique comme dans le film « Les Petites Marguerites », de Vera Chytilova (Tchécoslovaquie, 1966). « Les Petites Marguerites », je vous conseille, ce film, parce que c'est vraiment épatant, novateur, surréaliste, frondeur, insolent, punk, iconoclaste, si !

La quatrième de couverture précise que le sergent Barbara Havers n'a guère envie de faire équipe avec l'inspecteur Lynley, cause que Barbara est pauvre et laide alors que Lynley est riche, charmant et aristocrate comme dans les films avec des aristocrates ou des documentaires sur la famille royale anglaise. Citation : « C'était l'homme le plus séduisant qu'elle eût jamais vu. Elle le détestait ».

Pensez-vous que Barbara Havers va finir par assassiner Lynley en :
- empoisonnant une part de tarte aux fraises ?
- en lui plantant un couteau dans le dos 
- en l'épousant ?

Un « minuscule teckel » passe. Ce n'est pas lui le coupable. Je vais me faire des pâtes.

Patrice Houzeau
Malo, le 6 août 2023.

4 août 2023

ET DES LORS QUI EST DÉDÉ ?

ET DES LORS QUI EST DÉDÉ ?

1.
Dans une vidéo mise en ligne en 2017 et disponible sur You Tube, Aurélien Barrau et Patrick Peter abordent la question : « L'univers est-il fini ou infini ? ». Ce que Patrick Peter reformule immédiatement en « L'univers a-t-il des limites ? ». Autrement dit, tout ne serait pas possible. Ce qui implique la question : comment définir la frontière entre le possible et l'impossible ?

2.
Aurélien Barrau évoque ensuite « la première lumière de l'univers ». Je me poutre la comprenette que serait-ce le moment où Dieu a ouvert l’œil ? Cela implique-t-il que le dieu de notre histoire aurait un âge : celui de notre univers (13,7 milliards d'années) ?

3.
Évocation du paradoxe d'Olbers (appelé aussi « paradoxe de la nuit noire ») décrit en 1823 par l'astronome allemand Heinrich Olbers. Si l'univers était statique, infini et infiniment ancien (soit un ordre immuable et divin), il serait brillant (cause qu'il est constellé et phénoménal) alors qu'il est noir, l'univers, noir et inconnu, une route qui s'allongerait indéfiniment entre des lampadaires de plus en plus distants les uns des autres.
L'infini s'oppose-t-il au « vers l'infini » ? l'automobile est-elle vouée à s'écraser contre le platane ?

4.
Le « fond diffus cosmologique ». Aurélien Barrau le qualifie de « lumière relique du Big Bang ».
Au moment de l'émission de son rayonnement, au FDC, l'univers était « petit, dense et chaud ». La dilatation l'a dilué et refroidi (je pense à une pâte qui se refroidirait au fur et à mesure qu'elle s'étale). Le FDC présente « d'infimes variations de température et d'intensité selon la direction observée » nous anisotrope Wikipédia.

5.
« On dit souvent que la cosmologie moderne, c'est le lien entre l'infiniment petit et l'infiniment grand. »
(Patrick Peter).
J'entends parler de « théorie des cordes » et de « gravité quantique à boucles » : c'est quoi donc que ces points, ces distances, ces espaces infinitésimaux ? J'y pige rien.

6.
Aurélien Barrau évoque la « nature inconnue » de « l'essentiel de la masse de l'univers », dont l’expansion s’accélérerait (ce qui, même pour une poutre comme ma pomme, semble en effet singulier) : quel est le moteur de cette accélération ? Y aurait-il eu un contrecoup du Big Bang, une «réplique » comme pour les tremblements de terre ? Le Big Bang comme un tremblement du je ne sais quoi et du presque tout ?

7.
Ce que la théorie prédit est-il toujours compréhensible ? La vocation de l'humain serait-elle, en fin de compte, de ne pas comprendre ?

