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BREFS ET AUTRES

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9 juillet 2023

DU DOIGT

DU DOIGT

Quand la lune pointe du doigt l'idiot qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, l'andouille se gondole et le sage se dit qu'il va tout de même mourir.

Quand il pleut, vaut mieux le prendre, sinon
La pluie vous mouille la tête, mais si vous l'avez dans la
Lune, vot' tête, souvent que vous l'oubliez quelque part. Je
Pointe là un défaut commun à bien des pommes-nous-autres. C'est que
Du réel nous ne maîtrisons pas grand chose. Le mot
Doigt, puisque nous n'en parlons pas, sert d'ailleurs dans un proverbe sur la lune, le mot doigt (du latin « digitus » et n'ayant donc rien à voir avec le mot allemand « das Schloss » (« château »), « der Schlüssel » (la clé), ou même « la chaussette »).
L'idiot, c'est celui
Qui regarde le doigt au lieu de regarder la lune.
Ne riez pas, même si, comme moi, vous avez tendance à considérer qu'il vaut mieux faire plus attention à son doigt qu'à la lune, vu qu'on pourrait se le coincer quelque part. Regardez mon oncle, il
Voit bien son parapluie, cependant il ne le reconnaît
Pas. « Quel est cet étranger ? » se dit-il. « Que fait-il là ? ».
Plus j'y pense, plus il me semble que bien des choses nous sont étrangères parce que, voyez, nous ne les reconnaissons pas. Elles restent
Loin de nous, quand bien même elles font partie de notre vie quotidienne.
Que le monde est étrange,
Le monde, avec tous ses parapluies perdus, ses doigts coincés, ses vieilles lunes, et ce ne sont là que quelques exemples. Au
Bout du bout, nous mourons, sans avoir trop rien compris qu'on croit mais non.
De nous, du reste, le réel se passe très bien, et à l'utile succède l'utile.
Son parapluie, au fond, je crois bien que mon oncle n'y tient guère. Le
Nez, voilà quelque chose qu'on ne doit pas perdre de vue, et
L'andouille alors, faut y faire attention, sinon, forcément, il fait l'andouille, l'andouille. C'est ça qu'il faut
Se dire : attention à son nez et aux andouilles environnantes. Le mot
« Gondole », je l'aime bien, il n'est pas si facile à placer, surtout si l'on n'évoque pas Venise
Et heureusement qu'on a
Le français populaire « se gondoler », il se passe très bien de Venise, lui, le verbe « se gondoler ». Le
Sage, lui, de tout ce que je viens de raconter, il s'en moque. Il
Sait, lui le sage, c'est même pour ça qu'on l'appelle « sage »,
Qu'il va, aussi bien que tout ce qui fait plus ou moins l'andouille sous la lune, qu'il
Va crever,
Tout simplement crever, crever
De la mort qui passe dans un coup de froid ou un coup d'couteau
Même qu'on se dit, bêtement, qu'il faut bien
Mourir un jour. Eh oui.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juillet 2023.

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9 juillet 2023

POURQUOI POUTINE A DE TOUTE FAÇON PERDU SA SALE GUERRE

POURQUOI POUTINE A DE TOUTE FAÇON PERDU SA SALE GUERRE

1.
7 juillet 2023. Un seul euro reste à plus de 100 roubles. La monnaie russe est une fiction. Vrai que certains pro-Poutine français s'en fichent, vu qu'ils sont payés pour leur traîtrise en dollars sur des comptes numérotés en Suisse ou autre paradis fiscal, voire même en Russie.

2.
On ne peut pas comparer les négociations entre l'IRA et le Royaume-Uni et les négociations éventuelles entre l'Ukraine et la Russie de Poutine. Le Royaume-Uni est une démocratie.

3.
Les USA ont décidé de livrer des bombes à sous-munitions à l’Ukraine. Cela semblerait étrange si l’on considère que les USA disposent de bien d’autres armements moins discutables. Je comprends cette décision comme une piqûre de rappel à la Russie : quelles que soient les armes que vous décidez d’utiliser (et les Russes utilisent les bombes à sous-munitions), les USA, l’OTAN et l’Ukraine s’estiment le droit d’utiliser les mêmes armes.

De fait, les bombes à sous-munitions larguées sur les champs de mines russes pourraient faire exploser les mines et permettre aux troupes ukrainiennes de percer.

Soudainement, voilà que l’on reparle de l’opération Prato.
Je garde en mémoire les étonnants témoignages des habitants de l’île de la Grenade sur l’armement des forces américaines lorsqu’elles y débarquèrent.

On dit communément que les USA ont en matière d’armement 15 ans d’avance sur le reste du monde. Mais chaque avancée technologique étant suivie d’applications de plus en plus rapidement mises en œuvre, je pense qu’il vaut mieux compter sur 30 ans d’avance.

Je crois que nous n’avons aucune idée de l’avancée réelle des technologies militaires américaines et je pense que ces avancées, si nous les connaissions, nous sidéreraient.

Je pense que la Russie et la Chine le savent parfaitement. En conséquence, je ne suis pas très loin de penser que le conflit russo-ukrainien est géré par des lignes rouges discrètement négociées entre ces trois puissances. Poutine ne pourrait gagner qu’en ne dépassant pas certaines limites fixées par les USA et la Chine. Aussi ne peut-il gagner. Et s’il tente de franchir certaines lignes rouges, le prix à payer serait sans doute exorbitant, et la défaite plus amère encore.  

En clair, c’est dès les premiers jours que Poutine a perdu sa sale guerre en Ukraine. Il a cru, sans doute sur la foi de rapports biaisés remis par ses services de renseignement, que les Ukrainiens ne résisteraient pas. Les Ukrainiens, soutenus par les USA, la Triade et l’OTAN résistent et contre-attaquent. Poutine a perdu.

4.
1 rouble à 1 centime d’euro signifie que la Russie brade son pétrole et son gaz, que les produits occidentaux deviennent inaccessibles pour bon nombre de Russes. Cela s’explique par le coût très élevé de la sale guerre de Poutine en Ukraine, par l’ensablement des bénéfices commerciaux de la Russie dans les aides d’urgence et la corruption, et aussi par le peu de crédit que désormais l’on accorde à la monnaie russe et aux chances de Poutine de gagner.

Rappel : la monnaie ne manquait pas dans les pays du bloc soviétique. Les coffres étaient pleins de billets. C’étaient les marchandises qui manquaient. Les gens ne pouvaient rien acheter.

5.
Une partie du monde (le fameux « Sud global » qui n’existe que dans les éléments de langage à Macron) n’est pas favorable à l’Occident et ce n’est pas nouveau, et je ne crois pas que ce « Sud global » soit si favorable à Poutine (je le crois plus méfiant qu’on le dit). Les problèmes sont plus liés à la surpopulation, au partage des richesses, aux problèmes de développement et de stabilité politique (problèmes récurrents donc) qu’à la personnalité trouble ou au « charisme » de Poutine.

Les pays les moins développés rentreront soit dans la sphère d’influence occidentale, soit dans l’escarcelle de la Chine. Une partie restera même chasse gardée par la Russie (grâce à Wagner je suppose). Il y aura des conflits locaux, entretenus par les grandes puissances, les mafieux de tout bord, les marchands de canons, les identitaires et les djihadistes. Bref, la paix du Monde n’est pas pour demain.

Il n’y a pas de Sud global ; il n’y a pas d’Occident collectif ; il n’y a pas d’Eurasie politique. Ce sont juste des éléments de langage pondus par des technocrates et des idéologues. Il y a avant tout des Etats qui défendent leurs intérêts. Et il se trouve que les intérêts de la France sont plus près des intérêts de l’UE, des Etats-Unis et de l’Ukraine que des intérêts de Poutine et de la Chine.

6.
Politique, que crois-tu que je pense ? Né dans un milieu modeste, et même en travaillant, ayant bien du mal à vivre correctement, quand je vois tes Benalla, Blanquer, Schiappa s'en mettre plein les poches en faisant n'importe quoi, vois-tu, politique, j'ai envie de vomir. Et n'essaie pas de me culpabiliser, ça pourrait très mal finir, sinon pour toi, du moins pour tes guignols.

7.
Les gens comme ma pomme, buveurs, fumeurs, grandes gueules, grands seigneurs quand ils ont des sous, têtes basses quand ils n'ont plus, le monde moderne n'en veut plus. Condamnés par l'efficacité qu'on est. Culpabilisés par le nouveau monde à Macron, bien plus pourri que nous, parce qu'infiniment plus puissant.

Patrice Houzeau
Malo, le 9 juillet 2023.

9 juillet 2023

PERSONNE DES YEUX DES FANTÔMES ET DES FRITES

PERSONNE DES YEUX DES FANTÔMES ET DES FRITES

PERSONNE

« Personne ne sait l’âge de l’usine oubliée, car elle s’étend à des distances que personne ne peut ou n’a envie d’explorer. »
(Richard Brautigan traduit par Michel Doury, « L’usine oubliée » in « Sucre de pastèque »).

Personne n’était venu me demander ce que j’en pensais ; cela
Ne me faisait ni chagrin ni chardon, - là, le narrateur
Sait parfaitement qu’il ne sait pas où il va, et avec
L’âge, ça n’a pas l’air de s’arranger,
(De retour du boulot, Zut était bien fatiguée), cependant qu’il regarde
L’usine d’un poème en prose de Richard Brautigan, l’usine
Oubliée où « vous risquez de vous égarer »
Car c’est écrit dans le texte que c’est écrit à l’entrée de l’usine.
Elle, pendant ce temps-là, elle est bien fatiguée et
S’étend sur le canapé. Le 8 juillet 2023, je regarde
A la télévision en replay remuer les longues jambes
Des danseuses des années 70 (les Claudettes à Claude François). Les
Distances qu’il y a entre ces longilignes ondulantes et nos pommes, ah oui.
Que j’en profite pour dire que le mot
Personne vient du latin « persona », lequel désignait le « masque de l’acteur », c’est dire que la comédie sociale que nous jouons y est étymologiquement inscrite et que d’ailleurs, il
Ne se fait pas de confondre l’être et sa fonction, qu’il se
Peut peut-être que l’être échappe à la fonction,
Ou encore que la politique, cette maîtrise des fonctions,
N'a accès qu’exceptionnellement à l’être ; cela ne donne guère
Envie de voter, n’est-ce pas, ou
D’explorer ce qu’il y a dans les têtes de ces gens qui ne sont personne.