8.
Si la question de l'après Big Bang est légitime, celle de l'avant Big Bang a-t-elle un sens ? Autrement dit, il y a-t-il des lois avant l'apparition des lois ?

9.
L'espace-temps ne pourrait avoir que trois formes possibles. J'entends Aurélien Barrau dire que « dans deux de ces trois cas, l'espace est strictement infini. »
Bêtement, je me demande pourquoi le plat serait voué à l'infini et le courbe au fini, mais je fus fort mauvais élève.

10.
« On peut prouver que l'univers est fini, on ne peut pas prouver qu'il est infini. »
(Patrick Peter).
L'infini serait-il improbable ?
Peut-on « expérimenter » l'univers ? L'univers est-il falsifiable ? Dieu est-il sérieux ? Ou joue-t-il avec des dés dont les valeurs sont sans cesse changeantes et aléatoires ? (et dès lors, qui est Dédé?)

Patrice Houzeau
Malo, le 4 août 2023.

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4 août 2023

L'INFINI EST-IL UN OPTIMISME ?

L'INFINI EST-IL UN OPTIMISME ?

1.
« Science avec patience,
Le supplice est sûr. »
(Rimbaud, « L'éternité »)

« Patience dans l'azur ! »
(Valéry, « Palme »)

Et donc : « Patience dans l'azur / Le supplice est sûr ».

2.
A : « - L'infini est une flèche.
B : L'infini n'est pas une flèche.
A : Oui, on peut aussi le dire ainsi. »

Note : le mot « infini » remplace ici le mot « être » du witz original.

3.
Peut-on définir l'infini comme ce qui est toujours plus infini (ou moins fini) que lui-même? Le verbe définir me pose ici problème, mais je ne sais pas pourquoi.
L'infini est-il un « toujours plus » ? Une expansion « à l'infini » ? Une suite de 9 derrière le 0 et sa virgule , suite qui est aussi 1 ? Le réel est-il toujours plus que lui-même ?

4.
L'infini est-il l'ensemble de tout ce qui est (les étants autant que les existants?). Autrement dit, l'infini est-il en grande partie le fruit de notre imagination ?

5.
Si je décide d’exclure de ma définition de l'infini l'ensemble des étants dont l’existence n'est pas prouvée ou indémontrable, est-ce vraiment l'infini que je définis ou seulement le champ des connaissances humaines ? Autrement dit, l'infini ne serait-il jamais qu'une encyclopédie à laquelle l'humain ajoute toujours plus d'informations ?
Qu'une vie d'humain ne permette pas de tout savoir prouve seulement notre incompétence, et non pas l’existence d'un savoir infini à expliciter.
Exclure d'une définition de l'infini l'ensemble de ce qui n'est pas prouvé ou indémontrable ne revient-il pas à fermer la porte et à rester enfermé dans la demeure des certitudes, et si jamais ces certitudes s'écroulaient, que resterait-il de ma maison ?

6.
Je suis un piètre joueur d'échecs parce que je ne connais pas assez les tactiques qu'un bon joueur emploie pour pouvoir remporter la partie. Si je connaissais ces règles, serais-je un meilleur joueur ? Intuitivement, pédagogiquement, on serait tenté de répondre par l'affirmative. J'ai plutôt l'impression que ce n'est absolument pas prouvé et qu'il y a autant de chances que je sois un meilleur joueur que de risques que je ne sois pas un meilleur joueur. D'autres paramètres entrent en jeu, qui tiennent sans doute à ce que nous appelons généralement l'inconscient et donc les déterminismes.
L'ultra-pédagogisme envisagera dès lors de changer les conditions des déterminismes (« changer la société pour changer l'école ») afin que la connaissance ne soit pas parasitée. Dès lors, le projet pédagogique devient politique, singulièrement politique, voire intrusif, voire non-démocratique, et repose sur l'idée qu'il y aurait des conditions sociales et sociétales qui permettraient presque à coup sûr que le bon élève devienne un bon étudiant qui lui-même deviendrait un professionnel efficace et un humain formidable. Mais les changements jugés nécessaires à ces évolutions reposant eux-mêmes sur des déterminismes et des mécanismes inconscients, on voit bien que le serpent se mord la queue, d'où la tentation de faire de la pédagogie une science, c'est-à-dire de tenter de faire abstraction des déterminismes et de poser sottement qu'améliorer la forme de la transmission en permettant une meilleure acquisition du contenu pourrait suffire à la réussite du projet pédagogique réel : « changer la société ».