DES YEUX DES FANTÔMES ET DES FRITES

Ses yeux, je ne m’en souviens pas. Ses
Yeux, je m’en fiche. Ils
Etaient, ses yeux, une paire d’yeux
Posés dans le réel comme des milliards d’yeux sont posés
Sur le réel. Ses yeux étaient posés sur
Elle, parce que ça s’écrit dans les romans, et puis c’est vrai que ça s’écrit en français, mais des phrases comme « j’ai posé mon regard ou mes yeux sur », je ne sais pas si dans le français qui court les rues et les bistrots, elles se disent tellement.

Ses yeux (écrivant cela, je pense à Baudelaire qui, évoquant les
Yeux de quelque fascinante, a écrit dans « Ciel brouillé » : « Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?) ». Ils
Etaient, ses yeux, dans son joli visage,
Posés comme une présence : à quoi reconnaît-on les yeux d’un fantôme ? je me le demande.
Sur la chaîne CSTAR, dans « Enquêtes paranormales », les paranormalistes, et autres auteurs de paranormalités, évoquent la fameuse « dame blanche », vous savez cette femme habillée tout en blanc que l’on prend en stop et qui vous avertit dans un cri d’un possible accident avant de s’évanouir et de disparaître aussi mystérieusement que le maintien à son poste d’une Secrétaire d’Etat convaincue d’incompétence et de désinvolture.
Elle, la dame blanche, je me demande à quoi ressemblent ses yeux.

Ses frites, Zut voulait qu’elles soient dorées croustillantes et ses
Yeux brillaient à l’évocation des frites dorées croustillantes.
Etaient-elles toujours dorées croustillantes, les frites ? Ils sont
Posés sur mon bureau, faudrait que je les lise.
Sur la table, il y a les frites, et Zut,
Elle dit : ah j’ai des frites. Nous les mangeons dans de l’œuf battu.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 juillet 2023. 

8 juillet 2023

BALADE DU PARAPLUIE TRANSPORT ET MAUSSADE

BALADE DU PARAPLUIE TRANSPORT ET MAUSSADE

BALADE DU PARAPLUIE

Il avait oublié son parapluie car c’était mon oncle. Il
Aurait pourtant eu besoin de son parapluie, mon oncle car
A 16 heures 45 minutes il se mit à pleuvoir.
Le temps était pluvieux, donc c’était à prévoir qu’il drachât.
Faire sans parapluie alors qu’il pleut à verse…
(Lui-même reprit des frites, c’est qu’il avait faim aussi)
Le lendemain, mon oncle ne sortit pas, et d’ailleurs, il ne plut pas le
Lendemain. Ce fut son parapluie qui sortit, par esprit d’absurdité
Et cela aurait pu faire un joli scandale dans le sérieux si
Plusieurs passants n’avaient reconnu (à chaque
Fois que j’écris le mot frites, je pense au mot steak), car
Les passants reconnurent sous ce parapluie baladeur l’homme invisible.

TRANSPORT

Les jours où des gens disparaissaient,
Trois dames venaient par les
Rues de notre petite ville et elles
Etaient trois, car elles n’étaient pas quatre, mais elles n’avaient pas de moustaches, par contre elles avaient des capes.
Maintenant, j’écris « trois dames » comme j’aurais pu écrire trois
« Bouchées à la reine » sauf que l’on ne croise,
Par les rues de notre petite ville,
Les bouchées dites « à la reine » que portées par des mains. Les
Voitures aussi peuvent transporter des bouchées à la reine, et toutes
Les choses que les voitures peuvent transporter. Les
Conducteurs le savent très bien, et
Cherchant à soustraire au qu’en-dira-t-on et
A la curiosité malsaine, certains conducteurs ne
Se privent pas de transporter, la nuit surtout, un cadavre ou l’autre, à
Glisser dans l’enveloppe du fleuve, pas si loin, après tout.

MAUSSADE

« On trouve ce genre de rues dans toutes les villes rurales de l’Angleterre, mais leurs photos n’ornent jamais les guides ou les cartes postales. »
(Ruth Rendell traduit par Aline Weill, « Sans dommage apparent »)

On sait qu’il y a des jours où on ne
Trouve goût à rien. On se dit que
Ce qu’est-ce que j’me fais est un
Genre de dégringolade dans le mou,
De désenchantement qu’on s’maussade. On se dit que les
Rues sont pleines de gens qui passent
Dans la même grisaille et que
Toutes les choses qu’on a à faire, on ne sait pas comment
Les rattraper. De cet ennui intime, les
Villes s’en moquent, et s’agitent, les
Rurales moins que les autres, mais moque-nos-pommes quand même ;
De toutes les manières (l’humain généralement s’agite) de
L’Angleterre au Portugal où je ne vais jamais, y a pas, ça s’agite.
Mais les choses à faire, elles restent, et font
Leurs têtes de choses en plan, et les gens des
Photos jaunies qu’on n’a pas prises et qui
N'ornent aucun album – jamais jamais
Jamais je ne prends de photos -
Les choses et les gens, je n’y pense pas réellement (Les
Guides je ne les consulte jamais, n’allant jamais ailleurs)
Ou alors c’est que
Les choses et les gens me passent trop vite par la tête. Les
Cartes ne me renseignent pas à ce sujet, qu’elles soient
Postales ou pleines de symboles, de figures, que je ne hante pas.

Patrice Houzeau
Malo, le 8 juillet 2023.