7.
Extrapolons : est-ce que parce que les humains comprennent de mieux en mieux l'univers dans lequel ils s'agitent qu'ils seront meilleurs et réussiront à régler les problèmes de telle sorte que l'humanité sera, quelque jour, lointain, heureuse, rationnelle et pacifiée ? Les humanistes diront que oui. Je pense au contraire que ce n'est absolument pas prouvé. Que l'humain soit toujours plus savant, c'est une évidence ; qu'il soit plus sage, l'honnêteté nous oblige à reconnaître que non.
Certains diront que l'humain ne peut être plus sage tant que le problème de la rareté naturelle ne sera pas résolu, et que c'est donc une question politique.
D'autres diront que c'est dans le transhumanisme que l'humain trouvera son salut.
Mais il se pourrait aussi que la suffisance des biens et l'amélioration des capacités individuelles (« l'humanité augmentée », revue et corrigée) ne soient que de simples améliorations techniques qui n'empêcheraient en rien ni les conflits ni les bêtises, non pas que telle soit notre nature, mais parce que telle est notre diversité. Disons qu'un monde heureux qui, à condition que le Ciel ne nous tombe pas sur la tête, adviendrait fatalement, comme le résultat logique de nos progrès scientifiques et politiques, n'est absolument pas prouvé.

Patrice Houzeau
Malo, le 4 août 2023.

31 juillet 2023

VERBA DOCENT EXEMPLA TRAHUNT

VERBA DOCENT EXEMPLA TRAHUNT

La fantaisie de l'Antiquité gallo-romaine des aventures d’Astérix (le Gaulois) : une mythologie française, dit-on, et d'en sociologiser les différents aspects, d'en déstructurer le barnum, d'en rationaliser la blague (ça fait des émissions sur France Inter et France Culture, des heures de cours à l'Université, des bouquins qu'on lit si on a le temps...).

« Le Papyrus de César », nous dîne-à-l'huile Wikipédia, est le 36ème album de la série créée par Goscinny et Uderzo. Scénarisé par Jean-Yves Ferri, dessiné par Didier Conrad, colorisé par Thierry Mébarki, cet album, paru en 2015, prend pour thème, ou pour cible si l'on veut, le monde de l'information (d'où évidemment un éditeur romain qui s'appelle Bonus Promoplus, ou encore un Gaulois du nom de Rézowifix et abonné à « l'Echo de Condate », nom gallo-romain de l'actuelle ville de Rennes, je dis ça parce que).

Tout y passe : la promotion des « Commentaires sur la Guerre des Gaules », la censure et la désinformation, le rôle des scribes, le succès des horoscopes publiés par « l'Echo de Condate », les colporteurs, le pouvoir de la presse (si j'ose et j'ose, l'invention de la presse à imprimer datant de 1450), la recherche du scoop, les pigeons voyageurs et messagers, la mémorisation (les Gaulois favorisant, dit-on, la tradition orale), les signaux sonores et les codes frappés, sans oublier le bouche-à-oreille. Amusant, anachronique, aligoté (je dis ça juste parce que l'adjectif commence par « a », quoique souvent qu'il finit à ligoter, à la fin des albums, le barde Assurancetourix).

Comme beaucoup d’œuvres basées sur l'humour, la logique y semble parfois paradoxale, comme le montre cet adage énoncé par le druide Panoramix, à la planche 14A : « Les écrits s'envolent, les paroles restent ! » (bin oui, parce que les écrits sont portés par les pigeons cependant que les druides assurent la transmission orale).