7 juillet 2023

DES CHOSES ENCORE JUSQU'A PLUS SOIF

DES CHOSES ENCORE JUSQU'A PLUS SOIF

1.
6 juillet 2023. 13 heures 40. 1 euro = 100,06 roubles. 1 rouble = 0,01 euro. La dégringolade de la monnaie russe se poursuit, inéluctablement semble-t-il.

2.
Les gens ont des cœurs saignants et mangent du steak. Quelques lueurs de clairvoyance n'allument ni les réverbères ni les lampions. A moins de crever de faim, on n'échange pas un violon contre un jambon. (n tw)

3.
Les politiques accaparent l'attention jusqu'à occulter le fait que nous sommes libres. Dans le film « Le Témoin », de Jean-Pierre Mocky (1978), Alberto Sordi joue le rôle d'un homme honnête et scrupuleux que la saloperie ambiante va finir par tuer.

4.
Je ne crois pas au paradis. S'il existait, Elon Musk chercherait à en devenir l'actionnaire majoritaire. La vérité est une légende, avec beaucoup de morts dedans. Le socialisme, quand il ne tue pas, produit des bouquins achetés par les gogos pour le plus grand bénéfice des éditeurs.

5.
Quand je pense à Eric Ciotti, cela ne m'empêche pas de manger des spaghetti. Je ne regarde les films de la série Fantomas, de André Hunebelle, que pour contempler Mylène Demongeot.

6.
La beauté du visage de l'autre occulte l'évidence qu'il n'est pas plus que moi. Cependant, elle a de jolis yeux. Que nous nous fascinions pour des mamelles est en soi assez ridicule.

7.
L'étudiante au visage si disgracieux et au si joli corps, j'y pense souvent depuis que j'ai quitté l'université (la littérature était alors la proie des analyses psychanalytiques, elle est maintenant, dit-on, dévorée par les gender studies).

8.
J'ai toujours pensé qu'il fallait ficher la paix aux putes. Parce qu'il y a des hommes, dont il vaut mieux qu'ils aillent voir les putes plutôt que d'enquiquiner les gamines, aussi parce qu'elles en savent beaucoup sur la bêtise et le désarroi, et qu'il y a des putes drôlement perspicaces, et enfin parce que ne se laisse michetonner que celui qui le veut bien.

9.
L’extrême-droite et l’extrême-gauche ont ceci de commun que tous deux veulent produire un « homme nouveau » dans une société nouvelle, l'homme d'Ordre pour les uns, l'homme Juste pour les autres (à ce jeu-là, je crains qu'en effet Mélenchon soit plus dangereux que l'influençable Marine le Pen). Cela finit toujours par des camps et des goulags. Le catholicisme, lui, au moins a compris depuis longtemps que c'était peine perdue et qu'il était infiniment plus humain de ne pas condamner, mais d'accompagner. Amen.

10.
Le circuit neuronal est une nécessité (sinon on est une plante verte, un caillou, un téléspectateur) et aussi une addiction. Les complotistes et les trolls divers le savent parfaitement qui répètent à l'infini des raisonnements simplistes jusqu'à ce que cela « s'imprime » dans les cerveaux, jusqu'à ce que, par la répétition du même raisonnement simpliste, le circuit neuronal se crée dans le cerveau de la cible (nous autres). Et c'est ainsi que certains croient dur comme fer que Poutine est le sauveur de l'humanité, que les USA seraient dirigés par des pédocriminels (quelle blague!), que la Terre est plate et que Brigitte Macron serait un homme. Nous ne sommes que des programmations.

A rebours, cette constatation renseigne le pédagogue sur sa manière de travailler. Oui, nos aînés avaient raison : c'est par la répétition que l'élève apprend : répétition du geste jusqu'à ce qu'il soit parfaitement maîtrisé (c'est, je pense, l’exemple de la tradition japonaise), répétition du raisonnement (syllogisme, application des théorèmes, mémorisation des démonstrations,...). Je constate que certains dans l'éducation nationale, sans le dire clairement (faudrait pas froisser les pédagogistes et Philippe Meirieu, cet idiot utile) en reviennent aux méthodes qui ont fonctionné (répétition, mémorisation par le « par cœur », mémorisation des outils argumentatifs (thèse, antithèse, synthèse, introduction, conclusion, commentaire linéaire etc...). Puisse Pap Ndiaye les écouter.

Que l'on me comprenne bien : l'apprentissage par la répétition demande du temps. Aussi, ce n'est pas dans l'émiettement des transmissions dans les heures gadgets (co-intervention, chef d'oeuvre etc...) et la baisse du volume horaire disciplinaire que l'on pourra travailler efficacement. Quant à la multiplication des projets « culturels », aussi séduisants soient-ils (ah oui, moi aussi, j'aurais bien aimé visiter Amsterdam... (en fait, non je déconne, je m'en fous, d'Amsterdam), ils ne remplaceront jamais l'apprentissage du geste utile (coiffer, nourrir, produire, réfléchir...). Ah oui, je sais, la connaissance est aride mais l'enjeu est de taille : la liberté, l'autonomie, cette chose si particulière (et hélas, je le crains, provisoire) d'être heureux en France.

11.
Ras le bol de la blague « anti-raciste ». Les gens ne vivent pas comme ça. Les gens vivent en fonction de la manière d'être et de se comporter de l'autre. Que celui-ci soit portugais, musulman, flamand, wallon, juif, parpaillot, homosexuel, communiste, les gens s'en fichent. Que l'autre fasse bien son travail, soit poli, respectueux , ne cherche pas sans arrêt à imposer son point de vue ou sa religion, et quel qu'il soit, il sera accepté.

Nom d'une pipe, il n'y a pas plus à droite que moi (sauf les nazis, que je vomis), mais que vous soyez musulman, flamand, wallon, juif, parpaillot, homo, gouine ou que sais-je, si vous ne cherchez pas à me nuire, il n'y a aucune raison pour que je ne travaille pas avec vous, que je ne boive pas un verre avec vous, que je ne vous rende pas service. C'est cela, il me semble, être humain.

12.

La démocratie, tyrannie de l'incompétence ? L’exemple de la sotte réforme Blanquer en est la parfaite illustration.

13.

Souvenirs de Mons en Belgique.

D'où me vient cette image ? la jeune professeure aux cheveux longs et bruns nous obligeant à prier (dans mon souvenir, j'étais déjà rétif, et pourtant, cette fascination me reste en mémoire).

Le jeune employé avec un trou dans sa main (séquelles d'une boîte d'allumettes ayant explosé suite à un jeu stupide).

Mon chat Mickey, qui, le long de mon bras, se couchait sur le dos, et qui fut perdu parce qu'on retournait en France.

L'agence en douanes où mon père travaillait et où, apparemment, il n'était pas assez heureux pour ne pas vouloir revenir en France.

La tristesse de ma mère le jour des funérailles du roi Baudouin.

C'est très bête, je le sais, mais c'est peut-être pour des chose comme ça que j'aime les chansons de Jacques Brel et d'Angèle.

Patrice Houzeau
Malo, le 7 juillet 2023.

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5 juillet 2023

CONCOMBRE ET LE POISSON suivi de CONCOMBRE ET L'ANGLAIS

CONCOMBRE ET LE POISSON suivi de CONCOMBRE ET L’ANGLAIS

1.
Un jour, un gars, il était d’ici, mais son nom, je l’connais pas… passqu’il me l’a pas dit, et vu qu’il n’existe pas plus que l’honnêteté en politique, j’vas l’appeler Concombre Soufflet passque j’aime bien les concombres et le fromage.
Donc, le gars, il est pas content ,et comme il est pas content, il dit comme ça qu’il en a après la Situation.
La Situation, il l’observe passqu’il vit dedans comme une saucisse dans un hot dog ; sauf que la saucisse du hot dog on ne peut pas dire qu’elle soit très vivante. Ceci dit, moi, je me méfie, ça pourrait être des extra-de-pas-d’ici (d’ailleurs, à eux, pareil, on connaît pas leurs noms) même qu’ils seraient déguisés en saucisses, genre pour nous envahir de l’intérieur.
Donc, le gars, il dit je vas lui changer ma vie à la Situation, moi…
Il lui en cause donc de la vie à la Situation, entre deux pastagas et trois rondelles de saucisson.
La Situation, a s’en fout, même qu’elle l’envoie cueillir des roses pour sa mère-grand.
Alors, le gars, i dit comme ça que la Situation, elle ne perd rien pour attendre, qu’aux prochaines élections, il votera Loup Blanc.
Ou Loup Noir.
Mais plutôt Loup Blanc, passque Loup Noir est trop Noir pour pas être assez Blanc, même si Loup Blanc n’est pas toujours très clair.
Mais le jour des élections, il a une brève aventure amoureuse avec sa canne à pêche.
Du coup, plutôt que d’aller voter, il va à l’pêk.
Là, un gros poisson passe, le ravise, se hisse sur la berge avec ses gros biscottos de pichon d’combat, et le boustifaille (Gnaki et Rtak !).
Moralité : Tu votes ou tu votes pas, tu t’fas bouffi-bouffa-bouffon et quand même, va.

2.
Un jour, Concombre Soufflet se dit qu’il allot apprendre l’anglais (il dit « anglais » et pas « angliche » passqu’il est respectueux, même qu’il ne croise jamais un cheval sans avoir une pensée émue pour les morts de Waterloo).
Donc, il prit un livre pour apprendre l’anglais que dedans il y avait plein de mots en anglais et des règles de grammaire en anglais et des photos du pays des Anglais (des cabines téléphoniques rouges, des autobus rouges, des uniformes rouges avec de grands bonnets à poil noirs), mais damned, my taylor is not so rich, alors qu’il allait s’y mettre (et six mètres, c’est pas si loin), la sonnette sonna.
Mais comme ce n’était personne, il décida de ne pas aller ouvrir. D’ailleurs, personne n’insista.
Donc, il retourna à son apprentissage qu’il n’avait pas quitté, bien que la sonnette sonna de nouveau, ce qu’il fit qu’elle resonna, et là, il dut abandonner son manuel à comprendre ce qu’elles racontent, toutes les chansons que la radio baragouine le soir, le matin, la nuit aussi que même que quand c’est en frança, qu’on dirait qu’ça baragouine quand même, et quand c’est sur France Inter défois ça baragouine même assez prétentieusement.
Et là, il dut abandonner passque c’était Zut qui venot, because qu’elle lui avait dit tantôt qu’elle alot venir rapport aux commissions (jadis, on disait « faire les commissions » pour « faire les courses », mais c’était du temps qu’on n’avait pas encore inventé le baccalauréat pour tous) et donc il se dit que l’anglais serait pour plus tard.
Donc, ils partirent magasiner comme on dit dans « Madame Bertrand », et ils achetèrent du beurre pour mettre sur le pain et du pain pour mettre sous le beurre, et d’autres choses aussi comestibles et buvables, et d’autres non, puis ils rentrirent, se nourrirent, s’atteignirent et dormirent, même qu’ils firent de belles rives.
Le lendemain, Concombre Soufflet se dit qu’il allot apprendre l’anglais et là, faut que je trouve une raison pour laquelle Concombre Soufflet ni ce jour-là, ni les autres jours qui suivirent (-virent, -virent, -virent, admirez l’effet d’écho) n’apprit ni l’anglais ni tout un tas d’autres non plus dont il se fiche bien allez.
Moralité : Qu’t’apprennes ou qu’t’apprennes pas l’anglais, quand Zut sonne, faut y aller.