Les personnages ont de gros nez, sauf Jules César qui l'a aquilin. Le trait est vif et fidèle au travail d'Albert Uderzo. La tradition Goscinny est elle aussi respectée et les dialogues regorgent de jeux de mots et d'allusions à l'air du temps (en 2015, on parlait beaucoup des nouvelles technologies de l'information, et on s'ébaubissait bah-bah-bah qu'on s'ébaubissait). Tiens, j'entends parler de Darmanin à la radio et de la censure qu'il fait d'un bouquin pour la jeunesse paru dans une collection destinée aux lecteurs de plus de quinze ans mais qu'il trouve trop explicite, notre grand moraliste, alors que, hein, je n'avais pas besoin d'avoir 18 ans lorsque dans les années 80, j'achetais « L'Echo des Savanes », les livres de Henry Miller et les fantaisies de San-Antonio. Darmanin, quel tartuffe, çui-là.
Bon, ça se finit par une grande bagarre puis un banquet. Et c'est bien rigolo.
A part ça, on est le 31 juillet 2023 : il flotte en France, été pourri. La sale guerre de Poutine en Ukraine se poursuit.

Et pour terminer :
1.
A la planche 23 de l'album « Le Papyrus de César », ce qu'Obélix prend pour des « chèvres sauvages » sont en fait :
- des ânes de Corse ?
- des licornes ?
- des âmes errantes et sans patrie ? 

2.
Lorsque le barde Assurancetourix invite le colporteur Doublepolémix dans sa cabane perchée, il lui présente trois instruments de musique, qui sont :
- le tintamarros, le gaffophone, la flûte à six schtroumpfs ?
- la casserolade, le coin-coin à coulisse, le cornebeuglant ?
- le zinzinium, le beuglophon, l'orypilinx ?

Patrice Houzeau
Malo, le 31 juillet 2023

31 juillet 2023

PARI MORTEL URBAIN

PARI MORTEL URBAIN

De la fantaisie, cet album, « La Martingale céleste » (éd. Vaisseau d'Argent, 1989) de Christian Godard pour le texte et Julio Ribera pour le dessin, assisté de Claude Plumail pour les décors et de Jean-Jacques Chagnaud pour la mise en couleurs. C'est le tome 17 de la série « Le Vagabond des limbes ». Moi, j'adore ça. Autant les romans de science-fiction m'ennuient vite (sauf ceux de Philip K. Dick, mais là on est dans le génial), autant le Vagabond des limbes m'épate (à gaufres).

J'apprécie beaucoup la fantaisie de cette série, à commencer par l'étrange personnage de Musky, tantôt adolescent, tantôt adolescente, et dont les jurons étonnent, amusent, font sourire : « Putentrailles », « Merdachiott », « Foutrenflak », « Foutrekon », « Fentaskouss », pour n'en citer que quelques-uns et noter qu'en voilà un drôle de vocabulaire pour une jeune fille, fût-elle un jeune homme.

Musky, c'est le compagnon du personnage central de la série, Axle Munshine, pour des raisons que j'oublie régulièrement (parce qu'à vrai dire, ça ne change rien au plaisir que je prends à lire ses aventures), il se promène d'un monde l'autre, de planètes bizarroïdes en improbables zones à soucis, univers parallèles et autres coins et recoins du cosmos des farfelus.

Donc, à la recherche de son père (ah tiens...), voilà le Munshine sur la planète Stardup, et en pleine « ludocratie », dis, que je vous démonte un pneu (comme disait Coluche, je crois), qu'à votre avis, le mot « ludocratie » désigne :
- un système politique qui prévoit que seuls les membres de la dynastie des Ludi peuvent régner et donc tous de s'appeler Ludovic, ou, le cas échéant, Ludivine ?
- un « système social très élaboré dans lequel tous les actes de la vie courante, de la naissance à la mort, sont régis par les lois de la chance et du jeu » ?
- un système chougnafol fort propre à chougnaler les chougnafous et autres choucrates ?