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juillet 2023.

5 juillet 2023

UNE GRANDE VAGUE DE SENTIMENT ET PLOUF

UNE GRANDE VAGUE DE SENTIMENT ET PLOUF

Je n'en parle pour ainsi dire jamais, mais l'un des auteurs que je mets très haut dans la liste des auteurs que je mets très hauts, est Francis Scott Fitzgerald. Je viens d'achever la lecture de « L'Envers du paradis » (« This Side of Paradise », 1920), premier et drôle de roman de l'auteur de « Tendre est la nuit », lecture finie donc avec dans les oreilles l'infernale fanfare, la parade sauvage qui clôt le dernier épisode de la série de Bruno Dumont, « Coincoin et les Z'inhumains » (2018), à penser que, comme on le sait depuis Bernanos, c'est dans la langue française et le vent du Nord que le Diable a élevé ses clochers. Tiens, puisqu'elle revenue, « la chanteuse qui chantait des chansons, puis qu'elle avait été dévorée par les cochons », je me demande si la suite des aventures de Coincoin, elle s'appellerait pas défois « Le Retour d'ches morts-vivants ».
Vous me direz : quel est le rapport avec Fizgerald ?, que je vous répondrai que là où il y a de la bonne littérature, le diable n'est jamais très loin, tant on fait des livres plus avec l'ironie des virtuoses qu'avec la girouette des bons sentiments.

Citation :
« Pendant quinze jours, Amory et Rosalind furent profondément, passionnément amoureux. L'esprit critique qui leur avait gâté une douzaine d'idylles à chacun était balayé par la grande vague de sentiment qui les emportait.
- C'est peut-être une aventure déraisonnable, disait-elle à sa mère alarmée, mais ce n'est pas une aventure idiote. »
(F. Scott Fitzgerald traduit par Suzanne Mayoux, « L'Envers du paradis », Gallimard, coll. l'Imaginaire, p. 197).

« L'Envers du paradis » est un roman d'initiation, avec beaucoup d'échecs et de lucidité, comme le souligne l'emploi récurrent du terme « égotiste » que l'auteur emploie pour qualifier le personnage d'Amory Baine, dont les exégètes disent qu'il aurait plus d'un point commun avec l'auteur.
Échecs sentimentaux, échecs universitaires, évocation parfois dérisoire, parfois profonde, amusante ou tragique de l'Amérique de la jeunesse dorée de l'université de Princeton au début du 20ème siècle (flirts, conversations oiseuses, virées alcoolisées, incidents divers...), la chronique se situant au moment où la première guerre mondiale déchire le continent européen, c'est surtout par sa fantaisie, sa désinvolture inquiète, son amertume blasée, les fragments de poèmes qui le ponctuent, et ce ton si particulier d'adolescent sur la défensive, qui annonce certains coups de griffe du célèbre « Attrape-coeur » de Salinger (1951), que le texte nous retient.

Citation d'une étonnante lucidité si l'on se souvient que le roman a été publié en 1920 :
« - La vie moderne, reprit Amory, ne se modifie plus d'un siècle sur l'autre, mais d'une année sur l'autre, dix fois plus vite qu'elle ne l'a jamais fait – les populations doublent, les civilisations s'unissent plus étroitement à d'autres civilisations ; il y a l'interdépendance économique, les questions raciales ; et... » (p.280).

Patrice Houzeau
Malo, le 5 juillet 2023.

2 juillet 2023

LA LOI DE L'ESTOMAC ET AUTRES BRICOLES

LA LOI DE L'ESTOMAC ET AUTRES BRICOLES

« Lente, inéluctable, brutale aussi à la fin, la montée de la guerre envahissait la plage et léchait les sables où jouait Princeton, tandis qu'Amory parlait et rêvait. »
(F. Scott Fitzgerald traduit par Suzanne Mayoux, « L'Envers du paradis », Gallimard, coll. L'imaginaire n°27, p.158).

Lente, qu'elle est ma pomme et les pépins qu'il y a dedans, quand la veille, j'ai fait un peu fort.

Inéluctable, comme la voix de l'insupportable Olivier Veran que j'entends sur France Inter ce dimanche 2 juillet 2023 (démagogie, mensonges, dépenses publiques à gogo...)

Brutale, cette société, évidemment brutale. Alors, on danse. Alors, ça flambe. Alors, ça finira par se tirer dessus, surpopulation oblige.

Aussi je me dis que je vais boire un coup.

A la fin, je bois toujours un coup.

La bière, c'est bon. J'aime bien la bière. Je n'aime pas Macron. Je n'aime pas Mélenchon. Je n'aime pas Zemmour. J'aime bien la bière. A la

Fin du film, il y a « The End », et quand c'est américain, en général, ça finit bien.

La loi du plus fort, ça masque la loi de l'estomac. La société, c'est ça qui l'anime et la rend si productive et si violente, la loi de l'estomac. La

Montée, ah oui tiens, le Tour de France a commencé, avec ses montées redoutables, ses exploits épatants, je n'ai rien contre, me souviens d'Antoine Blondin.

De ce que je vous dis, vous en avez rien à carrer en fait hein ? Vous allez droit vers le futur que moi il me semble qu'il ressemble à un mur, le futur, et que va falloir être sacrément passe-muraille pour y arriver vers les progrès formidables promis par les politiques.

La politique, comment ça se fait que ça a pris tant de place dans nos vies ? Alors qu'il y a tant d'autres choses à faire, et bien plus intéressantes. Après, il y a la

Guerre qui menace. Tapie en Ukraine, elle porte l'uniforme russe. Personne ne sait ce qui va arriver : Poutine va-t-il reculer ou il y aura-t-il une troisième guerre mondiale déclenchée par un jeu d'alliances forcément à la con, en fin de compte, quand on y pense ? Après, laisser l'Ukraine crever serait le dernier déshonneur de l'Occident. Nos démocraties seraient dès lors condamnées car elles auraient perdu toute crédibilité. Ça

Envahissait tout, la Toile, le Web, Internet, pornographie, réseaux sociaux complotistes, désinformation, fermes à trolls pro-Poutine, pro-Chine escroqueries, trafics en tout genre, c'est pour ça qu'on le contrôle, qu'on le restreint, qu'on le surveille de tout côté, ah oui, vous verrez, c'est comme ça que

La libre expression disparaîtra d'internet, et c'est pour bientôt, et plus vite qu'on le pense... Il fait beau, il y aura du monde sur la

Plage, cette après-midi

Et les terrasses des cafés seront bondées. La France le dimanche en juillet tout de même... Ça

Léchait... ça léchait... Le politique lèche le pouvoir... Le pouvoir lèche le grand patron... Dans le temps, il était au moins français...

Les gens sont étranges, « People are strange / When you're a stranger », chantait Jim Morrison. Il y a les

Sables... les gens y passent quand il fait chaud... Sinon, c'est le vent.

Où allons-nous ? Ça je sais pas, je suis pas sociologue sur France Info, moi, pas fonctionnaire sorti de Sciences Po (s'te blague!). Ça

Jouait sec, voyez, au casino. Les gens, faut qu'ça rêve à la fortune. Le reste, c'est de la littérature, ou de la politique.

Princeton. Je vous en cause because c'est dans la phrase de Fitzgerald que je jazze, Princeton, c'est une des plus prestigieuses universités américaines. Bien sûr, elle est privée parce que c'est les Etats-Unis et donc, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de sous. Que la France puisse rivaliser en privatisant ses universités, ah la la, ça voudrait dire que c'est le contribuable qui paiera les emprunts que la France serait tout de même obligée de faire pour la subventionner, évidemment, l’université privée là, le pôle d’excellence... La France, elle oublie souvent la chanson de Jacques Brel : « Faut pas jouer les riches quand on n'a pas le sou... »

Tandis que je vous dis ça, le monde continue de tourner que moi je suis que dalle, contrairement à vous, hein, qui êtes si importants, bande de trognons surdiplômés .

Qu'Amory parlât et rêvât, peu me chaut, vu que je ne sais pas qui c'est. Il

Parlait donc, Amory, ce qui est normal, le bipède est si bavard,

Et il

Rêvait, l'Amory, ce qui est normal aussi, because, le bipède, il est non seulement bavard, mais en plus, il plane, le bipède, il plane.

PS : j'entends parler du traître Jean Clémentin, taupe au « Canard enchaîné » pour le compte des services secrets tchécoslovaques. C'était un salaud. Qu'il soit mort dans son lit montre que les services occidentaux ont souvent été trop gentils avec les salopes cocos.

Parce que, bien sûr, les services savaient, mais Clémentin avait trop d'appuis. D'autres, anonymes, n'ont pas eu cette chance. Et si le service action merdait et se trompait de cible, des innocents, avec femme et enfants, mouraient, bêtement, d'un accident de voiture... Pouah.

Patrice Houzeau
Malo, le 2 juillet 2023.

 

1 juillet 2023

RAPPORT A LA MAYONNAISE

RAPPORT A LA MAYONNAISE

Les frites, on ne pourra pas les faire venir.

Pourquoi, vous voulez faire venir des frites ?

Bin oui, faire venir des frites, c'est ça que je veux.

C'est ça que vous voulez, faire venir des frites ? Bin ça alors.

Ça vous étonne ? J'ai la mayonnaise déjà, donc faire venir des frites, c'est logique, non hein ? Ça vous étonne ?

C'est le mot « frites » qui m'étonne. Il y a tant d'autres êtres qui pourraient venir. Tant. Tant. Tant d'autres êtres...

Bin oui, tant d'autres êtres. Alors pourquoi pas des frites ? Rapport à la mayonnaise... (Un temps, un gros Quignol passe car le gros Quignol c'est une sorte de monstre marin mais avec des ailes, ce qui fait qu'il est pas marin. On entend un flap-flap-flap apprenant). Rapport à la mayonnaise. Faire venir des frites, c'est ça que je veux. Et puis, j'ai faim.