Je ne vous raconterai pas l'histoire, parce que peu importe : sachez cependant qu'il y est beaucoup question de jeu, et même de jeu dangereux, voire mortel, tel que le P.M.U, « Pari Mortel Urbain », course de 3000 mètres dans laquelle sont engagées des coureuses qui « doivent rejoindre la porte du Bronkse, où sera jugée l'arrivée », en passant par le « no man's land, où les attendent les skinnes » et le risque d'être violée, voire égorgée... On comprend dès lors que dans un univers pareil, faut surtout pas « faire les marioles » avec les « commissaires de course ».

Il y a aussi des paris sur les feux de forêt, mais paraît qu'les paris sont truqués. Et l'album de se terminer par l’événement considérable d'une partie « d'échecs-coinchés », présentée par « Ze-Trône, le roi des présentateurs de Télévid ».

Citation : « Je suis book clandestin assermenté, avec une fausse carte de la préfecture en bonne et due forme... »
(pl. 22, [un bookmaker]).

Patrice Houzeau
Malo, le 31 juillet 2023.

31 juillet 2023

NOTE SUR L'HOMME DE HARLEM DE GUIDO CREPAX

NOTE SUR L'HOMME DE HARLEM DE GUIDO CREPAX

Guido Crépax. « L'Homme de Harlem » (Dargaud, 1979). C'est du polar, assez noir, bien qu'en couleurs, d'un humanisme lucide aussi. L'intrigue est assez mince, mais on s'en fiche. Ça commence symboliquement par un match de boxe : le 19 juin 1946, le combat entre le blanc Billy Conn et le noir Joe Louis, et ça se poursuit dans une atmosphère de clubs de jazz et de règlements de comptes entre gangsters. Au milieu de tout ça, le contrebassiste Little Johnny Lincoln (pas un hasard, ce nom) va tenter de protéger Polly, dont la vie est menacée depuis qu'elle a été témoin d'un meurtre. Il est noir et jazzman ; elle est blanche et prostituée. Tout va donc devenir très vite compliqué.

Ce qui fait l'intérêt de l'album, ce n'est pas tant l'histoire que le travail du dessinateur Guido Crépax : par exemple, le haut de la planche 3 (page 7) : C''est dans un trapèze rectangle que Joe Louis met Billy Conn KO au 8ème round, mettant ainsi en évidence la vitesse, la puissance de la « bombe noire » Joe Louis, l'ascendant pris sur Billy Conn qui, dans la case suivante, est horizontal de tout son long cependant que l'arbitre égrène le décompte.

Découpage des planches rapide, rappelle les films policiers ; beaucoup de plans resserrés : ainsi, le corps de Polly aux pages 26 et 27 ; en contrepoint, un strip vertical de cinq cases en noir et blanc, un saxophoniste jouant ironiquement « Lover Man ».

Contrepoint est le mot. En parallèle des scènes d'action liées à l'intrigue, des planches entières montrent la formation de jazz dans laquelle travaille Litlle Johnny Lincoln. Traits parfois très vifs et cadrages expriment l'intensité du jeu, donnent le rythme, l'accompagnement musical du drame, les titres des morceaux sont d'ailleurs donnés comme autant de références pour l'amateur de jazz hot. L'album commence par un match de boxe et se finit par un concert de jazz. Entre les deux, des gens sont morts. La vie est violente.

Note : j'écris plus haut que l'intrigue de « L'Homme de Harlem » est assez mince. Personnellement, j'aime autant. J'apprécie peu d'être obligé de me creuser la cervelle pour essayer de piger une histoire dont je me fiche assez royalement. Je lis moins les bédés pour les histoires que pour la virtuosité du trait, l'intelligence et l'humour des répliques, l'atmosphère qui se dégage des planches. Je reconnais du talent à beaucoup de mangakas, mais souvent que j'y pige que couic (vous me direz, c'est parce que je ne suis pas très futé non plus, c'est possible, et peu m'importe).

Patrice Houzeau
Malo, le 31 juillet 2023.

29 juillet 2023

IPHIGENIE EST-ELLE UNE TRUITE UNE VACHE UN ANDROGYNE ?

IPHIGENIE EST-ELLE UNE TRUITE UNE VACHE UN ANDROGYNE ?

1.
Lacome et Marcelé. « Iphigénie » in « Un Après-midi au cirque » (Dargaud, coll. Pilote, 1982). C'est une histoire courte, 21 planches.

C'est de la sorcellerie, et ce n'en est pas puisque c'est de la bande dessinée. Des vaches, du gris, des ombres, des trognes, et « là... il y avait une drôle de dame !... » Y a le « bon dieu » des jurons et le « diable » des mauvaises choses, des qu'on n’explique pas ; il y a le crucifix dans la chambre à coucher, et « Par sainte Eulalie, faites que je ne sois pas prise ».

Il y a des mots qu'on n'entend pas dans nos villes hyper-connectées, en voie de macronisation : on parle de vaches « amouillantes », de « guérisseux », de « panseux », de « désempommeux », de « désensorceleuse », toutes activités qui existent toujours, en dépit de la zététique. Et jusque dans les centres de nos villes que ça magnétise, que ça hypnotise...

Ça n'empêche pas les drôles de dames.

Que faire quand tout commence à aller mal : les vaches ne donnent plus de lait, la maladie frappe les bêtes comme les gens. « C'est de l'eau, de la terre et de la lune... c'est de la nuit ! », dit la vieille femme.
Alors quoi, le couteau planté dans le cœur de bœuf ?
Ça n'empêche pas les drôles de dames et la sécheresse.
Il faut donc avoir recours à « l'homme de la vallée », celui dont on ne dit pas le nom.
Trognes, trognes et chat, le chat qui renverse le bol. Les dames dansent.
Viendra l'épreuve ultime. Iphigénie est-elle une truite ou une vache ? » du vivant va passer et tout rentrera dans l'ordre. « C'est rien... c'est des vérités qu'on sait... ».

D'ailleurs, on ne voit plus les drôles de dames.

2.
Avec la deuxième histoire de l'album, « Un après-midi au cirque », le dessinateur Marcelé passe à la couleur qu'on dirait bien du pinceau. Les trois premières planches en sont superbes, parade fantasque d'un cirque en ville : nains à tambourins, attelage à bœuf monté par une écuyère rousse, longues femmes dédaigneuses montrant parfois un sein, basse-cour, cochon rose, tête de bélier, bêtes d'une élégance de fable folle, parées de guirlandes et de plumes, escargot.

Ce n'est pas tout à fait un cirque, c'est un bordel, un bordel ambulant, avec son nain mystique qui cite les Écritures et s'appelle Gabriel. Trognes et monstruosités. On pense aux tableaux et affiches de Toulouse-Lautrec, version féroce, lorgnant sur le grotesque de James Ensor. Il y en a pour tous les goûts, il y en a pour tous les vices.

Au milieu de tout ça, il y a Marie, l'hermaphrodite (« L'ange pur, la toujours vierge, la Marie-Janus ! », clame la mère maquerelle), Marie qui rêve d'avoir un enfant... Impossible, et pourtant... mais chut... Le miracle aura peut-être lieu, mais comme tout est truqué, évidemment. D'autant que le nain Gabriel avait prévenu : « Marie, tu seras mère, mais que de douleurs... Oh ! Non, la douleur, c'est plus tard... Tu recevras et tu perdras... »

Restent les hommes, les hommes et leur mépris, les hommes, les singes et les porcs.

Patrice Houzeau
Malo, le 29 juillet 2023.

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