Vous savez que, vos frites là, elles ne viendront pas toutes seules ?

C'est bien qu'est-ce que j'dis. Les frites, on ne pourra pas les faire venir.

Il faudrait que quelqu'un les apporte.

Que quelqu'un les apporte (Le personnage réfléchit en fermant et en rouvrant plusieurs fois les yeux car il est doté d'un cerveau. En conséquence, l'accessoiriste devra prévoir, pour chaque représentation de la pièce non jouée, un cerveau en parfait état de marche). Que quelqu'un les apporte... Vous pensez à un livreur de frites. Un livreur de frites, c'est bien à ça que vous pensez ?

Ou alors que quelqu'un aille les chercher. Que quelqu'un aille les chercher, les frites, pour les apporter, enfin, les rapporter...

Ah je vous vois venir...

Pourtant, je suis déjà là.

C'est bien qu'est-ce que j'dis. Que vous n'êtes pas encore parti...

Et vous croyez que je reviendrai ?

Je ne sais pas si vous reviendrez. On part chercher des frites, et là dans la rue, on rencontre une fille venue d'une autre planète... et on est enlevé, là, dans la rue, on est abducté.

Oui, c'est ça justement, comme vous dites. Et du coup, les frites ?

Bin, c'est les visiteurs des autres planètes qui les mangeront, vos frites. A condition d'avoir été abducté en revenant de la friterie, parce que si c'est en y allant, à la friterie, là, dans la rue, bin ils n'en mangeront pas des frites, les visiteurs.

Surtout que la mayonnaise, c'est vous qui l'avez.

(A ce moment, un hot dog gigantesque passe dans l'air tout compris et ouvrant une gueule démesurée et baveuse (c'est d'la moutarde) avale nos deux personnages. Rideau (de la méduse parce que c'est médusant hein?)

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

1 juillet 2023

PAS DE FANTÔME DONC MAIS BIEN DES GENS

PAS DE FANTÔME DONC MAIS BIEN DES GENS

1.
Dans le « Prologue » de "L'Assassin habite au 21", de Stanislas-André Steeman (publié en 1939), il n'y a pas un « cri » mais on entend le « floc » que « fit en giflant le trottoir » la serviette du passant assassiné. Le son f me fait penser à la girafe mais dans ce fog, nulle girafe.

2.
Un homme « perché sur un réverbère » dit des horreurs au constable Henry Beecham. Il les dit en anglais bien que le roman soit composé en français. C'est que ça se passe à Londres aussi et puis, ça dépayse le lecteur et puis ça altère un peu la violence des propos genre :

« Pimple nosed pig » (« groin à pustules » ? ou chaipas en tout cas c'est pas « saluez le tout nouveau jour », parce que ça c'est dans la chanson « Dear Prudence » des Beatles, et ça se dit « Greet the brand new day ». Dans le Chapitre premier donc, « Henry Beecham se fâche ».

J'apprends un peu plus loin que l'homme du réverbère s'appelle Toby Marsh et qu'il ironise sur le vol qu'on pourrait lui imputer de « l'aiguille de Cléopâtre » et donc je vas sur wikipédia qui me small-pointed-nose que sont appelés « aiguille de Cléopâtre » deux obélisques égyptiens, dont l'un est à Londres et l'autre à New York.

3.
Le chapitre II est consacré à la présentation du petit monde du 21, Russel Square (c'est une « pension de famille »), là où se cacherait l'assassin. Il y a plein de gens que je ne vous présenterai pas parce que j'ai la flemme bien qu'il y ait Mrs Hobson « (Valérie) », Daphné la cuisinière, et que « la petite femme de chambre » s'appelle Mary, Miss Pawler, Mr Crabtree, le Dr Hyde (il boite) et Mr Collins (il bégaie), Mrs Crabtree, Mr Andreyew dont je dirais qu'il a l'air « sémillant » si « sémillant » signifie bien ce que je pense que « sémillant » veut dire. Il y a aussi le major Fairchild, Mrs Holland (qui écrit des « contes de fées »), et le Pr Lalla-Poor mais il n'y a aucun D'Artagnan-Athos-Aramis-Porthos ni aucune jument verte, quoique que l'on sait que les juments vertes se dissimulent parfois derrière les apparences les plus anodines.

4.
Lorsque certains traits culturels s'effacent, que le monde moderne balaie ce qui est considéré comme obsolète jusqu'à ce que nous le reconnaissions de moins en moins, ce monde qui nous semblait si familier, et que l'avenir semble étrange et effrayant, ce qui reste, c'est la matrice : la langue. Aussi, c'est avec consternation que je vois disparaître bien des mots de notre vocabulaire au profit d'un français simplifié et abâtardi de globish novlangue. Le président Macron s'en montre parfois friand. Ce n'est pas rassurant.

5.
« Ce qu'il faudrait, c'est un observateur dans la place », dit le commissaire-adjoint au chapitre III (qui ne lui répondit pas). L'observateur du petit monde avec un assassin dedans du 21, Russel Square, c'est le lecteur. Il y aurait donc maintenant deux observateurs, sans compter le fantôme que je sais pas s'il y en a un dans le roman, mais ce serait un troisième œil tout à fait intéressant pour l'atmosphère, mais ma tartine de confiture me susurre qu'il n'y en a pas. Ah. Nous verrons bien.

Patrice Houzeau
Malo, le 1er juillet 2023.

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